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Roland HUREAUX

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23 janvier 2006 1 23 /01 /janvier /2006 21:47

 

 

LES FRANÇAIS  DOIVENT S’AIMER EUX-MÊMES

 

Il ne faut pas semer la haine de soi : c’est semer  la haine tout court. 

Les contempteurs  professionnels  de l’exception française  ne savent pas qu’il en est une qui nous distingue  fâcheusement: le mépris invraisemblable d’une partie de la  classe dirigeante  pour  le  peuple  français. Dans quel autre pays  peut-on assister à des dîners très comme il faut où les convives,  qui se veulent  bien élevés,  font assaut de rage  et   de mépris pour leur pays et pour leur peuple ?  Sûrement pas les Etats-Unis ou le Royaume-Uni  où , quoi qu’on pense,  le libéralisme se conjugue toujours  avec le patriotisme.

Curieusement, le mépris pour  les Français est   également partagé  entre l’extrême droite et  l’extrême  gauche.

Un excellent  livre, qu’on ne saurait trop recommander,  vient de rappeler opportunément comment les Français, contrairement à une légende tenace  ressassée aujourd’hui par les Anglo-Saxons, se sont battus en mai-juin 1940 « comme des lions » (1), cumulant des actes de bravoure aussi admirables  que méconnus. Moins mal dotés en matériel et beaucoup plus courageux qu’on ne l’a dit, ils furent entièrement victimes des erreurs du commandement. On mesure mieux dès lors  l’imposture du régime de  Vichy :   ceux là même qui les avaient si mal commandés les Français prirent alors  le pouvoir et les mirent en accusation, imputant le désastre  non à leurs erreurs propres   mais aux vices et à la décadence d’un peuple  invité    à la repentance.

Il n’est pas innocent que  le seul Prix Nobel de Littérature attribué à un Français au cours des   dernières  années l’ait été à Claude Simon, dont la « Route des Flandres » relate cette retraite désordonnée : les étrangers n’ont que trop bien retenu la légende noire colportée par  Vichy.

Un autre livre vient de régler son compte à la mise en accusation de la France par les étrangers et l’auto-accusation par certains de nos compatriotes dans le génocide du Rwanda (1994). Pierre Péan (2)  établit clairement que notre pays n’a rien à se reprocher dans cette affaire, au contraire. L’auteur, quoique homme de gauche, est cloué au pilori par un grand journal du soir : une page entière contre lui , sans contradiction, ce qui montre à quel point justifier la France même quand elle a raison peut être un discours gênant pour certains.

Car aujourd’hui la mise en accusation de la France et des Français ne vient pas seulement d’une droite aigrie, elle vient plutôt de l’autre bord. Ainsi, pour une certaine gauche,  notre histoire coloniale n’aurait été   qu’une longue suite de crimes. Accusation inacceptable que les députés viennent  fort opportunément de rejeter. S’engager sur cette voie eut été  ouvrir la boîte de Pandore de la haine.

Par delà la France, l’affaire intéresse toute l’Europe. La colonisation outre mer  fut  pour l’Europe un pan si essentiel de son histoire que l’on ne saurait lui jeter de manière unilatérale  l’opprobre,   sans  lui demander de renier ce qu’elle a été, sans demander à ses jeunes générations de haïr leurs propres origines. La colonisation fut plus qu’un fait historique : elle exprima une constante anthropologique : jamais aucune civilisation plus avancée et plus puissante que ses voisines   n’a  renoncé à déborder sur elles, pour le meilleur et pour le pire. A quand la demande en réparations aux Italiens pour le génocide des Gaulois qui suivit la bataille d’Alésia ?

Est-il nécessaire de dire que cette Europe dont on  diabolise le passé est d’abord une Europe chrétienne ? Le pape Benoît XVI, en appelant récemment les Européens à « s’aimer eux-mêmes » allait sans doute au cœur du  problème d’un continent aussi recru d’histoire que  - la démographie le montre - fatigué de vivre. Les Croisades sont régulièrement mises en accusation par le monde musulman  avec la complaisance des médias européens : elles ne furent pourtant qu’une reprise temporaire et   localisée d’un tout petit bout d’un  immense Empire arabe conquis entièrement par les armes au préjudice de la chrétienté et d’autres civilisations. N’oublions certes pas qu’un demi-million de juifs et de musulmans furent expulsés d’Espagne en 1492, mais faut-il pour autant passer sous silence, comme le font la plupart des manuels scolaires,  qu’un million de chrétiens et de juifs le furent d’Algérie en 1962  ?

« Il faut aimer son prochain comme soi-même ». Avec sagesse le précepte sacré ne dit pas « plus que soi-même »,   parce que c’est impossible.  C’est pourquoi ceux qui se haïssent eux-mêmes : les élites qui méprisent leur peuple, les jeunes à qui l’on fait   détester leur passé, ne sauraient être de bons amants. La xénophobie procède toujours de la haine de soi. Seuls  les grands patriotes sont bien accueillis à l’étranger : qu’ils  aiment leur propre patrie garantit qu’ils pourront aimer  celle des autres. Les peuple du Tiers monde où la haine de soi et le vertige de l’auto-accusation ne sont  pas encore entrés dans les mœurs ont toujours  préféré les Français qui, comme le général de Gaulle,  aiment la France.  

L’amour est contagieux. La haine   l’est aussi , selon le mécanisme de la mimésis  mis en relief par René Girard . Se haïr,  c’est inviter les autres à vous haïr , ce qui n’est pas non plus  forcément bon pour eux.  La traite des Noirs fut assurément un épisode peu glorieux de l’histoire de l’Occident mais ni plus ni moins que les autres traites. En faire une  sorte de péché originel, irrémissible, lui, à la différence de celui de la théologie, reviendrait,  en même temps  qu’à condamner les Français à la haine de soi.,  à cristalliser les Antilles dans une identité du ressentiment sans issue, dégradante pour l’admirable civilisation qu’ont su  y  construire leurs habitants.  

Sachons enfin, si l’on peut encore, comme individu  vivre dans la culpabilité un héritage  reçu, qu’il soit national, culturel ou religieux, on ne peut plus le transmettre. Ni à ses enfants, ni aux nouveaux entrants issus de l’immigration. Par la puissance du mimétisme, la seule manière d’intégrer les autres est de s’aimer   soi-même.

Roland HUREAUX

1. Dominique Lormier , « Comme des lions » , Calmann-Lévy, 2005

2. Pierre Péan, « Noires fureurs, Blancs mensonges - Rwanda 1990-1994 » , Mille et Une Nuits, 2005

 

 

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