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Roland HUREAUX

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:04

LE BAC QUE PREPARE BLANQUER EST UNE FABRIQUE  DE CONFORMISME 

 

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/02/26/31003-20180226ARTFIG00309-le-grand-oral-du-bac-prepare-par-blanquer-risque-d-etre-une-fabrique-de-conformisme.php

Le Figaro-papier

 

Se  souvient-on  encore  du passage de Claude Allègre au ministère  de l’Education  nationale ? Il  y recueillit d’emblée  la sympathie de la droite par quelques formules choc comme la  promesse de dégraisser   le mammouth ». Non seulement il n’en fit rien, mais ce ministre profita de cette popularité factice pour  poursuivre  les réformes  les  plus  nocives.

M. Blanquer, pour sa part, multiplie les petits signaux en direction de la droite éducative : retour du latin (sans rétablissement du Capes de Lettres classiques, néanmoins) , classes bilingues, redoublements autorisées, apprentissage analytique de la  lecture, chorales voire uniforme à l’école. On comprend la satisfaction que suscitent  ces annonces, mais il faudrait attendre  de  voir quelle  mise en œuvre suivra avant de donner un satisfecit au ministre sur ces sujets. Reste sa réforme du bac, elle aussi bien reçue. Qu’en penser ?

Une partie du projet, au moins, est très inquiétante : l’instauration d’un grand oral « républicain » d’une demi-heure où les candidats s’exprimeraient librement sur un sujet choisi par eux deux ans plus tôt.

 

Le premier risque porte sur l’organisation des lycées : même s’il doit   s’appuyer encore, nous dit-on, sur une « dominante »,   un tel oral serait  la consécration des enseignements pratiques interdisciplinaires (TPE) qui se trouvaiernty au cœur dela réforme Vallaud-Belkacem. Leur   effet est  d’affaiblir  une des qualités qui restent au corps enseignant français, celle d’être des   spécialistes, pour les  transformer peu à peu  en animateurs interdisciplinaire . Non remise  en cause à ce jour,  cette orientation tend à faire de nos établissements , non plus des lieux d’apprentissage mais de simples « lieux de vie » , une évolution dont ne sont exonérées que  les ZEP, à la recherche , elles, de méthodes « efficaces ».  

L’autre risque est plus politique : celui d’instaurer,  plus clairement encore qu’aujourd’hui,  la dictature du politiquement correct au cœur de l’enseignement secondaire. 

Le grand oral devant un  jury, cela existe certes à  l’ENA et dans beaucoup de  grandes  écoles – pas les  plus sérieuses comme Normale ou Polytechnique,  du reste. Mais à l’âge de vingt ans ou plus,  les candidats ont au moins le temps de s’adapter sans y perdre leur âme,  de jouer le jeu qu’on attend d’eux quitte à faire la bête. A l’adolescence, ce sera plus difficile et il n’est de toutes les façons pas souhaitable d’inciter les jeunes à jour la comédie.   Ajoutons que l’exercice concernera toute une classe d’âge et non les seuls candidats à des concours.

Le  formatage requis commencera dès le choix des sujets. Outre le politiquement correct et l’adaptation  à l’air du temps , cette épreuve  qui  sera la dernière  et donc particulièrement solennisée , privilégiera la confiance  en soi ,  le culot,  l’air  « branché ». Elle  ouvrira  aussi  la porte insidieusement, au motif de compenser certains handicaps, à la discrimination positive des minorités de toute sorte, qui reste une discrimination. Avec ou sans instructions, les jurys y seront conduits  assez naturellement pur  suivre l’air du temps.

 

Pour le reste, on ne peut que se louer  du souci de décloisonner les  séries mais sera-ce dans le sens  de la simplicité ? Au lieu de trois séries, L,S et ES, la réforme, fondée sur un  choix d’options aboutirait  à 30 combinaisons de filières !  N’avait-on  pas le moyen de revaloriser les séries L sans inventer une telle usine à gaz, en parlant par  exemple de « lettres et communication », ce à  quoi   le ministère s’est  toujours refusé ?  Quelle place dans ces combinaisons pour l’histoire et la  géographie, matière de culture au moins autant aujourd’hui que la littérature  et la  philosophie (dont l’épreuve écrite  demeure, il est vrai, sans doute pour rassurer ) ou pour  la seconde langue ? Les matières seront  selon les élèves, tantôt des  majeures, tantôt des  mineures : nous souhaitons bien du plaisir  aux proviseurs qui  devront organiser les emplois du temps avec ça !

 

Est-il au demeurant judicieux, compte tenu des lacunes de plus en plus criantes de nos lycéens en  culture générale,  vers une spécialisation précoce alors que c’est sans  doute le contraire qu’il faudrait  faire :  opérer une rattrapage    de formation générale ( langue , orthographe notamment ) dans le premier cycle des facultés, quitte à repousser la sélection  à l’entrée au second cycle.

 

Si les épreuves de spécialités  sont remplacées par un contrôle continu anonyme, il y a peu de chances que le ministère fasse un bénéfice en termes  de coût d’organisation. On sait  au demeurant combien l’instauration du  contrôle continu  en mai 68 au sein de l’Université y avait  généralisé  le  bachotage au détriment de la culture générale   et de la liberté de l’esprit.

 

Comment  concilier des résultats du bac connus assez tôt pour gérer l’orientation des élèves après l’examen et assez tard pour ne  pas démobiliser  les élèves  en fin d’année ? Problème technique en apparence   qui   se pose dans une hypothèse de sélection généralisée  et précoce : ne pourrait–on  se contenter d’  organiser l’orientation pour qu’elle aille un peu plus  vite ?  

Le principal risque demeure que cette réforme soit une nouvelle étape dans la mise en condition de la jeunesse , et par là de la population, à une pensée unique. Après la chasse aus fake news, le formatage des esprits pr le nouveau bac ?

 

Roland HUREAUX

Février 2018

 

 

 

 

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