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Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:35

 

Il était prévisible que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN se termine   dans un climat d’unanimité, malgré les éclats  qui l’avaient précédé.

Du coup on se demande à quoi a servi  la saillie  de Macron dénonçant une institution « en étatn de mort cérébrale ». 

Elle n’a mené à rien et d’ailleurs savait -il seulement à quoi il  voulait en venir sinon à se faire remarquer ?

Trump et Macron ont mis en scène des points de vue  apparemment divergents sur l’avenir de l’OTAN

Mais leurs points de vue  étaient -ils si différents ?  Surtout sont-ils, chez  l’un comme chez l’autre,  cohérents ?

Trump et Macron, à des dates différentes et avec des termes tout aussi brutaux , ont   dénoncé  l’obsolescence de l’OTAN.  Mais l’un comme l’autre ne semblent  pas vraiment vouloir  y mettre fin.

Pour Macron, si on a bien compris  ses perspectives, l’Europe occidentale doit unifier à défense pour constituer une armée européenne unique et se comporter à terme, face aux Etats-Unis, comme un second pilier  de l’OTAN. Trump voudrait, lui,  qu’entre  les Etats-Unis  et l’Europe, le fardeau de la défense    commune soit   plus équitablement  partagé .  Ces deux  points de   vue  ne sont pas absolument divergents .

Mais Trump est-il prêt à laisser tomber ce formidable instrument de contrôle de l’Europe  que  constitue l’organisation atlantique ? On en doute. Macron  et a fortiori les autres Européens sont-ils prêts à augmenter substantiellement leurs budgets  de défense ? On en doute  aussi . Et d’ailleurs sur la constitution d’un second plier de l’OTAN,    Macron parait bien isolé, comme sur presque tous les sujets européens , ce qui est paradoxal pour quelqu’un  qui  voudrait faire avancer l’Europe sur  la voie de l’intégration. La moins réticente à ces perspectives  perspective n’est  pas  Angela Merkel , par ailleurs exaspérée par le style insupportable du président  français. De fait , en matière de défense,   Berlin est , depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  tenu par Washington  avec une laisse courte. En matière stratégique, l’Allemagne ne saurait s’éloigner sensiblement   du point de vue américain, sauf à trainer les pieds pour augmenter son budget de défense , ce dont tout autre président français que Macron se sentirait rassuré.

 

L’Europe de la défense attendra

 

Le  second pilier de l’OTAN n’est donc pas pour  demain. On peut seulement craindre qu’au  motif de faire l’Europe de la défense, à laquelle il est seul à croire,  Macron  continue de  lâcher une  à une   nos industries stratégiques : après Alstom  ( les turbines  nucléaires civiles et militaires ), Alcatel   et le char Leclerc, désormais franco-allemand , la préférence de l’armée française pour un fusil allemand   , les Chantiers de l’Atlantique , devenus plus italiens que français , quoi ? Les avions de chasse et pourquoi  pas un jour  l’arme nucléaire ?

Du côté américain, même cohérence  douteuse : la volonté de Trump de voir les Européens augmenter leur effort de défense  s’inscrit dans un plan d’ensemble visant à rétablir la balance des paiements américains , depuis si longtemps déficitaire. On ne  saurait s’en plaindre mais le corollaire du déséquilibre présent est le rôle du dollar comme  monnaie de réserve qui  permet aux Américains d’acheter à l’extérieur en payant avec du papier. Trump est -il prêt   à remettre en  cause ce privilège ?

N’est-ce pas d’ailleurs ce privilège qui paye l’effort de défense américain, tout azimut et donc aussi au bénéfice de l’Europe ? Aussi longtemps que  subsistera le privilège du dollar, les Etats-Unis auront à supporter pour l’essentiel   le fardeau de la  défense  occidentale : ces  deux réalités  font système.

Arrivant   après la plus lourde  défaite qui ait  été essuyée par l’OTAN dans son histoire  puisqu’elle n’a pas réussi  , après huit ans de guerre, à  renverser le  président Bachar-el-Assad  en Syrie, ni par voie de  conséquence à  empêcher l’extension de l’influence russe   au Proche-Orient , ce sommet aurait pu être  plus conflictuel. Or cette défaite  qui aurait justifié une remise en cause a été à peine abordée.

Même  divergence   franco-américaine factice sur la Turquie. Trump n’a pas retiré brusquement ses forces de Syrie sans consulter ses alliés, comme on le dit  : il avait annoncé ce retrait à plusieurs reprises dans sa campagne électorale et après.  II semble cependant avoir donné aussi le feu vert à Erdogan pour son intervention, au demeurant limitée.  Macron  , lui, monte sur ses grands chevaux pour fustiger Erdogan. Il fut un temps où, sur les  bords de la Seine,  même sur des intérêts majeurs ( l’entrée dans l’UE, l’immigration ), il ne fallait pas fâcher  Ankara . Maintenant, on le fait sans  intérêt  propre, la défense des Kurdes revenant désormais à l’Etat syrien  ( et son protecteur russe)  qui s’y est engagé et non à la France.    

La proposition de  Macron de désigner comme ennemi principal de l’Alliance  le terrorisme ne peut être tenu que pour une facilité de langage : le terrorisme est une méthode de guerre, pas une force en soi ; cette proposition aurait eu plus de sens si l’OTAN , France en tête,   n’avait pendant huit ans soutenu les groupes islamistes  en Syrie, surtout Al Nosra ( Al Qaida) mais même Daech.

Poutine a profité du sommet pour tendre la  main à l’OTAN ; il se  dit  prêt à coopérer avec elle, comme il  l’avait fait au début des années 2000 à l’initiative de Jacques Chirac . Pas de suite pour le moment à ce geste , qui se situe dans la ligne constante de   la diplomatie russe , laquelle a toujours  cherché   à être incluse dans   le concert européen. Cela dépendra sans doute de l’issue des négociations en cours sur   l’Ukraine.

Que ce sujet aussi Trump et Macron , à la différence de certains de leurs partenaires, aient  des  postions analogues,  mais aucun ne va jusqu’à  évoquer la  levée de sanctions imposées à la Russie, principal obstacle  à  une ouverture sérieuse.

Ce sommet , qui devait être  celui des  grandes  remises en cause, a en définitive accouché d’une  souris. Le querelles de famille ne s’affichent pas autour d’un gâteau  d’anniversaire.  Macron n’ y aura été qu’un convive facétieux.

 

Roland HUREAUX

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:34

https://www.bvoltaire.fr/macron-et-le-venezuela/

 

Il semble que le président Macron  ait un tropisme particulier  qui le rattache au Venezuela.

Il s’est dépêché,  comme dix-neuf  pays de l’Union européenne,  de reconnaitre le pouvoir insurrectionnel du  président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido . Il tente même d’en rajouter par des tweets controversés. Quoi que l’on pense de l’exercice de pouvoir par le président  Maduro, cette prise de position bruyante de Macron constitue une ingérence dans les affaires d’un pays souverain, interdite par l’article  2-7  de la Charte des Nations-Unies.

Dans ce genre de circonstance périlleuse, ce pays étant au bord de la guerre  civile, une certaine  retenue nous eut paru  préférable.

En  d’autres temps, la France aurait pris une position plus nuancée  lui permettant, le cas échéant,  de proposer sa médiation.  Nous en sommes loin : la président de la République  s’aligne, une fois de plus, sans nuances sur celle  des Etats-Unis , à  la manoeuvre pour reprendre  le contrôle d’un pays stratégique qui dispose des premières réserves   pétrolières du monde. Servilité  ou  réflexe pavlovien d’assujettissement ? Comme on le dit plus en plus,  dans la sphère internationale, la voix de la France est   devenue la  voix de son maitre. Mais qui écoute encore  le président Macron ?

Encore le Venezuela : quand Macron était ministre  des finances , il exerça une forte  pression  en faveur de la vente  de la division Energie d’Alstom par Généal Electric ;  ainsi que  cela fut rappelé dans les auditions devant la commission d’enquête de  l’Assemblée nationale, alors que beaucoup étaient réticents   devant  cette cession qui devait mettre fin à l’indépendance énergétique de la France   et particulièrement à la pleine maîtrise de notre filière nucléaire civile et  militaire, le jeune ministre  emportait la conviction,    reléguant aux orties toute idée de politique industrielle,  par cet argument qui se voulait frappent  : « la France n’est pas le Venezuela ».

Défendre  ses intérêts , avoir une pensée stratégique sur  le devenir de son  économie, spécialement  de ses industries liées à la défense,  serait pour Macron  le propre du Venezuela ( celui de Chavez et de Maduro ) , comme si les Etats-Unis et toutes les  grandes  puissances d’Europe et d’Asie n’avaient pas le souci  de préserver leur  industrie , spécialement leurs industries stratégiques.  Le malheur est que cet argument débile a  emporté la conviction. 

A supposer que Francesco Maduro défende l’intérêt national du Venezuelas ( ce dont on peut douter )  ,  ce serait là, dans la vison de Macron le crime suprême. Cette algarade  lamentable nous fait toucher du doigt ce qu’on reproche au Venezuela de Maduro :  non point de mal se gouverner, mais de vouloir rester indépendant, de vouloir  défendre ses intérêts , voire  d’exister. Avec Macron , c’est un reproche qu’on ne risque pas de faire à la France.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:33

https://www.bvoltaire.fr/le-cynisme-demmanuel-macron-dans-laffaire-vincent-lambert/

 

La décision de la Cour d’appel  de Paris   obligeant le CHU de Reims    à reprendre  l’alimentation de Vincent  Lambert apporte un immense  soulagement, non seulement à  ceux de ses proches qui se préoccupaient de son sort , sa mère en tête, mais aussi à tous ceux qui  sentaient confusément combien la France se serait reniée par une exécution  aussi inhumaine    

Mais le combat n’est pas terminé et il exige une pleine lucidité. 

Il fallait un singulier cynisme au président Macron pour répondre à l’interpellation de Mme Lambert mère qu’il ne pouvait  interférer avec une décision de justice et donc interrompre la  mise à mort du malheureux Vincent .

D’abord parce que la justice n’a,  à notre connaissance,  pas obligé  de  mettre fin à ses  jours; elle s’est contentée, avant que la Cour d’appel n’en décide autrement ,  de ne pas   tenir cela  pour illégal.  La décision de mettre à mort Vincent Lambert  émanait en principe de l’hôpital et nul doute que  si le chef de service s’y était opposé,  la question de se serait  pas posée. Une partie du personnel infirmier  a d’ailleurs  manifesté sa  répulsion en arrêtant le travail  le lundi 20  mai, début de la procédure  létale.  Il  reste que,  dans un pays comme la France,  l’hôpital se  trouve dans  une chaîne  hiérarchique qui remonte au ministre de la santé et par-delà  au  président de la République. Quand Mme Buzyn, ministre de la  santé  annonce que la France  ne suivra  pas l’avis du  Comité spécial  de l’ONU pour   la   protection des droits et de la dignité des handicapés  demandant  le maintien en vie , au moins provisoire,  de Vincent  Lambert,  tous ceux qui connaissent les procédures diplomatique savent que ce n’est pas un  ministre technique qui peut statuer sur les rapports de la France et de l’ ONU.   Une telle  décision ne  pouvait émaner que  du président de la  République.

Comment s’étonner d’ailleurs que le président ait pris une telle position ? N’avait-il pas avait inscrit le droit à l’euthanasie  dans son  programme ?

Tous  les  bien-pensants qui , avant son élection et après, avaient  pris l’actuel président pour un enfant  de Marie devraient enfin faire  preuve de lucidité .

A commencer par les évêques   qui lui avaient réservé le 16 avril  2018 une standing ovation aux Bernardins  , laquelle ne figurera sans doute  pas parmi les épisodes  les plus glorieux de  l’ histoire de l’Eglise de France. Les  plus éminents  d’entre eux,   sur la même ligne que le pape François,  ont cependant  pris dans l’affaire Lambert  des  positions  particulièrement fermes : l’archevêque  de Paris,  Mgr Aupetit qui s’est exprimé   en prélat mais aussi en  médecin, l’archevêque de Reims ,  Mgr de Moulins-Beaufort , nouveau président de la  Conférence épiscopale et d’autres. Ils ont joué un rôle important pour influencer sinon   la Cour d’appel  , du moins  l’opinion  où semble  souffler désormais  un nouveau vent plus favorable à la vie.  

Aux Bernardins , Macron n’avait pas caché sa position : « Cette voix de l’Eglise, nous savons au fond vous et moi qu’elle ne peut être injonctive. Parce qu’elle est faite de l’humilité de ceux qui pétrissent le temporel. Elle ne peut dès lors être que questionnante. »  Sous cette rhétorique à l’eau bénite, quel mépris !

Il faut en être conscient : sur tous les sujets sensibles, le président est proche des positions que le pape Jean-Paul II appelait la culture de mort, la meilleure  illustration en étant   le projet gouvernemental d’ouvrir la procréation artificielle aux femmes seules ou lesbiennes ,   et peut-être de faciliter  l’adoption d’enfants ayant fait l’objet, en France ou à l’étranger, d’un contrat de gestation pour autrui. 

Sur tous ces sujets, Macron qui se proclame haut et fort  européen   est  pleinement en phase avec les instances de l’Union européenne. Il est loin le temps où on pouvait dire que celle-ci était une construction chrétienne ,   fruit d’initiatives de Pères fondateurs croyants .  Elle est aujourd’hui  le lieu principal d’où se diffuse  une culture hostile , non seulement à l’héritage chrétien mais à la  simple morale naturelle.    Les mêmes institutions ont,  on le sait,  refusé que soient invoquées dans les textes fondamentaux   les racines chrétiennes de l’Europe. Elles harcèlent au nom des droits de l’homme les quelques pays qui n’ont pas  légalisé pleinement  l’avortement. Au Parlement européen , les motions les plus extravagantes promues par une majorité pro-LGBT font florès.

Nous devons  espérer que  la France, grande nation européenne , saura résister aux sirènes d’une pseudo-modernité qu’ont suivies  de  petits pays sans repères comme les Pays-Bas ou la Belgique  et échapper  à la tentation de légaliser l’euthanasie , si redoutée  des personnes âgées hospitalisées.  L’émotion qui a suivi l’annonce de la fin  de Vincent  Lambert , comparable à bien des égards à  celle qui a suivi l’incendie de Notre-Dame, est à  cet égard un heureux présage.

 

Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:31

Après les mesures prises par Macron en  ce début d’année,

 

LA CHAPE DE PLOMB   S’APPESANTIT  SUR LA FRANCE  

 

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article9445

 

Après un discours de vœux présidentiel assez plat, la rentrée a été inaugurée par trois coups de massue qui laissent pressentir  ce qu’est  la véritable nature du macronisme. 

D’abord une hausse sans précédent des tarifs publics : Fioul domestique + 36 %, Electricité =17 %, Forfait hospitalier : + 15 %, Cartes grises + 15%, Tabac + 10, %, Timbres + 10 % etc.

Toutes ces mesures vont frapper les classes populaires, d’autant qu’elles s’accompagnent d’une hausse de la CSG (+ 21,7 %) ciblée sur les personnes âgées. Or les  revenus, salaires et retraites,  stagnent, on le sait,  depuis de nombreuses années.

Peut-être certaines de ces hausses étaient-elles nécessaires, mais comment justifier celle  des frais bancaires de 23 % qui va peser principalement sur ceux qui ont  du mal à joindre les deux bouts. Il est clair que les banques qui comptent sur ces frais  pour rattraper certaines folies spéculatives ont été mieux entendues par l’ ancien banquier qui trône  à l’Elysée que ce que Christophe Guilluy appelle la « France   périphérique ». Pour tenir les déficits,  on cogne, à la grecque.

Il est probable qu’ avec ces coups  de matraque, la suppression promise de la taxe d’habitation, sera vite absorbée et au-delà. 

Va  dans le même sens, la décision d ’abaisser la vitesse limite sur route à 80 km/h et de renforcer toute une série de sanctions, comme  celles qui frappent l’usage du portable en voiture. Les amendes de stationnement  seront augmentées de 130 %, pas moins. Ces mesures sont d’ une utilité douteuse : elles vont sauver des vies , dit-on. Peut-être,  mais pourquoi pas instaurer la  vitesse-limite à 0 km/h pour avoir 0 accident  ? Le nombre d’accidents mortels a considérablement baissé depuis plusieurs années.  En tous domaines, la sécurité absolue, c’est la fin des libertés. Elle ne règne que dans les cimetières.

Mais est-ce vraiment pour améliorer  la sécurité  routière que  ces mesures  sont   prises ?   N’y  a-t-il pas là aussi la volonté de cogner, dans un domaine où la légitimité de règles de plus en plus sévères   et de sanctions de plus en plus lourdes est difficile à contester.  La sécurité routière est plus facile  à assurer que la sécurité tout court pour laquelle le gouvernement n’a aucun plan précis.  Il est plus facile de traiter en délinquant un  honnête homme qui roule à 85 km/h sur une route départementale que d’ attraper les vrais délinquants. Sarkozy en début de  mandat avait déjà usé de cette ficelle  en frappant fort  sur… les prostitué(e)s du Bois de Boulogne. Le discipline  routière  est une bonne école pour la discipline ou court : elle habitue le public à obéir à la manière forte .  Elle est comme la marche  au pas dans la cour de la caserne : exercice apparemment sans conséquence mais qui  habitue les conscrits à obéir sans murmurer.

La  troisième  mesure n’est qu’annoncée mais elle est encore plus  inquiétante : la volonté de contrôler les   fausses nouvelles  circulant sur internet  , particulièrement dans les réseaux sociaux . Ce projet ne concerne pas que les  périodes électorales : les pouvoirs du CSA d’ interdire l’octroi d’un canal  numérique seraient accrus  .  Mais en période électorale, la porte serait grande  ouverte , pour  demander au juge de dire le vrai  et le faux. L’immixtion de l’autorité judicaire dans le processus électoral est contraire à  toutes les traditions républicaines de notre pays. Macron a  été élu  grâce  à elle ( affaire Fillon) ;  il est visible que, se sentant quelque part vulnérable, il compte sur elle pour se faire réélire. Il  est vrai que la loi de 1881 sur la presse sanctionnait déjà  la diffusion de fausses nouvelles. Mais ni la police,  ni la justice n’avaient jamais fait de  zèle sur ce  sujet et cela concernait   la scène publique,  pas les correspondances numériques dont beaucoup ont une caractère privé. Dans un pays où près de 95 % des médias  soutiennent  le gouvernement  , comment ne pas voir  dans cette intention,  le projet d’une réduction totalitaire du dernier  espace de liberté qui demeure : la toile ?  Macron et Erdogan, même combat ?

 

Un gouvernement illibéral

 

Ainsi se précise peu  à peu l’imposition sur la France d’une chape de plomb  qui n’a rien à  voir avec l’allure décontractée  et branchée , soi-disant « libérale »,   que se donne le président. 

Chape de plomb  que l’on observe déjà dans d’autres domaines : l’étouffement progressif des  collectivités locales par la diminution des dotations, la quasi disparition de l’ opposition au sein d’ une Assemblée aux ordres où la majorité  n’a , faute de compétence et d’ancrage local, pas les moyens de contrôler le pouvoir.   

Si  les Ordonnances travail accroissent quelque peu la liberté  des  patrons ( on s’en aperçoit avec la vague de licenciements qui en a été l’effet immédiat) , elles rendent une partie de la population plus vulnérable et donc plus malléable. Ces textes prétendus  libéraux  contiennent  au demeurant quelques  dispositions également dangereuses pour les libertés : si, comme il est normal, les indemnités de licenciement décidées par les tribunaux sont désormais plafonnées, elle se le sont pas s’il est possible d’alléguer une  discrimination quelconque (femmes, non-blancs, musulmans, homosexuels etc.). Le règne du politiquement correct  judicaire n’est pas près de se terminer  : on  s’en rend d’ailleurs compte   au vu  des décisions les plus récentes.

La politique de Macron a bien peu à voir avec le vrai libéralisme. Les décisions fiscales : l’ exonération de l’ISF des seules  très grandes fortunes, financières, la suppression de la taxe  d’habitation,  vont prendre en sandwich les classes moyennes , déjà écrasées mais seules à  même de compenser les pertes de recettes. Il est déjà  question d‘un super impôt foncier  dont seraient exonérés les investisseurs étrangers ou d’augmenter la taxe foncière, déjà très lourde dans beaucoup de communes . N’est ce pas la liberté qu’on veut écraser en prolétarisant   les couches  intermédiaires  instruites et enracinées, à même donc  d’avoir quelque sens critique ? L’Empire romain finissant n’ avait pas procédé autrement : une population accablée d’impôts glissant peu à peu dans le servage , à l’exception des très fortunés, la ruine  des classes moyennes,  un encadrement quasi-totalitaire des  populations.  

Ne nous sera même pas épargnée la suite du grand remue-ménage des structures    locales, parfaitement inutile et probablement coûteux : il est bien connu que  les animaux de laboratoire dont on bouleverse sans cesse les repères  territoriaux deviennent amorphes ! 

Fort peu libérale est aussi l’absence dans le gouvernement actuel   de la moindre velléité de réduire  les  dépenses  publiques, qui atteignent déjà le record mondial, sauf les dépenses régaliennes (armée, justice), les seules auxquelles il ne faudrait  pas toucher. Comme Hollande, Macron a l’intention de respecter les critères  de la zone euro : moins de 3 % de déficit, sans toucher aux dépenses sociales.  Il ne lui reste qu’à augmenter les impôts : scénario connu.

Ne nous y trompons pas : la plupart de ces mesures ont été imposés de l’extérieur, en particulier de  Bruxelles. En moins grave pour le   moment, le  traitement qui est appliqué à  la France ressemble à celui, totalement inhumain, que l’Union européenne inflige à la Grèce.  

Derrière une diplomatie virevoltante (et non exempte de  bourdes ), il y a la volonté de renforcer  une Europe supranationale qui ne pourra être qu’ allemande : la chape de plomb d’une discipline monétaire et financière, l’intolérance à la dissidence, l’ouverture  à  une immigration sur laquelle on compte à  la fois pour payer les retraites  et affaiblir  les traditions nationales. On peut y ajouter la tendance déjà  vieille de plusieurs décennies d’appliquer tous les règlements  à la lettre sans cette flexibilité qui faisait le charme des pays latins.   Même si  le gouvernement  de  Berlin est pour le moment  en crise, l’esprit  est là.

Dans la plupart des  domaines, les logiques  technocratiques, les mêmes qui depuis longtemps suscitent l’exaspération  des Français : réduction du nombre des  communes, urbanisme de plus en plus contraignant, multiplication des vaccins   obligatoires, installation d’éoliennes, réformes de l’Etat démoralisantes,   ne sont pas remises  en cause  mais seront renforcées. Pour les bureaux qui les promeuvent, l’exaspération que la plupart de ces logiques suscitent chez les Français ne sont pas interprétées  l’expression légitime d’une autre rationalité qu’il convient de prendre en compte  mais comme une résistance irrationnelle qu’enfin la conjoncture  politique permet de briser.    L’Education   nationale sera-t-elle l’exception ?  On demande à voir.

Si le mesures  qu’a prises ou  ou s’apprête à  prendre le présent gouvernent, ne suscitent pas de réaction significative, il est à craindre que notre pays ne s’enfonce peu à peu dans un nouvel un âge de fer où l’esprit de liberté qui l’a longtemps caractérisé ne serait  plus qu’un souvenir.

 

Roland HUREAUX

 

  

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:30

De manière étonnante, demeure dans les esprits l’idée que l’histoire des rapports du catholicisme et de la science (au sens moderne du mot) serait celle d’un affrontement permanent, une vue excessivement partielle, partiale et donc largement fausse.

S’il est un sujet où l’arbre cache la forêt, c’est bien celui-là. L’arbre, c’est l’affaire Galilée, non point en tant que telle mais par le retentissement que lui donnèrent à partir de la fin du XVIIe siècle les adversaires du catholicisme.  Nous y reviendrons.

La forêt, ce sont deux mille ans de coopération où l’Eglise a peu à peu constitué la matrice, mis en place le terreau d’où devait surgir   l‘admirable édifice de la science moderne.

Il est vrai que l’Antiquité grecque avait déjà posé les fondements de la méthode scientifique moderne et abouti à des résultats extraordinaires si l’on tient compte des moyens limités de l’époque : ainsi le calcul du diamètre de la terre par Eratosthène (IIIe siècle avant J.C.).  

Il est vrai aussi que l’intérêt pour la science semble   s’affaiblir dans le courant des IVe et   Ve siècles, au moment où le christianisme se répand dans l‘Empire. Ce n’est sûrement pas à cause de saint Augustin qui, combattant les théories gnostiques de Mani, note : « je ne trouvai chez cet auteur l’explication rationnelle ni des solstices, ni des équinoxes, ni des éclipses, ni de rien de ce que m’avait fait comprendre la sagesse profane »[1].  

Très tôt l’Eglise établit la distinction entre la vraie science (la « sagesse profane ») et les théories gnostiques fumeuses, qui tout en révérant le savoir, sont de la fausse science. N’opérant pas cette distinction, les positivistes de l’époque récente, qui croient reconnaitre   leurs ancêtres dans ces gnostiques dont ils ne connaissent pas les doctrines, imputent à tort au christianisme d’avoir toujours combattu la science.

Le christianisme a, d’ailleurs, dès le commencement, repris à son compte les anathèmes sans concession de la Loi juive à l’encontre de la sorcellerie (Lv 20, 6-8,  Dt 19, 31) et vivement déconseillé  le  recours à  l’astrologie, la magie, la chiromancie ( saint Augustin , Confessions IV, 3,4)  - et plus tard l’alchimie, déblayant ainsi le  chemin pour le véritable esprit positif. Il s’en faut de beaucoup que la philosophie comme la science païenne, non plus que les gnoses, se soient alors pleinement déprises de ces faux savoirs au sein d’une société antique où les pratiques superstitieuses étaient communes à tous les niveaux de la société.

Pour les mêmes raisons et du fait que l’astronomie ne s’était pas encore nettement détachée de l’astrologie ou la chimie de l’alchimie, certains hommes d’Eglise furent amenés à suspecter les unes comme les autres, faute de bien les distinguer.

C’est dans ce contexte que se produisit un des évènements les plus importants de l’histoire, le concile de Chalcédoine en 451.  L’objet immédiat en était la définition de la double nature du Christ : « Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l'unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété de l'une et l'autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne. » 

Marcel Gauchet[2] a montré comment ce texte a des  implications au-delà de la personne du Christ car il   a déterminé, plus largement, les relations entre la nature et le surnaturel dans l’espace chrétien.  En reconnaissant que les deux natures du Christ coexistent sans confusion et sans séparation, il autorise l’interprétation autonome de l’ordre naturel, en d’autres termes l’approche   scientifique, ne liant pas le surnaturel mais le laissant   dans son ordre propre, en même temps qu’il interdit toute approche préscientifique de type magique, fondée sur une confusion entre les deux ordres. Il en résulte entre autres que l’ordre   surnaturel (par exemple la prière) ne fait pas nombre avec la causalité naturelle.

Le philosophe Alexandre Kojève est allé plus loin en montrant que le dogme chrétien de l’incarnation a seul rendu possible la naissance de la physique mathématique (et donc de la science moderne).  « Peu de faits historiques sont aussi difficilement contestables que celui de la connexion entre la science et la technique modernes et la religion, voire la théologie chrétienne. » En tenant pour divine une parcelle   de l’univers physique, l’incarnation légitimait la possibilité   de découvrir des lois mathématiques dans le monde réel, ce que la philosophie   grecque (et les autres pensées, chinoise, indienne, juive, arabe) croyait   réservé aux réalités célestes. C’est pourquoi « la physique mathématique à vocation universelle est née au XVIe siècle en Europe occidentale et qu'on ne la trouve ni avant, ni ailleurs. Sans doute la retrouve-t-on de nos jours un peu partout dans le monde. Mais il n'en reste pas moins qu'elle ne se trouve que là, où se présente aussi sinon le christianisme en tant que religion, du moins la civilisation -   que nous n'avons aucune raison de ne pas appeler chrétienne. » [3]   

Le christianisme n’aurait-il pas néanmoins, à partir du Ve siècle, contribué au déclin des sciences, au moins en Occident ?  Il est vrai qu’au sein du mouvement monastique alors en pleine essor, beaucoup ne veulent connaitre que ce qui a trait au salut, soit l’Ecriture et les Pères d’Eglise, tenant pour inutile tout le reste, notamment la philosophie grecque.  Cette position ne fut toutefois pas unanime. Certains hommes d’Eglise s’attachèrent au contraire à préserver, dans un temps de barbarie, ce qui restait du savoir antique.  Ce savoir demeurant circonscrit, certains purent même en faire le tour, sachant tout ce qu’il y avait alors à savoir. Ainsi Isidore de Séville (550-636) qui écrivit ses Etymologies pour recenser tout le savoir de son temps ou Gerbert d’Aurillac (946-1003) devenu pape en 998 sous   le nom de Sylvestre II.

C’est par les manuscrits inlassablement recopiés   par les clercs que nous est parvenu le   savoir antique, avec des pertes il est vrai considérables, sans que l’on puisse dire que ces pertes   ont affecté davantage la science que la littérature, ni qu’elles aient été dues plus aux chrétiens qu’aux derniers païens, les uns et les autres victimes des désordres croissants de ce temps.

Dès les débuts du second millénaire, l’Europe désormais entièrement chrétienne se dégage peu à peu de l’obscurité où le déclin de la civilisation antique l’avait plongée, s’attachant notamment à reconstituer le savoir antique, avec l’aide de Byzance et, dans une moindre mesure, de l’Espagne musulmane.  

Ce retour progressif à la lumière (sinon aux Lumières) ne se sépare jamais d’une volonté de diffusion.  C’est au sein de l’Eglise   qu’ont été instituées   les premières universités (Italie, XIIe siècle), les premiers collèges secondaires (Ordre des Jésuites, XVIe siècle) et le premières écoles primaires (Saint Jean Baptiste de la Salle, XVIIe siècle).  C’est pour répandre les lumières de l ’Eglise que, en coordination avec les Lassaliens, le roi Louis XIV, par l’Ordonnance du 13 décembre 1698 obligea toutes   les paroisses de France à se doter d’une école élémentaire et les parents à y envoyer leurs enfants jusqu’à 14 ans.  De l’Eglise catholique sont sortis aussi les premiers hôpitaux.

On ne saurait comprendre l’essor de la science moderne sans cet effort progressif de l’Eglise pour éduquer peu à peu toutes les classes de la société, constituant ainsi un terreau    qui n’apparait dans aucune des civilisations jugées comparables comme l’Inde ou la Chine.  

 Comme l’a montré Kojève, c’est dans l’ombre du christianisme que la science moderne émerge aux XVIe et XVIIe siècles. Aussi ne sera-ton pas étonné que les premiers savants, Tycho Brahé, Kepler, Galilée, Pascal, Descartes, Newton, Harvey, Leibniz, aient fait profession d’être chrétiens, catholiques ou protestants, même si Newton refusa la Trinité et s’adonna avec passion à l’astrologie et à l’alchimie.   

Au cours des derniers siècles , au moins trois grands savants dont les découvertes ont été essentielles, furent des  prêtres, tout ce qu’il y a de plus  orthodoxes : le polonais Nicolas Copernic (1473-1543),  qui avait étudié aux universités  de Bologne et de Padoue, inventeur de la théorie héliocentrique du système solaire, cela un siècle avant  Galilée et sans que personne, de son temps,  ait objecté, le tchèque Grégor Mendel (1822-1884), moine augustin, découvreur des  lois de la génétique, le belge Georges Lemaître (1994-1966) , principal inventeur de  théorie du Big bang. Leur simple existence montre l’interconnexion profonde entre   l’histoire des sciences et l’institution ecclésiastique. 

Reste la malheureuse affaire Galilée, passée inaperçue en son temps, mais à laquelle, plus tard, la polémique protestante, puis la philosophie des Lumières donnèrent un retentissement qui se prolonge jusqu’à nos jours et qui n’a pas fait peu pour accréditer l’idée que l’Eglise catholique était ennemie du progrès des sciences.  

Des études récentes[4] ont relativisé cette manière de poser le problème.  Galilée (1564-1642) était profondément catholique : deux de ses filles se firent religieuses. Il put jusqu’ à près de 70 ans exercer ses activités scientifiques (ce n’était pas un métier, il était assez riche pour ne pas en avoir) sans rencontrer de problèmes majeurs. Son procès s’inscrit dans une querelle qu’il eut avec les Jésuites, l’un d’eux, le père Grassi, découvreur des taches solaires, ayant la chaire d’astronomie à l’université grégorienne. Tout en étant par ailleurs extrêmement éclairés, les Jésuites, tenaient   à ce qu’avait   dit Ignace de Loyola: « ne jamais s’éloigner d’Aristote », Aristote pour qui le soleil tournait autour de la terre. Cet attachement à Aristote fut peut-être plus important que la référence à la Bible où on cherche en vain une négation claire de la thèse héliocentrique.   La querelle fut envenimée par le tempérament de Galilée arrogant et indiscret.  Quand un de ses proches amis     fut élu pape sous le nom d’Urbain VIII, il le mit en difficulté en faisant ostensiblement état de sa proximité avec lui dans un contexte politique difficile, en pleine guerre européenne : le parti espagnol critiquait le pape pour ses orientions plutôt profrançaises et dénonçait son laxisme envers Galilée. De guerre lasse, le pape se crut obligé de le déférer au tribunal de l’Inquisition, où il se rendait chaque matin en carrosse, logeant chez l’ambassadeur de Florence. Les jésuites   l’avaient attaqué en sous-main pour sa supposée croyance en la théorie atomiste de Démocrite. Cela aurait été une accusation grave non seulement parce que les atomistes, anciens et modernes, étaient généralement    athées mais aussi parce que l’atomisme affaiblissait la théorie aristotélicienne distinguant l’essence des   choses de leur apparence, théorie qui permettait à la scolastique de rendre compte de l’eucharistie :    que devenait celle-ci si, au lieu de l’essence supposée divine du pain consacré, ne se trouvait qu’un tourbillon d’atomes ? Le pape écarta cette accusation pour ne retenir que la question de l’héliocentrisme jugée plus bénigne.   Galilée fut condamné à   une assignation à domicile (son palais de Florence), c’est à dire à se tenir éloigné de Rome et à une rétractation aussi humiliante que déplorable. Dès 1741, l’Eglise devait retirer de l’index l’œuvre de Galilée.

Moins qu’une opposition de principe entre la foi et la science, il faut voir dans cette affaire un règlement de comptes à la cour de Rome, une retombée de la guerre franco-espagnole et aussi une querelle entre écoles scientifiques, comme il y en a eu beaucoup dans l’histoire des sciences.

Formellement la théorie géocentrique   des épicycles de Ptolémée, issue d’Aristote, ne contredisait pas l’observation mais   elle était moins simple que la théorie héliocentrique et violait donc le principe d’Ockham selon lequel entre deux explications, la science doit choisir la plus simple. L’attitude de l ’université de Rome fut-elle différente de celle de la communauté scientifique refusant pendant 50 ans la seconde loi de la thermodynamique de Carnot-Clausius parce qu’elle semblait annoncer une fin du monde ou   celle de la très républicaine Académie des sciences écartant avec mépris la découverte de la pénicilline par Ernest Duchesne en 1897 (l’invention devait nous revenir d’Angleterre 35 ans plus tard)  ?

L’Eglise au demeurant avait quelques raisons de se méfier : des théories gnostiques qui assimilaient le Soleil à Dieu le Père, la Terre au Fils et l’éther entre les deux au Saint-Esprit (auxquelles aurait adhéré Kepler lui-même) étaient alors en circulation. Nous savons aujourd’hui que le soleil, pas plus que la terre, ne sont au centre du monde. 

Contrairement à ce que beaucoup croient, l’Eglise catholique n’a jamais formellement condamné la théorie de l’évolution – même si elle laissa ici et là quelques vicaires se déchaîner contre elles [5]; seuls professent une interprétation littérale de la Genèse de la création en sept jours les protestants évangélistes et les musulmans.  Comment aurait-il pu en être autrement ?  Origène et saint Augustin ne croyaient pas qu’il faille prendre à la lettre le début de la Genèse, qui conserve au demeurant le mérite de présenter, de manière symbolique, quelque chose comme une émergence progressive du monde qui converge avec les données contemporaines de la science. Le grand théologien anglais John Newman marqua de l’intérêt pour la théorie de Darwin, son contemporain. La mise à l’index des écrits de Teilhard de Chardin ne concernait   pas son adhésion à la théorie de l‘évolution mais l’évacuation du péché originel dans son système. L’encyclique Humanis generis (1950) marque l’adhésion, discrète il est vrai, de l’Eglise à la théorie de l’évolution, dont Jean Paul II devait déclarer plus tard qu’elle était « plus qu’une hypothèse ».

L’Eglise n’en a pas moins continué à combattre les gnoses, c’est à dire les fausses théories à prétention scientifique  dont la version moderne est l’idéologie, cela avec d’autant plus de détermination qu’elle y a vu un danger majeur pour les sociétés. La condamnation au bûcher de Giordano Bruno en 1600, pour contestable qu’elle soit,  ne fut pas celle d’un vrai scientifique mais d’un gnostique aux idées brumeuses.  L’Eglise n’a eu aucune réticence à s’opposer aux théories à prétention scientifique potentiellement destructrices pour la société comme le matérialisme dialectique, l’inégalité de races humaines ou aujourd’hui la théorie du genre.

Au fil des ans, elle a affiné sa formulation des relations entre   la foi et la science, inscrites elles-mêmes dans la problématique des relations de la foi et de la raison.

Les idées des Lumières relatives à l’opposition de science et de la foi s’étant plus ou moins imposées sous la Révolution française, la génération romantique revenue à la tradition s’engagea sur la voie du fidéisme, l’idée que la foi, qu’elle voulait retrouver, était une adhésion totalement irrationnelle à des idées non démontrables. Le Premier Concile du Vatican (1870) réagit en proclamant que la raison pouvait conduire à certaines vérités de la foi, comme l’existence de Dieu.   La théorie catholique sur ce sujet est claire : la raison et la révélation ont la même origine :  toutes deux viennent de Dieu et traitent du même sujet : le monde réel, physique ou métaphysique. Elles se sauraient donc se contredire. Si elles semblent le faire à un moment donné, la prudence du croyant doit l’amener à suspendre son jugement relatif à la théorie scientifique   qui semble aller contre  les données de la foi en attendant que la question soit    approfondie, précisément ce   que saint Robert Bellarmin avait conseillé à Galilée : présenter la théorie héliocentrique comme une hypothèse et non une certitude.

Encore faut-il s’entendre sur la notion de vérité scientifique.  Karl Popper a justement montré, après Claude Bernard et d’autres, qu’une théorie scientifique était une interprétation des faits à caractère toujours provisoire et que donc elle pouvait être un jour remise en cause. Ce qui ne doit pas nous amener à mépriser la solidité quasi-définitive de certaines théories.

Un exemple de l’intérêt de cet approfondissement :   dans Humanis generis, déjà citée, Pie XII refusa le polygénisme, l’idée que l’humanité actuelle pourrait descendre de   plusieurs lignées distinctes. Malgré son caractère très politiquement correct, cinq ans après la chute du nazisme, cette prise de position fut vivement contestée par le monde scientifique. Pourtant   l’évolution de la connaissance fait aujourd’hui pencher la balance vers le monogénisme, l’idée que l’humanité actuelle provient sinon d’un couple unique, du moins d’un très petit nombre d’hommes vivant ensemble.

Disons enfin qu’on ne saurait confondre  le refus du progrès des sciences qui, quoi qu’on dise, n’a jamais été la position  de l’Eglise , avec le refus de certaines méthodes de recherche attentatoires à ce qu’elle juge être la dignité de l’ homme , dans le but, non point de faire obstacle au progrès mais de  préserver cette dignité : au Moyen-Age, le  respect de cadavres conduisit certaines autorités ecclésiastiques  (pas toutes)  à interdire  la dissection ;  au XXe et XXIe siècles, le respect de l’embryon  humain fonde l’Eglise  à interdire    toute expérience sur lui. Pour respectable qu’elle soit, la recherche scientifique est une fin qui ne justifie pas tous les moyens.

A l’autre bout de la chaîne de la connaissance, on peut adhérer à certaines théories scientifiques sans approuver   toutes les applications qui peuvent en être faites : par exemple adhérer à la théorie d’Einstein selon laquelle la matière et l’énergie sont équivalentes et être hostile à l’arme nucléaire.  

Au total on retiendra que l’Eglise catholique et la science ont en commun une longue histoire qu’on ne saurait réduire à des schémas simplistes, marquée au contraire par de constantes synergies.      En censurant dès l’origine, dans la suite du judaïsme, toutes les formes de superstitions, en combattant les fausses sciences de type gnostique, en écartant à Chalcédoine toute confusion entre l ’ordre naturel et le surnaturel, en développant les universités et les autres formes d’enseignement de différents niveaux, le catholicisme (et plus largement le christianisme) a peu à peu mis en place ce qui devait être le berceau de la science moderne et de la civilisation scientifique.

 

 

 

 

 

[1] Saint Augustin, Confessions , Livre V, chapitre III

[2] Marcel Gauchet , Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985.

[3] Alexandre Kojève, L’origine chrétienne de la science moderne, in   Mélanges Alexandre Koyré, publiés à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire, vol. I, 1964. Kojève ne se revendiquait pas chrétien.

 

[4] Pietro Redondi, Galilée hérétique , Gallimard 1985 ; Aimé Richard, La vérité sur l’affaire Galilée, F.-X. de Guibert, 2007.

[5] Seul un Décret de la commission biblique interdit  de mettre en doute une lecture littérale des principaux points de  la Genèse (1909) . On voit cependant  qu’il s’agit d’un texte de niveau hiérarchique inférieur .

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:28

INQUIETANT MACRON

 

Il est permis de considérer que  les difficultés internes de la présidence Macron portent  sur de sujets d’une gravité relative. L’affaire Benalla pose la question d’un favori promu à des responsabilités disproportionnées par rapport à son âge et à  ses capacités, celle d’ anomalies de procédure dans l’enquête qui est menée sur lui  et  de  l’affleurement de  connexions  équivoques. A côté de cela, la CSG de personnes âgées, l’alourdissement des impôts sur les classes moyennes, le ralentissements économique, principales sources du mécontentement, tout comme  les excentricités du président  ( Fête de musique, visite à Saint Martin )  qui portent atteinte à l’image de sa fonction  n’ont rien de bouleversant .

N’oublions pas cependant que  l’affaire Benalla a   commencé  parce que l’intéressé  s’acharnait sur un homme à terre : étranges mœurs.

Mais le plus inquiétant dans le personnage touche aux affaires étrangères et n’est pas forcément connu du grand public ; c’est sur ce champ que l’on peut déceler  un curieux attrait pour ce qui touche  à la mort.

Le signe le plus flagrant est la nouvelle amitié de Macron avec  Kagame , le dictateur  du Rwanda . En termes d’ intérêt national, rien ne justifie que  le président français  soutienne la candidature de la ministre des affaires étrangères de ce pays au poste de secrétaire général de la francophonie.  Kagame a amplement montré à quel point il détestait la France.  Depuis 25 ans , il charge à jet continu , sans nul fondement, l’armée française des crimes qu’il a commis , lui. Il remplace le français comme langue d’enseignement  et officielle par l’anglais, il adhère au   Commonwealth.

Sa tyrannie est effrayante , ce qui n’empêche pas beaucoup de fonctionnaires internationaux, naïfs ou   voulant l’être,   d’admirer la gouvernance d’ un pays où les rues sont aussi propres qu’en  Corée du Nord.

Il est surtout   aujourd’hui de mieux  en mieux  établi  que le tyran Kagame n’est pas seulement, comme il l’a longtemps fait  croire,  l’ homme qui a sauvé  l’ethnie tutsi à laquelle il appartient d’un génocide  opéré  par les milices  de l’ancien président  hutu, Juvénal Habyarimana. Il  est d’abord  celui qui a déclenché les massacres du Rwanda en envahissant sans légitimité ce pays en 1990. Il est ensuite celui qui  a   fait  abattre l’avion qui   transportait le même  Habyarimana et le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira , deux hutus , le  6 avril 2014, attentat qui a marqué le point de départ des massacres les plus connus.  Il est surtout celui qui, une fois vainqueur, a engagé des représailles de masse contre les  Hutu    ( 93 % de la population  ) .  Massacres des Tutsi  proches de Kagame : entre 300 000 et 400 000 victimes ; massacres de Hutus et aussi de Congolais par les soldats de Kagame :  entre 4 et 8 millions .

Que le Rwanda sente la cadavre, qui le sait mieux que nos militaires de l’opération Turquoise , envoyée en interposition à l’été 1994 et  qui ont dû , dans des conditions effroyables,  évacuer et  enterrer  de milliers de cadavres ?

Kagame est pourtant  le nouvel ami de Macron :  il lui a déroulé le  tapis rouge  à l’Elysée, le 23 mai dernier l’Elyse, il l’a à nouveau  rencontré à l’ONU fin septembre,  tout cela pour préparer  l’élection de sa candidate  francophobe  à la tête de la francophonie.

Autre terrain miné : le frégate française Auvergne bombardait il y a quelques jours la Syrie du côté de Lattaquié ; il semble que cela se soit fait dans le cadre d’une opération conjointe avec des avions israéliens et  des forces britanniques. Dans quel but ? Pour soutenir les derniers djihadistes retranchés à Idlib que le gouvernement syrien d’apprête à réduire ?  Pour les faire gagner  ? C’est évidemment trop  tard . Seule explication : cet engagement   a pour but de  prolonger la guerre  et par là les souffrances  du peuple syrien.  Au risque de déclencher un conflit majeur avec la Russie : lors de l’opération évoquée,  un avion russe a été touché  - sans doute par une riposte syrienne mal ciblée mais qu’importe , pourquoi  jouer avec le feu   ?  Macron est cohérent avec cette ligne mortifère  quand il s’oppose au retour des réfugiés   syriens du Liban.

Inutile de dire que, pas davantage que dans l’ affaire rwandaise, il ne sert les intérêts de la France qui ferait mieux  de jouer l’apaisement et mettre ses entreprises   en ordre de bataille pour  reconstruire le pays.

Au vu de ces agissements  inquiétants , on se prend à dire : heureusement    que la France n‘est  plus qu’une  puissance moyenne qui ne peut  influer sur le destin du monde, heureusement qu’elle n’est dirigée que par  un personnage d’envergure moyenne qui , malgré ses goûts macabres, n’a pas les moyens de faire seul beaucoup de mal -  mais qui sait ?  Heureusement  en tous les cas que Trump et Poutine semblent, eux, rechercher    l’apaisement.

Macron n’en est  pas moins un homme inquiétant.  

 

Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:24

Publié dans le Figaro du 24 juin 2018 sous le titre « La fiscalité locale, moins libérale que jamais »

 

Le gouvernement promet un « big bang » en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon.

Elu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par l’Ordonnance travail, Macron mérite-t-il cette réputation ?  

C’est douteux en matière  de   fiscalité locale. Un sujet loin d’ être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85  % des investissements civils del ’Etat (c’est à dire à peu près tous le investissements de proximité).

Or  le programme fiscal de l’actuel  nouveau président  va mettre la France  exactement dans l’état où se trouvait le Royaume-Uni à l’arrivée de Margaret  Thatcher.  

Rappelons où en étaient nos amis britanniques après vingt années dominées par la gauche : en majorité entre les mains des travaillistes, les collectivités  locales étaient devenues très dépensières et pour cause : la fiscalité,  essentiellement foncière,  était concentrée  sur 20-30 % de la population, celle  qui   votait conservateur. La majorité   profitait des services  locaux et de  programmes d’assistance  sans  y  contribuer. Autrement dit, les uns élisaient,  les autres payaient.

Le système n’était pas seulement  ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes    villes industrielles du Nord de l’Angleterre et de l’Ecosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres . Le ressort de l’initiative avait disparu.

Qui ne se souvient de l’aspect  lugubre qu’avaient  les villes britanniques des années soixante-dix, y compris Londres ?

Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales :  considérant qu’une collectivité locale était  une sorte de  club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous.  Elle poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la  poll tax (contribution uniforme  par tête ), rappelant la  capitation d’Ancien régime  . Le tollé qui s’en suivit causa sa perte. Mais le principe d’ un impôt local qui serait  payé par tous , avec des  modulations,  fut maintenu.  On sait  comment les réformes  thatchériennes, celle-là et d’autres,  ont revitalisé le Royaume-Uni en particulier les villes de l’Angleterre noire

Revenons à la France : nous avions depuis toujours un impôt que toute le monde  payait , c’était la  taxe d’habitation, une des « quatre vieilles », héritées de l’impôt sur  les portes et   fenêtres instauré en 1789 . Elle  était proportionnelle la surface occupée, mais aussi fonction de la  pression fiscale de la commune,   s’ajoutant  pour les propriétaires-occupants  à la  taxe foncière .  Certes les  réformes de Jospin en  avaient exonéré les plus démunis mais elle restait  payée par environ 80 % de la population.

Le projet du gouvernement est de supprimer la taxe d’habitation en deux ans , ce qui conduira  à faire porter  l’ensemble  du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires  sera d’autant plus écrasante que les dotations vont diminuer , que la taxe professionnelle , devenu CFE , n’est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme .  Ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l’IFI ( impôt sur la fortune immobilière ) au lieu de l’ISF , forcément plus lourd  pour compenser l’exonération des fortunes mobilières . Ne contribueront  plus en particulier les étrangers  qui sont rarement propriétaires , et d’une  façon générale ceux qui ne payaient déjà pas l’impôt sur le revenu.  Contribueront plus au contraire  les propriétaires fonciers,  les classes moyennes au sens large, presque exclusivement autochtones,  y compris les petits retraités ayant  épargné toute leur    vie pour acheter  un pavillon et qui , dans certaine communes, n’arrivent plus  à payer les taxes.  Un traitement particulièrement  défavorable sera appliqué aux résidences secondaires.   

Même causes, mêmes effets : le  dévoiement de la démocratie qu’avaient  connu  les villes anglaises avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron :  si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la  démagogie et à la dépense.

Il n’y que de mauvaises  raisons  à cette  réforme irresponsable.

La première, la moins grave, témoigne de l’emprise inégalée des logiques purement techniques.  La taxe d’habitation était la  plus lourde à recouvrer : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d’impayés.  Bercy qui compte sur des économies de fonctionnement l’a imposée  au détriment de toute considération  de  citoyenneté et d’équilibre social.

La seconde est plus grave : au motif de dégeler la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on,  ce sont les classes moyennes que l’on veut  laminer un peu plus, au bénéfice  d’un côté des  fortunes financières désormais  libérées  de l’ISF , de l’autre des  classes populaires  bénéficiaires de transferts .

Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme -  et ils ont raison -  ne savent pas qu’il y en a de plusieurs sortes : celui qu’avait incarné  Margaret Thatcher était un libéralisme national,  soucieux d’épargner les  classes moyennes britanniques et , pour cela,  de limiter   les dépenses publiques et les transferts. Celui qu’incarne Macron est à l’opposé :  très favorable au   grand capital international qui trouve son intérêt   dans la réforme du Code du travail   et la suppression de l’ISF, il ne craint   pas  d’écraser un peu plus les classes moyennes, sans doute  coupables au travers de la propriété foncière, même modeste, d’avoir un enracinement , et ne se préoccupe  donc sérieusement   de réduire ni  les  dépenses publiques , ni  les   transferts, pompe aspirante de  l’immigration.

Il y a libéralisme et libéralisme. Celui qu’on prête  à Emmanuel Macron est aux antipodes des attentes des Français  et les  expose à bien  déconvenues.

Roland HUREAUX

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:21

MACRON EST-IL VRAIMENT INTELLIGENT ?

 

https://www.causeur.fr/macron-reformes-lepre-sondages-popularite-152849

 

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.  Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.  Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français -  qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et  ne signifie pas non plus qu’il ait des idées.   

L’OPA magistrale[1] qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence.  En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir violé les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous   les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on  !  La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Macron  fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et dès lors les Français à se demander à quoi elle sert.     

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.  

Ses nombreux faux-pas diplomatiques,  tant  à l’égard des Etats-Unis que  de l’Italie ou des pays du groupe de Visegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que  le nouveau président soit  vraiment aussi intelligent qu’on le  dit et qu’il le croit.

 

 

Une vision de l’Europe déphasée

 

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela  n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté   sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris   pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos.   La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement   combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France -   surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés.  Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent    au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme , moderne mais il refuse l’histoire. 

 L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme intelligent ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov[2] !)  que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer  la singularité française ? Beaucoup  se le demandent. 

 

Macron sur les rails

 

Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie :  si le front ukrainien semble un peu calmé - grâce à Trump plus qu’à Macron  - ,  les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près   de l’être et lèsent toujours autant  les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à  célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe,  rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

De tous temps, les changements à la tête de l’Etat ont servi    à corriger la ligne politique d’un pays    quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer.  Or elle l’avait été rarement  aussi mal  qu’en  Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques,  le soutien constant aux milices djihadistes, les  mêmes qui se félicitaient bruyamment des  attentats en France (  quand elles  ne les avaient  pas organisés) , la  diabolisation  hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale, - du gouvernement syrien,  tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient,  nous  ont aliéné inutilement  un pays , ancien mandat français, qui avait été au cours des deux  dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours   en sont pour leurs frais.  Visiblement Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser toujours aussi   stupidement Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères [3],  sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour quoi y faire : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente  les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant.  Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change [4]. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

 

Des réformes sans imagination

 

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le  dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il   donne le vertige par la multiplication des projets de réforme.

Mais    quelles réformes ?  La vérité est que loin d’être originaux, les projets Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

 Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération   au mérite de fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les   effets pervers ?   Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la   promotion (ou prime) canapé, l’ambiance s’ en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les  deux piliers de l’Etat  que sont le ministère des finances et  la représentation locale de l’Etat ont  été gravement désorganisées.  Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances  travail, auxquelles certains trouvent cependant  quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une   mise aux normes européenne ?  Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient      au moment   où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles.   Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt ou la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles   rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. 

Il est vrai que, par exception,  l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs :  il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on   ne la voie pas ailleurs !

 

La communication d’abord

 

De cette réformite sans imagination, deux lectures.  Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire.  Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à   Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « Le société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière »[5] . Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Les réformes de type technocratique   ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons  à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère   qui est le responsable de ces maux ? La   technocratie française   élabore des   projets de réforme   qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la  complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper   les communes, fusionner   les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux   normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac). Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime.  On se contente d’y voir l’effet   de l’archaïsme, de la routine, d’un   conservatisme « bien français ». Nul   n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter.  Penser qu’il pourrait y avoir  de bonnes et de mauvaises   réformes comme il y a de bons et de  mauvais remèdes, est une question hors du champ  épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint »[6] , selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique.  Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à  la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain  (qu’il n’a pas) ou  d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations  que  la plupart du temps, le gouvernement  avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste. 

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent  quelqu’un qui ne   propose   rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire  la dite    technocratie.

Or la France d’aujourd’hui   rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes :  démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’éducation nationale   Il y a là de quoi être inquiet :   Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d ’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute   sur la    capacité de Macron à vraiment réformer la France . Les Français ne vont pas tarder  à comprendre, avant lui sans doute,  qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. 

 

Le bon élève de Sciences po

 

Il  y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite.   Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide    d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire.  La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale–libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers  de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé  qu’il  fréquentait  alors, la criminalisation de la France  coloniale, familière aux   universités américaines,  ce n’était pas une  provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal  parfaitement adapté à un certain   milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détone dès que l’environnement  change tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui  que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd  programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable.

Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complétement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ?    On peut craindre que non.  

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]Olivier  Piacentini , OPA sur l’Elysée, Editions de Paris, juin 2018

[2] Idéologue marxiste qui représentait dans les années soixante-dix  le conservatisme le plus étriqué au Bureau politique du parti communiste soviétique.

[3] Forces modestes au demeurant, de l’ordre de la centaine.

[4] Hors la nomination récente d’un ambassadeur spécial, qui n’implique pas la reprise des relations diplomatiques.

[5] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

[6] Commentaire, n°158, été 2017

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:17

MACRON CHEZ TRUMP : VALEURS PARTAGEES, VALEURS BAFOUEES

 

http://www.bvoltaire.fr/macron-chez-trump-valeurs-partagees-valeurs-bafouees/

 

Il y a quelques années, pour se faire une idée point trop partiale des événements, il suffisait de croiser Le Monde et le Figaro,  les plus méfiants jetant à la rigueur  un   coup d’œil sur l’Huma et sur Présent.

Aujourd’hui  la grande presse française vante de manière unanime la réussite de la visite de Macron aux Etats-Unis , la chaleur de l’accueil et l’importance de l’événement. Et naturellement,  il ne faut rien en croire.  L’actuel président étant  soutenu par  la quasi-totalité des médias,  ce qui n’était sans doute arrivé à aucun chef d’Etat depuis Napoléon III, ces dithyrambes étaient prévisibles.

Il fallait donc se tourner  vers la presse américaine  pour en savoir un peu plus. Et  là, surprise, le New York Times , grand journal   de référence s’il en est,   ne parle pas de cette visite, sauf une dessin très méchant pour Macron le deuxième jour , les dépêches de Reuter,  très factuelles,  n’étant  reproduites que sur  le site.   Le  reste de la presse anglo-saxonne a été fort discrète. Pour la plupart des Américains, dut notre  fierté nationale en souffrir, cette visite  aura été un  non-évènement. 

Que tout ait été impeccablement  organisé ne fait pas  de  doute. Trump tenait à rendre l’accueil magnifique qui lui avait été fait à Paris  le 14 juillet dernier et Macron aimant la    parade,  il ne manquait pas un   bouton de guêtre,    sauf une pellicule sur son veston que Trump a ôtée en disant que le jeune  président se devait d’ être parfait : cet homme qu’on dit lourd  montrait  ainsi avec finesse combien il  avait perçu  le côté narcissique , ou disons bon élève,  de l’hôte de l’Elysée qui veut toujours rendre une copie parfaite à ses maîtres.   

Il n’était pas  difficile aux deux présidents  de célébrer  la vieille relation  franco-américaine, d’ invoquer Lafayette et  Washington, d’invoquer  surtout une communauté de valeurs  issue de  deux révolutions presque concomitantes    : l’américaine (1776-1787) qui n’a réussi que grâce à l’appui militaire de Louis XVI et la  française (1789) .  Les deux aboutirent à  quelques mois d’ intervalle à des déclarations de droits : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen   du 26 août 1789 d’un côté , le Bill of Rights  devenu en 1791  le 1er amendement à la constitution  des  Etats-Unis, de l’autre.

Ces valeurs communes, sont connues : la démocratie et donc la transparence, la liberté ,  inséparable de la vérité, le respect  du droit.

 

Des principes bafoués

 

Or ce qui  a surtout réuni le deux présidents,  par-delà ces grands principes,  est,  il faut bien le dire, exactement le contraire :  l’expédition conjointe qu’ils viennent  d’accomplir en Syrie pour bombarder les prétendus sites d’armes chimiques, laquelle bafoue frontalement  les valeurs communes invoquées.

Sans qu’il soit  nécessaire d’ en refaire sans cesse la démonstration,  peu de gens sérieux doutent  que les faits reprochés au président  Bachar el Assad, l’usage d’armes  chimiques à la Ghouta le 7  avril 2018 sont sans fondement et constituent  dès lors  des  mensonges d’Etat, exactement le contraire de ce qu’avaient voulu promouvoir les constituants  français et américains de 1787-1789.  Rappelons seulement les déclarations récentes du secrétaire d’Etat  à la défense James Mattis[1], selon lequel le Pentagone n’avait jamais  eu des preuves décisives de des précédentes attaques et l’absurdité qu’il  y aurait à imaginer que le président Assad s’y  livre  , comme par hasard,  chaque fois qu’il vient d’être prévenu qu’il s’agissait d’une  « ligne rouge »  à ne pas franchir.

Avec ou sans motif valable, les  « frappes » , dès lors que les procédures prévues par la Charte de l’ONU n’étaient  pas respectées,  réalisées au demeurant avant la visite des inspecteurs de l’OIAC [2] constituent   une violation flagrante du droit international, ce que n’a pas manqué de reconnaitre le Bundestag lui-même . Là aussi la  coalition  s’inscrit en faux  contre les idéaux universalistes  proclamés  il y a deux siècles des deux côtés de l’Atlantique.

Il est vrai que  sur certains sujets, le climat ou le commerce , mais surtout l’Iran,  Macron n ’a pas  manqué, spécialement  devant le Congrès, de prendre ses distances vis-à-vis de Trump, sans qu’on sache s’il s’agit d’un vrai signe  d’ indépendance ou d’une tentative  de séduire la  moitié de l’Amérique qui rejette le nouveau président,  l’Amérique démocrate d’Obama-Clinton dont le président français est bien plus proche politiquement – et qui d’ailleurs  l’a appuyé dans sa campagne électorale.  Quand Macron  insiste  pour que le bombardement ait lieu ou qu’il demande à Trump ( sans succès heureusement)  de maintenir des troupes  en Syrie[3], on peut se demander si le président français n’est  pas le simple porte-parole de  ce camp.

Il reste que parti pour défendre l’accord de Vienne  avec l’Iran que Trump veut  dénoncer, Macron a dit ,   sans consulter apparemment ses  partenaires européens, qu’il fallait envisager sinon de dénoncer, du moins de réviser  ou compléter  l’accord, ce dont ni Téhéran, ni Moscou , ni Berlin ne veulent.

La France de  Macron qui a accompagné l’Amérique de Trump  dans une expédition illégale ,  fondée sur  un  mensonge, et qui se désolidarise des Européens pour faciliter  l’action de Trump contre l’Iran, est  décidément pour  le président américain  un allié bien accommodant.

 

Roland HUREAUX  

 

[2] Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, basée à La Haye .

[3] Mais Macron a fait  savoir à Washington , lui,  qu’il envoyait   de nouvelles  troupes en Syrie.

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:15

LES AMBIGUITES DE LA RELATION  MACRON-POUTINE  

2021

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Coup-de-projecteur/Les-ambiguites-de-la-relation-Macron-Poutine

 

Les relations qui semblent s’instaurer entre le nouveau président Macron et son homologue  Poutine, quoiqu’ elles marquent un progrès par rapport au temps de Hollande, ce qui n’est pas difficile,  restent marquées du sceau de l’ambiguïté.

On pouvait craindre  le pire : la liste des soutiens de Macron ressemblait  furieusement à  un comité anti-Poutine  ; rien dans les idées du nouveau président qui laissât   espérer un changement par rapport à la ligne Hollande.     

 

Une ouverture aux effets mitigés

 

L’invitation lancée au président russe   à  venir célébrer le 300e anniversaire de la visite à Versailles du tsar Pierre le Grand a été à cet égard une  heureuse surprise -  dont la genèse exacte reste  à éclaircir. Elle a failli être gâchée par l’arrogance du nouveau président français  lors  l’entretien bilatéral où  les leçons de démocratie alternaient, dit-on,   avec les accusations touchant  les questions de l’Ukraine et de la Syrie.   Macron ne semblait pas  s’être libéré de la doxa otanienne selon laquelle  Poutine  est un  dictateur et un agresseur et  les dirigeants de l’OTAN des  démocrates et   des défenseurs du droit, un point de vue qui ne tient évidemment pas compte du fait que la grande majorité des  violations du droit international depuis 20 ans  ont été  commises par l’Occident, ni que la disqualification  judicaire de  concurrents   n’est pas le propre de la Russie.  

Mal venue  aussi ont  paru, lors de la conférence de presse conjointe les critiques  de Macron  contre  les deux médias  sous  influence russe, RT et Radio-Spoutnik, dont 98% des Français ignoraient l’existence. Ils auraient  colporté pendant la campagne des bruits sur son homosexualité…  Une rencontre de ce niveau était-elle bien le lieu  pour une  telle mise en cause ? Gage sans conséquence à la camarilla antirusse qui l’a porté au pouvoir ?

Rappelons aussi que la France participe aux prochaines manœuvres de l’OTAN aux frontières de la Russie ( imaginons que la Russie organise des manœuvres « défensives » au nord du Mexique !)  .

Il semble cependant que , malgré ces accrocs,  les points de vue des partenaires se soient  rapprochés. Qu’ils soient    tombés   d’accord pour  dire que leur ennemi commun était le terrorisme islamiste n‘est pas une révolution  : tout le monde en convient  depuis longtemps même ceux qui le soutiennent en douce.  Sur  l’Ukraine,   chacun reste sur ses positions  . Sur la    Syrie en revanche,  Macron semble avoir renoncé à faire du  retrait du président Bachar el Assad une  condition  préalable au retour à la  paix. Cette exigence maintenue par Obama et Hollande, et même, par intermittence, par Trump, constituait  non seulement une entorse  au principe de non – ingérence mais un blocage absolu au processus de  paix ,  les Russes n’étant  pas prêts  à lâcher Assad, au moins sous la  pression  occidentale.

 

Une ligne encore incertaine

 

Il reste cependant bien  des ambiguïtés dans la position de Macron  : il vient de  s’ associer à Trump pour menacer la Syrie d’une intervention militaire en cas de nouvelle utilisation  d’armes chimiques. Or  les  prétendus recours aux  armes chimiques par Assad se sont  avérés  chaque fois des  provocations de ses adversaires destinées à le discréditer . Elles visent  aussi à offrir   un alibi à  une intervention militaire,  destinée à empêcher   l’Etat syrien  de  consolider sa  position et donc à  faire obstacle au retour de  la paix.  Il y a   tout lieu d’être inquiet de cette déclaration.

Malgré les accrocs   qui ont marqué la visite de Poutine à Versailles,  les diplomates russes ne tarissent pas d’éloges à l’égard  de Macron et considèrent qu’il a réalisé une véritable ouverture. Il semble connaître bien mieux l’histoire franco-russe que ses prédécesseurs et ne pas montrer  une inféodation aussi puérile que celle de Hollande aux Américains.

Durant la campagne électorale française, les Russes avaient tout fait pour ne  pas avoir l’air de vouloir  influencer l’élection, dont leurs observateurs avaient  sans doute anticipé le résultat  .  Rien ne laisse supposer en particulier qu’ils soient derrière  la publication des « Macron leaks » , soit de 15 Giga-octets de courriels échangés dans  son équipe. Venus le vendredi précédent le second  tour et ne    contenant rien de très compromettant, ils ne pouvaient de toutes  façons avoir d’impact  sur l’élection, tout au plus servir d’avertissement  discret. 

Il s’en faut en tous les cas de beaucoup que la ligne de Macron à l’égard des problèmes diplomatiques les plus brûlants , en particulier des questions qui touchent la Russie, soit  encore claire aux yeux du public et peut-être même  dans sa tête. 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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