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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 13:53

 

Parmi les arguments que l’on ressasse depuis bientôt soixante-dix ans, pour justifier la construction européenne, l’idée que « l’Europe, c’est la paix », entendons l’Europe supranationale.

Si le continent vit en paix, c’est, dit-on, grâce au projet européen. Avant, c’était le temps des ténèbres : les nationalismes « déchaînés », portés par des Etats plus ou moins autoritaires qui ont abouti à des guerres sans nombre dont les deux guerres mondiales.

Toute idéologie - et le projet d’une Europe supranationale comme on le verra, en est une -, porte avec elle un narratif du passé à la fois simplificateur et destructeur :  ce narratif qui renvoie le passé à la préhistoire s’étend à la culture et à tout ce que le passé nous a transmis. Pour Marx, tout ce qui précédait la révolution prolétarienne était de la préhistoire. Le passé était mauvais, le « progrès » - au sens que lui donne l’idéologie, en l’espèce, l’abolition des nations et de leur identité, suppose qu’on l’efface.  

Nations = guerre = cultures nationales et Etats :  ce narratif est faux.

D’abord, la construction européenne sous sa forme actuelle commence au traité de Rome (1957), soit douze ans après la fin de la guerre. Le reste, CECA, CED, Euratom, est obsolète.  C’est la paix – sous parapluie américain – qui a permis le projet européen et non l’inverse.

Ensuite, la guerre ne résulte pas seulement du nationalisme et encore moins des nations : en tous les cas pas la deuxième guerre mondiale, ni la « guerre froide » (et toutes celles qu’elle entraina : Corée, Vietnam, Afghanistan etc..), ni les guerres de la Révolution et de l’Empire. A la rigueur la guerre de 1914-1918 fut elle un affrontement de nations quoiqu’elle ait eu aussi une dimension idéologique. (Rappelons au demeurant qu’en 1870, en 1914 et en 1940, c’est chaque fois la France qui a été envahie par l’Allemagne ; mettre en cause les nationalismes en général est injuste ).

 

La cause de la guerre, c’est aujourd’hui l’idéologie

 

Depuis 1939, presque toutes les guerres sont idéologiques.

L’idéologie, c’est une vision du monde simplifiée, manichéenne et messianique (disons qui s’appuie sur une idée de progrès, réel ou le plus souvent imaginaire, ce qui lui permet de se qualifier de « progressiste », un terme que ses adversaires se servent aussi avec une certaine stupidité ).

Si la guerre entre les membres de l’Union européenne n’a pas eu lieu, celle-ci, loin d’être un facteur de paix, n’a jamais cessé de verser de l’huile sur le feu.

Le dépècement de l’ex-Yougoslavie (1999) aurait pu ne pas se faire ou se faire de manière pacifique si une vraie négociation avait eu lieu. L’Allemagne (son ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, ex-écologiste pacifiste en tête) voulait humilier la Serbie, amie de la France qui avait toujours contré l’expansion du germanisme au Sud. Ses services secrets (issus dela STASI communiste) ont infiltré la péninsule balkanique et excité les nationalismes croate, albanais, musulmans (en Bosnie et au Kosovo). Il va de soi que, compte tenu de l’influence qu’a l’Allemagne sur l’organisation de Bruxelles, celle-ci n’a jamais objecté à l’opération ou tenté une médiation. La Serbie est toujours en pénitence quant à son entrée dans l’UE.

L’Union européenne, qui se tenait encore dans les limites de ses compétences, excluant la guerre, ne pouvait intervenir en tant que telle dans la guerre de Syrie, dont les Occidentaux portent l’entière responsabilité, mais elle a appliqué dès 2011 des sanctions féroces à ce pays et continue, onze ans après, à les appliquer, alors que la guerre est terminée. Ces sanctions sont d’une cruauté insigne : privation d’alimentation, de médicaments, de matériaux de construction pour reconstruire le pays.  Ces sanctions ne touchaient pas les zones djihadistes supposées « amies ».

Une fois la guerre terminée, elles auraient dû être  levées. Elles sont maintenues et même étendues au Liban.  Au Yémen, en guerre depuis 2015, elles ont tué des centaines de milliers de personnes dans des populations déjà touchées par les bombardements. Les sanctions épargnent les dirigeants et sont cruelles aux peuples. Les soldats sont féroces, mais les bureaucrates, bien tassés derrière leurs bureaux le sont encore davantage. A sa manière, l’Union européenne a fait plus de morts que les armées de l’OTAN.

6 milliards d’euro ont été donnés en 2016 par l’UE , sous l’égide d’Angela Merkel, à la Turquie, soi disant pour l’aider à supporter le poids des réfugiés, en réalité pour la défrayer des dépenses d’armement qu’elle avait engagées pour occuper le Nord de la Syrie.  

 

L’Ukraine

 

Ensuite l’Ukraine. De son indépendance en 1991 à 2014, son statut n’a pas été contesté.  L’Ukraine était indépendante mais elle restait neutre, n’intégrant aucune alliance. Le bon sens voulait que l’Ukraine s’inscrive dans une espèce de condominium euro-russe où l’Union européenne, sans qu’elle exige son adhésion, aurait pu assurer son développement. Parmi les raisons qui ont fait échouer cette solution évidente, le jusqu’au boutisme de la commission de Bruxelles dont Helmut Schmidt n’hésitait pas à dire que sa politique en Ukraine était « irresponsable et porteuse d'un risque de guerre mondiale », ajoutant que la plupart des commissaires ne connaissaient rien aux questions diplomatiques. A Bruxelles, on voulait une double adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN, les deux étant inséparables dans la tête des commissaires, comme des Américains. Elle impliquait une rupture du lien historique millénaire entre l’Ukraine et la Russie.

Les Etats-Unis, où le dosser ukrainien est traité depuis l’élection de Biden comme il l’avait été en 2014, par une extrémiste, Victoria Neuland, ont sans doute appuyé ces orientations radicales. Mais les Etats-Unis restent divisés, alors que l’Europe, au moins l’Europe officielle ne l’est pas. Et à voir l’ambiance hystériquement antirusse qui règne à Bruxelles et à Strasbourg, il n’est pas sûr que les Américains aient benoin de souffler sur les braises pour qu’elles y arrivent à l’incandescence.

L’effet de l’intransigeance occidentale, ce fut ce que Valéry Giscard d’Estaing appelait « un coup d’Etat de la CIA », opéré en février 2014 à partir des manifestations de la place Maidan. Un président régulièrement élu mais pro-russe fut chassé du pouvoir au profit d’une marionnette du camp occidental. De neutre qu’elle était, l’Ukraine devint un protectorat américain. Les auteurs de ce coup d’Etat, démocrates, éloignés du pouvoir par Trump, y sont revenus en 2021. A cette date, ils commencent à livrer des armes à l’armée ukrainienne en violation des  accords de Minsk. Les mêmes qui avaient opéré la « révolution » de 2014, ont manœuvré pour exciter la méfiance russe au point que la Russie finisse par envahir l’Ukraine.

C’est dans cette ambiance que la commission européenne a décidé d’envoyer 1 milliard d’armements aux forces ukrainiennes. C’est une entorse aux statuts qui ne donnent aucune compétence militaire à la commission, pas plus qu’à l’Union en général ; la décision n’a été soumise à aucun des Parlements, pourtant compétents en la manière. C’est surtout extrêmement dangereux.  Il n’y a aucune chance que ces armes permettent à l’Ukraine de vaincre la Russie ; elles permettront seulement de prolonger le conflit. Une guerre civile fait d’autant plus de dégâts qu’elle dure. Pour qu’elle ne dure pas, il faut que l’un ou l’autre l’emporte vite.

Quand la Russie aura démantelé l’armée ukrainienne, les milices (dont les fameux ukronazis) ainsi armées vont se livrer assez vite au banditisme. Et pas seulement en Ukraine mais aussi en Europe occidentale. Nous aurons un Kosovo multiplié par cinquante.

Comment s’étonner que les instances européennes fassent preuve d’une telle agressivité – et irresponsabilité ?  Ce n’est pas une anomalie. Une première raison est que pour souder une coalition, il faut une rhétorique simple, de type manichéen, ne permettant aucun compromis, alors qu’une puissance indépendante, comme par exemple la Turquie peut avoir une diplomatie complexe, s’ouvrir au dialogue, composer. Mais il y a plus :    dans son essence, l’Europe de Bruxelles est fondée sur un modèle idéologique -   l’abolition des Etats est un projet idéologique tout comme le modèle libéral libertaire (qui fait tant horreur à la plupart des peuples de la terre). L’idéologie est toujours un projet universel, jugé bon pour l’humanité et non pour un peuple particulier. Elle est donc intrinsèquement impérialiste. Il fallait absolument    intégrer l’Ukraine au projet européen pour que ce pays aille dans le sens du « progrès », alors qu’une bonne coopération aurait suffi. Cette propension à l’impérialisme par prosélytisme idéologique, c’est ce qui marque aujourd’hui l’idéologie européenne, rameau peu distinct du mondialisme prétendu libéral, mais en réalité de plus en plus autoritaire, centré aux Etats-Unis. L’Europe intégrée est un danger de guerre.

 

Roland HUREAUX  

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