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Roland HUREAUX

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4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 07:25

 

 

Les turbulences que  traverse  aujourd’hui la France se trouvent au croisement de trois  crises.

La crise dite des banlieues, qui a atteint son paroxysme en novembre dernier et qui risque d’être relancée par les événements actuels est le propre de très jeunes gens, originaires des cités dites « difficiles ». Elle n’a pas de véritable organisation  et se traduit par une extrême violence dont la principale cible est la police.

Les explications qui en sont données sont pour la plupart insatisfaisantes.  Le chômage ? Mais la majorité de ces jeunes sont des mineurs qui  ne sont pas encore en âge de travailler. L’immigration ? Mais il ne s’agit que d’une minorité des enfants d’immigrés, ceux que leurs parents ne contrôlent pas. L’islamisme ? Les mouvements islamistes ne  sont clairement pas derrière, même si, ultérieurement une récupération est possible ; les recrues européennes d’Al Kaida viennent plutôt de l’université que des lycées professionnels. Le racisme ?  Mais les  « casseurs » sont de toutes origines, y compris parfois indigènes.

La haine fantastique de ces  jeunes  pour  la police devrait nous mettre sur une autre piste : celle d’une éruption de violence « oedipienne » à l’égard d’un « principe de réalité » qui n’est plus incarné  par l’autorité parentale ( les jeunes les plus violents viennent de familles déstructurées),  ni par l’école ; l’instance paternelle haïe est « transférée » sur   l’Etat, symbolisé par la police. C’est pourquoi  la plupart de ces jeunes se rangent vers  25 ans.

Il reste qu’en amont, de tels événements ne se produiraient pas si la France n’avait accueilli au cours des dernières années un flux plus important d’immigrés que les autres pays d’Europe et si cette immigration ne revêtait  pas des caractères particuliers :  en majorité non seulement  musulmane , ce qui  n’est pas original, mais plus spécifiquement  arabe, ce qui l’est plus : la France est en Europe le premier pays d’accueil des Arabes  et donc la première caisse de résonance des événements du Proche-Orient . En outre, notre affirmation surprendra : cette  immigration   est  moins « communautaire »  que d’autres : les structures familiales des Arabes ou Africains de France sont plus vulnérables que celles des Asiatiques, bien sûr, mais aussi celles des Turcs d’Allemagne  ou des Pakistanais d’Angleterre ; malgré des réactions de crispation identitaire ( affaire du voile), l’encadrement des jeunes y est  plus déficient. 

L’autre crise est celle qui s’est exprimée dans le référendum du 29 mai 2005.  Même si l’on s’est attaché depuis à l’oublier, le rejet clair du projet de  constitution européenne par le corps électoral a témoigné d’un grave malaise de la société française, cette fois  dans son ensemble.   S’il n’est pas sûr que la construction européenne ait été rejetée dans son principe , elle l’a été certainement  dans ses modalités. Plus particulièrement  visée fut   la  politique menée par les différentes instances qui tiennent lieu de gouvernement européen  à Bruxelles, à Luxembourg et surtout à Francfort. A  été sans doute aussi  sanctionnée  la manière dont les gouvernements français successifs défendent ( ou ne défendent pas) les intérêts  de la France dans la grande mécanique européenne.

En tous les cas, les effets de ces politiques ont très clairement été perçus:  stagnation su pouvoir d’achat depuis environ quinze ans ( l’augmentation limitée donnée par les statistiques est   absorbée  par la hausse des prélèvement quasi-obligatoires : assurance maladie et  auto, mutuelles, redevances locales , électricité etc.), maintien d’un taux élevé de chômage, délitement du tissu agricole et industriel  et aussi – même si la responsabilité nationale, voire locale,  est pour le coup la principale – hausse des impôts et des charges.

Le discours officiel  est que tout cela est le prix à payer  pour s’adapter à la mondialisation. Mais la mondialisation étant supposée nous apporter un plus, comment faire admettre que dans l’immédiat, elle ne se traduise  pour la masse que par des sacrifices ? Retour à la « génération sacrifiée » de  Staline ? Mais qui peut encore y croire ?  

C’est ce deuxième malaise qu’expriment les syndicats classiques dont les membres ne sont ne principe  pas concernés par le CPE, mais qui craignent qu’il ne soit le prélude à un démantèlement du Code du travail. .

La troisième crise est celle, plus spécifique,  d’une partie de la jeunesse : ni celle des grandes écoles ( qui rêve de partir à Londres ou à New York et s’est remarquablement tenue hors des mouvements de contestation), ni celle des banlieues, mais entre les deux,  un mélange composite d’étudiants de filières déclassées, de jeunes chômeurs plus ou moins diplômés, mais aussi des  intermittents du spectacle, des sans-papiers etc. qui constituent , plus   que les étudiants eux-mêmes, majoritairement  exaspérés par les piquets de grève, les commandos qui bloquent les universités.  Chaque fois qu’a pu se tenir un vote régulier, seule une minorité des étudiants a voté la grève.

Il est bien vrai que notre société est dure à la jeunesse :  le taux de chômage des jeunes  semble plus élevé que chez nos partenaires, le  revenu relatif des jeunes salariés est nettement  moindre qu’il  y a trente ans, privilèges de l’ancienneté et des retraités aidant, il leur est  difficile  de trouver un logement indépendant ou  d’emprunter ; certains rencontrent des problèmes familiaux souvent graves qui leur font fuir le domincile. Comment faire comprendre à cette jeunesse que le CPE n’a pas été conçu  comme une brimade ou une discrimination supplémentaires mais en vue de  rétablir au bénéfice des moins de 26 ans une offre d’emploi abondante et donc d’en   sortir une partie de la « galère » ? 

Cette troisième crise n’est pas indépendante des deux autres : le chômage barre les perspectives des adolescents des cités, il pèse comme une menace sur toutes les catégories sociales. Les jeunes ( au moins une partie d’entre eux) sont le maillon faible sur qui pèse , beaucoup plus que sur les autres tranches d’âge, la crise économique et sociale.

Il se peut que ces trois « souffrances françaises » soient aggravées  par une donnée morale : le mépris de la France et des Français ( et  symboliquement  de la langue  française !) qui s’affiche de manière de plus en plus impudique dans une partie de notre élite. Celle-ci semble avoir perdu de vue le rôle multiséculaire de toutes les élites : être le defensor civitatis, le rempart qui assure la sécurité non seulement physique mais aussi sociale et économique de la masse, et    le producteur de symboles qui garantisse à cette dernière le respect d’elle-même  et donc le respect de la France. Si on leur ressasse  que l’histoire est une longue suite de crimes, que les  Français  sont plus  racistes que les autres ( alors que tout laisse penser qu’ils le sont plutôt moins), que la France n’est plus qu’une puissance de second rang , si on fête Trafalgar et pas Austerlitz, la réalité économique à laquelle se trouvent confrontés les jeunes , des banlieues comme  des facultés, est encore plus désespérante.  

Que faire ? Il va  de soi que le problème des banlieues n’a aucune solution à court terme. Un contrôle strict de la nouvelle immigration et un effort multiforme et patient d’assimilation peuvent seuls éviter que la question, suivant la  pente de la  démographie, ne s’aggrave.

Résoudre au fond le problème spécifique de l’emploi des  jeunes   implique que l’on s’attaque en même temps aux raisons de   la stagnation de l’économie française,   particulièrement des salaires. Même si  le carcan international dans lequel nous sommes enfermés semble impossible à desserrer,  les Français eussent  apprécié qu’au moins on  le tentât, par exemple en explorant la TVA sociale. Est-il nécessaire de dire que c’est le mandat implicite qu’ils ont donné à leurs gouvernants  en mai 2005 ? 

Améliorer l’emploi des jeunes  sans remettre en cause ce carcan, tel est précisément le sens du CPE ( et de quelques autres mesures  moins douloureuses). On en voit les limites politiques.

Que faire donc ?  Sans nul doute, dans la hiérarchie des missions de l’Etat , améliorer l’emploi de  jeunes est moins  essentiel que d’empêcher  de graves désordres, à condition toutefois de ne pas aggraver ceux-ci en donnant le sentiment d’une démission de la puissance publique. Choix difficile donc.

Mais il est clair que seule une dynamique globale  prenant à la racine toutes  les dimensions de la  crise française  a des chances de susciter l’adhésion nécessaire  à une politique de réforme.

 

                                                  Roland HUREAUX *

 

 

 

 

 

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