Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 07:28

https://fr.aleteia.org/2017/10/30/roland-hureaux-la-provocation-independantiste-de-la-catalogne-condamne-leurope-des-regions/

 

La tentative de coup de force séparatiste de la part de la Generalitat de Catalunya, a révélé une crise du modèle fédéral du royaume d’Espagne. Pourtant ce modèle paraissait équilibré, comme une bonne illustration du principe de subsidiarité. Cette crise était-elle prévisible ? 

 

Je ne crois pas que ce que vous appelez le modèle fédéral espagnol ait jamais atteint son point d’équilibre.

Il  ne résulte nullement de l’application du principe de subsidiarité,  mais du contexte particulier de l’Espagne. Certaines régions espagnoles comme la Catalogne ou le  Pays basque sont caractérisées depuis longtemps par un particularisme, dû notamment à l’existence d’une langue propre.

Le régime franquiste si honni par le politiquement correct européen,   s’est fondé  à partir de 1936 sur la défense de l’unité  de l’Espagne contre toutes les formes de séparatisme. Après la mort de Franco en 1974 et la démocratisation  qui a suivi, il a paru normal de rendre à  ces régions une large autonomie,  le retour à la monarchie facilitant une forme d’ « union  personnelle » qui ne supposait pas des institutions  unifiées d’une région  à l’autre.

Mais le fédéralisme espagnol a été empoisonné pendant quarante  ans par le  terrorisme basque auquel  il n’a été mis  fin que  très récemment. Les Catalans apparaissaient alors plus raisonnables que les Basques. Aujourd’hui , c’est l’inverse . Depuis que la situation s’est normalisée au Pays basque,  elle s’est détériorée en  Catalogne . Le jeu de la Généralité (vieux nom historique pour désigner  le gouvernement provincial ) avait  été tout au long de ces années,  en échange de son maintien formel dans l’unité  espagnole,  de tirer le plus d’avantages  possibles  de Madrid de telle  manière que cette région,  plus riche que les autres,  se soustraie de plus en plus à la solidarité   nationale .

Aujourd’hui , cela ne suffit plus à une importante minorité de Catalans (environ 40 %) qui terrorise    la majorité qui ne veut pas  se séparer de l’Espagne ; les formes de ce terrorisme sont diverses ,   la principale étant  la quasi-interdiction de la langue espagnole.

Une telle opération tendant à l’élimination du castillan (espagnol),  n’aurait pas été possible,   notons-le au passage,  avec le basque,  langue pré-indo-européenne, compliquée et inadaptée au monde moderne  alors que le catalan est facile.

Je n’ai  pas d’explication décisive à  cette évolution : on incrimine la richesse des Catalans  qui, dans un mode où le libéralisme a développé un peu partout  l’égoïsme,  ne veulent plus partager.  Mais je ne crois pas que ce soit seulement une question d’argent . Il  faut aller chercher plus loin : la déchristianisation conduit au  nihilisme. Le nihilisme appelle des idéologies  de remplacement. L’aile gauche de l’indépendantisme catalan, qui est aussi son aile marchante,  associe la nationalisme à toutes les formes du nihilisme contemporain : immigrationnisme ( qui, couplé  avec la dénatalité, menace à terme de plus en plus rapproché  la survie même du peuple catalan , ce dont  personne,   là comme ailleurs,  ne se préoccupe ), liberté  des moeurs, remise en cause de l’héritage historique etc. Sur le terrain propre à la Catalogne, la recherche d’une idéologie s’est greffée  sur la vieille revendication  autonomiste pour en faire un indépendantisme extrémiste. Les Basques avaient connu cela avec l’ETA qui n’était pas seulement  un parti indépendantiste mais aussi un parti révolutionnaire de type marxiste-léniniste.

 

Le gouvernement espagnol est décidé à prendre le contrôle de l’exécutif catalan, au risque de durcir les oppositions. L’épiscopat, qui apparaît sensiblement divisé, pourrait jouer un rôle de médiation, mais comme le Vatican, semble hostile à toute solution contraire au respect de la Constitution. Est-ce surprenant ?

 

Le gouvernement espagnol a pris ses  responsabilités en s’appuyant sur la Constitution  qui, tout en permettant de larges autonomies , verrouille assez bien l’accès à l’indépendance.  Je note que  dans  l’Europe éclairée , très peu le lui reprochent.

Même le pape François, d’habitude  si politiquement  correct, soutient le gouvernement espagnol.

Il parait en effet que les archevêques de Madrid et de Barcelone ont eu des entretiens avec les deux parties. Je serais cependant étonné que l’Eglise,  affaiblie par la déchristianisation et qui, sur certains sujets sensibles comme l’immigration, fait preuve d’une singulière irresponsabilité , ait encore un crédit suffisant pour  aboutir à un résultat. Mais pourquoi pas ?  

 

Depuis longtemps, l’Union européenne favorise la montée en puissance des régions en Europe aux dépens de la souveraineté des États nationaux.  Pourtant, les autorités de Bruxelles donnent l’impression de redouter désormais un régionalisme déstabilisateur. Va-t-on revenir à une politique européenne plus raisonnable ?

 

Oui, je crois que l’on est en train de faire à Bruxelles un virage à 180 ° . Pendant des années la politique  de Bruxelles  avait  été de promouvoir l’ « Europe des régions »  ( au mépris , on le notera au passage,  de la théorie du fédéralisme selon laquelle   le niveau 1 ne connait que le niveau 2, délégant au niveau 2 les relations avec les niveaux inférieurs. ) Pour des  pays assez solides comme la France, cela n’a pas eu encore de conséquences dramatiques ;  mais pour des  pays plus fragiles comme  l’Espagne, il en a été autrement  . La  raison  de cette politique européenne était d’abord  , vous le dites, d’affaiblir les Etats   pour  faire prospérer sur  leur déchéance l’instance supranationale, les régions apparaissant comme une sorte d’ « allié de revers ». Paradoxe : les nationalismes corse , basque,  catalan ,  kosovar apparaissaient politiquement   corrects alors que le nationalisme français, allemand,  espagnol ,  serbe, russe était assimilé au nazisme.   Derrière cette théorie ,   on repère  l’influence de l’Allemagne qui , forte de    son homogénéité ethnique par-delà même  ses frontières  ( Autriche,  Suisse , autrefois Sudètes ),  s’est toujours  attachée à promouvoir  (  notamment en 1940-44)  les revendications ethnicistes  dans le reste de l’Europe  pour affaiblir les autres  pays. C’est ainsi  que  l’Allemagne  a poussé autant qu’elle a pu en faveur de l’adoption de la Charte des langues régionales mais aussi de   l’éclatement de la Yougoslavie aujourd’hui divisée en sept  Etats  ( J’ai  noté que l’Espagne a eu la sagesse, presque seule en Europe occidentale , de ne pas reconnaitre   le Kosovo indépendant) .  

Bruxelles  a constaté récemment qu’il était plus facile de faire appliquer ses directives dans un Etat unitaire  comme la France que  dans des pays fédéraux comme l’Allemagne ( où  il lui  faut parfois négocier  avec  les 15 Länder) ou la Belgique : avec-vous noté que c’est la Wallonie et non la Belgique, ni aucun autre Etat,  qui a fait des difficultés pour adopter le traité de libre-échange  avec la Canada ?  

Mais en Catalogne, Bruxelles est confronté, pour la première fois de manière aussi grave,  aux conséquences catastrophiques   que pourrait avoir un peu partout  la déstabilisation des Etats . L’indépendance de la Catalogne entrainerait l’éclatement de l’Espagne, des tensions en France (surtout en Corse) ,en Italie, au Royaume-Uni, en Belgique . Et si le nationalisme local   triomphait partout ,   comment l’entreprise européenne ne serait-elle    pas remise  en  cause , d’autant qu’elle en porte en partie la responsabilité  ?    Un peu comme le retour à la surface des  traditions gauloise, ibérique ,   germanique, bretonne  au  Ve siècle  ( stimulé  par les invasions barbares) avait  entrainé la dislocation de l’Empire  romain.

Entre son idéologie régionaliste et  un  réflexe élémentaire de survie, l’Union européenne a fait le choix de  la survie. 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires