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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 10:14

 

La condamnation sévère de Fillon pourrait affaiblir la légitimité de Macron

 

Il n’est pas nouveau dans l’histoire qu’un pouvoir à la légitimité chancelante cherche à la  consolider par un  procès à grand spectacle et une exécution.

Fondée sur  les massacres de septembre 1992, qui firent 1300 victimes innocentes  à Paris,   la Première République ne pouvait justifier sa raison d’être que si le roi  Louis XVI  était chargé de grands crimes et la preuve que ses crimes   l’étaient ne pouvait être qu’une condamnation lourde, la mort en l’occurrence.

Déjà Cromwell, dépourvu lui aussi de légitimité,  avait fait juger et décapiter le roi d’Angleterre Charles II.

On ne va pas couper la tête à François Fillon mais c’est tout comme. La condamnation d’une grossière   disproportion qui vient de lui être lui être infligée par le Tribunal de Paris, 5 ans de prison dont 2 fermes,  aura pour effet (nous ne disons pas pour but) de montrer que la mise hors-jeu de Fillon à la présidentielle de 2017 , qui seule a permis d’élection de Macron,  était légitime car fondée sur des fautes très lourdes .

 

Violation  de la séparation des pouvoirs

 

La légitimité de cette élection était déjà  affaiblie  par l’interférence grossière de la justice, plus précisément du parquet financier, dans la campagne.

Cette interférence allait violemment à l’encontre à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dont l’article 16 dispose que « toute société dans laquelle la séparation des pouvoirs (n’est pas) déterminée, n'a point de Constitution ». Point de constitution et donc point de république ! De la même veine, l’article 13 du titre II de la loi des 16 et 24 août 1790, toujours en vigueur, dispose que : « Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratifs. » Forfaiture ! Y a-t-il une opération administrative plus   fondamentale que l’élection des chefs de l’administration ?

De nombreux textes pris au cours des deux derniers siècles[1] déclinent ces interdictions. Mais    le pouvoir en place en 2017 - nous ne disons pas le parquet financier car il était évidemment aux ordres -, a profité de leurs lacunes pour passer   au travers des mailles du filet. Dans la forme seulement car, quant au fond, l’esprit de la République s’en est trouvé gravement vicié.  

 

Illégitimité

Les déclarations récentes de l’ancienne responsable du parquet financier,  Eliane Houlette,  sur les pressions considérables  qu’elle a subies pendant la campagne électorale,  affaiblissent encore la légitimité de l’élection de Macron. Ce sont ces pressions qui ont permis l’accélération des procédures afin de mettre en examen François Fillon et son épouse, avant l’ouverture de la campagne électorale où il n’était plus possible de le faire.

Les attendus du jugement pris à l’encontre de François Fillon se réfèrent au « devoir d’exemplarité »  d’un ancien premier ministre.  C’est à se plier de rire au regard des turpitudes autrement plus graves, qui se murmurent mais qui  ne seront ni dénoncées, ni poursuivies, attribuées à un certain nombre de ses collègues,  sans compter ce qu’on pourrait trouver à un échelon encore plus élevé.

Le jugement apparait parfaitement inique si l’on considère  l’océan de laxisme où se meuvent de manière de plus en plus insolente les bandes ensauvagées qui se cantonnaient jusqu’ici  à  la simple délinquance et qui ont pris à présent le contrôle de la place publique. Laxisme :   on nous signalait il y a peu le cas de ce personnage 17 fois récidiviste sortant libre du tribunal malgré une nouvelle condamnation.  Comme il y a peu de chances que le président démissionne de lui-même , ni qu’une population avachie où la fibre républicaine est désormais atrophiée, réagisse au scandale que représente le maintien au pouvoir d’un personnage élu dans les conditions que nous venons d’évoquer, il appartient aux institutions les plus hautes de l’Etat  ( Conseil constitutionnel, Assemblées)  de se saisir de ce cas qui met en cause la République dans ce qu’elle a de plus fondamental. Il n’est pas impossible qu’en définitive la condamnation  de Fillon ait affaibli plutôt que  renforcé la légitimité de l’élection de Macron.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Outre la loi des 16 et 24 août 1790, citons loi du 16 fructidor an III  , la loi du  31 mars  1914 (article 110 du  Code électoral)  , la  loi no 82-213 du 2 mars 1982.

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:54

LETTRE D’UN MAGISTRAT AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

 

Comme tous mes collègues de France et de Navarre, j’ai été atterré en apprenant la nomination de Maître Dupont-Moretti au ministère delà Justice, notre ministère.

Le talent de l’intéressé n’est pas en cause. Mais comment mes collègues et moi supporterions-nous d’avoir pour chef un homme qui a, à maintes reprises, dans ses plaidoiries comme devant les micros, exprimé son mépris pour la profession qui est la nôtre.  La première chose que l’on attend d’un patron est qu’il ait un minimum d’estime pour ses troupes, comme vous-même en aviez marqué pour le petit peuple des gilets jaunes ou les chômeurs de longue durée qui sont sous votre juridiction. 

La question que je me pose est la suivante : qu’avons-nous fait pour mériter pareil camouflet ?

Car il faut bien le dire :  c’est essentiellement grâce à nous que vous êtes parvenu à la magistrature suprême. Si le parquet financier n’avait pas diligenté avec une rapidité extraordinaire , au seul    vu d’un article  du Canard  enchaîné, une enquête sur François Fillon et sur son épouse, s’il n’avait pas accéléré  l’enquête préliminaire pour les mettre en examen avant  la date du début de la campagne électorale où cette mise en examen n’est plus possible,   l’ancien premier ministre  aurait gagné les élections présidentielles ;  il en était le grand favori et  , si la justice ne s’en était pas mêlée  de la manière qu’elle a fait, vous   n’auriez même pas  été au second tour.

L’ancien chef du parquet financier, Eliane Houlette n’a d’ailleurs pas eu peur de révéler récemment les pressions incroyables qu’elle a subies de sa hiérarchie et comment elle a dû y céder .

Voyez notre zèle : nous avons, dans l’affaire Fillon, passé outre l’un des principes les plus fondamentaux de notre république, posé à l’article 13 de la loi du 24 août 1790, toujours en vigueur : « Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratif », ce qui inclut évidemment les procédures électorales, en application de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :

Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.

 

          Point de constitution, donc point de république.

Pour certains d’entre nous, ce n’était pas une mince fierté que d’avoir permis, presque organisé, l’élection du président de la République.

Comme la gauche, qui avait porté largement ses suffrages sur vous, ne pouvait qu’être déçue par le caractère bien peu populaire de votre politique, elle risquait de se déporter vers un de vos rivaux de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Nous avons veillé au grain :  pour une affaire de seconde zone, le juge d’instruction a dépêché au petit matin 90 gendarmes à son domicile pour perquisitionner. Sans doute l’intéressé n’a-t-il pas pris l’affaire avec tout le sang froid qui eut été nécessaire ; il reste que sa carrière a été brisée et ça n’a pas dû vous attrister. Nous avions là aussi pris la précaution de ne pas interférer avec la campagne des européennes, qui n’avait pas encore commencé, mais ce coup venant juste avant ne pouvait qu’avoir l’impact maximum. Jean-Paul Mélenchon, était l’un des trois chefs de file de l’opposition :  qui imaginerait qu’une chose semblable arriverait à un de ses homologues au Royaume-Uni ?  Vous voyez : là aussi nous avons pris tous les risques, y compris celui de subvertir la République.

Votre politique internationale est difficile à suivre : en Afrique vous soutenez envers et contre tout, votre ami Paul Kagame, président du Rwanda, dont personne sur la planète, ne doute qu’il ne soit l’auteur de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux deux présidents hutus du Rwanda et du Burundi et qui déclencha   le massacre de près de 5 millions de personnes ( dont 4  pour lesquels il a une responsabilité directe . L’affaire était devant les tribunaux français car les pilotes de l’avion étaient français.  Toute honte bue, pour ne pas gêner votre brillante diplomatie, l’affaire a été classée le 24 décembre à minuit de l’an 2018.   Avec cette décision complaisante, la planète entière aura  compris que nous étions devenus une république bananière.

Bien qu’une certaine droite ait pour vous les yeux de Chimène, vous n’avez renoncé à rien de ce qui se trouvait dans votre programme touchant la défense du politiquement correct à tous les étages : chasse à l’antiracisme, au sexisme, à l’islamophobie, à l’homophobie.   Nos   tribunaux sont, dans cette chasse à la déviance, vos auxiliaires les plus zélés, sans craindre de remettre en cause là aussi la déclaration des droits de l’homme.  « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. » (Article 10).

Il est vrai qu’au niveau de l’appel ou de la cassation, la liberté d’expression finit souvent par prévaloir, mais seulement au bénéfice de ceux qui ont pu dépenser assez d’argent pour aller jusque-là et non sans que leur image ait été salie par des décisions de première instance largement relayées par les médias.

Vous n’êtes pas non plus ce qu’on pourrait appeler un répressif. Il n’a jamais été question avec vous de rétablir les peines plancher.  Vous ne défendez  guère votre police quand elle est mise en cause par des malfrats. Il me semble que la magistrature ne devrait pas vous paraitre aujourd’hui trop contrariante.

Nous vous avons élus, nous éliminons vos adversaires les uns avec les autres, nous soutenons plus que quiconque votre politique, nous ne vous en avons, personnellement, jamais inquiété. Qu’avons-nous donc fait pour mériter la nomination de M. Dupont-Moretti ? Décidément, vous êtes bien ingrat, monsieur le Président.

 

 

Pcc. Roland HUREAUX

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:52

Il se dit qu’entre le président Macron et le pape François, le courant serait bien passé lors de la visite du président français au Vatican le 26 juin dernier.

Ils semblent notamment partager les mêmes idées sur la nécessité d’accueillir les migrants qui se présentent sur les rivages de l’Europe.

Les associations qui défendent les immigrés en France taxent certes le president d’hypocrisie : la France va accueillir, dit-il, des passagers du navire Lifeline mais « pas plus de quelques dizaines. »  Macron déclare la France ouverte mais instaure contre ceux qui aident les clandestins un « délit de solidarité » (bien malheureux oxymore pour une disposition annulée par le Conseil constitutionnel). A l’inverse, d’autres relèveront qu’elle accueillera de nombreux   passagers de l’Aquarius, mais sans le dire et après qu’ils aient transité par l’Espagne.

Hypocrise toujours : quoique la France n’ouvre son territoire qu’au compte-gouttes, Macron se donne le beau rôle en prenant violemment à partie les gouvernements d’Italie, d’Autriche, de Hongrie, de Pologne qui ne veulent plus d’immigrants.  

Il reste que, quoi qu’en pensent les associations humanitaires, le president Macron est immigrationniste ; s’il ne va pas plus loin dans sa politique d’accueil, c’est pour tenir compte d’une opinion publique particulièrement hostile aux nouvelles arrivées.

Ce n’est pas seulement    pour se faire bien voir du pape, c’est pour marquer discrètement où vont ses préférences qu’il a rendu visite à Rome à la congrégation San Egidio, une association catholique qui faisait autrefois   un travail très utile en proposant sa médiation dans certains conflits armés (elle avait fait merveille au Mozambique) et qui fait aujourd’hui un travail nuisible en aidant les passeurs, liés à la Mafia, à conduire à bon port des migrants de Libye.

On peut promouvoir l’accueil des immigrés au nom de la charité chrétienne : c’est, on l’espère, la seule raison qui motive le pape.

 

La tentation mondialiste, de Soros à Sutherland

 

Mais on peut aussi le promouvoir par idéologie : l’idéologie mondialiste prônée par les instances internationales (ONU, Union européenne, Banque mondiale, Bilderberg, Davos, etc.) ou par des associations   comme celles de la galaxie de George Soros subventionnées par son Open Society Foundation : l’immigration, pensent-ils, en assurant le mélange de populations sur le territoire européen, y affaiblira le sentiment national et donc les tensions. Elle facilitera l’abolition des Etats nationaux.

C’est, on peut le craindre, de ce côté que se range Macron.

A l’hostilité  aux nations , s’ajoute dans les instances précitées, une approche purement technocratique des questions  démographiques : il manque quarante  millions de naissances  pour équilibrer la pyramide des âges des pays d’Europe, il faut aller chercher quarante  millions  d’ immigrés pour  combler les vides et permettre en particulier de payer les retraites ;   dans cette approche, seuls le chiffres comptent, les hommes ont une sorte de cheptel fongible, hors de toute  considération ethnique ou culturelle.

Il y a des Soros catholiques : le plus notoire, mort début 2018 , Peter Sutherland, a été   commissaire européen, secrétaire général de l’OMC, secrétaire général adjoint de l’ONU   chargé des réfugiés,  président de la Trilatérale,  dirigeant du Club de Bilderberg , président  de BP  puis de Goldman Sachs : cet homme, pas spécialement venu des  « marges » , chères au pape François, a été de 2015 à 2017, directeur de la Commission Internationale Catholique sur la Migration (ICMC), proche conseiller du Vatican.

L’idéologie mondialiste est une de plus dangereuses qui soit :   elle part de l’erreur anthropologique qui consiste à croire que le cosmopolitisme et le mélange des peuples apaisera les confits intercommunautaires, alors qu’une connaissance tant soit peu fine de l’histoire, y compris récente, conduit à penser le contraire.  L’Europe de Soros et de Sutherland, ce sera celle de la haine généralisée, de la guerre de tous contre tous. Suffit à le démontrer l’expérience de tous les pays multiconfessionnels : Algérie, Palestine, Liban, Bosnie, Sri-Lanka, pour s’en tenir à la période récente. A moins qu’un groupe ne prenne nettement le dessus :   si on prolonge les courbes démographiques, ce ne saurait être que le musulman.

L’erreur est analogue à celle des marxistes qui pensaient que la suppression de la propriété privée rendrait les hommes moins égoïstes ; selon la loi, énoncée par Hayek, du résultat contraire aux buts recherchés, qui s’applique à toutes les idéologies, c’est, comme l’a montré Alexandre Zinoviev, le contraire qui s’est produit : dans le régime soviétique, a régné partout l’égoïsme le plus sordide.

Faire le choix des mélanges de population, en Europe ou ailleurs, serait criminel, tant le plus élémentaire bons sens laisse présager des suites désastreuses qu’ils auraient.

 

L’Esprit Saint ou l’idéologie

 

L’Esprit Saint n’inspire certes les autorités religieuses que dans le domaine strict de la foi et de la morale ; il n’est donc pas assuré qu’il les inspire aussi en politique. Toutefois, la sagesse séculaire des Eglises, le sens pastoral (puisqu’il est dit que « le bon pasteur connait ses brebis ») devraient y suppléer en vue de les garder de la forme moderne du mal que sont les idéologies, parmi lesquelles le mondialisme.

Ce sera plus difficile pour Macron qui a été élu sur un programme de dépassement des nations, tous ses soutiens étant de cette école-là. Il est d’autant plus nécessaire que les opinions publiques maintiennent leur pression pour empêcher une politique migratoire irresponsable qui aurait des conséquences tragiques.

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:50

Tou(te)s  les excité(e)s qui protestent contre  les nominations de Roman Polanski à la cérémonie des César pour son admirable  film J’accuse, ignorent  sans doute les    tenants  et des aboutissants géopolitiques  de  l’affaire.

Au  point de départ : Roman Polanski est accusé du   viol  d’une adolescente de 14 ans dans une réception hollywoodienne de 1977, soit il y a plus de quarante ans. Affaire classée depuis longtemps  par la justice américaine non sans que le  réalisateur ait versé  une indemnité conséquente  à la mère de l’adolescente.   Les points obscurs sont  nombreux :   que faisait cette  jeune fille dans ce genre de réception dont on sait comment elle tourne le plus souvent ? S’agit-il vraiment d’un  viol ou d’une simple relation sexuelle ? Ne s’agit-il pas d’une manipulation de la mère de la  jeune fille pour extorquer le maximum à Polanski, ce à quoi elle est parvenue  ?  Circonstance  atténuante  pour  Polanski : le choc qu’avait   représenté pour lui l’assassinat de sa jeune femme enceinte , Mia Farrow, par le démoniaque Manson  quelques  années plus tôt ( 1969 ) .

Toujours est-il que, bien l’affaire soit classée depuis longtemps, elle est réveillée en 2009 par un juge américain qui demande l’extradition de Polanski,  résidant en Suisse . 

Pourquoi ce  cold case est-il soudain sorti du tiroir ?  Alors même que la jeune fille, devenue sexagénaire , déclare ne plus en vouloir du tout au cinéaste.

Comme par hasard , la justice américaine ( dont l’affaire Alstom a montré aux naïfs qui l’ignoraient   la politisation  ) réveille l’affaire au moment où Polanski termine   son  tout  aussi admirable film  : The ghost writer  ( intraduisible, disons  le « nègre »)  . Ce film , sorti en 2010, raconte comment un jeune diplômé est embauché par  un ancien premier ministre britannique  pour   rédiger ses mémoires.  Le ghost writer enquête et découvre  peu à peu comment toute  la  carrière du premier ministre a été programmée dès le commencement par les services secrets  d’une grande puissance d’outre-Atlantique pour s’assurer du contrôle du Royaume-Uni. Toute ressemblance avec  Tony Blair  ( ou  d’autres  de ce côté-ci de la  Manche) est bien sûr purement fortuite .

Un film essentiel : c’est tout le système de domination de l’Europe occidentale    par l’Amérique depuis un demi-siècle   qui est mis au jour.

Si ce film avait été l’œuvre d’un  obscur cinéaste   pour salles d’art et essai, il serait  passé inaperçu.  Mais là,  c’est le grand Polanski , membre à part entière du Système,  qui vend  la  mèche.

Les représailles ne se sont pas fait attendre et si les Européens se sont gardés d’extrader Polanski ( encore heureux) , sa vie continue d’en être  sérieusement  empoisonnée, avec la participation d’extrémistes de tout bord  toujours prêt(e)s à jouer les soutiers des puissants. 

Comme on  le voit le fond de l’affaire Polanski  n’a rien à voir avec la question féministe, mais  tout à voir avec la  résistance à l’ordre mondial.

 

Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:47

Le président Macron aurait-il « pété les plombs » ?

C’est ce qu’on peut  légitimement se demander au vu de la  série rapprochée de propos ou de gestes indignes ou absurdes dont il a été l’auteur  ces dernières semaines.

Lors de sa visite à Abidjan à la fin de 2019, il  déclare ainsi  à ses interlocuteurs, qui ne lui demandaient rien,   que la colonisation avait été  un « crime de la République », s’attirant une réplique bien sentie d’Alexandre Benalla, son ancien favori,  mettant en relief  les bienfaits de la colonisation, une opinion sans doute plus proche de celle de la plupart des chefs d’Etat africains.

Au retour de Jérusalem, il n’a pas hésité  à mettre  sur le même plan la guerre  Algérie et la Shoah «  La guerre d’Algérie est sans doute le plus dramatique ( des « défis mémoriels ») . Elle  a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995. » Ce propos a suscité l’indignation des juifs, des enfants de pieds-noirs , de harkis –  et des simples personnes de bon sens connaissait l’histoire et attachées à l’honneur de la France.

Accessoirement on se souviendra qu’il s’est  fait accompagner à Abidjan d’un  rappeur  spécialiste des insultes à la France.

Plus récemment, il assène à  Pascale Marinière, présidente des associations familiales catholiques :  « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père, c’est forcément un mâle ».

Comme si cela ne suffisait pas, il visite le festival de la  bande dessinée à Angoulême et y arbore un gaminet (T-shirt) marqué  « Non aux violences policières », alors même que ces violences ( surtout à l’encontre des Gilets jaunes)  ont été commises en son nom et peut-être même sur ses ordres. Indignation des policiers et d’une  partie de la  classe politique.

Le plus notable de  ces dérapages  vise  la mémoire de la France. Ce n’est pas la première fois que  Macron criminalise, depuis l’étranger, le  passé du pays qu’il est supposé défendre en tout lieu et en toutes circonstances.

On peut voir là  le signe de son inculture  .  A tout le moins de sa dépendance vis à vis de la  doxa des universités  américaines où la thèse du caractère criminel  de la  colonisation européenne est  indiscutée  - et indiscutable du fait du terrorisme idéologique qui règne désormais sur les campus du « pays de la liberté ».  L’enseignement   que Macron a reçu à Sciences po Paris sous l’égide de Richard Descoings   est le reflet  de cette doxa.

On peut y voir aussi  un dessein plus pervers d’  abaissement de son propre pays aux yeux du monde. Pourquoi  ce qui semble être une  haine de la  France ?

La culpabilisation est devenue aujourd’hui un moyen de domination qui fait tomber les défenses de celui que  l’on veut dominer.  Macron exécuterait ainsi un projet  de domination de la France   voire  d’anéantissement de sa personnalité , selon des directives venues d’on  ne sait où mis dont on peut soupçonner qu’elles sont  incluses dans un projet mondialiste pour lequel la France, la « grande nation » par excellence,  doit , plus que toute  autre , être abaissée dans ses prétentions et ramenée à la « normalité ».  L’humiliation est un moyen de la castrer définitivement.

Tel serait, par-delà la gaminerie,  le sens  de la  sortie d’Angoulême : la France c’est d’abord un  Etat ; subvertir cet Etat qu’il est supposé diriger par une  attitude scandaleuse,   correspondrait  à un dessein.

 

Toute idéologie tourne à la folie

 

La  folie que portent avec elles ces déclarations ne fait que refléter la folie propre à toute  idéologie.

C’est particulièrement  vrai de  son  affirmation sur la paternité qui n’est qu’une déclinaison de    l’absurde théorie du genre : paternité et maternité ne sont pas, selon cette théorie,  des réalités physiques mais  des processus mentaux ; une femme peut donc être père et un homme mère. Par rapport à ces théories fumeuses, Macon n’a visiblement aucun recul. Il est totalement dépourvu de ce bons sens supérieur  qui , face aux idéologies, caractérise  les grands leaders.

L’idéologie telle que   l’a décrite Hannah Arendt est une  politique  menée avec des idées  fausses ou faussées ;  elle a pour caractéristique de poursuivre sa logique jusque bout . Au début, sa folie  n’est pas encore visible  et quelqu’un comme M. Macron a pu  apparaitre à beaucoup comme un président normal. Mais comme dans  un véhicule qui dévie peu à peu de sa trajectoire   ,  la folie se fait de plus en  plus manifeste. 

L’idéologie de  Macron est un mélange de mondialisme , d’ultralibéralisme et    de  philosophie libertaire , qui comporte théorie du genre .

L’idéologie se termine  toujours mal , pas forcément  de manière criminelle mais en tous le cas par une  crise grave  .  C’est à ce  point que  nous sommes peut-être rendus. Les déclarations du président  font voir  la  folie du système dans lequel il s’est    enfermé. Il se peut qu’elle  ait atteint un seuil critique.

 

Roland HUREAUX

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:45

UNE MANIFESTAION TROP GENTILLE

 

Comment a-t-on pu  laisser  publier des chiffres aussi sous-estimés pour la manifestation du 19 janvier contre l’insémination anonyme des femmes seules – ou lesbiennes ( dite en sabir pseudo-médical la PMA) ? 26 000 selon le cabinet Occurrence qui   montre ainsi  ce qu’il est : une officine de  propagande  et rien de plus , 41 000 selon la préfecture de police  – chiffre qui a peu de chances d’être surestimé…

J’y étais,  et les circonstances m’ont permis de voir passer presque  tout  le cortège. Il y avait des centaines de milliers de personnes  et non pas des dizaines ;  l’avenue de l’Opera a été remplie en entier  . Ne pas   annoncer leur propre chiffre, fut-il approximatif,  a été de la part  des organisateurs une erreur tactique  grave.

Une autre faute, à mon sens , est de ne  pas avoir mis en cause personnellement le présent Macron qui est entièrement  responsable   du projet de loi contesté. Il lui suffirait   de l’abandonner pour qu’on  n’en parle plus. Non seulement , il est proche   des milieux  économiques qui espèrent une marchandisation de la reproduction  – ce à quoi ouvrira  la porte la PMA -  , mais encore il est notoirement soutenu par les réseaux LGBT , nationaux et internationaux.  Les uns et les autres ont facilité son  élection ; il leur devait  de  renvoyer l’ascenseur.

Au lieu de cela, une manifestation gentillette : un peu folklorique : la Bretagne contre la PMA, la Loraine contre  PMA  ; ne manquaient que les costumes folkloriques.

Pourquoi cette tiédeur  à aller au fond de la question politique, dans une affaire  qui , sur le plan de la civilisation et des droits de l’enfant,   est très grave ?  Ne  pas oser nommer son l’adversaire, c’est déjà  lui faire allégeance et donc se poser en perdant.  Alors que, autant qu’il m’en souvienne ,  lors des  manifestations  contre la loi Taubira,  François Hollande avait été copieusement pris à partie. Pourquoi cette différence ? Parce que Macron est plus chic ?  Chic et toc, oui .   La manifestation était  en majorité catholique – on se demande pourquoi  puisqu’il s’agit d’un  enjeu    anthropologique qu’il  s’agit, comme l’ont  bien compris  José Bové ou  Sylviane Agacinski .  Faut-il mettre en relation cette timidité  avec le scandaleux sondage selon  son lequel 42 % des catholiques pratiquants auraient voté pour Macron aux  européennes ? On peut le craindre. Comment se conjuguent dans  ce secteur de l’opinion   l’égoïsme fiscal de certains, bénéficiaires  de la suppression de l’ISF mobilière,  et la naïveté des autres  ? A savoir.

En ménageant le chef de l’Etat , les manifestants  oubliaient  que  les hommes politiques ne  sont sensibles  qu’à ce qui peut affecter  leur cote de popularité     ou  leurs résultats   électoraux ; le reste , ils s’en  balancent . Les manifs de  de 2012-2013  n’ont certes pas empêché l’adoption  de la loi Taubira ( il s’en est fallu de très peu au Sénat) mais elles ont sauvé l’honneur de la France seul grand pays   à avoir tenté quelque chose contre le vent de folie qui , en cette matière comme en d’autres, emporte tout l’Occident – face au reste du monde qui nous prend pour des cinglés .  Elles   ont aussi contribué    à éroder  le crédit de Hollande au point qu’il ne puisse  pas se représenter.   Il faudrait qu’il  en soit   de même avec Macron. Nous en sommes encore loin.

Une consolation cependant :  une partie importante  de ces manifestants étaient des  jeunes .

 

Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:43

POUR UNE EUROPE A GEOMETRIE VARIABLE

 

Les péripéties saugrenues qui ont entouré  le Brexit montrent combien est insatisfaisante la situation actuelle de  l’Union  européenne .

Elle apparait comme un bloc compact  qui ne laisse d’autre choix à un Etat  que d’être dedans  ou dehors.

Cela est absurde au regard de la complexité de l’héritage européen, des relations diversifiées qui se sont tissées au fil des siècles entre les différentes nations ,  grandes et  petites,  qui la composent. La Grande-Bretagne ne se sent peut-être  pas aussi européenne que d’autres pays ; elle n’en est pas moins , de manière éminente,  partie prenante à l’histoire de l’ Europe.   Qu’elle n’ait pas supporté le carcan de Bruxelles est une chose, qu’elle soit  tenue pour totalement exclue en est une autre .

 Cela est d’autant plus vrai que les principaux acteurs de la négociation du Brexit, la commission de Bruxelles, la France et , au moins officiellement  l’Allemagne , veulent  une Europe de plus en plus intégrée qui deviendrait à  terme une seule entité se droit  international . Une  entité qu’on appelle  à tort fédérale car elle  est en fait de plus en plus  centralisée : en de nombreuses matières Bruxelles a plus de pouvoir en Europe que Washington aux Etats-Unis.

Imaginer qu’en constituant un bloc centralisé, elle deviendrait une Europe puissance est un leurre , au moins aussi longtemps  que les décisions seront prises par une majorité de petits Etats dont le politique étrangère est déterminée    à Washington ( et si elle ne l’était pas à Washington, elle  le serait à Berlin !). En 1956, deux grands Etats européens , la France et la Grande-Bretagne pouvaient  se permettre, pour le meilleur et pour le pire,  d’entreprendre une expédition militaire au Proche-Orient contre l’avis des Américains. Les Européens peuvent-il aujourd’hui envoyer ne serait-ce qu’un émissaire diplomatique sans leur feu vert ? Probablement pas. Etonnant aboutissement de 70 ans de construction européenne !   De fait ,  dans son action extérieure, l’Europe , c’est aujourd’hui l’OTAN  et rien d’autre.

 

L’Europe vers la  guerre ?

 

Nous touchons là  un deuxième risque  de l’Europe-bloc : ce bloc, pour se montrer qu’il existe , ne sera-t-il pas  porté, comme jadis  l’Allemagne de Bismarck,  à se chercher des ennemis ? Et lequel sinon  la Russie ? L’hystérie antirusse règne aujourd’hui à Bruxelles , pire que dans la plupart des  capitales du continent, sauf peut-être celles de  la Pologne et des pays baltes,  est inquiétante.   Elle  n’est pas pour déplaire à   Washington, au moins aux faucons de l’Etat profond qui interdisent à Trump tout rapprochement avec Poutine et demeurent influents à Bruxelles . La résolution  votée par le Parlement européen le 19 mars 2019 sur l’état des relations politiques avec la   Russie n’est pas  loin de la déclaration de guerre.  

La configuration  géopolitique actuelle de l’ Europe est au demeurant    bien étrange si l’on se réfère à l’histoire récente du continent  :  excluant les Etats-Unis et la Russie , mais aussi le Royaume-Uni , elle est limitée à l’ Ouest par l’Atlantique   mais jusqu’ où va-t-elle à l’Est ? Elle a déjà englobé les pays baltes. Au mépris de mille ans d’histoire commune avec la Russie,  les dirigeants européens  ont   voulu à toute force placer de  manière unilatérale  l’Ukraine sous leur influence exclusive, ce qui, selon le regretté Helmut Schmidt[1]  qui n’était pas précisément un extrémiste , fut la principale  cause de la guerre actuelle.   Et au-delà ? Cette Europe  s’étendra-t-elle jusqu’à Stalingrad ? Nous  n’en sommes pas loin ; d’autant    que , le Royaume-Uni parti , l’hégémonie allemande sur les institutions de Bruxelles se fait de plus en plus pesante.  Mais ne forçons cependant pas le trait : s’il est vrai que leurs périmètres sont analogues, l’Europe d’aujourd’hui n’est pas  celle de   1943 !   

La brutalité du choix qu’offre l’Europe-bloc ne gêne pas seulement le Royaume-Uni : au dehors,  la Russie, la Norvège ou la Serbie peuvent aussi se  prévaloir, au moins en partie , de l’héritage  européen. La Pologne et  la Hongrie , à l’inverse, aujourd’hui incluses,   mais dont l’histoire est originale ,  se trouvent  mises  à l’index par les instances de l’Union, comme les mauvais élève de la  classe.

S’il fallait , en dehors de l’héritage  chrétien,  chercher une donnée vraiment spécifique au continent  européen, ce serait justement la complexité ,  effet  du découpage naturel  assez étonnant  de ce petit « cap d’Asie »,   mais surtout  témoin de la richesse  de son histoire et de sa  civilisation. Une complexité qui se trouve  abolie par le modèle aujourd’hui dominant d’intégration , fondé sur l’idée d’Etats-Unis d’Europe , importée d’outre-Atlantique par des esprits simples et manifestement inadaptée à un continent aussi singulier que le nôtre.     

Face à cette dérive que représente l’idée d’une  Europe bloc,  il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la   réalité géopolitique du continent. L'Europe doit "ouvrir ses fenêtres" aux partenaires de son environnement proche et sortir d'une opposition frontale entre les in et les out  , comme on dit à Bruxelles, qui s'avèrera très vite suicidaire.

 

Au lieu d'un trou noir, une galaxie

 

La solution : s'orienter résolument vers un schéma d’Europe à géométrie variable  (qui s'applique déjà d'une certaine manière, tous les membres actuels de l'Union  n'étant pas dans l'euro) ;  remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un « trou noir », par une « galaxie » d’agences thématiques spécialisées, sur la modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR[2]. Les différents sujets d'intérêt européen qui sont aujourd'hui  traités à Bruxelles  pourraient continuer de  l'être , par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait à la carte ,   certains membres actuels pouvant s'en retirer et certains pays aujourd'hui à l'extérieur,  comme désormais  le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie et pourquoi pas  la Turquie ou  le Maroc , pouvant adhérer à  l'agence de leur choix  ou  s’y  joindre  pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’ y associer certains pays tiers en fonction de l'ordre du jour.

Une Europe à géométrie variable permettrait à la fois d'atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la dérive vers l’Asie de l’Organisation de coopération de Shanghai ou encore de la  tentation du duopole Washington-Moscou,  en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau « concert européen »  conforme à ses aspirations profondes. Même perspective pour la Turquie aujourd'hui contrainte à s'inféoder à Moscou.

Telle que nous la présentons, cette formule  ne serait pas incompatible avec un directoire,  qui ne saurait qu’être informel,  des principales puissances et des pays   les plus  engagés dans les diverses   coopérations .

Même s'il ne préjuge pas de l'avenir de l'euro avec lequel il n'est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’une intégration sur le   modèle monnetiste  à  faire leur deuil du  super-Etat qui demeure leur objectif , destiné à périmer  peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres et son équipe de football.

Le  modèle d’une  l'Europe bloc ne contredit pas seulement  la complexité qui est au cœur du génie européen. Comme le dit Jean-Jacques Rosa [3], il s'oppose aux tendances modernes privilégiant, non les constructions monolithiques, mais les   organisations plurielles, souples, interconnectées,  sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu'au moment où la Russie est débarrassée du communisme et les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde    s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix, des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l'après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons n’est pas une option. Qui peut croire que l'édifice actuel (ou ce qu'il en reste) pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York et Londres) et la première puissance énergétique et militaire du continent ? 

 Si l'Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, on peut craindre qu'elle ne coure à une cataclysmique dislocation.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

  

 

 

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

 

[2] L'Organisme conjoint de coopération en matière d'armement, basé à Bonn, qui avait  bien fonctionné avant d’être absorbé par l’Agence européenne de défense.

[3] Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:40

 

L’EUROPE EN RECESSION DEMOGRAPHIQUE

 

L’Europe n’est pas le seul continent qui ne renouvelle plus sa population : l’Asie et l’Amérique n’en sont pas loin. Seule l’Afrique maintient un taux de fécondité très supérieur à ce qui est nécessaire à la perpétuation  des générations : 4,5 ( 4,9 au sud du Sahara)  , en baisse certes depuis trente ans où il était à 7 mais suffisant pour alimenter une forte croissance démographique pour encore trente ou quarante ans.

L’Europe est cependant le continent qui a montré la voie de la baisse , sans retour à ce jour, de la  fécondité , passant dès les années soixante-dix au-dessous du seuil de 2,1 enfant par femme, tenu pour le minimum assurant le renouvellement à l’identique des générations. 

L’Europe  est aussi le continent où se  trouvent   les pays les plus touchés par la  dénatalité: Espagne 1,3 , Roumanie : 1,2 (2017) – avec le  Japon  et une partie du  Sud-Est asiatique.  

Il n’en avait pas toujours  été ainsi : du XVIIe au milieu du XXe siècle la population de l’Europe avait cru plus que celle du reste du monde, moins par  la natalité, déjà en diminution lente ( dès le XVIIIe siècle en France ) , que par la baisse progressive de la mortalité due à une moins mauvaise alimentation, mortalité qui reste alors très élevée  dans  le reste du monde.

Depuis le milieu du XXe siècle au contraire , le reste du monde ,  appelé le Tiers monde au temps de la  guerre froide,  connait une soudaine explosion démographique qui connait son maximum vers 1970 et ralentit ensuite peu à peu jusqu’à  la situation actuelle. Elle s’explique essentiellement par la soudaine baisse de la mortalité due aux progrès  de la médecine et à leur diffusion très rapide dans les colonies à partir de 1945.

L’ Europe , dont une partie des  pays a  connu un  baby-boom dans  l’après-guerre , qui a surtout touché   les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale ainsi que  les Etats-Unis et le Canada, voit sa fécondité globale baisser partout à partir de 1964 et passer au-dessous du seuil de reproduction  dans les  années 1970 . Le passage au-dessous du seuil a eu lieu en 1968 pour la Suède, 1969 pour l’Allemagne de l’Ouest, 1973 pour Royaume-Uni, 1974 pour la France et l’Italie.

Ces années coïncident avec le début des méthodes chimiques de contrôle des naissances, mais il faut  savoir que les taux de fécondité étaient déjà  tombés très bas dans les années trente sans elles. Intervient aussi un peu plus tard en Europe  la légalisation de l’avortement.

L’effet de ces évolutions : après avoir vu sa  population prendre une place de plus en plus grande dans le monde  du XVIe au XXe siècle,   l’Europe voit au contraire son poids relatif  diminuer  depuis lors inexorablement comme le montre le tableau suivant :

Population de l’Europe (Russie incluse) :   % du total  mondial :

 

1000 : 14 %

1400 : 17 %

1650 : 22 %

1900 : 27 %

1950 : 22 %

1960 : 20 %

2005 : 11,3 %

2015 : 10  %

2050 :   7 %   (prévision)

 

10 % en  2015 représentent 738 442 000 habitants pour une population mondiale de 7 349 472 000.

La divergence de  ces  évolutions est  particulièrement marquée entre deux continents qui se trouvent sur la même longitude, l’Europe et l’Afrique. La population de l’Afrique était nettement  inférieure à celle de l’Europe vers 1950 (rapport 0,4/1 , soit 223 millions d’Africains pour 549 millions d’Européens) . Elles s’égalisent  vers 1980. Aujourd’hui, le rapport est de 1,6 /1 ; il devrait passer vers  3,4 à 4 /1 en 2050. Soit pour une population européenne en légère baisse autour de  730 000 000 , Russie comprise, une population africaine de 2,5 à 3 milliards. Encore faut-il préciser qu’une partie des Européens de  2050 seront , dans des proportions à déterminer, des  immigrés ou descendants d’immigrés d’autres continents. La population de l’Asie et de l’Asie sera, comme celle de l’Europe,  stable ou en légère baisse.

La densité de l’Europe ( UE seule, donc sans la Russie : 114 habitants au km 2) demeure aujourd’hui  nettement supérieure à celle de l’Afrique : 40 h au km2 , 60 h sans le Sahara, laquelle est encore inférieure à la moyenne mondiale.

Au sein de l’Europe, il convient de distinguer différentes zones :

  1. L’Europe du Nord et du Nord-Ouest (France, Grande-Bretagne, Bénélux, pays scandinaves),  quoiqu’ en avance dans la promotion de la femme, maintient un niveau de fécondité insuffisant  pour se renouveler mais supérieur au reste du continent (de 1,7 à 1,9). L’hypothèse la plus répandue est que la modernité  même de ces pays  y rend mieux compatible la maternité et le travail féminin ; s’y ajoute  le maintien de  politiques familiales   significatives , quoique érodées ;   mais on peut se demander si  , au moins depuis l’an 2000, le facteur décisif  n’est  pas la part  des immigrés dans la population,  plus importante là que dans le reste de l’Europe ;

 

  1. L’Europe du Sud et de l’Est  a vu un effondrement dramatique du taux de fécondité dont elle ne s’est pas encore relevée . La principale raison en est la quasi-disparition  des systèmes de prestations  familiales au cours des quarante dernières années, à la fois dans les pays méditerranéens sous la pression des critères de convergence de Bruxelles et dans les pays de l’Est    à la suite de la chute du communisme et des pressions du FMI . En outre la population  immigrée y est nettement plus faible. Un certain relèvement de la fécondité s’y observe cependant depuis quinze ans , surtout dans l’ex-URSS où elle était tombée particulièrement bas.

 

  1. L’Allemagne constitue un cas singulier : le taux de fécondité y reste faible, malgré une population immigrée  importante  et  une politique familiale devenue très généreuse depuis l’arrivée au pouvoir d’Angela Merkel. Une explication est que l’Allemagne , moderne par l’économie, reste archaïque par les  mentalités : qu’une femme salariée y ait des enfants  y est moins bien toléré qu’ en France, en Angleterre  ou en Suède . D’autre part , les Turcs , principal groupe immigré sont moins féconds que les Maghrébins  dominants en France. Il ne faut pas non plus négliger l’impact du nihilisme induit par la culpabilité relative au nazisme  que différents forces idéologiques s’évertuent à étendre à tout le continent. La reprise   récente de la fécondité allemande est  encore insuffisante  (de 1,35  à 1,5 enfants par femme entre 2000 et  2016 ).

Du fait du relèvement récent de la fécondité dans tous les pays où elle était tombée très bas ( jusqu’à 1,1  en Bulgarie ou en Lettonie ) la fécondité moyenne des femmes européennes , tombée à 1,4 ( soit une perte d’effectifs d’1/3 à chaque génération )  en 2000 s’est relevée à 1,6 malgré une baisse assez générale en France et dans l’Europe du Nord-Ouest ( France métropolitaine  de 2 à 1,84 de 2014 à 2018 ) . Le redressement le plus spectaculaire  est celui de la Russie , dû à la politique familiale vigoureuse impulsée par Poutine et au climat positif qui règne dans ce pays : de 1,2 en 2000 à 1,8 aujourd’hui).  

Malgré ce correctif de tendance récent et limité, la fécondité  de  tous les pays d’Europe ( y compris l’Irlande ou l’Albanie  longtemps plus fécondes  mais qui se sont « normalisées ») demeure  sensiblement au-dessous du seuil de reproduction des générations.  Hors immigration,  l’Europe devrait voir   sa population  baisser sensiblement  au cours du XXIe siècle

Rappelons que les variations du taux de fécondité n’ont une  influence forte sur la population globale qu’une génération après. Le relèvement souhaitable de la fécondité n’aurait donc  pas d’effet immédiat. Le seul correctif possible est l’immigration, préconisée par la technocratie internationale sans considération de la cohésion des pays concernés .

Du XVIe au XXe siècle, l’Europe dont la population,  croissant plus vite , a, non seulement  vu sa part relative augmenter dans le monde mais encore  exporté des hommes dans le reste de la planète, spécialement  sur le continent américain  , alors qu‘aucun mouvement  inverse significatif ne s’observait. Depuis le milieu du XXe siècle, l‘Europe est devenue au contraire un pays d’immigration. Environ 35  millions de ses habitants  sont des immigrés ou enfants d’immigrés venus  d’autres continents. Ces immigrés  se trouvent surtout en Europe du Nord-Ouest et en Allemagne. L’Italie et l’Espagne commencent seulement  à  les voient affluer. Si le flux migratoire continue , ce n’est pas seulement  du fait de la croissance de la population africaine mais aussi  de l’attitude positive des instances internationales et européennes.

Aussi déterminant  que le flux de migrants est le différentiel de natalité entre eux et les Européens de souche, une donnée très difficile à appréhender de manière précise.  Le maintien d’un  équilibre satisfaisant de la population européenne exige non seulement  l’arrêt des  flux migratoires mais aussi  une  reprise  sensible  de la fécondité  dans les populations natives.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:38

 

https://www.causeur.fr/macron-cote-ivoire-colonialisme-170638

Il devient insupportable d’entendre le président Macron, chaque fois qu’il va en Afrique ( trop souvent à notre gré) cracher sur le passé de la France .  « Le colonialisme  , s’est-il cru obliger de dire à Abidjan , a été une erreur profonde et une faute de la République » .
Nous ne reviendrons  pas sur les arguments bien  connus qui réfutent ces propos sommaires : où en seraient ces pays s’il n’y avait  pas été colonisés  ?  D’autres, comme Driss Ghali dans Causeur [1], ont rappelé tout ce que la France avait  apporté à ses colonies africaines.
Macron s’abîme-t-il chaque  jour dans les affres de la culpabilité nationale ? Non . Au fond, il s’en fiche. Il dit cela parce qu’il se croit obligé de le dire. Ce faisant, il commet plusieurs  erreurs.   
D’abord il montre son ignorance. 
A une connaissance précise de l’histoire de nos anciennes colonies, prises une à une,  il substitue de poncifs   sur le  colonialisme en général   qui témoignent    de sa connaissance superficielle de la question. Sait-il qu’il fallut  en 1960 « pousser dehors » la Côte d’Ivoire qui aurait préféré rester  un département d’outre-mer ? Il est vrai que Houphouët Boigny avait été un ministre particulièrement en vue de  la  IVe République, un honneur  qu’aucune autre puissance coloniale n’avait accordé  à ses sujets.  

Sait-il que les  présidents de l’ancienne Afrique équatoriale française se sont cotisés pour ériger à Brazzaville  un mausolée à Savorgnan de Brazza qui avait fondé la colonie?

Sur le sujet de la colonisation  Macron ne  fait que répéter ce qu’on dit   dans les Universités américaines, gangrénées  par le politiquement correct  anticolonialiste . Il fut et reste le meilleur élève de Richard Descoings qui ne fit rien d’autre qu’américaniser  l’enseignement  des Sciences Po.   Il serait temps qu’il renouvelle sa culture  !

Chacun des pays que Macron visite est attaché à sa singularité . En leur appliquant  des clichés  passe-partout , il montre que, au  fond,  il ne s’intéresse pas vraiment    à eux.

 

Il est temps de traiter les Africains comme des gens normaux

 

Sent-il par ailleurs ce que peut avoir de blessant pour ses interlocuteurs  l’évocation du passé colonial ?   Rien de plus ambigu que la victimisation.  On ne rappelle  pas aux gens qu’ils ont été vaincus ou dominés, même sur le mode du repentir.  Dans le monde dur où nous vivons, être ou avoir été une victime n’a rien de glorieux.  Il faut    traiter  les Africains comme des  interlocuteurs  normaux . Que dirait-on si tout  président  italien ,  chaque fois qu’il visite  France,  venait  nous rappeler que nous avons été vaincus à Alésia , puis dominés,  fut-ce sur le mode de la  repentance?  Ces  subtilités échappent   à Monsieur Macron dont l’éducation ,  pour  avoir été bourgeoise,  ne comportait sûrement pas  ces délicatesses.

En clamant  que la colonisation a été   une « erreur » , il montre aussi  son absence de réflexion historique.  Erreur ? Tout au long de l’histoire ,  les civilisations   qui ont  pris de l’avance sur les autres  ,   ont été d’une manière ou d’une autre impérialistes vis-à-vis de leurs voisines  en retard . Les Perses, Grecs, les Romains, les Arabes, les Mongols  et pour finir les Européens.  C’est ainsi. Il n’y a pas à  pas avoir de repentance . Il faut seulement  savoir tourner la page .

Tous les guerres  africaines de la France ont d’ailleurs  fait bien moins de victimes que l’invasion du Congo-Kinshasa  par les troupes rwandaises de Paul Kagame entre 1997 et 1999, soit plusieurs millions. Non seulement  Macron n’a demandé  aucune repentance à ce personnage mais il ne manque  aucune occasion de  lui rendre les  honneurs , allant jusqu’à  l’inviter   au sommet du G7 de Biarritz et à promouvoir sa protégée à la tête de la francophonie. 

Il est vrai que certains  chefs d’Etat   africains usent ou  abusent de  l’alibi du mal que leur aurait fait la colonisation pour justifier leurs erreurs et  leur corruption. C’est particulièrement vrai de ceux de l ’Algérie. Le jeunes générations , tout aussi ignorantes que Macron de ce  que   fut    la colonisation , ne sont que trop promptes à  écouter ces discours . Il   ne sert qu’à entretenir  une  haine idéologique très éloignée de ce que  ressentaient  leurs pères colonisés  et qui est totalement stérile.  Macron rend un mauvais service à la jeunesse africaine  en l’entretenant. D’autant que ces sentiments sont transportés dans nos banlieues.             

Nous pourrions aussi rappeler qu’en  jouant  les coqs  quand il va en Afrique, il n ’ a pas pris la mesure du déclin de l’influence  française sur  ce continent  – dont la cessation du franc CFA dont il a l’air de se glorifier est un symbole . Seuls les dominants peuvent se payer le luxe de s’autodénigrer . Or la France ne domine plus rien sur  ce continent,  surtout  depuis son enlisement au Mali.  

 

Ne pas paver les  voies de la Chine

Mais comme là aussi les discours  oiseux risquent être  pris au sérieux,  à quoi sert désormais de vilipender  la colonisation    française sinon  à donner de la légitimité   aux entreprises concurrentes de la Chine,  de la Russie, des Etats-Unis , de l’Arabie saoudite bien moins respectueuses  de l’identité africaine que nous  ne l’avons été .

Ajoutons que les  pays africains   sont  des  pays  normaux , dont les chefs d’Etat , même corrompus,   savent ce qu’ils doivent à leurs peuples : ne pas les insulter, ne pas insulter leur histoire , les  rendre fiers de leur passé, soit les principes éternels  du leadership, exactement le contraire de ce que  fait Macron.  C’est dire que les rodomontades auto-flagellatoires du président français apparaissent aux Africains, comme  aux Asiatiques,  pour ce qu’elles sont : à la fois une bizarrerie et   le symbole de la décadence européenne.  L’intéressé n’en  récolte aucune estime, bien au contaire.   

Inculte, indélicat, pernicieux  et antinational, tel apparait Macron quand il fait ses virées  en Afrique. Il ferait  mieux  de rester chez lui.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] https://www.causeur.fr/macron-colonisation-afrique-maroc-170537

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:37

https://www.atlantico.fr/decryptage/3585329/emmanuel-macron-ou-le-credit-reforme-epuise-regimes-speciaux-quinquennat-elysee-gouvernement-nouveau-monde-roland-hureaux

 

Ceux qui ont fait élire Emmanuel Macron, en France et à l’étranger, et qui    le soutiennent encore , spécialement au sein de la  droite classique, attendaient   de lui qu’il  prenne à bras le corps les problèmes du pays  et réalise enfin les réformes que ses prédécesseurs , de Chirac à Hollande, n’avaient pas osé faire : « Et Macron vint ! » titra Jean-Claude Casanova , non sans quelque ironie, après son élection[1].

Or ces réformes , il ne les fera pas, sinon à la marge. Pour la plus importante d’entre elles, celle des retraites,  il est possible qu’il sauve la face   en évitant   l’explosion sociale, mais il  est probable que, de concessions  en concessions,  le bilan financier pour l’Etat en soit in fine  négatif ,  comme l’avait été celui de  la réforme des retraites   concoctée par Sarkozy et Fillon en 2010.  Pour le reste, il est clair que Macron, a épuisé son crédit.

 

La logique du leadership

 

Les vraies réformes sont saignantes. Il est possible de les  faire accepter mais il faut pour cela que plusieurs conditions soient remplies .

La principale est qu’ une relation de confiance  soit établie entre le président de la République  et la population.

Pour que cette relation de confiance  existe, il faut que le peuple ait le sentiment que le chef de l’Etat  recherche avec ardeur son intérêt ,  à lui peuple, et son intérêt  seul .

Cette exigence n’est que l’expression de la  logique immémoriale du leadership, du pacte éternel entre  un dirigeant et son  peuple .

Cela exclut  toute  relation de dépendance du leader   vis-à-vis d’une force étrangère quelle qu’elle soit. C’est pourquoi  les réformes , dont certaines étaient pourtant utiles ,  entreprises par le régime de Vichy,  furent  récusées par les Français . Pétain était ressenti comme le « Prince esclave » , selon  l’expression du père  Gaston Fessard , et donc  illégitime  pour gouverner et  réformer.

Cela exclut tout autant  la dépendance vis à  vis des féodalités intérieures . En supprimant,  dès son arrivée,  la partie financière  de l’ISF , Macron a envoyé un très mauvais message à l’opinion , qui a  vu en lui  l’homme des très grande fortunes.

Cela exclut aussi  la dépendance du leader vis  vis de tout système , de toute utopie, en  bref  de toute idéologie. Or Macron a manifesté à plusieurs  reprises que sa préoccupation première  n’était pas  la puissance et la prospérité de la France mais de « faire  l’Europe » , un projet international  qui se distingue  peu du projet mondialiste    comme le montrent les traités de commerce signés avec le Canada et l’Amérique latine .  Il est impossible d’être à  la fois l’homme d’un système ou d’un projet idéologique et l’homme d’un peuple. L’idéologie, quelle qu’elle soit, et l’idéologie européiste n’est pas    la moindre, est incompatible avec le leadership.

Cela s’applique particulièrement  à toutes les  réformes que Bruxelles tente d’imposer à la France.  Quoique  les sondages montrent que la majorité des Français est  attachée à   l’euro, ils ne sont prêts à aucun sacrifice pour sa survie.  D’autant que,  sans être des  économistes qualifiés, ils sentent bien que toutes le réformes que ses dirigeants veulent  imposer  à la France ont moins pour but    le bien de  la France – qui pourrait  être poursuivi  par d’autres voies – que le maintien de   la France dans  l’euro et donc la survie de la  monnaie unique.

Il est déjà bien difficile de faire accepter des réformes  à un peuple quand son intérêt direct est en jeu, a fortiori  quand il ne l’est pas. Au demeurant  , à supposer qu’ils en acceptent les objectifs, soit  le rétablissement de l’ équilibre budgétaire  et celui des comptes extérieurs, donc la compétitivité de la  France   , les Français, moins aveugles que leurs dirigeants,  sentent bien que     cet objectif  est désormais hors de portée  et que donc leurs sacrifices ne serviront à rien. Hors de portée  dans les conditions actuelles , soit   avec un euro qui ,         par rapport aux prix intérieurs français, est nettement surévalué.

 

La rupture du pacte de confiance

 

Il ne  suffit pas que le président qui voudrait réformer  veuille d’abord  le bien des Français pour  que ses  projets  de réforme soient acceptées . Il faut  qu’il en donne le  sentiment ,  ce qui suppose du charisme, une empathie qui manquent singulièrement à Macron , lequel a,  à plusieurs  reprises,  laissé échapper des remarques qui montrent le mépris dans lequel il tenait  ses compatriotes. 

D’autant qu’il n’a pas  profité de la période dite d’ « état de grâce », les mois qui suivent son élection , pour entreprendre  les réformes les plus difficiles  comme celle des retraites. Celle-ci vient après le crise des gilets jaunes qui avait déjà marqué la rupture du pacte de confiance . Balladur avait su en 1993, dès son arrivée,  effectuer  une importante réforme de retraites qui , en raison du moment choisi, était passée comme une lettre à la poste.

Au  demeurant le président français  a-t-il vraiment le souci de faire des réformes utiles  ou seulement d’en   donner l’impressions à ses parrains,   à Berlin, à  Bruxelles  ou à Washington ?  Ces derniers connaissent mal les problèmes de la  France  . Depuis longtemps les gouvernements français  jouent la « comédie des réformes »,  lançant des  réformes à grand fracas  pour donner  dans ces capitales l’image d’une France qui bouge.  Cela aboutit parfois à de désastres. Un récent rapport interne à Goldman Sachs prescrivait la diminution  du nombre des communes en France en vue de diminuer les frais généraux du pays .  Or  loin de faire des économies, ce qu’on appelle l’ « intercommunalité » dont l’objectif était cette réduction, a considérablement   alourdi les coûts de la strate locale . Voilà une réforme  qui n’a guère de chances de réduire les    déficits français, au contraire. Il y en a d’autres . Mais à Bruxelles comme chez Goldman Sachs,  on  ne  connait la France qu’au travers de   quelques poncifs  dépassés [2], souvent répandus par nos compatriotes eux-mêmes  :  « La vieille France jacobine qui n’arrive pas à se réformer etc. » Le président français a d’abord le souci de  leur envoyer de la poudre  aux yeux et cela,  Macron sait faire.

Les grands réformateurs de droite,  de Gaulle , Reagan, Mme Thatcher, quelque appréciation que l’on porte sur leurs réformes,  furent des nationaux, voire de nationalistes.  Personne ne doutait qu’ils voulaient le bien de leur pays. C’est pourquoi leurs réformes furent appliquées.  

Penser  que les réformes   seraient mieux acceptées par les Français sous la botte de l’étranger, est un leurre,  comme on l’a on l’a vu aux heures sombres du XXe siècle.   Après l’Allemagne, l’Europe qui devait nous obliger à nous réformer : même illusion. Les stratèges qui , par divers subterfuges électoraux[3],  ont voulu placer, au travers de Macron,  un homme à eux à la tête de la France , susceptible  de réaliser enfin les réformes dont les Français avaient selon eux besoin ne pouvaient qu’échouer.   Moins que quiconque, Macron est à même de réformer la France comme elle doit l’être.    

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1]  Commentaire, n° 158, été 2017

 

[2] Les Allemands semblent nous  connaître  mieux.

[3] Entre autres par l’assassinat politique de Fillon.

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