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Roland HUREAUX

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 20:19

JUIN 1940 : LES VRAIES CAUSES DE LA DEFAITE

 

Beaucoup d’idées fausses ont circulé au sujet de la défaite française  de mai-juin 1940. Le remarquable  livre de Dominique Lormier paru il y a quelques années «  Comme des lions, mai-juin 1940 : le sacrifice héroïque de l’armée française. »[1], toujours actuel et qui devrait être répandu dans  toutes les écoles, est là  pour  nous rappeler ce que ces semaines eurent  d’héroïque.

En un mois, l’armée française perdit 58 829 hommes au combat  qui  ne furent pas, loin s’en faut, contrairement à une légende  répandue outre-Atlantique  tués en fuyant. L’armée allemande compta  63 682 tués . Les pertes quotidiennes allemandes  furent supérieures à celles de la campagne de Russie de 1941. Sur les 3000 chars allemands, 1100 furent  détruits, principalement par les Français ; sur les 4000 avions allemands, 1400  furent mis hors de combat par les Français et les Anglais.

En ajoutant 21 000 civils, les pertes françaises approchèrent  les sommets d’août et septembre 1914 ; à l‘Ouest,  aucune   armée  n’a perdu autant d’hommes en si peu de temps pour  résister à la force nazie.  En plus de la contre-offensive bien connue de Montcornet  menée par le colonel de Gaulle,  de nombreux  faits d’armes  sont à signaler : le village de Stonne (Ardennes), changea de mains dix-sept fois en trois jours ; à  Landrecies (Nord) , deux chars lourds français mirent hors de combat plus de cent véhicules blindés allemands.   Non,  les Allemands n’eurent pas la partie facile : c’est eux qui écrivirent que les Français  s’étaient battus  « comme des lions ».

Il est aussi faux d’imputer la défaite  à un armement  insuffisant :  nous avions deux fois plus de canons  ( mais pas assez d’antiaériens) , presque autant de blindés : 2268  (2858 avec les Anglais et les Belges ) dont   600 Somua S-35  qui surclassaient tous les chars allemands , au nombre de  2574. Principale défaillance : l’aviation : 4000 avions allemands pour 1100 français (1800 avec les alliés), ce qui rend d’autant plus inexcusable que certains de ces   avions soient restés dans les hangars  faute de doctrine d’emploi.  Le général de Gaulle exagéra donc quand il dit le 18 juin que nous avions été « submergés par la force mécanique de l’ennemi »,  mais il savait qu’un chef n’ humilie pas son peuple blessé, ce dont Vichy ne devait pas se priver .

Il faut le dire : la défaite  est entièrement  imputable   au commandement.    Notre état-major plus âgé de dix ans en moyenne que l’Allemand, se trouvait  plus éloigné des lignes de  100 km. 

Après la retraite des grands chefs de la première guerre mondiale, ne restait que  Pétain,   statue du commandeur  qui surveilla tout au long des années trente    les  nominations .  La médiocrité a régné . L’armée française fut alors  victime d’un mal encore plus répandu dans l’Etat aujourd’hui , et pas seulement au ministère de la santé : le règne d’une  pensée unique  calée sur la défensive incarnée par la ligne Maginot  et rien d’autre. Pensée inadaptée mais  surtout , comme toutes les  pensées étroites,  intolérante à toute dissidence, faisant la chasse aux  esprits libres  , rarement  les plus mauvais,  tenus à l’écart des postes de commandement.  Ce conformisme allait de pair avec un  grand désordre dans  ce qui relevait seulement des armées  et non  de l’échelon politique : transmissions, logistique , coordination.

Il serait, on le voit , tout à fait injuste  de  mettre la défaite  sur le compte des Français dans leur  ensemble  comme le fit   le gouvernement  de Vichy . Les chefs militaires responsables de la défaite, qui, au Japon, se seraient sans doute fait hara kiri,  sont à peu près les mêmes qui prirent le pouvoir le 17 juin 1940 , le responsable de la charnière des Ardennes se retrouvant par exemple  ministre de la défense . Ils étaient mal placés pour   mettre en cause , comme ils le firent, le vices et la décadence des Français et les appeler à une  pénitence réparatrice. Ils ne furent pas le seuls : si   Marc Bloch  insiste dans son Etrange défaite[2]  sur la responsabilité du commandement  il  impute aussi la défaite à l’ échelon politique et à la société française, toutes classes confondues . La responsabilité de la société est devenue la doxa  d’aujourd’hui. Elle  est injuste. Le corps social français des années trente conservait, bien plus que la nôtre,  des bases solides  qui s’exprimèrent dans la vaillance de nos soldats. Elle empêche de regarder en face  des dysfonctionnements de l’Etat qui sont plus que jamais d’actualité.

« Des lions commandés par des ânes[3] » , comme dit Charles Gave ; c’est ce  que  nous avons vu  en juin1940.  Ca ne devait pas être la dernière fois.  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Dominique Lormier , Comme des lions , Calmann-Lévy, 2005

[2] Marc Bloch, L’étrange défaite , Folio, 1990 ( écrit en 1940)

[3] Charles Gave , Des lions menés  par des ânes, Robert Laffont, 2003.

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