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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:31

Le succès de la  récente tribune des généraux, approuvée par 58 % des Français  et dont 73 % partagent la crainte d’un « délitement » de la France,    laisse apparaître ce que les intéressés eux-mêmes  ne mesuraient pas : la popularité des militaires en France.

Cette popularité contraste avec leur situation d’il y a cinquante ans où la gouaille antimilitariste de gauche avait contaminé une large part de l’opinion. Les guerres coloniales, le service militaire, jugé souvent du temps perdu, l’avaient nourrie. La professionnalisation de  l’armée est  donc , paradoxalement, une des raisons de ce regain de popularité.  Le temps de l’antimilitarisme à la française semble en tous cas  révolu.  

 

Une réputation d’intégrité

 

Il est vrai que, opération extérieures aidant, les soldats français sont presque toujours sur le terrain ; on annonce régulièrement des pertes qui  émeuvent l’opinion.  Surtout quand ils se battent pour  des causes peu contestées, comme la  lutte contre les djihadistes au Mali.  

Ils sont aussi mobilisés dans l’opération Sentinelle : la surveillance des rues, peu valorisante et d’une utilité douteuse,  qu’on leur impose, est d’abord une opération de communication pour le pouvoir politique, mais globalement, elle profite aussi à l’image de l’armée.

La popularité des militaires contraste  avec l’impopularité de tant d’autres corps : les « énarques » ( cette appellation  désigne  l’ensemble des hauts fonctionnaires, qu’ils soient passés par l’ENA ou pas), les journalistes, les juges , et naturellement les hommes politiques – sauf les maires. Si les enseignants sont en partie épargnés, ce n’est pas le cas de l’Education nationale .

Une des raisons de ce contraste : le sentiment que les militaires restent intègres. Ils ne  passent en tous les cas pas pour corrompus. Le pantouflage de certains officiers généraux à la fin de leur carrière, tel le général Pierre de Villiers au Boston consulting group , phénomène encore limité en France,  ne fait pas scandale.

 

L’idéologie contre le  réel

 

Le fait que ce dernier se soit opposé publiquement à un président rejeté par beaucoup  a suffi à le rendre populaire.

Mais un  autre facteur nous parait encore plus décisif. Dans un univers politico-administratif  qui ressemble de plus en plus à l’Absurdistan, les militaires, eux, ne semblent pas délirer, au moins dans la partie visible de leur action : la guerre. Il en est de même de deux autres corps de terrain, chargés de missions régaliennes  : la gendarmerie et la police et bien entendu du personnel hospitalier   surtout depuis le covid. 

Si les autres corps  de direction ( qui bien souvent  ne commandent  plus rien du tout ! )  sont devenus si impopulaires, c’est qu’ils semblent avoir complètement perdu le contact avec le réel – et avec la population . Ils appliquent des  milliers  de règlementations que personne ne comprend et dont   beaucoup apparaissent comme nuisibles. Les sphères supérieures de la politique et de l’administration  sont sourdes aux messages venus de la base. Par exemple, malgré le scepticisme de l’immense majorité des maires, l’administration du ministère l’intérieur ( pourtant supposée plus proche du terrain ) poursuit inexorablement  le laminage des communes au nom d’une intercommunalité lourde et coûteuse.

La raison : c’est que la gouvernance publique a largement perdu le sens de sa mission : la solution des problèmes, le bien commun, pour ne plus faire qu’appliquer des schémas.  Des schémas qui semblent issus de la technocratie nationale mais qui , la plupart du temps, viennent  de beaucoup plus haut, l’Union européenne, principal prescripteur ne faisant que répercuter les consignes de l’OMS, du GIEC, de l’OMC , bref d’une gouvernance mondiale complètement déconnectée .  Ces schémas , il ne faut  pas hésiter à les qualifier d’idéologiques car ils  sont abstraits et simplificateurs  et qu’ils sont supposés aller dans le sens du progrès.  

Un chef d’entreprise qui perd le sens du réel, voit très vite son  bilan se dégrader : le banquier le rappellera à l’ordre.  Le retour du réel est  beaucoup plus lent et plus diffus en matière de gouvernance publique. Les dirigeants imbus de l’idéologie dominante tiennent les résistances de la base pour du poujadisme irrationnel , on l’a vu avec les gilets jaunes marginalisés   avant même de s’être exprimés.

Quand une armée va au combat , le retour du réel est  beaucoup  plus rapide encore que dans l’entreprise. Les militaires de tout rang sont , pour cela,  obligés d’avoir le sens du réel . Un vieux proverbe militaire dit « quand le canon tonne, les cons se taisent ». Et  s’ils  continuaient à commander , la bataille serait perdue.

Sous cette appellation un peu rude,  voyons les agents actifs ou passifs de tous les systèmes administratifs qui gouvernent notre monde et  dont le bon peuple a le sentiment qu’ils ont complètement perdu  le contact avec les réalités , ce qui n’est pas  le cas des militaires d’aujourd’hui.  

 

Roland HUREAUX

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