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Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 15:12

 

PAS DE PARDON A KIGALI

29/05/2021

Ce titre à la Gérard de Villiers voudrait montrer l’inanité de la démarche du président de la République allant demander pardon à Kigali pour la supposée  « accablante responsabilité  de la  France »  dans le génocide qui a eu lieu au Rwanda  en 1994.

Nous ne croyons pas une seconde que les vraies  raisons de ce  voyage déshonorant soient la volonté de réconciliation entre la France et le Rwanda,  mais admettons.

D’abord qui peut parler au nom de qui  ? Kagame ne représente que les 5 % de Tutsi ( 10 % avant 1994) . Il est très probable que les 85  % de Hutus , vivant sous la terreur,  le détestent .  Kagame  est en place depuis 25 ans. Son régime est fatigué, sa cote internationale en baisse ( seul Macron semble l’ignorer) . Les Etats-Unis qui l’ont porté au pouvoir et toujours soutenu commencent à s’apercevoir – il était temps ! -  qu’il ne respecte pas les droits de l’homme : être élu  sans opposition, avoir mis quelques dissidents  en prison, c’est pour eux  plus grave que d’avoir  provoqué la mort de plusieurs millions de personnes. Il reste que l’idée fait son chemin outre-Atlantique que Kagame pourrait ne pas être un interlocuteur respectable.

Quant à Macron  que les deux tiers des Français ne souhaitent pas voir réélu[1] ,  combien se  sentent  encore engagé  par ce qu’il dit ?

Il reste que cette rencontre pose un  problème grave, et d’abord du côté du Rwanda.

 

La France n’a rien à se reprocher

 

La question n’est en effet pas celle de  la responsabilité  de la  France : elle n’a rien à se reprocher dans cette affaire . On peut douter de  l’opportunité de l’appui apporté  par François Mitterrand au  président hutu  Juvénal Habyarimana ( en place de 1978  à 1994). Mais discuter une politique n’est pas condamner  et encore moins criminaliser. Il n’était en tous cas pas honteux de soutenir ce  président : les grands massacres ont eu lieu après sa mort. Il avait une assise démocratique, celle de  l’ethnie hutu, majoritaire à 85 %. Il était infiniment moins despotique et criminel  et même moins  corrompu (et encore moins corrupteur ! ) que  Kagame qui lui a succédé. Il faut être beaucoup plus répressif pout assurer la domination d’une minorité de  5  % de la population que d’une majorité de 85 %. Or, dès le départ,  l’actuel régime  était fondé sur une terreur dont il y a peu d’exemples récents sur la planète.  

Il a été amplement démontré par ailleurs que les troupes de l’opération Turquise envoyées en interposition à l’été 1994, n’ont été en aucune manière complices de génocide[2]. Il n’y avait donc rien à se faire pardonner du côté français. Mais qui pardonnera  jamais à Kagame ?

Le problème véritable est celui de la responsabilité du dictateur  dans les crimes qui ont ensanglanté cette région. Elle est presque totale :

Kagame

  • A entrepris d’envahir le Rwanda en 1990 , sans aucune légitimité sinon celle  représenter l’ancienne noblesse tutsi en exil ;
  • A commis de terribles  massacres de Hutu au fur et à mesure que ses troupes avançaient  ; le million de paysans  hutu réfugiés à Kigali pour fuir en savaient  quelque chose ;
  • N’a pas appliqué  le cessez- le feu prévu  dans les accords d’Arusha  (1993) et continué à avancer , bénéficiant de  l’appui de ses parrains anglo-saxons alors que le camp gouvernemental  se trouva brusquement privé de celui de la France , seule à respecter les accords ;
  • A détruit en vol l’avion qui transportait le président Habyarimana  et son collègue du Burundi, également hutu, le 6 avril  2018, ce qui a déclenché la vague de massacres de l’été 1994  ( plusieurs centaines de milliers de victimes, pas seulement tutsi );
  • A lancé en  1997, ses troupes à l’assaut du Congo voisin, qu’elles ont parcouru pour éliminer les Hutu réfugiés et de nombreux Congolais, tuant les hommes et mutilant atrocement les femmes que le Dr Mukwege , prix Nobel de la Paix 2018  et témoin irrécusable,  s’évertuait à  réparer ( plusieurs millions de victimes hutu et congolaises)[3] (Cf Rapport Mapping du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés 2009).

Cela , tous les chefs d’Etat  le savent, en tous les cas les Africains. En allant demander pardon  au principal  responsable de ces atrocités, Macron se ridiculise à la face du monde.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.ladepeche.fr/2021/04/27/les-francais-jugent-durement-le-bilan-de-macron-9512348.php

[2] Voir en particulier Charles Onana ,  Vérité sur l’Opération Turquoise, L’Artilleur 2019 et Enquêtes sur un attentat , Rwanda  6 avril 1994 , L’Artilleur 2021.

[3] Rapport Mapping du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés , 2009. https://www.ohchr.org/documents/countries/cd/drc_mapping_report_final_fr.pdf

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 15:10

LES DEUX CLIVAGES FRANÇAIS

25/05/2021

Il est commun aujourd’hui de pointer l’éclatement de la société française en de multiples entités, qui formeraient comme un « archipel », où on aurait du mal à reconnaitre la France d’autrefois « catholique et républicaine »[1].

Il est cependant possible, dès lors que l’on prend quelque recul, de discerner deux clivages majeurs, distinct de ceux du passé, qui ne se croisent qu’en partie et auxquels la plupart des autres se ramènent.

 

Un clivage ethnique

 

Le premier de ces clivages est tout simplement ethnique et résulte de l’immigration. Il oppose les indigènes, que certains appellent les « Français de souche »   et les héritiers de plusieurs vagues d’immigration, dont les dernières, peu ou pas assimilées,   n’ont pas  encore accédé à la citoyenneté. Il est très difficile de donner des chiffres :  selon l’INED, près d’un Français sur trois aurait un grand-parent issu de l’immigration et ce pourcentage ne cesse de s’élever.  Mais il est risqué de mettre dans le même ensemble, des  petits enfants d’immigrés espagnols ou italiens sans attaches avec leur pays d’origine et entièrement francisés et de jeunes sub-sahariens arrivés récemment sur le territoire national.

Il se peut que le clivage principal soit aujourd’hui moins celui des origines que celui de la religion. Le fait que la majorité de l’immigration récente soit musulmane, combinée à certains caractères de cette religion comme la forte endogamie ou le rattachement à une Oumma internationale, instaure une distance sociale et culturelle que n’avaient jamais entrainée les vagues précédentes, venues pour l’essentiel de l’Europe catholique.  Ce qui perturbe le plus les indigènes, c’est moins le poids  numérique des allogènes, surtout musulmans, que   sa croissance relative du fait du différentiel de natalité et de la poursuite d’un flux d’immigration que les gouvernements d’Europe de l’Ouest ne se soucient que peu de freiner. A cet égard, l’interdiction des statistiques ethniques ou religieuses nourrit l’inquiétude ou les fantasmes plus qu’elle n’apaise les esprits. Le moment où les indigènes seront minoritaires est certes assez éloigné, mais il suffit qu’une communauté allogène  représente une forte minorité – et cette perspective est très proche ou déjà atteinte si l’on ne compte que le moins de trente ans - , pour que s’instaure un climat de guerre civile qui ne ferait que rendre plus difficile l’assimilation.  Voir le Liban ou la Bosnie. Disons le clairement : pour que la paix civile se maintienne, il faut que l’une des communautés  et de préférence l’historique  soit clairement hégémonique et que les taux de natalité soient comparables. Ajoutons que le repli sur soi, sociologique et bureaucratique, de l’Eglise catholique qui, multipliant les obstacles au baptême, semble réticente à la conversion des musulmans, nourrit aussi l’angoisse d’une mise en minorité des natifs, et, par là, son expression politique.

Que beaucoup de ces natifs ressentent leur différence avec les nouveaux venus, ne saurait cacher l‘hétérogénéité du monde de l’immigration : différence ente les maghrébins et les subsahariens, entre les maghrébins d’origine marocaine et algérienne (qui n’ont pas du tout le même souvenir de la colonisation), entre les subsahariens musulmans et chrétiens. Le fossé est également profond entre les musulmans africains et les autres : Turcs, Albanais, Tchétchènes. Bien que très divers, ces groupes ne se mélangent , en partie,  que dans les bandes délinquantes. Européens depuis cinq siècles et généralement chrétiens, les Roms et apparentés constituent un groupe à part que seule l’ignorance des Français de souche classe parmi les immigrés.

Que les islamistes militants, voire terroristes, ne constituent qu’une faible minorité ne saurait nous rassurer :  en cas de crise, la solidarité communautaire se ferait bien plus large, surtout si elle se conjugue avec la séparation des  territoires. 

 

Un clivage politico-existentiel

 

Mais sur le plan politique le clivage majeur n’est pas là. Il sépare de plus en plus ceux qui se rattachent à la « pensée unique » européenne et internationale et ceux qui s’y opposent. La pensée unique internationale :  l’euro et l’Europe de Bruxelles, une justice marquée par la cuture de l’excuse et  le rejet du répressif, l’antiracisme et la sympathie pour l’immigration, l’écologie, le mariage homosexuel et la théorie du genre, et surtout la haine du supposé fascisme, notion élargie à tout forme de sentiment national ou identitaire (sauf celui des minorités). Ajoutons que la mouvance dominante accepte mieux la discipline sanitaire.

Il est difficile de voir comment se partagent ces deux groupes :  moins significatifs que les deuxièmes tours des présidentielles en 2001 ou 2017, les référendums sur l’Europe (1992 et 2005), les sondages sur la PMA ou l’immigration  donnent le sentiment d’un partage moitié-moitié, d’autant plus inquiétant que, le durcissement idéologique aidant, le dialogue est de plus en plus difficile entre les deux France – entre la France et l’anti-France diront certains.

Mais le camp mondialiste contrôle la quasi-totalité des médias, la plupart des partis politiques, des sphères supérieures de l’Etat , des milieux d’affaires,  et a l’appui officiel de toutes les Eglises ; n’était ce rapport de forces inégal, ressenti par beaucoup comme oppressif, la France se trouverait au bord de la guerre civile comme le sont les Etats-Unis, selon les mêmes clivages.  

Ceux qui se rattachent au mondialisme : presque toute gauche, le centre et une partie de la droite classique; le seul grand parti qui s’en démarque clairement est le Rassemblement national, mais ses idées sur certains sujets comme l’immigration, quoique tenues pour politiquement incorrectes,  recueillent un assentiment majoritaire.

Il faut aussi tenir compte des attitudes schizophréniques : tel qui dit « j’ai toujours voté à gauche » et  ne supporte pas l’islam .

Les deux clivages, ethnique et politique, ont une dimension géographique. L’immigration récente tend à se concentrer dans les villes et au sein des villes, dans certains quartiers, généralement de banlieue.   Moins que d’un supposé racisme, cette ghettoïsation résulte de l’importance prise en France par le logement social et du laxisme judicaire qui n’assure pas la sécurité de indigènes dans les quartiers dominés par les allogènes.

Le second  clivage a aussi une base géographique, légèrement différente : l’adhésion au mainstream et à tout ce qui va  avec, est le propre des grandes métropoles, spécialement des quartiers bourgeois, dits  bobos, alors que l’opposition à la  pensée dominante vient plutôt des banlieues où les indigènes cohabitent avec les immigrés, des villes moyennes et petites et du monde rural.  En bref, d’un côté tous ceux qui profitent de  la mondialisation, plus ou moins branchés sur l’international (branchés tout court) et en face, tous ceux qui en pâtissent : paysans, ouvriers, chômeurs et de plus en plus une classe moyenne déclassée, en partie  le peuple des Gilets jaunes . Les fonctionnaires de tradition de gauche, comme les enseignants, protégés par leur statut, mais dont le niveau de vie régresse,  sont de plus en plus partagés.

Les deux clivages que nous venons de marquer bousculent les oppositions traditionnelles.  La droite et la gauche classiques cherchent en vain ce qui les sépare. L’extrême-gauche, sans projet,  propre, ne sert qu’à leur apporter un appui bruyant face aux défenseurs de l’identité.  Avec le passage à gauche des très grandes fortunes qui tiennent les médias, la lutte des classes  a changé de visage. La France cléricale et la France laïque sont des catégories à revoir : la première, attachée à la nation, est bousculée par l’attitude cosmopolite du pape François et de l’épiscopat, ainsi que de la quasi-totalité de la presse catholique : entre ceux qui suivent le courant officiel et ceux, nombreux,  qui ne le suivent pas (d’où vient la grande majorité de vocations), une sérieuse division s’est instaurée. Le France laïque est profondément remise en cause par l’islam, notamment à l’école :  les uns défendent l’« islamo-gauchisme » , les autres passent au Front national.  L’anticléricalisme, qui est plutôt un anticatholicisme,  est, contrairement à ce que l’on croit, plus virulent que jamais, notamment dans les médias : les uns rejettent, avec l’islam, toutes les religions, les autres refusent violemment  les positions de l’Eglise catholique sur les problèmes sociétaux (homosexualité, avortement) : qu’elle les mette en veilleuse n’y change rien. L’Eglise de France est cependant moins divisée sur ces questions que celles d’Allemagne ou des Etats-Unis. 

Les clivages entre régions se sont aussi très estompés. Deux facteurs  : les programmes de télévision (sauf pour les Maghrébins utilisant les paraboles) et les intermariages.  La modernité a très peu décloisonné les pays d’Europe entre eux (l’homogénéité économique et le monopole de l’anglais basique tendent  au contraire à les faire se replier) ;  en revanche, l’espace national est plus homogène que jamais, comme le montrent le chauvinisme sportif et les généalogies de plus en plus interrégionales. Les autonomismes régionaux se sont tempérés.

 

Danger d’éclatement

 

La politique conduit à d’étonnantes alliances à travers ces clivages. Le monde de l’immigration, malgré son horreur du mariage homosexuel, vote en partie comme la bourgeoisie libertaire  (dite bobo). La communauté juive, hostile généralement aux partis identitaires  mais pro-israélienne, vote souvent comme les Arabes pro-palestiniens. Jusqu’à quand ? Les anciens fiefs communistes comme le Pays noir, se reconnaissent de plus en plus dans le Rassemblement national. Les défenseurs de l’identité française trouvent plus de sympathie qu’on ne croit dans des groupes, souvent tenus pour « différents » :   originaires de l’outre-mer,  descendants de l’immigration ancienne ou des Harkis, Africains chrétiens, musulmans laïcisés  ou chrétiens d’Orient. Mais ces groupes sont trop peu nombreux pour déterminer de nouveaux clivages.

Le clivage majeur reste entre le camp mondialiste et le camp national.  Il est plus que politique : il est existentiel. Il ne faut pas négliger là les risques d’une fracture majeure, par exemple si la prochaine présidentielle aboutissait, entre des candidats séparés par cette question,  à un second tour serré sur fond de fraudes importantes. Le clivage que nous appellerons ethnique ou religieux , entre natifs et immigrants récents,  est largement subordonné au premier : si le groupe politique dominant   n’encourageait pas   secrètement l’immigration (à l’instar de tous les pouvoirs transnationaux,  de l’ONU à l’Union européenne),  n’exaspérait pas l’autre par un antiracisme exacerbé , généralement pire que toutes les formes de haine raciste,  ce que   Guillaume Bigot[2] appelle la populophobie, si une  justice non-politisée appuyait  mieux la police dans ses efforts de rétablir l’ordre sur tout le  territoire national, si les enseignants et les journalistes incitaient au respect de la  France, si l’on revenait de la laïcité  soixante-huitarde transgressive, type Charlie,  à celle de Jules Ferry   respectueuse  de toutes les croyances  ( mais aussi des  données scientifiques ) , il est probable que la question migratoire cesserait d’avoir  la dimension anxiogène et conflictuelle  qu’elle a  aujourd’hui et que, sauf changement majeur, elle aura de plus en plus.  Pour cela, il ne faut pas que les patriotes se trompent d’adversaire.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

[1] Jérôme Fourquet, L’Archipel français, Seuil 2019.

[2] Guillaume Bigot, La populophobie , Plon 2020.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:56

L’AVEUGLEMENT STUPEFIANT DES TENANTS DES IDEOLOGIES PRETENDUES PROGRESSISTES

15/05/2021

Il faut une rare inconscience pour affirmer , comme le fait la majorité de la presse européenne et américaine  et les partisans de Biden à la présidentielle  américaine,   que la défaite de Trump sauvera  la démocratie.

Quelle démocratie quand on sait que 90 % des médias américains  lui étaient  férocement hostiles depuis le début,  que le PDG de Facebook se permet de dire à la cantonade depuis plusieurs mois que c’est lui qui décidera qui sera le vainqueur de l’élection,  que les patrons  des Gafa se sont permis de bloquer les tweets du président des Etats-Unis plusieurs semaines avant l’élection pour le priver de  tout moyen d’expression directe ?    

C’est bien  évidemment le contraire : si  Biden est élu président  des Etats-Unis avec de telles méthodes, c’est qu’il  n’y a plus de démocratie dans ce pays,   ni ailleurs en Occident  et , ne nous y trompons pas, la chape du plomb du politiquement correct, sexuel,  racial, climatique, sanitaire, migratoire va se faire    beaucoup plus lourde sur les Américains et sur nous. C’est un temps de ténèbres qui vient. Ajoutons que l’agressivité du camp démocrate  qui ,  après avoir éliminé Trump voudra éliminer son autre bête noire  Poutine, nous fera courir les pires dangers ,  danger de guerre,  bien plus grave et  immédiat que celui du réchauffement   climatique  dont on nous abreuve.  Il ne  restera bien entendu  pas grand-chose dans un tel contexte  des nos libertés:  rien n’arrêtera la montée de l’empire du Mordor.

La question est que ceux  qui font  preuve de tant d’aveuglement  croient à ce  qu’ils disent. Brejnev  ne croyait  pas vraiment à   la supériorité du système soviétique, mais eux croient , au-delà de toute raison,   que c’est Trump qui menace la démocratie et pas eux. Les scandales anti-démocratiques que nous venons d’évoquer leur échappent complètement.

Et cet aveuglement est la raison pour laquelle les Etats-Unis  sont aujourd’hui au bord de le guerre civile. Le libre-échange universel, la théorie du genre, la fongibilité sans limite des  races et des    cultures  sont des idées fausses et donc, dès lors qu’elles sont mises en œuvre par de gens puissants, elles sont de l’idéologie, un mélange de vision du monde simpliste et de projet messianique. Un projet messianique  fondé sur un sens supposé de l’histoire   , une séparation entre progressistes autoprogrammés ( c’est  à dire à dire l’avant-garde de la caravane qui mène  les sociétés au gouffre au gouffre) et supposés réactionnaires. Les  idéologues entrent en fureur quand leur projet est contrarié, comme  Donald Trump a contrarié le leur : cette contrariété n’est pas  une simple opinion divergente  qu’on puisse combattre avec des arguments, non, elle est la preuve que leur idéologie est fausse , qu’il faut qu’ils se remettent entièrement en cause : d’où la haine abyssale que les idéologues ont  pour  leurs adversaires.  L’idéologie  passe avant toute autre considération . La dimension messianique de leur projet les fonde à mépriser le droit, la morale, ce qu’Orwell , plus que jamais d’actualité,   appelait la common decency, la culture, la démocratie, les fondamentaux  de la nature humaine. Dès lors que dans une démocratie une partie substantielle de la population est atteinte par le virus   idéologique, aucun compromis  n’est  possible avec l’autre partie. Dès qu’ elle n’est pas ultra-minoritaire, l’idéologie conduit à la guerre civile. C’est ce qui se passe aux Etats-Unis sous nos yeux.

 

Roland HUREAUX

 

  

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:53

 

LA TRIBUNE DES GENERAUX MONTRE LA PERTE DE LEGITIMITE DE MACRON

25/05/2021

Le plus intéressant dans la « Tribune des militaires » lancée par une vingtaine de généraux en 2e section n’est pas de savoir si elle est légale ou pas. Nul ne conteste le droit des anciens militaires à se présenter à toutes les élections, pourquoi n’auraient-ils pas celui de donner leur avis sur les affaires de la République ?

Non, le plus étonnant est l’écho extraordinaire rencontré par cette initiative qui, en d’autres temps, n’aurait eu qu’un impact limité. Il est vrai que le gouvernement y a mis du sien demandant au chef d’état-major des armées de lancer des poursuites,  à laquelle le parquet de Paris n’a pas donné suite ;    quoiqu’ elle ne dise pas grand chose hors du fait que les lois doivent être appliquées et l’ordre assuré, cette tribune a été , selon les sondages, approuvée par 58 % des Français, ce qui témoigne de la popularité de l’institution militaire. Des milliers d’officiers moins gradés ont signé.

 

Un élu républicain ?

Cet écho formidable témoigne de la très faible légitimité de l’actuel président de la République.

Dès son élection, il pouvait être tenu pour illégitime. En janvier 2017, le favori était François Fillon. Un article du Canard enchaîné le mettant en cause pour l’emploi de sa femme, une affaire tenue par beaucoup pour mineure entraine   le jour même de sa parution, célérité rare, l’ouverture d’une enquête par le parquet financier. Il s’en suit quatre mois de harcèlement médiatique et judiciaire sans lesquels Macron n’aurait pas été élu. Quoique  ces poursuites soient passées entre le mailles d’une législation nécessairement datée , elles représentaient une entorse grave à l’esprit des institutions telles qu’elles avaient  été établies  à la Révolution, bannissant notamment ce qui avait été une plaie de l’Ancien régime : l’interférence des corps judicaire dans l’ordre  politique : l’ article 13 du titre II de la loi des 16 et 24 août 1790 ( reprise par la loi du 16 fructidor an III ) , toujours en vigueur, dispose que  « Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratif, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions ». Que les élections chargées de désigner ceux qui dirigeront l’administration a tous les niveaux étaient inclues dans ces défenses a été confirmé par la loi du 31 mars 1914, devenue les articles L. 106 et L. 108 du Code électoral ou encore la loi n° 82-213 du 2 mars 1982 qui limitent les pouvoirs des juges à l’égard des candidats en période électorale. Celle qui était alors patronne du parquet financier, Eliane Houlette, a vendu depuis la mèche, avouant qu’il s’agissait d’une opération politique dont le but était de faire battre Fillon.

Bien que le Conseil constitutionnel ait validé l’élection de Macron en 2017, comme il le fait toujours avec les candidats élus, de nombreuses interrogations subsistent sur le respect réel des plafonds de dépenses 22 500 000 €. Ce ne sont pas des complotistes d’extrême droite mais des journaux anglais très respectables qui signalent un appui financier de Soros à hauteur de 2 000 000 €. Par quel canal ? Le premier dîner de recherche de fonds de Macron a eu lieu à Londres sous la présidence d’un dirigeant de Goldman Sachs.

 

L’exercice du pouvoir à contre-sens

 

C’est un respectable député LR, Olivier Marleix  qui après avoir présidé une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Alstom , ce joyau industriel français vendu à General Electric avec un appui très fort de Macron encore ministre des finances – pour être ensuite démantelé, dénonce, comme la loi l’y oblige au parquet de Paris le large recouvrement de la liste des personnes ayant tiré parti de l’affaire Alstom et des contributeurs à la campagne de l’actuel président, indice d’une prise illégale d’intérêt.

Dans la promotion de Macron et la mise à mort politique de Fillon, de plus en plus de Français voient la main de l’étranger. Quoi qu’il prétende, Macon n’est pas un élu républicain. Rien de plus fallacieux que l’appellation de son parti La République en marche.

Après la conquête du pouvoir, il y a son exercice. Ce n’est ni la constitution ni la morale chrétienne qui obligent un chef d’Etat à défendre de toutes ses forces les intérêts de son peuple, c’est un principe anthropologique point différent de celui qu’observaient les chefs de clan de la préhistoire. C’est aussi un facteur fondamental de la légitimité. Bien des erreurs ou des turpitudes peuvent être pardonnées à un chef d’Etat à condition qu’il défende les siens. Macron ne donne pas le sentiment de l’avoir compris.

Macron, comme tous les narcisses, s’aime lui-même. Enfermé dans une idéologie et un entourage globaliste, il n’a que mépris pour cette partie, majoritaire aujourd’hui, de la population qui n’entre pas dans ses desseins de dissolution de l’entité France dans un monde global.  Il les considère comme des arriérés qui mènent un combat d’arrière-garde ; s’il ne le dit pas, il le laisse transparaitre et certains de ses proches le disent carrément. Alors que son devoir est de respecter et estimer son peuple.

Nous avons évoqué l’affaire Alstom ; il y en a d’autres où le président-enfant, come dirait Montherlant, donne le sentiment de faire joujou avec le capital industriel français pour le dilapider.  Il semble en outre prendre   un plaisir quasi pathologique à parcourir le monde, surtout l’Afrique pour mettre en cause le passé de la France, l’accusant de crimes, y compris où il n’y pas le moindre fondement comme au Rwanda où il doit se rendre   prochainement pour une nouvelle couche de repentance. Autre anomalie par rapport aux devoirs traditionnel du chef qui, de tous les temps, doit au contraire rendre son peuple fier de lui-même . « Sursum corda » est le mot d’ordre du vrai chef.

Il n’a pas hésité à sacrifier les intérêts français pour faire « avancer » la construction européenne, ce qui n’est pas son rôle.  Son attachement au projet supranational européen lui fait sacrifier pour le faire « avancer », ce qui n’est pas son rôle. Exemple typique : il était si ardent à faire aboutir le plan de relance européen qu’il n’a pas hésité à infliger à la France déjà exsangue uns sacrifice de plusieurs dizaines de milliards : elle en paiera 80 pour en recevoir 40.  Les pays du Sud et de l’Est ont reçu des aides substantielles, ceux du Nord, donc l’Allemagne, un rabais sur leurs cotisations, la France  rien. Macron a voulu être le coq qui claironnerait l’avancée de l’histoire, il n’a été finalement que le dindon de la France. Nos partenaires en rient doucement.

Le principe de subsidiarité veut qu’on puisse aimer le tout (l’Europe) sans sacrifier la partie (la France).  N’ayant aucune culture religieuse, malgré un passage dans un collège jésuite décoloré, il l’ignore.  N’a-t-il pas dit à Alger qu’il n’y avait « pas de culture française » ? Ni sans doute de culture européenne.

Dès qu’il se croit au dessous de la couverture   radar de l’opinion publique, Macron ne rate aucune occasion de trahir les intérêts français. Sa passivité devant la montée de l’immigration, du chômage et de la violence, justement dénoncée par les généraux, ne relève pas de l’incompétence mais d’un dessein idéologique délibéré. 

Mal élu, grâce à ce qui ressemble fort à une manipulation internationale, totalement inconscient de ses devoirs de chef de l’Etat vis-à-vis du peuple fiançais, Macron  apparait  plus fragile que jamais. Militaires ou pas, Il n’est pas sûr qu’il puisse solliciter un second mandat

 

                                                                                                                                                                          Roland HUREAUX

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:51

L’ENA DEUX FOIS VICTIME DU MONDIALISME

25/05/2021

Le président Macron a décidé  la suppression de l’Ecole nationale d’administration . 

« Pas ça , pas lui » serait t-on tenté de dire : qui, mieux que lui, représente les travers de l’institution : a priorisme, arrogance , inaptitude à une vraie écoute, indifférence hautaine à l’intérêt national ?   

Il vient même de l’Inspection des finances qui constitue à peine 5 % des anciens élèves et 90 % de leur pouvoir.

Même si on pense que cette institution avait besoin d’âtre réformée , et d’abord dans le contenu des études, on peut craindre que cette initiative ne confirme la maxime du philosophe marxiste  Guy Debord : « la société de spectacle  ( nous dirions de communication) dans son stade avancé ne sait se  réformer  qu’en pire ». Et il s’agit bien d’une mesure de pure communication destinée à servir sur un plateau à l’opinion une victime expiatoire de tous les sujets de mécontentement.

Il est vrai qu’il y a un  grand malaise entre cette institution et la société  française. Ce malaise touche en fait toute la haute fonction publique :   aussi bien les médecins qui ont organisé le plan de confinement contre le Covid que les pédagogues  qui décident des programmes et des méthodes de l’éducation nationale :  tous sont  indistinctement englobés dans le même opprobre  attaché aux énarques.  Ne sont épargnés que les corps de terrain  : ingénieurs, militaires, policiers , gendarmes, soignants.  Ce malaise  touche aussi  les politiques – en dehors des maires – auxquels on peut reprocher surtout de n’avoir aucune prise sur la technostructure.

 

De mal en pis

 

Mais au vu de toutes les idées reçues qui circulent  depuis des années au sujet de l’ENA , il y a fort à craindre que la réforme , partant d’une mauvaise analyse,  ne conduise à une situation  encore plus mauvaise, ce qui est presque toujours le cas des réformes d’aujourd’hui.

Parmi ces poncifs, l’idée que le mal viendrait du recrutement de l’ENA  jugé  trop bourgeois , trop endogame,  donc faisant émerger des administrateurs inaptes à comprendre le peuple.  On entend cela   depuis cinquante ans ; un des effets les plus fâcheux de cette idée  fausse  a été la réforme de l’ENA qui a eu lieu en 1968  à partir des idées de Bourdieu   : élimination de la culture générale, discrédit des connaissances , généralisation des  notes de synthèse aptes à sélectionner plutôt des administrateurs  de petit niveau que des agents supérieurs de l’Etat. Contrairement à ce qui se dit, la démocratisation n’a pas reculé si on considère  la situation  non seulement des parents, mais des grands parents :  il va de soi  en effet qu’une famille donnée ne peut pas connaître une promotion sociale à chaque génération. L’exercice quotidien du pouvoir montre d’ailleurs que c’est moins l’origine sociale que le génie individuel qui fait l’aptitude à comprendre les  humbles. Combien de fonctionnaires issus du rang  s’avèrent des bureaucrates étroits , caricatures de ce qu’on imagine être un énarque. Jacques Delors , issu du syndicalisme fut -il moins technocrate  que ses collaborateurs , presque tous venus  de l’inspection des finances ?

La vérité est que ce qui sépare les décideurs du peuple, c’est le mode de pensée idéologique. Les fonctionnaires sont souvent portés à l’idéologie  car il leur faut des rails pour  guider leur action  , surtout quand  le pouvoir politique est défaillant. Et l’idéologie, c’est l’action ramenée à quelques idées simples : par exemple réduire à toute force le nombre des communes en France  . Les fonctionnaires ont aussi besoin de sentir qu’ils sont les agents, même modestes,  du progrès de l’humanité.  Quelques idées simples, trop simples,  le sentiment qu’ils sont les agents du bien et voilà les fonctionnaires incrustés dans un système de pensée dont ils ne sortiront pas. Les contestations  de leurs idées et des réformes qu’elles inspirent sont  alors tenues pour irrationnelles,  le  fait de gens qui n’ont pas compris ou qui sont égoïstement accrochés à leurs intérêts particuliers. Contrairement à ce que les gens croient , les  hauts fonctionnaires entendent le peuple mais récusent  a priori sa parole car  il n’y a pas dans le logiciel de la plupart une  case où ils puissent l’intégrer.

Ce mal a même atteint un corps connu jadis connu pour son pragmatisme, le corps préfectoral, qui poursuit depuis trente ans avec obstination l’absurde projet de réduire le nombre des communes françaises,  sans autre résultat que d’ introduire une immense complication.

L’Europe, ou plutôt l’idée qu’on s’en fait à Bruxelles,  est une idéologie – ou plutôt  la version continentale de l’idéologie mondialiste.  Qu’il faille aller vers de plus en plus d’internationalisation, de  plus en plus de   libre échange, de moins en moins d’Etat national, ce sont des idées qui  n’ont rien d’évident  en soi mais qui s’imposent par le double caractère de la  (fausse) simplicité et de l’idée de  progrès.  En 2005, 55 % des Français ont rejeté le projet de constitution européenne  tel qu’il  leur avait été proposé par référendum; on  le leur a quand même imposé… au nom des « valeurs démocratiques » . Or il est probable que 75 % des anciens élèves de l’ENA au moins lui étaient favorables : la plupart expliquent ce décalage par le fait qu’ils sont  plus éclairés, plus intelligents .  Mais ils se trompent : ce décalage vient de leur plus grande propension à l’idéologie ,  propension qui est le  propre de tous les clercs , autre  nom des technocrates. L’idéologie donne l’air intelligent  et  , surtout, elle donne le sentiment de l’être,  mais en fait elle rend les dirigeants  inaptes  à comprendre les peuples.

Les apparatchiks communistes de l’ancienne Union soviétique connaissaient ce décalage mais moins que nous car ils ne croyaient plus au communisme alors que la majorité des énarques croient encore  à la construction européenne et à la mondialisation.

 

« Pas assez savants… »

 

Les peuples, eux , sont naturellement rétifs à l’idéologie. Ils ne sont , comme dit Montesquieu, « pas assez savants  pour raisonner de travers. »     

Au fil des ans, les anciens élèves de l’ENA, surtout  ceux qui étaient dans les positions  les plus élevées, ont perdu l’habitude de défendre les intérêts de la France, c’est-à-dire du peuple  qu’ils avaient le devoir de protéger , pour défendre la construction européenne et les quelques idées qui vont  avec. Cette dérive  a été particulièrement sensible en  France où on s’emballe plus qu’ailleurs pour  les idées abstraites. Gageons que les Allemands – et encore moins les Anglais quand ils y étaient , n’ont pas vu les choses de cette  façon.  Sait-on que parler de l’intérêt national aujourd’hui dans une réunion interministérielle vous fait  regarder avec condescendance comme le Huron de service  ?    Non seulement les  énarques – et assimilés - sont enfermés dans un système que les gens ne comprennent pas, parce qu’il est idéologique,   mais le peuple a  le sentiment qu’ils ne défendent plus les intérêts des Français.  Lors de la négociation du récent plan de relance européen , Macron était tellement désireux que ce plan aboutisse , car il représentait le  premier emprunt proprement  européen, et donc  une avancée  idéologique,  qu’il a accepté, malgré l’état lamentable de nos finances de sacrifier les intérêts financiers de la  France à hauteur de plusieurs dizaines de milliards.

En ce sens ,  il y a eu  comme une  grande trahison de la majorité des  anciens élèves de l’ ENA – comme de toutes les  élites françaises -   à l’égard du peuple. D’une certaine manière on peut l’imputer à un recrutement trop petit-bourgeois :  trop de familles peut-être aisées  mais sans traditions où on ne sait pas ce que les élites doivent à leur peuple.

Et si on fait une nouvelle  école manière Macron,  fondée sur la même idéologie et recrutant  sur des critères sociaux, allant jusqu’à la discrimination positive par quotas,  si on continue à y mépriser  la culture générale,  rien ne sera  réglé. Il est probable même que le fossé s’aggravera . Plus que jamais  il s’agira d’une  école idéologique, plus que jamais  le fossé se creusera avec la population.

Il est probable que s’il n’y avait pas eu une entreprise  comme la  construction européenne, l’ENA serait restée plus  près du peuple français et n’aurait pas au même degré connu  le discrédit actuel.

Nous ne confondons bien entendu pas cette admirable réalité qu’est l’Europe , riche de la  diversité  inégalée  de ses cultures et l’Europe institutionnelle, celle de Bruxelles,  qui s’attache jour après jour à noyer  l’Europe charnelle dans  une ennuyeuse désolation   bureaucratique . De moins en moins cultivés, beaucoup d’énarques  ne connaissent que la seconde. 

 

Le mondialisme est bien ingrat

 

Le grand paradoxe est que les forces internationales   dont l’ENA est devenu l’agent le plus dévoué,   ce sont en fait elles qui voulaient sa mort. En ce sens l’école est deux fois victime du mondialisme.

Malgré ses dérives récentes,  l’ENA incarnait encore , surtout aux yeux de l’étranger, la réputation de  solidité séculaire de l’Etat français , celui de Richelieu,  de  Louis XIV, de Napoléon, de la République radicale . Malgré ses défauts, cet Etat était tenu pour une des forces de la France par la compétence , l’objectivité , le  sens du service public  de ses agents.

Or le projet mondialiste, comme le projet européen implique l’attrition des Etats , voire leur  arasement . C’est particulièrement vrai de l’Etat   français, hériter de la « grande nation » et tenu  à l’étranger , spécialement dans  le monde anglo-saxon,  comme la structure la mieux  à même , en raison de sa solidité, de résister aux projets mondialistes. Cet Etat, il faut lui briser l’échine. Personne sans doute  n’a donné  l’ordre à Macron de liquider l’Etat français, mais  on sait combien le président est imbibé de l’idéologie internationale dominante. Il y adhère par conviction certes mais aussi par une facilité particulière de sa personnalité  à s’imprégner de l’atmosphère  du  milieu où il évolue,  en l’occurrence la sphère mondialiste et rien que celle là.  Il sait sans doute  aussi jusqu’à quel point il doit  à cette sphère son  élection.

Ajoutons que la baisse d’attractivité sociale et de niveau qu’il faut attendre d’une institution prenant le relais  de l’ENA , recrutant dans la « diversité »,  où la conformité idéologique prendra le pas  sur les compétences , favorisera l’émergence d’une nouvelle classe de  fonctionnaires , grisaille au service de la grisaille, plus apte à se conformer aux ordres de la gouvernance mondiale que de faire entendre la voix de la France.

Casser ces symboles forts que sont , tant pour les Français que pour les étrangers l’ENA et le corps préfectoral – bien plus que l’Inspection des finances dont on peut  se passer , c’est concéder une  belle victoire au projet mondialiste. On peut  dire que les énarques –  au moins la majorité d’entre eux, l’ont bien cherché !  Mais compte tenu de la gravité de l’enjeu national et civilisationnel, ce serait là  une piètre consolation.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:50

« QUAND LE CANON TONNE, LES CONS SE TAISENT »

25/05/2021

Le succès de la  récente tribune des généraux, approuvée par 58 % des Français  et dont 73 % partagent la crainte d’un « délitement » de la France,    laisse apparaître ce que les intéressés eux-mêmes  ne mesuraient pas : la popularité des militaires en France.

Cette popularité contraste avec leur situation d’il y a cinquante ans où la gouaille antimilitariste de gauche avait contaminé une large part de l’opinion. Les guerres coloniales, le service militaire, jugé souvent du temps perdu, l’avaient nourrie. La professionnalisation de  l’armée est  donc , paradoxalement, une des raisons de ce regain de popularité.  Le temps de l’antimilitarisme à la française semble en tous cas  révolu.  

 

Une réputation d’intégrité

 

Il est vrai que, opération extérieures aidant, les soldats français sont presque toujours sur le terrain ; on annonce régulièrement des pertes qui  émeuvent l’opinion.  Surtout quand ils se battent pour  des causes peu contestées, comme la  lutte contre les djihadistes au Mali.  

Ils sont aussi mobilisés dans l’opération Sentinelle : la surveillance des rues, peu valorisante et d’une utilité douteuse,  qu’on leur impose, est d’abord une opération de communication pour le pouvoir politique, mais globalement, elle profite aussi à l’image de l’armée.

La popularité des militaires contraste  avec l’impopularité de tant d’autres corps : les « énarques » ( cette appellation  désigne  l’ensemble des hauts fonctionnaires, qu’ils soient passés par l’ENA ou pas), les journalistes, les juges , et naturellement les hommes politiques – sauf les maires. Si les enseignants sont en partie épargnés, ce n’est pas le cas de l’Education nationale .

Une des raisons de ce contraste : le sentiment que les militaires restent intègres. Ils ne  passent en tous les cas pas pour corrompus. Le pantouflage de certains officiers généraux à la fin de leur carrière, tel le général Pierre de Villiers au Boston consulting group , phénomène encore limité en France,  ne fait pas scandale.

 

L’idéologie contre le  réel

 

Le fait que ce dernier se soit opposé publiquement à un président rejeté par beaucoup  a suffi à le rendre populaire.

Mais un  autre facteur nous parait encore plus décisif. Dans un univers politico-administratif  qui ressemble de plus en plus à l’Absurdistan, les militaires, eux, ne semblent pas délirer, au moins dans la partie visible de leur action : la guerre. Il en est de même de deux autres corps de terrain, chargés de missions régaliennes  : la gendarmerie et la police et bien entendu du personnel hospitalier   surtout depuis le covid. 

Si les autres corps  de direction ( qui bien souvent  ne commandent  plus rien du tout ! )  sont devenus si impopulaires, c’est qu’ils semblent avoir complètement perdu le contact avec le réel – et avec la population . Ils appliquent des  milliers  de règlementations que personne ne comprend et dont   beaucoup apparaissent comme nuisibles. Les sphères supérieures de la politique et de l’administration  sont sourdes aux messages venus de la base. Par exemple, malgré le scepticisme de l’immense majorité des maires, l’administration du ministère l’intérieur ( pourtant supposée plus proche du terrain ) poursuit inexorablement  le laminage des communes au nom d’une intercommunalité lourde et coûteuse.

La raison : c’est que la gouvernance publique a largement perdu le sens de sa mission : la solution des problèmes, le bien commun, pour ne plus faire qu’appliquer des schémas.  Des schémas qui semblent issus de la technocratie nationale mais qui , la plupart du temps, viennent  de beaucoup plus haut, l’Union européenne, principal prescripteur ne faisant que répercuter les consignes de l’OMS, du GIEC, de l’OMC , bref d’une gouvernance mondiale complètement déconnectée .  Ces schémas , il ne faut  pas hésiter à les qualifier d’idéologiques car ils  sont abstraits et simplificateurs  et qu’ils sont supposés aller dans le sens du progrès.  

Un chef d’entreprise qui perd le sens du réel, voit très vite son  bilan se dégrader : le banquier le rappellera à l’ordre.  Le retour du réel est  beaucoup plus lent et plus diffus en matière de gouvernance publique. Les dirigeants imbus de l’idéologie dominante tiennent les résistances de la base pour du poujadisme irrationnel , on l’a vu avec les gilets jaunes marginalisés   avant même de s’être exprimés.

Quand une armée va au combat , le retour du réel est  beaucoup  plus rapide encore que dans l’entreprise. Les militaires de tout rang sont , pour cela,  obligés d’avoir le sens du réel . Un vieux proverbe militaire dit « quand le canon tonne, les cons se taisent ». Et  s’ils  continuaient à commander , la bataille serait perdue.

Sous cette appellation un peu rude,  voyons les agents actifs ou passifs de tous les systèmes administratifs qui gouvernent notre monde et  dont le bon peuple a le sentiment qu’ils ont complètement perdu  le contact avec les réalités , ce qui n’est pas  le cas des militaires d’aujourd’hui.  

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:48

LA MODERNITE AUX PRISES AVEC SES CONTRADICTIONS

 

Jamais peut-être le monde n’a été si plein de contradictions.

La modernité ou ce qui est tenu pour tel est contradictoire.

Lors de la journée de la femme, des « trans » (hommes ayant voulu devenir femmes) ont été agressés par des féministes. La transsexualité et la promotion de la femme sont pourtant des tendances que l’on rattache toutes deux à l’« avancée » des mœurs.  

Les « trans » veulent pousser au plus loin la théorie du genre selon laquelle les sexes sont fongibles et doivent être indifférenciés ; ayant choisi de devenir femmes, ils voudraient être admis parmi les femmes militantes pour partager leurs combats mais celles-ci ne veulent pas d’eux. C’est comme ça.

A peine élu le président Biden a autorisé les hommes « trans » à participer aux compétitions sportives de femmes, même la boxe. Les obliger à rester dans leur sexe d’origine serait selon eux ( ou elles ) discriminant mais les femmes de naissance craignent une concurrence qui leur fera sans doute perdre beaucoup de médailles.

Beaucoup de ces contradictions concernent, on le voit, les rapports entre les sexes.

 

GPA et égalité

 

A l’heure de la promotion générale – et bienvenue – de la femme à travers le monde, certains milieux libertaires, partisans de la théorie du genre, poussent pour que soit autorisée la gestation pour autrui, qui seule permettrait à des homosexuels d’avoir des enfants et qui conduit, on le sait, à une forme particulièrement odieuse d’esclavage. « La femme loue bien ses bras dans les usines, pourquoi ne louerait-elle pas aussi son utérus ? » n’hésitait pas à dire Pierre Berger, cet homme délicat.  La  GPA (gestation pour autrui)  , si contraire à l’égalité , est pourtant l’aboutissement d’une  démarche de non-discrimination :  il n’y  pas de raison, dit-on,  que le mariage soit le privilège des couples homme-femme, instaurons un mariage homosexuel ; les femmes homosexuelles , voire seules, ont autant de droits que  celles qui vivent  avec un homme à avoir un enfant, d’où le droit à la  PMA (procréation médicalement assistée)  pour  femmes seules ou en couples de femmes  actuellement en débat au Parlement français ; dernière étape dont nous nous approchons : il n’y a pas de raison que la paternité et la maternité soient réservées aux femmes en couple, il faut que les hommes en couple y aient accès aussi, donc la GPA doit être autorisée ; ainsi trois étapes de raisonnement supposées libératrices aboutissent  à un  abaissement de la femme que dans les pires périodes d’esclavage, on n’avait pas imaginé .  

Divergences analogues sur la prostitution qui oppose les différentes écoles ultraféministes.  Pour les unes, elle est une forme d’esclavage à bannir, à l’initiative de la puissance publique.  Pour les autres, d’inspiration libertaire, elle fait partie de la liberté sexuelle, voire de la liberté du commerce et de l’industrie: l’Etat n’a pas à la réglementer. L’idée moyenne que « le plus vieux métier du monde » pourrait être simplement toléré échappe  à l’un et l’autre camp : il n’y a pas de moyenne chez ces gens là. 

 

Parité politique et parité conjugale

 

Toujours le mariage homosexuel : il conduit à abolir la parité homme femme dans sa forme la plus élémentaire, le couple. Fort bien, mais pourquoi coïncide-t-il avec l’instauration sans précédent d’une rigoureuse parité dans les élections à tout niveau, dans les conseils, dans le recrutement des entreprises publiques – et aux Etats-Unis de plus en plus privées. Si la parité est une nécessité, pourquoi ne pas la maintenir dans un couple de parents ? « Il faut la parité pour se porter candidat au conseil général et pas pour se marier ! » nous disait Jean Lassalle.

Toujours la parité : il y avait autrefois des écoles normales d’instituteurs et des écoles normales d’institutrices,  une agrégation pour les hommes et une agrégation pour les femmes qui garantissaient pour chaque discipline la parité dans l’enseignement. Au motif de s’adapter à l’évolution des mœurs, ces écoles et leurs concours d’accès ont été rendus mixtes, déséquilibrant la profession au détriment de l’un ou l’autre sexe, généralement féminin. Alors qu’on introduit la parité là où elle n’existait pas, on la supprime là où elle existait !

Il se dit que dans les couples isosexes, si advient, n’importe comment, un enfant, l’un se fait père, l’autre mère. Pointe extrême de l’existentialisme ou chacun choisit d’être ce qu’il est hors de toute contrainte de la nature. Pourtant, l’existentialisme a ses limites :  la théorie du genre n’étend pas la liberté existentielle au désir sexuel. Celui ci est au contraire tenu pour une fatalité inexorable. Le genre masculin est librement choisi par l’individu, l’attirance homosexuelle est une contrainte qui s’impose à lui. Pour parler le langage aristotélicien l’homosexualité ou hétérosexualité sont de l’ordre de l’essence alors qu’être physiquement mâle ou femelle est de l’ordre de l’attribut, donc réformable.

La liberté sexuelle, forme de la modernité s’il en est, est à l’origine d’autres paradoxes.

 

Ouverture de la chasse

 

Qui ne voit qu’elle a transformé certains milieux, dont bien souvent le monde l’entreprise,  en terrain de chasse pour jeunes mâles prédateurs. Ils n’ont pas besoin d’avoir recours au viol ou au harcèlement pour se mettre dans la peau du chasseur.  Dans la vieille société, cet esprit prédateur existait aussi mais il était borné par le sens de l’honneur des honnêtes femmes, alors majoritaires et les usages mondains : « ce que les hommes tiennent pour un honneur est le déshonneur des femmes » (Marguerite de Navarre). Aujourd’hui cette borne ayant largement cédé, la chasse a libre cours. « Tous les hommes sont des cochons » dit une veille chanson, et aussi la pointe du mouvement féministe, comme Me too, adepte pourtant de la même liberté sexuelle.

Il reste bien quelques hommes scrupuleux qui subordonnent leurs désirs à la liberté des personnes du sexe, voir au respect de leur vertu et dans ce cas, la séduction, si séduction il y a, reste discrète. Mais les ultraféministes ne les fréquentent guère car ils n’appartiennent pas au même monde :  adeptes des vieux codes moraux ou religieux - ou simplement courtois, ils sont exclus de la sphère de la modernité dont elles se réclament.  Dommage pour elles.

Comment ne pas voir  pourtant que la libération sexuelle ne pouvait que transformer la femme en objet ?

 

Concurrence victimaire

 

Il reste que si l’Occident a suivi cette pente, il ne l’a jamais reconnu. La femme objet est au contraire, on le sait, plus ouvertement affichée dans la religion musulmane, laquelle contredit de manière frontale les exigences du féminisme. Mais en Europe, les musulmans sont des immigrés, donc des opprimés. Entre les femmes et les adeptes de l’islam, il y a, comme on dit,  « concurrence victimaire », une concurrence rude.  Dès lors, quelle attitude prendre pour rester politiquement correct :   censurer l’islam au nom des droits des femmes ou mettre ces droits entre parenthèses pour ménager l’islam,  religion des opprimés ? Quant à Cologne, lors des fêtes du nouvel an 2016, des immigrés musulmans harcelèrent de manière organisée des centaines de femmes allemandes, les associations féministes furent très embarrassées pour condamner ces agressions, de crainte d’apporter de l’eau au moulin du racisme et de l’islamophobie. Il est intéressant d’observer que la sympathie pour l’islam prit alors, dans le discours public, le dessus sur la cause de femmes et que les militantes féminines les plus exaltées choisirent de ne pas protester. Ce choix est significatif d’une hiérarchie implicite des préoccupations occidentales que l’on observe aussi d’autres circonstances. L’islamo-gauchisme, oxymore étonnant, juxtapose une préoccupation politique et sociale issue des Lumières, par marxisme interposé, le gauchisme,  et la défense de valeurs qui, aux yeux des mêmes Lumières, apparaissent les plus rétrogrades. Quand on sait la part essentielle prise par l’UNEF lors des manifestions de mai 698, à la tonalité libertaire explicite, comment ne pas être étonné que sa vice-présidente soit aujourd’hui une jeune fille voilée ?  Et que par ailleurs le même mouvement organise des séminaires interdits aux blancs ?

De même les défenseurs de la cause animale, si en pointe aujourd’hui, se trouvent fort embarrassés pour condamner l’abattage hallal.

Pourquoi ce privilège de l’islamophilie sur le féminisme ou la cause animale ?  Ne serait-ce pas que les islamistes sont davantage craints dans la société occidentale que les femmes ou les animaux ?  Hiérarchie des valeurs ou hiérarchie des peurs ?

Autre contradiction : la prévention légitime du sida, souvent prise en mains par les associations homosexuelles, ne se transforme-t-elle pas en propagande subliminale pour les comportements dits à risque ? Quand lors d‘une soirée télévisée consacrée à la lutte contre le sida, il y a quelques années, l’abbé Pierre avait suggéré que cette lutte pourrait commencer par le refus de la promiscuité sexuelle, il se fit copieusement huer. Tout autre que lui se serait fait lyncher.

Comment comprendre que soit institué un mariage homosexuel, tributaire d’une théorie du genre qui nie les identités sexuelles innées, au moment précis où nos sociétés redécouvrent massivement, au travers de l’écologie, la nature végétale et animale dont la reproduction sexuée est la règle, rappelons-le, depuis un milliard d’années. Toutes les « avancées » biologiques ou sexuelles, y compris les plus artificielles, peuvent être soumises à l’Assemblée nationale.  S’il est un groupe dont on est sûr qu’il les votera, c’est bien le groupe écologiste. Il m’a été rapporté qu’une « cheffe » écologiste s’était fait faire un enfant par PMA, alors que, saine de corps, elle aurait pu arriver même résultat en faisant l’amour comme tout le monde.  Une vieille dame qui avait toujours voté écologiste par amour de la nature, cessa quand elle apprit que Noël Mamère, alors maire vert de Bègles, célébrait des mariages homosexuels.

 

Le temps du rock’n roll

 

Revenons au féminisme : comment comprendre que la génération qui a été par excellence celle de la libération de la femme, ait pu avoir pour danse emblématique le rock‘n roll ? Qu’est-ce en effet que cette danse sinon un symbole fort de l’inégalité de l’homme et de la femme ?  Non seulement la femme fait le plus d’effort car elle est amenée à tourner sur elle-même presque en permanence, mais c’est l’homme qui lui dicte ses mouvements par de légères impulsions données au bon moment. La fin de la fin pour le play boy de surprise party était de faire tourner sa partenaire très vite en ne bougeant lui-même presque pas, prenant ainsi la posture de la maitrise facile, d’une domination d’autant plus discrète qu’elle est efficace, de l’aisance souveraine dans la position de la supériorité, telle que la décrit Bourdieu dans l’univers scolaire.  Personne à ma connaissance n’a jamais demandé que les rôles soient inversés.

Pour se situer à un autre niveau, un des plus grands tirages de la génération qui a connu l’émancipation féminine fut Gérard de Villiers et son fameux SAS. Il est sans doute inutile de s’attarder sur le rôle qui échoit la femme dans le climat de sexualité débridée qui est celui de ces romans.  

Nous avons évoqué la parité en politique. Tous ceux qui s’y sont exercé savent à quelles acrobaties conduit la règle de la parité dans l’établissement des listes.  On commence généralement par faire, non sans arbitrages sanglants, une liste d’hommes en leur conférant un numéro sur deux ; puis sont inscrites les femmes, souvent peu demandeuses, plus difficiles à trouver et   trop souvent tenues pour des figurantes.  Comme par hasard, il est rare que cet exercice favorise celles qui ont la plus forte personnalité. Chez les hommes non plus d’ailleurs. Création idéologique s’il en est, la parité forcée n’est pas seulement une atteinte au libre choix démocratique, puisqu’elle le limite, elle illustre aussi ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires aux buts poursuivis ». Nous sommes loin d’une vraie promotion de femme qui, elle, n’aurait pas besoin d’une telle contrainte.  

Paradoxe : la même génération qui a vu l’émergence des femmes en politique a conduit une femme d’Etat aussi talentueuse que Marie-France Garraud, qui ne nous en voudra pas, pas, je l’espère, de l’évoquer, assignée chez elle pendant quarante ans.

 

Mai 68 au risque de la pédomanie

 

Dans les années soixante-dix, les tenants de la libération sexuelle ne craignirent pas d’aller jusqu’ bout de leur philosophie : on a assez reproché à Daniel Cohn-Bendit de s’être fait  l’avocat de relations intimes entre adultes et enfants ; il ne faisait que suivre la logique qui était celle de son époque.

Les temps ont changé :  de plus en plus ces relations font horreur, surtout si elles sont incestueuses, et c’est légitime. Le paradoxe demeure que l ‘hallali contre la pédomanie (un terme que nous préférons à celui de pédophile, par respect pour la φιλία grecque, sentiment noble s’il en est) soit le fait non des tenants de la morale traditionnelle, discréditée, mais des libertaires eux-mêmes.  Choc des logiques : les derniers représentants de la pensée mai 68 se heurtent de front aux défenseurs des droits de l’enfant.

Paradoxe proche : notre société qui a mis en valeur comme aucune avant elle (pas même la société grecque du Ve siècle à laquelle on se réfère de manière souvent abusive) l’homosexualité, est en même temps devenue la plus sévère qui soit contre la pédomanie. Or la limite  entre l’une et l’autre tient souvent à peu de choses : juste une date anniversaire. Il en résulte que le mot pédérastie, qui signifiait au départ l’amour érotique des enfants mais qui en était venu à désigner l’homosexualité en général, se trouve aujourd’hui banni.

 

L’abolition du handicap

 

Avec les questions de vie et de mort, nous entrons dans un autre domaine. Jamais le handicap n’avait fait l’objet d’une attention aussi grande : les handicapés reçoivent une allocation, ils ont des maisons spécialisées  qui coûtent  cher, le droit du travail les favorise, ils ont des emplois, des places de parking réservés, les bâtiments publics leur sont adaptés.  On se demande pourtant qui va bientôt bénéficier de ces avantages. La même société si attentive au handicap, pratique de plus en plus un eugénisme impitoyable, autorisant, voire prescrivant, en cas de handicap repéré, un avortement quasi-systématique.

Alors que l’avortement normal est limité à douze semaines de grossesse, l’avortement dit thérapeutique peut se pratiquer jusqu’à la naissance. Un enfant qui nait dans le délai normal, et que ses parents veulent garder fera l’objet d’un luxe de moyens de réanimation sans précédent, allant parfois jusqu’à l’acharnement thérapeutique, pendant que l’autre, déjà formé lui aussi mais paraissant handicapé, sera mis à mort dans les conditions les plus sordides. On peut s’interroger sur les raisons d’un tel paradoxe.  Croyant peu à l’autre monde, notre société pense qu’une vie en situation de handicap, dès lors qu’elle est la seule qui nous soit donnée, est le plus grand des malheurs ; les gens normaux   se sentent par rapport à lui, vaguement coupables et tentent de se racheter par des politiques généreuses. Mais le malheur parait si grand que la même société se fera compréhensive à l’égard des parents (souvent pressés par leur entourage, y compris hospitalier) qui abrègent une vie dont on juge par devers soi qu’elle « ne vaut pas la peine d’être vécue ». Les  bien portants exorcisent ainsi  leur culpabilité en faisant disparaitre les handicapés de leur vue. Le « meilleur des mondes » est à ce prix.

Nous nous sommes attardés sur les contradictions de nos contemporains touchant à la sexualité et à la vie car c ‘est là un terrain où les contradictions sont les plus patentes, mais nous pouvons élargir la question à d’autres sujets.

 

Droit naturel et mise en scène

 

Par exemple les beaux-arts dans leur rapport au droit.   Point de théorie si décriée dans les milieux dits progressistes que celle du droit naturel, l’idée que la nature humaine implique par elle-même des règles pérennes et universelles qui s’appliquent à toutes les sociétés, par exemple l’interdiction du meurtre au sein du groupe ou celle de l’inceste.  C’est au contraire le positivisme juridique qui prévaut, l’idée que la loi positive est la norme ultime, qu’aucun principe pérenne, moral ou religieux, ne saurait lui être opposé et qu’elle est naturellement variable.

N’oublions pas la dimension scientifique du sujet : ainsi l’idée de nature humaine se trouve disqualifiée au moment où prend son essor la génétique moderne selon laquelle le génome humain est constant depuis au moins 35 000 ans.

Voyons d’abord le paradoxe qu’il y a de voir le positivisme juridique dominer au moment où sont parallèlement exaltés de droits de l’homme, que la déclaration du 26 août 1789 qualifie de « naturels et imprescriptibles ». La nature mise au rancart d’un côté, plus célébrée que jamais de l’autre ? Et  curieusement, la race n’existe pas, mais la nature humaine universelle non plus !

Ce paradoxe s’étend même aux questions esthétiques. Combien d’entre nous sont exaspérés par ces mises en scène de théâtre ou d’opéra qui habillent les personnages d’Andromaque ou de Carmen en costumes d’aujourd’hui, ou les personnages du Ring en clochards. Beaucoup ne vont plus à l’opéra par horreur de ces usages.  Mais elles ont une signification bien précise : le grand art traite de l’homme en général, les figures qui sont mises en scène se veulent éternelles, elles transcendent l’espace et le temps, elles nous touchent si directement qu’il n’est pas nécessaire de les mettre en costume d’époque.  Cela au moment où l’historicisme et le relativisme n’ont jamais été aussi à l’honneur, où jamais les émissions historiques n’ont eu tant de succès. Qui y comprendra quelque chose ?

 

Egalité et transhumanisme

 

Nous parlons de la nature humaine : l’existentialisme qui se fait si restrictif en matière d’orientation sexuelle, reprend toute sa place dans les recherches à la mode tendant à un dépassement de l’humanité par le transhumanisme, par la génération d’hommes nouveaux plus performants que ceux du passé, d’hommes « augmentés ». Il n’est pas certain que ces recherches aboutissent jamais à faire des êtres viables, mais comment ne pas être frappé de voir qu’elles fleurissent, comme le comble de l’audace libérale voire libertaire, en un temps où l’égalité est recherchée partout, voire où le socialisme national, qui fut précurseur en la matière,  est tenu, à juste titre, pour une infamie absolue. Le libéralisme moderne veut en outre qu’aucun homme n’ait un pouvoir excessif sur un autre. Le transhumanisme, forme supposée la plus « avancée » du libéralisme, c’est que certains hommes aient un pouvoir illimité sur d’autres, présents ou à venir.

On terminera pour l’anecdote par la surpression de toute mention locale dans les plaques d’immatriculation des véhicules. Elles facilitaient l’identification de ces derniers, leur suppression va la rendre plus difficile, cela à l’heure où se met en place une surveillance électronique généralisée. Il se peut cependant que l’extension sans limites de la surveillance des individus rende inutile toute attache géographique.

D’autres paradoxes propres à la modernité pourraient être aisément relevés.  Nous disons modernité car il ne nous semble pas que les sociétés du passé étaient si fertiles en étonnantes contradictions. Pourquoi donc ?

 

L’idéologie jusqu’à l’absurde

 

Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le fait que les attitudes supposées modernes que nous avons évoquées sont toutes rattachées à une idéologie.  Une idéologie, c’est l’envahissement de la pensée politique par une préoccupation unique ou quasi-unique.  Pour les ultra - féministes, la préoccupation de l’égalité des femmes est devenue un absolu au point de tenir toute différence pour une injustice et de prôner l’identité et la fongibilité des sexes. Il en est de même pour les militants homosexuels adeptes de la théorie du genre.  La culpabilisation de l’Occident amène les antiracistes et autres décoloniaux à occulter toute préoccupation de la condition de la femme dans les anciens pays colonisés.  Pour certains, le handicap mérite une attention sans mesure ; pour d’autres, et quelquefois les mêmes, la possibilité d’avorter sur demande ne saurait être limitée etc.

Là où le politique ordinaire arbitre en permanence entre des préoccupations concurrentes et par là même, à un moment ou à un autre, les limite, l’idéologue s’attache à une ou deux logiques et les pousse jusqu’aux extrémités, soit, bien souvent,  jusqu’à l’absurde.

Il y a en tous les cas un lien entre la multiplication des contradictions idéologiques et l’affaiblissement de la fonction politique qui a précisément le rôle d’arbitrer entre ces logiques avant quelles ne viennent à s’affronter ou s’entre-détruire.

Nous sommes dans un monde profondément idéologique. Pour des raisons qu’il conviendrait d’approfondir – mais c’est un autre sujet – il n’est pas aujourd’hui de politique publique qui ne soit marquée par une forme ou une autre d’idéologie.  Poussées jusqu’au bout sans que la sagesse ancestrale, le sens de la mesure ou la prise en considération de logiques concurrentes ne vienne à les tempérer, elles se contredisent et s’entrechoquent, donnant parfois au paysage politique un air d’absurdité.  Comment, s’en étonner ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:46

LA MODERNITE AUX PRISES AVEC SES CONTRADICTIONS

17/05/2021

Jamais peut-être le monde n’a été si plein de contradictions.

La modernité ou ce qui est tenu pour tel est contradictoire.

Lors de la journée de la femme, des « trans » (hommes ayant voulu devenir femmes) ont été agressés par des féministes. La transsexualité et la promotion de la femme sont pourtant des tendances que l’on rattache toutes deux à l’« avancée » des mœurs.  

Les « trans » veulent pousser au plus loin la théorie du genre selon laquelle les sexes sont fongibles et doivent être indifférenciés ; ayant choisi de devenir femmes, ils voudraient être admis parmi les femmes militantes pour partager leurs combats mais celles-ci ne veulent pas d’eux. C’est comme ça.

A peine élu le président Biden a autorisé les hommes « trans » à participer aux compétitions sportives de femmes, même la boxe. Les obliger à rester dans leur sexe d’origine serait selon eux ( ou elles ) discriminant mais les femmes de naissance craignent une concurrence qui leur fera sans doute perdre beaucoup de médailles.

Beaucoup de ces contradictions concernent, on le voit, les rapports entre les sexes.

 

GPA et égalité

 

A l’heure de la promotion générale – et bienvenue – de la femme à travers le monde, certains milieux libertaires, partisans de la théorie du genre, poussent pour que soit autorisée la gestation pour autrui, qui seule permettrait à des homosexuels d’avoir des enfants et qui conduit, on le sait, à une forme particulièrement odieuse d’esclavage. « La femme loue bien ses bras dans les usines, pourquoi ne louerait-elle pas aussi son utérus ? » n’hésitait pas à dire Pierre Berger, cet homme délicat.  La  GPA (gestation pour autrui)  , si contraire à l’égalité , est pourtant l’aboutissement d’une  démarche de non-discrimination :  il n’y  pas de raison, dit-on,  que le mariage soit le privilège des couples homme-femme, instaurons un mariage homosexuel ; les femmes homosexuelles , voire seules, ont autant de droits que  celles qui vivent  avec un homme à avoir un enfant, d’où le droit à la  PMA (procréation médicalement assistée)  pour  femmes seules ou en couples de femmes  actuellement en débat au Parlement français ; dernière étape dont nous nous approchons : il n’y a pas de raison que la paternité et la maternité soient réservées aux femmes en couple, il faut que les hommes en couple y aient accès aussi, donc la GPA doit être autorisée ; ainsi trois étapes de raisonnement supposées libératrices aboutissent  à un  abaissement de la femme que dans les pires périodes d’esclavage, on n’avait pas imaginé .  

Divergences analogues sur la prostitution qui oppose les différentes écoles ultraféministes.  Pour les unes, elle est une forme d’esclavage à bannir, à l’initiative de la puissance publique.  Pour les autres, d’inspiration libertaire, elle fait partie de la liberté sexuelle, voire de la liberté du commerce et de l’industrie: l’Etat n’a pas à la réglementer. L’idée moyenne que « le plus vieux métier du monde » pourrait être simplement toléré échappe  à l’un et l’autre camp : il n’y a pas de moyenne chez ces gens là. 

 

Parité politique et parité conjugale

 

Toujours le mariage homosexuel : il conduit à abolir la parité homme femme dans sa forme la plus élémentaire, le couple. Fort bien, mais pourquoi coïncide-t-il avec l’instauration sans précédent d’une rigoureuse parité dans les élections à tout niveau, dans les conseils, dans le recrutement des entreprises publiques – et aux Etats-Unis de plus en plus privées. Si la parité est une nécessité, pourquoi ne pas la maintenir dans un couple de parents ? « Il faut la parité pour se porter candidat au conseil général et pas pour se marier ! » nous disait Jean Lassalle.

Toujours la parité : il y avait autrefois des écoles normales d’instituteurs et des écoles normales d’institutrices,  une agrégation pour les hommes et une agrégation pour les femmes qui garantissaient pour chaque discipline la parité dans l’enseignement. Au motif de s’adapter à l’évolution des mœurs, ces écoles et leurs concours d’accès ont été rendus mixtes, déséquilibrant la profession au détriment de l’un ou l’autre sexe, généralement féminin. Alors qu’on introduit la parité là où elle n’existait pas, on la supprime là où elle existait !

Il se dit que dans les couples isosexes, si advient, n’importe comment, un enfant, l’un se fait père, l’autre mère. Pointe extrême de l’existentialisme ou chacun choisit d’être ce qu’il est hors de toute contrainte de la nature. Pourtant, l’existentialisme a ses limites :  la théorie du genre n’étend pas la liberté existentielle au désir sexuel. Celui ci est au contraire tenu pour une fatalité inexorable. Le genre masculin est librement choisi par l’individu, l’attirance homosexuelle est une contrainte qui s’impose à lui. Pour parler le langage aristotélicien l’homosexualité ou hétérosexualité sont de l’ordre de l’essence alors qu’être physiquement mâle ou femelle est de l’ordre de l’attribut, donc réformable.

La liberté sexuelle, forme de la modernité s’il en est, est à l’origine d’autres paradoxes.

 

Ouverture de la chasse

 

Qui ne voit qu’elle a transformé certains milieux, dont bien souvent le monde l’entreprise,  en terrain de chasse pour jeunes mâles prédateurs. Ils n’ont pas besoin d’avoir recours au viol ou au harcèlement pour se mettre dans la peau du chasseur.  Dans la vieille société, cet esprit prédateur existait aussi mais il était borné par le sens de l’honneur des honnêtes femmes, alors majoritaires et les usages mondains : « ce que les hommes tiennent pour un honneur est le déshonneur des femmes » (Marguerite de Navarre). Aujourd’hui cette borne ayant largement cédé, la chasse a libre cours. « Tous les hommes sont des cochons » dit une veille chanson, et aussi la pointe du mouvement féministe, comme Me too, adepte pourtant de la même liberté sexuelle.

Il reste bien quelques hommes scrupuleux qui subordonnent leurs désirs à la liberté des personnes du sexe, voir au respect de leur vertu et dans ce cas, la séduction, si séduction il y a, reste discrète. Mais les ultraféministes ne les fréquentent guère car ils n’appartiennent pas au même monde :  adeptes des vieux codes moraux ou religieux - ou simplement courtois, ils sont exclus de la sphère de la modernité dont elles se réclament.  Dommage pour elles.

Comment ne pas voir  pourtant que la libération sexuelle ne pouvait que transformer la femme en objet ?

 

Concurrence victimaire

 

Il reste que si l’Occident a suivi cette pente, il ne l’a jamais reconnu. La femme objet est au contraire, on le sait, plus ouvertement affichée dans la religion musulmane, laquelle contredit de manière frontale les exigences du féminisme. Mais en Europe, les musulmans sont des immigrés, donc des opprimés. Entre les femmes et les adeptes de l’islam, il y a, comme on dit,  « concurrence victimaire », une concurrence rude.  Dès lors, quelle attitude prendre pour rester politiquement correct :   censurer l’islam au nom des droits des femmes ou mettre ces droits entre parenthèses pour ménager l’islam,  religion des opprimés ? Quant à Cologne, lors des fêtes du nouvel an 2016, des immigrés musulmans harcelèrent de manière organisée des centaines de femmes allemandes, les associations féministes furent très embarrassées pour condamner ces agressions, de crainte d’apporter de l’eau au moulin du racisme et de l’islamophobie. Il est intéressant d’observer que la sympathie pour l’islam prit alors, dans le discours public, le dessus sur la cause de femmes et que les militantes féminines les plus exaltées choisirent de ne pas protester. Ce choix est significatif d’une hiérarchie implicite des préoccupations occidentales que l’on observe aussi d’autres circonstances. L’islamo-gauchisme, oxymore étonnant, juxtapose une préoccupation politique et sociale issue des Lumières, par marxisme interposé, le gauchisme,  et la défense de valeurs qui, aux yeux des mêmes Lumières, apparaissent les plus rétrogrades. Quand on sait la part essentielle prise par l’UNEF lors des manifestions de mai 698, à la tonalité libertaire explicite, comment ne pas être étonné que sa vice-présidente soit aujourd’hui une jeune fille voilée ?  Et que par ailleurs le même mouvement organise des séminaires interdits aux blancs ?

De même les défenseurs de la cause animale, si en pointe aujourd’hui, se trouvent fort embarrassés pour condamner l’abattage hallal.

Pourquoi ce privilège de l’islamophilie sur le féminisme ou la cause animale ?  Ne serait-ce pas que les islamistes sont davantage craints dans la société occidentale que les femmes ou les animaux ?  Hiérarchie des valeurs ou hiérarchie des peurs ?

Autre contradiction : la prévention légitime du sida, souvent prise en mains par les associations homosexuelles, ne se transforme-t-elle pas en propagande subliminale pour les comportements dits à risque ? Quand lors d‘une soirée télévisée consacrée à la lutte contre le sida, il y a quelques années, l’abbé Pierre avait suggéré que cette lutte pourrait commencer par le refus de la promiscuité sexuelle, il se fit copieusement huer. Tout autre que lui se serait fait lyncher.

Comment comprendre que soit institué un mariage homosexuel, tributaire d’une théorie du genre qui nie les identités sexuelles innées, au moment précis où nos sociétés redécouvrent massivement, au travers de l’écologie, la nature végétale et animale dont la reproduction sexuée est la règle, rappelons-le, depuis un milliard d’années. Toutes les « avancées » biologiques ou sexuelles, y compris les plus artificielles, peuvent être soumises à l’Assemblée nationale.  S’il est un groupe dont on est sûr qu’il les votera, c’est bien le groupe écologiste. Il m’a été rapporté qu’une « cheffe » écologiste s’était fait faire un enfant par PMA, alors que, saine de corps, elle aurait pu arriver même résultat en faisant l’amour comme tout le monde.  Une vieille dame qui avait toujours voté écologiste par amour de la nature, cessa quand elle apprit que Noël Mamère, alors maire vert de Bègles, célébrait des mariages homosexuels.

 

Le temps du rock’n roll

 

Revenons au féminisme : comment comprendre que la génération qui a été par excellence celle de la libération de la femme, ait pu avoir pour danse emblématique le rock‘n roll ? Qu’est-ce en effet que cette danse sinon un symbole fort de l’inégalité de l’homme et de la femme ?  Non seulement la femme fait le plus d’effort car elle est amenée à tourner sur elle-même presque en permanence, mais c’est l’homme qui lui dicte ses mouvements par de légères impulsions données au bon moment. La fin de la fin pour le play boy de surprise party était de faire tourner sa partenaire très vite en ne bougeant lui-même presque pas, prenant ainsi la posture de la maitrise facile, d’une domination d’autant plus discrète qu’elle est efficace, de l’aisance souveraine dans la position de la supériorité, telle que la décrit Bourdieu dans l’univers scolaire.  Personne à ma connaissance n’a jamais demandé que les rôles soient inversés.

Pour se situer à un autre niveau, un des plus grands tirages de la génération qui a connu l’émancipation féminine fut Gérard de Villiers et son fameux SAS. Il est sans doute inutile de s’attarder sur le rôle qui échoit la femme dans le climat de sexualité débridée qui est celui de ces romans.  

Nous avons évoqué la parité en politique. Tous ceux qui s’y sont exercé savent à quelles acrobaties conduit la règle de la parité dans l’établissement des listes.  On commence généralement par faire, non sans arbitrages sanglants, une liste d’hommes en leur conférant un numéro sur deux ; puis sont inscrites les femmes, souvent peu demandeuses, plus difficiles à trouver et   trop souvent tenues pour des figurantes.  Comme par hasard, il est rare que cet exercice favorise celles qui ont la plus forte personnalité. Chez les hommes non plus d’ailleurs. Création idéologique s’il en est, la parité forcée n’est pas seulement une atteinte au libre choix démocratique, puisqu’elle le limite, elle illustre aussi ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires aux buts poursuivis ». Nous sommes loin d’une vraie promotion de femme qui, elle, n’aurait pas besoin d’une telle contrainte.  

Paradoxe : la même génération qui a vu l’émergence des femmes en politique a conduit une femme d’Etat aussi talentueuse que Marie-France Garraud, qui ne nous en voudra pas, pas, je l’espère, de l’évoquer, assignée chez elle pendant quarante ans.

 

Mai 68 au risque de la pédomanie

 

Dans les années soixante-dix, les tenants de la libération sexuelle ne craignirent pas d’aller jusqu’ bout de leur philosophie : on a assez reproché à Daniel Cohn-Bendit de s’être fait  l’avocat de relations intimes entre adultes et enfants ; il ne faisait que suivre la logique qui était celle de son époque.

Les temps ont changé :  de plus en plus ces relations font horreur, surtout si elles sont incestueuses, et c’est légitime. Le paradoxe demeure que l ‘hallali contre la pédomanie (un terme que nous préférons à celui de pédophile, par respect pour la φιλία grecque, sentiment noble s’il en est) soit le fait non des tenants de la morale traditionnelle, discréditée, mais des libertaires eux-mêmes.  Choc des logiques : les derniers représentants de la pensée mai 68 se heurtent de front aux défenseurs des droits de l’enfant.

Paradoxe proche : notre société qui a mis en valeur comme aucune avant elle (pas même la société grecque du Ve siècle à laquelle on se réfère de manière souvent abusive) l’homosexualité, est en même temps devenue la plus sévère qui soit contre la pédomanie. Or la limite  entre l’une et l’autre tient souvent à peu de choses : juste une date anniversaire. Il en résulte que le mot pédérastie, qui signifiait au départ l’amour érotique des enfants mais qui en était venu à désigner l’homosexualité en général, se trouve aujourd’hui banni.

 

L’abolition du handicap

 

Avec les questions de vie et de mort, nous entrons dans un autre domaine. Jamais le handicap n’avait fait l’objet d’une attention aussi grande : les handicapés reçoivent une allocation, ils ont des maisons spécialisées  qui coûtent  cher, le droit du travail les favorise, ils ont des emplois, des places de parking réservés, les bâtiments publics leur sont adaptés.  On se demande pourtant qui va bientôt bénéficier de ces avantages. La même société si attentive au handicap, pratique de plus en plus un eugénisme impitoyable, autorisant, voire prescrivant, en cas de handicap repéré, un avortement quasi-systématique.

Alors que l’avortement normal est limité à douze semaines de grossesse, l’avortement dit thérapeutique peut se pratiquer jusqu’à la naissance. Un enfant qui nait dans le délai normal, et que ses parents veulent garder fera l’objet d’un luxe de moyens de réanimation sans précédent, allant parfois jusqu’à l’acharnement thérapeutique, pendant que l’autre, déjà formé lui aussi mais paraissant handicapé, sera mis à mort dans les conditions les plus sordides. On peut s’interroger sur les raisons d’un tel paradoxe.  Croyant peu à l’autre monde, notre société pense qu’une vie en situation de handicap, dès lors qu’elle est la seule qui nous soit donnée, est le plus grand des malheurs ; les gens normaux   se sentent par rapport à lui, vaguement coupables et tentent de se racheter par des politiques généreuses. Mais le malheur parait si grand que la même société se fera compréhensive à l’égard des parents (souvent pressés par leur entourage, y compris hospitalier) qui abrègent une vie dont on juge par devers soi qu’elle « ne vaut pas la peine d’être vécue ». Les  bien portants exorcisent ainsi  leur culpabilité en faisant disparaitre les handicapés de leur vue. Le « meilleur des mondes » est à ce prix.

Nous nous sommes attardés sur les contradictions de nos contemporains touchant à la sexualité et à la vie car c ‘est là un terrain où les contradictions sont les plus patentes, mais nous pouvons élargir la question à d’autres sujets.

 

Droit naturel et mise en scène

 

Par exemple les beaux-arts dans leur rapport au droit.   Point de théorie si décriée dans les milieux dits progressistes que celle du droit naturel, l’idée que la nature humaine implique par elle-même des règles pérennes et universelles qui s’appliquent à toutes les sociétés, par exemple l’interdiction du meurtre au sein du groupe ou celle de l’inceste.  C’est au contraire le positivisme juridique qui prévaut, l’idée que la loi positive est la norme ultime, qu’aucun principe pérenne, moral ou religieux, ne saurait lui être opposé et qu’elle est naturellement variable.

N’oublions pas la dimension scientifique du sujet : ainsi l’idée de nature humaine se trouve disqualifiée au moment où prend son essor la génétique moderne selon laquelle le génome humain est constant depuis au moins 35 000 ans.

Voyons d’abord le paradoxe qu’il y a de voir le positivisme juridique dominer au moment où sont parallèlement exaltés de droits de l’homme, que la déclaration du 26 août 1789 qualifie de « naturels et imprescriptibles ». La nature mise au rancart d’un côté, plus célébrée que jamais de l’autre ? Et  curieusement, la race n’existe pas, mais la nature humaine universelle non plus !

Ce paradoxe s’étend même aux questions esthétiques. Combien d’entre nous sont exaspérés par ces mises en scène de théâtre ou d’opéra qui habillent les personnages d’Andromaque ou de Carmen en costumes d’aujourd’hui, ou les personnages du Ring en clochards. Beaucoup ne vont plus à l’opéra par horreur de ces usages.  Mais elles ont une signification bien précise : le grand art traite de l’homme en général, les figures qui sont mises en scène se veulent éternelles, elles transcendent l’espace et le temps, elles nous touchent si directement qu’il n’est pas nécessaire de les mettre en costume d’époque.  Cela au moment où l’historicisme et le relativisme n’ont jamais été aussi à l’honneur, où jamais les émissions historiques n’ont eu tant de succès. Qui y comprendra quelque chose ?

 

Egalité et transhumanisme

 

Nous parlons de la nature humaine : l’existentialisme qui se fait si restrictif en matière d’orientation sexuelle, reprend toute sa place dans les recherches à la mode tendant à un dépassement de l’humanité par le transhumanisme, par la génération d’hommes nouveaux plus performants que ceux du passé, d’hommes « augmentés ». Il n’est pas certain que ces recherches aboutissent jamais à faire des êtres viables, mais comment ne pas être frappé de voir qu’elles fleurissent, comme le comble de l’audace libérale voire libertaire, en un temps où l’égalité est recherchée partout, voire où le socialisme national, qui fut précurseur en la matière,  est tenu, à juste titre, pour une infamie absolue. Le libéralisme moderne veut en outre qu’aucun homme n’ait un pouvoir excessif sur un autre. Le transhumanisme, forme supposée la plus « avancée » du libéralisme, c’est que certains hommes aient un pouvoir illimité sur d’autres, présents ou à venir.

On terminera pour l’anecdote par la surpression de toute mention locale dans les plaques d’immatriculation des véhicules. Elles facilitaient l’identification de ces derniers, leur suppression va la rendre plus difficile, cela à l’heure où se met en place une surveillance électronique généralisée. Il se peut cependant que l’extension sans limites de la surveillance des individus rende inutile toute attache géographique.

D’autres paradoxes propres à la modernité pourraient être aisément relevés.  Nous disons modernité car il ne nous semble pas que les sociétés du passé étaient si fertiles en étonnantes contradictions. Pourquoi donc ?

 

L’idéologie jusqu’à l’absurde

 

Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le fait que les attitudes supposées modernes que nous avons évoquées sont toutes rattachées à une idéologie.  Une idéologie, c’est l’envahissement de la pensée politique par une préoccupation unique ou quasi-unique.  Pour les ultra - féministes, la préoccupation de l’égalité des femmes est devenue un absolu au point de tenir toute différence pour une injustice et de prôner l’identité et la fongibilité des sexes. Il en est de même pour les militants homosexuels adeptes de la théorie du genre.  La culpabilisation de l’Occident amène les antiracistes et autres décoloniaux à occulter toute préoccupation de la condition de la femme dans les anciens pays colonisés.  Pour certains, le handicap mérite une attention sans mesure ; pour d’autres, et quelquefois les mêmes, la possibilité d’avorter sur demande ne saurait être limitée etc.

Là où le politique ordinaire arbitre en permanence entre des préoccupations concurrentes et par là même, à un moment ou à un autre, les limite, l’idéologue s’attache à une ou deux logiques et les pousse jusqu’aux extrémités, soit, bien souvent,  jusqu’à l’absurde.

Il y a en tous les cas un lien entre la multiplication des contradictions idéologiques et l’affaiblissement de la fonction politique qui a précisément le rôle d’arbitrer entre ces logiques avant quelles ne viennent à s’affronter ou s’entre-détruire.

Nous sommes dans un monde profondément idéologique. Pour des raisons qu’il conviendrait d’approfondir – mais c’est un autre sujet – il n’est pas aujourd’hui de politique publique qui ne soit marquée par une forme ou une autre d’idéologie.  Poussées jusqu’au bout sans que la sagesse ancestrale, le sens de la mesure ou la prise en considération de logiques concurrentes ne vienne à les tempérer, elles se contredisent et s’entrechoquent, donnant parfois au paysage politique un air d’absurdité.  Comment, s’en étonner ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:44

LA FRANCE N’A RIEN A SE REPROCHER AU RWANDA

18/05/2021

La France n’a rien à se reprocher au Rwanda, au contraire.

Les accusations qu’on porte contre elle sont de deux sortes.   La première a   fait long feu : comme l’a rappelé Edouard Balladur, alors premier ministre, les forces de l’opération Turquoise, dépêchées au Rwanda à la demande du Conseil de sécurité pour une mission pacifique d’interposition de deux mois (juin- août 1994), n’ont, ni de près ni de loin participé au génocide des  Tutsi.  Bien au contraire, elles ont sauvé des dizaines  de milliers de vies.   L’actuel président du Rwanda, Paul Kagame, tutsi, a lancé cette accusation en 2004 quand la justice française l’a mis en cause à la demande des familles des deux pilotes français tués dans l’attentat du 6 avril 1994 à Kigali ( capitale du Rwanda) . Cet attentat a coûté la vie   aux présidents du Rwanda et du Burundi, tous deux hutu.  C’était la première fois qu’il y avait deux présidents issus de la majorité hutu dans ces pays  dirigés par la minorité tutsi  depuis le Moyen Age - ce qui montre l’absurdité de l’idée répandue par Kagame selon laquelle les Tutsis seraient les Juifs de l’Afrique des Grands Lacs !  Autre rumeur absurde, imposée sur le moment à l’opinion mondiale : que cet attentat, visant deux présidents hutus, aurait été le fait des Hutu !  Le 24 décembre 2019 au soir, la justice française a pourtant prononcé un non-lieu qui ne l’honore pas car le monde entier sait aujourd’hui, par des  transfuges, que le président tutsi   a seul ordonné  cet attentat. Kagame n’a jamais autorisé la moindre enquête de la justice internationale au Rwanda. Le non-lieu explique que les accusations contre l’armée française aient été mises en veilleuse, l’autre raison étant la proximité des élections françaises[1].  

 

Une coopération normale

 

La deuxième accusation est que la France serait responsable du génocide par la polique qu’elle avait menée dans les années antérieures. C’est là-dessus que met l’accent le rapport Declert demandé par le président, selon la même méthode qu’il a   appliquée à l’Algérie : sous prétexte d’apaisement, confier une mission d’étude à une personnalité entièrement acquise aux thèses des accusateurs . Dans les deux cas, l’étude conclut à la culpabilité de la France et, au lieu de panser les plaies, les envenime.

La France s’était engagée, dès la présidence Giscard d’Estaing, dans une coopération militaire classique avec le Rwanda  comme avec beaucoup d’autres pays francophones d’Afrique.

Le Rwanda était sans doute une dictature à parti unique et un pays corrompu mais ni plus ni moins que d’autres, plutôt plus libre que ce qu’il est devenu sous Kagame. La majorité hutu (85 % de la population) avait pris le pouvoir à l’indépendance grâce au jeu démocratique.  Le colonisateur allemand, puis belge, ayant réservé l’instruction à l’aristocratie tutsi (10 % de la population), le régime avait instauré une discrimination positive en faveur des Hutu   pour éviter que les Tutsi  n’occupent toutes les places .  Des pays démocratiques l’ont fait sans qu’on les taxe de racisme. Dans les années quatre-vingt, le pays passait pour « la Suisse de l’Afrique », ce qui était sans doute exagéré.  

La guerre a commencé quand en 1990, avec des Tutsi émigrés dans l’Ouganda voisin en 1962, Kagame a décidé de conquérir le pays pour rendre le pouvoir à la minorité tutsi. Il avait l’appui discret des services secrets  anglo-saxons et surtout de compagnies privées qui espéraient mettre la main sur les très riches gisements   de métaux rares du Kivu (Congo)  , la province voisine, ce elles ont fait    quand Kagame après avoir pris le pouvoir au Rwanda  en 1994  a envahi le Congo-Kinshasa en 1997. La France a naturellement continué à assister un gouvernement issu de la majorité. Et ce ne sont pas nos militaires qui ont appris aux populations à se servir du coupe-coupe, principal outil du génocide de 1994 !  

A la demande de la France, ont été conclus en août 1993, les accords d’Arusha qui prévoyaient un cessez-le feu avec interposition de l’ONU et l’arrêt de toute aide militaire des deux côtés. Pour être bref, cet accord a été respecté par les Français et pas par les Anglo-Saxons permettant à Kagame d’avancer vers la capitale où 1 million de Hutu en fuite devant l’envahisseur s’étaient réfugiés. En 1993, l’armée tutsi du Burundi voisin avait tué plus de 100 000 Hutu. La terreur et la colère des Hutus après l’attentat qui a coûté la vie à deux présidents hutus se déchaine immédiatement. Combien de victimes ? Il y avait 700 000 Tutsi  dans le pays et il en reste encore 300 000 après la guerre. Ils s’ajoutent aux centaines de milliers de Hutu massacrés par Kagame pendant la conquête.  La France qui n’avait plus de soldats sur place n’a pu rien faire dans l’immédiat. Elle fut en définitive la seule puissance à tenter de s’interposer mais bien tard. La force  de l’ONU, scandaleusement, n’a pas bougé. 

L’affaire ne s’arrête pas là.  Trois ans plus tard, Kagame envahit avec son armée tutsi, escortée de conseillers anglo-saxons, l’immense Congo voisin, ce qui provoque la chute du régime de Mobutu . Il poursuit alors dans tout cet immense pays les réfugiés hutus. Au total, selon l’ONU, plus de 4 millions de victimes :  hutus mais aussi congolais.

Comme cet épisode est soigneusement occulté par ceux qui font l’opinion mondiale, Kagame passe pour le sauveur qui a arrêté le génocide de 1994. Seul le Dr Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, congolais, a eu le courage d’élever la voix.

Boutros Boutros-Ghali, alors secrétaire général des Nations-Unies, n’a pas hésité à dira que les massacres du Rwanda étaient à 100 % de la responsabilité des Etats-Unis. Qui les met en accusation ? Il est vrai que la France est le seul membre du Conseil de sécurité duquel on exige des repentances.

Non seulement la France n’a rien fait de répréhensible mais elle peut s’honorer d’être le seul pays à avoir tenté de faire obstacle à une des opérations les plus criminelles qui aient été.

Kagame a l’éthique d’un seigneur de guerre. Plus la France s’abaissera, plus il la méprisera.

 

Roland HUREAUX

 

[1] Malgré la fausseté totale des accusations portées contre eux, aucun président n’a pris la défense de nos soldats. 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:42

 

MOURIR DANS LA  DIGNITE

Ecrit en 2012

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Mourir-dans-la-dignite2

  La question, de l’euthanasie revient à l’ordre du jour.

Comme il arrive souvent, les défenseurs des bonnes  causes ne trouvent pas toujours les bons arguments.

 

Tu ne tueras pas ?

 

  Il est sans doute plus que jamais nécessaire de rappeler  que la vie humaine est sacrée, que, sous aucun prétexte, on ne saurait y mettre un terme ou aider un malade à y mettre un terme volontairement. «Tu ne tueras pas »  est tenu pour un absolu de l’héritage judéo-chrétien. Sous le serment d’Hippocrate,  les  futurs médecins disent  à peu près la même chose.

  Mais si c'était là le seul argument des adversaires de l'euthanasie, comment se cacher les objections auxquelles il se heurte : toute l’histoire de l’Occident n’a-t-elle pas consisté, quoiqu’on dise,  à organiser des exceptions à ce principe qui en principe n’en souffre pas ?  La légitime défense,  le droit de la guerre qui en procède, la peine de mort, incontestée pendant des siècles, sont de ces exceptions. Sans doute les condamnés à mort n'étaient-ils pas innocents, mais ils n'étaient pas non plus volontaires !

 

Des limites difficiles à fixer

 

C'est pourquoi il convient de compléter cet argument par d'autres :  même si le droit a toujours admis des exceptions au précepte « Tu ne tueras pas », au moins faut-il que ces exceptions soient bornées par une limite claire.  Il est douteux que la légalisation  de l’euthanasie  permette de marquer une telle limite. Si le droit d’accélérer la fin de moribonds qui le demandent ( ou  paraissent le demander) était admis, comment éviter les abus  dans une société où les progrès de la médecine aidant , le nombre de grands vieillards en état de dépendance ne cesse de s’accroître. La crise du COVID a déjà ouvert la porte à de tes abus sous la forme hypocrite de « sédation profonde ». Il n’est pas toujours facile de savoir ce que veulent ces personnes (dont beaucoup sont privées de la capacité juridique par  la mise sous tutelle) mais la tentation est de les tenir pour  encombrantes. Comment dès lors  éviter que, une fois l’habitude prise d’abréger leurs jours à leur demande,  on n’en arrive vite à le faire avec un semblant de consentement ou pas de consentement du tout . Surtout si notre société s’appauvrissait au point de ne plus supporter le poids des dépenses sociales les plus lourdes. C’est ce qui arriva en Union soviétique à la fin du communisme où le taux de mortalité s’éleva très vite au milieu de la dégradation générale des systèmes de santé. L’expérience de pays comme  la Belgique ou les Pays-Bas qui  ont légalisé l’euthanasie n’est pas pour nous rassurer sur le risque de telles dérives. Parmi les défenseurs de la proposition de loi  en cours de discussion, qui  voudrait être admis dans une maison de retraite belge ?

Si la ligne rouge venait ainsi à être fréquemment transgressée, on n’ose imaginer ce que serait l’état d’esprit des malades hospitalisés, toujours aux aguets de crainte d’être « euthanasiés ». Le  souci peu éclairé d’adoucir les derniers jours des grands malades  plongerait au contraire ceux-ci  dans une angoisse dramatique. Cette inversion des résultats est  le destin, désormais bien connu,  de tous  les  partis  pris  idéologiques.

 

Lutter contre la mort est au cœur de la condition humaine

 

Mais nous pensons qu’il faut prendre aussi la question sous un autre angle. Même si la fin de vie se traduit par de grandes souffrances, toute la noblesse de la condition humaine historique n’est-elle pas dans ce combat sans espoir contre la mort ? Cela est vrai au niveau de l’espèce laquelle a traversé dans des conditions de précarité incroyable des centaines de milliers d’année, luttant avec acharnement contre la menace de l’extinction.   S’il est vrai que le commandement « Choisis la vie » (Dt 31,19) par lequel se termine le Pentateuque est, aux dires de Pierre Chaunu, le plus important de la Bible, il faut croire qu’il fut ardemment mis en œuvre tout  au long de l’histoire humaine pour que celle-ci malgré les multiples menaces qui pesaient sur les hommes se prolonge jusqu’à nous.

Le confort exceptionnel dont jouissent nos contemporains (au moins la majorité d’entre eux dans les pays développés), bien qu’il ne soit que le fruit de ces luttes  multiséculaires,   amortit  la perception que  la vie est une lutte acharnée contre la mort, que celle-ci prenne le visage de la guerre, de la famine ou  de la maladie. A ces menaces  de toujours, il faut sans doute ajouter celle du    désespoir, de la perte de sens individuelle ou collective. .

Il s’agit d’une une lutte sans espoir. Car à la fin, au moins en ce bas monde, c’est la mort qui gagne. Comme dit Heidegger, l’homme est dès le départ un « être pour la mort ». Même sains de corps et d’esprit,  nous sommes tous des morts en sursis, au même titre que ceux qui sont frappés d’une maladie mortelle à évolution lente. Cela n’a jamais été une raison pour ne pas combattre.

Le combat contre la mort porte sa part de souffrances : le travail,  l’  accouchement, la   lutte contre la maladie, parfois la guerre. Pourquoi ce combat ne se prolongerait-il pas dans un ultime affrontement contre la mort ? L’agonie, étymologiquement, ne signifie-t-elle pas le combat ? Combattre jusqu’au bout, n’est-ce pas en définitive cela,  « mourir dans la dignité » ?

Vouloir faire l’économie  de cet ultime combat  (nous ne remettons évidemment pas en cause la légitimité et la nécessité des soins palliatifs), n’est ce pas risquer de briser le ressort par lequel notre espèce a traversé les siècles, en tous les cas mettre la mettre dans un engrenage  allant à contre-sens ?

Cette perte de ressort  n’est-ce pas ce dont souffrirent des civilisations déclinantes, comme l’Empire romain ou d’autres où, au moins dans les hautes classes,  le recours au suicide se banalisa ? Heureusement pour l’espèce, d’autres civilisations prirent le relais.

On dira que cette vision héroïque de l’existence humaine ne saurait s’appliquer  à tous,  et aussi  qu’il existe des souffrances si grandes que, devant elles, de tels propos ne tiennent pas. Notre société a certes beaucoup fait pour limiter les souffrances. Elle supporte d’autant moins celles qui restent.  La compassion pour ceux qui souffrent encore, notamment  certains grands malades, est plus forte que dans les sociétés plus aguerries d’autrefois.

Nous ne supportons pas davantage la souffrance des animaux à l’égard desquels la pratique de l’euthanasie est généralisée.

Cette compassion « animale » que nous éprouvons envers nos frères inférieurs peut-elle être étendue à des moribonds qui  demanderaient qu’on abrège leurs souffrances? Non,  l’homme n’est pas un   chat ou un chien. Plus important que la compassion, il y a  le respect, non point seulement le respect de la vie mais le respect de cette éminente dignité qui est le propre de l’homme, le droit pour chacun, même les petits et les sans grade, de mener jusqu’au bout le combat qui fait la grandeur de leur destinée.  Éventuellement contre lui-même, contre les demandes que le désespoir ou des souffrances trop aiguës pourraient le conduire à formuler.

Si la morale chrétienne - la morale tout court - n’étaient que  ce que disait Nietzsche, une pitié animale, une compassion primaire, une sorte de  sensiblerie   , rien ne devrait s’opposer à l’euthanasie. Mais la morale  est justement plus que cela : la reconnaissance de l’éminente noblesse de tout homme  - de  toute femme -, quelle que soit sa condition.  Ce n’est pas seulement  la vie qui doit être respectée, c’est la personne vivante.

 

Le risque de l’acharnement thérapeutique

 

Reste à trancher la question de l’euthanasie dite passive, ou plutôt de l’acharnement thérapeutique. Bien que  la distinction entre euthanasie active (donner la mort par un acte positif) et passive (laisser advenir la mort par la cessation de certains soins devenus déraisonnables) soit à peu près claire, les partisans de l’euthanasie active cherchent à mêler les deux problèmes.

 Les progrès de la médecine, s’ils ont permis le développement des soins palliatifs qui, dans la plupart des cas, permettent d’atténuer les souffrances des grands malades, ont aussi donné les moyens de prolonger   la vie par des soins sophistiqués et lourds, lors même qu’il n’y a plus  d’espoir de guérison ou de retour à la conscience. Cela pose un problème  nouveau. Le zèle médical aidant, la tentation de ce qu’il est convenu d’appeler l’ « acharnement thérapeutique » est grande. N’est-ce pas d’ailleurs le même esprit technicien qui inspire  l’euthanasie active et  l’acharnement  thérapeutique ? L’homme moderne, fort de sa technique,  veut être maître absolu de la vie et de la mort.

Si, parait-il, une large majorité de nos compatriotes sont favorables à l’euthanasie, c’est surtout par crainte de l’acharnement thérapeutique.

Indépendamment de son coût qui ne saurait entrer en considération, l’acharnement  thérapeutique est aujourd’hui un vrai problème de société. Nous connaissons des personnes qui se sont suicidées non point par crainte de  la maladie et de la mort, mais de l’acharnement thérapeutique. Un brave homme de nos provinces nous dit une fois: « Heureusement, l’ambulance est arrivée trop tard : ma mère a pu mourir dans sa maison ». Cet homme, n’en doutons pas,  aimait beaucoup sa mère. La maison dont il parlait, ses ancêtres y avaient vécu et y étaient morts, de génération en génération, depuis trois siècles. A une époque où , en France, 80 % des gens meurent à l’hôpital, généralement dans les services dits de réanimation, ne faudrait-il pas reconnaître aux grands vieillards le droit de mourir chez eux , quitte à les y mieux soigner ? En Italie, pays de développement comparable, 80 % des décès ont lieu au contraire au domicile.  Le matin de sa mort, le pape Jean Paul II refusa  une ultime hospitalisation   pour rendre son dernier soupir au Vatican: n’y a-t-il pas là un exemple à méditer ?

Cela ne veut pas dire que les soins intensifs soient illégitimes. D’autant que, ainsi que le rappelle  le beau film de Pedro Almodovar  Parle avec elle (2002),   le destin du  comateux le plus lourd peut encore s’inscrire dans une socialité. En outre, des retours à la conscience quasi-miraculeux ont été observés. 

Mais si la  césure entre euthanasie active et passive est à peu près claire, il faut bien admettre que la frontière entre soins intensifs légitimes et acharnement thérapeutique ne l’est pas toujours. Nous entrons là dans le domaine prudentiel. Les moralistes comme les médecins qui  voudraient trouver  une règle parfaitement logique auront du mal: en toutes choses,  la logique conduit aux excès. La vertu de prudence est, en la matière, plus que jamais nécessaire. 

La  loi Léonetti légalisant la sédation lourde a paru un moment résoudre le problème . Elle a cependant montré à l’usage ses dangers . Tant l’affaire Vincent Lambert où on  a pu mettre à mort un patient par inanition, dans le respect littéral de cette loi,  que le Covid où la sédation lourde de personnes âgées a servi de prétexte à leur élimination massive,  ont  montré les risques de cette loi. Il reste qu’elle  vaut mieux que  l’euthanasie pure et dure que le présent gouvernement voudrait faire adopter.    

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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