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Roland HUREAUX

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 20:22

LA DIABOLISATION EST LA MARQUE D’UNE DEMARCHE IDEOLOGIQUE

 

Publié dans Monde et Vie – septembre 2020

 

S’il fallait définir le mal du  siècle, je dirais que c’est l’idéologie .

Mal du siècle parce qu’elle n’existait pas  dans les siècles passés. Elle  se déchaine une  première fois avec la  terreur révolutionnaire mais   se calme ensuite  jusqu’aux grands mouvements idéologiques du XXe siècle, tous criminels : communisme,  socialisme national.  

Aujourd’hui, depuis trente ans environ, surtout dans le monde  occidental  l’idéologie a pénétré partout : nous vivons dans un monde idéologisé  jusqu’à la moelle. Il ne s’agit pas forcement d’idéologies violentes comme  celles que je viens de citer, mais  elles aboutissent à un grand désordre dans la  société, à un recul de la liberté, de la démocratie, de la compréhension réciproque , de la légalité et pourraient s’avérer avoir des effets  indirects graves  :  appauvrissement, guerre civile, voire internationale , perte de l’héritage culturel et  de ce qu’Orwell appelle la common decency  ( Orwell).

Avant de définir l’idéologie, disons qu’elle se reconnaît d’abord à la diabolisation absolue et sans rémission de l ’adversaire ; les procureurs  de Staline traitaient leurs victimes de vipères  lubriques ; pour éduqué qu’il soit , c’est le registre où finit  tout  idéologue.  Les socialistes nationaux, dits nazis, avaient eux aussi leur démonologie à base de haine du juif.

Aujourd’hui, sous une apparence plus libérale, qui correspond de moins en moins à la   réalité, la diabolisation  vise tout ce qui est « politiquement incorrect » , une notion issue du marxisme  qui nous est revenue par les  universités américaines. Nous savons ce que recouvre cette épithète infamante : le racisme, l’islamophobie, la xénophobie ( à quoi les idéologues ramènent  tout souci, quel qu’il soit,   de l’intérêt de son propre peuple), l’homophobie, le machisme, le « climato-scepticisme » etc. 

 

Le vrai parti de la haine

 

L’idéologue définit  toute une série de tares  irrémissibles  et il  sue la haine , il suffit d’aller dans les prétoires pour le voir , pour tous ceux qu’il estime  en être porteur, c’est-à-dire tous ceux qui ne partagent pas ses préjugés idéologiques ;  et il les accuse, procédé classique  , eux,  de haine.  Qui a jamais rencontré un raciste, un vrai (il y en a quand même quelques-uns),  aussi haineux qu’ un prétendu antiraciste ?  

La haine idéologique est   plus que la haine tout court. Il parait que dans les guerres s’autrefois, les ennemis s’injuriaient copieusement avant de combattre. Il était rare, en effet, malgré l’Evangile ,qu’on ait jamais beaucoup  aimé ses ennemis. Mais enfin, si beaucoup de guerres se terminaient  en massacres, la « paix des braves » restait possible.

Avec les idéologues, elle ne l’est pas. Car la haine idéologique est  fondée sur un système qui se veut rationnel, même s’il ne l’est pas.  « Réactionnaire », par exemple est une injure idéologique  « Espèce de con », ne l’est pas.   L’épithète   « réactionnaire »   se réfère à une    théorie de l’histoire   comme progrès irréversible, où celui qui lui  résiste est voué au banc d’infamie. Inutile d’argumenter avec lui :  il  est malfaisant.  Pour Pierre Courtade, « intellectuel »   stalinien, Tito était « fasciste au sens scientifique  du terme. »

Cette haine de l’adversaire qui vise à son élimination pure et simple, transcende tout : le droit , y compris  constitutionnel , les droits  fondamentaux, la liberté de  presse et d’opinion , la culture, le respect de  l’autre, la simple justice  , l’honnêteté, pas seulement intellectuelle.   Elle cherche sans cesse à alourdir le code pénal de nouveaux  délits idéologiques restreignant le champ des libertés, appelle à la délation, instaure une police de la pensée . Elle va même jusqu’au déni de la science : la théorie de la relativité  fut bannie  en URSS comme « idéaliste », en Allemagne comme  juive.  La théorie du genre, devenue quasi-obligatoire en Occident,   est encore plus absurde que la théorie évolutionniste   de Lyssensko  promue par Staline. Avec l’idéologue, tout débat est  interdit.

Nous assistons aujourd’hui à la dégénérescence de la démocratie, d’abord  aux Etats-Unis,   où la confrontation Trump-Biden  pourrait se terminer en guerre civile si la victoire de l’un des deux  camps n’est pas assez nette, mais aussi en Europe.   Le Brexit avait déjà effacé de la langue anglaise l’expression  fair play . Si la France  n’en est pas encore là,  c’est parce que la domination du camp de la pensée unique , y reste  écrasante  [1]     

Certes, ce qu’on appelait les « démocraties occidentales » n’ont  pas de goulags . Mais les interdits professionnels pour raisons idéologiques ne cessent de prendre de l’ampleur , dans la presse ou l’Université[2]  . Le pluralisme de la presse ne cesse de se rétrécir : le temps vient où nous n’aurons  le choix qu’entre la Pravda et les Izvestia !  

 

Qu’est-ce que l’idéologie ?

 

Mais qu’est-ce que l’idéologie ? Nous ne l’entendons  pas au sens classique d’un  ensemble d’idées certes cohérent  mais respectueux du pluralisme.  Le point  de départ de la démarche idéologique, au sens où l’entend Hannah Arendt, ce sont :

  • Une simplification abusive et donc une falsification du regard porté sur la réalité à partir  de slogans sommaires : l’histoire se ramène à la  lutte des classes,  ou des races ;   la propriété , c’est le vol ;     les Etats sont dépassés, et donc il faut une totale liberté de circulation des  marchandises, des capitaux et des hommes dans le monde ;
  • Un projet messianique , ou à tout le moins « progressiste » , se proposant d’améliorer le monde de manière plus ou moins radicale , globale ou sectorielle,  pour aller vers  une société sans classes, un Etat mondial , le métissage généralisé   ou une émancipation  totale des mœurs  .   Celui qui s’oppose à ce mouvement est un ennemi du bien .

A   côté de grands projets de refonte totale de la société, le monde occidental   est également vérolé de par des idéologies sectorielles  : méthodes modernes d’éducation, « administration  managériale », disqualification du système pénal etc. Dans une société de plus en plus idéologisée, rien n’échappe désormais  à cette folie. Le grand ennemi des idéologies, c’est le bon sens ; il se fait de plus en plus rare.  

Les idéologues en chef, partis communistes ou socialiste-national  autrefois, oligarchie mondiale aujourd’hui ,  s’autoproclament les grands prêtres du progrès de l’humanité . Les membres de cette oligarchie , généralement très riches sont d’autant plus dangereux qu’au lieu de jouir tranquillement de leur  fortune,  beaucoup , tels  Georges Soros ou Bill Gates veulent absolument faire le bien , le bien idéologique, c’est-à-dire le mal.

Face à ces élites aux idées simples, il y a le peuple, les peuples. Les idéologues s’en méfient car il  reste généralement au peuple un peu de bon sens  et qu’il est le premier à souffrir des  folies idéologiques. On dénonce alors le « populisme ». Toute la tradition issue de la Révolution française assimilait le peuple ( vu de manière abstraite, il est vrai ) et le progrès  ; ils ont divorcé. Depuis trente   ans,  le peuple , selon les idéologues,  est l’ennemi du progrès.

Cela aussi explique leur crispation et leur intolérance  : ils se sentent cernés , d’autant qu’au fond d’eux-mêmes , ils ressentent ce qu’ont d’artificiels  leurs  concepts.

 

Si l‘espoir demeure, c’est des peuples seuls qu’il peut venir : malgré tous les efforts faits pour  diaboliser le peuple, le mettre entre parenthèses, il arrive, suffrage universel aidant, qu’il se réveille :  élection de Trump en 2016, Brexit en 2017, élections italiennes.  Demain la France ?

Le chemin de la vérité en politique est aujourd’hui simple : il n’y a plus ni gauche, ni droite, ni sociaux ni antisociaux, il faut combattre les idéologies qui minent nos sociétés. Face aux idéologies, pas de quartier. Mais pas non plus de contre-idéologie miracle, seulement le bon sens et la nature. Et comme l’idéologie est intrinsèquement mensongère, il y a la vérité. Elle est souvent moins flamboyante que les simplifications idéologiques pour des communicants en quête de slogans faciles. Mais soyons optimistes : les peuples la comprennent quand on sait la leur dire. Voilà notre espoir.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Et n’imaginons pas que de contrôler 90 % du paysage politique ou médiatique satisfera l’idéologue ; il veut 100 %. Les attaques récentes contre Valeurs actuelles ou  SOS Chrétiens  d’Orient sont significatives de la volonté de réduire les  ilots de dissidence ; si on laisse  vivre les adversaires  , c’est qu’ils sont assez  caricaturaux pour servir de  repoussoir .  

 

[2] Le statut de la fonction publique, qui, depuis l’arrêt Barrel du Conseil  d’Etat, ouvrant l’ENA aux communistes, semblait une protection ; il  l’est de moins   en moins, par l’extension de l’oral  ( qui tend à devenir un  contrôle de conformité)  ou le recrutement massif de contractuels.   

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