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Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 18:12

SANS LE LATIN…

22/08/2021

Une récente décision de l’actuel pape, dont l’intention quasi-avouée est de faire disparaitre l’usage du latin dans l’Eglise latine a causé un choc particulièrement fort chez les croyants , et d’abord en France.

C’est l’occasion de revenir aux fondamentaux sur le rapport entre langue liturgique et langue commune aux différentes époques et dans les différentes religions. Ce rappel sera nécessairement sommaire.

 

A travers les âges

 

Nous ne savons pas exactement comment s’exprimaient les chamans de la préhistoire, ni les prêtres égyptiens. Ceux-ci ont connu très tôt l’écriture alphabétique mais ils l’gardée secrète pour n’user que des hiéroglyphes (littéralement écriture sainte) qu’eux seuls comprenaient. On peut supposer que le même ésotérisme fut pratiqué  dans la langue parlée.  

Dans le judaïsme ancien, avant la déploration à Babylone, il semble qu’il n’y ait eu qu’une seule langue tout à la fois sacrée et populaire, l’hébreu.

Mais avec les tribulations de la déportation, du retour d’exil, de la perte de l‘indépendance du peuple hébreu (réduit à trois tribus sur douze), s’opéra un dédoublement   qui dura jusque temps du Christ et même au-delà, entre la  langue du Temple qui continue d’ être l’hébreu et la  langue populaire devenue l’araméen . C’est en hébreu que  furent mis par écrit les textes bibliques, le même hébreu que du temps du Christ.

Avec l’avènement du christianisme, il est probable que la langue liturgique ait été à nouveau la langue quotidienne d’une partie des premiers croyants, le grec en Orient, le latin en Occident. Cela dura quatre ou cinq siècles. Au bout de ce temps, aucun changement officiel ne fut décrété , mais une dégradation progressive du latin commun  rendit progressivement impossible au peuple de comprendre la liturgie qui restait en  latin classique tandis qu’après les invasions barbares, une partie de l’Europe, en voie de christianisation se mit à parler  des langues  germaniques.   Au demeurant, tout au long du Moyen âge et jusqu’au   XIXe siècle une partie de population ignorait le français, l’espagnol, l’italien , l‘anglais, l‘allemand et ne comprenant  que son patois local. Comme aujourd’hui dans les pays francophones d’Afrique, la liturgie en français n’est pas nécessairement comprise de peuples qui continuent à parler  leur langue tribale.

L’évolution fut moins marquée en milieu grec mais jusqu’à la fin du régime militaire en 1974 , l’administration fonctionnait en grec classique tandis que le peuple parlait en grec démotique ( c’est-à-dire populaire) , lui aussi produit d’une évolution. Au Proche-Orient, plusieurs églises continuent d’utiliser l’araméen, langue populaire du temps du Christ.

Le Concile  Vatican II a rétabli en Occident l’unité de la langue liturgique et de la langue commune, disparue en Europe depuis au moins 1500 ans.

L’Eglise orthodoxe n’a pas suivi et, utilise , en Grèce, le grec ancien  sous sa forme byzantine, et en  Russie,  le vieux slavon. Curiosité : la Roumanie où la langue liturgique est aussi le vieux slavon alors qu’il s’agit   d’un pays latin dont la langue vernaculaire est latine.

 

Le cas de l’islam

 

Si  l’on regarde du côté des musulmans, seule une minorité est arabophone mais l’arabe commun que parle celle-ci    n‘est pas l‘arabe classique du Coran . Dans le reste du monde musulman, qui comprend d’immenses pays comme la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Indonésie personne ne sait l’arabe qui ne sert qu’à la prière .  Si au moment de la Réforme, la Bible fut parfois interdite de lecture au peuple , il a toujours été permis de la traduire. Pas le Coran qui est réputé  intraduisible. En terre d‘islam, le divorce est donc total entre la langue liturgique et la langue commune, ce qui ne semble enlever rien au dynamisme de cette religion.

Au total il peut que, dans l’histoire, et même aujourd’hui, la dissociation de la langue liturgique et de la langue vernaculaire soit plutôt la règle que l’exception.

Comme o le voit, il n’y a pas eu dans le passé , dans aucune religion, avant le concile Vatican II, de passage  brutal d’une langue à l’autre, les différences étant apparues progressivement aux cours des siècles, Ce qui explique le traumatisme causé par l’application des réformes du concile   – nous disons bien l’application car aucun de ses articles ne proscrit le latin, il se contente d’autoriser les  langues  vernaculaires.

La coexistence de la liturgie en latin et en langue vulgaire dans l’Europe occidentale, régularisée par le motu proprio de Benoit XVI,  pose certes un problème à tous ceux qui considèrent que l’unité de la liturgie est le signe de l’unité de l’Eglise, du troupeau derrière son pasteur.  Quoique leurs effectifs se soient mieux maintenus, les « tradis » ne représentent , même en France, qu’une petite minorité des pratiquants mais environ 40 % des vocations sacerdotales – sans compter les nombreux séminaristes issus de familles traditionnelles qui vont dans les séminaires conciliaires pour trouver une affectation.

 

Le chant grégorien, école d’humilité

On confond souvent la question de la langue et celle du chant. Il est difficile de dire si une messe basse en latin incite davantage à prier qu’une messe basse en français. On peut même penser que  le Je vous salue Marie est plus fluide en français qu’en latin – cas exceptionnel sans doute. Mais le latin, c’est aussi et peut-être d’abord le grégorien, un de grands monuments de l’héritage occidental.

Le grégorien résulte de siècles de distillation. Le problème du français et des autres langues vernaculaires, c’est qu’ils n’ont  pas eu le temps en un demi-siècle d’effectuer le lent processus  d’adaptation de la langue et de la musique.  Le chant  latin ,   issu du chant dela synagogue, puis byzantin,  effectua ce travail   sur tout un  millénaire. Il  se fit, en Occident, d’abord dans les monastères. Ceux  qui aiment le grégorien ressentent  l’extrême humilité qui l’  inspire . Les héritiers du Concile, ont beaucoup  critiqué  le « triomphalisme » supposé de la liturgie tout en  insistant sur son côté communautaire. Mais n’est-ce pas le chant communautaire qui fait le triomphalisme ? Dans la liturgie traditionnelle en grégorien, le fidèle s’abolit complètement dans une prière entièrement tournée vers Dieu. Dès lors qu’on a dit que  la messe était aussi, voire d’abord,  la réunion d’une communauté, la tentation était  grande pour celle-ci de se célébrer elle-même. Cette tentation apparait déjà dans  les  cantates de Bach. Aujourd’hui, des cantiques assez habituels comme Peuple de Dieu, cité de l’Emmanuel  ou Chrétiens, chantons le Dieu vainqueur,  en témoignent assez.

La musique est un art puissant  qui, dans les cas extrêmes  exerce une sorte d’effet hypnotique. Même s’il ne se concentre pas sur le texte, celui qui entend le grégorien est spontanément plongé dans l’ambiance du sacré. Mais le preùier compositeur du dimanche n’atteint pas ce niveau.

 

Quelle unité ?

 

On peut rêver qu’un travail d’unification des liturgies se fasse comme il s’est fait dans l’Empire carolingien   par le rapprochement des rites romain, ambrosien, mozarabe , bénéventain etc.  Rapprochement qui n’inclut pas les Eglises d’Orient, encore rattachées à Rome. Mais en Occident, la tache était plus facile : la langue latine restait commune et les rites à rapprocher peu différents. L’Eglise et l’Empire d’Occident étaient alors aux faîte de leur puissance.  Il n’est pas sûr qu’un tel rapprochement puisse s’effectuer en temps de crise sans entraîner de graves dégâts.

L’unité ne se décrète pas. Mais il se peut en définitive que par son ton, le dernier motu proprio ait fait beaucoup pour rapprocher les différentes familles qui composent l’Eglise de France : les catholiques conciliaires ont été pour la plupart si choqués par son caractère abrupt , passé de mode dans le monde d’aujourd’hui, qu’ils se sont sentis  spontanément en sympathie avec les  traditionnalistes, qu’ils connaissaient et qui sont  souvent , ne l’oublions pas, des parents ou des amis dans la vie civile.  Les voies de Dieu sont souvent paradoxales.

 

Roland HUREAUX  

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 18:09

MAGNIFIQUES  MANIFESTATIONS  

19/08/2021

Oserai-je le dire ? Je n’ai jamais vu des manifestations comme celles qui se déroulent dans toute le France chaque samedi contre le passeport sanitaire.

D’abord le nombre est considérable, beaucoup plus que ne l’étaient les gilets jaunes, ce que les organes de la presse de cour se gardent bien de dire. Que ça ne se sache pas est le signe d’un contrôle d’opinion de plus en plus serré.

D’autant que ces manifestations ne ressemblent à aucune autre.

J’ai déjà manifesté : au Trocadéro en faveur de Fillon, on trouvait un collègue ou une vielle connaissance tous les dix mètres.  Même à la Manif pour tous, même dans de manifestions plus à gauche.

 

Des manifestants non identifiés

 

Là personne. On peut suivre le cortège des heures sans reconnaître quiconque. Et les amis annoncés sont introuvables tant la foule est grande. Impossible aussi de dire s’il s’agit surtout de gens de gauche, de droite, de jeunes, de vieux : tous les bords, tous les âges s’y retrouvent.   

Pas davantage de marque claire de classe sociale : des   ouvriers, des cadres supérieurs, et beaucoup, beaucoup qui semblent inclassables.

Il y a en France des « gueules » : de militant du RN, de LR, de catholique pratiquant, du parti socialiste, de la CGT.  Là rien de typé.

Certains militants portent des drapeaux français sans que cela n’offusque personne, mais ici ou là un drapeau arc-en ciel ou des drapeaux étrangers occasionnels de pays d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine : universalité de la France.

Des gens de couleur. Même, encore peu nombreuses, des femmes voilées.

Lié à cette diversité, le fait que les gens ne semblent pas se connaître   sauf des groupes de deux ou trois venus en semble, notamment des jeunes filles.

Cette diversité, c’est le peuple de France, tel qu’il est aujourd’hui. C’est le peuple de France qui se lève contre un pouvoir inique, sans précédent   dans l’autoritarisme, l’arrogance, le mépris, la dureté, au service d’un projet dont personne ne comprend la rationalité tant les cas de décès par covid sont devenus rares.  Le peuple de France que ne précède pas cette fois,  en tête de cortège, une brochette de députés et de sénateurs en écharpe, comme LMPT ou Charlie.  Sans doute les élus qui ont voté la passe ou sont restés lâchement chez eux ont-ils   compris qu’ils n’y seraient pas bienvenus.

 

Pas de bobos-gogos

Manquent aussi  les « bobos-gogos ». Bobos comme ceux qui ont voté Macron, le voyant comme un sauveur venu d’« ailleurs », gogos comme ceux qui font la queue pour se faire vacciner parce que , dans leur milieu,  ça se fait.

Un seul slogan, simple, digne de la France et de son histoire,  ancienne et récente : « Liberté ! » (et accessoirement un second très clair aussi : « Macron démission ! »)

Je me plais à penser que face à cette chape de plomb mondiale devant  laquelle les Français semblaient plus dociles que d’autres (comme la monarchie française paraissait la plus inébranlable en 1789 ! ), la France retrouvera  son rôle historique de chef de file des peuples libres, faisant la première éclater le carcan.

 

Continuer à manifester

 

Cela suppose que ces manifestations continuent et même qu’elles passent à la vitesse supérieure à la rentrée. Il ne faut pas écouter les voix de certains antipass qui susurrent que manifester ne sert à rien, que ça fait le jeu de Marcon (par quel détour compliqué ?  Je ne sais), qu’il faut faire autre chose, on ne sait quoi, réfléchir. Je ne crois pas une seconde que le président et sa clique seront heureux que le nombre de manifestants explose en septembre. Quel autre moyen d’ailleurs (à moins de passer au stade violent) de faire barrage à ce projet fou et criminel de vacciner d’office tous les jeunes et tous les enfants, voire les nourrissons alors même qu’il n’y a aucun décès du Covid au dessous de 45 ans   depuis le début de l’année. Empêcher cette ignominie doit être notre prochain objectif.

 

Roland HUREAUX

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 18:08

DEUX DEFAITES QUE L’OCCIDENT A BIEN CHERCHEES

18/08/2021

Il n’y a pas lieu d’être trop inquiet sur les futures relations de l’Afghanistan et des Etats-Unis depuis qu’il est tombé entre les mains des talibans.

Le vieux tropisme américano-islamiste qu’on a vu tant de fois à l’œuvre depuis 1945 va jouer d’autant mieux qu’aucun contentieux véritable n’oppose  les uns et les autres dès lors que les Américains abandonnent  le souci d’améliorer le sort des femmes d’Afghanistan.

Américains  et islamistes afghans partagent les  glorieux  souvenirs de leur alliance victorieuse contre les  Soviétiques entre 1979 et 1990, sans compter la fraternité que crée le combat entre  tous les belligérants.

Autre atout des Américains dans ce pays : le régime des talibans n’est bienvenu nulle part dans la région . La Chine, en prise avec le problème des Ouigours, l’Inde où l’islam est beaucoup plus présent,  les deux grandes puissances régionales, détestent les musulmans.   Les Russes les combattent impitoyablement chez eux,  même  s’ils seront sans doute  plus accommodants à l’extérieur. L’Iran chiite qui suit depuis longtemps les talibans, s’est bien gardé de jamais les aider, les considérant  comme de dangereux… « intégristes », qui plus est sunnites ! Le Pakistan est en principe avec eux, fraternité pachtoune aidant, mais leurs relations restent ambiguës :  Islamabad risque de perdre son leadership régional sur le front de l’islamisme. Seule Ryad pourrait avoir gagné un allié de revers contre l’Iran. Et peut-être Tel Aviv où il se dit parfois que les Pachtounes , d’où sont issus les talibans,  pourraient être une tribu perdue d’Israël convertie à l’islam.

Il restera aux Etats-Unis à régler leurs rapports avec le nouveau pouvoir. Parmi les problèmes dont on ne parlera pas en public, la culture du pavot, à laquelle les talibans d’avant 2001 avaient mis fin, qui a repris de plus belle sous les Américains et qui ne cessera sans doute pas de si tôt.

 

Un affaiblissement de l’Occident

 

Mais ce n’est là que le premier degré des conséquences. Vu de plus haut et de plus loin, le retrait des Etats-Unis d’Afghanistan, concédant après vingt ans de guerre une victoire totale sur le terrain à leurs adversaires ne pourra pas ne pas être perçu comme une défaite majeure de l’ Occident.

Elle vient après une autre grande défaite, moins spectaculaire car les médias se sont bien gardés de la souligner,  en Syrie. Après huit  ans de guerre dont l’objectif était de renverser le gouvernement de Bachar el-Assad, la coalition occidentale n’y est pas parvenue. Un échec d’autant plus retentissant que,  au sein de celle-ci,  des gens comme  Sarkozy et Juppé, pensaient au départ que ce ne serait l’affaire que de quelques jours. La raison de l’échec : la résistance de l’Etat syrien et surtout l’appui indéfectible qu’il a  reçu des Russes. Trump a eu la sagesse de prendre acte de cet échec en suspendant  les hostilité (mais non les sanctions très cruelles qui pèsent toujours sur ce pays). Dans le  camp démocrate, certains comme Hillary  Clinton envisageaient de les reprendre. Biden a eu la prudence de ne pas donner suite. Le résultat : Poutine est désormais l’arbitre principal du Proche-Orient.

Ces deux défaites ne sont pas passées inaperçues dans le monde. Il est probable que beaucoup de pays – et de peuples -  y auront vu un signe majeur du  déclin des Etats-Unis et de leurs alliés européens. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact politique, économique, voire culturel qu’aura  l’affaire afghane  . Les Chinois se sentiront-ils  encouragés  à poursuivre « la  route de la soie », seront-ils plus impatients de  mettre la main sur Taiwan ?  Une nouvelle fois les alliés des Etats-Unis auront vu qu’ils n’étaient pas des soutiens  fiables. Quelles conclusions en tirera Moscou, menacé à son tour si les talibans voulaient continuer à répandre l’islam salafiste ?  Les  Russes sont  en tous les cas confortés dans leur rôle de gendarmes de l’Asie centrale.

 

Le résultat d’agressions américaines

 

Ces deux échecs ne sont nullement la conséquence d’une attaque  que les Américains auraient subie et qu’ ils ne seraient pas arrivés à repousser. Dans les deux cas, la guerre a commencé  par une agression américaine, directe en Afghanistan (2001),  par islamistes interposés en Syrie (2011).

Dans les deux cas, les motifs invoqués étaient très  peu justifiés. En Afghanistan, il s’agissait de venger le 11 septembre dont le commanditaire supposé, Ben Laden, aurait entrainé ses hommes  chez les talibans alors au pouvoir en Afghanistan. Comment imaginer que des attentats aussi sophistiqués que ceux des Tours jumelles auraient pu être  préparés dans des cavernes de l’Hindou Kusch ? Mais il fallait que la bête blessée se vengeât tout de suite sur quelqu’un. Les talibans paraissaient une cible facile. L’Irak, autre cible,  encore moins impliquée dans l’attentat  mais   plus compliquée à aborder, attendit deux ans.

La déstabilisation de la Syrie était au programme depuis plusieurs années, préparée notamment par les services secrets allemands. Elle fut engagée dans la vague des printemps arabes dont elle paraissait la continuation logique. La Russie avait une petite dizaine d’Etats alliés au Proche-Orient au temps du communisme, il ne lui en restait qu’un, la Syrie. Les néo-cons si bien nommés pensèrent  que Poutine se laisserait faire si on lui prenait le seul pont d’appui qui lui restait.  Il fallait aussi éliminer un allié de l’Iran au risque, en cas d’échec,  de renforcer toutes les armées hostiles à Israël : armée syrienne, Hezbollah Pasdaran,  voire certaines milices islamistes à qui ont   été offert dix ans d’entrainement de haut niveau. La Syrie des Assad n’avait jamais menacé Israël en quarante ans, mais là aussi l’hybris de puissance fit qu’on voulut la mettre à genoux, sans nécessité véritable.

Les erreurs d’appréciation furent multiples : en Afghanistan, les Américains, qui restent des républicains bon teint,  ont négligé la carte d’une  monarchie encore légitime dont le  prestige aurait pu faire pièce aux talibans, préférant s’appuyer sur  des  collaborateurs corrompus. En Syrie, on ignora le fait alaouite : le pays  ( et l’armée)  était entre les mains d’une minorité religieuse qui aurait été exterminée si elle le lâchait.

Dans les deux cas, les Etats-Unis faisaient la guerre sans  aucune politique  de rechange. Ils cherchèrent en vain une solution alternative  aux talibans ;  en Syrie, de même. Faire tomber Damas, c’était donner pouvoir à Al Qaida ( Al Nosrah ) , auteur supposé des attentats de 2001 , et sur le terrain, par un étrange paradoxe, principal alliés des Etats-Unis. L’impression dominante, surtout sous Obama, était que les Américains ne savaient pas exactement ce qu’ils voulaient. Même avec le plus puissante armée  du monde,  ce n’est pas comme cela qu’on gagne les guerres.

Voilà donc pour Washington et ses alliés, deux immenses baffes dont on peut dire qu’ils sont allés les chercher !  Par malheur dans ces deux affaires ,  la France, qui,  conforment à sa vocation, aurait pu tenir un rôle singulier,  a seulement joué le caniche qui suit le gros chien,  jusque dans ses pires égarements.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 18:06

MAIS QUELLE MOUCHE L’A PIQUE ?

24/07/2021

Beaucoup, y compris parmi ses partisans s’étonnent que le président Macron ait engagé  une bataille aussi violente  pour imposer la vaccination  à tous les Français.

D’abord son discours , totalement dépourvu de chaleur, raide, autoritaire, méprisant, jouant de manière surfaite la statue de marbre inébranlable, où certains voient une pointe de sadisme,  et contenant en tous cas beaucoup d’assertions contestables. Le sentiment aussi qu’il était ailleurs. On était habitué à ce style mais pas à ce point.

Ca passe ou ça casse,  semble-t-il s’être dit.

L’appareil exécutif a peut-être les  moyens de passer la loi « en force », ce qui ‘est pas à l’honneur de notre parlement qui, à la différence du Parlement britannique ne sert plus même de « garde-fou ». Mais qui n’entend le rejet profond de la population française, non au vaccin mais à cette pression insensée, digne d’un pays totalitaire, qui s’exerce  sur eux.

Macron n’y va  pas  de main morte : l’accès à tous les spectacles, centres commerciaux, bars et restaurants,  piscines, trains, voire les écoles et les hôpitaux seront conditionnés par   la présentation du passeport  sanitaire,   c’est dire la preuve que l’on a    été vacciné. Les enfants pourront l’ être  sur l’avis d’un seul parent. Tout cela est inimaginable .

Le noyau qui résiste est en partie mu par la crainte des effets secondaires, immédiats ou dans  un certain délai,   d’un vaccin qui reste expérimental et use de procédés inédits, de type génétique. La France est un des rares pays qui n’offre pas l’alternative d’  un vaccin  normal, par virus inactivé  et donc sans risques,  comme c’est le  cas de la Chine ou  du Royaume-Uni. Les vaccins de ce type qui ont  été mis au point par des   laboratoires français sont bloqués.

La résistance, c’est aussi le vieil instinct de liberté  propre au peuple français et qu’on aurait tort de sous-estimer. Dans les manifestations,   on ne  reconnait pas les têtes habituelles de droite  et de gauche : c’est un signe.   L’individu résiste  d’autant plus que c’est à  son identité  génétique  , la plus intime  qui soit,  que l’on risque de toucher.

Même si une majorité finit par se faire vacciner,  les irréductibles ne pourront pas être réduits par la force. Ils sont une élite , ceux qui dans les tempêtes ont toujours dressé la tête et peut-être ceux qui qui seront aux commandes demain.

Pourquoi  cette subite offensive   ?  Les chiffres de décès, toujours faibles ( 115 par semaine en France, en baisse ) et même de contamination ne la justifient pas. Les pays qui ont abandonné tout effort de lute contre la pandémie comme le tiers des Etats américains ne se portent pas plus mal que les autres. Des pays très vaccinés comme Israël restent menacés.   

 

Le monde ne comprend pas

Le monde ne comprend pas : la presse britannique , un pays où tout est redevenu libre , met en doute la santé mentale de Macron[1]. Même son de cloche en Australie ( Sky News Australia : "Has Président Macron gone mad?").

Mme Merkel se gausse    et réaffirme qu’il n’ y aura aucune obligation vaccinale en Allemagne, tout en rappelant perfidement que Macron avait promis qu’il n’y en aurait pas en France…[2] Même réaction narquoise  en Chine, ce qui est  un  comble . Mais vraiment qu’est-ce qui lui prend ?  dit-on un  peu partout.

Si le Conseil d’Etat s’est fait discret, comme d’habitude,  le défenseur des  droits Mme Claire Hédon a mis en garde courageusement contre une dérive très grave en matière de droits de la  personne, et conteste la  procédure d’urgence.

Quelle est donc la motivation du président  se demande-t-on partout ?

La première hypothèse est un accès  d’autoritarisme, l’ impatience d’un homme devenu très impopulaire  ,  qui, le 14 juillet,  a descendu  les Champs   Elysées sous les sifflets  des rares présents. Ou encore la fâcherie d’un enfant gâté  qui casse les jouets. La France a un rang honorable quant aux taux de vaccination : 48 %. Pourquoi s’énerver ?  L’européiste Macron voudrait-il qu’elle donne  l’exemple au Vingt-sept, voire au reste du monde ?  

Est-ce une stratégie  de campagne ? Faire que les Français , devenus des zombies vivant dans la crainte de l’autorité  le réélisent dans un climat de quasi-terreur ? 

Troisième hypothèse : Macro, en a reçu l’ordre . On connait sa proximité avec Bill  Gates promoteur d’un plan de vaccination mondial  à qui Macron avait offert l’an dernier, malgré nos finances  délabrées, un demi-milliard pour promouvoir la vaccination dans le monde.

Le couple Gates – Fauci  est aujourd’hui aux abois. La Cour suprême a ouvert la voie,  à la demande de Robert Kennedy Jr  , avocat new-yorkais et neveu du président, à la possible inculpation de Gates  pour crimes contre l’humanité  - des vaccinations hasardeuses dans le Tiers Monde.  La justice a rendu publics les courriels de Fauci qui confirment beaucoup de soupçons des « complotistes », par exemple le caractère artificiel du virus.    Il n’est pas exclu que ces gens aient demandé aux pays d’Europe , via Bruxelles, d’accélérer le vaccination et que devant le  refus de Merkel et de Johnson , ils se soient rabattu  sur Macron , le meilleur élève de la classe mondialiste - comme Sanchez en Espagne. Les Français sauront lui rappeler qu’ils restent  des hommes libres.

 

Roland HUREAUX

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:59

23/07/2021

LES EVÊQUES DE  FRANCE TOUJOURS DU MAUVAIS COTE ?

Les évêques de France avaient-ils besoin de prendre parti, le jour du vote,  pour la loi instituant le passeport  sanitaire, venant ainsi au secours  d’un gouvernement devenu très impopulaire et qui les a gratifiés il y a deux semaines d’une loi dite bioéthique  heurtant profondément les consciences.

Ils commencent fort en refusant l’identification du pass sanitaire à la shoah ? Evidemment. Mais qui a effectué un tel amalgame ?  Dans une manifestation, il y a toujours des gens qui disent n’importe quoi.  Leurs  adversaires s’en servent notamment par  l’abjecte reductio ad hitlerum de tout ce qui conteste l’ordre mondial ultralibéral, devenu l’argument suprême.

La question  n’est plus la lutte contre la pandémie, en récession, elle est maintien des libertés fondamentales en France.

On a trop fait le procès à l’Eglise de France de se trouver toujours depuis deux siècles , comme d’instinct, contre les libertés : en  1801, en 1851, en 1940 . Apparemment  le pli  n’est pas perdu !

On lui a aussi reproché d’être du côté des riches : qui ne voit que le projet de vaccination universelle émane des hommes les plus riches du monde : Bill Gates, les Gafam , le Big Pharma et.

Le communiqué reprend sans critique  les arguments  du pouvoir : les libertés sont importantes  mais l’ urgence sanitaire fonde  le gouvernement  à  les suspendre.

Mais la question n’est pas là : y a-t-il vraiment urgence dès lors que le covid est soigné ?  La suspension des  libertés prévue dans la loi,  qui dépasse toute ce que nous avons vu dans le passé est-elle proportionnée au risque.  Sera-t-elle seulement efficace ? Pourquoi aller bien  plus loin que ce que font nos  partenaires  européens , les Etats-Unis ou la Chine ? D’autant qu’on ne  sait toujours pas quels sont  les   risques de la vaccination elle-même. Et que le gouvernement a écarté du marché , à la différence de la Chine ou du Royaume-Uni, les vaccins à virus désactivé qui sont , eux, sans risques.

Certains voix insolentes vont jusqu’à dire  que pour savoir où est le droit chemin, il suffit de  prendre à rebours les prises de postions de l’épiscopat français chaque fois qu’il se mêle des affaires de la Cité.  Il y aurait même  à cette boutade un fondement  théologique : l’Esprit Saint   a été donné en abondance aux pasteurs dans leur  domaine de compétence : la foi et les mœurs. Comment s’étonner qu’ils errent dès qu’ils en sortent ? 

Hors de la question de la vaccination, la population  se  meurt d’angoisse ; la consommation d’antidépresseurs explose. Les enfants sont traumatisés par un masque inutile  . C’est dans ces circonstances qu’on attendait  une grande voix venant d’ailleurs conforter les peuples, le rappeler que la mort n’est qu’un passage, qu’ils doivent maintenir la vertu d’espérance, voire condamner ce crime que fut l’interdiction de soigner . Qu’avons-nous au lieu de cela ? Une administration qui vient  appuyer une autre administration  ! Quelle pitié !  RH

 

 

 

  

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:57

UN DRÔLE DE PELERIN

 

16/07/2021

 

Dans certains milieux catholiques, on se plait à souligner que le président Macron est le premier chef de l’Etat qui, non content de visiter Lourdes, sera entré dans l’enceinte du sanctuaire et aura donc vu la grotte de Massabielle.

On voit même à cette occasion, demander des neuvaines pour sa conversion !

Cela le lendemain du jour où il a obtenu au forceps le vote d’une loi prétendue bioéthique qui contient les pires entorses non seulement à la morale chrétienne mais à un fond anthropologique multimillénaire qu’il est habituel d’appeler la loi naturelle.  Possibilité de  fabriquer des enfants qui seront  confiés à une ou deux femmes qui, de manière  délibérée  ne pourront jamais connaitre leur père , vivant ou mort, biologique ou adoptif ,  PMA sans motif médical pour les couples homme-femme, tout cela avec remboursement à 100 % par la Sécurité Sociale,  autoconservation des gamètes sans motif médical,  l’autorisation élargie de l’expérimentation sur les embryons, autorisation de créer des embryons transgéniques et des embryons-chimères animal-homme.

Cette loi inouïe n’a pu passer qu’en donnant le dernier mot à l’Assemblée nationale, en quoi le président viole sa parole de construire autour d’elle un large consensus.

Il n’a certes pas soutenu une proposition ultra-féministe prévoyant l’extension à 14 mois de la licéité l’avortement volontaire :  la levée de bouclier des gynécologues a sans doute plus joué que des scrupules de conscience.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, la laïcité n’a pas attendu la République pour être dans les usages de l’Etat français. Depuis que , peu après son baptême, Clovis  s’abstint   d’apparaître  au synode des évêques de Gaule organisé par  saint Rémi  à Orléans, aucun roi de France n’a paru à une assemblée des évêques de France ;  ni aucun président de la République jusqu’à la honteuse cérémonie de Bernardins du 19 avril 2018 où Macron, reçu par les évêques  leur expliqua clairement  que dans les  questions dites  bioéthiques il  n’en ferait qu’à sa tête , leur concédant seulement  le droit de « poser des interrogations »  – pas même de donner leur avis . Ce qui n’a pas empêché que (manipulés par qui ?) ils l’aient gratifié d’ une standing ovation.

La laïcité, royale ou républicaine, n’a jamais eu pour premier but d’humilier le spirituel, ni d’éloigner l’Etat de toute influence religieuse ou morale ;  hors de certains excès,  son  sens fut d’abord  de respecter une distance convenable entre les affaires de ce monde et la sphère du  sacré, d’exprimer une certaine discrétion  des hommes d’action  aux prises avec ces réalités pas toutes reluisantes  que sont les affaires  politiques. Le général de Gaulle, autrement chrétien que Macron, si avare de gestes religieux en public, l’avait compris.

Ce n’est pas par mépris pour la Sainte Vierge que tant d’hommes d’Etat n’ont pas franchi à titre public les limites des sanctuaires, c’est au contraire par respect.

L’actuel président, dans une démarche qui sent l’électoralisme à plein nez, au sortir d’une étape du Tour de France, pièce de sa mécanique pré-électorale, n’a pas hésité à poser ses doigts graisseux dans l’espace sacré.  Il n’est pas sûr que cela lui porte chance.

 

Roland HUREAUX

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 16:16

Chers Amis,

Vous avez pu constater que, pour rattraper le retard pris, j'ai posté depuis hier de nombreux articles sur  le Blog.

A partir de maintenant,  vous recevrez les articles les plus récents, ayant trait  à l'actualité immédiate.

Je précise que je ne tiens pas à proprement parler un blog visant à la régularité stricte.

Mais chaque fois que je vois dans l'actualité matière à commentaire, si possible singulier, ce qui arrive souvent,  j'écris un article qui a vocation à être sur le blog mais aussi dans la presse nationale ( Le Figaro par exemple) ou les principaux blogs d'actualité : Causeur, Atlantico, Liberté politique, Boulevard Voltaire etc.) .

Bien cordialement à tous.

Roland Hureaux

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 15:20

REGIONALES : SE MEFIER DE L’ELECTEUR QUI DORT

29/06/2021

Il serait hasardeux de tirer des conclusions des élections régionales pour les appliquer à la prochaine présidentielle.

 

Le club des sortants

 

Le premier vainqueur, c’est le club des sortants. Tous  les présidents de région sont réélus en métropole, aucune ( hors la Réunion) n’a vu  sa majorité basculer . Et comment s’en étonner ?  La région ne sert qu’à distribuer de l’argent aux départements et aux communes, aux entreprises, aux associations . C’est même   par elle que transitent les  crédits  européens  ( la fameuse « Europe des régions ») . Le président de région n’a presque aucun de ces pouvoirs régaliens qui pourraient faire des mécontents : police de la circulation  et du stationnement,  urbanisme, gestion des innombrables problèmes de proximité[1].  C’est essentiellement le maire et le préfet qui se chargent de ces tâches ingrates.  La fiscalité régionale, mêlée aux autres, passe inaperçue. 

Au départ,  les régions avaient  d’abord des compétences stratégiques : aménagement du territoire, action économique ( très limitée par les règles anticoncurrentielles  de  Bruxelles), formation professionnelle, plus les lycées et, de fait, l’enseignement supérieur. Mais les conseils régionaux ont  voulu se rapprocher  du terrain multipliant, en concurrence avec les conseils départementaux, les petites enveloppes destinées aux communes, finançant ici un cinéma, là le toit d’une église, un terrain de football, etc.  toutes opérations plus clientélistes que stratégiques. Comment ne pas dire merci aux présidents en place ?  Il  n’était donc pas facile  de battre un sortant. Et personne ne l’a fait.

Au point qu’on s’interroge de plus en plus sur l’utilité d’une structure  coûteuse  qui fait souvent double emploi avec les départements et l’Etat : on évoque  le retour à l’élections indirecte par les entités locales sur  un format plus réduit, soit la suppression pure et simple de la région.

 

Une abstention logique

 

L’autre vainqueur , ce sont les abstentionnistes :  près des deux tiers  du corps électoral. Elle s’explique aussi.

Ne nous y trompons pas : le rejet de la classe politique et du système , dans les profondeurs du peuple français, est violent. Les ténors  issus des Républicains, brillamment réélus :  Bertrand, Pécresse , Wauquiez auraient tort d’imaginer  que les électeurs,  assagis,  seraient  revenus au  bercail du « cercle de  raison », à un centre droit à  l’identité plus incertaine que jamais.

Il ne sert à rien de faire le procès des hommes politiques ;  c’est la  ligne ( ou l’ absence de ligne) des partis du courant principal, qui est en cause . Ils semblent ne plus faire qu’appliquer   des décisions prises au  niveau international ( OMC, OMS,  GIEC, OTAN, OCDE ) ou continental  ( CEDH) , la commission de Bruxelles n’étant qu’un rouage exécutif.   Cette politique mondialisée, les  Français n’en perçoivent pas toujours l’origine, mais ils l’abhorrent et voient qu’aucun politique  français n’est assez courageux pour la remettre  en cause.

Ce rejet peut s’exprimer électoralement de deux manières : le vote de rupture  ou l’abstention . C’est celle-ci qui a été choisie aux régionales.  Très intelligemment , les opposants au système  ont compris que , pour effectuer un vrai changement, les élections  régionales ne servaient  à  rien.

Ceux  qui sont allés voter  : les raisonnables, les obéissants, on les dit plus instruits  ( les fameuses  CSP +)  mais ils comprennent beaucoup de personnes âgées de niveau modeste qui ont voté comme on votait il y a cinquante ans : gauche /droite.   Habitués à ce monde , ils sont moins portés aux ruptures.

Mais, dans un autre contexte, par exemple  lors d’un second tour de présidentielle serré entre des options antinomiques, comme ce fut le cas récemment aux Etats-Unis[2], il ne faut pas exclure que cette masse qui semble aujourd’hui assoupie  (et comprend le plupart des jeunes) se réveille,  et cela pour « casser la baraque » faisant le choix de la rupture, surtout si le candidat des forces dominantes reste Macron dont l’élection a montré l’usure.

 

Pas de figure de référence

 

Une telle rupture supposerait qu’il y ait une figure de référence . Mais Marine Le Pen sort elle aussi affaiblie de ces régionales, malgré la mise en avant de ralliés crédibles  comme Garraud, Mariani, Juvin  . Son recul général ne s’explique pas seulement  par l’abstention  : ont aussi joué  une campagne peu imaginative , axée sur le seul thème de la sécurité ( dont la demande  qui ressort des  sondages n’est que l’expression d’un malaise beaucoup  plus profond) , les efforts de dédiabolisation  ( sur l’Europe, sur le covid etc.)   qui laissent  de moins en moins espérer  d’elle une vraie rupture, une politique interne qui a conduit à mettre à l’écart un peu partout  les militants éprouvés  au bénéfice de jeunes apparatchiks sans attaches locales , entrainant  la désorganisation de beaucoup de  fédérations.  Mais comme disait Siéyès, en politique, on ne supprime que ce qu’on remplace et pour le moment, M.Le Pen  n’est pas remplacée.

La gauche , depuis longtemps à la remorque d’un mondialisme  honni, est, malgré les gesticulations pathétiques de Mélenchon, encore moins en mesure d’offrir une alternative.

La stagnation générale de notre paysage politique qui ressort de ces élections  est en décalage  total avec l’immense malaise qui est celui de la France d’aujourd’hui. Dans un tel contexte, toute initiative qui  pourrait  faire bouger les lignes est désormais  bienvenue.

 

Roland HUREAUX

 

[1] Il est d’autant plus paradoxal que tant de candidats aient fait campagne sur la sécurité  sur laquelle la Région  n’a aucune prise.

[2] Dans certains états, la participation  a même atteint les 110 % !  

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 15:17

DIEU, PRINCIPE DE REALITE

paru dans Monde & Vie

28/06/2018

Pour bien voir  devant soi , il vaut mieux , à l’intérieur un puissant éclairage, à l’extérieur, un beau soleil sans nuages .

C’est une dimension méconnue de la foi en Dieu : elle  est  indispensable à une vision  juste du réel.

Ce n’est pas là une idée commune. Pendant longtemps,  ce sont, les adversaires de la foi qui revendiquaient  ce qu’ils appelaient précisément les Lumières , renvoyant les idée religieuses aux ténèbres de l’obscurantisme. Longtemps  la croyance en Dieu fut soupçonnée d’être un obstacle à l’accès rationnel au réel ; les réticences de certaines  Eglises devant le progrès des sciences y furent pour quelque chose. Aujourd’hui    les croyants seraient plutôt tenus pour des idéalistes brumeux auxquels il serait risqué  de confier des responsabilités touchant de trop terre à terre, comme la police[1]. L’apport du religieux  aux affaire temporelles  est  réduit à un  « supplément d’âme », à un repère éthique , voire à une plus grande ouverture à la compassion.  On invoque avec componction  les « valeurs chrétiennes » ( mes valeurs , tes valeurs, ses valeurs ! ) comme si  n’était pas d’abord  en jeu dans les affaires du monde  la réalité elle-même .

 

La foi rend lucide

 

N’hésitons pas à le dire :   l’ouverture à la transcendance  conduit à  une approche plus lucide et plus exacte  des réalités, y compris politiques,  et est  donc le moyen d’éviter les erreurs.

Si l’animal hérite d’un système  d’instincts qui lui inspire  naturellement   ce qui lui est  lui est nécessaire de savoir  pour survivre, il n’en est pas de même de l’homme où cette connaissance passe par la raison . Il importe donc que cette raison soit droite. Si elle ne l’est pas , ce n’est pas seulement la survie de l’individu ou des siens  qui est menacée, ce peut être celle de la société, voire de l’humanité elles-mêmes.

La rapport au réel n’a pas  été un problème pendant des siècles où des tribus et des peuples étaient tenus à un fort réalisme tant pour se nourrir que pour se défendre contre les ennemis. 

Une première crise du principe de réalité  fut  la gnose apparue dès les origines du christianisme ,  peut-être sous l’ influence de la philosophie grecque. Elle tenait la réalité sensible   pour  l’œuvre d’un Dieu mauvais  et , pour cela, récusait tout ce qui pouvait servir à sa conservation : le mariage, la sexualité, le procréation, l‘agriculture, la défense contre l’ agression. Les gnostiques n’ont heureusement jamais accédé au  pouvoir  et ne représentèrent donc  pas un danger  majeur, mais ils montrent comment la séparation du courant judéo-chrétien  et de son principe fondamental , l’existence d’un Dieu unique et bienveillant, pouvait égarer les esprits  hors du réel.

On assimile trop facilement l’idéologie à un avatar moderne    de la gnose.  Son fonctionnement n’est pas tout à fait le même,  mais elles représentent  toutes les deux   une crise du principe de réalité. L’idéologie ne dévalue pas le monde  en tant que tel mais , toujours  insatisfaite de lui,  veut le réformer , au besoin  au forceps . Cela au nom d’un idéal abstrait : société sans classe , société sans frontières, race pure, humanité « augmentée »,  qui ne sera bien sûr jamais réalisé mais qui empêche ses tenants de voir la  réalité concrète :  

L’étrangeté du projet idéologique  lui donne un tour messianique. La passé y  est disqualifié au bénéfice d’un avenir grandiose . Sans nous y appesantir, souvenons nous de quelques uns des  traits   communs à toutes les idéologies : négation de la démocratie (puisque les « sachants » doivent entrainer de gré ou de force le peuple) , intolérance, destruction de la culture,  refus de la nature humaine, aliénation des populations , sentiment d’absurdité et toujours « résultats contraires au but poursuivi » ( Hayek).

 

L’idéologie envahit tout

 

Il n’est  pas exagéré de dire que malgré l’échec  des grands systèmes idéologiques qui avaient  ravagé le XXe siècle, ( socialisme marxiste ou socialisme national), l’idéologie, sous d’autres formes,  envahit tout , au nom du mondialisme et de ses différents avatars comme le projet d’une Europe apatride, d’une pédagogie prétendue scientifique  faussement égalitaire, du  refus de la sanction, même judiciaire, du principe d’autorité, de l’ultra-écologisme , de l’ultra-féminisme,  de la théorie du genre etc.  Pas un secteur de l’action publique, dans la sphère  occidentale,  qui n’en soit gangréné.
L’intolérance de ceux qui,  à partir de quelques idées simplistes, se sentent appelés à transformer l’humanité,  crée un dangereux  climat de guerre civile où le débat démocratique n’est plus possible.

Le pôle opposé,  c’est un peu sa faiblesse, ce sont des vertus banales : le bon sens, l‘éthique ordinaire , ce que George Orwell appelait la common decency,  la recherche au jour le jour du bien commun de peuples  qu’on ne prétend pas sans cesse rééduquer, le respect de quelques constantes anthropologiques fondamentales, comme l’autorité, la différence hommes-femmes , le sens de la complexité du monde.  Ces qualités sont généralement plus répandues chez les gens simples au contact direct  avec le réel que chez des pseudo-élites qui ne voient plus le réel qu’à travers des œillères idéologiques ou médiatiques.  

S’il ne s’agissait que  de spéculations en chambre, ce ne serait  pas grave mais dès lors que les idéologues accèdent au pouvoir  , comme  ils l’ont fait presque partout en Occident, , ils peuvent , à partir d’une fausse idée du réel,  entreprendre des actions qui conduisent à des catastrophes.  

D’autant que  n’étant guidés que par la logique,  ils   les poursuivent jusqu’à leurs extrémités  les plus absurdes. Leur logique n’est pas irrationnelle, au contraire , elle est un délire  de la raison.

 

Là où la foi recule, l’idéologie prend sa place

 

Quel rapport avec le fait religieux ? Comme le rappelle Emmanuel Todd, l’idéologie  a occupé partout  le terrain laissé libre par le reflux du religieux . La social  démocratie puis le socialisme national ont  pris la relève du luthérianisme, le communisme de  l’orthodoxie. La déchristianisation contemporaine a ouvert la voie  à tous les délires dont  nous sommes les témoins : mondialisme, transhumanisme, négation du fait national, de la morale, de la sexuation .  L’homo ideologicus est ouvert à toutes les manipulations : terreurs  hystériques des épidémies,  du réchauffement  climatique au nom desquels toutes les libertés son en train d’être abolies. 

Cette relève du christianisme est d’autant plus logique que l’idéologie offre, grossièrement simplifié, ce qu’apportaient les religions : une vision du monde, une opposition du bien et du mal, une perspective eschatologique, fut elle séculière, un sens à l’action. 

Mais l’héritage religieux, moral et social  judéo-chrétien  portait aussi  avec lui un  trésor de sagesse morale et pratique qui permettait   à ses adeptes de garder le contact avec le réel . Suger, Richelieu et d’autres purent  être à la fois    hommes d’Eglise  et   politiciens réalistes. Des laïques à l’ancienne mode , éduqués dans le giron de l’Eglise mais ayant pris leur distance, comme les hommes de la IIIe et de la IVe République, surent  garder ce réalisme.

 

Le christianisme contaminé

 

Le mode religieux est-il pourtant exempt  de toute contagion idéologique ?  Hélas non ; il fut un temps où le paysan allait voir son curé pour  le consulter sur l‘achat d’un champ ou le mariage de sa fille. On le croyait de bon conseil. Ce temps est révolu.   Bien au contraire , on craint aujourd’hui, à tort ou à raison, que le prêtre, évaporé dans un idéalisme excessif,  ne soit de mauvais  conseil.    

Cette dérive tient sans doute   à la toute puissance de l’idéologie qui ne peut manquer de contaminer des organismes affaiblis comme le sont nos  Eglises. Elle  tient aussi à l’oubli de certains dogmes fondamentaux  qui assuraient la juste charnière entre la foi  et la réalité du monde. Les intégristes font souvent l’impasse sur les canons du concile de Chalcédoine selon lequel, à travers la personne du Christ , l’ordre surnaturel et l’ordre naturel se superposent « sans confusion ni séparation ». Plus grave est la négation  contemporaine du  péché originel : comme le dit Pascal, ce dogme échappe à notre raison mais permet seul de comprendre la condition humaine. Ecartons la question mystérieuse de la responsabilité du mal  ; importe l’idée,   d’un sage  pessimisme, que le poids du péché empêche  définitivement l’homme de réaliser ici-bas un monde idéal et que donc les utopies sont dangereuses : « qui veut faire l’ange fait la bête !».  Quand Rousseau dit que l’homme nait bon, l’échafaud n’est pas  loin.   La méfiance sage  ( mais pas absolue) de la nature humaine commune évite les folies que les derniers siècles nous ont montrées  pour notre malheur et  peut-être d’autres encore pires.

L’Eglise ne  saurait apporter beaucoup   aux hommes si elle les suit dans leurs délires post-chrétiens . Dans un monde longtemps  marqué par le christianisme , ces délires sont souvent des « idées chrétiennes devenues folles » ( Chesterton) . Ce qui peut les empêcher de devenir folles,   c’est la conscience de la faiblesse congénitale de l’homme.

Au travers de sa  riche tradition, biblique et théologique, récapitulation de toute la  sagesse humaine, de la finesse des ses concepts   ( opposés aux simplifications idéologiques) , la vraie foi nous apprend à regarder la réalité humaine telle qu’elle est. 

Dieu nous a tout donné , mais il nous   donne particulièrement   l’éclairage qui permet de voir le réel sans illusions . Si sa Lumière  faiblit,   les catastrophes idéologiques sont à nos portes. « Quand l’homme perd la foi, il perd la raison. » ( Jean Paul II) .

 

Roland HUREAUX  

 

 

 

 

 

 

 

[1] Sous la IVe République, le ministère de l’intérieur était réservé aux socialistes, la diplomatie aux démocrates-chrétiens…

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 15:15

L’OCCIDENT VS/ RUSSIE : POURQUOI TANT DE HAINE ?

 

Paru dans Liberté politique, mai 2021

 

Depuis la prise de fonction de Joe Biden, l’agressivité américaine vis-à-vis de la Russie   monte dangereusement, sans que cela doive nous étonner au vu des positions antérieures des démocrates.  Que le nouveau président ait qualifié Poutine de « tueur » le 17 mars dernier est assez stupéfiant :  c’est sans précédent dans les relations entre les deux pays.  Moscou a immédiatement rappelé son ambassadeur. Le   nouveau secrétaire d’Etat, Antony Blinken, avait déjà dit : « Nous allons travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits de l’homme. »

L’exercice Defender Europe 2021 des forces de l’OTAN en Europe orientale qui commence s’est accompagné de provocations verbales du président de l’Ukraine qui ont obligé Poutine à faire une démonstration de force à la frontière des deux pays. Biden le matamore a dû composer.

 

Atmosphère de guerre à Washington

 

Dans leur cocon introverti, les Français ne se rendent pas compte de l’atmosphère qui règne à Washington vis-à-vis de la Russie. La plupart des décideurs démocrates sont persuadés que Poutine est Hitler et qu’il faudra l’arrêter comme les Européens auraient dû arrêter Hitler en 1936-38.   Les Européens qui devraient être mieux informés, au moins les Britanniques, ont une vision analogue.  La Pologne, les pays baltes et même l’Allemagne ne sont pas loin de raisonner de même.  L’hystérie antirusse règne tout autant dans les bureaux de Bruxelles et au Parlement européen.

Les think tanks américains   se livrent à des simulations dans l’hypothèse d’une guerre nucléaire limitée en Europe.

Que l’oligarchie américaine   se soit persuadée que le régime russe actuel était comparable au socialisme national allemand ( dit nazisme) explique la haine extraordinaire qui règne aujourd’hui en son sein vis-à-vis de la Russie. Les Russes, qui ont tendu   la main à plusieurs repises, en vain, aux Européens et même aux Américains ont fini par se rendre compte qu’il n’y avait rien à tirer ni des uns ni des autres.

Cette haine faisant craindre le pire, il importe de l’analyser pour la comprendre.

Le rejet du président Trump[1] par l’establishment qui a abouti à la désignation de Biden s’explique en partie par le fait qu’il fut suspecté de vouloir trouver un arrangement avec Poutine. Mis en accusation devant le Congrès pour cette supposée collusion, il parvint non sans mal à être innocenté mais sans éliminer tout soupçon. Il ne fait pas bon avoir aujourd’hui une attitude pacifique envers la Russie à Washington.

 

Puissance et valeurs

 

On pourrait se contenter d’expliquer cette attitude des Américains et de leurs alliés européens par leur ignorance abyssale de l’histoire et de la science politique. Bien qu’elle ait enseigné dans les universités de Princeton et de Columbia, nul d’entre eux ne semble avoir lu Hannah Arendt et donc compris la différence entre un régime totalitaire et idéologique et un simple régime fort qui défend   son intérêt national. Aussi bien dans le socialisme soviétique que dans le socialisme national allemand, prévaut une ambition universelle :  étendre la révolution prolétarienne dans le monde entier pour le premier, faire un homme nouveau à partir de la race supérieure, pour le second. L’ambition universelle entraine l’impérialisme, même si celui du socialisme soviétique fut contenu par la guerre froide. Il est clair que, par rapport à ces catégories, qui devraient être enseignées en première année de sciences politiques, Poutine n’a pas la volonté de répandre ses deux références majeures : le christianisme orthodoxe et le culte de la patrie russe et n’est donc pas un idéologue. S’il est normal qu’il se défende, il est aussi clair qu’il n’a nullement l’intention de partir à la conquête du monde.

En revanche, les Américains d’aujourd’hui, spécialement, ceux de la tendance dite « néo-conservatrice » et qui sont en réalité de gauche[2] ,  dès lors qu’ils veulent répandre les valeurs américaines à travers le monde, en obligeant par exemple les petits pays d’Afrique et l’Amérique latine à adopter le mariage homosexuel, ou en voulant, comme ils l’ont fait en 2011, démocratiser de force  les pays arabes, sont naturellement enclins à l’impérialisme. Qui d’autre a déclenché neuf guerres depuis 1990[3] ?   Il faut l’abyssale bonne conscience du puritanisme américain pour ne pas se rendre compte de ce que le reste de la planète sait : ce sont eux qui menacent la paix du monde.

Un pays est d’autant plus dangereux qu’il se croit investi de la mission de répandre des valeurs universelles. C’est pourquoi la Russie orthodoxe est bien moins dangereuse que la Russie communiste.   

Ne pas vouloir conquérir le monde ou y répandre ses idées ne signifie pas qu’on doive se laisser marcher sur les pieds.  Hors de l’idéologie,  reste le politique classique : tout pays indépendant veut être « prospère à l’intérieur et respecté à l’extérieur », spécialement dans son environnement immédiat. Toute grande puissance a le droit d’exiger un glacis de sécurité minimum, ce qui ne signifie pas qu’elle veuille l’élargir au monde entier. La France respecte l’indépendance de la Belgique mais elle prendrait sans doute mal que celle-ci reçoive sur son sol des batteries de missiles chinois pointés sur  Paris.

Tenir la Russie pour un Etat agressif et l’Amérique pour une championne de la paix alors que les armées de l’OTAN cernent la Russie tout autour : Pays baltes, Pologne, et même un temps Géorgie, témoigne d’un aveuglement singulier. Que dirait-on si c’étaient les armées russes qui stationnaient au sud du Rio Grande avec des missiles pointés sur les Etats-Unis ?

Poutine a certes commis une violation du droit international en annexant la Crimée.  Plus grave que l’indépendance conférée par les Etats-Unis au Kosovo ?  On peut en discuter. Il reste que la révolution dite de la place Maidan qui avait eu lieu en Ukraine en 2014, téléguidée de Washington[4], conduisait à ce que l’Ukraine rejoigne le nouveau cordon sanitaire établi par l’OTAN autour de la Russie. Que Poutine n’ait pas accepté que Sébastopol, base navale historique de la Russie, devienne une base de l’OTAN n’en fait pas un nouvel Hitler. Rien à voir entre l’annexion  de la Crimée et celle des Sudètes que sous-tendait un plan de conquête du monde.  Les Occidentaux ont aussi cru en 2011 que la Russie allait lâcher la Syrie, dernier allié qui lui restait au Proche-Orient, des neuf qu’elle avait du temps du communisme[5]. Même un homme aussi averti que Brezinski dit sur sa fin que la politique de Poutine était incompréhensible. Il nous semble au contraire qu’il n’y a en a pas de plus claire.

 

Rome et Carthage

 

Une autre raison de l’incompréhension des Etats-Unis pour la nouvelle Russie tient au vieux fantasme issu de la géopolitique de Mackinder (1861-1947) l’idée contestable que le pays qui tient la charnière entre l’Europe et l’Asie, le heartland, tient la clef de la domination du   monde. Pour le même Brezinski, la Russie cesse d’être une grande puissance si elle ne contrôle plus l’Ukraine. Sous les apparences scientifiques, cette théorie tient du fantasme. Elle n’en a pas moins conduit à l‘actuelle guerre d’Ukraine.  Pour les néo-conservateurs américains, si l’Ukraine et les anciennes républiques soviétiques échappaient au contrôle de Moscou, l’étape suivante serait un démantèlement progressif de la Russie en provinces plus ou moins indépendantes[6].  Qui s’étonnera que Poutine, très au courant de ces théories fumeuses, ne se soit pas laissé faire ?

Derrière cette volonté de réduire à néant la puissance russe qui s’exprime dans les sphères dirigeantes américaines, l’image de la rivalité entre Rome et Carthage. Curieusement, alors que durant la guerre froide, l’enjeu idéologique de la rivalité était essentiel, l’habitude avait été prise en Occident de penser que le communisme soviétique était une réalité pérenne avec laquelle, tout en la contenant, il fallait composer. Depuis que la Russie n’est plus porteuse d’une idéologie expansionniste et qu’il est donc possible de composer avec elle, c ‘est alors qu’on veut l’anéantir.

Mais ces considérations ne nous ont pas encore amené à la pointe extrême de l’explication de l’hostilité hystérique des  cercles dirigeants occidentaux à l’égard de la Russie de Poutine.  Pour la comprendre pleinement, il faut prendre en compte le fait idéologique.

 

Le fait idéologique

 

Les Russes le connaissent parfaitement : ils en sortent. Pendant 73 ans, de 1917 à 1990, ils ont vu chez eux les effets désastreux de l’idéologie marxiste-léniniste : oppression totalitaire, goulag, inefficacité économique, clochardisation morale sous l’effet de la destruction des valeurs traditionnelles, notamment religieuses. Ayant vécu une telle expérience, les ex-soviétiques sont, si l’on peut dire, vaccinés et n’ont nullement envie de la refaire. Ils savent que c’est l’attachement officiel à la religion orthodoxe, principale cible du marxisme et aux principes d’une politique purement nationale qui les en préserve.

Ils ne manquent pas de voir, avec bien plus de lucidité que nous, à quel point le fait idéologique, sous un nouvel avatar, s’est emparé aujourd’hui de l’Occident : démocratie et libéralisme mensongers, prétention de répandre des valeurs tenues pour universelles, prétention de faire un homme nouveau par la négation de la nature (au travers par exemple de la théorie du genre), négation des valeurs spirituelles et matérialisme antichrétien, recul des libertés.

Qu’est-ce que l’idéologie ?  Nous dirons qu’il s’agit d’une théorie politique ayant le double caractère d’être simplifiée et de se vouloir messianique. Simplifiée parce qu’elle enferme la réalité sociale dans des idées trop simples : lutte des classes ou lutte des races , suppression de la propriété, de la famille ou de la nation, libre-échange tenu pour un absolu. Inadaptés à une réalité sociale nécessairement complexe, ces principes ont toujours des effets pervers qui suscitent la dissidence des peuples.

Mais l’idéologie se veut également messianique : elle ambitionne  de faire avancer l’humanité vers un stade supérieur, une « fin de l’histoire », ce que l’on appelle de manière édulcorée le « progressisme ». L’enjeu du combat politique n’est donc pas seulement politique mais moral et métaphysique.  Même si le royaume de l’idéologie est de ce monde, il suscite, compte tenu de son enjeu, un fanatisme religieux qui a de nombreux effets : le manichéisme, la politique conçue comme une lutte du bien contre le mal, la légitimation, au nom de l’idéologie, de toutes les entorses aux principes les plus sacrés : lois constitutionnelles, régularité électorale, morale commune, libertés, démocratie, vérité. Entorses fondées sur l’idée que les peuples, naturellement rétrogrades , n’avanceront dans le sens du supposé progrès que si on les y contraint.   Comme on le voit aujourd’hui en Occident, l’idéologie (autrement dit le « politiquement correct ») refuse le débat et même le pluralisme, tout opposant à l’idéologie dominante « ne méritant pas d‘exister ». Les vrais ennemis de l’idéologie sont la common decency chère à Orwell, le bon sens, la, nature, la raison et, la plupart du temps, le fait religieux.

 

L’héritage des Lumières

 

Le fait idéologique, aujourd’hui si répandu, n’a pas toujours existé. Il est une suite de la philosophie des Lumières.  Tout dans les Lumières n’est pas idéologique. Mais elles ont pu, dans certains contextes, dégénérer en idéologie. Le rationalisme porte en lui la folie quand il part de schémas simples, trop simples, point de départ d’une logique implacable qui ne sait pas s’arrêter. Comment l’arrêter en effet sans basculer sur une autre logique, ce que l’idéologue est incapable de faire ? La déraison idéologique n’est pas le contraire de la raison, elle est la raison devenue folle dès lors qu’elle part de prémisses fausses – ou au mieux ultra-simplifiées - et que de là elle poursuit une démarche logique dont les conséquences ultimes sont folles. En tout état de cause, l’idéologie ne saurait appréhender la complexité du monde ou la complexité de ce qu’il faut prendre en compte pour gérer une société selon les voies de la politique ordinaire. Elle se réfère néanmoins à la science, une fausse science. Karl Marx, athée militant, disciple de Hegel et dont le système avait une prétention scientifique, s’inscrivait clairement dans la suite de la philosophie des Lumières. Malgré les apparences, Hitler aussi, au moins en partie, en ce que, déjà transhumaniste, il croyait à la possibilité de faire émerger par une démarche scientifique de type darwinien, le surhomme annoncé par Nietzsche. L’idéologie ultra-libérale et libertaire moderne à également  des présupposés scientifiques faux, comme la théorie du genre.

Les idéologies ont un caractère fusionnel : fusion de individus dans l’Etat fasciste et nazi, fusion des classes sociales et des propriétés individuelles dans le communisme, fusion des Etats, des sexes (genres), des races dans la théorie « libérale » libertaire et mondialiste. Elle suit ainsi la démarche inverse de la Genèse où Yahvé crée le monde par des dissociations progressives : la lumière et les ténèbres, la terre et le ciel, la terre et l’eau, les plantes et les animaux, les animaux et l’homme, l’homme et la femme. Le but de l’idéologie est au contraire l’indifférenciation, autre nom de la mort.

L’autre caractère de l’idéologie est la prétention à faire le salut de l’homme, non par un Royaume de cieux au caractère eschatologique, mais dès ce monde ci en faisant accoucher une société parfaite ou, au moins, en suscitant le « progrès » vers cet horizon – progrès qui rejette, sans débat, aux « poubelles de l’histoire »[7],  au statut de vil réactionnaire, tout ce qui pourrait s’y opposer. La croyance à un progrès séculier, voire   à un salut terrestre, opposé au salut eschatologique judéo-chrétien est aussi une conséquence des Lumières.

L’actuel régime russe, issu de la chute du communisme, lequel avait    montré les conséquences funestes d’une démarche idéologique issue des Lumières, est fondé, sur le rejet de toute idéologie et sur le retour aux valeurs traditionnelles du christianisme russe et de la tradition nationale. C’est en un sens une négation des Lumières, non pas pour un retour à un obscurantisme supposé   comme le disent ses opposants idéologues, mais pour des réalités humaines à la fois traditionnelles et fondamentales, comme la famille, plus naturelles et moins dangereuses que les raisonnements abstraits et pour finir criminels des idéologies.

A partir de là, Il est clair que la Russie actuelle s’inscrit comme une négation de toutes les idéologies, notamment du communisme et de l’ultralibéralisme libertaire. Ce que la guerre froide n’a pas permis de voir : la parenté profonde du communisme et du libéralisme occidental, qui ne sont que deux branches des courants issus des Lumières ; en définitive, la Russie de Poutine, si elle est bien moins dangereuse pour la paix du monde, représente une contestation beaucoup   plus radicale du libéralisme libertaire que ne l’était le communisme. Nous le voyons dans les anciens pays de l’Est où les adeptes les plus motivés de l’Europe supranationale (branche du mondialisme idéologique) et de ses prolongements libertaires   sont les anciens communistes alors que les anciens dissidents, comme Orban, soutiennent au contraire les voies traditionnelles.

On pourrait considérer la voie choisie par la Russie comme une voie parmi d’autres laquelle, après tout, ne devrait gêner personne et n’empêcherait pas de suivre leur propre chemin les pays ayant adopté des régimes idéologiques dits « progressistes », comme l’ont fait les pays occidentaux, en tous les cas leurs dirigeants ; mais, avons-nous dit, l’idéologie est à la fois universaliste et intolérante.  Ajoutons que sa capacité à s’étendre hors de sa sphère d’origine est, pour ses tenants, la preuve de sa vérité. C’est pourquoi l’existence même des choix traditionnalistes, comme celui de la Russie de Poutine, constitue une contradiction insupportable pour les adeptes du progressisme libéral libertaire occidental. Pout les adversaires les plus enragés de la Russie, comme Hillary Clinton, si Poutine a raison, alors   tout ce sur quoi ils ont fondé non seulement leur carrière mais leur vie perd sons sens. Poutine est haï parce que ses choix remettent en question à leur racine les bases de l‘idéologie sur laquelle fonctionne aujourd’hui l’Occident : leurre, l’Etat mondial, leurre, le libre-échange généralisé, leurre, la croyance au progrès (en dehors du progrès scientifique et technique), leurre la fin de l’histoire par la généralisation de la démocratie libérale (qui n’est plus ni démocratique ni libérale), leurre la théorie du genre etc.  Poutine pose aux dirigeants occidentaux une question de vie et de mort, non parce qu’il les menacerait militairement mais parce qu’il remet en cause radicalement tout ce qu’ils croient et en définitive ce qui fait leur raison d’être et leur pouvoir.

 

Idéologie et autisme

 

Ajoutons que la démarche idéologique engage ses adaptes dans une vision autiste du monde, encadrée par des concepts simplifiés, comme nous l’avons vu, et les rend radicalement incapables de comprendre ceux qui ne sont pas dans le même système, à fortiori ceux qui ne sont dans aucun système.

C’est ce qui explique l’invraisemblance bonne conscience du mainstream américain incarné aujourd’hui par le parti démocrate : les Etats-Unis ont des troupes tout autour de la Russie et c’est la Russie qui est agresseur.  Tous les médias soutiennent Biden, les opinions dissidentes sont pourchassées par les Gafams, et c’est l’Amérique qui est le pays de la liberté     et la Russie qui ne l’est pas.  Biden a été le vice-président d’Obama qui a décidé de centaines d’assassinats sans jugement à travers le monde   et c’est lui qui traite Poutine    de tueur ! Biden est soupçonné d’une gigantesque fraude électorale dont seule l’ampleur est incertaine et il ne doute pas d’ incarner la démocratie, C’est ce qu’on appelle l’inversion accusatoire, propre à tout système idéologique mais particulièrement inquiétante quand elle est de bonne foi. 

Il est bien connu que les Américains ont toujours eu du mal à comprendre le reste du monde. Cette incapacité n’a fait que s’accroître (en exceptant la parenthèse Trump), au fur et à mesure que le régime américain est devenu de plus en plus idéologique. A cet égard, la situation n’est pas la suite de ce qu’elle était du temps du communisme. Les universités et les think tanks américains savaient comment fonctionnait le communisme. La CIA aussi. Les Soviétiques, loin d’être aveuglés par leur idéologie, connaissaient leur adversaire libéral, surtout depuis que Staline avait tempéré le léninisme pur et dur en réhabilitant certaines réalités naturelles comme la patrie ou la famille.  Autre dissymétrie :   l’oligarchie soviétique, dès les années cinquante ,  avait   perdu la foi dans le communisme ; elle vivait dans le mensonge en le  sachant , ce qui lui permettait de comprendre le reste du monde ,   alors que l’oligarchie mondialiste d’aujourd’hui , elle,  croit toujours à son idéologie ; elle  croit  que Poutine est  Hitler, elle croit , contre l’évidence, qu’elle défend la démocratie libérale et la paix,  elle croit que l’avenir est à un Etat mondial, elle se ment à elle-même mais elle ne le sait pas.  « Nous pouvons instaurer la justice raciale et faire en sorte que l’Amérique redevienne la première force du Bien dans le monde » dit en toute bonne foi Biden.  A la différence des dirigeants américains de la guerre froide, l’Amérique n’est guère armée intellectuellement pour comprendre la Russie.   Alors que, sous la guerre froide, ils se comprenaient réciproquement, aujourd’hui, les Russes comprennent très bien les Américains car ils savent comment fonctionne l’idéologie, mais les Américains ne comprennent pas les Russes. Est-il nécessaire de dire qu’une telle situation est porteuse des plus dangereux malentendus ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 (

 

[1] Il fait peu de doutes que les démocrates se sont livrés à une fraude  gigantesque dans cette élection. A-t-elle renversé le résultat ? Il est difficile de le dire.

[2] Le néo-conservatisme est un terme fallacieux :  désignant un impérialisme idéologique fondé sur les valeurs dites « libérales », il a été fondé par des trotskystes qui se sont d’abord appuyés sur les Républicains, puis sur les Démocrates.

[3] Koweït (la plus excusable, en théorie défensive), Rwanda (selon Boutros-Ghali), Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

[4] « Un coup d’Etat de la CIA » (Valéry Giscard d’Estaing)

[5] Syrie, Irak, Libye, Algérie, Yémen du Sud, Ethiopie, Somalie, OLP, Afghanistan après 1979.

[6] Zbigniew Brezinski, Le grand échiquier, 1998.

[7] Une expression aujourd’hui perdue de vue, issue de la doxa marxiste du temps de Staline.

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