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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 10:46

De manière légitime, nos sociétés luttent contre toutes les formes de  discrimination raciale.

Comment ne pas voir pourtant  que l’instauration pour les  femmes seules  ou en couple de femmes d’un droit à la procréation médicale assistée ouvrira la porte à une nouvelle  forme de discrimination raciale ?   Les femmes qui voudront en avoir le bénéfice seront en effet amenées à  choisir non seulement le sexe ( ce qui pose d’autres problèmes) , mais aussi la couleur de la peau du père anonyme.

Cela existe déjà,  dira-t-on, dans la PMA pour couples stériles, mais les effectifs concernés, soumis à la double condition de la conjugalité et de la stérilité,   restent limités. Or  le  dispositif qu’instaure le projet de  loi bioéthique ne sera pas seulement  ouvert aux  femmes liées par un  mariage  homosexuel , dont l’effectif est et restera très réduit ; il le sera  aussi à toutes celles qui ne seront liées  par aucun  contrat , y compris celles qui pourraient avoir des enfants par les moyens naturels ,  ce qui représente  au moins la moitié des femmes de France.

On peut élargir la question à celle du transhumanisme .  Ceux qui imaginent – ou craignent -  que l’instauration d’une PMA pour toutes  conduise à légaliser  des expériences destinées à augmenter le potentiel de l’humanité , voire à une large commercialisation de la génération  humaine, doivent  regarder en face le lien intrinsèque entre les pratiques en cause  et la discrimination raciale.

 

Choisir, c’est discriminer

 

La femme qui effectuera un choix entre les donneurs  dont  le sperme est en réserve , sera nécessairement amenée à marquer  sa préférence pour telle ou telle  couleur de peau , tout comme l’institut de recherche qui sera amené à croiser les lignées, voire à manipuler les génomes, sera ipso facto conduit à intégrer le considération raciale.  

On pourrait certes imaginer une  société tellement indifférente aux questions de race  qu’une femme puisse choisir  selon la seule couleur des yeux, sans considération de  celle  de la peau , mais il en faut pas rêver :  même en France , pays moins racialisé que les Etats-Unis,  jamais la considération  raciale  ne sera devenue si indifférente qu’elle n’entre pas en ligne de compte dans une opération  d’une telle portée existentielle.  Et ce n’est pas l’obsession antiraciste  que nous avons importée  d’outre-Atlantique qui va « déracialiser » notre société, bien au contraire.

La  question d’est  pas marginale :  c’est à toute  une culture de la discrimination qu’ouvrira la porte l’ouverture large à  la procréation assistée . La plupart des  femmes  seront   nécessairement  amenées à effectuer ,  de pair avec le personnel hospitalier , un choix selon la  couleur de la peau  de leur  futur enfant   C’est toute la société qui se trouvera  ainsi entrainée    dans une culture de la discrimination qui , aujourd’hui ,    quoi qu’en disent  les militants antiracistes, est peu répandue.

On peut trouver le rapport paradoxal : dans la structuration symbolique actuelle  de la  vie politique , la PMA pour toutes passe pour être de gauche et est même présentée, comme le montre le  nom qu’on lui a donné, pour une mesure de non-discrimination , alors que la discrimination raciale passe, elle,  pour venir de l’ extrême droite . Pourtant  ce ne sera pas la première fois que les extrêmes se rejoignent.  Chacun sait d’ailleurs quel régime  fut le premier à introduire  l’objectif d’une sélection par  la race dans le champ  politique.

La solution serait  que la loi interdise  aux Cecos toute mise en mémoire   de l’origine raciale ou même nationale du  sperme conservé, à tout le moins toute communication de ces données aux utilisatrices.  François Hollande ne voulait-il  pas introduire dans la constitution le ban de toute considération raciale  quelle qu’elle soit ?   Mais il ne semble pas avoir été question d’un tel interdit dans le débat sur la procréation assistée : c’est dommage.  

Il faut se rendre à l’évidence : on ne peut à la fois prétendre lutter contre le racisme et ouvrir largement la porte à la procréation artificielle.

 

Roland HUREAUX

 

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