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Roland HUREAUX

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:51

MACRON ROBESPIERRE

 

La condamnation sévère de Fillon pourrait affaiblir la légitimité de Macron

 

Il n’est pas nouveau dans l’histoire qu’un pouvoir à la légitimité chancelante cherche à la  consolider par un  procès à grand spectacle et une exécution.

Fondée sur  les massacres de septembre 1992, qui firent 1300 victimes innocentes  à Paris,   la Première République ne pouvait justifier sa raison d’être que si le roi  Louis XVI  était chargé de grands crimes et la preuve que ses crimes   l’étaient ne pouvait être qu’une condamnation lourde, la mort en l’occurrence.

Déjà Cromwell, dépourvu lui aussi de légitimité,  avait fait juger et décapiter le roi d’Angleterre Charles II.

On ne va pas couper la tête à François Fillon mais c’est tout comme. La condamnation d’une grossière   disproportion qui vient de lui être lui être infligée par le Tribunal de Paris, 5 ans de prison dont 2 fermes,  aura pour effet (nous ne disons pas pour but) de montrer que la mise hors-jeu de Fillon à la présidentielle de 2017 , qui seule a permis d’élection de Macron,  était légitime car fondée sur des fautes très lourdes .

 

Violation  de la séparation des pouvoirs

 

La légitimité de cette élection était déjà  affaiblie  par l’interférence grossière de la justice, plus précisément du parquet financier, dans la campagne.

Cette interférence allait violemment à l’encontre à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dont l’article 16 dispose que « toute société dans laquelle la séparation des pouvoirs (n’est pas) déterminée, n'a point de Constitution ». Point de constitution et donc point de république ! De la même veine, l’article 13 du titre II de la loi des 16 et 24 août 1790, toujours en vigueur, dispose que : « Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratifs. » Forfaiture ! Y a-t-il une opération administrative plus   fondamentale que l’élection des chefs de l’administration ?

De nombreux textes pris au cours des deux derniers siècles[1] déclinent ces interdictions. Mais    le pouvoir en place en 2017 - nous ne disons pas le parquet financier car il était évidemment aux ordres -, a profité de leurs lacunes pour passer   au travers des mailles du filet. Dans la forme seulement car, quant au fond, l’esprit de la République s’en est trouvé gravement vicié.  

 

Illégitimité

Les déclarations récentes de l’ancienne responsable du parquet financier,  Eliane Houlette,  sur les pressions considérables  qu’elle a subies pendant la campagne électorale,  affaiblissent encore la légitimité de l’élection de Macron. Ce sont ces pressions qui ont permis l’accélération des procédures afin de mettre en examen François Fillon et son épouse, avant l’ouverture de la campagne électorale où il n’était plus possible de le faire.

Les attendus du jugement pris à l’encontre de François Fillon se réfèrent au « devoir d’exemplarité »  d’un ancien premier ministre.  C’est à se plier de rire au regard des turpitudes autrement plus graves, qui se murmurent mais qui  ne seront ni dénoncées, ni poursuivies, attribuées à un certain nombre de ses collègues,  sans compter ce qu’on pourrait trouver à un échelon encore plus élevé.

Le jugement apparait parfaitement inique si l’on considère  l’océan de laxisme où se meuvent de manière de plus en plus insolente les bandes ensauvagées qui se cantonnaient jusqu’ici  à  la simple délinquance et qui ont pris à présent le contrôle de la place publique. Laxisme :   on nous signalait il y a peu le cas de ce personnage 17 fois récidiviste sortant libre du tribunal malgré une nouvelle condamnation.  Comme il y a peu de chances que le président démissionne de lui-même , ni qu’une population avachie où la fibre républicaine est désormais atrophiée, réagisse au scandale que représente le maintien au pouvoir d’un personnage élu dans les conditions que nous venons d’évoquer, il appartient aux institutions les plus hautes de l’Etat  ( Conseil constitutionnel, Assemblées)  de se saisir de ce cas qui met en cause la République dans ce qu’elle a de plus fondamental. Il n’est pas impossible qu’en définitive la condamnation  de Fillon ait affaibli plutôt que  renforcé la légitimité de l’élection de Macron.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Outre la loi des 16 et 24 août 1790, citons loi du 16 fructidor an III  , la loi du  31 mars  1914 (article 110 du  Code électoral)  , la  loi no 82-213 du 2 mars 1982.

 

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