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Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:14

 

L’INCONSCIENCE DE MACRON

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/L-inconscience-de-Macron

 

Il fallait une certaine audace - ou plutôt une certaine inconscience -  à Emmanuel Macron pour dénoncer à Alger la colonisation française comme "un crime contre l’humanité ». Ce n'était pas seulement là une injure aux Pieds-noirs et aux harkis, comme on l'a dit sottement, mais aussi à la France et aux Français à qui l’épopée coloniale appartient tout entière.

Une épopée qui a eu, sans nul doute, son côté sombre mais qui a eu aussi sa grandeur : quand plusieurs chefs d'Etat africains   se cotisent pour élever à Brazzaville un mausolée à Savorgnan de Brazza, le tiennent-ils pour un criminel ? De toute façon, la colonisation dans son ensemble n’a jamais été tenue pour un crime   contre l’humanité, même par les   militants anticolonialistes les plus engagés du côté du FLN algérien

Macron n'a même pas l'excuse de la démagogie. Ces foucades ne lui rapporteront pas grand chose. Si, dans les sphères d'un pouvoir algérien à l'agonie, certaines factions font de la surenchère accusatoire à l'égard de la France, ni en Algérie, ni en France, la population n'apprécie de tels excès. Citons, parmi d’autres, Malika Sorel, française d’origine algérienne : « Au Maghreb, les gens sont consternés par ce qui se passe en France. Pour eux, la situation est liée à cette « repentance » et la responsabilité en incombe aux adultes français qui passent leur temps à se prosterner et être à genoux… »  On a bien lu :  la repentance, cause du terrorisme.

Est-ce alors un gage donné à certains de ses soutiens ? Ou l'espoir que le FLN donne  la consigne aux électeurs d’origine algérienne de voter pour lui ? Le feront-ils seulement ? 

Le même Macron a cru bon de déclarer qu'"il n'y avait pas de culture française" et, pour montrer le peu de cas qu’il fait de la langue française, de prononcer à Berlin un discours en anglais (on eut pu comprendre que par courtoise, il l’ait fait   en allemand, mais il n'en a pas été question).

On est confondu que le même homme prétende être président des Français. Sait-il   que, depuis la tribu paléolithique jusqu'à nos jours, quelques lois anthropologiques élémentaires commandent au chef de ne pas insulter son peuple ou son pays, de lui marquer au contraire son estime, de le valoriser, de le magnifier, de le rendre fier d'être ce qu'il est (Macron qui n'en est pas à une contradiction près affiche dans son programme sa volonté de rendre nos compatriotes "fiers d'être français », de "retrouver notre esprit de conquête" !) ? Il est un mot anglais que visiblement il ignore : leadership.

Le chef doit respecter ce que Mallarmé appelle les « mots de la tribu », à commencer par sa langue et les symboles fondamentaux dans lesquels elle se reconnait. 

Nier l'existence d'une culture   française, quelle que soit la variété des apports étrangers qui l 'ont fécondée, est, non seulement une incorrection à l'égard de nos compatriotes, mais une ânerie qui relève, pour le coup, d’une profonde inculture, et un crime à l’égard des milliers de jeunes issus de l'immigration   à qui on demande de s’intégrer.

Disons-le tout de suite : il serait hasardeux que, ayant tenu de pareils propos, Macron soit finalement choisi par le peuple français, ou alors on n’y comprend plus rien.

 

Pourquoi fait-il injure au peuple français ?

 

Mais la question qui se pose : pourquoi donc a-t-il tenu pareils propos ?

On dira que, vivant dans l'univers de la mondialisation, il ne fait déjà plus grand cas de la France. Cela, il peut le penser, mais en campagne électorale, il doit au minimum sauver les apparences.   

Alors quoi ? Insolence ou naïveté ?

Nous penchons pour la naïveté, mais elle n'excuse rien au contraire.

Macron est un pur produit de sa génération. Une génération très postérieure à mai 68, largement déchristianisée (même si une partie a été baptisée, la culture chrétienne ne lui a guère été transmise) ; une génération où les notions de patrie, de souveraineté, voire d'intérêt national, le respect de la francophonie, sont renvoyés aux vieilles lunes. Ne leur a-t-on pas répété, par une falsification éhontée de l'histoire, que cela était du "pétainisme" ?   Ils tiennent certes De Gaulle pour un grand homme mais sans bien savoir pourquoi. Les totems de cette génération se retrouvent à forte dose dans le programme de Macron : environnement, droits de l’homme, antiracisme, non-discrimination, voire discrimination positive. Que l'anglais soit sa   langue naturelle ne saurait nous étonner.

La quintessence de cette mentalité post-nationale s'est exprimée au travers de l’évolution    de l'Institut d'études politiques de Paris (dit Sciences Po) au cours des vingt dernières années. Macron est à cet égard un pur produit de la génération Descoings -   Richard Descoings qui a dirigé célèbre institut de 1996 à 2008, où Macron a été étudiant   de 1998 à 2001.  Science Po   prépare à l’ENA et donc conditionne l'élite administrative française, dont l'Inspection des Finances d’où vient Macron, est le saint des saints.  L’abaissement de la France est tellement évident dans cette filière que, malgré son énormité, taxer notre aventure coloniale de crime contre l'humanité n'y choque pas. Il est probable que ce genre de formule, excessive mais dans l'air du temps, peut y être proférée sans rencontrer de contradiction, ni obérer, au contraire, les chances de réussir les concours. Les initiés savent qu'on s'en tire à Sciences po et à l’ENA et dans d'autres concours, non point en cultivant l’originalité d’esprit mais en portant au contraire avec énergie et brio, et pourquoi pas en forçant le trait, l’idéologie dominante.

Dans une telle perspective, pour la génération Macron, l'Europe (celle de Bruxelles, pas la culture européenne, largement ignorée), le libre-échange à tout va, l’alignement occidental antirusse, la défense des droits de l'homme tout azimut, la porte ouverte à l'immigration, tout cela fait partie de l'évidence. Une évidence qui ne se discute plus. Une évidence, mais cela les intéressés l'ignorent, totalement en porte à faux par rapport aux sentiments populaires, et qui explique à elle seule que le Front national attire aujourd'hui à lui près du tiers de l'électorat.

Cette idéologie n'est certes pas nouvelle, mais avec Hollande, elle avançait encore masquée sous les oripeaux da la vieille gauche sociale, comme du libéralisme avec Sarkozy. Avec Macron, elle prend une forme exacerbée et s’affiche de manière totalement impudique. 

La veille génération socialiste , celle de Mitterrand, bien sûr, mais même celle qui a suivi, celle de Hollande, avait encore un reste de conscience des fondamentaux qui  faisaient jadis   la France: le souvenir  des guerres de 14-18  et 39-45,  la rivalité du curé et de  l'instituteur pour transmettre  la même morale , l'encadrement populaire par l'Eglise ou par  le parti communiste , le sens du péché - et des plaisirs cachés , les 36 000 communes , bref tous  les  marqueurs qui,  de quelque   manière qu'on on se positionne par rapport eux,  ont structuré  la France.   Tout cela   a disparu dans la dernière génération de la mondialisation, sauf dans quelques vieilles familles où on cultive encore les traditions mais   dont Macron n'est visiblement pas issu.

Macron a-t-il compris que l'ensemble de ses positions le mettent en opposition frontale avec l 'opinion majoritaire des Français (selon tous les sondages), quasiment point par point, même avec ceux qui n'envisagent pas de voter pour Marine Le Pen ? Sans doute puisqu'il les habille d'une rhétorique fumeuse de type "ni gauche ni droite «.

A-t-il compris aussi que cette thématique qu'il croit jeune et moderne, l'était déjà il y a quinze ans et que, depuis le Brexit et l'élection de Donald Trump avec tout ce qu’ils représentent (critique du mondialisme, réhabilitation des frontières, remise en cause des alliances), elle pourrait vite appartenir au passé, faisant de   Macron la figure la plus ringarde qui soit ?

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:11

L’ILLIBERAL MACRON

 

https://www.causeur.fr/emmanuel-macron-liberalisme-discrimination-positive-145763

 

Macron qui s’est complu dans ses premières déclarations publiques, comme son discours au Congrès de Versailles,  à dénoncer les « démocraties illibérales »,  est-il lui-même un libéral ?

 

Il avait  suffi qu’il  débute sa campagne présidentielle avec une réputation de libéral pour prendre plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents : il a ainsi d’emblée conquis 10 % de voix de droite sans beaucoup perdre sur sa gauche grâce à ses connivences   libertaires.

D’être issu de l‘aile droite du parti socialiste n’aurait pas suffi. La loi Macron de 2015 avait pour but d’ancrer cette réputation libérale, notamment auprès du patronat. Les réticences qu’elle a rencontrées au parti socialiste – au point de nécessiter le passage en force par le 49-3, n’ont fait que conforter l’image   du jeune ministre.

Des yeux avertis auraient cependant aperçu dans son programme les risques que Macron faisait courir au vrai libéralisme : il y était prévu par exemple de livrer au public le nom des entreprises qui ne feraient   pas assez d’efforts en faveur de la parité ; "Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale" ; ira-t-on comme le propose un rapport parlementaire jusqu’à rendre obligatoires des cycles de formation à la non-discrimination ? En tous cas, des emplois « francs » (à définir) seront créés dans les « quartiers » (entendons les banlieues peuplées d’immigrés).

Quels critères dans un tel environnement pour choisir les bénéficiaires des "accélérateurs d’associations » (c'est-à-dire en bon français des aides supplémentaires à la vie associative) :   leur "correction politique" évidemment. Seul espoir : que les difficultés budgétaires rendent vaine cette promesse.

En outre Macron promettait aux salariés quittant    volontairement   leur entreprise de bénéficier    de l’assurance chômage, ce qui risque de ruiner sérieusement l’autorité des patrons.

Les premières mesures prises vont dans le sens de la discrimination positive : les classes de 10 élèves seront réservées aux zones d’enseignement prioritaires, comme si la méthode globale n’avait pas fait des dégâts à l’apprentissage de   de la lecture hors de ces zones.

 

Une disposition inquiétante du projet de loi travail

 

Plus inquiétante est une disposition envisagée dans le projet de loi travail relative aux indemnités de licenciement. Le projet prévoit, et c’est raisonnable, que les indemnités que pourront fixer les tribunaux en cas de licenciement abusif seront plafonnées. Mais il prévoit aussi, ce qui est beaucoup plus contestable, que ce plafond    ne s’appliquera pas en cas de discrimination.

Quelle discrimination ? On le devine : les femmes, les homosexuels, les non-Blancs, les musulmans etc. La conséquence immédiate sera que, en cas de licencient collectif, les premiers touchés seront ceux qu’Anne Lauvergeon appelait les « mâles blancs ». Au motif de lutter contre la discrimination, on instaure   la discrimination.  

L’effet de cette loi sera d’aggraver la division du peuple en communautés et catégories. Loin d’alléger l’atmosphère au nom d’une saine égalité républicaine, elle approfondira les clivages communautaires - et naturellement les rancœurs qui vont avec, dont on devine les conséquences électorales.

Ainsi, cette loi prétendue libérale, sur ce sujet au moins, est tous sauf libérale.

Déjà la   loi El Khomri, faux nez d’une loi Macron bis, ouvrait la porte entre les lignes (sauf empêchement technique) à la pratique religieuse en entreprise, avec là aussi des risques de tension. 

Appliquée telle quelle, une telle loi ne fera que développer les frustrations d’une partie de la population. Macron a été   porteur, non seulement d’un parfum de libéralisme mais de « politiquement correct » renforcé : ouverture à l’immigration, intégrisme écologique, antiracisme, discrimination positive à   tous les étages etc. Il a ainsi obtenu la sympathie de la presse et le vote des musulmans. 

Macron s’est ainsi montré le bon élève de la fondation Terra Nova qui prévoyait la formation d’un nouveau bloc de gauche s’appuyant sur les minorités, raciales, religieuses et sexuelles, comme le parti démocrate américain. 

Il se peut d’ailleurs que ces excès de l’anti-discrimination, qui déjà prospéraient sous Sarkozy[1], datent : l’exaspération des Français aurait dû conduire à les tempérer. Sur ce chapitre, le nouveau président est resté un bon élève de Sciences Po années 2000 façon Richard Descoings. Au moment où de nombreux intellectuels remettent en cause ces pratiques qui, dans les prétoires, tendent de plus en plus à limiter la liberté d’expression, Macron en rajoute une couche.

Les décisions du nouveau président ne sont pas le seul sujet d’inquiétude :   

 

[1] Nicolas Sarkozy avait donné une grande publicité à la nomination d’un préfet d’origine maghrébine, oubliant qu’il y en avait eu une bonne dizaine pendant et après la guerre d’ Algérie.

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:07

 

https://www.causeur.fr/macron-defense-armee-cent-jours-146148

 

Pour beaucoup, le   différend qui a opposé le président Macron au général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, pourrait être ramené à une question de chiffres, ce qui serait après tout normal s’agissant d’un président issu de la I’ Inspection des finances. Mais une telle approche serait bien réductrice.

Question de chiffres : Macron avait promis dans son programme électoral de remonter le budget de   la défense à 2 % de PIB. Une promesse qu’avaient d’ailleurs faite aussi Marine le Pen et François Fillon.  Comment Macron, adepte inconditionnel de l’OTAN, aurait-il pu proposer autre chose que le minimum que cette organisation a fixé   et qui a été rappelé récemment par le président Trump.    Mais 2%, c’est beaucoup., environ 44 milliards ; à un budget actuel de 32 milliards, il faudrait donc en ajouter 12.

Autre chiffre : le déficit autorisé par l’Union européenne : 3 % du même PIB, soit 66 milliards qui sont déjà une tolérance, assortie de la promesse française de le ramener à zéro, jamais respectée par le gouvernement Hollande (dont Macron était le ministre des finances). Ce n‘est pas en effet en accumulant des déficits (et donc avec un supplément d’endettement de 3 % l’an) que l’on réduira une dette qui atteint aujourd’hui les 100 % du PIB. Il reste que Macron, qui a voulu entrer en fanfare sur la scène européenne, et pour qui les consignes de Bruxelles, comme les souhaits de Berlin,  sont la Loi et les prophètes, veut à tout prix, pour assurer sa crédibilité, redescendre à ce niveau. Il lui manque pour cela 8 milliards. L’habitude     de Bercy dans ce cas-là est de ponctionner les ministères régaliens, à commencer par la défense à qui, au lieu d’accorder 12 milliards, on demande 850 millions tout en gelant 2,7 milliards .  

Cette logique n’explique pas seule que le mécontentement des armées justement exprimé par leur chef-d ’état-major en commission de la défense soit devenue une affaire d’Etat.

 

Au-delà des chiffres, le choc des cultures

 

On est surpris du degré de mépris dont Macron fait l’objet sur la toile dans de nombreux  textes,  anonymes ou pas, issus de la communauté militaire. Sarkozy et Hollande que les militaires n’aimaient pas beaucoup n’ont jamais essuyé pareille hostilité, surtout moins de trois mois après leur prise de fonction.

On peut faire la part des maladresses du nouveau président, de son absence de sensibilité militaire :  même s’il fanfaronne ici ou là au milieu des troupes, il est le premier président à n’avoir pas fait de service militaire. La génération x  y !  

Il faut cependant aller plus profond. La personnalité de Macron rebute bien des gens, surtout dans les armées. Il porte avec lui un air de légèreté qui n’est pas vraiment le genre de la maison

Depuis la République romaine et sans doute avant, le chef militaire, confronté chaque jour à la mort, réalité ultime, est un homme grave. C’est cette gravitas, signe d’une maturité accomplie, que les militaires attendent du chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées. Le moins qu’on puisse dire est que le nouveau président a, en la matière, des progrès à faire. Beaucoup, dans le grand public, ont été par exemple choqués par sa visite à Oradour-sur-Glane où il multipliait de tous côtés les poignées de main à la Chirac semblant confondre ce lieu de mémoire tragique avec un comice agricole.

Sans doute sa vie privée n’appartient-elle qu’à lui. Mais pour exercer l’autorité, il faut donner le sentiment d’une personnalité accomplie. Or Jacques Lacan nous l’a enseigné, c’est la résolution du complexe d’Œdipe qui ouvre douloureusement le sujet au monde réel.  Nous ne dirons pas que Macron ne l’a pas résolu. Mais en politique, seules les apparences   comptent : son curieux mariage avec une femme qui pourrait être sa mère ne plaide pas en sa faveur. 

 

Militaires contre idéologues

  

Il y a plus : sur presque tous les sujets, Emmanuel Macron a fait campagne sur les marqueurs idéologiques qui    depuis quinze ans définissent ce qui est politiquement correct :  Europe, libre-échange, dépassement de la nation (la France étant accusée par lui de crime), mépris des   considérations   culturelles et ethniques par l’ouverture à l’immigration, antiracisme, non-discrimination, hyper-écologie, théorie du genre, vaccins à tout va etc. Sur aucun sujet Macron n’a pris la moindre distance par rapport à la doxa dominante ;   il s’est bien gardé de désavouer non plus celles qui ravagent des secteurs comme l’éducation nationale (méthode globale)[1] ou la justice (culture de l’excuse). Non parce que cela plaisait à ses électeurs, bien au contraire. Mais parce que cela plaisait à ces prescripteurs essentiels que sont les gens de médias, largement intoxiqués à l’idéologie.

Presque tous les ministères ont aujourd’hui leur idéologie, qui généralement suscite l’ire de populations pas toujours conscientes de ce qui leur arrive : l’intérieur veut à toutes forces supprimer 30 000 petites communes, l’équipement veut interdire toute construction hors des périmètres déjà construits, quelles que soient les traditions locales, la santé veut fonctionnariser la médecine libérale etc. Le ministère de la défense n’est pas entièrement exempt de telles idéologies (qui ne sont généralement pas beaucoup plus que des idées simplistes jamais remises en cause ), mais seulement en manière d’organisation, où les civils ont leur mot à dire : ainsi les bases de défense, répondant à la culture du regroupement [2], ont mis plus de désordre qu’elles n’ont fait d’économies. Mais dans l’ensemble le ministère de la défense demeure relativement préservé de l’idéologie. La raison : les engagements opérationnels multiples dans lesquels nos armées sont impliquées permettent un retour d’expérience constant, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des administrations civiles. « Quand le canon tonne, les cons se taisent » dit un vieux dicton militaire. Et aussi les idéologues, l’idéologie ayant pour caractère de faire perdre le sens du réel, éminemment nécessaire au combat.  

Il semble que l’idéologie et le déficit œdipien aillent ensemble.  C’est l’immaturité qui explique le succès des idéologies, particulièrement dans une classe intellectuelle ou médiatique plus à l’abri que le peuple du contact direct avec le réel, parfois si dur. Sur ce chapitre, Emmanuel Macron est bien un enfant du siècle.

                                                                 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] On peut cependant mettre au crédit du nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer de sembler s’affranchir de la doxa égalitariste   de la rue de Grenelle en ouvrant la porte aux redoublements, aux classes bilingues et au latin, ou encore en revenant sur le réforme des rythmes scolaires. Pour le moment, il est bien le  seul.  

[2] Traditionnellement les régiments, devant être toujours prêts à partir en campagne, avaient chacun sa propre intendance. On a cru pertinent , au motif de rationaliser, de regrouper dans des centres appelés « bases de défense » la logistique de plusieurs    régiments, privant les chefs de corps de leur autonomie et entrainant une prolifération des procédures bureautiques, sans même diminuer les coûts comme c’était l’objectif.  

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:05

 

MACRON N’EST PAS DU CENTRE, IL EST D’EXTREME GAUCHE

 

http://www.bvoltaire.fr/macron-nest-centre-dextreme-gauche/

 

Les gens sont crédules. Spécialement ceux de droite. Il suffit que Emmanuel Macron ait dit qu'il n'était "ni de gauche ni de droite" pour qu'ils le croient !

Il est, soit dit en passant, assez significatif du changement d'époque   de voir qu'il y a quelques années, c'était les gens de droite qui, honteux, se disaient apolitiques pour se faire accepter, et qu'aujourd'hui, ce sont au contraire les gens de gauche qui jouent ce jeu comme si s'afficher de gauche était devenu infamant.

Car, n'en doutons pas, Macron est de gauche. Il l’est même sur la plupart des sujets plus que Hollande.

Hollande n'a combattu que mollement l'immigration illégale, mais il n'a pas félicité Angela Merkel pour l'admission d'un million de réfugiés, vrais et supposés ; Macron lui, l'a félicitée, ce qui laisse supposer qu'il est prêt à l'imiter. 

Hollande a fait le mariage homosexuel, Macron envisage la GPA.

Hollande a bien instauré le 19 mars, anniversaire des accords d'Evian, en fête nationale mais il n'est jamais allé jusqu'à qualifier la colonisation de "crime contre l'humanité".

Hollande a fait la réforme du collège, fatale à la transmission de l’héritage, mais il n'a pas dit qu'"il n'y pas de culture française".  

Hollande ne faisait pas comme Macron des discours à l'étranger en anglais ; il est vrai qu’il le parle très mal !  

Sous Hollande, comme sous Sarkozy d’ailleurs, la lutte contre les discriminations homme/femme, français/immigrés, homo/hétéro, la défense intégriste de l’environnement (éoliennes) ont pris une place que beaucoup trouvent excessive et même oppressive quand elle conduit à poursuivre en justice ceux qui s'écartent de la pensée unique. Sur presque tous ces sujets, Macron en rajoute une couche. Il veut même, dans la lignée de son maître à Sciences Po, Richard Descoings, introduire la discrimination positive sous la forme d’ »emplois francs" réservés aux jeunes des banlieues ( au moins de certaines). On peut s'attendre en ces matières à un climat encore plus oppressif. Si Macron  l'emporte, la pensée unique qui domine les médias va aggraver  son emprise : les   dissidents  comme Eric Zemmour  seront encore plus sévèrement  pourchassés.

Hollande "n'aimait pas les riches" et Macron se propose de supprimer l'ISF et de réduire l'impôt sur les bénéfices. Mais il fallait là aussi  toute la bêtise de la droite  pour   croire  Hollande  sur parole et , tombant dans le panneau, lui répondre en faisant l'éloge des riches. Hollande , un des meilleurs amis de François Pinault !  Macron veut supprimer  l'ISF mais sur les patrimoines financiers seulement. Les patrimoines fonciers se verront en compensation beaucoup plus lourdement imposés . L'impôt foncier à la charge des seuls propriétaires aura aussi à financer l'abrogation de la taxe d'habitation que tout le  monde paye.

Oui, Macron poursuivra en pire la politique de Hollande.  Non, il n'est pas du centre, il est d'extrême gauche, la seule vraie aujourd'hui , l'extrême  gauche sociétale. Ceux qui ne le comprennent pas ignorent la nouvelle alliance propre à notre temps  : celle de la finance internationale  ultralibérale avec l'extrême gauche sociétale  ( LGBT,  No borders etc. ) tandis que , sur le plan économique, la finance s'allie aux assistés de toutes sorte , migrants compris,  que la même finance  multiplie en licenciant et en encourageant  l'immigration. Tout  cela au détriment des classe moyennes qu'il s'agit d'écraser encore  car elles   ont le défaut pour les mondialistes  d'être   porteuses d'un héritage de  valeurs  qu'ils veulent détruire.

 

                                                                       Roland HUREAUX

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 16:59

 

Monde & Vie 939 Entretien Roland Hureaux

 

Si vous pouviez murmurer à l’oreille du nouveau président de la République, quel est le premier acte que vous lui conseilleriez de poser ?

Je lui dirais de ne pas faire de lois nouvelles et de commencer par abroger la plupart des lois et décrets de ces dernières années lesquels, pour une grande part, ont aggravé les problèmes au lieu de les résoudre. Cela est particulièrement vrai en matière d’éducation, de justice, d’administration territoriale, de droit de la famille. Jusqu’où faudrait-il remonter ? En tous les cas, il faut abroger presque tout ce qui a été fait au cours du quinquennat Hollande.

Cette proposition est en forme de provocation, mais elle est moins farfelue qu’il ne parait. Le théoricien marxiste Guy Debord, qui a inspiré un philosophe catholique comme Philippe Muray, disait que « la société du spectacle (celle où nous nous trouvons) ne peut plus se réformer que pour faire aller les choses de mal en pis ».

Qui pleurera la réforme du collège, la loi Egalité et Citoyenneté, la modulation des allocations familiales et naturellement les lois Taubira et bien d’autres choses encore, comme la réforme territoriale ou l’extension du délit d’entrave à l’avortement ?

Mais beaucoup d’erreurs ont été commises aussi dans les quinquennats antérieurs. Je pense par exemple que si on n’avait fait aucune « réforme de l’Etat » depuis 25 ans,  les dépenses publiques seraient de 10 % moins lourdes. Paradoxe d’autant plus étonnant que presque toutes ces réformes visaient à les réduire !

Europe, euro, immigration, éducation, culture, questions de société… Le gouvernement de la France a abandonné des pans entiers de souveraineté en même temps qu’il s’immisce à l’extrême dans la société civile. Par où faut-il commencer le redressement du pays ?

Il est clair que les chantiers sont immenses. Certains sont moins urgents : je pense que « plaie d’argent n’est pas mortelle » et que, quelle que soit la nécessité de relancer l’activité économique, de réduire les dépenses publiques, de réformer la fiscalité, d’aménager le territoire au bénéfice des zones déshéritées, on n’en est pas sur ces chapitres à quelques mois près.

Mais il ne faut pas attendre pour infléchir une politique étrangère totalement inféodée à l’OTAN et qui s’est avérée criminelle. Il faut ainsi cesser immédiatement d’aider les groupes djihadistes au Proche-Orient (l’opinion croit que nous les combattons, mais c’est le contraire !). Il ne faut pas attendre non plus pour définir une stratégie industrielle.

La question de l’euro, surévalué, est capitale : à moins qu’un vent de spéculation internationale ne le fasse éclater, le nouveau gouvernement peut, me semble-t-il, laisser passer quelques mois pour prendre des décisions.

Il en est de même pour une éventuelle réforme de l’Union européenne.

L’urgence est plus grande en matière d’éducation pour des raisons de calendrier : la rentrée scolaire est imminente. Un gouvernement de droite, quel qu’il soit, ne saurait la faire dans le cadre tracé par Najat Vallaud Belkacem : compte tenu du délai requis pour faire de nouveaux manuels, le gouvernement devra faire sans délai les quelques réformes urgentes : abrogation de la réforme du collège, retour aux méthodes naturelles d’apprentissage de la lecture, restauration de l’histoire de France, priorité à la langue française etc. Je suggère qu’on reprenne tout simplement les circulaires Robien de 2007, absurdement abrogées par Sarkozy et qui étaient, au moins pour deux d’entre elles, excellentes.

Le problème principal de la France, comme de l’Europe, dont personne n’a parlé dans la campagne, est que sa population ne se renouvelle pas, surtout la population d’origine. La gauche a pris des mesures désastreuses : suppression des allocations familiales de la partie supposée aisée de la population, abaissement du quotient familial. Il faut revenir à ce qui existait avant, et même aller plus loin : la société est de plus en plus hostile à la mère et à l’enfant. Il y a les pressions qui s’exercent impunément un peu partout, y compris dans les familles et les entreprises, pour que les femmes avortent (alors que, comme vous le savez, ceux qui veulent les en dissuader sont passibles de poursuites). C’est toute la mentalité de nos contemporains vis à vis de l’enfant qu’il faut changer. Des gestes forts, pas forcément législatifs, doivent être posés très vite.

 

Un président peut-il afficher ses convictions chrétiennes et cela peut-il, doit-il peser sur ses choix ? Par exemple, face au « mariage » gay, au « droit » à l’avortement, à l’islam, à la mise en œuvre de la laïcité ?

Un président, comme autrefois les rois, a une mission capitale qui passe avant tout : maintenir la paix civile. Cela peut supposer une certaine discrétion dans les affaires religieuses si elles risquent de diviser la communauté. Philippe le Bel qui était un roi chrétien, petit-fils de saint Louis, n’a jamais perdu de vue que sa mission première était le soin du royaume. Le cardinal de Richelieu de même. De Gaulle allait à la messe le dimanche mais il ne communiait pas dans une cérémonie ayant un caractère officiel (sauf à l’étranger pour faire un geste envers le pays hôte). Vous me direz : alors Dieu ne serait pas le premier servi ? Mais rien ne serait plus désagréable à Dieu qu’une guerre civile qui, je crois que saint Thomas le dit, multiplie les péchés de toutes sortes (meurtres, viols, rapines, vengeances) ? Le président doit se montrer le président de tous.

La paix civile peut aussi passer par des mesures de fermeté qui ne sont pas de l’ordre de la morale ordinaire.

Quant aux questions que vous évoquez : mariage homosexuel (pas gai du tout), avortement, ce sont des questions de loi naturelle, autrement dit de morale laïque. C’est le Comité national d’action laïque qui aurait dû prendre la tête de la Manif pour tous pour défendre la morale naturelle. Si des catholiques s’en sont mêlés, c’est à titre subsidiaire, les autres ne le faisant pas : un peu comme le pape Saint Léon le Grand défendait Rome menacée par le Huns : ce n’était pas sa mission première mais la défaillance des autorités civiles l’y avait contraint.

Comme le dit Rémi Brague, il n’y a pas de morale chrétienne, ni de morale catholique. Le Christ se réfère à la loi naturelle (réitérée dans la loi de Moïse). Et cette morale n’est, pour l’essentiel, depuis la préhistoire, que le manuel de survie des groupes humains. Il n’est donc pas nécessaire d’être un chef d’Etat chrétien pour invoquer la loi naturelle qui est au fondement de toutes les sociétés.

Quant à l’islam, sa place dans la société doit aussi être subordonnée au souci de la paix civile. La laïcité a deux significations : la première, l‘exclusion de principe de toute acte religieux de l’espace public, position de quelqu’un comme Mélenchon. Elle n’est pas acceptable. La seconde, la subordination de l’expression religieuse aux exigences de l’ordre public,  est indispensable : elle ne suppose aucune règle générale, il y faut le sens de l’opportunité et le doigté.

Mais le problème de fond posé par l’islam en Europe est d’abord démographique et il n’a pas de solution facile. Il se poserait même si on arrêtait entièrement l’immigration. Il est à craindre que, si la France est un jour, ce que la prolongation des courbes laisse supposer, composée de deux blocs religieux de poids comparable, nous n’échappions pas à de graves troubles. Tous les précédents historiques, sans exception, le montrent.

        

Qu’est-il encore possible d’espérer de cette élection ?

Il n’y a pas à attendre de miracles d’une élection. Le sauveur suprême n’en sortira pas nécessairement. Un peuple a les chefs qu’il mérite ; je ne sais pas si nous en méritons de très bons.

Mais avec le quinquennat Hollande, nous avons eu l’impression de toucher le fond : outre les lois sociétales que vous savez, la déliquescence de l’éducation nationale et de la justice, une politique étrangère honteuse, qui a sacrifié le sort des chrétiens d’Orient et nos propres intérêts à l’idéologie, qui a contribué à semer la guerre en Europe. S’y ajoute le viol des principes les plus fondamentaux de la République et même de l’Etat de droit, dont l’instrumentalisation sans précédent de la justice au travers de l’affaire Fillon est un exemple. Peut-on avoir pire ? J’espère que non.

 

Enfin, sur le plan métapolitique, de quoi la France a-t-elle le plus besoin aujourd’hui ?

Depuis les Lumières, il était habituel d’opposer la raison et la foi ; on opposait aussi la morale naturelle, celle dont je vous parlais, aux exigences ecclésiastiques jugées exagérées ou contre nature.

Le pape Jean Paul II a renversé la perspective dans son encyclique Fides et ratio. Quand les hommes perdent la foi, ils perdent aussi la raison. De même que, si le fond chrétien est trop affaibli, la morale naturelle qui était, pour l’essentiel, commune à l’Eglise et aux vieux laïques comme Jules Ferry, part à vau l’eau.

La déraison en politique, cela s’appelle l’idéologie qui est le contraire du bon sens, du « sens commun » si vous voulez.

L’idéologie a aujourd’hui envahi tout. Ce n’est pas une grande idéologie du type du marxisme léninisme, ce sont des dizaines d’idéologies sectorielles comme le collège unique ou les idées de Bourdieu à l’éducation nationale, les idées libertaires et antifamiliales, le marché pur et parfait promu à Bruxelles, le droit-de-l’hommisme exacerbé à l’international qui a conduit à des catastrophes. L’idéologie, comme la gnose autrefois, fait perdre le sens du réel. C’est pour cela que je disais que la plupart des réformes de ces dernières années étaient mauvaises.

Mais derrière, il y a la société civile : si elle ne se renouvelle plus sur le plan démographique, c’est qu’elle ne croit plus à son avenir. Peut-elle retrouver la foi en elle-même sans la foi tout court ? Voilà une vraie question.

Propos recueillis par Jeanne Smits

 

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 15:37

DEFENDRE LE QUOTIENT FAMILIAL

 

2012

 

Que François Hollande ait proposé de supprimer le quotient familial  déjà plafonné depuis  1981, témoigne d’abord  de son manque d’imagination : il a sans doute demandé des idées à ses correspondants de Bercy et on sait que l’illustre maison,  depuis trente ans, propose cela  dès qu’il manque de l’argent dans la caisse,   ce qui arrive souvent.

Mais il  n’est  pas le seul. Bruno Le Maire, en charge du programme de l’UMP,   avait  déjà,  il y a deux mois,  suggéré  d’imposer les allocations familiales.  La cible était la même.  Comme le célèbre barde gaulois, il fut immédiatement  ligoté et  bâillonné ! La proposition fit long feu.

Il  y a deux ans, il avait été question de supprimer la carte de famille nombreuse de la SNCF. Là aussi, devant le tollé, on la rétablit, plus avantageuse. Réussie parce que faite en catimini  fut par contre la  réduction des bonifications de retraites en fonction du nombre d’enfants,  suppression qui est une absurdité démographique

L’idée de réduire  les avantages familiaux, que la non-revalorisation régulière et le pompage continu  du régime famille au  bénéfice du régime vieillesse érode déjà au fil des ans, est récurrente. Mais elle  suscite heureusement de fortes résistances  dans la société française, bien au-delà d’associations familiales affaiblies. Juppé s’y était cassé les dents en 1995, Jospin en 1997. La leçon n’a pas encore été comprise apparemment : on oublie vite,  de nos jours.   

« Le quotient familial a pour objet de favoriser la natalité en général. Pas favoriser la natalité chez les classes modestes uniquement, mais chez tous les Français dans leur ensemble. », dit un blogueur pourtant  hostile  à la proposition de Hollande.

Non, il  ne s’agit,  à la base de ne  rien favoriser du tout, mais    d’établir une  simple  justice : serait-il juste, à revenu  égal, d’imposer de la même manière ceux qui élèvent des enfants et ceux qui n’en élèvent pas ?

Ce qu’on dit très peu : la politique familiale est en fait  la contrepartie des retraites obligatoires.  Ceux qui travaillent ont,  tous ensemble,  la charge du troisième  âge et celle du premier âge. La charge du troisième âge est largement mutualisée du fait des retraites par répartition. Qu’en compensation,  celle du premier âge fasse l’objet d’une  prise en charge collective au moins  partielle  est aussi une mesure de justice. D’autant que pour que demain le troisième  âge soit soutenu, il faut que  le premier le soit aujourd’hui. Les pays européens – presque tous sauf la France – qui ont perdu de vue cette logique  démographique  élémentaire   vont   le payer cher.

Quant au quotient familial lui-même, voté à l’unanimité en 1945, socialistes  et communistes compris, on peut en effet dire  qu’ il favorise les revenus élevés. Mais à l’âge où les enfants sont encore à charge – disons entre 25 et 45 ans,  bien peu gagnent des cent et des mille,   hormis  quelques golden-boys qui se targuent souvent  de ne pas avoir d’enfants et peut-être même votent à gauche.  Les revenus vraiment  élevés ne viennent, quand cela arrive,  dans notre société gérontocratique, que sur le tard , à un moment où les enfants sont  déjà grands.

A vrai dire, toute  proposition, quelle qu’elle soit,  qui tendrait à affaiblir le système d’aide aux enfants (nous préférons  cette  expression qui rappelle que  beaucoup   sont aujourd’hui  élevés dans des familles monoparentales ou recomposées ) aggraverait un double déséquilibre :

  • L’évolution conjuguée de l’impôt sur le revenu, qui , depuis trente ans, n’a cessé de baisser, des prestations familiales qui n’ont cessé d’être érodées et du quotient familial, qui, lui, a été plafonné , font que pour les  classes moyennes , les impôts  nets  payés  n’ont cessé de baisser pour ceux qui n’avaient pas d’enfants et d’augmenter  pour ceux qui en avaient.
  • Du fait du chômage, de la  baisse relative des salaires dans la valeur ajoutée,  et surtout de la fin de l’inflation ( qui  favorisait  les  jeunes qui achètent une maison), le rapport des revenus entre la partie médiane de la population : jeunes foyers, jeunes parents, jeunes salariés et la partie ancienne,  salariés en haut de l’échelle, retraités, n’a cessé de se dégrader au détriment des premiers. Que les référendums sur l’Europe aient donné le maximum de non chez  les jeunes actifs est significatif.  

Mais il est un paradoxe plus profond : le souci de rigueur  budgétaire « à l’allemande »  qui  sous-tend la politique de l’euro  est celui d’une société déjà  vieille et  frileuse pur qui la stabilité, notamment monétaire, est la valeur absolue. En revanche,  les tranches les plus âgées de la  population sont  les plus favorables à la monnaie unique, gage de  stabilité.  En « tapant », pour sauver celle-ci,  et  pour trouver des économies  sur les  transferts – ou déduction d’impôts - réservés au   soutien des plus jeunes, c’est dans une véritable spirale de mort que s’enfoncerait  la France.

On connaît la situation catastrophique de la démographie allemande. Depuis 2000 et pour  la première fois depuis 1870, il y a plus de naissances en France qu’en Allemagne. S’il y a quelque chose à prendre du modèle allemand, ce n’est sûrement  pas son évolution démographique. En envoyant un signal négatif, quel qu’il soit,   à ceux qui se préoccupent de reconduire les générations, c’est cette mauvaise voie que nous emprunterions.

 

Roland HUREAUX *

 

 

 

Vient de publier La grande démolitionla France cassée par les réformes, Ed. Buchet-Chastel, janvier 2012

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 15:19

Chers Amis,

Après quelques mois de suspension dont je vous prie de bien vouloir m'excuser, je reprends mon blog.

Il commencera par tous les articles en retard, en principe en ordre chronologique ( les plus récents à la fin).

Certains sont datés , en particulier par rapport à la campagne présidentielle. Mais la plupart ont un intérêt général qui dépasse les circonstances qui les ont vus naître  et je pense  que vous y trouverez des enseignements  à caractère général qui retiendront  votre intérêt.

Ecrire prend du temps, tenir un blog, dans son aspect technique, aussi.

C'est pourquoi je recherche une personne qualifiée qui m'aiderait  à tenir le blog, sachant que c'est moi qui écrirai les articles. Je remercie par avance celui ou celle qui se proposera (roland.hureaux@orange.fr).

Bien cordialement.

Roland Hureaux

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4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 16:51

Paru dans Liberté politique, mai 2021

 

Depuis la prise de fonction de Joe Biden, l’agressivité américaine vis-à-vis de la Russie   monte dangereusement, sans que cela doive nous étonner au vu des positions antérieures des démocrates.  Que le nouveau président ait qualifié Poutine de « tueur » le 17 mars dernier est assez stupéfiant :  c’est sans précédent dans les relations entre les deux pays.  Moscou a immédiatement rappelé son ambassadeur. Le   nouveau secrétaire d’Etat, Antony Blinken, avait déjà dit : « Nous allons travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits de l’homme. »

L’exercice Defender Europe 2021 des forces de l’OTAN en Europe orientale qui commence s’est accompagné de provocations verbales du président de l’Ukraine qui ont obligé Poutine à faire une démonstration de force à la frontière des deux pays. Biden le matamore a dû composer.

 

Atmosphère de guerre à Washington

 

Dans leur cocon introverti, les Français ne se rendent pas compte de l’atmosphère qui règne à Washington vis-à-vis de la Russie. La plupart des décideurs démocrates sont persuadés que Poutine est Hitler et qu’il faudra l’arrêter comme les Européens auraient dû arrêter Hitler en 1936-38.   Les Européens qui devraient être mieux informés, au moins les Britanniques, ont une vision analogue.  La Pologne, les pays baltes et même l’Allemagne ne sont pas loin de raisonner de même.  L’hystérie antirusse règne tout autant dans les bureaux de Bruxelles et au Parlement européen.

Les think tanks américains   se livrent à des simulations dans l’hypothèse d’une guerre nucléaire limitée en Europe.

Que l’oligarchie américaine   se soit persuadée que le régime russe actuel était comparable au socialisme national allemand ( dit nazisme) explique la haine extraordinaire qui règne aujourd’hui en son sein vis-à-vis de la Russie. Les Russes, qui ont tendu   la main à plusieurs repises, en vain, aux Européens et même aux Américains ont fini par se rendre compte qu’il n’y avait rien à tirer ni des uns ni des autres.

Cette haine faisant craindre le pire, il importe de l’analyser pour la comprendre.

Le rejet du président Trump[1] par l’establishment qui a abouti à la désignation de Biden s’explique en partie par le fait qu’il fut suspecté de vouloir trouver un arrangement avec Poutine. Mis en accusation devant le Congrès pour cette supposée collusion, il parvint non sans mal à être innocenté mais sans éliminer tout soupçon. Il ne fait pas bon avoir aujourd’hui une attitude pacifique envers la Russie à Washington.

 

Puissance et valeurs

 

On pourrait se contenter d’expliquer cette attitude des Américains et de leurs alliés européens par leur ignorance abyssale de l’histoire et de la science politique. Bien qu’elle ait enseigné dans les universités de Princeton et de Columbia, nul d’entre eux ne semble avoir lu Hannah Arendt et donc compris la différence entre un régime totalitaire et idéologique et un simple régime fort qui défend   son intérêt national. Aussi bien dans le socialisme soviétique que dans le socialisme national allemand, prévaut une ambition universelle :  étendre la révolution prolétarienne dans le monde entier pour le premier, faire un homme nouveau à partir de la race supérieure, pour le second. L’ambition universelle entraine l’impérialisme, même si celui du socialisme soviétique fut contenu par la guerre froide. Il est clair que, par rapport à ces catégories, qui devraient être enseignées en première année de sciences politiques, Poutine n’a pas la volonté de répandre ses deux références majeures : le christianisme orthodoxe et le culte de la patrie russe et n’est donc pas un idéologue. S’il est normal qu’il se défende, il est aussi clair qu’il n’a nullement l’intention de partir à la conquête du monde.

En revanche, les Américains d’aujourd’hui, spécialement, ceux de la tendance dite « néo-conservatrice » et qui sont en réalité de gauche[2] ,  dès lors qu’ils veulent répandre les valeurs américaines à travers le monde, en obligeant par exemple les petits pays d’Afrique et l’Amérique latine à adopter le mariage homosexuel, ou en voulant, comme ils l’ont fait en 2011, démocratiser de force  les pays arabes, sont naturellement enclins à l’impérialisme. Qui d’autre a déclenché neuf guerres depuis 1990[3] ?   Il faut l’abyssale bonne conscience du puritanisme américain pour ne pas se rendre compte de ce que le reste de la planète sait : ce sont eux qui menacent la paix du monde.

Un pays est d’autant plus dangereux qu’il se croit investi de la mission de répandre des valeurs universelles. C’est pourquoi la Russie orthodoxe est bien moins dangereuse que la Russie communiste.   

Ne pas vouloir conquérir le monde ou y répandre ses idées ne signifie pas qu’on doive se laisser marcher sur les pieds.  Hors de l’idéologie,  reste le politique classique : tout pays indépendant veut être « prospère à l’intérieur et respecté à l’extérieur », spécialement dans son environnement immédiat. Toute grande puissance a le droit d’exiger un glacis de sécurité minimum, ce qui ne signifie pas qu’elle veuille l’élargir au monde entier. La France respecte l’indépendance de la Belgique mais elle prendrait sans doute mal que celle-ci reçoive sur son sol des batteries de missiles chinois pointés sur  Paris.

Tenir la Russie pour un Etat agressif et l’Amérique pour une championne de la paix alors que les armées de l’OTAN cernent la Russie tout autour : Pays baltes, Pologne, et même un temps Géorgie, témoigne d’un aveuglement singulier. Que dirait-on si c’étaient les armées russes qui stationnaient au sud du Rio Grande avec des missiles pointés sur les Etats-Unis ?

Poutine a certes commis une violation du droit international en annexant la Crimée.  Plus grave que l’indépendance conférée par les Etats-Unis au Kosovo ?  On peut en discuter. Il reste que la révolution dite de la place Maidan qui avait eu lieu en Ukraine en 2014, téléguidée de Washington[4], conduisait à ce que l’Ukraine rejoigne le nouveau cordon sanitaire établi par l’OTAN autour de la Russie. Que Poutine n’ait pas accepté que Sébastopol, base navale historique de la Russie, devienne une base de l’OTAN n’en fait pas un nouvel Hitler. Rien à voir entre l’annexion  de la Crimée et celle des Sudètes que sous-tendait un plan de conquête du monde.  Les Occidentaux ont aussi cru en 2011 que la Russie allait lâcher la Syrie, dernier allié qui lui restait au Proche-Orient, des neuf qu’elle avait du temps du communisme[5]. Même un homme aussi averti que Brezinski dit sur sa fin que la politique de Poutine était incompréhensible. Il nous semble au contraire qu’il n’y a en a pas de plus claire.

 

Rome et Carthage

 

Une autre raison de l’incompréhension des Etats-Unis pour la nouvelle Russie tient au vieux fantasme issu de la géopolitique de Mackinder (1861-1947) l’idée contestable que le pays qui tient la charnière entre l’Europe et l’Asie, le heartland, tient la clef de la domination du   monde. Pour le même Brezinski, la Russie cesse d’être une grande puissance si elle ne contrôle plus l’Ukraine. Sous les apparences scientifiques, cette théorie tient du fantasme. Elle n’en a pas moins conduit à l‘actuelle guerre d’Ukraine.  Pour les néo-conservateurs américains, si l’Ukraine et les anciennes républiques soviétiques échappaient au contrôle de Moscou, l’étape suivante serait un démantèlement progressif de la Russie en provinces plus ou moins indépendantes[6].  Qui s’étonnera que Poutine, très au courant de ces théories fumeuses, ne se soit pas laissé faire ?

Derrière cette volonté de réduire à néant la puissance russe qui s’exprime dans les sphères dirigeantes américaines, l’image de la rivalité entre Rome et Carthage. Curieusement, alors que durant la guerre froide, l’enjeu idéologique de la rivalité était essentiel, l’habitude avait été prise en Occident de penser que le communisme soviétique était une réalité pérenne avec laquelle, tout en la contenant, il fallait composer. Depuis que la Russie n’est plus porteuse d’une idéologie expansionniste et qu’il est donc possible de composer avec elle, c ‘est alors qu’on veut l’anéantir.

Mais ces considérations ne nous ont pas encore amené à la pointe extrême de l’explication de l’hostilité hystérique des  cercles dirigeants occidentaux à l’égard de la Russie de Poutine.  Pour la comprendre pleinement, il faut prendre en compte le fait idéologique.

 

Le fait idéologique

 

Les Russes le connaissent parfaitement : ils en sortent. Pendant 73 ans, de 1917 à 1990, ils ont vu chez eux les effets désastreux de l’idéologie marxiste-léniniste : oppression totalitaire, goulag, inefficacité économique, clochardisation morale sous l’effet de la destruction des valeurs traditionnelles, notamment religieuses. Ayant vécu une telle expérience, les ex-soviétiques sont, si l’on peut dire, vaccinés et n’ont nullement envie de la refaire. Ils savent que c’est l’attachement officiel à la religion orthodoxe, principale cible du marxisme et aux principes d’une politique purement nationale qui les en préserve.

Ils ne manquent pas de voir, avec bien plus de lucidité que nous, à quel point le fait idéologique, sous un nouvel avatar, s’est emparé aujourd’hui de l’Occident : démocratie et libéralisme mensongers, prétention de répandre des valeurs tenues pour universelles, prétention de faire un homme nouveau par la négation de la nature (au travers par exemple de la théorie du genre), négation des valeurs spirituelles et matérialisme antichrétien, recul des libertés.

Qu’est-ce que l’idéologie ?  Nous dirons qu’il s’agit d’une théorie politique ayant le double caractère d’être simplifiée et de se vouloir messianique. Simplifiée parce qu’elle enferme la réalité sociale dans des idées trop simples : lutte des classes ou lutte des races , suppression de la propriété, de la famille ou de la nation, libre-échange tenu pour un absolu. Inadaptés à une réalité sociale nécessairement complexe, ces principes ont toujours des effets pervers qui suscitent la dissidence des peuples.

Mais l’idéologie se veut également messianique : elle ambitionne  de faire avancer l’humanité vers un stade supérieur, une « fin de l’histoire », ce que l’on appelle de manière édulcorée le « progressisme ». L’enjeu du combat politique n’est donc pas seulement politique mais moral et métaphysique.  Même si le royaume de l’idéologie est de ce monde, il suscite, compte tenu de son enjeu, un fanatisme religieux qui a de nombreux effets : le manichéisme, la politique conçue comme une lutte du bien contre le mal, la légitimation, au nom de l’idéologie, de toutes les entorses aux principes les plus sacrés : lois constitutionnelles, régularité électorale, morale commune, libertés, démocratie, vérité. Entorses fondées sur l’idée que les peuples, naturellement rétrogrades , n’avanceront dans le sens du supposé progrès que si on les y contraint.   Comme on le voit aujourd’hui en Occident, l’idéologie (autrement dit le « politiquement correct ») refuse le débat et même le pluralisme, tout opposant à l’idéologie dominante « ne méritant pas d‘exister ». Les vrais ennemis de l’idéologie sont la common decency chère à Orwell, le bon sens, la, nature, la raison et, la plupart du temps, le fait religieux.

 

L’héritage des Lumières

 

Le fait idéologique, aujourd’hui si répandu, n’a pas toujours existé. Il est une suite de la philosophie des Lumières.  Tout dans les Lumières n’est pas idéologique. Mais elles ont pu, dans certains contextes, dégénérer en idéologie. Le rationalisme porte en lui la folie quand il part de schémas simples, trop simples, point de départ d’une logique implacable qui ne sait pas s’arrêter. Comment l’arrêter en effet sans basculer sur une autre logique, ce que l’idéologue est incapable de faire ? La déraison idéologique n’est pas le contraire de la raison, elle est la raison devenue folle dès lors qu’elle part de prémisses fausses – ou au mieux ultra-simplifiées - et que de là elle poursuit une démarche logique dont les conséquences ultimes sont folles. En tout état de cause, l’idéologie ne saurait appréhender la complexité du monde ou la complexité de ce qu’il faut prendre en compte pour gérer une société selon les voies de la politique ordinaire. Elle se réfère néanmoins à la science, une fausse science. Karl Marx, athée militant, disciple de Hegel et dont le système avait une prétention scientifique, s’inscrivait clairement dans la suite de la philosophie des Lumières. Malgré les apparences, Hitler aussi, au moins en partie, en ce que, déjà transhumaniste, il croyait à la possibilité de faire émerger par une démarche scientifique de type darwinien, le surhomme annoncé par Nietzsche. L’idéologie ultra-libérale et libertaire moderne a également  des présupposés scientifiques faux, comme la théorie du genre.

Les idéologies ont un caractère fusionnel : fusion de individus dans l’Etat fasciste et nazi, fusion des classes sociales et des propriétés individuelles dans le communisme, fusion des Etats, des sexes (genres), des races dans la théorie « libérale » libertaire et mondialiste. Elle suit ainsi la démarche inverse de la Genèse où Yahvé crée le monde par des dissociations progressives : la lumière et les ténèbres, la terre et le ciel, la terre et l’eau, les plantes et les animaux, les animaux et l’homme, l’homme et la femme. Elle s’oppose plus largement  à  la vie qui est différence. Le but de l’idéologie est au contraire l’indifférenciation, autre nom de la mort.

L’autre caractère de l’idéologie est la prétention à faire le salut de l’homme, non par un Royaume de cieux au caractère eschatologique, mais dès ce monde ci en faisant accoucher une société parfaite ou, au moins, en suscitant le « progrès » vers cet horizon – progrès qui rejette, sans débat, aux « poubelles de l’histoire »[7],  au statut de vil réactionnaire, tout ce qui pourrait s’y opposer. La croyance à un progrès séculier, voire   à un salut terrestre, opposé au salut eschatologique judéo-chrétien est aussi une conséquence des Lumières.

L’actuel régime russe, issu de la chute du communisme, lequel avait    montré les conséquences funestes d’une démarche idéologique issue des Lumières, est fondé, sur le rejet de toute idéologie et sur le retour aux valeurs traditionnelles du christianisme russe et de la tradition nationale. C’est en un sens une négation des Lumières, non pas pour un retour à un obscurantisme supposé   comme le disent ses opposants idéologues, mais pour des réalités humaines à la fois traditionnelles et fondamentales, comme la famille, plus naturelles et moins dangereuses que les raisonnements abstraits et pour finir criminels des idéologies.

A partir de là, Il est clair que la Russie actuelle s’inscrit comme une négation de toutes les idéologies, notamment du communisme et de l’ultralibéralisme libertaire. Ce que la guerre froide n’a pas permis de voir : la parenté profonde du communisme et du libéralisme occidental, qui ne sont que deux branches des courants issus des Lumières ; en définitive, la Russie de Poutine, si elle est bien moins dangereuse pour la paix du monde, représente une contestation beaucoup   plus radicale du libéralisme libertaire que ne l’était le communisme. Nous le voyons dans les anciens pays de l’Est où les adeptes les plus motivés de l’Europe supranationale (branche du mondialisme idéologique) et de ses prolongements libertaires   sont les anciens communistes alors que les anciens dissidents, comme Orban, soutiennent au contraire les voies traditionnelles.

On pourrait considérer la voie choisie par la Russie comme une voie parmi d’autres laquelle, après tout, ne devrait gêner personne et n’empêcherait pas de suivre leur propre chemin les pays ayant adopté des régimes idéologiques dits « progressistes », comme l’ont fait les pays occidentaux, en tous les cas leurs dirigeants ; mais, avons-nous dit, l’idéologie est à la fois universaliste et intolérante.  Ajoutons que sa capacité à s’étendre hors de sa sphère d’origine est, pour ses tenants, la preuve de sa vérité. C’est pourquoi l’existence même des choix traditionnalistes, comme celui de la Russie de Poutine, constitue une contradiction insupportable pour les adeptes du progressisme libéral libertaire occidental. Pout les adversaires les plus enragés de la Russie, comme Hillary Clinton, si Poutine a raison, alors   tout ce sur quoi ils ont fondé non seulement leur carrière mais leur vie perd sons sens. Poutine est haï parce que ses choix remettent en question à leur racine les bases de l‘idéologie sur laquelle fonctionne aujourd’hui l’Occident : leurre, l’Etat mondial, leurre, le libre-échange généralisé, leurre, la croyance au progrès (en dehors du progrès scientifique et technique), leurre la fin de l’histoire par la généralisation de la démocratie libérale (qui n’est plus ni démocratique ni libérale), leurre la théorie du genre etc.  Poutine pose aux dirigeants occidentaux une question de vie et de mort, non parce qu’il les menacerait militairement mais parce qu’il remet en cause radicalement tout ce qu’ils croient et en définitive ce qui fait leur raison d’être et leur pouvoir.

 

Idéologie et autisme

 

Ajoutons que la démarche idéologique engage ses adaptes dans une vision autiste du monde, encadrée par des concepts simplifiés, comme nous l’avons vu, et les rend radicalement incapables de comprendre ceux qui ne sont pas dans le même système, à fortiori ceux qui ne sont dans aucun système.

C’est ce qui explique l’invraisemblance bonne conscience du mainstream américain incarné aujourd’hui par le parti démocrate : les Etats-Unis ont des troupes tout autour de la Russie et c’est la Russie qui est agresseur.  Tous les médias soutiennent Biden, les opinions dissidentes sont pourchassées par les Gafams, et c’est l’Amérique qui est le pays de la liberté     et la Russie qui ne l’est pas.  Biden a été le vice-président d’Obama qui a décidé de centaines d’assassinats sans jugement à travers le monde   et c’est lui qui traite Poutine    de tueur ! Biden est soupçonné d’une gigantesque fraude électorale dont seule l’ampleur est incertaine et il ne doute pas d’ incarner la démocratie, C’est ce qu’on appelle l’inversion accusatoire, propre à tout système idéologique mais particulièrement inquiétante quand elle est de bonne foi. 

Il est bien connu que les Américains ont toujours eu du mal à comprendre le reste du monde. Cette incapacité n’a fait que s’accroître (en exceptant la parenthèse Trump), au fur et à mesure que le régime américain est devenu de plus en plus idéologique. A cet égard, la situation n’est pas la suite de ce qu’elle était du temps du communisme. Les universités et les think tanks américains savaient comment fonctionnait le communisme. La CIA aussi. Les Soviétiques, loin d’être aveuglés par leur idéologie, connaissaient leur adversaire libéral, surtout depuis que Staline avait tempéré le léninisme pur et dur en réhabilitant certaines réalités naturelles comme la patrie ou la famille.  Autre dissymétrie :   l’oligarchie soviétique, dès les années cinquante ,  avait   perdu la foi dans le communisme ; elle vivait dans le mensonge en le  sachant , ce qui lui permettait de comprendre le reste du monde ,   alors que l’oligarchie mondialiste d’aujourd’hui , elle,  croit toujours à son idéologie ; elle  croit  que Poutine est  Hitler, elle croit , contre l’évidence, qu’elle défend la démocratie libérale et la paix,  elle croit que l’avenir est à un Etat mondial, elle se ment à elle-même mais elle ne le sait pas.  « Nous pouvons instaurer la justice raciale et faire en sorte que l’Amérique redevienne la première force du Bien dans le monde » dit en toute bonne foi Biden.  A la différence des dirigeants américains de la guerre froide, l’Amérique n’est guère armée intellectuellement pour comprendre la Russie.   Alors que, sous la guerre froide, ils se comprenaient réciproquement, aujourd’hui, les Russes comprennent très bien les Américains car ils savent comment fonctionne l’idéologie, mais les Américains ne comprennent pas les Russes. Est-il nécessaire de dire qu’une telle situation est porteuse des plus dangereux malentendus ?

 

Roland HUREAUX

 

[1] Il fait peu de doutes que les démocrates se sont livrés à une fraude  gigantesque dans cette élection. A-t-elle renversé le résultat ? Il est difficile de le dire.

[2] Le néo-conservatisme est un terme fallacieux :  désignant un impérialisme idéologique fondé sur les valeurs dites « libérales », il a été fondé par des trotskystes qui se sont d’abord appuyés sur les Républicains, puis sur les Démocrates.

[3] Koweït (la plus excusable, en théorie défensive), Rwanda (selon Boutros-Ghali), Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

[4] « Un coup d’Etat de la CIA » (Valéry Giscard d’Estaing)

[5] Syrie, Irak, Libye, Algérie, Yémen du Sud, Ethiopie, Somalie, OLP, Afghanistan après 1979.

[6] Zbigniew Brezinski, Le grand échiquier, 1998.

[7] Une expression aujourd’hui perdue de vue, issue de la doxa marxiste du temps de Staline.

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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 14:06

« C’EST CELUI QUI LE DIT QUI L’EST »

 

Discours de haine et inversion accusatoire

 

Les Antifas tentent d’empêcher une réunion publique d’Éric Zemmour à Nantes tout en demandant, impunément, qu’on l’assassine . Cent cinquante journalistes appellent dans Mediapart à faire le black-out sur sa campagne au nom de la lutte contre le fascisme, le racisme, l’homophobie : « nous ne serons pas complices de la haine » disent-ils.

Ces positions suscitent bien entendu une indignation légitime, surtout quand elles sont adoptées par des hommes de gauche qui cultivaient autrefois les valeurs la liberté, de tolérance, d’ouverture au débat auxquelles ils ont aujourd’hui manifestement tourné le dos. De telles prises de position, qui sont loin d’être isolées, laissent augurer une campagne présidentielle d’une extrême violence, porteuse de tous les dangers, analogue à celle qui a eu lieu il y a un an aux Etats-Unis.

 

Le fait idéologique

 

Il est difficile de comprendre cette montée aux extrêmes sans faire référence à l’idéologie au sens que Hannah Arendt donnait à ce terme. Par rapport à ce critère, non, Zemmour et ses adversaires ne doivent pas être mis dans le même sac.    Seuls ses adversaires de gauche adoptent, et cela sur presque tous les sujets, des postures idéologiques. Idéologie :  conjonction de la simplification de la pensée et du messianisme, projet politique qui ambitionne de reconstruire le monde à partir d’une vision erronée de la société et de l’histoire. Simplification, l’idée que le monde sera meilleur si les nations, mais aussi les cités, les tribus, n’ont plus droit à l’existence, simplification la conviction  que le masculin et le féminin ne sont que des constructions culturelles destinées à cacher la domination masculine et que le salut du monde passe par leur abolition. Simplification l’idée que le monde doit aller vers une suppression de la police (ce qui arrive aux Etats-Unis dans certaines villes démocrates, livrées à l’anarchie ) et que ce qui se joue dans les tribunaux n’est qu’un rapport de domination. Simplification que de penser que le monde doit aller  vers un métissage généralisé.  Contrairement à ce que croient les idéologues, le monde est complexe.

A partir de ces simplifications, ils construisent une utopie   de portée quasi-métaphysique : fin de l’oppression de classe, de race, de sexe, des frontières etc.  Ce qu’on appelle paresseusement le progressisme, c’est cela : fixer une direction à la société vers un mieux utopique qui parait à ses adeptes si évidente et si nécessaire qu’ils n’imaginent pas que tout le monde ne s’y rallie pas.  Dès lors nait une intolérance absolue : ceux qui ne se rallient pas sont soit bornés soit pervers.  Pour que le projet se réalise, il faut qu’ils soient éliminés par tous les moyens, y compris la force, et ne méritent surtout pas que l’on discute avec eux.

Dans une compétition électorale, le débat peut rester serein si aucun des deux camps n’est dans une démarche idéologique. Il tournera à la guerre civile si les deux le sont : par exemple dans l’Espagne de 1936.  Il le sera aussi si un seul des deux camps fonctionne sur un mode idéologique. C’est ce qui se passe aujourd’hui.

C’est dire que dans les débats pré-présidentiels actuels, il ne faut pas établir de fausse symétrie. Même si Darmanin découvre  toutes  les semaines  un groupuscule radical   qu’il situe à l’extrême droite, ce groupuscule   n’a aucun rapport avec Eric Zemmour ; et si ce dernier  n’existait pas, nul doute que les idéologues trouveraient un nouvel adversaire à diaboliser car l’idéologie a besoin d’une bête noire. Dans les années soixante, c’est le général de Gaulle lui-même qu’on traitait , à jet continu, de fasciste.

Pour savoir qui est l’idéologue, il faut chercher qui est le premier à user de méthodes violentes, ou qui est le plus violent. Dans la situation actuelle, la réponse est claire : c’est l’extrême-gauche qui ne veut pas jouer le jeu.

 

L’inversion accusatoire   

 

Mais alors pourquoi ces gens prétendent-ils lutter contre la haine ?   C’est que la démarche idéologique revêt un autre caractère, ce qu’on peut appeler l’inversion accusatoire : le fait d’accuser l‘autre de ses propres turpitudes avec tant de véhémence que l’opinion non prévenue peut s’y tromper. Si l’un des deux camps accuse l’autre, sur un ton hystérique, d’être haineux, une chose est certaine, c’est que lui l’est. « C’est celui qui le dit qui l’est » dit-on dans les cours de récréation.

On peut reconnaitre la démarche idéologique à différents symptômes que nous avons relevés : simplification, utopie, sens falsifié de l’histoire, manichéisme – il y en a d’autres.  Mais il y a un  symptôme sûr :  l’inversion accusatoire.

Dès qu’elle apparait dans la confrontation, rien ne sert de s‘indigner, et il ne faut   surtout pas se laisser intimider, il faut comprendre que c’est là le signe le plus manifeste de la démarche idéologique avec tout ce qui va avec : intolérance, refus du débat, violence verbale conduisant à la violence physique, remise en cause de toutes les règles du jeu, éthiques ou juridiques, et … haine.

Dès lors qu’on ne la confond pas avec les oppositions religieuses ou le souci légitime de l’identité, la vraie haine raciste est rare en France. Elle n’atteint pas en tous les cas le degré de fureur de la haine antiraciste ou prétendue telle.   C’est peut-être le plus grand inconvénient de la « diversité » promue par certains, c’est qu’elle ouvre la porte à la haine antiraciste laquelle, comme toute haine idéologique est hyperbolique – souvenons nous des « vipères lubriques » de Staline.  C’est là aujourd’hui le danger ; il faut le conjurer et pour le conjurer le bien comprendre.   Il en va de l’avenir de la démocratie.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 19:59

MACRON EST-IL VRAIMENT INTELLIGENT ?

 

https://www.causeur.fr/macron-reformes-lepre-sondages-popularite-152849

29/07/2018

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.  Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.  Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français -  qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et  ne signifie pas non plus qu’il ait des idées.   

L’OPA magistrale[1] qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence.  En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir violé les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous   les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on  !  La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Macron  fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et dès lors les Français à se demander à quoi elle sert.     

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.  

Ses nombreux faux-pas diplomatiques,  tant  à l’égard des Etats-Unis que  de l’Italie ou des pays du groupe de Visegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que  le nouveau président soit  vraiment aussi intelligent qu’on le  dit et qu’il le croit.

 

 

Une vision de l’Europe déphasée

 

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela  n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté   sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris   pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos.   La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement   combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France -   surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés.  Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent    au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme , moderne mais il refuse l’histoire. 

 L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme intelligent ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov[2] !)  que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer  la singularité française ? Beaucoup  se le demandent. 

 

Macron sur les rails

 

Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie :  si le front ukrainien semble un peu calmé - grâce à Trump plus qu’à Macron  - ,  les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près   de l’être et lèsent toujours autant  les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à  célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe,  rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

De tous temps, les changements à la tête de l’Etat ont servi    à corriger la ligne politique d’un pays    quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer.  Or elle l’avait été rarement  aussi mal  qu’en  Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques,  le soutien constant aux milices djihadistes, les  mêmes qui se félicitaient bruyamment des  attentats en France (  quand elles  ne les avaient  pas organisés) , la  diabolisation  hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale, - du gouvernement syrien,  tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient,  nous  ont aliéné inutilement  un pays , ancien mandat français, qui avait été au cours des deux  dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours   en sont pour leurs frais.  Visiblement Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser toujours aussi   stupidement Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères [3],  sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour quoi y faire : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente  les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant.  Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change [4]. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

 

Des réformes sans imagination

 

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le  dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il   donne le vertige par la multiplication des projets de réforme.

Mais    quelles réformes ?  La vérité est que loin d’être originaux, les projets Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

 Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération   au mérite de fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les   effets pervers ?   Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la   promotion (ou prime) canapé, l’ambiance s’ en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les  deux piliers de l’Etat  que sont le ministère des finances et  la représentation locale de l’Etat ont  été gravement désorganisées.  Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances  travail, auxquelles certains trouvent cependant  quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une   mise aux normes européenne ?  Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient      au moment   où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles.   Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt ou la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles   rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. 

Il est vrai que, par exception,  l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs :  il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on   ne la voie pas ailleurs !

 

La communication d’abord

 

De cette réformite sans imagination, deux lectures.  Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire.  Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à   Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « Le société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière »[5] . Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Les réformes de type technocratique   ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons  à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère   qui est le responsable de ces maux ? La   technocratie française   élabore des   projets de réforme   qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la  complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper   les communes, fusionner   les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux   normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac). Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime.  On se contente d’y voir l’effet   de l’archaïsme, de la routine, d’un   conservatisme « bien français ». Nul   n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter.  Penser qu’il pourrait y avoir  de bonnes et de mauvaises   réformes comme il y a de bons et de  mauvais remèdes, est une question hors du champ  épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint »[6] , selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique.  Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à  la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain  (qu’il n’a pas) ou  d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations  que  la plupart du temps, le gouvernement  avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste. 

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent  quelqu’un qui ne   propose   rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire  la dite    technocratie.

Or la France d’aujourd’hui   rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes :  démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’éducation nationale   Il y a là de quoi être inquiet :   Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d ’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute   sur la    capacité de Macron à vraiment réformer la France . Les Français ne vont pas tarder  à comprendre, avant lui sans doute,  qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. 

 

Le bon élève de Sciences po

 

Il  y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite.   Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide    d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire.  La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale–libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers  de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé  qu’il  fréquentait  alors, la criminalisation de la France  coloniale, familière aux   universités américaines,  ce n’était pas une  provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal  parfaitement adapté à un certain   milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détone dès que l’environnement  change tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui  que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd  programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable.

Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complétement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ?    On peut craindre que non.  

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1]Olivier  Piacentini , OPA sur l’Elysée, Editions de Paris, juin 2018

[2] Idéologue marxiste qui représentait dans les années soixante-dix  le conservatisme le plus étriqué au Bureau politique du parti communiste soviétique.

[3] Forces modestes au demeurant, de l’ordre de la centaine.

[4] Hors la nomination récente d’un ambassadeur spécial, qui n’implique pas la reprise des relations diplomatiques.

[5] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

[6] Commentaire, n°158, été 2017

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