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Roland HUREAUX

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:42

Les Français ont longtemps été fascinés par les Scandinaves , spécialement par le « modèle suédois », peu différent de celui des autres pays nordiques.

Il est vrai que ces pays ont bien su mener leur barque sur le plan économique. Peu peuplés, il leur suffisait de quelques spécialités technologiques pointues pour équilibrer leur commerce international et financer un système social développé.

La propagande a fait le reste ; jamais un Suédois ne dit du mal de son pays ; alors qu’à l’inverse les Français ne cessent de dénigrer le leur.

Le modèle suédois était unique dans les années soixante-dix :  transferts sociaux élevés, souci d’ assurer le développement optimum de l’enfant et surtout liberté sexuelle faisaient rêver .

Pourtant, dès 1971, l’essayiste britannique Roland Huntford[1]   mettait n’en garde contre un « nouveau totalitarisme », une société étouffante d’où , sans que la police ait besoin d’intervenir, un pesant conformisme social-démocrate régnait en maitre.  Le souci hygiénique , issu du moralisme protestant, donnait aux services sociaux un droit d’intervention large dans la vie des familles, jusqu’ aux abus que l’ont trouve évoqués dans les romans de Stieg Larsson . Un enfant pleure trop fort, les voisins vous dénoncent et l’enfant est placé.

Aujourd’hui, ce modèle fascine moins parce que la société française l’a largement rattrapé :  l’évolution des mœurs,  le poids de l’Etat, un nouveau moralisme oppressif de type woke  se conjuguent pour nous mettre au même niveau que la Suède.

Dans cette période bénie où s’affirmait une singularité suédoise , ce pays a témoigné   d’autres qualités ; la première est l’ indépendance fondée sur une neutralité qui dure depuis   1815. C’est grâce à elle qu’il   n’a  participé à aucune des guerres mondiales . Durant la guerre froide,  le premier ministre Olaf Palme se mit,  non sans brio,  à l’écart de l’Est comme de l’Ouest – il se peut qu’il en soit mort 

La neutralité de la Finlande fut une acquisition récente. Intégrée à   la Russie jusqu’en 1917, elle sut repousser son puissant voisin en 1940,  non sans recourir à l’aide allemande puis occidentale. Sa bravoure permit à la Finlande de trouver un statut original de neutralité : Staline consentit à ce qu’elle reste un Etat démocratique à condition qu’elle ne rentre pas dans l’OTAN , une solution qui ne fut pas permise à la Pologne ni aux autres pays de l’Europe centrale et orientale sous occupation soviétique , une solution qui fut envisagée plus récemment pour l’Ukraine et qui aurait évité la guerre ,  que , cette fois, le jusqu’au boutisme américain a empêché d’aboutir.

La neutralité était aussi un facteur de prestige. A cause d’elle,  ces pays ont pu donner de hauts fonctionnaires internationaux de grande classe comme les Suédois Dag Hammarskjöld ou Hans Blix.

Mais aujourd’hui tout change : la Suède et la Finlande , pris dans l’hystérie occidentale antirusse répandue par toutes les techniques d’influence développées à Washington , veulent à toutes forces jeter aux orties leur neutralité , comme d’autres leur virginité et adhérer à l’OTAN ; seul le veto d’Erdogan freine pour le moment cette adhésion.

Quel singulier paradoxe !  La Suède n’a pas eu peur quand , à ses portes, Staline massacrait des dizaines de millions de gens, quand , au plus fort de la guerre froide, l’ immense arsenal nucléaire soviétique se déployait dans son périmètre proche , appuyant une doctrine, le communisme,  qui ambitionnait ouvertement de conquérir le monde . Même chose pour la Finlande.

Et maintenant , voici que ces pays sont paniqués par  la  Russie de Poutine, qui n’a rien  de comparable à ce que fut  jamais l‘Union  soviétique , une Russie où seuls quelques empoisonnements  , plus ou  moins ratés,  sont reprochés au régime , un régime qui n’a aucune idéologie à exporter sauf la religion orthodoxe sans prétention à la conquête du monde,  où  Poutine a dit expressément qu’il était prêt  à vivre en paix avec tous ses voisins , ce qui valait autant pour  la Finlande que pour l’Ukraine,  à  condition qu’ils n’adhèrent pas à une alliance ouvertement hostile à la Russie.

Qui peut penser que la sécurité de ces pays serait améliorée par une telle adhésion ?  C’est clairement le contraire. Jusque là neutres, il se placent dans une position d’antagonisme ouvert vis-à-vis d’un proche voisin   ; le cas ukrainien montre clairement que les Etats-Unis ne sont pas prêts à risquer un affrontement direct  pour de petit pays d’Europe septentrionale ou orientale, qu’ils soient hors de l’ OTAN – et même dans l’OTAN. Le général de Gaulle avait en 1966 dit combien l’engagement américain en Europe était problématique dès lors que des représailles étaient possibles sur le territoire des Etats-Unis . Cela valait dans les années soixante où les Etats-Unis étaient les plus avancés . Cela vaut encore plus aujourd’hui où il n’est pas certain que la force militaire de la Russie ne surclasse pas celle de l’OTAN

Non décidément les nordiques ne sont pas si intelligents qu’on croit.

Roland HUREAUX 

14/8/2022

 

 

 

 

 

[1] Roland Huntford, Le Nouveau totalitarisme , 1971.

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