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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 13:06

REGIONALES : SE MEFIER DE L’ELECTEUR QUI DORT

 

Il serait hasardeux de tirer des conclusions des élections régionales pour les appliquer à la prochaine présidentielle.

 

Le club des sortants

 

Le premier vainqueur, c’est le club des sortants. Tous  les présidents de région sont réélus en métropole, aucune ( hors la Réunion) n’a vu  sa majorité basculer . Et comment s’en étonner ?  La région ne sert qu’à distribuer de l’argent aux départements et aux communes, aux entreprises, aux associations . C’est même   par elle que transitent les  crédits  européens  ( la fameuse « Europe des régions ») . Le président de région n’a presque aucun de ces pouvoirs régaliens qui pourraient faire des mécontents : police de la circulation  et du stationnement,  urbanisme, gestion des innombrables problèmes de proximité[1].  C’est essentiellement le maire et le préfet qui se chargent de ces tâches ingrates.  La fiscalité régionale, mêlée aux autres, passe inaperçue. 

Au départ,  les régions avaient  d’abord des compétences stratégiques : aménagement du territoire, action économique ( très limitée par les règles anticoncurrentielles  de  Bruxelles), formation professionnelle, plus les lycées et, de fait, l’enseignement supérieur. Mais les conseils régionaux ont  voulu se rapprocher  du terrain multipliant, en concurrence avec les conseils départementaux, les petites enveloppes destinées aux communes, finançant ici un cinéma, là le toit d’une église, un terrain de football, etc.  toutes opérations plus clientélistes que stratégiques. Comment ne pas dire merci aux présidents en place ?  Il  n’était donc pas facile  de battre un sortant. Et personne ne l’a fait.

Au point qu’on s’interroge de plus en plus sur l’utilité d’une structure  coûteuse  qui fait souvent double emploi avec les départements et l’Etat : on évoque  le retour à l’élections indirecte par les entités locales sur  un format plus réduit, soit la suppression pure et simple de la région.

 

Une abstention logique

 

L’autre vainqueur , ce sont les abstentionnistes :  près des deux tiers  du corps électoral. Elle s’explique aussi.

Ne nous y trompons pas : le rejet de la classe politique et du système , dans les profondeurs du peuple français, est violent. Les ténors  issus des Républicains, brillamment réélus :  Bertrand, Pécresse , Wauquiez auraient tort d’imaginer  que les électeurs,  assagis,  seraient  revenus au  bercail du « cercle de  raison », à un centre droit à  l’identité plus incertaine que jamais.

Il ne sert à rien de faire le procès des hommes politiques ;  c’est la  ligne ( ou l’ absence de ligne) des partis du courant principal, qui est en cause . Ils semblent ne plus faire qu’appliquer   des décisions prises au  niveau international ( OMC, OMS,  GIEC, OTAN, OCDE ) ou continental  ( CEDH) , la commission de Bruxelles n’étant qu’un rouage exécutif.   Cette politique mondialisée, les  Français n’en perçoivent pas toujours l’origine, mais ils l’abhorrent et voient qu’aucun politique  français n’est assez courageux pour la remettre  en cause.

Ce rejet peut s’exprimer électoralement de deux manières : le vote de rupture  ou l’abstention . C’est celle-ci qui a été choisie aux régionales.  Très intelligemment , les opposants au système  ont compris que , pour effectuer un vrai changement, les élections  régionales ne servaient  à  rien.

Ceux  qui sont allés voter  : les raisonnables, les obéissants, on les dit plus instruits  ( les fameuses  CSP +)  mais ils comprennent beaucoup de personnes âgées de niveau modeste qui ont voté comme on votait il y a cinquante ans : gauche /droite.   Habitués à ce monde , ils sont moins portés aux ruptures.

Mais, dans un autre contexte, par exemple  lors d’un second tour de présidentielle serré entre des options antinomiques, comme ce fut le cas récemment aux Etats-Unis[2], il ne faut pas exclure que cette masse qui semble aujourd’hui assoupie  (et comprend le plupart des jeunes) se réveille,  et cela pour « casser la baraque » faisant le choix de la rupture, surtout si le candidat des forces dominantes reste Macron dont l’élection a montré l’usure.

 

Pas de figure de référence

 

Une telle rupture supposerait qu’il y ait une figure de référence . Mais Marine Le Pen sort elle aussi affaiblie de ces régionales, malgré la mise en avant de ralliés crédibles  comme Garraud, Mariani, Juvin  . Son recul général ne s’explique pas seulement  par l’abstention  : ont aussi joué  une campagne peu imaginative , axée sur le seul thème de la sécurité ( dont la demande  qui ressort des  sondages n’est que l’expression d’un malaise beaucoup  plus profond) , les efforts de dédiabolisation  ( sur l’Europe, sur le covid etc.)   qui laissent  de moins en moins espérer  d’elle une vraie rupture, une politique interne qui a conduit à mettre à l’écart un peu partout  les militants éprouvés  au bénéfice de jeunes apparatchiks sans attaches locales , entrainant  la désorganisation de beaucoup de  fédérations.  Mais comme disait Siéyès, en politique, on ne supprime que ce qu’on remplace et pour le moment, M.Le Pen  n’est pas remplacée.

La gauche , depuis longtemps à la remorque d’un mondialisme  honni, est, malgré les gesticulations pathétiques de Mélenchon, encore moins en mesure d’offrir une alternative.

La stagnation générale de notre paysage politique qui ressort de ces élections  est en décalage  total avec l’immense malaise qui est celui de la France d’aujourd’hui. Dans un tel contexte, toute initiative qui  pourrait  faire bouger les lignes est désormais  bienvenue.

 

Roland HUREAUX

 

[1] Il est d’autant plus paradoxal que tant de candidats aient fait campagne sur la sécurité  sur laquelle la Région  n’a aucune prise.

[2] Dans certains états, la participation  a même atteint les 110 % !  

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