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Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:33

DANS LEUR   CONFLIT AVEC LES AMERICAINS, LES EUROPEENS NE DOIVENT PAS SE TROMPER DE TERRAIN

 

L’Europe s’indigne des mesures protectionnistes que vient de prendre le président Trump,  ou des menaces qu’il profère à son encontre suite à son retrait de l’accord avec l’Iran,  et elle a raison.

Il se pourrait cependant qu’elle ne choisisse pas le bon terrain d’affrontement.

Il est clair que les mesures protectionnistes de Washington,  en particulier celles qui concernent l’acier et l’aluminium,  provoquent un concert de protestations bien plus important que  le diktat qui impose aux entreprises européennes, sous peine de graves représailles , de cesser tout commerce avec l’Iran.

Il nous semble pourtant que ce dernier est plus  scandaleux et que c’est lui    qui devrait  indigner le plus l’opinion européenne.

Il n’y a rien d’illégitime à ce  que les Etats-Unis veuillent pratiquer un certain protectionnisme : certes les accords du GATT, devenu OMC, ont tendu  à le faire reculer depuis 1945 mais il demeure  un des instruments légitimes de souveraineté dont dispose un Etat  pour protéger son économie. Les motivations de Trump sont en l’occurrence  respectables : redonner du travail aux  ouvriers américains, redresser la balance du commerce, maintenir des  secteurs stratégiques (que nous, nous délaissons). L’impact du libre-échange est discutable : de moins en moins d’experts y voient la panacée de la croissance.

Beaucoup moins légitimes sont les  suites du retrait de l’accord nucléaire iranien par les Etats-Unis : décision  imposée unilatéralement à  leurs  partenaires, elle heurte gravement le droit international. L’extraterritorialité de la justice américaine représente  un danger grave pour la souveraineté des autres Etats et leurs intérêts économiques, comme on l’a  vu avec l’affaire  Alstom : cette entreprise stratégique n’a pu passer sous contrôle américain que grâce  à la lourde amende  infligée par un tribunal américain dans une  affaire   qui ne s’était pas passée sur le sol des Etats-Unis.

Une  riposte claire et forte à l’encontre de ces pratiques  nous parait plus urgente  que les criailleries relatives à   l’acier et à  l’aluminium.

 

Une inversion des valeurs

 

Hélas le pays  européens, prisonniers de  l’idéologie mondialiste  en  sont arrivés à  une véritable inversion les valeurs. Les mesures protectionnistes de Trump choquent l’idéal  de libre-échange universel qui se trouve au cœur  de la pensée dominante occidentale depuis des lustres. Elle constitue à leurs yeux une faute grave, une remise en cause d’ordre  mondial. Au contraire, les mesures prises  l’encontre de l’Iran que les Etats-Unis obligent les Européens à suivre  malgré eux,  ne touchent que leur souveraineté ; elles  s’inscrivent au demeurent dans un conflit proche-oriental que  beaucoup, même de ce côté-ci de l’Atlantique,  voient   comme une lutte du bien contre le mal, d’un certain universalisme à l’encontre du particularisme  iranien.  Anesthésiés par le dépassement du cadre national,  européen ou globaliste, ils prennent pour  grave ce qui ne l’est pas et pour  normal ce qui devrait les indigner le plus.

Les intérêts lésés par les sanctions contre l’Iran sont des plus sérieux  : les menaces américaines conduisent à la suspension des projets de   Peugeot et de  Renault, à l’ annulation des commandes d’Airbus, au  retrait de Total et d’Engie, soit  un préjudice considérable pour l’économie française. L’économie allemande est également touchée à travers  Siemens et ses banques. Mais peut-être moins que l’économie française. Au contraire le protectionnisme américain touche plus l’économie allemande.  Cette dissymétrie ne suffit cependant pas à expliquer la réaction européenne.  Il reste qu’il est  dans l’intérêt de la France   de renverser les perspectives pour  mette la question iranienne au centre du débat, quitte à se monter plus flexible sur les mesures protectionnistes prises par Trump.  

 

Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:30

LES ETATS-UNIS ET LEURS ALLIES FONT-ILS VRAIMENT CE QU’IL FAUT POUR DECOURAGER    LA PROLIFERATION NUCLEAIRE ?

 

La rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un qui a eu lieu à Singapour le 12 juin fait apparemment avancer la cause de la non-prolifération nucléaire puisque la Corée du Nord a promis une dénucléarisation d’ici dix ans.

Mais quel honneur pour un si petit pays de pouvoir rencontrer d’égal à égal et avec un tel faste le chef de la première puissance mondial ! Il n’est pas sûr qu’il l’aurait obtenu si elle ne s’était d’abord dotée de l’arme nucléaire.

Il faut aussi mettre la question nucléaire en relation avec l’équipée du 14 avril denier qui a vu les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France se ruer sur la Syrie pour la bombarder en parfaite violation du droit international ?

Certes la raison du plus fort a toujours prévalu. Mais elle ne s’est que rarement affichée de manière aussi brutale depuis une trentaine d’années, années qui voient dans la plus parfaite impunité, les Etats-Unis et leurs alliés se ruer pour bombarder des pays petits et moyens sous des prétextes généralement mensongers ou hypocrites, et la plupart du temps en violation du droit international : Serbie, Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, Yémen.

D’autres types d’ingérence se multiplient un peu partout dans le monde.

La Corée du Nord déclare renoncer à terme à l’arme nucléaire mais elle sait mieux que quiconque que si elle n’a jusqu’ici pas été agressée, c’est parce qu’elle la détenait.

Comment d’autres pays, comme l’Iran, n’auraient-ils pas compris que le seul moyen d’éviter de subir le sort de l’Irak ou de la Libye est d’en disposer eux aussi, même si l’Iran a cru pouvoir signer l’accord de 1995 qui gèle son programme nucléaire militaire ?

Etrange situation où ceux qui combattent avec le plus d’énergie la prolifération font en même temps tout pour l’encourager.

Il est clair que seul un retour au droit international, à rebours de son démantèlement programmé par les John Bolton et autres   faucons de Washington, permettra d’éviter l’extension du fait nucléaire et de rendre la terre plus sûre.

 

Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:26

 

http://comite-valmy.org/spip.php?article10033

 

http://www.bvoltaire.fr/reforme-de-sncf-serait-debut-de-desagregation-de-letat/

 

Beaucoup, en particulier à droite, n’ont pas saisi le danger que représenterait pour notre pays un éventuel succès de Macron dans la réforme du statut des cheminots.  

Si ce statut saute, c’est, dans la brèche ainsi ouverte, le statut de la fonction publique elle-même qui serait  remis en cause.

Les libéraux s’en réjouiront. Ils n’ont pas saisi que cet effacement des statuts sera la porte ouverte à un recrutement massif de contractuels dont on peut d’ores et déjà prévoir les critères, au vu de l’état d’esprit qui règne dans les hautes sphères de l’Etat  :   priorité à la diversité, discrimination positive, haro sur les « mâles blancs » !

L’Etat français, l’Etat républicain, avec ses forces et ses faiblesses - et les faiblesses tiennent bien plus aux reformes hasardeuses qu’on lui a infligées depuis trente ans qu’à un vice congénital, représente le dernier bastion d’une certaine France. Recrutés parmi les nationaux, au travers de concours qui n’ont longtemps pas laissé place à la faveur, les fonctionnaires de l’État assurent la pérennité nationale à travers les générations.

On dénigre aujourd’hui beaucoup le corporatisme mais c’est lui qui a fait la force de la France. Les Ponts et chaussées ont équipé le territoire, les Mines accompagné le développement industriel, le Génie rural celui de l ’agriculture ; instituteurs, postiers, gendarmes avaient d’abord le souci de faire du bon travail jusqu’à ce que des réformes destructrices ne démoralisent ces professions.   

La doctrine dominante, d’inspiration anglosaxonne, veut remplacer l’esprit de corps par un système de primes de type « pavlovien » : quelle régression que de  passer  d’un agent de l’Etat fier d’appartenir à un corps et d’être reconnu par ses pairs à  un employé anonyme courant après le primes, lesquelles sont déjà, là où le système a été mis en œuvre, distribuées dans l’opacité et l’arbitraire !

Au Royaume uni, une gestion entièrement libéralisée est loin de faire l’ unanimité : hausse incontrôlée du prix des billets, trains supprimés et réduction du personnels conduisent près de deux Britanniques sur trois à souhaiter une renationalisation complète[1].   Un rapport récent du Parlement   met en cause les effets délétères tant pour le personnel que pour les voyageurs d’une gestion, selon ces nouveaux principes   d’ une filiale de la SNCF outre-Manche. 

 

Des principes dogmatiques inadaptés

 

La réforme de la SNCF, comme celle qu’on veut appliquer à l’Etat, est la mise en œuvre   des principes dogmatiques de libre concurrence qui inspirent les directives de Bruxelles, lesquelles ne tiennent aucun compte de la spécificité des pays. Peut-être même ont-elles l’ambition sournoise de détruire    celle de la France, d’araser la spécificité de notre pays – pour quelque part  l’affaiblir.

Spécificité particulièrement remarquable de notre pays :  un monde rural vivant, ordonné et diversifié que des forces obscures s’attachent, lui aussi, à normaliser :  l’extension de la logique libérale à la SNCF conduira, n’en doutons pas à un délaissement   supplémentaire des territoires.

Face à ce libéralisme dogmatique, beaucoup d’économistes pensent que la libre concurrence intégrale n’est pas adaptée et que dès lors qu’il n’est pas   question de dédoubler les réseaux, une gestion intégrée est préférable. 

Beaucoup à droite se targuent aujourd’hui de se dire « conservateurs » : eh bien !  Qu’ils le soient jusqu’au bout, qu’ils se soucient donc de conserver cette grande réussite qu’ont été nos « chemins de fer français ».

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1]  https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/au-royaume-uni-la-privatisation-des-chemins-de-fer-deraille-628489.html

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:24

 

https://www.observatoiredeleurope.com/Federalisme-souverainisme-pour-en-finir-avec-les-ismes-trompeurs_a2248.html

 

Jamais on ne  dira assez combien  le choix des mots importe dans les batailles politiques.  Hélas  la paresse intellectuelle  qui règne dans les milieux  de droite  empêche qu’ils s’en rendent compte.

Cela vaut aussi pour les patriotes adversaires de l’Europe de Bruxelles qui ne  sont pas tous  de ce bord.

Cela fait quarante ans  que les intéressés dénoncent comme des perroquets l’Europe  fédérale, l’Europe fédérale. Mais pourquoi  fédérale ? Parce qu’a   apriori  une union de nations  est une fédération. Parce que surtout  les partisans de cette formule se sont  donné  ce qualificatif. Un qualificatif gentil : fédérer, c’est réunir, c’est tisser des liens.

Or non seulement l’utilisation de ce mot est maladroite : on ne donne jamais un nom valorisant  à son adversaire : le général de Gaulle dont  le moindre talent n’était pas  la communication l’avait compris : il ne parlait jamais  d’Europe fédérale mais d’Europe supranationale, ce qui évoque une machinerie lourde et oppressive, beaucoup moins sympathique qu’une fédération.

Le mot de fédéralisme  n’est pas seulement  de la mauvaise communication, il est  faux. C’est  d’ailleurs un principe éthique    méconnu  que la meilleure communication  est , la plupart du temps,  de  dire tout simplement  la vérité,  ce qui ne va pas de soi car beaucoup , faute de réflexion , lui préfèrent des formules toutes faites.

Pourquoi l’Europe de Bruxelles n’est-elle pas  fédérale ? Dans une vraie fédération, les affaires de second  rang sont laissées aux entités fédérées. Or  Bruxelles non seulement ne les leur laisse pas mais ne cesse de les faire remonter   : l’Acte unique de 1987, au motif de   réaliser un marché unique totalement homogène sur le plan réglementaire,   a enlevé aux länder allemands leurs  compétences de réglementation  économique et professionnelle  pour le   transférer  non à  Berlin mais à Bruxelles (alors même qu’aux Etats-Unis, une partie de ces compétences reste aux Etats).    Quant  au principe de subsidiarité, invoqué  à l’ article  5 du traité de Lisbonne ( repris de l’article 3 B du traité   de Maastricht)  ,  il est parfaitement mensonger  car y font exception  notamment les « acquis communautaires », c’est à dite tout ce qui a déjà été transféré au niveau central et ce qui peut encore l’être , soit  « ce qui peut être mieux réalisé au niveau communautaire. »  

On ajoutera que dans une vraie fédération, le niveau central  n’a aucune relation directe avec les niveaux autres que fédéré  (-1) et laisse à ce dernier la tutelle des collectivités locales (- 2, -  3 etc.) C’est ce qui se  passe en Suisse  ou en Allemagne, pas en France.  Mais la France n’a jamais  prétendu être un Etat fédéral. Or  à Bruxelles, on fait comme en France et même pire : au nom d’une fumeuse Europe des régions, l’échelon central  ne cesse de doubler les Etats  pour traiter directement avec les régions, les départements, voire les  communes.

Les amateurs de  théorie  politique verront une autre raison pour laquelle   la  construction européenne  ne saurait    être fédérale. Jean-Jacques Rousseau   l’a dit : plus  une entité politique est vaste  – et diverse  -, plus elle doit être centralisée : un Empire plus qu’un royaume, un royaume plus que de  petites    républiques  comme celles qui composent la  Suisse.  Barroso, ancien président de la Commission qui s’y connait,    qualifiait, on s’en   souvient,  l’Europe d’ « empire non impérial » : empire quand même.

Mais l’Europe est  plus qu’un  empire : c’est une création  idéologique destinée à refaire l’homme européen en vue de  l’arracher aux démons du passé que s’appellent nationalisme, chauvinisme,  protectionnisme. Or les idéologues sont gens méfiants : comme les  dévots  soumis à la tentation, ils se sentent assiégés par  ces  démons du passé qu’ils veulent combattre  mais qui renaissent toujours, qu’ils qualifient de  populismes. Face à cette montée inexorable des oppositions, il est hors de  question  qu’ils laissent, comme on le fait dans une véritable  fédération,   la bride sur le cou aux échelons inférieurs : qui sait ce qui qu’ils pourraient en faire ?  Une  vraie  fédération repose sur la confiance ; or   la construction européenne, dont Jean-Claude Juncker a rappelé qu’elle ne saurait être démocratique, est  fondée, dès le départ, parce qu’idéologique, sur  la méfiance.

 

La souveraineté n’est pas une secte

 

Et les souverainistes ? C’est un peu pareil mais à l’envers. Là aussi De Gaulle se garda  bien d’employer ce mot. Ce  sont   patriotes  eux-mêmes qui l’ont importé du Canada. Généralement   chatouilleux sur la francophonie, ils ont adopté  un mot qui n’était pas du bon  français. Affrontés à tous  les  partisans d’une Europe idéologique qui les accusent d’archaïsme, il leur  fallait encore s’affubler d’un nom qui évoque,  que nos amis Canadiens  ne nous en veuillent  pas, l’  homme des bois. Comme ces victimes affligées du syndrome de  Stockholm tendent  le cou au bourreau, ils ont voulu   faciliter la tâche à leurs adversaires  lesquels  ont eu beau jeu  de disqualifier ce vocable. Bravo la com. !

Mais il y a une autre raison, plus fondamentale, pour  dire que c’est un mauvais mot : la souveraineté n’est  qu’un autre nom de la liberté, collective au lieu d’être individuelle.  Or    la liberté n’est pas une secte, elle est une évidence. Je ne me qualifie pas de libéral du simple fait  que  je suis attaché à ma liberté individuelle. Pas davantage  un Européen légitiment attaché à la souveraineté   nationale n’a pas à se dire souverainiste.  Il est dans l’ordre naturel de choses et cela lui suffit.   Laissons les ismes au camp  adverse.

 

Roland HUREAUX

 

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:21

 

Au sujet de l’accord de Singapour entre Trump et Kim

 

La rencontre de Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un est incontestablement un acte de paix.

Même si on ne sait pas encore quelles en seront toutes les suites,  l’initiative de Trump  a changé la donne dans cette région du monde. Il  a débloqué une situation de tension gelée depuis des années.

Trump est aussi celui qui a décidé de retirer les troupes américaines de Syrie, malgré les efforts aussi pathétiques que ridicules de Macron  pour qu’il les y maintienne.

Et Trump que l’opinion commune  dit être un danger pour le monde, à qui il arrive de parler  avec une violence sans précédent dans les relations internationales, n’a encore déclenché aucune guerre, à la différence de son prédécesseur si policé  Obama – et de sa si intellectuelle secrétaire d’Etat  Clinton  qui en ont déclenché quatre.

Trump est d’autant plus obligé de jouer les durs   qu’il se trouve  en porte à faux comme aucun de ses prédécesseurs  ne l’avait été  : désireux de rencontrer Poutine en tête à tête , comme  il serait normal qu’il le fasse  , il en est empêché par la procédure  lancée par ses adversaires   pour l’aide supposée que la Russie lui aurait apportée dans son élection.   Face à une administration hostile,  il est contraint à des  déclarations violentes – contre la Syrie, l’Iran, voire Russie ( et  hier la Corée du Nord) , ou à des simulacres de terribles bombardements comme celui du 14 avril dernier en Syrie méticuleusement planifié   avec les Russes  pour ne faire de mal à personne. Chemin difficile d’un homme de paix à qui tout soupçon de faiblesse serait fatal.

On dit que Trump veut élever des frontières, notamment avec le Mexique. Ses prédécesseurs néo-libéraux étaient, eux, prompts à les effacer , dans les Balkans ou  au Proche-Orient, quitte à détruire toute structure étatique,  à coup de B 52.

Si vis  pacem , para bellum dit le  vieil adage . Le cas de Trump illustre  bien ce qui s’observe si souvent dans les relations internationales  : ceux qui paraissent les plus durs, les plus menaçants, les plus raides dans la défense de leurs intérêts nationaux   ne sont pas  forcément , quant au fond, les  plus belliqueux.

Le président Nixon passait pour un faucon, un extrémiste de la guerre froide. C’est cependant lui qui a ramené  la paix au Vietnam, tendu  audacieusement  la main  à la Chine de Mao, ouvert avec l’URSS un  dialogue qui conduisit aux  accords SALT et à ceux d’Helsinki.   A l’inverse, le président   Kennedy, bien mieux vu de l’opinion internationale, qui savait si bien jouer de son  charme juvénile , reste celui qui a  commencé le guerre  du Vietnam  laquelle   devait s’avérer un drame majeur pour ce pays et un terrible  échec pour l’Amérique.  Après lui, Johnson, bien vu aussi de beaucoup  pour sa politique sociale et son combat contre les discriminations,  ne sut que s’y enfoncer.

En France, le général de Gaulle réputé  nationaliste ombrageux, mal vu des  bien-pensants de tous bords, a terminé deux guerres et n’en a commencé aucune.  Les démocrates-chrétiens du MRP, si modérés, si bien élevés, si proches de l’épiscopat, ne surent que jeter de l’huile sur le feu au commencement des guerres d’Indochine et d’Algérie. Il fallut faire pour dénouer ces deux conflits où la IVe République s’enlisa faire appel à un juif franc-maçon, Mendès-France,  et  au général qu’on soupçonnait dans les sacristies de ne pas être une vrai catholique, sans doute parce qu’il cultivait trop la vertu de force.     

Ainsi l’habit ne fait pas le moine. Depuis longtemps déjà, ceux qui font la paix ne sont pas les plus onctueux,  ni les  moins  rudes, ceux qui font la guerre ont souvent l’air de gens très convenables.

 

Roland HUREAUX    

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:20

 

 

https://www.iveris.eu/pdfdn.php?id=349

 

Toutes les religions ayant une dimension morale ont à répondre à une question fondamentale :  les succès terrestres sont-ils le signe que leurs bénéficiaires sont meilleurs et qu’ils ont raison ?   Répondre positivement n’est pas absurde dans la mesure où toutes les morales, pour l’essentiel, ont un fondement anthropologique : elles visent à réguler la nature humaine dans le but de lui faire atteindre le meilleur. C’est ce qu’exprime   par exemple le livre des Proverbes : « Observe mes préceptes, et tu vivras » (Pr 7,2).

Qui doute que la sobriété soit plutôt meilleure pour la santé et même pour la réussite sociale ? Ou le bon ordre des familles pur l’éducation des enfants ?   Il en est de même pour tous les préceptes   largement communs à toutes les religions.

Mais d’autres, observant la réalité de la société, voient que la justice ne profite guère aux justes, que les méchants et les injustes remportent des succès que personne ne semble leur disputer alors qu’au contraire, les bons, les doux sont victimes. Il n’y a donc   pas, dira-t-on,  de justice immanente, en tous les cas en ce bas monde.

Les différentes religions se sont positionnées sur cette question de manière diverse.

 

Religions du succès

 

Au sein de la tradition   judéo-chrétienne, s’observe une évolution. Le Pentateuque (dit aussi la Tora) qui ouvre la Bible est presque entièrement sur le premier positon : les Juifs concluent une alliance   avec Yahvé, le Dieu unique, et ce dernier les assistera dans leurs desseins à condition qu’ils obéissant à ses commandements.

L’islam se situe presque entièrement dans la même lignée. Sa figure emblématique, le prophète Mahomet, n’est pas seulement un homme de Dieu chargé d’annoncer la révélation qu’il a reçue d’Allah, il est aussi un homme de guerre qui finit sa vie au faîte du succès, entouré de richesses, de femmes et de serviteurs. Ces succès doivent être pour tous les croyants le gage de la protection d’Allah.

Faut-il faire une exception pour le cas du guerrier martyr ?  Dans l’islam primitif, il ne s’agissait que de promettre une récompense aux   soldats morts au combat, analogue à celle que promettent les religions nordiques (le « banquet d’Odin »), pas d’encourager le suicide. Le terroriste-martyr apparait comme une déviance récente peut-être influencée   par le chiisme sur lequel nous reviendrons. 

Si, comme nous le verrons, le christianisme se trouve aux antipodes, l’idée que le succès terrestre est le signe de l’élection divine est réapparue, en son sein, chez les protestants, spécialement les calvinistes. Ils en sont venus, à partir d’une lecture littérale de certains passages de saint Paul (Rm 8,29), à penser que Dieu avait   d’avance prédestiné certains au salut et d’autres à la damnation. Pour ces derniers, la peine est double car le signe de l’élection divine, ce sont déjà les succès terrestres et donc l’enrichissement. L’enrichissement ne dispense nullement de donner une partie de ses richesses aux œuvres, au contraire, mais elle est le signe de la faveur divine. A l’inverse, ceux qui ne réussissent pas sont suspects d’être prédestinés à la damnation. Cette vision raide et inhumaine    portée par  la Réforme à ses commencements, s’est certes assouplie au sein du protestantisme libéral, mais même parmi ceux qui ne croient pas, elle demeure dans le fond culturel d’un pays comme les Etats-Unis.  Max Weber a montré combien elle avait favorisé  l’essor du capitalisme.

 

Religions du martyre

 

La lignée opposée, celle qui n’identifie pas forcement justice et succès est apparue dans le judaïsme tardif :  le Livre de Job, les Psaumes, les prophètes. Il s’est prolongé dans le Talmud.

Job est un juste devant Dieu et devant les hommes et il reçoit toutes les faveurs terrestres dont un homme de cette époque pouvait rêver : des troupeaux féconds, des fils et des filles, la considération générale. Pourtant   les malheurs s’abattent sur lui et il se trouve   réduit à la pauvreté, à la maladie, gisant sur un tas de fumier. Ses proches considèrent qu’il est puni pour un péché caché ; il refuse pourtant de reconnaitre sa culpabilité mais aussi de désespérer de la justice divine ; il finit par être récompensé de sa patience, en étant rétabli, et au-delà, sans sa position.

Plusieurs psaumes (Psaume 22, 73, 88) montrent la même   déréliction du juste. Le livre d’Isaïe (chapitre 53) présente la    figure du serviteur souffrant : un messie qui ne serait pas un triomphateur mais au contraire un homme méprisé de tous et déchu. L’émergence de cette thématique au sein du judaïsme coïncide avec les malheurs du peuple juif qui perd son autonomie politique à partir de la déportation à Babylone (586 av. JC).

La tragédie grecque a vu émerger la figure de l’homme poursuivi par une fatalité    injuste mais il s’agit rarement d’innocents : Œdipe, Oreste, punis pour des crimes bien réels qui résultent eux-mêmes de la   fatalité.

C’est dans la filiation du judaïsme tardif que se situe le christianisme des origines, tel qu’il s’est exprimé ultérieurement dans les Eglises catholique et orthodoxe. Le Christ est à l’opposé de Mahomet : il est le Juste par excellence, le Saint auquel on ne peut rien reprocher, il est un homme promis à être le messie qui doit relever le peuple d’Israël ; mais ses contemporains s’acharnent   sur lui au point de l’amener, non pas au trône mais à une mort ignominieuse, celle de l’esclave sur la croix. Il connait certes une résurrection glorieuse dont ses disciples voient les prémisses, mais sa destinée proprement   terrestre se termine par un apparent échec. L’omniprésence des crucifix en terre de chrétienté, si paradoxale pourtant, a profondément marqué les mentalités. Après le Christ, les martyrs chrétiens, appelés à témoigner de la vérité de l’Evangile, sont mus par le souci de l’imitation du Christ. Et plus leur sainteté est achevée, plus ils risquent eux aussi   le rejet et la souffrance, y compris de la part de leurs coreligionnaires, comme Jeanne d’Arc. Le martyre se trouve au cœur de la tradition catholique au point que les autels sont, comme la plupart des églises, construits sur les reliques ou les tombeaux des martyrs.

Dans cette perspective, la justice n’offre   aucune garantie de succès terrestre et l’échec ne permet nullement de présupposer que celui qui a échoué aurait commis des fautes.

Dans la suite du christianisme, Manès (ou Mani) fonde au IIIe siècle   en Perse, le manichéisme.  Par les  croyances, il s’agit d’une religion dualiste : au lieu que le Dieu unique vainque finalement Satan, sa créature, comme il en va dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, un dieu du bien et un dieu du mal se livrent un combat perpétuel et ce combat ne se termine pas par la  victoire finale du bien. Loin d’être l’héritier d’un supposé dualisme iranien, Mani en est probablement le fondateur.  Mais Mani a lui aussi la destinée du martyr :  arrêté par le roi de Perse, il meurt chargé de chaînes en 277.

Le culte du martyr n’est pas propre au christianisme. Il apparait aussi, dès les origines ou presque, dans une branche minoritaire de l’islam : le chiisme. Les Chiites ont considéré que le seul héritier légitime de Mahomet était son gendre Ali mais les prétentions   de celui-ci étant été  rejetées par ses compétiteurs, il est assassiné en 661, son fils Hussein est battu et tué en 680 à la bataille de Kerbela .  Il apparait dès lors comme un martyr dont la défaite et la mise à mort ne disqualifient nullement la légitimité. Pas davantage elle ne disqualifie celle de ses héritiers : les douze imams qui se succèdent après lui, dont le dernier, supposé mener depuis des siècles une vie cachée   jusqu’à son retour victorieux à la fin des temps.

Il est vrai que le Christ est mort sans combattre alors qu’Ali est mort en combattant mais si le Christ ne se défend pas, ce n’est pas par une non-violence de principe, c’est parce qu’il ne sied pas au Fils de Dieu venu apporter le salut aux hommes de faire obstacle à ce que la logique absurde de ses persécuteurs aille jusque bout. Sa passion et sa mort constituent un sacrifice volontaire tenu par les Evangiles pour une victoire, nécessaire au salut de l’humanité.

Ali est devenu la personnalité emblématique des chiites, au moins aussi important pour eux que Mahomet.

Ressort de ce tableau la parenté entre le christianisme et le chiisme, beaucoup plus proches que le chiisme ne l’est du sunnisme.  Leur histoire fondatrice les conduit, à la différence d’autres traditions religieuses, à un sens aigu de la tragédie inscrite au fond de la condition humaine et par là à une profondeur qui est la même que celle que l’on trouve dans les grandes œuvres d’art.

Le martyre fondateur les mène à d’autres conséquences analogues : d’abord l’attente d’un rédempteur qui doit venir à la fin des temps.

Le manichéisme conduit au pessimisme le plus radical : les élus pourront certes se sauver, mais seulement leur âme et par la fusion dans un grand Plérôme, proche du nirvâna du bouddhisme lequel, à bien des égards, n’est pas très éloigné de ce que fut le manichéisme, et il n’y aura pour eux aucune   revanche du bien à la fin des temps des temps.  Au contraire, le judaïsme tardif, le christianisme et le chiisme espèrent un rétablissement final du monde et même bien plus.  Puisque le monde ici-bas est souvent injuste, ce rétablissement   viendra à la fin des temps   et il sera réalisé par un sauveur, venant ou revenant accomplir toutes choses. Pour le judaïsme tardif, ce sauveur attendu est le Messie qui apparait   progressivement dans le Testament juif. Pour les chrétiens, il est naturellement Jésus Christ mais l’accomplissement plénier de son œuvre terrestre est retardé :   il reviendra à la fin des temps pour   conclure l’histoire.  Les chiites attendent le retour non d’Ali mais de son douzième successeur, qui ne serait pas mort et qui reviendra donner la victoire aux justes, après des  siècles de persécution : cette figure messianique attendue est le Mahdi, descendant d’Ali.

On a vu comment le christianisme fondé sur le culte du Crucifié a pu dévier vers un calvinisme hautain revenant à la sacralisation du succès, y compris matériel. Certains juifs pensent que, au travers du sionisme, ou au moins de son évolution récente, le judaïsme aurait abandonné le vision élaborée  par les prophètes   dissociant  la justice du succès terrestre,  au bénéfice d’une vision qui n’est  pas très différente de celle du protestantisme nord-américain. La mutation de l’Israël contemporain du socialisme des origines, solidaire et égalitaire, en un néo-libéralisme fondé sur le culte du succès pour les individus et sur le recours systématique à la force sur la scène internationale serait le terme de cette évolution que les tenants du judaïsme des origines tiennent pour une    régression.

Si les religions du premier type ont assuré certains  succès terrestres : l’Israël des juges et des rois, l’islam des origines, le capitalisme protestant, seules les religions du second type, assumant pleinement le drame de l’humanité,  ont conduit aux plus hauts sommets de la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:13

 

A PROPOS DE LA ONZA DE ORO, roman espagnol de Domingo de Silos Manso

 

Je vais vous parler du roman de  Domingo de Silos Manso qui s’appelle La Onza de oro .

Je l’ai lu d’un trait sans jamais m’ennuyer,  voulant sans cesse connaitre la suite.

J’ai connu Silos à l’ENA il y a déjà quarante ans.

Je connaissais sa grande intelligence politique que sa carrière diplomatique  reflète  en  partie.

Je connaissais le regard aigu et souvent plein d’humour qu’il jette  sur les choses  et  les gens.

Mais je en soupçonnais pas son talent  de romancier.

Nous disons en France  :   « Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître »   (Don Rodrigue au Comte dans  le Cid de Corneille.)

C’est bien d’un coup de maître qu’il s’agit.

J’ ouvre une parenthèse : on n’a pas assez souligné combien la pièce   emblématique  du théâtre classique français  , le Cid, le Cid campeador,    se passait en Espagne, comme beaucoup de pièces de théâtre ou de romans français de cette époque , à commencer par Don Juan. Cela témoigne de la forte influence qu’a eue  l’Espagne sur la France à cette époque.

Pourtant ,nous étions  en guerre, mais la guerre n’empêchait pas l’intérêt réciproque , comme la paix n’empêche pas, à d’autres époques,  l’indifférence.

Le roman de Silos est un   coup de maitre par la technique , bien maitrisée  : des chapitres courts,  faciles à lire,  comme le recommandent les éditeurs.

Une langue diversifiée : plus diversifiée que la langue de la télévision  qui nous conditionne aujourd’hui . Ce n’est pas le même genre de diversification qu’Azorin , inspirée  du parler  rural des villages de Castille :   une langue diversifiée aussi mais plus moderne et qui permet à l’auteur de jeter  un regard amusé et amusant sur les choses et les hommes – et les femmes .

L’auteur est très bon  dans la description des ridicules de la petite bourgeoisie   commerçante de la Ville,   en particulier la belle-mère de Cita,   Tina.

Ce roman raconte le succès d’une self-made woman, d’une famille pauvre dans une ville petite ou moyenne d’Espagne (on ne dit pas laquelle) et qui devint une grande industrielle, sans jamais perdre sa simplicité.  Il est assez facile de voir comme l’ont fait déjà les commentateurs qu’elle symbolise   l’histoire de l’Espagne de 1940 à 1990.

Cette histoire m’est personnellement familière,  d’abord parce que j’ai eu le privilège de passer une année en Espagne en 1977, à un moment critique, un an et demi après la mort de Franco.

Ensuite parce que la  vie officielle de la ville dont il est question ressemble terriblement à celle des villes françaises de la même époque  que j’ai connues par la préfectorale :  le préfet ( governador civil) , les autorités officielles, la chambre de  commerce, la Caisse d’épargne ( chez nous le Crédit agricole ou la Banque populaire) , l’Université, l’armée  etc. Avec quelques différences :   l’Eglise et les vieilles familles ont vu leur  rôle diminuer plus tôt chez nous,  mais ce ne sont que des nuances. Dans les deux cas, les religions traditionnelles,  patriotique ou catholique, furent , dans la sphère publique, remplacées après la guerre par celle du développement économique. Une nouvelle religion où le personnage principal, Cita, ne pouvait que jouer un rôle essentiel.  

Cette histoire  illustre l’état de grâce que l’Espagne a connu  progressivement pendant  ce demi-siècle.

Etat de  grâce par une libéralisation politique progressive qui a permis de  passer peu à peu d’une dictature militaire  à une démocratie libérale moderne. Cette libéralisation avait commencé avant le mort de Franco, elle s’est accélérée  après sa  mort, le choix du retour à la monarchie, sous l’égide du roi  Juan Carlos s’est ainsi avéré  bon.

Libéralisation progressive de l’Eglise sous  l’effet du Concile Vatican II auquel Silos est particulièrement attentif dans son roman et qu’il voit de manière positive.

Etat de grâce  qui a permis surtout l’ouverture internationale de l’Espagne  et le développement   économique. Un développement économique spectaculaire qui doit plus, je crois,  au pragmatisme et à  la flexibilité qu’à la technocratie . Franco, qui n’était pas professeur l’économie, ni n’avait été à l’ENA,   eut l’habileté de ne  pas se laisser enfermer dans le dogmatisme monétaire rigide qui fut celui de Salazar au Portugal  et qui est aujourd’hui   celui de la Banque centrale européenne.

L’ouverture d’une  fabrique de  chocolat nationale par   Cita est emblématique de ce développement.

Celle d’une usine d’automobiles espagnole, la Seat, en collaboration avec la Fiat italienne,  le fut aussi  . L’industrie éutaombilé était à cet époque le signe par excellence d’un  pays industriel.

Pour toutes ces raisons, le livre mérite d’être un classique : il est en tous les cas autant un livre d’histoire qu’un roman.

Je m’interroge sur la fin de l’histoire qui est aussi la fin l’état de grâce : la vente quasi forcée de l’usine la Onza de Oro  à une entreprise américaine, Candy’s.

Vente forcée, non par le nécessité économique mais par la pression de toute  la ville. Une pression que j’ai du mal à imaginer : je ne connais pas de cas en France où cela se serait passé  ainsi ; les employés craignent chez nous  que la cession ne  soit le préalable à la fermeture de l’usine, comme c’est généralement le cas.

Un cas de ce genre  s’est  passé   à Nîmes en 2007. A peine vendue, l’usine a été fermée.   L’industriel, déjà âgé de 88 ans,  qui l’avait créée et  lui   avait consacré toute sa vie, s’est suicidé. Tragédie de ce queil est convenu d’appeler la mondialisation.

L’auteur nous laisse-t-il  deviner que l‘usine va être fermée, je ne sais.

Si l’histoire est vraie, on peut se demander s’il n’y a pas eu dans cette vente  une manipulation de l’opinion comme certaines agences spécialisées , extra-européennes, savent l’organiser. 

En tous les cas, ce dénouement réintroduit le drame et la tragédie dans  une histoire qui ressemblait beaucoup à un conte de fées .

Une tragédie presque christique ou qui évoque Jeanne d’Arc, puisqu’elle exprime l’ingratitude de toute une population, toutes  classes sociales réunies  à l’égard de sa bienfaitrice.  

En 1950, il y avait  l’Espagne, mais il n’y avait pas la modernisation.

De 1950 à 1990, il y  la modernisation de l’Espagne.

Depuis 1990, il y a de plus en plus la modernisation mais y a-t-il encore l’Espagne ? C’est la question qu’ on peut se poser après avoir refermé ce livre.

 

Roland  HUREAUX

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:08

Au sujet d'un  roman de Domingo de Silos Manso

 

Buenos Días,

Voy a hablar de la novela de nuestro amigo Domingo de los Silos Manso que se llama La Onza del Oro.

La he leída de un tirón, sin que nunca me aburra, siempre queriendo saber la continuación.

He conocido Silos en la ENA hace ya 40 años.

Conocía su gran inteligencia política que su carrera diplomática refleja parcialmente.  

Yo sabía   la mirada aguda y a menudo llena de humor que tenía    sobre las cosas y la gente.

Pero yo no sospechaba   su talento de novelista.

Digamos en Francia: “Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître” «Para una prueba, fue un golpe de maestro» (Don Rodrigo al Conde en El Cid de Corneille.)

Y de verdad esta primera novela es un golpe de maestro. 

Hablamos del Cid ; abro un paréntesis: no se señala suficiente el hecho que el drama  emblemático del teatro clásico francés, el Cid, el Cid Campeador tiene lugar  en España, como muchos otros dramas o novelas franceses de esta época, mientras ellos Don Juan. Esto es un testimonio de la fuerte influenza que tuvo  España sobre Francia en este tiempo.

Sin embargo, los dos países estaban en guerra, pero la guerra no impidió el interés mutuo, ya que la paz no previene la indiferencia en otros momentos.

La novela de Silos es un éxito por la técnica de escritura  bien dominada: capítulos cortos, fáciles de leer, como aconsejan los editores.

Un vocabulario diversificado: más diversificado que la lengua de la Televisión que domina hoy. No es el  mismo tipo de diversificación que Azorín, inspirado   en la lengua campesina de los pueblecitos de Castilla. Es un lenguaje diversificado también, pero más moderno y que permite al autor echar una mirada diversificada y divertida acerca de las cosas, los hombres,  y también las mujeres.

El autor es particularmente bueno en la descripción del ridículo de la pequeña burguesía comercial de la Ciudad, especialmente la suegra de Cita, Tina.

Esta novela nos cuenta el éxito de una self-made woman, venida de una familia pobre en una ciudad pequeña o mediana de España (no se dice cuál) y que se convirtió en una gran industrial, sin perder nunca su sencillez.  Es bastante fácil ver, como lo han dicho los comentarios, como este destino simboliza   la historia de España de 1940 a 1990.

Una historia personalmente familiar para mí, porque tuve el privilegio de pasar un año en España en 1977, en un momento crítico, un año después de la muerte de Franco.

La vida oficial   de la Ciudad de esta novela me parece terriblemente similar a la de las ciudades francesas del mismo tipo que he conocidas por la vida prefectoral: el prefecto (Gobernador Civil), las autoridades oficiales, el alcalde, la Cámara de   Comercio, la Caja de Ahorros ( nuestros Crédit agricole o Banque populaire)  la Universidad, la guarnición, etc. con algunas diferencias: es cierto que la Iglesia y las antiguas familias han visto su   papel disminuir antes de este lado del Pirineo, pero estos son sólo matices. En ambos casos, las religiones tradicionales: patriótica y católica, fueron, en la esfera pública, substituidas después de la guerra por la del desarrollo económico. Una nueva religión donde un carácter como el de   Cita, juega   naturalmente un papel clave.  

Este relato ilustra el estado de gracia que España ha experimentado    en la segunda parte del último siglo. 

Estado de gracia por una liberalización política progresiva que ha permitido pasar poco a poco de una dictadura militar a una democracia liberal moderna. Esta liberalización empezó antes de la muerte de Franco, y se ha   acelerada después. La restauración de la monarquía   bajo los auspicios del Rey Juan Carlos fue una buena opción.     

Liberalización progresiva de la Iglesias con el Concilio   Vaticano II, un fenómeno al cual   Silos es particularmente atento en la novela, y que ve de una manera positiva.

Estado de gracia que ha permitido especialmente la apertura internacional de España y el desarrollo económico. Un desarrollo económico muy espectacular que debe más al pragmatismo, yo creo, que a la tecnocracia. Franco, que no era un profesor de economía, ni tampoco había hecho la ENA, tenía la capacidad de no dejarse encerrar en el rígido dogma monetario que era el de Salazar en Portugal y que es hoy el de la Europa.    

La apertura de una fábrica de  chocolate nacional por Cita es emblemática de este desarrollo.

La de una fábrica de coches españoles, el SEAT, en colaboración con el Fiat italiano, lo fue también.   La Industria automóvil era en ese tiempo el status symbol de un país desarrollado.   

Por todas estas razones, el libro merece ser un clásico: es, en todos los casos, tanto un libro de   historia como una novela.

Me pregunto sobre el final de la historia que es también el final del estado de gracia: la venta cuasi obligatoria por Cita de la fábrica de la Onza de Oro a una empresa americana, Candy’s.  

Venta forzada no por la necesitad económica, sino por la presión de toda la Ciudad. Una presión que tengo dificultad para imaginar: no conozco ninguno caso en Francia donde esto haya pasado así. Los empleados tienen generalmente miedo de que la venta sea el preámbulo al cierre de la planta, como suele ser el caso.

Un caso de este género ocurro en Nimes en 2007. Apenas vendida, la fábrica fue cerrada.   El industrial, de 88 años, que la había creado y   dedicado a ella  toda su vida, se suicidó. Tragedia de lo que se llama la globalización.

El autor deja adivinar que la fábrica va a estar cerrada, no sé.

En cualquier caso, este resultado reintroduce drama y tragedia en una historia que parecía antes a un cuento de hadas.

Una tragedia casi crítica, o como el sacrificio de Jeanne d’ Arc, ya que expresa la ingratitud de toda una población, todas las clases sociales confundidas.  

Si es verdad la historia, podemos sospechar una manipulación como ciertas agencias especializadas de otros continentes saben hacer. Pobre Cita.

En 1950, había   España, pero no hubo modernización.

Del 1950 al 1990, había la Modernización de España.

Desde 1990, hay más y más modernización, ¿Pero hay todavía España? Es lo que se puede preguntar después de cerrar este muy interesante libro.

 

Roland HUREAUX

 

 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 18:52

LETTRE PERSANE

Réflexions à la suite d'un voyage en Iran

Arrivant en Iran le lendemain de la décision du président Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, qui avait levé les sanctions à l’égard de l ’Iran en échange du gel de son programme nucléaire militaire, on se serait imaginé trouver un pays en état de guerre, ployant sous le poids des sanctions économiques.

Il n’en est rien.  Dans la ville de Machhad, comme dans celle de Yazd où nous sommes allés, l’atmosphère était tout sauf à la guerre.

 

Les Iraniens sont habitués aux sanctions

 

Les sanctions des Etats-Unis existent depuis bientôt quarante ans.  Celles de l’Europe sont plus récentes (2006), mais ni les unes ni les autres n’avaient pas vraiment été levées depuis 2015 en raison de la frilosité des entreprises et des banques.  L’économie iranienne s’est réorientée depuis longtemps vers l’Asie :  la Chine est le principal client du pétrole iranien et   presque tout peut s’ y acheter. Cela n’est pas forcément conforme à ce qu’auraient souhaité beaucoup d’ Iraniens, très tournés vers l’Occident, mais sur le plan économique, rien ne change pour eux.

Comment pourrait d’ailleurs s’inquiéter pour son avenir un pays qui contrôle   les premières réserves de gaz du monde[1] ?

Le risque pour l’Iran serait plutôt, selon nous, de s’habituer à l’économie   de rente au point de faire   l’impasse sur le développement industriel : cela a été la malédiction de l ’Algérie, des pays de la péninsule arabique, ce pourrait, au gré de certains, celle de la Russie (qui, selon John Bolton n’est qu’une « pompe à essence déguisée en Etat »).  Ceux qui brident sa production d’ hydrocarbures, lui rendent peut-être le meilleur service qui soit à terme.

Au vu des statistiques, la véritable sanction de ces dernières années a été l’effondrement du prix du pétrole – et c’est sans doute pour affaiblir la Russie et l’Iran que les  Etats-Unis l’avaient provoqué en accord avec l’Arabie saoudite. Avec son relèvement actuel, la croissance iranienne a repris.

Le pays est vivant, le commerce très actif, des chantiers se dressent un peu partout : dès lors que de l ’argent rentre dans un pays, la pompe est amorcée et il peut y circuler de mille manières. C’est ce qui se passe en Iran.

Le PIB est de 20 000 $ / habitant en parité de pouvoir d’achat, à rapporter à  42 000 $ pour la France. Les prix à la consommation sont très bas, la monnaie s’étant beaucoup dévaluée. 

 

Des Européens plus embarrassés qu’eux

 

La cible de Trump était sans doute autant Obama, dont il veut détruire l’œuvre que les Iraniens.   Trump avait aussi promis ce retrait à Netanyahou et à ses soutiens pro-israéliens, durant la campagne électorale.   Mais la   principale victime de cette décision pourrait être l’Europe.

40 %  des voitures d’Iran sont encore des Peugeot, mais pour combien de temps ?  Peugeot y avait, après l’accord sur le nucléaire, projeté   la construction d’une nouvelle usine ; pourra-t-elle se faire ?  Total et Engie (GDF), ne pouvaient se désintéresser d’un pays qui possède d’immenses réserves d’hydrocarbures. Engie a déjà déclaré forfait. Airbus avait signé un marché pour 100 avions : que va-t-il devenir ? L’industrie allemande (Siemens, Daimler, les banques) pourrait aussi être très touchée.

Le plus probable est que, formellement, les pays européens ne vont pas dénoncer l’accord avec l’Iran mais que les entreprises européennes seront paralysées par la crainte des sanctions américaines. Seule solution : imposer des contre-sanctions aux entreprises d’outre-Atlantique, à condition de bien les choisir. Certains parlent des Gafsa, mais ce sont les ennemis de Trump ; il vaudrait mieux cibler son entourage. Qui osera ?

 

« Ils n’oseront pas nous attaquer »

 

Sur le plan militaire, l’Iran ne parait pas non plus à la veille d’une guerre. Les Iraniens auxquels nous en avons parlé pensent qu’ « ils » n’oseront pas nous attaquer. « De toutes les façons nous les attendons de pied ferme. »

Le risque le plus grand semble être aujourd’hui  que les Etats-Unis et Israël qui ont en travers de la  gorge leur défaite dans la guerre de Syrie  où ils n’ont pas réussi à changer le régime, s’en prennent encore à  ce malheureux  pays et éventuellement au Liban   avec de gros moyens , en prétextant une nouvelle attaque chimique de Bachar el Assad : la ficelle serait   grosse mais elle peut encore servir  compte tenu  de l’anesthésie  des opinions occidentales auxquelles on peut désormais faire croire n’importe quoi . Un des buts de cette attaque serait la destruction des forces iraniennes ou pro-iraniennes (le Hezbollah) dans les deux pays. La Russie pourrait-elle ne pas réagir ? Et ensuite ?

On peut se demander quelle est l’origine de cette assurance des Iraniens ; il y a bien sûr l’histoire récente : leur succès en Syrie et surtout leur résistance dans la guerre avec l’Irak (1980-1990). Celle-ci est pour eux la « mère de toutes les batailles », comme 14-18 pour nous, et ils ont toujours l’amertume envers la France, plus qu’elle soit  intervenue en appui des djihadistes de Syrie, qu’elle ait soutenu Saddam Hussein dans cette guerre. [2]

N’oublions pas que l’Iran est grand comme trois fois le France -  et montagneux, ce que n’était pas l’Irak -  ni qu’il est peuplé de plus de   80 millions d’habitants. Il s’appuie sur trois millénaires d’histoire. Il   est   difficile de comprendre la « force tranquille » de ce peuple sans se référer ces fondamentaux.

Pour cette raison l’Iran se flatte de n’avoir jamais transigé (au moins depuis le renversement du shah) avec Israël, et à la différence de tous les autres pays musulmans, de n’avoir avec cet Etat ni relations d’affaires, ni alliance occulte (comme l’Arabie saoudite). Cette posture fière n’est pas sans relation avec le passé prestigieux de ce peuple, même si les Iraniens, comme les Israéliens, oublient que les Perses et les Juifs étaient   les meilleurs amis du monde antique, selon la Bible.

Il reste que si ce pays, où on fait peu de cas des Arabes, invoque souvent  le sort des Palestiniens  dans  sa guerre de propagande, il a d’abord en tête ses propres problèmes.  

 

Que pensent les Français ?

 

Obsession de tous nos interlocuteurs : que pense-t-on des Iraniens en France ? Il n’était pas difficile de leur dire que nos deux peuples  ne se sont jamais fait la guerre  et que les Français ont plutôt de la sympathie les Iraniens. La colonie iranienne en France est bien intégrée et d’un niveau social élevé, même si le gouvernement iranien nous reproche de soutenir, en son sein, des terroristes.

Et le régime ? La réponse est moins simple : il est difficile de leur dire que le shah était populaire, plus d’ailleurs par sa présence dans la presse « people »    que par ses accomplissements politiques ; ni que le régime des ayatollahs, lui, ne l’est pas.  J’ai suggéré que la prise en otage des diplomates américains tout au long de l‘année 1980, totalement contraire au droit et aux usages internationaux, n’avait pas été   pour peu dans le discrédit du régime issu de la Révolution de 1979, mais la nature de ce   régime, si contraire   à notre conception de la laïcité n’y est pas étrangère non plus.  

Il reste qu’on peut se demander si sans cette étrange dictature à la fois cléricale et policière, aux antipodes de la sensibilité frnaçaise, sans l’encadrement étroit du pays par des religieux, l’Iran aurait pu   soutenir la terrible épreuve d’un bras de fer avec la première puissance du monde.

 L’ayatollah Khamenei a, parait-il, écrit récemment une lettre à tous les jeunes du monde ; qui le sait ? Est-ce la meilleure communication ? J’ai suggéré à mes interlocuteurs[3]   qu’il y aurait sans doute moyen d’améliorer, sinon l’image du régime, du moins celle   du chiisme qui passe, à tort, dans l’Europe chrétienne pour encore plus étrange que l’islam sunnite. La figure d’Ali, emblématique de l’islam chiite est, par son martyre, bien plus proche de celle du Christ que de celle Mahomet qui est, lui, un vainqueur sans états d’âme. Bien plus que le sunnisme, le chiisme intègre le tragique de la condition humaine et a, par là, plus de profondeur. Comme les chrétiens attendent le retour du Christ, les chiites attendent celui du Mahdi. La valorisation de l’esprit de résistance   est une autre convergence.  Tout cela est peu connu tant par les Européens que par les Iraniens et c’est dommage.  Autant qu’à une commune origine indo-européenne, c’est à ces convergences qu’il faut attribuer le  sentiment de proximité qu’éprouvent les deux peuples[4].  

 

Entre rigorisme religieux et modernité

 

Il reste qu’en définitive le principal problème de ce pays dans les années à venir pourrait n’être ni géopolitique, ni économique, mais social ou plus précisément sociétal.

L’enseignement supérieur est aujourd’hui très développé et de grande qualité. La majorité des étudiants sont des filles. Nous avons pu voir une jeune iranienne passionnée de Proust.  Elles portent le voile noir, ce qui ne les empêche pas de se maquiller et de rivaliser de coquetterie, au-delà même de ce que les usages permettent en France aux jeunes filles « bcbg ».  Le taux de fécondité des Iraniennes, le plus bas du monde musulman, est même plus bas qu’en France : 1,7 enfant par femme. Si ce chiffre fait craindre de sérieux problèmes dans l‘ avenir, beaucoup   y voient, à tort ou à raison, un signe de modernité.

Dans son esprit originel, le voile, symbole de discrétion ou d’humilité, était en cohérence avec une vie domestique semi cloitrée. Il semble contradictoire avec l’omniprésence actuelle   des femmes dans la sphère publique comme   employées, journalistes, professeurs, voire militantes nationalistes, ou dans la rue. Les étudiantes que nous avons vues doivent être prudentes, mais d’autres   nous ont dit combien elles n’aimaient pas le régime.  Beaucoup d’Iraniens sont aujourd’hui incroyants. Certains sont tentés par la conversion au christianisme, dans la discrétion car elle est interdite.

La tension entre la modernisation accélérée du pays et un régime religieux rigoriste constitue une contradiction majeure qui finira par éclater.  Si très peu d’Iraniens veulent ce qu’ils tiennent , non sans raisons, pour le dévergondage occidental, beaucoup aspirent au changement.

Face de telles tensions, le principal ciment du pays demeure l’antagonisme américain. Chaque fois que Trump hausse le ton, les Iraniens n’ont d’autre choix que de se rassembler derrière le régime. Ceux qui ne le feraient pas passeraient pour des traitres.

Il se peut qu’en définitive Trump soit le meilleur soutien du régime des mollahs.

 

Roland HUREAUX

  

 

[1] Ou les deuxièmes après la Russie, on ne sait.

[2] Au cours d’une émission de radio, après notre retour, un auditeur nous a appris que son entreprise avait vendu des armes à l’Iran en 1987. Inutile de parler aux Iraniens de l’Irangate et de l’aide reçue alors d’Israël : ils ne le croiraient pas.

[3] Notamment dans un séminaire de mollahs.

[4] Faut-il mettre au compte de la proximité du chiisme avec l’esprit européen, les succès mondains et économiques de l’Aga Khan, chef d’une branche du chiisme ?

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 17:16

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/348-sanctions_americaines_contre_liran_une_epreuve_de_verite_pour_leurope

 

L'annonce du retrait des Etats-Unis   de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, levant les sanctions à l’égard de l ’Iran en échange du gel de son programme d’armement nucléaire ne saurait nous surprendre dans son principe : il est la réalisation d’une promesse de campagne. On est cependant étonné par sa brutalité et la première victime pourrait en être non l’Iran mais l’Europe.

L’Iran, ou nous nous trouvions le jour de l’annonce par le président américain, prend cette décision avec philosophie. La vérité est qu’elle ne change pas grand-chose à la situation de ce pays.

Il subit les sanctions américaines depuis bientôt quarante ans.  Celles de l’Europe datent de 2006, mais ni les unes ni les autres n’avaient   vraiment été levées depuis 2015 en raison de la frilosité des entreprises et des banques devant l’intimidation du gouvernement américain.   Depuis plusieurs années déjà l’économie   iranienne s’est réorientée   vers l’Asie :  la Chine est le principal client du pétrole iranien et on peut presque tout lui acheter. Cela n’est pas forcément conforme à ce qu’auraient souhaité une partie des Iraniens, au fond très tournés vers l’Occident, mais sur le plan économique, rien ne change pour eux.

Au vu des statistiques, la véritable sanction de ces dernières années a été l’effondrement du prix du pétrole. Les 2/3 des exportations du pays sont composés d’hydrocarbures ou de produits dérivés. Avec le relèvement actuel des cours, la croissance iranienne a repris.

Rappelons-le :  les Iraniens contrôlent   les premières réserves de gaz du monde[1] , réserves qui n’ont été découvertes qu’à une date récente. Ils ont aussi les troisièmes réserves pétrolières de la planète et l’Iran est, malgré les sanctions, le 6e producteur.  

 

Un défi pour l’Europe

 

De fait la première victime des sanctions américaines pourrait bien être l’Europe de l ’Ouest.  Peut-être en était-elle même sa première cible.

40 % des voitures d’Iran sont encore des Peugeot, mais pour combien de temps ?  Peugeot y avait, après l’accord sur le nucléaire, projeté   la construction d’une nouvelle usine ; pourra-t-elle se faire ?  Renault avait un projet identique. Total et Engie (GDF) ne pouvaient se désintéresser d’un pays qui possède d’immenses réserves d’hydrocarbures. Engie a déjà déclaré forfait. Airbus avait signé un marché pour 100 avions : que va-t-il devenir ?

Du côté allemand, Siemens, Daimler et les banques étaient engagés : depuis 2015, les exportations allemandes vers l’Iran commençaient à reprendre.  

Autant que le fond, compte la forme de la décision américaine. Grossièrement unilatérale, elle est assortie de pressions brutales auprès des Européens, comme jamais dans le passé, les Américains n’en avaient exercé vis-à-vis de leurs alliés. Les menaces proférées par le nouvel ambassadeur américain à Berlin ont été très mal prises par les milieux d’affaires allemands. Eric Schweitzer, président de la fédération des chambres de commerce et d’industrie allemande, a déclaré que ces menaces « ont provoqué un profond ressentiment au sein de l’économie allemande ». Le voyage d’Angela Merkel à Sotchi où Poutine l’a très bien accueillie, en a été le premier effet.

Si les Européens sont amenés à renoncer à leurs projets d’investissements, les Iraniens n’y perdront pas grand-chose :   les Chinois pourront prendre la place.    Trump aura   ainsi contribué à renforcer la  Chine et à affaiblir l’Europe de l’Ouest. Il n’est pas sûr que ce soit l’intérêt à moyen terme des Etats-Unis.

Pour l’Europe la décision de Trump constitue une crise, au sens grec du terme : le moment de décider - et de décider sur une manière grave : s’inféoder complètement à Washington ou prendre son indépendance.

Les 27 réunis à Sofia ont été unanimes pour ne pas suivre les Etats-Unis. Mais combien de temps cette belle résolution tiendra-t-elle ?

Sans doute les Européens ne vont-ils pas se retirer de l’accord mais il y a un fort risque que les entreprises européennes, paralysées par la crainte des sanctions américaines, désertent l’Iran, ce qui équivaudrait à une capitulation devant Trump.  

 Les Européens ne devront donc pas se contenter de rester dans l’accord, il faut qu’ils prennent des mesures pour protéger leurs entreprises contre les sanctions américaines au cas où elles se maintiendraient en Iran. Seule solution : être à même d’imposer des contre-sanctions aux entreprises d’outre-Atlantique. 

Par derrière cette question, celle de la compétence extraterritoriale que se sont attribuée les tribunaux américains.  Une prétention exorbitante contre laquelle les Européens n’ont jusqu’ici que peu réagi. Et n’imagions pas que la justice américaine si indépendante que les préoccupations politiques soient absentes de ses jugements !  

L’avenir de l’Europe, comme lieu de pouvoir géopolitique et non pas d’abord comme machine bureaucratique se joue au moins autant sur ce champ que dans les élections italiennes. A quoi servirait le maintien de l’Union européenne et de l’euro s’ils devaient s’accompagner d’un assujettissement devant la puissance dominante. A l’inverse, quel que soit le devenir de l’euro, le rapport des grands pays européens à l’imperium américain demeure un enjeu capital.

Si la pression américaine s’accentuait, les Européens conserveraient une arme ultime : dès lors que la simple utilisation du dollar rend leurs entreprises passibles des foudres de la justice américaine, les encourager à diversifier les devises qu’elles utilisent. Mais qui se risquera à aller jusque-là ? 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Ou les deuxièmes après la Russie, on ne sait.

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