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Roland HUREAUX

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:24

Non sans raison , Patrick Buisson  rappelle[1] l’incompatibilité entre ce qu’il appelle, de manière à notre sens contestable, le libéralisme et le populisme.  Ce qui réduit à peu de choses l’espoir d’une « union des droites » caressée  par certains.

Qu’il y ait  peu en commun entre les idées du Rassemblement national et celles des dirigeants[2] des Républicains   est assez évident : Europe et euro , rôle de l’Etat, questions sociétales, et même  positionnement géopolitique entre l’OTAN et la Russie : sur presque tous ces sujets, ils campent  sur des rivages opposés.   L’UMP dont la moindre faiblesse  n’était pas d’être traversée par ces clivages majeurs    a progressivement  éliminé de ses rangs , malgré les efforts méritoires d’un  Julien Aubert, tout  ce qui n’était pas dans  le courant dominant.

Un autre obstacle à l’union des droites, dont Buisson ne parle pas,  est que toute fédération se constitue  autour du partenaire le plus fort . Dans l’état actuel  du rapport des forces au sein de la droite, l’union des droites reviendrait à ce que les gens de LR ou de  « la droite hors les murs »  s’inféodent   à Marine Le Pen. Il n’est  pas sûr qu’ils  le souhaitent,  ni elle.

Reste que l’analyse de Patrick Buisson appelle des réserves  sérieuses, au moins de forme. 

La principale : appliquer le mot libéral  aux tenants de  l’ordre  mondial  n’est ni politique, ni exact  . Les grandes batailles sont gagnées par ceux qui  arrivent à imposer leurs mots.

Or quoi qu’en pense le maurassien Buisson, libéral a toujours eu une connotation positive  et pas  seulement depuis la Révolution  française. Qui a dit que les tenants de l’ordre mondial  sont des libéraux ? Eux .  Normal qu’ils se donnent de  jolis noms , mais il faut  les récuser.

Il ne s’agit pas seulement là d’une querelle de mots : 

La vérité est que le soi-disant libéralisme mondial dont il est question aujourd’hui  a bien peu à voir avec le  libéralisme bourgeois du XIXe siècle, mesuré et pragmatique,  tantôt libre-échangiste, tantôt protectionniste, tantôt monarchiste, tantôt républicain, toujours moraliste, admettant l’héritage historique et  au moins jusqu’à un certain point , le traditions. 

Ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui est une  idéologie  au sens exact  où le marxisme-léninisme était  une idéologie : les peuples de l’Est qui renâclent devant la construction européenne   l’ont bien compris.

Mais , comme toutes les idéologies, elle est mensongère . Loin d’être  libérale, elle est illibérale , et cela à plusieurs titres .

Premièrement,  parce que le libéralisme est , de manière intrinsèque, incompatible avec  l’idéologie . Hannah Arendt nous l’a appris : toutes les idéologies reposent sur le  pouvoir de ceux qui savent ou croient savoir  au travers de deux ou trois idées simples  sur laquelle se fonde leur vision , assorties d’un  projet messianique plus ou moins affirmé , d’un projet de « fin de l’histoire » . De ce fait toutes les idéologies  conduisent  à l’intolérance absolue vis-à-vis de ceux qui ne la partagent pas , à une  vision manichéenne du monde et , par là , au rejet  de la démocratie :  « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens»[3] dit  Jean-Claude Juncker, traités qui sont   la  déclinaison régionale de l’idéologie mondialiste. Loin d’instaurer le règne de la  liberté, l’idéologie promeut celui des commissaires politiques.

Les Gilets jaunes l’ont bien compris . Loin  de l’image de petits-bourgeois moustachus, franchouillards et fascisants que propagent leurs ennemis, ils combattent pour la  liberté.  Nul n’a   vu qu’autour des ronds-points,  les gilets aient   réclamé  un sabre à la Boulanger   ou un dictateur ; les Gilets jaunes  sont bien plutôt  inquiets du recul de la liberté d’expression  et de  la  répression policière impitoyable du régime marconien,  du recul de leur liberté de circuler au travers  des taxes dites écologiques et bien entendu du recul de leur  pouvoir d’achat  qui est aussi une forme de liberté .

Deuxièmement,  parce qu’au motif de libéraliser toujours plus  les sociétés occidentales,  l’idéologie prétendue libérale  opère un travail de destruction sans précédent qui ne peut conduire qu’à un nouveau despotisme . Destruction des  repères nationaux, régionaux,  moraux, religieux, culturel, familiaux, sociaux (laminage en  particulier des classes moyennes ). Ce libéralisme  prône l’immigration de masse  pour détruire les identités nationales et locales,  le libre-échange pour détruire les  héritages économiques, il  promeut l’homosexualité pour détruire  la famille. Ce libéralisme, nous préférons l’appeler mondialisme car ses adeptes les plus cohérents visent , par l’affaiblissement des Etats et le mélange  des  peuples , des races et des cultures , un gouvernement mondial.

Ce travail de destruction conduit à une société  qui n’est même plus celle du contrat social et  des droits  de l’homme : elle est celle de   « particules élémentaires » livrées à la loi du plus fort.   Hors d’une élite  mondialisée et toute puissante, régnera la précarité.  

Troisièmement,  parce qu’on peut établir qu’il  y a un optimum démocratique qui correspond à peu près à l’échelle de la nation , quelle qu’en soit la taille.  Ne voyons-nous pas  les libertés reculer chaque jour en France  au fur et à mesure que Macron développe son projet euromondialiste ?  Pour Jean-Jacques Rousseau, la démocratie n’était possible qu’à  petite échelle, celle des cantons suisses , plus difficile dans les grands Etats , impossible dans les empires  continentaux. Un gouvernement européen , tel que la Commission européenne en offre l’avant-goût  est déjà une lourde machine bureaucratique. Un gouvernement mondial , selon l’intuition géniale de George Orwell, ne saurait être qu’un  monstre totalitaire. A l’inverse,  souverainisme et libéralisme sont inséparables.

Face au prétendu libéralisme, Buisson plante le  populisme. Une expression qu’il faut assumer sachant que   le populus, c’est le  démos, et que donc le populisme, c’ est  la vraie démocratie.  Mais en l’opposant au libéralisme, il laisse  entendre que le peuple ne rêve que d’un pouvoir fort et illibéral,  voire d’une « démocrature », termes   que les mondialistes accolent   à ceux qui leur résistent , mais qui s’appliquent bien plus à eux-mêmes.   

Ce faisant, Buisson  commet le même erreur que Soros  qui confond la tradition avec le despotisme idéologique. Dans un excellent livre de Pierre-Antoine Plaquevent [4]qui tente de faire  le tour de tout ce qu’a de pervers  le personnage,  Soros se présente  comme  un disciple de Karl Popper . Mais dans son ouvrage capital ,  La société ouverte et ses ennemis[5], Popper s’en prend à Platon, Hegel et Marx, nullement à l’héritage judéo-chrétien ou aux nations.  

Que Popper , issu de l’Ecole de Vienne, ait promu la   société ouverte comme une antithèse aux  expériences totalitaires du communisme, du socialisme national allemand ( dit communément nazisme) et du  fascisme est très  compréhensible. Mais Soros est allé bien  plus loin en amalgament aux  régime totalitaires, sous le terme de « sociétés fermées »,   toute les sociétés se réclamant d’une  tradition, ayant un caractère plus ou moins organique et par là tout l’héritage européen et chrétien.

Cet amalgame était inconnu des promoteurs des régimes totalitaires qui se voulaient  au contraire modernes. Il l’était  aussi , à notre connaissance, de l’Ecole de Vienne d’où est issu Popper. Boris Souveraine[6], le premier à avoir analysé en profondeur le communisme,  avait montré comment il   avait poussé sur le fumier de la  décomposition des sociétés  traditionnelles et non à partir d’elles.

Mais telle n’est  pas la  voie  qu’a suivie l’école de  Francfort ( Adorno,   Marcuse, Reich  etc.) qui, sur  la base  d’une  sociologie sommaire,  a  prétendu   montrer que  c’était les   sociétés  traditionnelles qui avaient engendré le  nazisme et le  fascisme. Bien plus que de Popper, Soros est un disciple d’Adorno. Les déconstructeurs français ( Foucault, Deleuze, Derrida, Bourdieu) , ont poursuivi sur cette voie. Détruire les nations et  la famille  est pour ces gens  une démarche antifasciste.  C’est là  aujourd’hui l’idéologie dominante.  

Il est vrai que  certains théoriciens conservateurs  comme de Bonald ou de Maistre , auxquels Maurras a plus ou moins emboîté le  pas ,  en haine  de  la Révolution française, avaient  tenté de promouvoir ( avec bien peu de succès il faut bien le dire en dehors du régime de Vichy ou du salazarisme ) un modèle de société compacte, « organique » où l’individu serait  enserré de toute part dans  des réseaux hiérarchiques. Ce faisant, ils ont fourni un beau repoussoir   aux idées de l’Ecole de Francfort et à la révolution libertaire qu’elle a inspirée. N’ayant plus après 1990 de vrai totalitarisme à se mette sous la dent, Soros et ses émules   ont entrepris, au nom d’un libéralisme devenu idéologique , de  détruire tout l’héritage de la civilisation occidentale.

Or ces amalgames reposent sur  un contresens historique. L’esprit de liberté n’est pas né en 1789. Il  souffle sur l’Europe chrétienne depuis les origines  du christianisme A Poitiers, franc veut dire libre, musulman veut dire soumis. Chateaubriand  se gaussait des contre-révolutionnaires de son temps  qui,  au motif  de combattre les idées de la Révolution , voulaient copier l’empire ottoman ( autre modèle de société totalitaire).  Comme son inspirateur Burke , Chateaubriand a compris que la  tradition européenne débouche sur le vrai  libéralisme , limité, éclairé,   respectueux du passé et des  médiations sociales  et qu’à l’inverse, il n’y a pas de liberté sans  l’appui d’une tradition[7]. « La liberté est sur la croix du Christ  et elle en descend avec lui »[8],  « La liberté émane de Dieu qui livra l’homme à son franc-arbitre » [9].

De fait tradition et  liberté sont  inséparables.  Pas de liberté possible pour un homme sans passé, sans racines, sans traditions, et donc sans esprit  critique par rapport aux pouvoirs, cet  esprit  critique qui nourrit la vraie démocratie. La liberté et non les libertés : étonnante adhésion, par cette formule bien connue,  de Maurras au positivisme juridique qui est aujourd’hui la machine de guerre avec laquelle  le totalitarisme libertaire détruit le  droit naturel . Francesco de Vitoria enseignait à Salamanque en 1570  les droits inaliénables des Indiens,  pas leurs droits positifs.  La  liberté et non l’idéologie pseudo-libérale ( et libertaire ) contemporaine, délire  qui conduit à   l’esclavage. « Si la religion chrétienne s’éteignait, on arriverait par la liberté à la pétrification sociale où la Chine est arrivée par l’esclavage » [10].

Toute bonne  propagande doit dire  la vérité des choses. Le combat  qui est la  nôtre n’est pas celui  du populisme contre le libéralisme , encore moins celui  de l’autoritarisme ( qu’il faut laisser  à Castaner),   celui  de la politique naturelle, voire de la civilisation,   contre l’idéologie , celui du réel ( qui comprend la nature humaine) contre les billevesées,  celui d’hommes libres contre les commissaires politiques   , celui de nations libres contre  le  mondialisme orwellien, de gens qui tiennent  autant à leur souveraineté individuelle qu’à celle de  de leur pays contre le globalisme à la Soros  et qui peuvent se réclamer tout autant des valeurs traditionnelles que de la  liberté. On ne gagne  jamais contre la liberté. C’est pourquoi  la bataille du populisme  doit être aussi celle de la liberté.  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] L’Opinion, 31 Juillet 2019 

 

[2] Plus que de leurs militants

[3] Déclaration faite à la suite de la victoire de Tsipras  aux élections de Grèce, 16 janvier 2015

[4] Pierre-Antoine Plaquevent, Soros ou la société ouverte , Le retour aux sources, 2019.

[5] Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, 1945, réed.  Le Seuil, 1979, 2 vol.

[6] Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchevisme,  , 1935, réed.  Gérard Lebovici 1935.

[7] Ce disant, nous ne tentons nullement de réhabiliter le « libéral-conservatisme » de Bellamy qui, par son adhésion à l’Europe de Bruxelles,  ne saurait être tenu pour un vrai   libéral  au sens où nous l’entendons. 

[8] Notes et pensées

[9] Génie du christianisme , 4e partie, VI, 11.

[10] Mémoires d’Outre-tombe , appendice XXV.

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