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Roland HUREAUX

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:30

VERITE ET LIBERTE

 

L'expérience de l'idéologie

 

La question des relations de la vérité et de la liberté, dont les enseignements de l'Eglise tiennent qu'elles sont indissociables,  ne relève pas seulement de la spéculation philosophique ou théologique mais aussi  de l'expérience politique.

Soljenitsyne avait l'habitude de dire que le plus pénible  à vivre dans un régime totalitaire - le régime communiste, le seul qu'il ait connu - , n'était pas la privation de liberté , l'insécurité personnelle, ou   la pénurie mais le mensonge, le fait d'être obligé de vivre dans un  mensonge permanent.

Comme premier moyen de résistance au régime, il  préconisait, non  la rébellion, impossible, ni de dire la vérité , très risqué,  simplement de s'engager à  ne pas mentir - et donc de ne pas cautionner ou relayer le discours officiel ,    ce qui était déjà fort courageux.

Les disciples de Machiavel diront  que le mensonge  est   lié à  l'exercice de tout pouvoir politique,  au moins de  manière occasionnelle . Toute vérité n'est pas bonne à dire et le pouvoir, qu'il soit démocratique ou tyrannique, est , à l'occasion, amené à tromper le peuple, fut-ce pour assurer  le maintien de l'ordre, ce qui est après tout une bonne cause. Mais cette forme de pouvoir ordinaire  n'est pas obligée de mentir tout le temps; bien au contraire, si les dirigeants disent  généralement la vérité , ils n'en sont que plus crédibles quand ils ne la disent pas.

Un pouvoir idéologique  ( nous ne disons pas encore totalitaire) est lui, fondé sur un mensonge quasi-généralisé. Tous ceux qui se sont penchés sur ce genre de régime , notamment Boris Souvarine, Hannah Arendt, Alain Besançon, Karl Popper   ou  Alexandre Soljenitsyne lui-même, ont mis à jour ce mécanisme du mensonge intrinsèque à l'idéologie.

 

Qu'est-ce que l'idéologie ?

 

Qu'est-ce qu'une idéologie  ? Jean Baechler la définit comme  «  la volonté d’organiser les activités sociales  jusque dans le détail à partir d’un principe unique »[1]  .

Ce propension à la  simplification est également relevé par Hannah Arendt  pour qui les idéologies sont « des ismes qui peuvent tout expliquer en le déduisant d’une seule prémisse »[2]

Or le réel est complexe et une bonne politique doit prendre en compte cette complexité, ce que ne saurait faire un idéologue. C'est pourquoi l'idéologie est fausse, fausse parce que trop simple.

Les idées de base de cette  simplification idéologique  ? Pour Marx et ses épigones "l'histoire du monde est l'histoire de la lutte des classes " et rien d'autre.  Tout le reste s'y ramène, en particulier la culture, la politique, la morale. Pour Hitler, l'histoire du monde était celle   de la sélection naturelle des races par la guerre.  Mais pour d'autres idéologues, pour le moment moins  dangereux, le progrès se caractérise par le développement  continu du  libre-échange  , de la liberté sexuelle , l'extinction des nations et,  à la fin,   la fusion du monde dans un espace économique entièrement unifié.

Pourquoi cette simplification ? D'abord pour des raisons politiques: les idéologues en chef , même s'ils sont par devers eux, conscients  de la complexité du monde,  en imposent   mieux en le  simplifiant ,les idées simples pouvant se transformer facilement en slogans .

Elles conduisent aussi à une démonologie, les partisans de l'idéologie étant l'incarnation du bien, ses adversaires, celle  du mal. 

C'est d'autant plus facile que la simplification débouche sur une métaphysique. L'invention d'une politique fondée sur un principe unique , principe que les hommes du passé ignoraient, permet de rebâtir le monde sur de nouvelles bases , ce qui  signifie la péremption, voire l'amnésie du   passé , encore plongé dans la barbarie , "la préhistoire" dit Marx,  puisque les hommes  n'avaient pas encore trouvé le sésame , et l'espérance eschatologique pour l'avenir dès lors qu'ils l'ont trouvé.  Après leurs inspirateurs respectifs, Marx et Nietzsche, Staline et Hitler voulurent faire un "homme nouveau" ( ou Surhomme)  , non  pas comme les chrétiens en référence à l'au-delà,  mais sur cette terre et en dehors , voire contre toute référence à une transcendance.

Si le monde est reconstruit  à travers une seule -  ou deux ou trois   - prémisses  seulement, l'idée que l'idéologue s'en fera  sera de plus en plus fausse au fur et à mesure qu'il  étendra la chaîne déductive , une chaîne sans fin car les idéologues sont parfaitement logiques  .Popper a montré selon quel mécanisme aucune objection ne  les arrête. On reconnait même un idéologue à ce qu'il pousse jusqu'à leur terme le plus absurde les conséquences de ses idées de départ.  Etre parfaitement logique, n'est-ce pas un des  symptômes de la folie ?  C'est en tous les cas celui de l'idéologie.  

Que l'idéologie arrive à réinterpréter tout le réel  en fait précisément une entreprise totalitaire.  Que la lutte des classes soit tenue pour  le fond de l'histoire du monde signifie que la religion n'est plus  que l'"opium du peuple"  et qu'il faut donc  l'éradiquer. Si "la propriété, c' est le vol", autre thème marxiste issu de Proudhon, il faut l'abolir,  et donc abolir  le marché et l'intérêt individuel comme moteurs de l'économie.  A partir d'une simplification initiale, l'idéologie est ainsi  amenée à s'inscrire en faux contre deux composantes fondamentales de la nature humaine, dont  l'histoire a démontré depuis lors la capacité de résistance :  l'instinct religieux et  l'instinct  de propriété.

On pourrait  continuer à décliner les caractéristiques de l'idéologie  : ainsi ces idées  simples  - et folles,  tiennent  généralement pour  rien les particularité nationales : elles ont donc  une ambition universelle qui conduit, sous  une forme ou sous une autre à l'impérialisme, voire  à la guerre, chaude ou froide.

 

Contre la nature

 

Fausse, l'idéologie veut imposer ses schémas  rigides  jusqu'à la nature. Rien de plus opposé à  toute idéologie que l'idée d'une loi naturelle, même si l'hitlérisme s'est référé à   l'idée de sélection naturelle héritée de Darwin.

L'idée d'une permanence de la nature humaine , qui vient  de la philosophie scolastique mais qui s'est trouvée confortée  par les découvertes d'un contemporain de Darwin ( ils ne se sont , semble-t-il, jamais connus )  le moine tchèque Mendel, inventeur des lois de l'hérédité, exclut l'idée d'une hérédité des caractères acquis, et donc  que l'espèce humaine puisse se modifier en fonction de l'environnement, en tous les cas à l'horizon de l'histoire . Elle répugne d'autant aux marxistes : Staline a interdit les idées de Mendel, non parce qu'il était un moine et que son successeur, Morgan,  était américain mais parce qu' elles contredisaient sa sotériologie  prométhéenne qui  promettait l'amélioration rapide de l'humanité.   Staline promut donc, contre Mendel et Morgan, une théorie fausse fondée sur   l'hérédité des caractères acquis ( et donc la possibilité de perfectionner l'espèce humaine à chaque génération)  que deux biologistes asservis,  Mitchourine et Lyssenko  furent chargés de répandre. On le voit par cet exemple  :   l'idéologie rejette  même  la vérité  scientifique.

Le mouvement  libertaire actuel est lui aussi  idéologique et hostile à la nature : la théorie du droit  naturel y est  violemment  récusée au nom du positivisme juridique ; la théorie du genre , aussi peu respectable scientifiquement que la biologie de Lyssenko, tend à nier la pertinence de la différence de sexes  et donc à contredire la nature.

Aussi longtemps que  les idéologues  ne font que répandre  leurs idées dans les cercles académiques, ils sont certes dangereux  : Dostoïevski a montré dans son roman  Les Possédés comment l'enseignement d 'un professeur apparemment inoffensif pouvait conduire des jeunes gens exaltés aux pires crimes. Mais ils le sont bien davantage   quand ils accèdent au pouvoir. Un régime idéologique est un régime dirigé par des idéologues et alors il devient  terrible.

L'idéologue  n'est pas seulement   quelqu'un qui veut imposer des idées fausses, c'est aussi    quelqu'un qui sait au fond de lui-même qu' elles sont fausses !  

Il n'a donc  pas la tranquille assurance  de celui dont les idées sont vraies et conformes à la nature. Ce  dernier, même s'il est au  pouvoir, n'a pas besoin d'être sur ses gardes en permanence  parce qu'il gouverne en se fondent sur le sens commun des hommes dont il a la charge.

 

Contre les peuples

 

L'idéologue, lui, est d' emblée méfiant.  Il sait qu'il rencontrera des résistances. Et il en rencontre en effet beaucoup  puisque ses idées sont contre nature. Pour contrer ces résistances, il utilise un pouvoir, nécessairement  centralisé et très vite antidémocratique car  il soupçonne que , le premier engouement passé,  ses idées  ne passeront pas l'épreuve de l'assentiment  populaire. Il peut alors mettre   en œuvre sa démonologie :  puisque son projet est eschatologique, ceux qui lui résistent ne peuvent représenter que le mal absolu: le capitalisme, la superstition, le fascisme . Tous les moyens sont  dès lors permis pour les combattre.  Aucune morale ne tient devant l'impérieuse nécessité de vaincre les résistances à l'idéologie.  Et ces résistances  pouvant se tapir partout, la culture elle-même doit être mise en tutelle et asservie aux besoins de l' entreprise idéologique. La nature, la morale, la culture sont intrinsèquement les ennemies des idéologues, tout comme la liberté ,  la démocratie, le débat.

Si le pouvoir idéologique aboutit à la tyrannie et  à la pire, la tyrannie totalitaire, à l'inverse,  révèle la démarche idéologique.  De manière intrinsèque, l'  idéologie se reconnaît  à ses méthodes.

Ne prenant pas le réel en compte et voulant même le refaire,  elle coupe  tout ce qui dépasse,   elle charcute , comme un chirurgien qui n'aurait qu'une idée simplifiée de l'anatomie. D'où les drames que l'on sait.

Certains ont pu être surpris   de la dureté de la réponse policière à la  Manif pour tous, ou de ce  que certains des partisans de la loi Taubira ont pu dire sans faire autrement scandale :  qu'ils souhaitaient  qu'une bombe tue tous les manifestants  (qu'aurait-on dit si au lieu de Pierre Bergé , c'était Frigide Barjot  qui avait dit cela ?). Une réponse policière d'une telle dureté ( même si  nous sommes encore loin du goulag !) , cette crispation indiquent de manière infaillible   que le projet de mariage homosexuel est idéologique, même s'il ne  s'agit que d'une idéologie sectorielle appliquée à un domaine donné, la famille. Si  un tel projet s'était appuyé  sur des idées saines et vraies, ses défenseurs n'auraient pas eu besoin de se crisper autant. Les idéologues rejettent tout  débat .  L'hystérie haineuse   des médias ,  la plupart  acquis au projet Taubira ,    sont également  un révélateur significatif du caractère idéologique de l' entreprise.  Nous n'étions parfois pas loin des imprécations du procureur Vychinski dénonçant les "vipères lubriques" au procès de Moscou.  Les idéologues deviennent toujours haineux à l'exacte   mesure de la fausseté de leurs idées et de  la  résistance que le  réel  leur oppose et c'est   peut-être en cela d'abord qu'ils  sont dangereux et qu' il ne faut laisser passer l'idéologie en aucun cas et dans aucun  domaine, même s'il parait isolé. Par essence, ceux qui gouvernent avec des  idées fausses menacent  les libertés.

N'est-il pas significatif que , une fois la loi votée, la contester soit devenu passible de poursuites , au chef d'homophobie ?  A quoi on voit que cette loi n'avait pas pour but de régler un problème ou de créer un nouvel état de droit mais d'instaurer une nouvelle vérité officielle, dont on aura compris de ce qui précède qu'elle n'est pas une vérité dès lors qu'elle a besoin d'être officielle.

Ne nous faisons pas d'illusion, aucun barrage constitutionnel ou moral  n'arrêtera les idéologues.

Les régimes idéologiques du  passé ont vécu. Mais en a-t-on fini avec l'idéologie ? Le nouvel universalisme libéral-libertaire  qui par exemple refuse avec aigreur les décisions du suffrage  universel en Grèce[3] - et ailleurs , est-il autre chose qu'une idéologie , universaliste elle aussi comme toutes les idéologies ? La question est ouverte.

Il est hors de doute en tous les cas, que  dans le champ politique, il n'est pas de liberté sans  respect de la vérité par ceux qui sont  au pouvoir et que  le principal ennemi de la vérité, et donc de la liberté, est aujourd'hui l'idéologie.

 

                                                           Roland HUREAUX

                                                           Septembre  2017

 

 

 

 

[1] Jean Baechler , Qu’est-ce que l’idéologie? Idées-Gallimard, 1976, page 95

[2] Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951,  trad. fr. Seuil 1972 

[3]   Et que penser de Jean-Claude Juncker,  président de la Commission européenne,  quand il dit qu' "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ?

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:13

TRUMP ET MACRON A L’ONU : LE PLUS FOU N’EST PAS CELUI QU’ON CROIT

 

A la suite du récent discours de Donald Trump à l’ONU, la presse internationale s’est déchaînée : cet homme est fou ; il veut incendier la planète, il parle de « détruire complètement » la Corée du Nord.

Le discours d’Emmanuel Macron n’a certes pas fait l’unanimité mais il n’a pas été l’objet de critiques marquées dans la presse officielle française (le reste du monde n’en a guère parlé). On  l’a même comparé au discours de Villepin de 2003.

Or il se pourrait bien que le plus fou des deux ne soit pas celui qu’on croit. Malgré son ton brutal, le discours de Trump obéit à une certaine rationalité, au moins s’agissant de l’Extrême-Orient.

 

Trump pas si fou

 

Il vise d’abord à dissuader la Corée du Nord de poursuivre ses   provocations voire d’envoyer un engin nucléaire aux Etats-Unis, ce qu’elle a peut-être déjà les moyens de faire. 

La Corée du Nord est le dernier Etat totalitaire de la planète. Rien à voir avec la Syrie d’Assad ou l’Egypte de Sissi qui sont des dictatures classiques un peu durcies par la menace islamiste, ni naturellement la Russie où désormais les apparences– et un peu plus que les apparences - de la démocratie pluraliste sont sauves. Le cas de la Chine est plus ambigu. Vivant depuis 80 ans isolé et encerclé, le régime de Pyongyang est particulièrement imprévisible. Ce n’est pas sans raison que Trump l’a dans le collimateur. 

A cette logique internationale, le président américain ajoute la nécessité de passer pour un dur face à l’administration et le Congrès des Etats-Unis qui   n’ont jamais accepté son élection et vivent dans un état d’exaltation nationaliste sans précédent dans l’histoire américaine.  Les médias   et une partie d’opinion partagent le même état d’esprit. En considérant que   la Chine est à terme un adversaire plus dangereux que la Russie et donc en tournant les projecteurs vers l’Extrême -Orient, Trump est en phase avec ce que recommandent de nombreux experts.

La gesticulation contre la Corée du Nord pourrait avoir un autre but : faire oublier que le gouvernement de Bachar-el-Assad est en train de reprendre le   contrôle de la Syrie   et donc de gagner la guerre. L’intervention de la Russie à partir l’été 2015, parfaitement prévisible au demeurant, sonnait le glas de l’espoir de néo-conservateurs de réussir le régime change à Damas. Sauf à courir le risque d’une apocalypse nucléaire, ce que Hillary Clinton était sans doute prête à faire, il n’y avait pas d’autre issue que de laisser aux Russes, dont l’intervention est légitime en droit international car demandée par le gouvernement légal, le champ libre en Syrie. Cela ne fait pas l’affaire des forces puissantes à Washington qui vivent cette évolution de la situation dans un état de rage impuissante mais ils ne pourront sans doute pas inverser le cours des choses. Il y quelque sereines, Trump a pris une décision capitale : bloquer une cargaison d’armes que la CIA s’apprêtait à livrer à Al Nosra (alias Al Qaida), facilitant ainsi le travail de reconquête de l’armée syrienne. Les diatribes de Trump sur le régime syrien ne sauraient nous égarer : en la matière, ce sont les actes qui comptent. 

Il est également à noter qu’à aucun moment Trump ne s’en est pris à la Russie ou à la Chine, les félicitant même d’avoir voté les sanctions contre la Corée du Nord.

 

Macron déphasé

 

Parmi ceux que cette évolution fait enrager, il y a aussi toute la diplomatie française. Depuis 2011, elle s’est engagée à fond , d’abord sous Sarkozy et Juppé , puis sous  Hollande et Fabius , sur l’idée que le régime de Bachar el-Assad   n’en avait plus pour longtemps (Juppé lui donnait une semaine !) ,  que la France , patrie des droits d’homme,  se donnerait le beau rôle en se mettant en avant dans la dénonciation de ses supposés crimes et les actions tendant à son renversement. Elle ne devait pas hésiter pour cela à envoyer ses forces spéciales sur le terrain en appui des djihadistes, repeints en démocrates, en premier lieu Al Nosra (qui s’appelle désarmais Fatah el Cham). Cette ligne avait conduit Fabius à des excès de langage particulièrement odieux à la même tribune de l’ONU : « Bachar el Assad ne mérite pas de vivre ». Aujourd’hui cette ligne est complétement périmée. Assad ne perdra pas la guerre, il est en train de reconquérir toute la Syrie   et en contrôle déjà la partie utile. Les Américains, les Allemands et sans doute les Anglais reprennent discrètement langue avec lui. Les accusations proférées contre Assad, notamment l’emploi d’armes chimiques, sont de moins en moins crédibles : elles ressemblent trop aux productions des officines qui tournent autour de l’administration américaine pour   faire sa propagande : les mêmes colportaient autrefois que le général de Gaulle allait renvoyer en Amérique les cercueils des soldats morts sur les plages du débarquement, ou que Saddam Hussein avait coupé les tuyaux des couveuses dans les   maternités du Koweït !  Les changements de gouvernement, a fortiori de président, ont toujours eu l’intérêt de permettre à un pays d’infléchir sa ligne   pour s’adapter à une situation nouvelle sans que personne ne   donne l’impression de se déjuger. On attendait donc de Macron autre chose que de chausser les bottes de Hollande et de Fabius, ce qu’il a fait en accusant une nouvelle fois au nom de la France, dans une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale, Bachar el Assad d’être un criminel[1]. Sans exclure qu’Assad puisse rester à a tête de l’Etat, il demande qu’on le juge.  Sa proposition de créer un groupe de contact qui prendrait le relais du groupe d’Astana piloté par les Russes et dont la France est exclue a peu de chances d’être prise en considération par qui que ce soit. En se maintenant    sur ces positions,  Macron met la France hors-jeu.    Tout au plus pourra-t-il causer quelques nuisances, comme quand il   s’oppose au retour des réfugiés syriens du Liban (1, 5 millions pour un pays de 4 millions d’habitants) demandé par le général Aoun, président du Liban, au motif qu’il faut trouver d’abord une solution politique en Syrie.

Rien ne sert dès lors d’invoquer de manière grandiloquente la voix des enfants du monde : Bana (figure de la propagande djihadiste qui, on le sait, n’existe pas), Kouamé, Osmane, Jules, ou de dire en invoquant la mémoire de René Cassin que la légitimité se fonde sur les droits de l’homme ( c’est  un tribut payé  à la désastreuse doctrine de l’ingérence  humanitaire mais  on notera qu’il a dit le contraire en juillet au Vel d’hiv en parlant du régime de Vichy !).

L’intervention de Macron est en revanche bien meilleure que celle de Trump sur l’Iran :  il   veut    préserver l’accord de Washington sur le nucléaire alors que Trump semble tenté de le remettre en cause[2].     

Il reste que n’ayant pas voulu changer les équipes catastrophiques qui ont mené la politique française au Proche-Orient   depuis six ans et qui, elles non plus, ne veulent pas   se déjuger, et en reprenant leur rhétorique dépassée, Macron montre les limites de ses capacités d’homme d’Etat.

 

Roland HUREAUX

Octobre 2017

 

 

 

[1] Trump l’a dit aussi mais sa position n’est pas la même.

[2] Il est difficile d dire s’il prépare son abrogation ou s’il tente de donner des gages à Israël qui n’a cessé de dénoncer cet accord.

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:12

AFFAIRE DE SALISBURY : UN  GAZ  QUI  SENT LA  MANIPULATION A PLEIN NEZ

 

Comment ne pas être confondu par le ridicule du communiqué  , publié  le 15 mars* par trois membres permanents du Conseil de sécurité , les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, plus l’Allemagne , tous adhérents à   l’OTAN,  à la suite du décès à Salisbury d’un ancien espion soviétique passé à l’Ouest il y a quelques  années ,  Sergueï Skrapar,  et de sa fille.

Cette affaire en dit long  sur l’état d’hystérie inquiétant auquel sont parvenus les gouvernements occidentaux (et leur opinions publiques dans le  cas des Anglo-Saxons)  à force de se monter la tête  sur  le danger russe.

 Cette affaire appelle plusieurs  observations :

 

  • Au mépris de toutes les traditions libérales  du  pays de l’habeas corpus, le premier ministre  britannique accuse le gouvernement  russe sans le moindre commencement de preuve.

 

  • Les Occidentaux assimilent le décès suspect  de deux personnes dans une petite ville  anglaise  à une attaque militaire, ce qui est absurde.  Ils avancent que l’agent neurotoxique ayant provoqué la mort des deux victimes serait  un gaz de combat provenant de l’arsenal militaire russe, mais Londres refuse de mener  toute enquête conjointe avec la Russie (ce qui serait légitime puisque  les  deux  victimes sont russes) ou  de suivre les procédures codifiées de l’Organisation   pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) basée à La Haye.

.

  • Aucun des usages diplomatiques habituels n’a été respecté : convocation de l’ambassadeur, demandé d’explications  etc. Le gouvernement russe  a été déclaré coupable sans le moindre examen. 23 diplomates russes ont été immédiatement expulsés.

 

  • Depuis que  le concert des nations existe, il était convenu que les actions des services secrets n’interféraient pas avec la grande  diplomatie : elles étaient considérées, selon la formule  du  général de Gaulle comme affaires « vulgaires et subalternes ». C’est d’ailleurs  pour cela qu’elles restaient secrètes mêmes si les Etats ne se faisaient pas de cadeaux.  Voir les romans de John Le Carré. De manière notoire,  le président Obama, prix Nobel de la Paix,  ordonnait  chaque semaine  plusieurs assassinats ciblés extra-judiciaires à travers le monde  sans que cela ait jamais entrainé une crise diplomatique.

 

Mais sans dire qu’il s’agit d’une manipulation,  nous voudrions mettre cet incident  en relation, d’abord  avec  l’histoire du XXe siècle, ensuite avec plusieurs  évènements  récents.

Au XXe siècle, les attaques sous faux pavillon sont  devenues une manière habituelle de commencer les guerres : la IIe Guerre mondiale a débuté  par une fausse attaque polonaise d’un poste de douane allemand montée  par la Gestapo. Le prétexte des bombardements du Vietnam du Nord avait été   l’attaque de la  Baie des cochons  attribuée à Hanoï, dont on sait aujourd’hui qu’elle était un montage  américain.

Plus récemment, la deuxième guerre d’Irak a commencé avec l’accusation des Etats-Unis   à l’encontre de Saddam Hossein d’utiliser des armes  chimiques et bactériologiques et d’avoir un  programme nucléaire, ce qui s’est avéré faux. On se souvient de Colin Powell à l’ONU  brandissant  une fiole de produits supposés  toxiques ;  à Salisbury, il est aussi question  de ce genre de fioles.  

La guerre de Yougoslavie a commencé, non par une  action sous faux pavillon mais par une  opération de désinformation transformant  l’escarmouche de Rajak  entre l’armée yougoslave et les forces rebelles du Kosovo  ( 15 janvier 1999) en génocide. 

Durant la guerre de Syrie, le gouvernement  syrien a été accusé à plusieurs   reprises  d’utiliser des armes chimiques : au moins dans le cas le plus patent, l’attaque chimique  de la Ghouta  du 21 août 2013, il s’est avéré qu’ il s’agissait d’une provocation montée par la partie adverse : outre un rapport de spécialistes du  MIT,  a été  mis en circulation , mais immédiatement retiré ,   un rapport de  la même  OIAC,  évoquée plus haut, disculpant le gouvernement Assad.   Le secrétaire d’Etat à la défense, James Mattis vient de reconnaitre dans Newsweek[1] qu’il  n’y avait aucune preuve que Bachar-el-Assad ait utilisé des armes chimiques contre son peuple : quel contraste avec les accusations véhémentes émanant des dirigeants  américains au cours des dernières années. .

L’accumulation,  au cours des années récentes,  de faits  de ce genre laisse penser que, dès qu’il  est question d’armes chimiques, nous pouvons être à peu près certains  d’avoir affaire  à une    provocation  : l’arme chimique  inspire une telle horreur qu’ elle est devenue  un instrument de propagande efficace pour diaboliser un adversaire. Poutine et Assad qui avaient mille manières de commettre les forfaits dont  on les accuse,  sont, semble-t-il,  de grands naïfs  ignorants  des méthodes  de propagande de la partie adverse : ils  choisissent délibérément d’utiliser des armes chimiques, au demeurant peu fiables,  pour faciliter  la propagande de ces derniers !  

Nous savons aussi aujourd’hui que la maladie du  président ukrainien Viktor  Iouchtchenko (2005-2010) qui avait ravagé son visage n’avait rien à voir avec un empoisonnement par les services secrets russes.

Autre ficelle : le meurtre d’enfants : on  en  a accusé  régulièrement   Assad, la dernière fois  lors de la très douteuse attaque chimique de Khan Cheikoun.  

L’armée irakienne avait été accusée en 1990 d’arracher les tuyaux dans les couveuses des maternités du  Koweït : on  sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un montage, particulièrement odieux,  du service  de propagande de l’armée américaine.

Ajoutons une autre considération : est-ce un hasard si cette affaire éclate à la veille de la  réélection triomphale, largement anticipée,   de Vladimir Poutine ?  Bien que Skrapar, à l’écart des affaires depuis des années, ait été aujourd’hui une simple personne   privée   , apparemment sans  importance, le président russe tenait tellement  à avoir sa  peau   qu’il n’ a pas hésité  à  gâcher son triomphe pour le  faire assassiner – ce qu’il aurait pu faire pourtant à bien d’autres moments !    

De même l’assassinat  de Boris Nemtsov , opposant à  Poutine  d’envergure très moyenne ,  a eu lieu sous les murs du Kremlin, comme par hasard,  le 27 février 2015,   à un moment  où la tension internationale avec  la Russie était   à son  comble . Là aussi M.Poutine avait choisi le  jour et le lieu de manière très diplomatique !

Enfin l’attaque  chimique de la  Ghouta du 21  aout 2013, déjà évoquée,  venait comme par coïncidence  juste après un ultimatum du  président Obama à Assad  du 5 août   2013  déclarant  que s’il utilisait des armes chimiques, les Etats-Unis bombarderaient la Syrie. Là aussi M.Assad  avait été assez stupide pour  provoquer   les Américains au plus mauvais moment. Heureusement Obama qui savait, n’en doutons pas, le fin mot de l’affaire, n’a pas cédé à la  provocation !

Dans l’affaire de Salisbury, le plus inquiétant est que les mêmes chefs d’Etat qui ont signé le communiqué évoqué  plus haut soient aujourd’hui les principaux responsables de la paix du monde.

Un bon point  doit être attribué  aux gouvernements qui ne se s’y sont pas associés tels ceux de l’ Italie, de l’  Espagne, du  Canada, à moins qu’on ne le leur ait  pas demandé. Quant au président français,  comme le  chien de chasse qui entend  la meute, il s’est  précipité pour aboyer à sa suite : cela non plus n’est guère rassurant.

Ne soyons pas en tous les   cas étonné que,  dès qu’il est question  de gaz, certains se disent que  ça sent la manipulation à plein nez. Peut-être qu’à force, le tuyau  finira  par crever.

 

                                               Roland HUREAUX

                                               Mars  2017

 

 

 

 

[1]    Article de Ian Wilkie, Newsweek , 3/2/2018

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:10

L'AVORTEMENT ENTRE L'IDEOLOGIE ET LE REEL

 

Une jeune femme qui se trouve enceinte confrontée aux pressions de son employeur ou de son chef de service qui lui laissent entendre ou font dire qu'encore un congé de maternité, ce n'est plus supportable pour l'entreprise :  gare au prochain "plan social".

Une autre menacée par son compagnon que la paternité affole    d'être plaquée si elle garde l'enfant.

Une troisième, lycéenne mineure que ses parents veulent à toute force faire avorter :  "Tu es trop jeune pour te charger d’enfant. Ce n'est pas raisonnable". Tout le monde lui dit qu'elle risque de gâcher ses études et donc son avenir.  Les professeurs, au moins ceux qui sont au courant, aussi.   Elle n'avait d'ailleurs pas osé au départ avouer sa grossesse.

Ces pauvres femmes se retrouvent seules ; elles ne savent, face à tous ces gens qui les poussent à avorter, à qui se confier.  Les collègues de bureau sont de l'avis de tout le monde, à l'hôpital on ne "juge" pas et donc on ne fait rien pour la dissuader, au contraire. Heureusement la lycéenne   a quelques copines de classe, secrètement admiratives de   sa promotion de fille en femme, pour comprendre son désir de garder l'enfant. Mais feront-elles le poids ?  

Ces cas ne sont pas isolés. Tous ceux qui connaissent la "vrai vie" savent qu’ils sont très répandus, probablement majoritaires.

Le drame des avortements sous pression laisse parfois des traces, intermittentes, dans la rubrique des faits divers. Il y a quelques années, du côté de Bordeaux, un   adolescente était allé voir un avocat pour attaquer en justice ses parents qui l'avaient forcée à avorter. En Bretagne, le petit ami de la fille assassine ses beaux-parents après l'avortement auquel ils l'avaient contrainte et qui avait entraîné leur rupture[1].

N'y a-t-il pas là une bonne cause à défendre pour les associations féministes ?  Ces femmes subissent dans ce qu’elles ont de plus intime des pressions extérieures. Des pressions qui, pour la plupart, viennent d’hommes, d'hommes qui, en la circonstance, refusent d'assumer leur rôle de père et   font la preuve de leur lâcheté, n'illustrant ainsi que trop bien une certaine imagerie féministe.  

Ceux qui exercent ces pressions sont presque tous en position hiérarchique : les parents, l'employeur, le médecin, on n’ose plus dire le chef de famille.

 

La Barbe et ivg.net, même combat ?

 

A quand donc l'union sacrée de La Barbe ou des Tumultueuses avec   IVG.net ?

Ce serait possible si les réalités avaient encore une place en politique. Hélas les idéologies on tout envahi.

Loin de défendre les femmes victimes de ces pressions bien réelles, bien plus réelles aujourd’hui que les inhibitions ou interdits qui viendraient de la vieille morale (un fantôme évanoui depuis longtemps), les mouvements féministes ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il   confère un caractère délictueux aux publications des sites qui tenteraient de donner aux femmes des raisons pour résister à ces pressions. En les informant par exemple à la fois des risques de l'avortement, bien réels eux aussi, et des solutions alternatives (accouchement sous X par exemple). Le délit   d'entrave à l'IVG   instauré à la sauvette en 1992 a été étendu "en urgence" en décembre 2016 aux sites, principalement catholiques, dédiés aux femmes qui s’interrogent. Parlons d'une urgence !

Les pressions que nous évoquons sont d’une légalité douteuse, mais comme elles ne sont jamais sanctionnées, personne ne se gêne pour les exercer. Inciter la femme qui hésite à résister à ces pressions est au contraire puni très sévèrement par la loi. Pire : avec la nouvelle loi  , une femme pour qui l’avortement aura été une expérience douloureuse (et il y en a tant !)    n’aura   pas   le droit de s'exprimer publiquement, par exemple sur Youtube. Elle doit garder sa souffrance pour elle.

La douleur est censurée comme a été censurée par le CSA, puis par le Conseil d'Etat la joie d'une mère qui avait gardé son enfant trisomique.

Car ce n'est pas le réel qui compte, c'est l’idéologie ; ce ne sont pas les souffrances des femmes soumises à des pressions de leur entourage, c'est la symbolique, une symbolique figée, schématique : plus d’avortements, de gauche ; moins d’avortements, de droite et même très politiquement incorrect:  la Marche pour la vie est plus compromettante qu'une manifestation néo-nazie.

On peut aussi bien dire : pour la méthode globale, de gauche ; pour les méthodes classiques :  de droite. Pour Castro, de gauche, pour Poutine, de droite etc.  Tout n’est plus que symbole.

 

Un champ symbolique simplifié

 

Cette sémiologie simplifiée à l’extrême a envahi tout le champ politique   au point d'interdire non seulement le débat, mais le réel.

La victime de la dégénérescence idéologique, c’est en effet le réel. Le réel qui se trouve forclos (verwerft), selon l'expression de Jacques Lacan, comme le sont   les souffrances de femmes ayant été contraintes à avorter - une souffrance si   politiquement incorrecte que non seulement elle ne doit pas s'exprimer mais que, pire, elle n’est pas supposée exister.  

Les opposants à l'avortement ne sont pas exempts non plus de ce déni du réel :  quand fut abrogée l'obligation de l'autorisation parentale, ils poussèrent des hauts cris, ignorant apparemment que dans la majorité des cas, ce sont les parents qui poussent leurs filles mineures à avorter et elles qui résistent.  

En ce domaine, comme dans d’autres, c’est le réel qui se trouve perdant à ce jeu absurde.

L 'autre nom de l'idéologie est l’absurdité. Mais par derrière, beaucoup de souffrances comme celles que nous évoquions au début de cet article. 

Les féministes se mettront-elles à défendre les femmes vraiment en détresse ? Les changements de pied sont déjà arrivés en politique : la défense des langues régionales était cataloguée autrefois à l'extrême droite :  Mistral était un ami de Maurras. Quand l'auteur de cet article s'était    pointé il y a quelques années à un gala de poésie occitane, il fut pris à partie   par des écolos barbus selon qui, étant de droite, il n’avait rien à faire là !  

L’homosexualité était au temps de Proust associée à une vieille aristocratie décadente et réactionnaire. Encore en mai 68, qui s'en souvient ?  les homosexuels ou ceux qui en avaient l’air étaient catalogués à droite : ils étaient tenus pour des « esthètes », amateurs d'une culture raffinée donc bourgeoise, tolérés parce qu’insignifiants. Les groupuscules de gauche (PC) ou gauchistes (Ligue communiste, UJCML etc.) cultivaient au contraire un style macho, à l’imitation de l'idée qu’ils se faisaient de la virilité ouvrière genre Stakhanov. Comme on voit, les choses ont bien changé. Tout est donc possible.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

[1] Ces faits, déjà anciens, ont été mentionnés le premier dans Marianne, le second dans Ouest-France.  

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:09

CE  POUTINE EST VRAIMENT DANGEREUX !

 

Le dernier numéro de La Revue,   titre,  ironiquement sans doute :  "Poutine, l'homme à abattre" .

Il est pourtant bien certain que  Vladimir  Poutine empoisonne  drôlement  le monde !  

Après 80 ans d'une  démocratie populaire exemplaire,  il a établi en Russie un régime dictatorial:  les élections qui lui ont permis de  devenir président ont été truquées dans une province qu'il contrôlait et cela a suffi pour que son adversaire soit battu.  Il dresse tous les matins la liste des ennemis politiques qui seront abattus  sans jugement  par les services secrets un peu partout dans le monde, même s'il s'agit de citoyens russes, grâce à des drones  ou tout simplement par des tueurs.  Les prisonniers politiques les  plus signalés sont destinés  à un traitement spécial: ils sont emmenés hors du territoire russe , dans une   prison installée au Turkménistan, sur le bord de la Mer Capsienne où ils peuvent être détenus sans jugement aussi longtemps que Poutine  le voudra. Avec l 'accord de ce petit Etat jadis partie prenante de l'Union  soviétique, le droit pénal d'aucun pays ne s'applique. Les tortures sont autorisées sans que les juges de Russie aient leur mot à dire. Les prisonniers ne savent pas  quand ils seront libérés, ni même s'ils le seront un jour.

Toujours en Russie,  la police peut , au motif de lutter contre le terrorisme tchétchène , fouiller  votre appartement ou vous arrêter sans mandat judicaire. Toutes les communications téléphoniques, y compris les portables, et naturellement internet sont écoutés 24 h sur 24  grâce à la complicité des  sociétés privées qui les gèrent.

Non seulement  le régime  a transformé en vassaux tous les pays de son étranger proche, mais il tente de faire régner ses  principes prétendus libéraux sur l'ensemble de la planète. Des fondations, officiellement indépendantes , en partie financées par les oligarques ou bien sur  fonds publics  tentent d' étendre l'influence russe jusqu'aux frontières des Etats-Unis. Ces fondations sont particulièrement actives au Mexique  où , sous prétexte de programmes civiques, elles excitent sans répit l'opinion contre le grand voisin. Les services de Poutine répandent l'idée  que,  dans ce pays ravagé par les mafias  de la drogue, un politicien véreux mais proche des Russes est un démocrate.  Est-il par contre proche des Etats-Unis ?   Alors c'est un dictateur.   Bien que l'ancien  président mexicain  , pro-américain,  ait été élu selon  les observateurs  internationaux présents à la suite d' élections exemptes de tout reproche ,  ces fondations , avec les services secrets  russes,  ont participé à l' organisation d'un coup d'état qui a permis  de le renverser. Tout a commencé par  des  manifestations à Mexico sur la Place des Quatre cultures  où  la police mexicaine a du intervenir après  que des provocateurs infiltrés  aient multiplié les incidents. L'arrivée de ce nouveau pouvoir insurrectionnel pro-russe est tenu par Poutine et ses sbires  pour une grande victoire de la démocratie au Mexique.  Maîtrisant par des relais directs ou indirects une grande partie des médias  de l'hémisphère nord, Poutine est arrivé à accréditer cette fable.   Dans le nouveau pouvoir installé à Mexico, des néo-nazis s'affichent sans vergogne.

Des idéologues russes ont osé écrire qu'une fois le Mexique complètement débarrassé de toute influence yankee, ce sont les Etats-Unis  eux-mêmes qu'il faudra démembrer en 50 Etats indépendants dont aucun ne pourra  désormais peser sur la scène internationale

On pourrait continuer l'examen des méfaits de ce dirigeant à travers le monde.

Au motif de propager son idéologie prétendu libérale, il a déclenché plusieurs guerres, particulièrement dans le monde musulman : les unes , terminées,  ont abouti à plonger certains pays dans un chaos effroyable; les autres qui continuent, se traduisent par des dizaines de milliers de victimes civiles  et se heurtent à une résistance populaire dont on  peut penser cependant qu'elle  finira  par avoir le dernier mot.

Très curieusement, les  Russes appuient presque toujours  dans cette région  les musulmans les plus extrémistes, dits islamistes, au risque de ne plus maîtriser les monstres qu'ils ont fait émerger.

Leurs expéditions militaires coutent cher. Les dépenses militaires considérables qu' elles représentent sont assurées par l'émission de roubles que, grâce à sa puissance militaire , la Russie oblige presque tous les pays de la planète à accepter comme monnaie internationale.

Les 16 services de renseignement  à la disposition   du dictateur traquent tout ce qui pourrait se dire dans le monde intéressant les  intérêts , y compris économiques, de la  Russie. Dans des pays de vieille culture démocratique  comme   ceux  de l'Europe occidentale, ils entretiennent  à  grands frais des réseaux d'influence qui contrôlent les grands organes de presse . Seules des  feuilles marginales à petit tirage osent dénoncer ces agissements. Tous les hommes politiques de gauche ou de droite  sont   fichés,  leurs faiblesses connues de telle manière que tous soient sensibles à de pressions au cas où des décisions intéressant les intérêts de la Russie viendraient à être mises au vote.

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire de jouer sur le chantage. Certains  sont sensibles  à l'argent.  Mais  la plupart s'inclinent devant l'air du temps, le sentiment qu'il n' y a rien à faire contre la  puissance dominante. Le temps de la servitude volontaire semble  venu.

La Russie, ne rencontrant pas dans le monde d'autre rival  que les  Etats-Unis  a  décidé de prévenir toute attaque qui pourrait venir d'eux en obtenant de Etats qui voisinent avec son grand rival ,  comme  le Canada,  qu'ils installent sur leur territoire  des radars particulièrement sophistiqués et des  batteries de missiles susceptibles de réagir immédiatement sur le territoire des Etats-Unis  en  cas d'attaque imprévue. Des troupes russes viennent même d’y faire leur apparition. Les Russes ne toléreraient naturellement pas que les Etats-Unis fassent de même dans leur voisinage immédiat, que d'ailleurs ils ne contrôlent pas. 

Nul doute que la  Russie représente aujourd'hui  le  principal danger   pour la paix    et   pour  la liberté du monde et   qu'il  est urgent de se débarrasser de Poutine.

 

                                                                       Roland HUREAUX

Octobre 2017

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:08

PERSIANS AND JEWS HAVE NOT ALWAYS BEEN ENEMIES

 

Who still reads the Bible in Israel, at least in government circles? We can wonder after Benjamin Netanyahu’s recent visit to Moscow. And Vladimir Putin, whose atheistic education can be an excuse, does not seem to be better informed.

When received at the Kremlin, the Israeli Prime Minister violently criticized Iran, which is allied to Russia in the Middle East: "2,500 years ago,” he said, “there was an attempt in Persia to annihilate the Jewish people", recalling the festival of Purim (12 and 13 March) which, according to Jewish tradition, celebrates the Jews’ victory over those who had then planned to exterminate them.

"Today's Iran, the heir of Persia, is renewing the attempt to destroy the Jewish State.  They say so in the clearest way: they write it on their missiles”, Netanyahu added.

"Maybe, but that was in the 5th century BC,” the Russian president replied ironically, but no more accurately. "Today, we live in a different world," he concluded.

A different world, no doubt. But what happened in the 5th (or 4th, we don’t know for sure) century BC has nothing to do with what either Netanyahu or Putin said.

The history of pre-Christian antiquity shows quite the opposite:  the Jews then had no better ally than the Persians.

The Jews were deported to Babylon by the Chaldeans as a result of the conquest of Jerusalem by king Nabuchodonosor in 586 BC. Fifty years later, the Jews were set free by Cyrus, king of Persia. In the meantime, the Persians    had eliminated the Chaldeans and taken Babylon.

Cyrus did not merely set the Jews free; he resettled some of them in Jerusalem: 40, 000 returned; the others stayed in Mesopotamia. He appointed a Jewish governor, Nehemiah. It was under Persian political domination that the Temple of Jerusalem was rebuilt. Moreover, that was when the Hebrew Bible was developed in the version we know today. Even if it traditionally comes from Moses (at least the first five books containing the Torah), most historians believe that the hard core was written down at the time of Nehemiah under Cyrus’s protection. It is barely an exaggeration to say that the substance of Judaism took shape under Persian supervision.

Netanyahu was referring to the Book of Esther, in which we learn that, at an unspecified time, a king of Persia called Assuerus (we do not know exactly who he is, since no Persian sovereign of that name appears in the records) decided to get rid of all Jews as suggested by his grand vizier Haman. They were saved by the intercession of the Jewish Queen Esther. With advice from her uncle Merdoches, the head of the Jewish community, she talked the King out of that fatal plan. This is the plot of a well-known tragedy by the great French playwright Jean Racine.

Already, to convince George W. Bush that Iran is evil, Netanyahu had offered him a deluxe edition of the Book of Esther.

In fact, Haman the villain is not Persian, but Greek - the text says: Macedonian.

As far as the historical facts can be reconstructed, the King of Persia was a passive character, with two ambitious minorities vying for influence at his court: the Jews and the Greeks. The story of Esther is a settling of accounts between the two factions and the final trouncing of the Greeks.

However, in 333, the Persian Empire was destroyed by Alexander the Great and the Greeks then dominated the region for several centuries.

 

The age-old hostility between Jews and Greeks

 

It was indeed the Greeks who caused the Jews more trouble than anyone else. The most serious hostility came from the Greek king Antiochus Epiphanius, whose historical existence is more assured than that of Assuerus. He strove to eradicate all Jewish traditions at the beginning of the second century, and had most cruelly executed those who resisted, like the old man Elazar, then seven young brothers and their mother[1]

His attempt at forced Hellenization triggered the revolt of the Maccabees (175-140 BC), which temporarily restored Jewish independence and traditions.

When the region fell under Roman protectorate, the half-Jewish king Herod’s ambitions were thwarted by the Greek queen Cleopatra, Her lover Anthony even offered her a guard of six hundred Gauls to strengthen her military superiority[2] .

One exception in this long story of enmity was a Jewish embassy to Sparta in 177[3]

The Roman domination succeeded the Greek one. After the destruction of Jerusalem by the Romans (70, then 135 AD), Jerusalem was conquered by the Persians in 614, and then again, a Persian king, Chosroes, tried to bring the Jews back to Jerusalem.

If too happens often today, historical recollections exacerbate conflicts. But in some cases, like the relationship between Israel and Iran, it is ignorance that fans the flames.

 

                                                                            Roland HUREAUX*

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:05

NI  FEDERALISTES,  NI SOUVERAINISTES

 

Jamais on ne  dira assez combien  le choix des mots importe dans les batailles politiques.  Hélas  la paresse intellectuelle  qui règne dans les milieux  de droite  empêche qu’ils s’en rendent compte.

Cela vaut aussi pour les patriotes adversaires de l’Europe de Bruxelles qui ne  sont pas tous  de ce bord.

Cela fait quarante ans  que les intéressés dénoncent comme des perroquets l’Europe  fédérale, l’Europe fédérale. Mais pourquoi  fédérale ? Parce qu’a   apriori  une union de nations  est une fédération. Parce que surtout  les partisans de cette formule se sont  donné  ce qualificatif. Un qualificatif gentil : fédérer, c’est réunir, c’est tisser des liens.

Or non seulement l’utilisation de ce mot est maladroite : on ne donne jamais un nom valorisant  à son adversaire : le général de Gaulle dont  le moindre talent n’était pas  la communication l’avait compris : il ne parlait jamais  d’Europe fédérale mais d’Europe supranationale, ce qui évoque une machinerie lourde et oppressive, beaucoup moins sympathique qu’une fédération.

Le mot de fédéralisme  n’est pas seulement  de la mauvaise communication, il est  faux. C’est  d’ailleurs un principe éthique    méconnu  que la meilleure communication  est , la plupart du temps,  de  dire tout simplement  la vérité,  ce qui ne va pas de soi car beaucoup , faute de réflexion , lui préfèrent des formules toutes faites.

Pourquoi l’Europe de Bruxelles n’est-elle pas  fédérale ? Dans une vraie fédération, les affaires de second  rang sont laissées aux entités fédérées. Or  Bruxelles non seulement ne les leur laisse pas mais ne cesse de les faire remonter   : l’Acte unique de 1987, au motif de   réaliser un marché unique totalement homogène sur le plan réglementaire,   a enlevé aux länder allemands leurs  compétences de réglementation  économique et professionnelle  pour le   transférer  non à  Berlin mais à Bruxelles (alors même qu’aux Etats-Unis, une partie de ces compétences reste aux Etats).    Quant  au principe de subsidiarité, invoqué  à l’ article  5 du traité de Lisbonne ( repris de l’article 3 B du traité   de Maastricht)  ,  il est parfaitement mensonger  car y font exception  notamment les « acquis communautaires », c’est à dite tout ce qui a déjà été transféré au niveau central et ce qui peut encore l’être , soit  « ce qui peut être mieux réalisé au niveau communautaire. »  

On ajoutera que dans une vraie fédération, le niveau central  n’a aucune relation directe avec les niveaux autres que fédéré  (-1) et laisse à ce dernier la tutelle des collectivités locales (- 2, -  3 etc.) C’est ce qui se  passe en Suisse  ou en Allemagne, pas en France.  Mais la France n’a jamais  prétendu être un Etat fédéral. Or  à Bruxelles, on fait comme en France et même pire : au nom d’une fumeuse Europe des régions, l’échelon central  ne cesse de doubler les Etats  pour traiter directement avec les régions, les départements, voire les  communes.

Les amateurs de  théorie  politique verront une autre raison pour laquelle   la  construction européenne  ne saurait    être fédérale. Jean-Jacques Rousseau   l’a dit : plus  une entité politique est vaste  – et diverse  -, plus elle doit être centralisée : un Empire plus qu’un royaume, un royaume plus que de  petites    républiques  comme celles qui composent la  Suisse.  Barroso, ancien président de la Commission qui s’y connait,    qualifiait, on s’en   souvient,  l’Europe d’ « empire non impérial » : empire quand même.

Mais l’Europe est  plus qu’un  empire : c’est une création  idéologique destinée à refaire l’homme européen en vue de  l’arracher aux démons du passé que s’appellent nationalisme, chauvinisme,  protectionnisme. Or les idéologues sont gens méfiants : comme les  dévots  soumis à la tentation, ils se sentent assiégés par  ces  démons du passé qu’ils veulent combattre  mais qui renaissent toujours, qu’ils qualifient de  populismes. Face à cette montée inexorable des oppositions, il est hors de  question  qu’ils laissent, comme on le fait dans une véritable  fédération,   la bride sur le cou aux échelons inférieurs : qui sait ce qui qu’ils pourraient en faire ?  Une  vraie  fédération repose sur la confiance ; or   la construction européenne, dont Jean-Claude Juncker a rappelé qu’elle ne saurait être démocratique, est  fondée, dès le départ, parce qu’idéologique, sur  la méfiance.

 

La souveraineté n’est pas une secte

 

Et les souverainistes ? C’est un peu pareil mais à l’envers. Là aussi De Gaulle se garda  bien d’employer ce mot. Ce  sont   patriotes  eux-mêmes qui l’ont importé du Canada. Généralement   chatouilleux sur la francophonie, ils ont adopté  un mot qui n’était pas du bon  français. Affrontés à tous  les  partisans d’une Europe idéologique qui les accusent d’archaïsme, il leur  fallait encore s’affubler d’un nom qui évoque,  que nos amis Canadiens  ne nous en veuillent  pas, l’  homme des bois. Comme ces victimes affligées du syndrome de  Stockholm tendent  le cou au bourreau, ils ont voulu   faciliter la tâche à leurs adversaires  lesquels  ont eu beau jeu  de disqualifier ce vocable. Bravo la com. !

Mais il y a une autre raison, plus fondamentale, pour  dire que c’est un mauvais mot : la souveraineté n’est  qu’un autre nom de la liberté, collective au lieu d’être individuelle.  Or    la liberté n’est pas une secte, elle est une évidence. Je ne me qualifie pas de libéral du simple fait  que  je suis attaché à ma liberté individuelle. Pas davantage  un Européen légitiment attaché à la souveraineté   nationale n’a pas à se dire souverainiste.  Il est dans l’ordre naturel de choses et cela lui suffit.   Laissons les ismes au camp  adverse.

 

Roland HUREAUX

Mars 2018

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:04

POURQUOI IL NE FAUT PAS SE TROMPER SUR LA NATURE DES REGIMES

 

 

Beaucoup d’erreurs diplomatiques auraient   été évitées ces dernières années si la classe politique avait encore une idée claire de la typologie des régimes politiques telle qu'elle avait été élaborée au milieu du dernier siècle par des auteurs comme George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron.

Aux catégories habituelles venues d'Aristote : monarchie, aristocratie, démocratie, et leur perversion en tyrannie, oligarchie et démagogie, ou aux classifications plus communes distinguant tout simplement démocratie et dictature, les tragiques expériences que l'on sait ont amené ces auteurs à ajouter la catégorie jusque-là inédite du totalitarisme. Hannah Arendt y inclut le communisme soviétique et le régime nazi. Elle y aurait ajouté d’autres régimes communistes apparus ultérieurement, notamment celui de Chine. Elle pensait que le régime totalitaire n'était possible que dans de grands pays comme la Russie ou l'Allemagne : les cas du Cambodge et de la Corée du Nord, seul prototype existant encore à l'état pur de ce type régime, lui ont apporté un démenti. En revanche, elle n'avait pas tort de considérer que l'Italie fasciste avait laissé trop d'espace à des forces étrangères à son idéologie, en premier lieu à l'Eglise catholique et   pratiquait trop peu la terreur pour mériter le qualificatif de totalitaire. Tout au plus s'agissait-il d'un régime idéologique. De même, elle faisait basculer, au grand dam des antifascistes d'alors, l'Espagne franquiste ou le Portugal de Salazar du côté des dictatures classiques de type sud-américain.

 

 

 

Dictature et régime totalitaire

 

La différence entre système totalitaire et   dictature classique ne tient pas seulement à la place beaucoup plus grande que prend l’idéologie dans le premier, conduisant au mensonge généralisé, bien décrit par Soljenitsyne. Elle tient aussi au fait que la dictature ne s’en prend qu'à ses opposants leur réservant généralement le sort le plus dur, tandis que le totalitarisme pratique la terreur de masse, sans considérer de près ce qu’a fait ou n'ont pas fait   les uns et les autres.  Alors que la dictature ordinaire ne demande qu’une allégeance passive sous la forme d'une soumission craintive, le régime totalitaire exige en outre une mobilisation permanente des citoyens en sa faveur. 

Entre la dictature et la démocratie des degrés existent. Certains pays comme l'Espagne, le Portugal, le Chili sont passés d'un coup de l'une à l’autre. D'autres tels le Brésil, le Mexique, la Turquie, Taïwan ont suivi des degrés non sans conserver quelques imperfections. On peut considérer aussi la Russie d'aujourd'hui comme une démocratie imparfaite et sûrement pas comme une dictature au sens habituel. Que l'alternace y semble difficile, c'est ce qu'on avait déjà vu en son temps au Mexique, en Suède, au Japon sans que personne ne trouve à redire du caractère démocratique de ces pays, au moins s'agissant des deux derniers. Et que dire de nos démocraties occidentales où ce qui distingue les grands partis qui alternent au pouvoir est devenu bien ténu tandis que ceux qui s'écartent du consensus sont impitoyablement voués à la diabolisation ou à la marginalité ?

Le XXIe siècle a produit de nouveau types de régime inédits jusqu'ici.  La Chine d’aujourd’hui a conservé une enveloppe totalitaire :   parti unique, Etat fort, police politique redoutable mais l'idéologie s'y est affadie au bénéfice d'un système économique capitaliste très éloigné du communisme des origines. Elle est une sorte de totalitarisme schizophrène. On dit que le régime s'est libéralisé mais les milliers d'exécutions capitales (80 % de celles qui ont lieu dans le monde), les millions d'incarcérations dans les camps (laogais) et les prisons frappent-elles seulement les condamnés de droit commun ? Il est permis d'en douter. Comment suivre Pascal Lamy quand il prétend que la Chine de Xi Jinping serait plus démocratique que la Russie de Poutine ?  

Faut-il qualifier de totalitaires des régimes islamiques comme l'Iran des ayatollah ou l'Arabie Saoudite, sans compter le nouvel Etat islamique (Daesh) ?  La référence religieuse les distingue des grands totalitarismes du XXe siècle ou de l’actuelle Corée du Nord qui sont athées. L'intrusion de l'Etat dans la vie privée y va cependant loin. Aucune liberté religieuse n'existe en Arabie ou sous le khalifat de Mossoul. Comme l'Irak et l'Iran, ils ordonnent des centaines d'exécutions par an.  Mais dès lors que la loi islamique y est respectée, ces pays ne connaissent ni la mobilisation permanente (l’Iran s'est bien calmé à cet égard), ni la terreur de masse des régimes communistes.

Il reste que ces régimes religieux apparaissent bien plus oppressifs que les dictatures arabes classiques (de type nassérien, baasiste ou assimilé) : Algérie, Tunisie, Libye, Irak avant 2003, Egypte, Syrie. C’est par ignorance des catégories fondamentales que nous avons évoquées que certains de ces régimes (notamment ceux de l'Irak, de la Libye et de la Syrie) ont été diabolisés comme s'il n'y avait jamais eu rien de pire sur la terre. C'est sur la base de ces analyses erronées et d'une projet utopique de "démocratisation" du Proche-Orient, que l’Occident, au travers des printemps arabes, s ' est évertué à aider à leur renversement : la plupart des pays concernés ont alors plongé dans le chaos. Il s'agissait de dictatures classiques, un peu rudes pour certaines (Syrie, Libye) mais de rien d'autre.  Leur caractère dictatorial témoignait d'un Etat encore peu sûr de lui. Mais pour faire un Etat démocratique, il faut d'abord un Etat et non pas détruire l'Etat.  Dans la longue voie vers la démocratie, l’Etat n'est pas un obstacle, il est une première étape et une condition nécessaire. Sa destruction ne pouvait amener qu’une grave régression.

 

                                               Roland HUREAUX

Mai 2017

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 09:03

Monde & Vie 939 Entretien Roland Hureaux

 

Si vous pouviez murmurer à l’oreille du nouveau président de la République, quel est le premier acte que vous lui conseilleriez de poser ?

Je lui dirais de ne pas faire de lois nouvelles et de commencer par abroger la plupart des lois et décrets de ces dernières années lesquels, pour une grande part, ont aggravé les problèmes au lieu de les résoudre. Cela est particulièrement vrai en matière d’éducation, de justice, d’administration territoriale, de droit de la famille. Jusqu’où faudrait-il remonter ? En tous les cas, il faut abroger presque tout ce qui a été fait au cours du quinquennat Hollande.

Cette proposition est en forme de provocation, mais elle est moins farfelue qu’il ne parait. Le théoricien marxiste Guy Debord, qui a inspiré un philosophe catholique comme Philippe Muray, disait que « la société du spectacle (celle où nous nous trouvons) ne peut plus se réformer que pour faire aller les choses de mal en pis ».

Qui pleurera la réforme du collège, la loi Egalité et Citoyenneté, la modulation des allocations familiales et naturellement les lois Taubira et bien d’autres choses encore, comme la réforme territoriale ou l’extension du délit d’entrave à l’avortement ?

Mais beaucoup d’erreurs ont été commises aussi dans les quinquennats antérieurs. Je pense par exemple que si on n’avait fait aucune « réforme de l’Etat » depuis 25 ans,  les dépenses publiques seraient de 10 % moins lourdes. Paradoxe d’autant plus étonnant que presque toutes ces réformes visaient à les réduire !

Europe, euro, immigration, éducation, culture, questions de société… Le gouvernement de la France a abandonné des pans entiers de souveraineté en même temps qu’il s’immisce à l’extrême dans la société civile. Par où faut-il commencer le redressement du pays ?

Il est clair que les chantiers sont immenses. Certains sont moins urgents : je pense que « plaie d’argent n’est pas mortelle » et que, quelle que soit la nécessité de relancer l’activité économique, de réduire les dépenses publiques, de réformer la fiscalité, d’aménager le territoire au bénéfice des zones déshéritées, on n’en est pas sur ces chapitres à quelques mois près.

Mais il ne faut pas attendre pour infléchir une politique étrangère totalement inféodée à l’OTAN et qui s’est avérée criminelle. Il faut ainsi cesser immédiatement d’aider les groupes djihadistes au Proche-Orient (l’opinion croit que nous les combattons, mais c’est le contraire !). Il ne faut pas attendre non plus pour définir une stratégie industrielle.

La question de l’euro, surévalué, est capitale : à moins qu’un vent de spéculation internationale ne le fasse éclater, le nouveau gouvernement peut, me semble-t-il, laisser passer quelques mois pour prendre des décisions.

Il en est de même pour une éventuelle réforme de l’Union européenne.

L’urgence est plus grande en matière d’éducation pour des raisons de calendrier : la rentrée scolaire est imminente. Un gouvernement de droite, quel qu’il soit, ne saurait la faire dans le cadre tracé par Najat Vallaud Belkacem : compte tenu du délai requis pour faire de nouveaux manuels, le gouvernement devra faire sans délai les quelques réformes urgentes : abrogation de la réforme du collège, retour aux méthodes naturelles d’apprentissage de la lecture, restauration de l’histoire de France, priorité à la langue française etc. Je suggère qu’on reprenne tout simplement les circulaires Robien de 2007, absurdement abrogées par Sarkozy et qui étaient, au moins pour deux d’entre elles, excellentes.

Le problème principal de la France, comme de l’Europe, dont personne n’a parlé dans la campagne, est que sa population ne se renouvelle pas, surtout la population d’origine. La gauche a pris des mesures désastreuses : suppression des allocations familiales de la partie supposée aisée de la population, abaissement du quotient familial. Il faut revenir à ce qui existait avant, et même aller plus loin : la société est de plus en plus hostile à la mère et à l’enfant. Il y a les pressions qui s’exercent impunément un peu partout, y compris dans les familles et les entreprises, pour que les femmes avortent (alors que, comme vous le savez, ceux qui veulent les en dissuader sont passibles de poursuites). C’est toute la mentalité de nos contemporains vis à vis de l’enfant qu’il faut changer. Des gestes forts, pas forcément législatifs, doivent être posés très vite.

 

Un président peut-il afficher ses convictions chrétiennes et cela peut-il, doit-il peser sur ses choix ? Par exemple, face au « mariage » gay, au « droit » à l’avortement, à l’islam, à la mise en œuvre de la laïcité ?

Un président, comme autrefois les rois, a une mission capitale qui passe avant tout : maintenir la paix civile. Cela peut supposer une certaine discrétion dans les affaires religieuses si elles risquent de diviser la communauté. Philippe le Bel qui était un roi chrétien, petit-fils de saint Louis, n’a jamais perdu de vue que sa mission première était le soin du royaume. Le cardinal de Richelieu de même. De Gaulle allait à la messe le dimanche mais il ne communiait pas dans une cérémonie ayant un caractère officiel (sauf à l’étranger pour faire un geste envers le pays hôte). Vous me direz : alors Dieu ne serait pas le premier servi ? Mais rien ne serait plus désagréable à Dieu qu’une guerre civile qui, je crois que saint Thomas le dit, multiplie les péchés de toutes sortes (meurtres, viols, rapines, vengeances) ? Le président doit se montrer le président de tous.

La paix civile peut aussi passer par des mesures de fermeté qui ne sont pas de l’ordre de la morale ordinaire.

Quant aux questions que vous évoquez : mariage homosexuel (pas gai du tout), avortement, ce sont des questions de loi naturelle, autrement dit de morale laïque. C’est le Comité national d’action laïque qui aurait dû prendre la tête de la Manif pour tous pour défendre la morale naturelle. Si des catholiques s’en sont mêlés, c’est à titre subsidiaire, les autres ne le faisant pas : un peu comme le pape Saint Léon le Grand défendait Rome menacée par le Huns : ce n’était pas sa mission première mais la défaillance des autorités civiles l’y avait contraint.

Comme le dit Rémi Brague, il n’y a pas de morale chrétienne, ni de morale catholique. Le Christ se réfère à la loi naturelle (réitérée dans la loi de Moïse). Et cette morale n’est, pour l’essentiel, depuis la préhistoire, que le manuel de survie des groupes humains. Il n’est donc pas nécessaire d’être un chef d’Etat chrétien pour invoquer la loi naturelle qui est au fondement de toutes les sociétés.

Quant à l’islam, sa place dans la société doit aussi être subordonnée au souci de la paix civile. La laïcité a deux significations : la première, l‘exclusion de principe de toute acte religieux de l’espace public, position de quelqu’un comme Mélenchon. Elle n’est pas acceptable. La seconde, la subordination de l’expression religieuse aux exigences de l’ordre public,  est indispensable : elle ne suppose aucune règle générale, il y faut le sens de l’opportunité et le doigté.

Mais le problème de fond posé par l’islam en Europe est d’abord démographique et il n’a pas de solution facile. Il se poserait même si on arrêtait entièrement l’immigration. Il est à craindre que, si la France est un jour, ce que la prolongation des courbes laisse supposer, composée de deux blocs religieux de poids comparable, nous n’échappions pas à de graves troubles. Tous les précédents historiques, sans exception, le montrent.

        

Qu’est-il encore possible d’espérer de cette élection ?

Il n’y a pas à attendre de miracles d’une élection. Le sauveur suprême n’en sortira pas nécessairement. Un peuple a les chefs qu’il mérite ; je ne sais pas si nous en méritons de très bons.

Mais avec le quinquennat Hollande, nous avons eu l’impression de toucher le fond : outre les lois sociétales que vous savez, la déliquescence de l’éducation nationale et de la justice, une politique étrangère honteuse, qui a sacrifié le sort des chrétiens d’Orient et nos propres intérêts à l’idéologie, qui a contribué à semer la guerre en Europe. S’y ajoute le viol des principes les plus fondamentaux de la République et même de l’Etat de droit, dont l’instrumentalisation sans précédent de la justice au travers de l’affaire Fillon est un exemple. Peut-on avoir pire ? J’espère que non.

 

Enfin, sur le plan métapolitique, de quoi la France a-t-elle le plus besoin aujourd’hui ?

Depuis les Lumières, il était habituel d’opposer la raison et la foi ; on opposait aussi la morale naturelle, celle dont je vous parlais, aux exigences ecclésiastiques jugées exagérées ou contre nature.

Le pape Jean Paul II a renversé la perspective dans son encyclique Fides et ratio. Quand les hommes perdent la foi, ils perdent aussi la raison. De même que, si le fond chrétien est trop affaibli, la morale naturelle qui était, pour l’essentiel, commune à l’Eglise et aux vieux laïques comme Jules Ferry, part à vau l’eau.

La déraison en politique, cela s’appelle l’idéologie qui est le contraire du bon sens, du « sens commun » si vous voulez.

L’idéologie a aujourd’hui envahi tout. Ce n’est pas une grande idéologie du type du marxisme léninisme, ce sont des dizaines d’idéologies sectorielles comme le collège unique ou les idées de Bourdieu à l’éducation nationale, les idées libertaires et antifamiliales, le marché pur et parfait promu à Bruxelles, le droit-de-l’hommisme exacerbé à l’international qui a conduit à des catastrophes. L’idéologie, comme la gnose autrefois, fait perdre le sens du réel. C’est pour cela que je disais que la plupart des réformes de ces dernières années étaient mauvaises.

Mais derrière, il y a la société civile : si elle ne se renouvelle plus sur le plan démographique, c’est qu’elle ne croit plus à son avenir. Peut-elle retrouver la foi en elle-même sans la foi tout court ? Voilà une vraie question.

Propos recueillis par Jeanne Smits

 

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:58

LA BALANCE DES PAIEMENTS, TALON D’ACHILLE DE MACRON

 

Le redoux  économique dont témoigne une légère reprise de la  croissance en Franc e (1,8 % par an pour 2017) et en Europe résulte bien davantage de la politique inflationniste menée depuis déjà quelque temps par la Banque centrale européenne (dite quantitative easing)  que  de l’effet des ordonnances sociales  de M. Macron ou de la meilleure réputation qu’il aurait donnée à la France à l’étranger ,  ni l’un ni l’autre n’ayant eu évidemment  le temps d’avoir produit un résultat, si tant est qu’ils en aient jamais.   

Pour ce qui est du déficit budgétaire, il reste contenu, au moins sur le papier,  dans la limite de 3%, ce qui veut dire que la France continue à s’endetter  de quelques dizaines de  milliards chaque année. Et il n’est contenu que par une hausse d’impôts qu’on estime déjà  à 10 milliards, comportant pas moins de 8 impôts nouveaux en huit mois. C’était la méthode Hollande, elle continue. Macron la connait bien : il était son ministre des finances. On le qualifie de libéral…

Mais cet optimisme, tout relatif, rencontre une zone d’ombre : le déficit commercial qui a grimpé de 45 à 63 milliards  (dont 50  milliards pour les produits manufacturiers). Pendant ce temps, l’excédent commercial allemand s’élève  à 245 milliards.

Ces chiffres ne font que refléter ce qu’il est   advenu de notre production industrielle depuis l’entrée dans  la zone euro : Allemagne + 32 % ; France  – 12 % ; Italie – 19 %.

Devant ces faits, on peut bien sûr faire toutes  sortes de contorsions : les Français devaient faire ceci ou cela,  baisser les impôts, mieux  soutenir leur industrie et tout ce que l’on veut : s’il   ne l’ont pas fait en 18 ans, il y a peu de chances qu’ils le fassent aujourd’hui.

 

La monnaie, facteur incontournable

 

En fait, il est un facteur avec lequel on ne triche jamais en économie, c’est la monnaie.

Quels  que soient les handicaps de compétitivité des uns ou des autres,  ils n’ont pas  d’effet sur l’équilibre des   balances  des  paiements  dès lors qu’ils se conjuguent avec un taux de change adapté.

Or la zone euro souffre d’un grave  déséquilibre : celui de l’Allemagne (et de ses compagnons de  route comme les Pays-Bas ou la Finlande )  et de  tous les autres  dont  la France. Le taux de change auquel les différents   pays ont fait entrer leur monnaie dans la zone euro,  déprécié pour l’Allemagne, trop élevé pour la France  et les pays méditerranéens  s’est conjugué avec  la politique  de déflation féroce menée par le chancelier  Schröder  à l’entrée dans l’euro  destinée à accroitre encore la marge de compétitivité de  l’économie allemande. La propension de ce pays étant  depuis longtemps  moins inflationniste que celle des  autres, le déséquilibre    n’a fait que s’aggraver  depuis 2017. Et bien évidemment, Macron qui n’envisage notamment aucune réduction des  dépenses  publiques  n’y changera rien.

La sanction de ce handicap monétaire, c’est,  comme le montre tout manuel d’économie   de première année, le déficit de la  banque des paiements . Et plus le temps  passe, plus il a de chances de s’aggraver.

Macron, fanatiquement  attaché à l’Europe et à l’euro,   sera confronté très  vite à cette embûche . Or  le cadre mental dans lequel il évolue l’empêchera d’y apporter la seule solution  possible : une redéfinition des  parités entre les pays de la zone  euro et donc son éclatement.

A la rigueur aurait-on pu rééquilibrer  en partie  nos échanges  sans changement de parité  en adoptant la   mal nommée « TVA sociale »,  remboursable aux exportateurs ;  mais en faisant le choix d’augmenter  plutôt  la CSG, non remboursable , Macron tourne le dos à cette solution qu’il aurait d’ailleurs fallu adopter déjà  il y a dix ou quinze ans.  

Les conséquences de cette situation pour  la France  sont lamentables   : notre tissu industriel s’étiole , notre agriculture aussi .  L’économie française, du fait de son  déficit global pâtit d’un manque  croissant de capitaux qui se traduit par la cession   à l’étranger de l’essentiel de nos  industries stratégiques : Alstom, Technip,  Nexter (GIAT) , Naval Group (DCNS), toutes opérations que le président, en cheville avec les milieux bancaires qui lui sont proches,  réalise  sans vergogne.

A la rigueur   un pays peu compétitif comme le sont aussi les Etats-Unis peut stimulera  son   marché intérieur en y injectant des commandes  publiques  non soumises  à la concurrence : ainsi les gigantesques dépenses d’armement  du Pentagone  qui s’élèvent à 700 milliards de dollars.   En France nos collectivités locales le font aussi  sans s’en  apercevoir  en multipliant les  ronds-points  même là où ils ne servent à rien.  Mais en  matière militaire, nous faisons exactement   le contraire : le renouvellement  des  fusils d’assaut français  qu’aucune règle internationale n’empêchait de  faire en France  (quitte à réactiver les industries  spécialisées ) a  été  confié  à une  entreprise   allemande  ! Absurde.

Cela n’est pas contradictoire avec une certaine reprise  économique : un pays déficitaire importe et les importations,  même non équilibrées par des exportations, génèrent des emplois de  commerce et de service . Mais cela reste  à la surface des choses ; pendant ce temps, les   fondamentaux de  l’économie  française,  eux,  périclitent , exactement    comme péricliterait  un commerce qui vendrait  25 % plus cher que son concurrent.  L’euphorie passée, Macron n’échappera pas à cette  épreuve de vérité.

 

Roland HUREAUX *

Mars 2018

 

*Auteur de D’une crise à l’autre, Mondialisation, euro, France, Allemagne , Ed Libres, 2017

 

 

 

 

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