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Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:23

 

 

L’individu a aujourd’ hui mauvaise presse, au moins dans une certaine droite    en quête de refondation.

Dans un paysage politique et idéologique  qui ressemble à un champ de ruines,   beaucoup de gens de droite et parfois de gauche, en réaction aux idéologies dominantes de  type libéral-libertaire, sont  en effet à la recherche d’un nouveau socle théorique à partir duquel reconstruire une pensée politique forte.    

Force est de considérer cependant que cette recherche, pour estimable qu’elle soit , se traduit le plus souvent par un au retour à de vieilles lunes : le conservatisme par exemple. Conserver , c’est très bien. Mais que fallait -il conserver dans la Russie de 1990 après 73 ans de communisme ? Que faut-il même conserver dans le France d’aujourd’hui après quarante ans de réformes idéologiques plus destructrices les unes que les autres : méthodes pédagogiques, regroupement autoritaire des communes, affaiblissement de la famille, privatisation systématique des grands services publics. Nos nouveaux conservateurs vont-ils d’ailleurs  jusqu’au bout de leur logique  en proposant de conserver  le statut de la  fonction publique ou le libre accès des bacheliers à  l’université ?  

D’autres  reviennent à la vieille rengaine  des salons balzaciens , répandue sous des formes  différentes aussi bien   par la gauche  républicaine que  par la droite légitimiste :  tout part de  1789.   Pour les uns , comme Jean-Luc Mélenchon, c’est là le  commencement de l’histoire la sortie de siècles d’obscurantisme , pour les autres  le péché originel  qui nous a fait sortir   de ce  jardin d’Eden qu’aurait été  un ancien régime idéalisé.  Du monarchisme de tradition, on passe au monarchisme de système et donc   à Maurras , promu , faute  d’autre , référence politique incontournable par une certaine droite.  Revenir au légitimisme ou au maurrassisme, deux grands vaincus de  l’histoire[1] , n’est pas de  bon augure pour qui veut  conquérir le  pouvoir dans une France beaucoup  plus déchristianisée que celle du XIXe siècle et qui plonge, l’affaiblissement  de l’enseignement de l’histoire aidant,  dans l’amnésie.   

 

En réaction à la Révolution française

 

C’est dans la réaction à la Révolution de 1789 que se situe  l’origine de la condamnation de l’individualisme. A  une Révolution qui avait  prétendu promouvoir  la liberté individuelle   et supprimé les corps de l’Ancien régime :   noblesse , Eglise, corporations,  Bonald , de Maistre, Blanc de Saint-Bonnet  et quelques autres ont     opposé   une société où cette liberté serait évacuée , une société organique où  chacun aurait sa place , où il n’y aurait pas  d’électron libre. Pour cela, tout homme serait membre d’un organisme, la société globale étant l’addition de ces organismes eux-mêmes  étroitement articulés. « Les individus n’existent que dans et pour la société » ( Louis de Bonald).

Dès lors, quel modèle suivre ? Il y en a  un,  issu de la nature :  la famille.  Le chef de famille n’est pas élu, ses membres n’y adhèrent pas par contrat , ils sont hiérarchisés.  La nation n’est autre qu’une grande famille dont  le roi, non élu, serait le père. C’est sur cette base que les contre-révolutionnaires se proposaient de  reconstruire la société . Ajoutons la notion d’un nécessaire enracinement,  préféré à toutes  les formes de fluidité .

Ce modèle de  société que nous appelons organique , ennemie de l’individu,   a connu sa plus grande faveur au XIXe et dans la première moitié du XXe siècles . Charles Maurras ,  Gustave Thibon , chacun dans son registre, s’en prévalurent.

On en trouve  la forme extrême  chez  les philosophes du fascisme comme Giovanni Gentile : «  l'État est le seul détenteur de l'autorité, et l'individu doit lui être parfaitement soumis  , dans la mesure où l'individualité n'a pas de sens pris en dehors de l'État » . Le régime fasciste italien[2]  s’en inspira. A   la différence des fascistes,  les traditionnalistes dont on peut rapprocher le régime de Vichy, refusent que l’Etat soit la seule entité  organique pertinente mais ils récusent la valeur de l’individu en tant que tel.

 

L’Eglise contaminée  par l’organicisme

 

Cette  évolution a son volet  religieux. En symbiose avec les milieux légitimistes  où elle évoluait , l’Eglise catholique  postrévolutionnaire  s’intéressa aussi à la famille. La doctrine ne connaissait  jusque-là que le seul sacrement du mariage . Le pape Léon XIII instituait en 1893  la fête de la  Sainte Famille. Deux  ans  auparavant  il avait  publié l’encyclique Rerum novarum,  un exposé de la doctrine sociale chrétienne où certains ont vu l’esquisse d’une société  organique , célébrant elle aussi la famille et les vieilles corporations. Le dictateur portugais Salazar qui  prétendait  s’en inspirer, instaura à partir de 1932  , en réaction à la révolution portugaise de 1910, un régime qui n’était pas si différent du fascisme .

Cette évolution organiciste  du catholicisme eut sa version de gauche, encore plus vivace ; c’est au sein de la démocratie chrétienne et du catholicisme social qu’émergea au XXe siècle, autour de la revue Esprit,   la  philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier, dont le fondement était l’opposition , déjà esquissée  par Bonald et Péguy,   entre l’individu et  la personne. De fait,  la personne est pour les personnalistes tout ce qui est  bon et  l’individu tout ce qui est mauvais dans l’homme : « Est-il besoin de répéter […] que la personne n'a rien de commun avec l'être schématique mû par des passions élémentaires et sordides, qu'est l'individu. (...)  La personne, c'est l'être tout entier, chair et âme, l'une de l'autre responsable, et tendant au total accomplissement» (Daniel-Rops).  Mais la distinction ne s’arrête  pas là :  pour Mounier, la personne est    « communautaire » , l’individu est coupé du  groupe . Dans le personnalisme se conjuguent le  vieux fond  antirévolutionnaire  du catholicisme français et la volonté de trouver un terrain de dialogue  avec le socialisme,  alors à son apogée ,  lequel prônait lui aussi, à sa manière,  la supériorité de la société  sur l’individu.

Cette condamnation,  à la fois civile et religieuse,  de l’ individualisme  a prospéré : on la trouve désormais dans  beaucoup de   textes officiels comme les déclarations de  conférences épiscopales  ou le document du pape François , par ailleurs si controversé,  Amoris laetitia.  La condamnation de l’individualisme  dépasse les  milieux cléricaux :  dans un dictionnaire moderne des  idées reçues, Flaubert aurait écrit «  Individualisme  : tonner contre » .

 

De nombreux malentendus

 

Pourtant cette condamantion où certains voient un des  moyens de refonder la pensée de droite, repose sur de nombreux malentendus et simplifications , sachant que la simplifiction est au départ de toute démarche idéologique.

Malentendu sur la réalité  de l’Ancien régime .  On dit « ce n’était pas une société de droits,  mais une société de devoirs » . Ceux qui disent pareille sottise devraient relire les Plaideurs de Racine  ou se plonger dans les archives des Parlements : depuis le  plus profond du Moyen-Age, l’Ancien régime , à tous les niveaux de la société,  est procédurier : chacun revendique devant de multiples cours de justice  la reconnaissance de ses droits ; et on va chez le notaire pour  garantir trois francs six sous.  Comme l’exécution des jugements  laisse  presque toujours à désirer, aussi longtemps que l’autorité monarchique en ce qu’elle a  de moderne ne s’est pas encore affirmée, ceux qui le peuvent  ont  recours  à la force pour faire appliquer  les décisions de justice.

Maurras a répandu l’idée qu’à  cette époque, étaient reconnues  des libertés et non pas la liberté. Etonnant hommage d’un penseur  qui passe pour réactionnaire au positivisme juridique , arme de guerre des modernes contre le droit naturel  et chrétien. Il est vrai que Maurras était positiviste en philosophie. Au demeurant l’idée est inexacte : les grands  juristes espagnols du XVIe siècle : Vitoria, Suarez  , d’inspiration thomiste,  ont esquissé l’idée de droit universels.  Quand Francisco de Vitoria donne à Salamanque  ses célèbres leçons sur les droits des Indiens, il ne se réfère nullement aux droits que leur reconnait  la Couronne d’Espagne mais à leurs droits naturels, antérieurs  à toute  conquête.

 

« La liberté est chrétienne »

 

Malentendus sur la tradition chrétienne. Des mots comme individualisme et même  famille sont absents du Dictionnaire de théologie catholique , la plus grande somme  doctrinale  jamais réalisée ,  entreprise à    la fin du XIXe siècle. L’opposition entre    individu et personne n’a aucun  précédent dans la tradition catholique. L’Eglise ne parle pratiquement pas de la famille durant dix-neuf siècles : elle s’est bien rattrapée depuis.

Le Syllabus  de Pie IX où certains croient voir une condamantion du libéralisme  ne condamne en fait  aucune doctrine, aucun isme,   seulement des propositions, selon la méthode pragmatique propre à l’esprit latin. Le même Pie IX, recevant l’ancien premier ministre Emile Ollivier[3] l’assure que l’Eglise n’a jamais condamné tout dans la Révolution française ; elle ne condamne  pas par exemple, dit-il,  le principe de l’égalité d’ accès aux emplois publics.  Cela n’a  l’air  de rien, mais ce principe  inspire    toute la « méritocratie »  républicaine, fondée sur le talent et l’ « utilité commune », non   sur la naissance, il signifie   le refus d’une société  d’ordre  ou chacun  resterait  enfermé  dans sa case. 

Mais il faut remonter   plus loin pour  saisir en quoi il y a malentendu sur  la tradition chrétienne. Nous  avons dit que pendant dix-neuf  siècles,  elle n’avait connu  que  le sacrement de mariage , fondé sur l’union de deux personnes sans lien de parenté antérieur et librement consentantes .   Le premier commandement  qui l’institue , qui   se trouve dans la Genèse  ,  est un commandement  d’émancipation individuelle :   « l’homme quitte son père et sa mère (et s’attache à sa femme) » (Gn 2, 24, repris en Mt  19,5 et Ep 5, 31))   et pour la femme,  « oublie ton peuple et la maison de ton père » (Ps 45, 11) .   Dans ce qu’elle a de   fondamental, la tradition chrétienne   n’a jamais  renié cette dimension de rupture, faisant   tout au long de son histoire la guerre aux conceptions claniques et  organicistes   de la famille pour en dégager le couple fondé  ( au moins en théorie) sur le  consentement  de deux personnes ( ou individus ).  C’est en  désobéissant  au pater familias que les vierges et  martyres se convertissaient   au christianisme, lequel ne lui reconnait plus le droit  de faire divorcer ses enfants. Plus tard,  les rois barbares doivent, à coup d’interdits,   renoncer  à l’endogamie qui enferme l’individu dans le clan. L’ Eglise catholique s’adjuge au XVIe siècle,  contre Luther, Calvin, Rabelais et le Parlement  de Paris le droit de marier de jeunes gens majeurs  qui le désirent,  sans le consentement  de  leurs parents. Au cours des guerres de religion, La Ligue  catholique trouve son épicentre dans la Paris populaire et déjà  individualiste, contre les huguenots,  ombrageux chefs de clans  descendus de leur montagne.  Fénelon fulminait contre les mariages arrangés. Ce n’est qu’au  XIXe siècle que  l’Eglise,  effarée par le Révolution française,   se replia,  au rebours de son histoire,  sur  les terres de famille clanique qui avaient été celles du protestantisme:  Basse-Bretagne,  Aveyron, Pays basque. Entre temps, il est vrai, les Ligueurs étaient devenus jacobins. 

Chateaubriand a bien vu la faiblesse des penseurs contre-révolutionnaires sur ce chapitre, pointant la continuité entre la grande civilisation chrétienne et européenne et l’exaltation révolutionnaire  de  la  liberté : « La liberté est sur la croix du Christ  et elle en descend avec lui »[4],  « La liberté émane de Dieu qui livra l’homme à son franc-arbitre » [5], « La liberté  ne doit point être accusée   des forfaits que l’on commit en son nom » .  Chateaubriand se gaussait du holisme des théoriciens contre-révolutionnaires dont le modèle achevé était , disait-il,  l’Empire ottoman  que bien évidemment il rejetait . Chateaubriand s’inscrit dans la lignée de Burke, celle des   conservateurs libéraux  pour lesquels la liberté  implique des traditions qui peuvent seules garantir l’indépendance du  jugement et la  capacité de résistance aux pouvoirs . Pour lui, « la religion est source de la liberté» [6] .  Et  comment ne pas citer  ce passage prémonitoire : « Si la religion chrétienne s’éteignait, on arriverait par la liberté à la pétrification sociale où la Chine est arrivée par l’esclavage » [7]. On n’en sera pas étonné : Maurras  détestait Chateaubriand.

Emmanuel Todd  a montré  comment la société   européenne, à la différence de toutes les  autres,  laisse, en raison des interdits  de consanguinité ,    une  vraie   liberté ( au moins en principe )  aux jeunes gens pour  choisir leurs conjoints .  Ce caractère  anthropologique, issu du christianisme,  constitue une des données fondamentales de  cet esprit de liberté qui a permis à notre  civilisation d’ émerger et de prendre au cours    des  siècles une nette avance sur les autres.  Sur l’échelle des modèles familiaux, l’islam, communautaire et endogame se trouve au pôle opposé.

L’individualisme   chrétien plonge ses racines dans la Bible : le livre des Psaumes, livre de prières  fondamental tant des juifs que  des chrétiens ne connait la plupart du temps que l’ orant ( le roi David ?) face à Dieu , le reste de la  société se trouvant presque toujours réduit  à  une coalition d’ennemis.  Il en est de  même de  cet  autre livre fondamental , l’Imitation de Jésus-Christ. Pour la tradition monastique, le  chrétien parfait , c’est le monos, le moine , ainsi appelé  parce qu’il vit seul   en face de Dieu . Comment d’ailleurs    échapper à la force du groupe pour affirmer son projet individuel  si on ne s’appuie   sur plus puissant que le groupe , sur Dieu ?  C’est ce qu’ont compris  tous les résistants    à  toutes les époques , à commencer par les martyrs. La figure du  résistant individuel  existe-t-elle   hors de la  société   chrétienne[8] ? 

Le Concile Vatican II a insisté, peut-être sous l’influence du personnalisme,  sur  la dimension communautaire du catholicisme : là où beaucoup ont vu un progrès, n’était-ce pas plutôt une  régression ? N’est-ce pas parce qu’elle a perdu de vue son libéralisme séculaire que l’Eglise catholique se trouve si complaisante avec l’islam , ne sachant  quoi  lui opposer ? Dans la même veine, elle met l’accent sur la collégialité où prospèrent si bien les médiocres.

 

Ne pas caricaturer  la Révolution française

 

Malentendus ensuite sur  la Révolution française.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen  du 26 août  1789  ne proclame pas le droit de faire n’importe quoi : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » (article 4).   Ne pas nuire à autrui :  vaste programme que bien peu peuvent se targuer  de réaliser. Ce serait déjà beaucoup   même si l’Eglise dit que l’homme a aussi des devoirs  envers  Dieu et envers lui-même. Où commence et où finit-on  de « nuire à autrui » ? C’est ce que le législateur doit préciser.  D’autant que cette formule pose des problèmes de périmètre : qui est autrui ? Les enfants non nés en sont-ils ? Et les esclaves ?  Les étrangers ont-ils les mêmes droits que les nationaux ? Il semble que non, puisque sont distingués les droits de l’homme et ceux du citoyen.  Il est clair que sur certains aspects  la législation actuelle, ajoutant toujours de nouveaux droits et en  limitant d’autant d’autres, est devenue folle. Mais,  dans son principe , rien dans la Déclaration  n’autorise l’individualisme   débridé .

Il a été dit aussi que la Révolution parlait des droits mais pas des devoirs . Cela aussi est inexact . Les Constituants avaient  prévu d’adjoindre à la Déclaration des droits   une déclaration des  devoirs mais ils n’en eurent pas le temps. Cette Déclaration des devoirs de l’homme et du citoyen fut finalement promulguée par la Convention thermidorienne le 5 fructidor an III et  fut longtemps    affichée dans les écoles de la République.  Elle dit par exemple que   « nul n'est bon citoyen s'il n'est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux » (article 4).

Parmi les  textes fondateurs de l’individualisme  moderne , les lois Le Chapelier et d’Allarde  ont abrogé les corporations professionnelles d’origine médiévale. Mais tout n’était pas mauvais dans cette suppression : était-il juste qu’un nouvel  artisan menuisier  doive obtenir   l’autorisation de ses collègues déjà en place, qu’il est susceptible de concurrencer,  pour s’installer ? Au demeurant ces corps constitués  abrogé  en 1791 , Napoléon s’est empressé de les reconstituer  , instaurant  notamment  les Chambres d’agriculture, de commerce, des métiers, les tribunaux de commerce , l’Université, le Consistoire israélite,  installant l’Eglise  concordataire et ce n’était qu’un début.

S’imaginer que nous sommes encore sur ce chapitre sous le régime des lois révolutionnaires serait méconnaitre  l’évolution de la société française depuis deux siècles. En  France , plus peut-être que partout ailleurs,  les organisations intermédiaires ont proliféré au fil des ans, au point d’être sans doute plus étouffantes  encore qu’avant 1789 :  collectivités locales  ,   ordres professionnels,  Universités, établissements  publics autonomes de toutes sortes , 800 000 associations de la loi de 1901 ,    banques coopératives qui dominent  le paysage bancaire , coopératives agricoles ,    syndicats ,   mutuelles,  Assedic,   caisses  de sécurité  sociales etc.  L’économie sociale, qu’on pourrait appeler aussi corporative représente près de 50  % du  PIB, soit bien plus que l’Etat . On dira que  tous ces organismes sont soumis au pouvoir , mais ne l’étaient pas déjà sous l’Ancien régime ?    Un commentateur du mouvement  des  gilets jaunes[9] déplorait récemment  que depuis la loi Le Chapelier , la France manque de corps intermédiaires  :  il faudrait qu’il se mette  jour.  Les légitimistes  fervents d’esprit corporatif apprécieront que dans ce maquis , plus qu’ailleurs,  prospèrent les loges maçonniques, lesquelles revendiquent elles-mêmes  un héritage corporatiste. Si l’on en croit Augustin Cochin[10], ce n’était pas si   différent à la veille de la Révolution.

Le général de Gaulle,  qui n’était lui-même pas  à l’abri  de la tentation corporatiste , sous l’influence  de la doctrine sociale de l‘Eglise , est  tombé en 1969 sur un référendum instaurant la participation, projet de  même inspiration .  Faut-il vraiment regretter  que les apparatchiks syndicaux , patronaux et ouvriers, qui peuplent le    Conseil   économique, social  et environnemental et tant de conseils d’administrations à caractère social  n’aient pas de rôle législatif ?  

 

La philosophie libertaire contre l’individu

 

Malentendu enfin sur le prétendu individualisme libertaire.

Dans le strict respect  de la tradition   chrétienne, il ne faut pas  opposer la morale à l’individu, comme on le fait le plus souvent,   mais bien plutôt le contraire : la[H1]  morale bien comprise vise à l’individuation. L’individuation, c’est dit Lacan, l’acceptation de sa condition d’être  « castré » , c’est  à dire arraché , généralement au moyen d’une   une opération douloureuse,  de la matrice originelle, du sein maternel,  où chacun aurait voulu s’éterniser. Cette castration primordiale , c’est aussi l’accès au principe de réalité, l’accès à un réel  autre que ce que je voudrais qu’il   soit.  Or c’est cette   tragédie intime   qui permet l’épanouissement  de l’individu   , notamment   en lui ouvrant  l’accès à l’autre  sexe, symbole d’une altérité sans laquelle il n’est pas d’homme – ou de femme – accomplis. Tout déficit dans cet arrachement primordial , dit l’illustre professeur,   expose le sujet à la psychose.

Les jouissances que célèbre   la philosophie libertaire, loin d’être libératrices,  se placent presque toutes sous le signe de l’addiction et donc du contraire de la liberté  : drogues , pornographie , informatique ; elles expriment , chacune à sa manière, un engluement dans la matrice originelle.

Y a-t-il d’ailleurs encore , dans l’espace libertaire,  un individu  au sens propre du terme ou au contraire  un être divisé entre ses moments successifs ?  Le véritable individu s’accomplit par des choix irrévocables qui appellent la fidélité . A l’image de l’ange, il  est capable d’actes de  liberté  qui transcendent le temps. 

Est-il permis de dire que l’homosexualité , qui se trouve à la pointe  de la révolution  libertaire ,  a quelque chose à voir avec un attachement viscéral à la mère et donc avec le narcissisme  ? C’est  en tous les cas ainsi que le voit  Freud, pour qui elle marque une individuation inachevée[11]. Est-ce  la raison  pour laquelle elle semble fleurir dans les milieux où l’on cultive  une vision organiciste de la famille ? Qui dira en tous cas que le mariage homosexuel  est le  triomphe  de l’individualisme  ?

Il est vrai que le vent libéral-libertaire   qui souffle  sur le monde  a entrepris une offensive sans  précèdent contre tout ce qui peut rester de structuré   dans les sociétés contemporaines  : contre la famille,  contre les identités sexuelles, contre les nations, contre le Etats , contre les syndicats, contre l’école, contre les Eglises,   en France contre  la commune et même contre  le département issu de  la Révolution  française mais qui  a acquis depuis  deux siècles une   identité forte  . L’entreprise seule échappe à cette remise en cause, elle tend même à devenir  l’ultima ratio de la société contemporaine ; contrairement au schéma que l’on prête  à Pétain , le travail ( et tout ce qui  procède de  la logique de l’entreprise ) est devenu l’ennemi de la  famille et de la patrie.

Cette destruction est-elle en continuité avec celle qu’a tenté la révolution de 1789 ?  Rappelons qu’elle concerne  tous  les pays occidentaux , y compris les monarchies, y compris donc  ceux qui n’ont jamais connu  la Révolution française. Les monarchies nordiques ont même  été « en avance » dans les  évolutions  sociétales. Rappelons   aussi que la Révolution  française avait pour l’essentiel préservé la famille, consolidé la  paroisse, devenue commune, comme entité civile et  exalté, peut-être exagérément,  la nation. Pendant presque un siècle (1878-1968) ,la France a vécu sous le régime de la morale  laïque, laquelle n’était pour l’essentiel , ainsi que le  dit Jean-Paul Sartre, que la morale chrétienne dégriffée.

La destruction – ou déconstruction – qui s’est produite depuis les années soixante  a-t-elle vraiment pour but de libérer les individus ?  Ne serait-ce  pas plutôt d’instaurer  un nouveau totalitarisme sur fond de masses  atomisées, devenues des  particules élémentaires sans culture et  sans repères et donc grégaires et manipulables à   souhait  par un pouvoir despotique ?  Si c’est l’esprit libertaire  que l’on récuse, il faut   rappeler sans cesse  qu’ il n’est pas le véritable  individualisme et qu’il  a pour finalité et non point seulement pour  effet collatéral  l’oppression et la destruction de l’ individu dans ce qu’il a de singulier et de créatif.

 

Le génie individuel au fondement des activités humaines

 

Non seulement la condamnation de l’individualisme  se fonde sur beaucoup de malentendus, mais encore elle ignore la place  essentielle de l’individu dans la réalité humaine .

Nous avons rappelé comment  le mariage biblique se fondait sur une rupture, qui n’est  autre que la rupture œdipienne , mais la Bible et la tradition judéo-chrétienne  ont aussi développé cette notion profondément  individualiste de la vocation personnelle, religieuse ou professionnelle.

La réalisation d’une vocation,   qui est la réponse à l’ appel de Dieu mais qui a aussi sa version séculière,   suppose très souvent une rupture avec  la famille . Les vies de saints sont  remplies de récits de vocations  religieuses  que la famille tente de contrarier : un saint mérovingien dut  enjamber le corps de sa mère qui , barrant le seuil ,  voulait l’empêcher d’  aller au  monastère. Saint François d’Assise se dépouille contre sa famille, Saint Thomas d’Aquin est enfermé par les siens pour qu’il ne se fasse pas  prêtre etc.  Presque toujours la vocation individuelle  s’affirme contre le groupe.

Il  y a aussi  les vocations   artistiques.  Si on avait suivi  les réactionnaires  organicistes pour lesquels le fils  de paysan doit   rester paysan, le fils d’artisan artisan,  le  fils de soldats soldat,  Hector Berlioz aurait dû obéir à son père médecin qui voulait qu’il   soit médecin . C’est par un choix personnel ( autrement dit individuel)  qu’il délaissa la médecine pour la musique. Qui s’en plaindra ?  Cette rupture  n’était-elle pas même  son véritable devoir  ?

Le rôle de l’individu dans le monde de la  recherche scientifique et technique est également fondamental. Même aujourd’hui où  la recherche se  fait dans des structures organisées , publiques ou privées,  combien  d’inventions proviennent d’intuitions  individuelles ? Combien apparaissent d’abord saugrenues au sein des    laboratoires  ou des  académies ?  Le progrès scientifique et  technique  de l’Occident  chrétien    au cours des   derniers siècles , si supérieur  à celui des autres  civilisations, ne procède-t-il pas , pour l’essentiel,  de la  créativité individuelle ? Si nous examinons tout ce qui conditionne notre vie quotidienne : automobile , téléphone, télévision, ordinateur,  médecine, que ne devons-nous pas à  une série de coups de génie qui furent et qui ne pouvaient âtre que ceux d’individus , souvent en rupture avec les   idées  reçues de leur temps ou les structures dans  lesquelles ils évoluaient ?  

Combien artificielle et décalée  serait une philosophie  politique   qui mettrait l’individu au rancart dans un monde comme le nôtre  ? Combien  ceux qui récusent l’individu ou la liberté , outre qu’ils se fondent sur  une simplification idéologique, se mettent  hors de l’histoire et ne sauraient par là prétendre    jamais accéder à une influence  véritable ?

Cela ne veut pas dire que l’individu prime  les  structures , qu’elles soient naturelles ou artificielles . Ils  sont l’un avec l’autre, dans une  relation que nous qualifierons de  dialectique .  Des structures existantes  s’échappent, parfois  par une rupture violente,   des individus , parmi lesquels les plus doués fonderont de nouvelles structures :    Etats, religions, entreprises , des structures desquelles   d’autres, plus tard, s’échapperont   et ainsi de suite.

Tout cela n’est rien d’autre  que la  marche de la vie elle-même :   une ruche  se développe, se divise,  essaime, se  développe à nouveau ; d’une famille donnée nait un individu  qui à son tour  se détache pour fonder une nouvelle famille etc.

Dans un mode envahi par le grisaille ,  le conformisme et la grégarité  , s’il est quelque chose que le vrais conservateurs doivent  défendre, c’est bien l’individu.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] L’ Action française a  cependant, malgré la « divine surprise » vichyste de Maurras ,  fourni un nombre important de cadres à la Résistance et cela dès la première heure.

[2] Nous n’évoquons pas le socialisme national (dit nazisme) , cas plus complexe, où l’Etat , loin d’être une fin en soi, est au service de la race, et où le rôle dévolu au « surhomme »  a pu avoir un effet désintégrateur.

[3] Emile Ollivier , Le Concile du Vatican , 1871.

[4] Notes et pensées

[5] Génie du christianisme , 4e partie, VI, 11.

[6] Mémoires d »outre-tombe , 3e partie, 2e époque, Livre I, 8.

[7] Mémoires d’Outre-tombe , appendice XXV.

[8] Elle se trouve dans l’islam Chiite mais c’est à peu près tout.

[9]  Jean-Yves Naudet,  Vérités et ambigüités d’un mouvement populaire, Aleteia. 

[10] Augustin Cochin , La machine révolutionnaire, œuvres,  préface de Patrice Gueniffey, Tallandier, 2018. On ne saurait trop recommander cet auteur qui , dès avant 1914, appuie sa critique des idées révolutionnaires sur les sciences humaines  et qui , sans utiliser le mot, critique le phénomène idéologique avec un demi-siècle d’avance sur Hannah Arendt.

[11] Sigmund Freud, Trois essais sur la sexualité, Gallimard-Idées, I.


 [H1]Orale n’a pas d’autre b

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:18

N’est-ce pas plutôt les réformateurs qui le sont ?

Publié dans Le Figaro du 13 septembre 2018

En visite au Danemark le président Macron s’est gaussé des « Gaulois réfractaires au changement ». Vieille rengaine : la France serait  un pays irréformable.   Le discours est simple : « On sait ce qu’il faut faire  pour que  la France aille mieux. Le peuple résiste  par attachement aux privilèges  et à un  corporatisme  désuet ; après avoir tant attendu, il nous faut enfin  un gouvernement assez  courageux pour passer en force . »

Le vrai problème : à quelles réformes les Français résistent-ils ?

Osons le dire : à peu près les mêmes depuis 20, 30,  50 ans.

Ces projets de réforme sont l’émanation d’une bureaucratie , française  ou européenne ( culturellement , c’est la même ), qui ne  doute pas que ses  projets soient bons : pour elle,  les résistances , quelles qu’elles soient,  sont à  rejeter dans les ténèbres de l’irrationnel et des égoïsmes catégoriels.  Fermez le ban.

Quoique qualifiés de technocratiques, ce qui supposerait qu’ils  contiennent  une certaine complexité technique, ces projets, sont en fait le ressassement, dans chaque domaine, de deux ou  trois idées simplistes, généralement  les mêmes depuis des décennies. 

La   question est donc : et si ces idées qui inspirent l’action publique n’étaient pas si bonnes que le croient leurs promoteurs  ? S’il y avait  dans les résistances  plus de raison qu’on ne pense  ?  

 

La raison des résistances aux réformes

 

Nous pouvons   passer  en revue le principales pour y répondre :

Réforme de l’Etat  : que n’a-t-on  encore compris que l’évaluation  et  la rémunération au mérite ( que Macron annonce comme une nouveauté alors qu’elles existent depuis quinze ans) sont le source de tricheries ( faute de critères pertinents  d’efficience) , d’arbitraire, de détérioration  de l’ambiance et en définitive de perte  d’efficacité ; au contraire l’esprit de corps , tant décrié,   était un facteur  de motivation  peu coûteux , ayant  largement fait ses preuves.

Fiscalité : le prélèvement à la source était dans les cartons de Bercy depuis des lustres. Il va se traduire , n’en doutons pas,  par d’immenses difficultés.

Services publics : le dogme  est l’ouverture généralisée  à la concurrence ,  imposée désormais par les directives européennes. Des économistes très qualifiés ont pourtant montré qu’il existe  des monopoles naturels , rendant préférable  une organisation intégrée  appelant  un contrôle public. Il y avait, parait-il,  aux Etats-Unis,  des  compagnies  de  chemin de fer concurrentes sur des  lignes parallèles  : mais  où en est aujourd’hui le rail  dans ce pays ?  

Université :  depuis  la loi Devaquet (1986) jusqu’à aujourd’hui  , soit pendant plus de  trente ans, la question de la sélection à   l’entrée de l’université est  posée  à peu  près dans les mêmes termes.  Etait-il utile de ressortir ce genre de provocation ?  La sélection existe déjà : en médecine, dans les classes préparatoires  et les universités de prestige. Là où elle n’existe  pas, pourquoi  refuser un complément  de formation aux bacheliers et ne pas reporter l’orientation définitive  à la fin du premier cycle ?

Sécurité sociale :   l’idée  de transférer une partie du risque  maladie à l’assurance privée est agitée depuis quarante ans. Fillon l’avait  , fort imprudemment,  intégrée  à son programme,  ce qui n’a pas fait peu pour le disqualifier  - car la droite n’est naturellement pas exempte de ces idées fixes. En France, le privé, ce sont d’abord les mutuelles ; coût moyen de gestion : 20 % du chiffre d’affaires ; régime général : 7 %.

Logement : « il faut réserver  le parc social à ceux qui en ont le plus besoin » dit la doxa, également reprise par la droite  . En clair : il faut accentuer la ghettoïsation.

Organisation  territoriale :  les 36 000 communes sont un poids mort, une tare française, il faut les regrouper, promouvoir des intercommunalités de  plus en plus  larges   et si possible leur  fusion en « communes nouvelles» .  Ces réformes, supposées engendrer des économies,   se sont traduites par le recrutement de près de 400 000 fonctionnaires. Même effet pour  la fusion  des régions. Attendons-nous au pire si le projet fou de fusionner les départements   venait à voir le jour.

Avec une obstination aveugle , la bureaucratie ignore cette loi fondamentale de toute fusion des structures dans la sphère publique : 2 + 2 = 5. Ces fusions dont on attend des économies  se traduisent toujours par des surcoûts . N’en doutons pas, la fusion des régimes de retraite aura le même effet.

Aménagement  du territoire : depuis trente ans , la priorité ( non affichée pour le coup) est le développement  des  métropoles, celui des « banlieues » , la  Ville avec une majuscule , aux  dépens  de la « France périphérique »  , rurale , vouée au dépérissement. Dans quel but  ?

A supposer  que toutes  ces  réformes  auxquelles les « Gaulois », chacun dans son domaine, résistent des quatre fers, soient réalisées , la France ne serait ni plus efficace, ni plus compétitive. Serviles vis-à-vis de l’organisation bruxelloise  ( la nouvelle Rome ?) , nos dirigeants  sont au fond experts à   lui jeter de la poudre aux  yeux : elle nous demande des  réformes , faisons-en , bonne ou mauvaises, qu’importe.  

Quand elles aboutissent, ces réformes,  presque toujours , mettent le plus grand désordre dans des organisations qui marchaient bien  : regardons  ce que sont devenus la gendarmerie,   le ministère de finances, le renseignement  téléphonique , l’organisation territoriale pour ne pas parler de l’éducation nationale  etc.  C’est ce qui guette le chemin de fer.  A l’inverse, les vrais problèmes : immigration , sécurité,  croissance des  dépenses publiques ( qui est la résultante de tous les errements que nous venons d’évoquer, ce que les think tanks libéraux qui réclament  eux aussi à corps et à cri des réformes n’ont  pas encore compris !) ne sont abordés que de manière cosmétique.

Tout cela,  les Français le sentent confusément. Ils résistent à des  réformes  dont ils devinent au fond d’eux-mêmes  qu’elles  ne servent  à rien. Contrairement à  ce que croit le président,  une réforme  vraiment utile  et bien expliquée emporterait  leur adhésion . Mais  en a-t-il dans les cartons ?

 

Réformer les réformateurs

 

En définitive, le difficile n’est  pas de  réformer la France mais de réformer la rigidité intellectuelle des  réformateurs , des administrations   où les hommes passent mais où les idées demeurent . Inapte à appréhender la complexité , notre oligarchie combine l’arrogance avec le conformisme et la paresse intellectuelle.  Althusser avait  montré  comment toute organisation sécrétait son idéologie, pour ne plus en démordre.   Le vrai  mal français  est là.

Il fut un temps où,  aux idées trop simples ,  des  hommes politiques combinant l’expérience  du terrain et la connaissance des problèmes, savaient résister . Y en a-t-il encore ? En tous cas, tout  est fait aujourd’hui  pour  les faire taire .   La réduction envisagée du nombre des  députés est un signal  clair : il ne servent  à  rien ,  l’administration s’en tirerait  aussi bien si elle gouvernait  directement !  

Emmanuel Macron  est apparu au moment de son élection  comme le président de « la  dernière chance de réformer le France » ; il  est en réalité la dernière chance d’une  technocratie  de lui imposer  ses  lubies.  Pour notre  plus grand malheur.

 

Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:16

Le Brexit ressemble de plus en plus à un feuilleton à rebondissements dont on ne voit pas la fin.

Après deux ans de négociations, les deux parties avaient cru trouver un accord sur les conditions  de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais cet accord où beaucoup de Britanniques jugent que Mme May , leur premier ministre, a fait trop de concessions, n’a finalement pas été présenté au Parlement  le 12 novembre dernier, comme prévu, de crainte qu’il ne  soit repoussé par une coalition des adversaires du Brexit , toujours actifs,  et de ceux qui jugent  le résultat des négociations est trop défavorable aux intérêts britanniques.

On se demande pourquoi Mme May s’est engagée dans ce qui ressemble  de plus en plus pour elle à  un chemin de croix. 

Il y avait  deux manières de sortir de l’Union européenne.

La première, la plus simple était une dénonciation pure et simple du traité d’adhésion, ce qui est possible à tout Etat souverain.  Tous les réglementations européennes auraient   continué à s’appliquer  au   Royaume-Uni  jusqu’ à ce que le gouvernent de Londres  décide de les modifier ou les abroger.   Si cette modification posait un problème à l’Union européenne, par exemple au cas où le Royaume-Uni aurait imposé   un droit de  douane sur les importations du continent  là où il n’y en avait pas ,  une négociation  ponctuelle  pouvait s’engager. Il en aurait été  de même si, à l’inverse    l’Union européenne opposait au Royaume-Uni des décisions qui lui étaient  défavorables. Mais  ces négociations seraient intervenues après la sortie de la  Grande-Bretagne, en toute liberté. Les accords de l’OMC auxquels adhèrent aussi bien l’Union que la Grande-Bretagne  limitent par avance  la portée des représailles commerciales éventuelles de Bruxelles.

Pour ce qui est du pouvoir réglementaire propre de l’Union, il serait revenu  à la Grande-Bretagne suivant la  théorie de la succession d’Etat  sans qu’il soit nécessaire de revoir l’ensemble des réglementations antérieures.

La second manière de  sortir  était l’application de l’article 50 du traité de l’Union   européenne   qui organise une procédure  complexe  de sortie , sachant  que tant que la procédure n’est pas allée jusqu’à bout, le Royaume-Uni reste  membre .

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Le gouvernement britannique a choisi la seconde formule sans doute pour ne pas rendre la rupture trop brutale . Ce choix n’est peut-être  pas   étranger au fait que  Mme May était  au départ hostile au Brexit.

S’ils l’ignoraient, les Britanniques ont sans doute compris aujourd’hui  que cette  procédure complexe  avait en fait pour but de rendre si difficile le retrait d’un Etat  qu’il en soit par avance découragé. Et  c’est précisément  pour que la sortie d’un autre  membre soit dissuadée  par  cette procédure   que les négociateurs de l’UE, le commissaire français Michel Barnier en tête,  n’ont rien fait  pour faciliter le Brexit, encouragés en  cela par le président  français Macron et,  plus discrètement, par la chancelière allemande.

Le résultat de ces lenteurs pourrait cependant être  l’inverse : lorsqu’un nouveau pays voudra sortir, il saura  désormais  qu’il  vaut mieux prendre  le  chemin le plus court, celui  de la dénonciation  unilatérale, la négociation venant après la sortie et non avant.

 

Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:13

Il n’est pas possible de comprendre l’esprit de la Constitution du 4 octobre  1958 sans se référer à une confidence que le général de Gaulle fit une fois à un de ses proches « Si les hommes   sont mauvais , quelles que soient les institutions , les choses iront mal , mais il importe, pour le cas où viendraient au pouvoir des bons que la Constitution n’ empêche pas ceux-là d’agir »  .

Des hommes de qualité mais des institutions qui les empêchent de bien faire : le général pensait peut-être  à la  IVe République dont le personnel  était d’un niveau très supérieur à  celui d’aujourd’hui mis que le système paralysait.

Des hommes qui ne sont pas à la hauteur et une constitution qui semble inadaptée alors que ce sont eux qui le sont : cela ne nous rappelle-t-il pas précisément notre époque ?   N’est-il pas dramatique  que  les présidents élus plongent de manière systématique au-dessous de 30 % de popularité  au bout  de quelques mois ?  

C’est pourquoi, il est inutile de spéculer sur le changement  constitutionnel qui ferait  aller les choses mieux . Ceux qui en parlent sont d’ailleurs bien incapables de rattacher un quelconque problème de fond à telle ou telle disposition constitutionnelle  qui empêcherait de le résoudre  et ceux qui s’agitent en parlant d’une VIe République ne savent même  pas ce qu’ils  mettent derrière ce slogan,  sinon sans doute  un retour à la  IVe .

 

Révisions à tout va

 

Ce constat n’a pas empêché plusieurs  présidents  de réviser  à tout va la constitution, au risque de la  dénaturer , sans naturellement   améliorer quoi que ce soit , au contraire.  24  révisions au total : cet acharnement à changer les  règles du jeu  quand on vient  au pouvoir est à la mesure de la vulgarité des temps. La plupart des révisions, motivées  par les idées dominantes à un moment donné   ou des considérations de pure opportunité, subissent ce que Hayek appelle la loi des « effets contraires au but recherché » :  le quinquennat devait  renforcer le Parlement , il l’a affaibli , la session continue, de même. Une des rares bonnes idées de ces révisons à répétition : la nécessité d’une autorisation parlementaire des   opérations extérieures ( article 35) , n’est pas appliquée ;  quand a-t-on débattu au Parlement  de l’opportunité de fournir un appui militaire  Al Qaida, comme cela a été fait à partir de 2011 en Syrie ?  

Mais à un moment où notre  pays connait des  tensions graves  qui ne pourront sans doute  être réglées que par  un bouleversement   législatif de grande ampleur,    on peut se demander si une quelconque  médecine de choc est encore possible. En d’autres termes, un président qui voudrait réformer la France en profondeur  en aurait-il encore les moyens constitutionnels comme l’avait voulu le général de Gaulle ? Il est à  craindre que non : la plupart des révisions ou innovations jurisprudentielles ont tendu   à  limiter les pouvoirs de l’exécutif , comme s’il devait faire l’ objet d’une méfiance a priori . Citons l’extension  considérable  des pouvoirs du Conseil constitutionnel depuis l’entrée des grand principes dans le bloc de constitutionnalité par la décision du 16 juillet  1971 – due pourtant à   un gaulliste de la première heure, Gaston Palewski, jusqu’à  la  question préalable de constitutionnalité ( article 61-1)  instaurée par Sarkozy  , en passant par l’élargissement du droit de saisine par Giscard d’Estaing , la quasi obsolescence du référendum sur la base de l’article 11  , et surtout la limitation  du vote bloqué ( article 49-3).     Ajoutons à ces contraintes  les ingérences  croissantes  des juridictions internationales et européennes.

La Constitution  de la Ve République conserve certes  quelques vertus : il est arrivé au cours de années récentes à plusieurs pays d’Europe et non des moindres d’être sans   gouvernement : Allemagne, Italie, Espagne, Belgique ; pour le meilleur et pour le pire, pas à la France. 

Mais telle qu’elle est devenue,  la Constitution ne donne plus    les coudées franches  à un gouvernement qui voudrait enfin prendre à bras le corps les problèmes du pays. Le sentiment  d’impuissance qu’ont donné les derniers présidents, y compris ceux qui avaient  au départ l’air très décidés, s’explique en partie par cela.     

Pour qu’un jour la France puisse  être relevée , il ne faut surtout pas de nouvelle réforme constitutionnelle.  Ce qui est nécessaire est  de   revenir aux sources de la Ve République : la constitution de  1958,    corrigée en 1962  par l’élection du president au suffrage universel. Rien d’autre.  Pour y parvenir, une seule chose  à faire :  abroger d’un coup  tout ce qui s’y est rajouté  depuis. L’efficacité gouvernementale   y gagnerait beaucoup, le retour au septennat rendrait sa vraie place au Parlement. Que perdrait-on ? Entre les rajouts purement déclamatoires ou proclamatoires de toutes sortes qui n’ont pas leur place dans une loi fondamentale  : décentralisation, parité , francophonie,  langues régionales , environnement  et la dilution des pouvoirs que nous avons évoquée , il  y a au total peu à conserver de ces révisons qui, d’ un texte concis, clair et élégant ont fait un collage  laborieux, compliqué et opaque . Il se  peut qu’il n’y ait  pas d’autre moyen de redresser la France.

                                                            Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:10

Un article non publié du début 2018 qui s'est avéré prémonitoire:

Après les mesures prises par Macron en  ce début d’année,

LA CHAPE DE PLOMB   S’APPESANTIT  SUR LA FRANCE  

Après un discours de vœux présidentiel assez plat, la rentrée a été inaugurée par trois coups de massue qui laissent pressentir  ce qu’est  la véritable nature du macronisme. 

D’abord une hausse sans précédent des tarifs publics : Fioul domestique + 36 %, Electricité =17 %, Forfait hospitalier : + 15 %, Cartes grises + 15%, Tabac + 10, %, Timbres + 10 % etc.

Toutes ces mesures vont frapper les classes populaires, d’autant qu’elles s’accompagnent d’une hausse de la CSG (+ 21,7 %) ciblée sur les personnes âgées. Or les  revenus, salaires et retraites,  stagnent, on le sait,  depuis de nombreuses années.

Peut-être certaines de ces hausses étaient-elles nécessaires, mais comment justifier celle  des frais bancaires de 23 % qui va peser principalement sur ceux qui ont  du mal à joindre les deux bouts. Il est clair que les banques qui comptent sur ces frais  pour rattraper certaines folies spéculatives ont été mieux entendues par l’ ancien banquier qui trône  à l’Elysée que ce que Christophe Guilluy appelle la « France   périphérique ». Pour tenir les déficits,  on cogne, à la grecque.

Il est probable qu’ avec ces coups  de matraque, la suppression promise de la taxe d’habitation, sera vite absorbée et au-delà. 

Va  dans le même sens, la décision d ’abaisser la vitesse limite sur route à 80 km/h et de renforcer toute une série de sanctions, comme  celles qui frappent l’usage du portable en voiture. Les amendes de stationnement  seront augmentées de 130 %, pas moins. Ces mesures sont d’ une utilité douteuse : elles vont sauver des vies , dit-on. Peut-être,  mais pourquoi pas instaurer la  vitesse-limite à 0 km/h pour avoir 0 accident  ? Le nombre d’accidents mortels a considérablement baissé depuis plusieurs années.  En tous domaines, la sécurité absolue, c’est la fin des libertés. Elle ne règne que dans les cimetières.

Mais est-ce vraiment pour améliorer  la sécurité  routière que  ces mesures  sont   prises ?   N’y  a-t-il pas là aussi la volonté de cogner, dans un domaine où la légitimité de règles de plus en plus sévères   et de sanctions de plus en plus lourdes est difficile à contester.  La sécurité routière est plus facile  à assurer que la sécurité tout court pour laquelle le gouvernement n’a aucun plan précis.  Il est plus facile de traiter en délinquant un  honnête homme qui roule à 85 km/h sur une route départementale que d’ attraper les vrais délinquants. Sarkozy en début de  mandat avait déjà usé de cette ficelle  en frappant fort  sur… les prostitué(e)s du Bois de Boulogne. Le discipline  routière  est une bonne école pour la discipline ou court : elle habitue le public à obéir à la manière forte .  Elle est comme la marche  au pas dans la cour de la caserne : exercice apparemment sans conséquence mais qui  habitue les conscrits à obéir sans murmurer.

La  troisième  mesure n’est qu’annoncée mais elle est encore plus  inquiétante : la volonté de contrôler les   fausses nouvelles  circulant sur internet  , particulièrement dans les réseaux sociaux . Ce projet ne concerne pas que les  périodes électorales : les pouvoirs du CSA d’ interdire l’octroi d’un canal  numérique seraient accrus  .  Mais en période électorale, la porte serait grande  ouverte , pour  demander au juge de dire le vrai  et le faux. L’immixtion de l’autorité judicaire dans le processus électoral est contraire à  toutes les traditions républicaines de notre pays. Macron a  été élu  grâce  à elle ( affaire Fillon) ;  il est visible que, se sentant quelque part vulnérable, il compte sur elle pour se faire réélire. Il  est vrai que la loi de 1881 sur la presse sanctionnait déjà  la diffusion de fausses nouvelles. Mais ni la police,  ni la justice n’avaient jamais fait de  zèle sur ce  sujet et cela concernait   la scène publique,  pas les correspondances numériques dont beaucoup ont une caractère privé. Dans un pays où près de 95 % des médias  soutiennent  le gouvernement  , comment ne pas voir  dans cette intention,  le projet d’une réduction totalitaire du dernier  espace de liberté qui demeure : la toile ?  Macron et Erdogan, même combat ?

 

Un gouvernement illibéral

 

Ainsi se précise peu  à peu l’imposition sur la France d’une chape de plomb  qui n’a rien à  voir avec l’allure décontractée  et branchée , soi-disant « libérale »,   que se donne le président. 

Chape de plomb  que l’on observe déjà dans d’autres domaines : l’étouffement progressif des  collectivités locales par la diminution des dotations, la quasi disparition de l’ opposition au sein d’ une Assemblée aux ordres où la majorité  n’a , faute de compétence et d’ancrage local, pas les moyens de contrôler le pouvoir.   

Si  les Ordonnances travail accroissent quelque peu la liberté  des  patrons ( on s’en aperçoit avec la vague de licenciements qui en a été l’effet immédiat) , elles rendent une partie de la population plus vulnérable et donc plus malléable. Ces textes prétendus  libéraux  contiennent  au demeurant quelques  dispositions également dangereuses pour les libertés : si, comme il est normal, les indemnités de licenciement décidées par les tribunaux sont désormais plafonnées, elle se le sont pas s’il est possible d’alléguer une  discrimination quelconque (femmes, non-blancs, musulmans, homosexuels etc.). Le règne du politiquement correct  judicaire n’est pas près de se terminer  : on  s’en rend d’ailleurs compte   au vu  des décisions les plus récentes.

La politique de Macron a bien peu à voir avec le vrai libéralisme. Les décisions fiscales : l’ exonération de l’ISF des seules  très grandes fortunes, financières, la suppression de la taxe  d’habitation,  vont prendre en sandwich les classes moyennes , déjà écrasées mais seules à  même de compenser les pertes de recettes. Il est déjà  question d‘un super impôt foncier  dont seraient exonérés les investisseurs étrangers ou d’augmenter la taxe foncière, déjà très lourde dans beaucoup de communes . N’est ce pas la liberté qu’on veut écraser en prolétarisant   les couches  intermédiaires  instruites et enracinées, à même donc  d’avoir quelque sens critique ? L’Empire romain finissant n’ avait pas procédé autrement : une population accablée d’impôts glissant peu à peu dans le servage , à l’exception des très fortunés, la ruine  des classes moyennes,  un encadrement quasi-totalitaire des  populations.  

Ne nous sera même pas épargnée la suite du grand remue-ménage des structures    locales, parfaitement inutile et probablement coûteux : il est bien connu que  les animaux de laboratoire dont on bouleverse sans cesse les repères  territoriaux deviennent amorphes ! 

Fort peu libérale est aussi l’absence dans le gouvernement actuel   de la moindre velléité de réduire  les  dépenses  publiques, qui atteignent déjà le record mondial, sauf les dépenses régaliennes (armée, justice), les seules auxquelles il ne faudrait  pas toucher. Comme Hollande, Macron a l’intention de respecter les critères  de la zone euro : moins de 3 % de déficit, sans toucher aux dépenses sociales.  Il ne lui reste qu’à augmenter les impôts : scénario connu.

Ne nous y trompons pas : la plupart de ces mesures ont été imposés de l’extérieur, en particulier de  Bruxelles. En moins grave pour le   moment, le  traitement qui est appliqué à  la France ressemble à celui, totalement inhumain, que l’Union européenne inflige à la Grèce.  

Derrière une diplomatie virevoltante (et non exempte de  bourdes ), il y a la volonté de renforcer  une Europe supranationale qui ne pourra être qu’ allemande : la chape de plomb d’une discipline monétaire et financière, l’intolérance à la dissidence, l’ouverture  à  une immigration sur laquelle on compte à  la fois pour payer les retraites  et affaiblir  les traditions nationales. On peut y ajouter la tendance déjà  vieille de plusieurs décennies d’appliquer tous les règlements  à la lettre sans cette flexibilité qui faisait le charme des pays latins.   Même si  le gouvernement  de  Berlin est pour le moment  en crise, l’esprit  est là.

Dans la plupart des  domaines, les logiques  technocratiques, les mêmes qui depuis longtemps suscitent l’exaspération  des Français : réduction du nombre des  communes, urbanisme de plus en plus contraignant, multiplication des vaccins   obligatoires, installation d’éoliennes, réformes de l’Etat démoralisantes,   ne sont pas remises  en cause  mais seront renforcées. Pour les bureaux qui les promeuvent, l’exaspération que la plupart de ces logiques suscitent chez les Français ne sont pas interprétées  l’expression légitime d’une autre rationalité qu’il convient de prendre en compte  mais comme une résistance irrationnelle qu’enfin la conjoncture  politique permet de briser.    L’Education   nationale sera-t-elle l’exception ?  On demande à voir.

Si le mesures  qu’a prises ou  ou s’apprête à  prendre le présent gouvernent, ne suscitent pas de réaction significative, il est à craindre que notre pays ne s’enfonce peu à peu dans un nouvel un âge de fer où l’esprit de liberté qui l’a longtemps caractérisé ne serait  plus qu’un souvenir.

 

Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:07

Augustin Cochin, La machine révolutionnaire, Œuvres , préface de Patrice Guenifey , textes réunis, présentés et annotés  par Denis Sureau,  Tallandier.

Paru dans la revue Commentaire n°164, hiver 2018-2019

 

Ce n’est évidemment pas l’histoire officielle  laquelle,   de Michelet  à  Soboul en  passant par Aulard et Mathiez , a célébré  la gloire de la Révolution française, qui pouvait  nous aiguiller vers les études d’Augustin Cochin sur le même sujet.  Pas davantage les historiens contre-révolutionnaires   qui , tel Gaxotte, en sont restés à une approche  littéraire  de l’histoire.

C’est François Furet qui l‘a tiré de l’oubli  où il était tombé. C’est  Taillandier qui s’est récemment risqué à publier ses œuvres  principales .

Une des grande originalités d’Augustin Cochin, mort prématurément  en 1916, c’est que tout  en ayant un point de vue clairement contre-révolutionnaire, il étudie la Révolution avec une culture « moderne » :  il est  chartiste certes  mais aussi philosophe et sociologue .  Il n ’hésite pas à faire    appel à Durkheim ou Lévy-Bruhl pour comprendre ce qui  s’est  passé. Bref un homme de droite  intelligent, apte à croiser les cultures,  ce qui n’est  pas si fréquent. Comme son père, il s’est tenu à l’écart de l’Action française, peut-être parce qu’il était  plus subtil  que Maurras. 

Fils d’un député de centre-droit de la IIIe République ,  vivant dans une honnête aisance , il était,   avec beaucoup de  conviction mais dans la discrétion,  catholique.  Il en est mort : de multiples blessures l’auraient fondé à rester chez lui comme le lui conseillait sa famille. Il demanda au chauffeur de  son père de le conduire une dernière fois au front  car il considérait qu’ il  était du devoir de la bourgeoisie  de partager jusqu’au bout   les épreuves du peuple. Il n’en revint pas. Il fut incontestablement    un chercheur , parcourant la Bourgogne avec son automobile – à une époque où il n’y avait évidemment pas de routes goudronnées -  allant de village en village à la recherche des  sources. Il était en même  temps un philosophe de l’histoire.  

Parmi ses idées les plus originales, le rôle de sociétés de pensée ( maçonniques ou pas) dans  l’avènement et le développent de la Révolution  française. Analyse  sociologique d’abord :  il montre comment ces sociétés  qui se multiplièrent à partir de 1770, préparèrent – pour ne pas dire manipulèrent -  les élections aux Etats-généraux, puis se trouvèrent être  par  épurations successives le moteur principal de l’accélération du processus révolutionnaire jusqu’à  thermidor. Pour Cochin, comme pour Burke, 1794 est déjà en puissance  dans 1789 et même 1788.

Analyse philosophique surtout .  Cochin récuse toute théorie du complot ; il démonte le fonctionnement  de   ces sociétés ,  fondées au départ sur une libre  discussion sans prétention à l’application pratique,  ce qui les  conduisit à l’abstraction théorique,  et qui se trouvèrent  amenées peu à peu à mettre  ces idées en œuvre  sans renoncer  pour autant à leur abstraction.  La résistance du réel , nécessairement complexe, aidant , les hommes de ces sociétés  , la principale étant le Club des Jacobins,  en  tous les cas ceux qui n’avaient  pas été jetés du train  en route,    furent   conduits à imposer leurs schémas abstraits  par la terreur.

Augustin Cochin n’ emploie pas le mot idéologie, mais c’est  très précisément le processus idéologique qu’il décrit avec une rare sagacité  quarante ans avant Hannah Arendt . En étudiant cet évènement  emblématique que fut la Révolution française, Cochin nous initie à un de phénomènes les plus pervers qui aient marqué la modernité, phénomène dont  nous ne sommes peut-être pas autant sortis que nous pensons.

 

Roland HUREAUX

 

 

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:06

« La paix, c’est la guerre » dit un personnage d’Orwell, illustration du mensonge totalitaire.

Il faut se référer à ce genre d’oxymore pour comprendre le malaise qu’ont  laissé à beaucoup les cérémonies pompeuses organisées par le president Macron le 11 novembre devant 72 chefs d’Etat et de gouvernement qui n’ont  sûrement pas été  dupes de cette mise en scène. 

Fête de  la victoire sur l’Allemagne, la cérémonie est devenue une célébration de la paix, le président français mettant  la chancelière  allemande  Angela Merkel à l’honneur.   La cérémonie , jadis militaire , a été démilitarisée. Un forum de la paix a été monté. Comme on s’y attendait, le président a administré à ses collègues venus du monde entier un préchi-prêcha  pour la paix

Tout cela se situe, c’est  là   que l’affaire est diabolique, à l’opposé de ce que fait en réalité Macron.

D’abord les invités . Paul Kagame , président du Rwanda , nouvel  ami du  président   a fait assassiner , selon le Haut-Commissariat aux réfugiés , plus de quatre millions de personnes   au Congo et continue , comme nos amis congolais le   savent,  à jeter le trouble  dans ce pays. Erreur ou perversité ?   Hashi Taçi , president du  Kosovo,  est mis à l’honneur au prix d’une humiliation  du président de la Serbie,  pays martyr et allié de la France dans les  deux  guerres mondiales ; le kosovar est  , lui,   accusé d’avoir organisé  lors de la guerre de 1999 un   trafics d’organes   de prisonniers .

 

Macron tente de prolonger la guerre de Syrie

 

Ensuite les actes. En Syrie, une guerre atroce se termine à l’immense soulagement des populations ,  Trump envisage , en accord avec Poutine, d’en  retirer ses troupes : Macron augmente les effectifs français pour les   remplacer !  Cela en violation du  droit international puisque les Français, pas plus que les Américains,  ne sont là  chez eux, mais aussi au risque de relancer le conflit . A Bruxelles, Macron freine  le retour de la Syrie à la normale : levée des sanctions et  retour des  réfugiés,  tout  le monde se demande  pourquoi  sinon qu’il  est proche du camp belliciste Obama-Clinton ,  amer d’avoir perdu la guerre et qui ne renonce pas à   l’espoir de remettre ça.

Au  Yémen, Macron a dépêché des forces  spéciales dans le camp  de l’Arabie saoudite dont nous sommes un des principaux fournisseurs d’armes et dont il apparait de plus en plus qu’elle commet dans ce malheureux pays   des crimes de guerre.  

La paix du monde   dépend   d’abord des relations  entre Trump et Poutine, chacun à la tête d’immenses arsenaux nucléaires.  Ils auraient  voulu  se voir en tête à tête  à Paris.  Le protocole de l ’Elysée et le Quai d’Orsay  ont tout fait pour les en empêcher. Une telle rencontre  aurait porté ombrage à  Jupiter.

Les Français ayant abandonné la Centrafrique, les Russes y ont pris leur place et s’attachent à  pacifier le  pays. Dépité,  Macron tente à présent de leur mettre des  bâtons dans les roues.   

Le président français  est en  froid avec les présidents américain et russe, rien que ça !  Il   s’est  en plus  mis à  dos des amis  traditionnels de la France  :  la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie, l’Autriche et un partenaire  de toujours,  l’Italie. Il n’a rien fait pour faciliter le Brexit, au contraire . Il se met en revanche dans les bras de  d’Allemagne , jusqu’ à  rêver d’une armée continentale  qui ferait  face à  l’armée russe  qu’il déclare  maladroitement notre ennemie  . Cela nous rappelle des souvenirs : cette armée européenne dont il rêve, serait-ce la   Légion Charlemagne ?  

Tout cela  pour réaliser son utopie : une Europe supranationale dont les conditions  ne sont pas près d’être réunies : une Europe pour laquelle il est prêt à brader  à  nos voisins allemands l’essentiel de nos   industries   de défense , et même  à partager la force de dissuasion , avec  le  siège au conseil de sécurité en prime.

Incapable de jamais remettre en question , ne serait-ce que d’un iota, ce que ce premier de la classe a appris à  Sciences po, il pense  comme tout le monde que c’est la construction européenne qui a apporté  la paix en Europe. Il n’a évidemment pas compris , lui qui n’a qu’une culture historique superficielle, qu’elle  résulte d’abord du fait qu’il y a deux puissance nucléaires  sur le continent et rien que deux   : la France et la  Russie ; remettre en cause ce statu quo serait criminel, ce serait courir le risque de   détruire un jour la paix en Europe.

Dans le genre gauche morale, le président   Obama , Prix Nobel de la  paix avait montré  le chemin en déclenchant   pas moins de quatre guerres qui, sans lui ou sans sa secrétaire d’Etat  Clinton,  n’auraient pas eu lieu  . Macron est à l’avenant.

Cet homme est dangereux : il  parle de paix mais il est un danger pour paix.

 

Roland HUREAUX

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:02

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Comment-Macron-excite-le-ressentiment-des-Francais-vis-a-vis-des-Allemands

 

Macron voudrait raviver le ressentiment des Français vis à vis des Allemands qu’il ne  s’y prendrait pas autrement.

Au  centième anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918,  frustrer les Français du souvenir de ce qui fut une de leurs  plus  grandes victoires, cela,  dit-on,  pour  ne pas  vexer Angela Merkel, ne peut que susciter une vive déception, spécialement dans les armées écartés de manière vexatoire de la célébration. C’est en même temps une injure faite à nos ancêtres  qui se sont si bien battus dans les tranchées.

Rappelons que l’année 1918 fut celle d’une authentique victoire française. Contrairement à ce que l’on nous dit trop souvent ,  l’apport américain, important  pour le moral,  vint trop tard pour influencer militairement l’issue des combats. Les Anglais qui avaient fait d’immenses sacrifices   dans les années  antérieures  étaient épuisés.  Il y avait  d’un côté toute  l’armée française et de l ’autre  toute l’armée allemande, les divisions du front russe ayant  été rapatriées sur le front ouest.  Rien d’autre ou presque. Une épreuve historique unique, comme dans un champ clos.   Et nous avons gagné. Grâce aux chars, grâce au courage de nos soldats, grâce à l’admirable coordination de nos  grands chefs : Foch  , Pétain,  Mangin , Fayolle, Castelnau et tant d’autres.    

Ce rappel était d’autant plus nécessaire que jamais comme aujourd’hui , les Français n’ont eu autant de complexes vis  vis des Allemands . Le souvenir de la défaite de 1940 est dans cesse ressassée  alors que celui  de la  victoire de juillet  1918  ( le mois décisif) est occulté.

Ces complexes sont entretenus par une oligarchie qui cultive plus que jamais le mépris de  son peuple , lui trouvant un alibi  dans la supposée   bonne gouvernance   des Allemands  -  surestimée généralement.  

Ils  trouvent  une de ses  causes  dans l’euro  , lui-même produit   de ce complexe, lequel, tel qu’ il a été géré par les uns et par les autres,   pèse comme un lourd handicap sur  notre économie , nous empêchant de faire jeu égal avec notre voisin.

 

 

La paix , c’est l’équilibre

 

Nous sommes là  très loin de l’amitié franco-allemande telle qu’elle avait été  instaurée par le général de Gaulle  et Adenauer et   qui ne pouvait se concevoir que sur  une  base  égalitaire.  Le suivisme et l’assujettissement  de la France  que pratique  Macron  est aux antipodes . Rien ne sert de dénoncer Pétain  , au point de refuser d’évoquer  son rôle dans la première guerre mondiale,  si c’est  pour se mettre à la remorque de Berlin  avec une servilité comparable à  celle du régime de Vichy .     Au moins nul ne doute que  le vieux maréchal, dont beaucoup pensent  qu’il s’égara sur une voie sans issue,  aimait la France. On en est moins certain avec l’actuel chef de l’Etat.  

En tout temps et en tous lieux, la paix c’est l’équilibre .  Il ne saurait y avoir de vrai partenariat franco-allemand sur  une autre base .  Notre supériorité miliaire a longtemps équilibré  la supériorité économique allemande.   Cet équilibre est depuis longtemps rompu.  Macron avait , en ce 11 novembre 1918, l’occasion  , au moins de manière symbolique,   de le  rétablir. Le rappel de ce qui s’est vraiment  passé en 1918 aurait   pu contribuer   à exorciser nos complexes. Le président n’ a trouvé au contraire là  qu’une nouvelle occasion de les humilier.  

Quoique les Allemands  n’y soient probablement pour rien, c’est à eux que les Français  en voudront . Le projet caressé à l’Elysée   de partager avec l’Allemagne la force de dissuasion française, laquelle, bien plus que le traité de Rome est le vrai garant de la paix en Europe, ne peut que les exaspérer un peu plus.  Loin de rapprocher Français  et Allemands, le président n’aura fait qu’aigrir leurs rapports   !

 

Roland HUREAUX

 

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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 13:03

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Comment-Macron-excite-le-ressentiment-des-Francais-vis-a-vis-des-Allemands

 

Macron voudrait raviver le ressentiment des Français vis à vis des Allemands qu’il ne  s’y prendrait pas autrement.

Au  centième anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918,  frustrer les Français du souvenir de ce qui fut une de leurs  plus  grandes victoires, cela,  dit-on,  pour  ne pas  vexer Angela Merkel, ne peut que susciter une vive déception, spécialement dans les armées écartés de manière vexatoire de la célébration. C’est en même temps une injure faite à nos ancêtres  qui se sont si bien battus dans les tranchées.

Rappelons que l’année 1918 fut celle d’une authentique victoire française. Contrairement à ce que l’on nous dit trop souvent ,  l’apport américain, important  pour le moral,  vint trop tard pour influencer militairement l’issue des combats. Les Anglais qui avaient fait d’immenses sacrifices   dans les années  antérieures  étaient épuisés.  Il y avait  d’un côté toute  l’armée française et de l ’autre  toute l’armée allemande, les divisions du front russe ayant  été rapatriées sur le front ouest.  Rien d’autre ou presque. Une épreuve historique unique, comme dans un champ clos.   Et nous avons gagné. Grâce aux chars, grâce au courage de nos soldats, grâce à l’admirable coordination de nos  grands chefs : Foch  , Pétain,  Mangin , Fayolle, Castelnau et tant d’autres.    

Ce rappel était d’autant plus nécessaire que jamais comme aujourd’hui , les Français n’ont eu autant de complexes vis  vis des Allemands . Le souvenir de la défaite de 1940 est dans cesse ressassée  alors que celui  de la  victoire de juillet  1918  ( le mois décisif) est occulté.

Ces complexes sont entretenus par une oligarchie qui cultive plus que jamais le mépris de  son peuple , lui trouvant un alibi  dans la supposée   bonne gouvernance   des Allemands  -  surestimée généralement.  

Ils  trouvent  une de ses  causes  dans l’euro  , lui-même produit   de ce complexe, lequel, tel qu’ il a été géré par les uns et par les autres,   pèse comme un lourd handicap sur  notre économie , nous empêchant de faire jeu égal avec notre voisin.

 

 

La paix , c’est l’équilibre

 

Nous sommes là  très loin de l’amitié franco-allemande telle qu’elle avait été  instaurée par le général de Gaulle  et Adenauer et   qui ne pouvait se concevoir que sur  une  base  égalitaire.  Le suivisme et l’assujettissement  de la France  que pratique  Macron  est aux antipodes . Rien ne sert de dénoncer Pétain  , au point de refuser d’évoquer  son rôle dans la première guerre mondiale,  si c’est  pour se mettre à la remorque de Berlin  avec une servilité comparable à  celle du régime de Vichy .     Au moins nul ne doute que  le vieux maréchal, dont beaucoup pensent  qu’il s’égara sur une voie sans issue,  aimait la France. On en est moins certain avec l’actuel chef de l’Etat.  

En tout temps et en tous lieux, la paix c’est l’équilibre .  Il ne saurait y avoir de vrai partenariat franco-allemand sur  une autre base .  Notre supériorité miliaire a longtemps équilibré  la supériorité économique allemande.   Cet équilibre est depuis longtemps rompu.  Macron avait , en ce 11 novembre 1918, l’occasion  , au moins de manière symbolique,   de le  rétablir. Le rappel de ce qui s’est vraiment  passé en 1918 aurait   pu contribuer   à exorciser nos complexes. Le président n’ a trouvé au contraire là  qu’une nouvelle occasion de les humilier.  

Quoique les Allemands  n’y soient probablement pour rien, c’est à eux que les Français  en voudront . Le projet caressé à l’Elysée   de partager avec l’Allemagne la force de dissuasion française, laquelle, bien plus que le traité de Rome est le vrai garant de la paix en Europe, ne peut que les exaspérer un peu plus.  Loin de rapprocher Français  et Allemands, le président n’aura fait qu’aigrir leurs rapports   !

 

Roland HUREAUX

 

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 19:51

 

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Attaques-chimiques-en-Syrie-des-ficelles-de-plus-en-plus-grosses

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/de-par-le-monde/item/3461-attaques-chimiques-en-syrie

« Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres » ( Matthieu 24, 6) . La  guerre de Syrie semblait tirer  à sa fin. Or  des   rumeurs de guerre inquiétantes en viennent encore.

Il y aurait bientôt une  nouvelle  attaque  chimique  de Bachar-el-Assad . La riposte est prête : le forfait n’est  pas encore commis mais la punition se prépare déjà :   le destroyer US The Sullivan armé de   56 missiles de croisière, est arrivé  dans le Golfe persique, et le bombardier de l’US Air Force B-1 B avec 24 missiles de croisière Air-sol a été acheminé vers la base aérienne de al-Udeid  au Qatar.

Et pour être sûr  qu’il  aura   quelque chose à punir,    huit chars contenant de la chlorite auraient été acheminés vers le village de Halluz, dans la province d’Idlib, le principal réduit djihadiste encore  hors du contrôle du gouvernement syrien , où un groupe des militants spécialement entraînés par la compagnie militaire privée américaine Olive  a  été déployé afin de simuler le sauvetage de victimes d’une attaque chimique   

Cette opération, disent les Russes, a été planifiée par les services de renseignement britanniques pour justifier une frappe aérienne imminente visant l’infrastructure syrienne civile et militaire.

Certes la source principale est russe . Mais d’autres informations semblent la confirmer :  Macron , qui est une maillon important de la machine de propagande occidentale  a, dans son  dernier discours devant les ambassadeurs réunis à Paris repris ses attaques contre   Assad : son maintien au pouvoir serait, selon lui,  une « erreur funeste » . Mais de  quoi se mêle-t-il donc ? Même au temps de la  colonisation ,  que le même   Macron dit  avoir été un crime ,  la république ne décidait pas de qui devait être le roi du Maroc. Elle a essayé une fois, mal lui en a pris.

Macron avait semblé un moment devenir plus réaliste. Ce durcissement est significatif de quelque chose, probablement  d’une  nouvelle attaque contre à Syrie. La voix de son maître.

 

Mise en garde de Poutine

 

Quel  intérêt auraient au demeurant les Russes de  faire circuler ce genre de rumeur  si elle  n’était pas fondée  ?  Poutine  a mis   en garde les Etats-Unis contre la tentation de frapper une nouvelle fois la Syrie,  mais s’il n’en était pas tenu compte  « jusqu’où abusera-t-on de sa patience ?  » .

Près d’Idlib  où l’attaque chimique est planifiée , pas par les Syriens mais par l’OTAN ,  une attaque analogue avait été imputée  à l’armée syrienne  à Khan Chekroun  le 4 avril 2017.  En représailles, les Etats-Unis  avaient  largué 49 missiles Tomahawk ( dont chacun représente presque une bombe atomique) sur un aéroport syrien vide.  Quelques  mois plus tard , le général James Mathis, secrétaire d’Etat à la Défense de Trump devait avouer dans Newsweek[1], que le Pentagone n’avait  aucune preuve de l’implication d’Assad dans une  attaque chimique.

Nouvelle  utilisation présumée de  gaz le 7 avril 2018  dans le faubourg  de la  Douma près de Damas que  pourtant Assad finissait de reprendre aux    djihadistes. Même  tollé . Cette fois  110 missiles  ont été lancés par les Américains , les Anglais et les Français. Une mission de l’OIAC l’Organisation internationale nationale contre les armes chimiques est arrivée ensuite pour  dire qui était responsable. Elle n’a pas vraiment conclu.

Errare humanum est :  pour tous ceux qui l’ont suscitée,   la guerre de Syrie fut une erreur. Perseverare diabolicum ;  c’est bien à une entreprise diabolique que nous avons  affaire aujourd’hui  . Il y  a des deux côtés de l’Atlantique  des hommes  – et Macron n’est  pas le moindre -  , qui ne  se resignent pas à avoir perdu la guerre de Syrie, à ce que le président Assad reste en place alors qu’ils n’ont cessé de répéter qu’il allait tomber. Qui aurait cru que pour tenter encore leur chance de renverser la situation , ils auraient recours  une ficelle aussi usée ?

Quel serait  donc  l’intérêt d’Assad qui a pratiquement gagné  la guerre  d’utiliser ce genre d’armes que dès 1918 on trouvait  peu efficace. Il faut dire que l’absurdité même  de l’accusation  alimente la propagande de l’OTAN : comment Assad peut-il être assez  monstrueux pour  se servir  de gaz ( contre des enfants – nous verrons que le principales victimes seront des enfants, le b a ba de la propagande de guerre ! ) alors que ça ne lui sert plus  à  rien ? Non seulement  le crime est douteux, mais  il n’y a pas de mobile.  

Comment pourrions-nous être assez stupides pour  croire encore à ces   balivernes ?

 

Roland HUREAUX  

 

 

 

[1] Newsweek,  8 février 2018, article de Ian Wielkie

 

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