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Roland HUREAUX

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 07:50

 

LE DRAME SYRIEN : UNE LUEUR D'ESPOIR ?

 

http://www.france-audace.fr/le-drame-syrien-une-lueur-despoir/

 

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/de-par-le-monde/item/2581-le-drame-syrien

 

Quand je me suis rendu en Syrie en août, je ne soupçonnais pas  que  l'histoire de ce malheureux pays  se trouvait à un tournant.

Le spectacle des embouteillages de Damas , des restaurants de bord de mer pleins à Lattaquié , la visite du krak des Chevaliers aujourd'hui sécurisé, ne laissent  pas imaginer  l'ampleur de la  tragédie que la Syrie  traverse.  Elle se résume à quelques chiffres forcément approximatifs :    il est en effet  difficile de  faire des comptes exacts  tant  les propagandes croisées obscurcissent le débat.

 

Une tragédie

 

Depuis 2011,  début de la guerre civile - une guerre  aujourd'hui largement internationalisée -  , la population du pays aurait fondu de 23 à  seulement  16 millions d'habitants, essentiellement  par l'exode de réfugiés : 2 ou 3 millions en Turquie,  1 million en Jordanie, 1 à 2 millions au Liban et maintenant 1,5 million en Europe. Mais au sein même du pays, 11 millions de personnes  ont été déplacées , principalement en direction  des  zones tenues par  le gouvernement ,   surtout Damas dont la population a doublé passant de 3 à 6 millions.

Le confit a fait environ 250 000 morts . Ce ne sont  pas tous des victimes du régime d'Assad comme on le dit . 100 000 environ sont des soldats de l'armée syrienne défendant le gouvernement. C'est un taux très élevé qui montre une guerre d'autant plus meurtrière qu'elle est menée  contre  des djihadistes suicidaires. Beaucoup de réfugiés affluant en Europe depuis le mois de juillet sont des jeunes que leur famille fait partir avant qu'ils ne soient mobilisés, pas nécessairement par refus du régime, seulement en raison du caractère très meurtrier des combats qui ne leur laisse que peu de  chances  d'en revenir  vivants. Il y  a  au moins autant de morts du côté des  djihadistes . Le reste , dans un calcul très approximatif,  serait des civils. Quand un pays envahit ou en bombarde un autre et qu'il y a des victimes civiles, on parle de "dommages collatéraux"  : 150 000 en Libye en 2011. Quand il s'agit d'une guerre civile, on dira que le gouvernent bombarde "son propre peuple". Mais, de fait, les responsabilités des débordements en direction des civils sont partagées entre tous  les belligérants.

 

Les causes de la guerre civile

 

Les origines du conflit ont fait l'objet d'une doxa manichéenne largement propagée en Occident et qui a longtemps  fait l'unanimité dans les  médias.  La guerre  a  commencé au moment des printemps arabes : alors que les forces démocratiques  ont rapidement renversé les régimes en place en Egypte, au Yémen, en Lybie ( grâce à une intervention occidentale ), en Tunisie , ils se sont  heurtés en Syrie à une résistance inattendue du gouvernement  de Bachar el Assad, jugée  d'autant plus scandaleuse que ce régime était tenu pour encore  pire que les autres. C'est la répression féroce des premières manifestations démocratiques, pacifiques,  qui aurait, dit-on,  créé  l'enchainement fatal. Il  ne  fait pas bon avoir les puissants de ce monde contre soi. Dans ce schéma, c'est la seule  cruauté  du gouvernement Assad qui aurait suscité la résistance au régime et donc la guerre civile. La diabolisation du régime Assad par les médias occidentaux a très vite  atteint un point de non retour où tout compromis avec lui  devenait inenvisageable.

Il est difficile de porter un jugement équitable sur le régime en place dans ce pays. Sans doute  n'est-il pas tendre avec ses opposants , comme beaucoup  de régimes qui pourtant bénéficient des faveurs  de l'Occident et, par là,  de la bienveillance de la presse  internationale. Il est  difficile de se faire une opinion sur ce qui s'est passé lors des  premières manifestations. On remarque cependant  que plusieurs chefs accusation à  l' encontre du régime demeurent   douteux : peu d'observateurs tiennent pour certain par exemple que l'assassinat  du premier ministre libanais  Rafic Hariri (2005) lui soit imputable, encore moins le massacre de plus d' une  centaine de civils dont beaucoup d'enfants à Homs (2011) ou encore l'utilisation d'armes chimiques   dans les environs de Damas (2013), qui semble  aujourd'hui une provocation des rebelles. Pourtant ces événements n'ont pas peu contribué à sa diabolisation.  Quant aux révélations  sur des tortures  à grande échelle d'un supposé transfuge de la police syrienne dénommé César  qui a justifié la  l'inculpation récente d'Assad pour crime  contre l'humanité devant les tribunaux français, là aussi il est difficile  de se prononcer tant la guerre psychologique a atteint dans cette affaire un degré élevé d'intensité.

Il reste étonnant que la source quasi exclusive de l'information des médias occidentaux  ( AFP comprise )  soit depuis quatre ans un Observatoire syrien des droits de  l'homme basé à Londres , animé par un membre des Frères musulmans  ,  la principale  force d' opposition militaire ou politique.

De fait la dureté , incontestable, de la dictature d'Assad dont les deux piliers sont l'Armée et la police politique, s'inscrit dans la sociologie d'un pays marqué par une grande diversité religieuse ( sunnites majoritaires,  alaouites, druses,  chrétiens) et ethnique ( arabes, kurdes). La Syrie , terre de contacts depuis l'Antiquité, au carrefour des routes les plus fréquentées du Proche-Orient, constituée en Etat à  la suite du  mandat    français, ne pouvait  garder  sa cohésion que sous  une poigne de fer.  C'est ce qui explique les traits  du régime d'Assad, père et fils : un modèle administratif français, une police politique de type soviétique,  une authentique laïcité :  les  droits des chrétiens   sont  mieux respectés en Syrie que dans tout autre Etat de la région,  y compris la  Turquie kémaliste, l' Irak de Saddam Hussein, l'Egypte ou les territoires palestiniens . De fait,  c'est l'état le plus laïque de la région. Pour  atteindre ce résultat, Hafez el Assad , le père,  avait compris qu'il lui fallait être impitoyable face à toute  dérive fondamentaliste susceptible de mettre en cause la paix religieuse; c'est pourquoi  que la révolte islamiste de la ville de Hama avait été sauvagement réprimée en 1982. Mais les forces centrifuges n'étaient pas éteintes et ont profité du printemps arabe pour  relever la tête.

A vrai dire,  Bachar  el Assad  serait venu  rapidement à  bout , au  prix  d'une répression ferme mais limitée, des révoltes de 2011,  si de nombreuses  puissances aux  motivations diverses n'étaient intervenues pour soutenir militairement  les opposants au régime  et entretenir la guerre.

 

L'intervention des puissances

 

Les Etats-Unis d'abord pour qui faire tomber  un des derniers dictateurs  classiques du Proche-Orient, venu du Baas comme Saddam Hussein ,   était dans  l'agenda défini par les néoconservateurs. Mais il y avait d'autres raisons  à leur hostilité : faire sauter un  pion pro-russe garantissant des facilités d'accostage à  la flotte russe à la base de Tartous. Les Etats-Unis tenaient aussi au départ,  à détruire un pays allié à l'Iran des ayatollahs.

Pour la France et l'Angleterre - voire l'Allemagne qui a aussi aidé les opposants syriens , la principale motivation était de suivre les Etats-Unis,  avec une frénésie  particulière de  la part de la France ( Juppé d'abord Fabius ensuite) du fait sans doute que la France, patrie des droits de  l'homme, se devait de parler sur ce sujet un ton au dessus des autres. Mais Paris voulait surtout  complaire  à  l'Arabie saoudite et au Qatar, bons clients et partenaires financiers importants.

Israël voulait affaiblir un régime allié à la force libanaise chiite du Hezbollah,   la plus menaçante  qu' il  ait sur ses frontières  et à l'Iran, tenu pour son principal ennemi.

Faire pièce à l'Iran , rival géopolitique était aussi une motivation forte  de l'Arabie saoudite même si le royaume avait trente  ans auparavant        apporté une aide considérable à Assad père   pour qu'il mette la main,   au nom de l'islam,  sur le  Liban tenu pour chrétien.

Motivation supplémentaire pour le Qatar - mais aussi pour les Etats-Unis, soucieux d'affaiblir la Russie  :  disposant d'une des plus  grandes  réserves  de gaz naturel du monde, découverte vers 2000, il compte l'évacuer par un gazoduc transitant vers l 'Europe par la Syrie et la Turquie. Veto de la Syrie, inspiré par les Russes  qui ne  veulent pas favoriser un concurrent sur  le marché de l' Europe occidentale.

Enfin il faut considérer le jeu trouble du président de la Turquie , Erdogan, frère musulman,  qui double sa haine du régime laïque et hérétique d'Assad d'une ambition  féroce  de  voir les Turcs reprendre pied dans la  monde arabe,   comme jadis sous  les Sultans , au travers d'un    régime syrien inféodé  qui remplacerait celui d'Assad.

Face à cette coalition , Damas  n'était  aidé que par l'Iran dont les pasdarans sont  présents sur le  terrain, le  Hezbollah et la Russie , au départ prudente  dans son soutien militaire . On  peut aussi mentionner la sympathie discrète  mais peu opérationnelle de l'Algérie,  pourtant sunnite,  et   depuis le renversement des Frères musulmans,  de l 'Egypte  du maréchal Sissi ,  l'armée égyptienne entretenant depuis Nasser  des  liens  forts avec l'armée syrienne. On peut y ajouter  une partie des dirigeants actuels de l'Irak, chiites  eux aussi,  même s'ils ont été   mis en place et sont soutenus (en théorie) par les Etats-Unis.

Les Kurdes de Syrie ,  comme d'Irak,  à la fois par hostilité à la Turquie  et hostilité à  Daesh en sont venus à être les alliés objectifs du gouvernement de Damas qui continue  à  verser les soldes à  leurs milices.         

L'aide internationale considérable reçue par la rébellion  lui a  permis de prendre le  contrôle d' une  partie importante du territorien syrien, environ  les 2/3 mais seulement d'  1/3 de la population,  l'essentiel de celle-ci étant concentré dans la région de Damas.

Le gouvernement  tient la capitale ( malgré des bombardements sporadiques ) , la zone alaouite le long de la côte méditerranéenne  et a reconquis l'axe qui relie ces deux pôles. L'appui efficace du Hezbollah a permis de sécuriser la frontière libanaise. Toutes les autres frontières séparent   la Syrie de puissances hostiles. L'Est , en partie désertique il est vrai, est tenu aujourd'hui par les djihadistes de Daesh,   le Nord étant,   autour d'Alep deuxième ville du  pays,  et des zones kurdes,  âprement disputé. Des rebelles sont présents  aussi au Sud de  Damas appuyés sur la Jordanie et Israël  par le   plateau du Golan.

 

 

 

L'aide des Occidentaux aux djihadistes

 

 Depuis trois ans la situation était ainsi bloquée. Leur hostilité totale au gouvenrment Assad a conduit  les  Occidentaux   à favoriser  le développement des seules  forces rebelles conséquentes:  les islamistes. La France  avait ainsi quelque dizaines d'officiers aux    côtés des rebelles qui avaient  pris  la ville de Homs en  2011. Quand  le  gouvernement la  reprit, ces soldats français, engagés sur le terrain  mais  pas du côté  qu'on  imagine, furent faits prisonniers et ultérieurement relâchés.

Cet engagement français du côté islamiste ne résulte pas seulement de préoccupations idéologiques ( du point de vue des droits de l'homme, Al Qaida semblait à certains préférable à Assad... ) , ou financières, il résulte aussi d'une erreur grossière d'analyse: la Syrie a été considérée avec les lunettes des autres printemps arabes sans qu'on ait tenu compte de deux spécificités : le fait que la minorité  alaouite qui tient  l'armée, se trouvait le dos au mur,  les islamistes lui ayant promis l'extermination , la présence de la Russie  qui n'a pas l'habitude, à   la différence de l'Occident, de lâcher ceux qu'elle soutient.   

L'aide considérable apportée , avec l'argent des monarchies pétrolières,     par les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et la Turque aux djihadistes de tout poil, en Syrie et en Irak,  a permis à une faction de prendre le dessus à partir de 2013.  S'autoproclamant Etat islamique au Levant ( Daesh) et même khalifat,  elle contrôle aujourd'hui un territoire important au nord de  l'Irak et à l'est de la Syrie où  elle   se livre aux exactions  que l'on sait.

Mais à ses côtés se trouvent  d'autres forces islamiques, comme Al Nosra, branche Syrienne d'Al Qaida,  qui menace directement  Damas.  

Tout comme Daesh,  ces groupes rebelles se réclament du fondamentalisme  des Frères musulmans. Voulant garder un caractère discret à leur soutien à ces groupes  djihadistes, les gouvernements occidentaux ont entretenu leurs opinions publiques  dans l' illusion qu'ils aidaient une prétendue "Armée syrienne libre",  démocratique et  non islamiste. Il n  'est pas certain  que cette Armée existe  et en tous les cas , si elle existe, qu'elle ne soit pas  islamiste.

 

L'exode des réfugiés

   

A cette situation bloquée et totalement catastrophique pour la majorité des Syriens   ( en particulier  les 2 millions de chrétiens , cible prioritaire  des islamistes ), l'été 2015 est venu apporter des éléments nouveaux, pas tous  de  bon augure.

D'abord le phénomène des migrants. Est-ce en raison d'une certain découragement du camp gouvernemental  et de la population syrienne civile qu'a eu lieu  un exode massif se Syriens  ( avec d'autres: Irakiens, Afghans etc.) vers  l'Europe à partir de juillet ? Un million et demi de Syriens auraient fui , dont l'Allemagne aurait accueilli une bonne partie. 

Précision importante : ce ne sont pas  les réfugiés de Turquie ( qui sont    parqués  dans de vrais camps de concentration ) , ni ceux  de Jordanie, ni même ceux du Liban qui partent,   ce sont  de  nouveaux  réfugiés, pour la plupart venus  de Damas  et de  sa région. Ayant appris,  au vu des déclarations de Mme Merkel,  que l'Europe se ferait accueillante , ils gagnent la côté libanaise ( Tripoli ) en autobus,  puis la Turque occidentale   en avion, puis tentent  leur chance sur  des embarcations de fortune affrétées par des réseaux mafieux en direction de la Grèce pour ensuite  gagner les Balkans et  tenter d'arriver en Allemagne.  Un nombre plus limité a gagné le Canada.

Ce flux , où l'élément  syrien est  dominant, continue aujourd'hui  à  raison de près de 3 000 passagers par jour. Rien ne dit qu'il va se tarir.  De la  part de l'Allemagne qui vient ainsi pomper les ressources humaines des pays en guerre, il est  d'autant plus scabreux que  si Mme Merkel a vraiment besoin  de ces gens,   il  lui suffirait de   leur envoyer un visa et un biller d'avion à 200 € plutôt que  de les laisser  payer 8000 € et risquer leur  vie en mer.

L'exode  est provoqué non seulement par le guerre , mais aussi par la situation économique désastreuse de la Syrie, une situation due en partie  à l'embargo total ( qui touche même les médicaments) décrété par  l'Union européenne . L'embargo interdit les liaisons aériennes qui permettraient aux déçus de rentrer chez eux.

Dans  cette situation désespérante, l'été 2015 a apporté cependant   quelques raisons d'espérer.

 

La nouvelle donne diplomatique : l'accord de Washington

 

L'évènement  décisif a été l'Accord de Washington conclu le 14 juillet 2015 entre les Etats-Unis et l'Iran mettant fin à un long contentieux portant principalement sur les ambitions  nucléaires de l'Iran, désormais gelées. Cet accord résulte essentiellement de la volonté du président Obama, qui a su l'imposer à une  partie de son administration, au Congrès et aux idéologues néoconservateurs hostiles.

L'accord de Washington a  cependant eu  des conséquences sur d'autres terrains  et  d'abord en Syrie où  Washington et Téhéran ont sans doute  convenu de  laisser encore quelque temps en place le président Bachar-el-Assad. 

Que,  en aidant les djihadistes contre le président Assad, les Occidentaux aient   nourri un serpent  dans  leur sein qui n'aspirait qu'à les dévorer, est apparu dans toute sa netteté avec les attentats de Paris du 13 novembre, ouvertement revendiqués par Daesh.  Ces attentats ont  contribué à  débloquer à son tour  la  position  française  jusque là figée  dans la configuration antérieure : hostilité radicale au régime Assad et  soutien sinon à Daesh , du  moins à  Al Nosra.  La France a été ainsi conduite à s'engager dans la guerre  de Syrie  du bon côté cette fois, celui    qui combat les djihadistes  , opérant une volte  face non  seulement vis à vis de la  Syrie  mais aussi  vis à vis de la Russie. La France a dû ainsi   se rapprocher  de Moscou pour  coordonner ses opérations en Syrie .

Mais les Américains n'avaient pas attendu l' attentat de Paris pour évoluer sur la question du Proche-Orient: dès le  mois d'août, Obama avait appelé à la constitution d'une   coalition élargie contre  Daesh. La Russie avait saisi immédiatement cette perche,  déclarant se joindre  à la coalition pour en prendre , de fait,  la tête au cours du second semestre.  La Russie  s'engageait largement dans le conflit dès septembre,  par une campagne de bombardements     massifs des positions islamistes  et un soutien  accru à l'armée syrienne.  Un soutien particulièrement bien venu au moment où le régime d'Assad, assiégé dans Damas et sur la côte,  et  voyant ses jeunes recrues  fuir en Europe, se trouvait en difficulté.

 

La Résolution du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015

 

Au départ, les Occidentaux , singulièrement les Etats-Unis et la France,  ont vu avec des  réticences cet  engagement  russe. Avec les réserves d'usage, on peut  penser que ces réticences sont levées au  vu  de la Résolution du Conseil de sécurité votée à l'unanimité le  18 décembre dernier qui lance  un processus de paix pour la Syrie ne mentionnant pas le départ d'Assad et incluant le Front Al Nosra ( dont Fabius disait qu'"il fait du bon boulot")  parmi les terroristes à combattre au même titre  que Daesh. 

Il s'en faut cependant de beaucoup  que la  résolution du 18 décembre résolve   tous le problèmes.  La négociation entre le parties en présence  en Syrie promet d'être difficile.

Si l'on exclut Daesh et Al Nosra voués en principe à  la destruction, que reste-t-il ? Des groupes rebelles mal définis, tel Ahrar Al Sham. Et surtout les opposants civils qui se sont réunis  à Riyad le 10 décembre et  dont la force principale est les Frères musulmans.

 Certains , tel Renaud Girard[1], envisagent que la solution passerait par la libanisation de la Syrie, un découpage sur une base ethnico-religieuse. Ce serait accorder une importance excessive aux clivages religieux , moins pertinents qu'on le croit .  Assad ne représente pas les Chiites et Daesh les Sunnites. D'abord parce  qu' Assad est alaouite, ce qui n'est pas la même chose, sa femme est sunnite et la majorité des sunnites syriens ne veut pas   tomber sous la coupe de Daesh, surtout les femmes,  influentes  dans la société syrienne. Le recrutement de Daesh est en outre de plus en plus international.  

Par ailleurs la Russie mène désormais le jeu. Et il n'est pas dans sa manière de se contenter d'une demi-victoire.  Son but est de rétablir pleinement l'Etat syrien quitte à   le réformer ultérieurement.  

 

Le rôle toujours aussi trouble de la Turquie

 

Si la France et sans doute  les Etats-Unis semblent désormais  décidés à faire  la paix en Syrie, il s'en faut de beaucoup que la Turquie, où  Erdogan vient d'être confirmé par les élections  du 1er novembre,  soit , elle, décidée à favoriser ce processus. 

Nourrissant depuis plusieurs années le conflit  en laissant passer les djihadistes vers la Syrie  et l'Irak ,  envoyant en contrepartie des centaines de milliers de refugiés  vers l'Europe qui  transitent par   son territoire, bombardant lui aussi son propre peuple au Kurdistan,  Erdogan ne  bénéficie pas moins  des  faveurs insignes de   la  communauté internationale laquelle s'est  rendue à son invitation au sommet du G20 à Antalya le 16 novembre 2015.  Une réunion  de  l'élite mondiale  chez un soutien de Daesh, le lendemain  même de l'attentat de Paris revendiqué par le même Daesh ! Beau  témoignage de l'inconséquence de cette communauté internationale, singulièrement des Européens, en  première ligne face à ces agissements hostiles. Angela Merkel, comme sidérée, était même allée le soutenir à une semaine des élections. Les sanctions lourdes prises par la Russie à la suite de la destruction d'un avion russe par le Turcs montrent  cependant que tout le monde n'est pas dupe du jeu d' Erdogan . Mais de quelque manière qu'on le prenne , le problème syrien ne sera pas réglé tant que la Turquie ne sera pas définitivement neutralisée.

 

                                               Roland HUREAUX

                                               Mars 2017

 

 

 

[1] Le Figaro , 21  décembre 3015

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