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Roland HUREAUX

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:57

POURQUOI PERSONNE N’ARRIVE À CONTENIR LA HAUSSE DES DÉPENSES PUBLIQUES 

 

Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française et tentent d’alimenter les programmes des partis   plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison :  ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015. Elles continuent à s’élever.

Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire.

Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte. 

On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l’incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne ne les demande !

Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.

 

Le rôle de l'idéologie

 

Elles tiennent, pensons-nous, à l’investissement des politiques publiques par l'idéologie.

Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants (presse comprise) ou certaines administrations et non sur une analyse fine des réalités.

Ce refus d’analyser de près certaines réalités de terrain avant de décider existe dans tous les pays, mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près ; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques.  A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages, celui    de l’Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l’abstraction.

Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000[1]  communes étaient source de gaspillage, alors que c’était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.

Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique[2]. Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires :  par exemple, au ministère de la santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens.

 

Des réformes nocives

 

L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme « naturelle » vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent, ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à   résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme.  Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d’EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes sans autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique (au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d’économistes) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé. On pourrait ajouter beaucoup d’autres exemples. En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle des méthodes de gestion prétendues issues du privé, l'effet a été de créer du désordre et d’affaiblir la motivation des agents : indicateurs d’efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste, regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale, de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait   assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans   tenir compte de leurs aptitudes différenciées, une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux !   Souvent, l'idéologie est l’imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d’inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l’imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.

 

Le bon sens est la chose là moins partagée

 

Dans cette multiplication   de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006, parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession  de la    communication (la com')  : des schémas simples sont plus faciles  à expliquer   aux journalistes ou au grand public ;   fusionner  tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à en améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait (  le renseignement intérieur marchait très bien jusque là)  , est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par là , des attentats de 2015.

 

La dépense publique, variable d'ajustement

 

Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit. On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement. Cela de différentes manières :

 

-  D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même : pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte   bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée.  D'autant   que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France -  toujours l'esprit de Cour-, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui   se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables ; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ; la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel supplémentaires ;  

 

- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ?), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts   achètent leur consentement par une large distribution de primes ou d'avantages de carrière. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du trésor   avait   échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique.  De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant[3]. Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d’augmenter les indemnités ;

 

- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d’agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause, outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures.  Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre. L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d’une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les    chefs de pôles sont venus s’ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu’une strate supplémentaire ;

 

-  Ajoutons, et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l’appareil d’État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique, des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d’obéissance, ce qui a eu pour   conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc.  Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat :  l'évaluation généralisée. En fait, la raison d’être de ces dysfonctionnements, tient à l’application, et cela dès le niveau le plus élémentaire, des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu, les enseignants, conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu’ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d’éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !  

On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui   disqualifiait le soutien des prix.

L'idée que   la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue   à l’explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l’euro pour une monnaie forte, qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.

 

Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie

 

Face à ces mécanismes de pensée (ou de non-pensée), qu'on ne voudrait   cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au   soupçon d’idéologie, l’inaptitude des think tanks libéraux à promouvoir, malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante.  Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur, des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu’elles ne concernent que les stocks publics, pas les flux, ou la réforme des statuts des fonctionnaires (qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités. Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du service public qui n'est pas le meilleur moyen d’en connaître en finesse les mécanismes. Idéologie qui n'est sans doute que le reflet des préjugés sommaires de leurs financeurs (grands groupes) ou de leurs relais (grands médias) qu'ils se doivent de satisfaire en allant dans leur sens.  Ils sont    à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors du critère du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.

Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique, il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle.  Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est, au moins en partie, assez typique à cet égard) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base.  La paresse va généralement avec l’orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas tous impliqués au même degré dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu’Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

 

                                                           Roland HUREAUX

                                                           Juillet 2017

 

 

 

 

 

 

 

[1] 36 593 exactement en 2015

[2] Encore que le système communiste ait été fondé, lui aussi, sur quelques idées trop simples : la propriété doit être supprimée, l'Etat doit s'occuper de tout.

[3] De la même veine, est le projet récent de fusionner les écoles de police et de gendarmerie qui témoigne d'une parfaite ignorance des cultures spécifiques de ces institutions et qui, s'il était réalisé, coûterait très cher.

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:56

 

IL FAUT ACCORDER LA CARTE DU COMBATTANT AUX DJIHADISTES DE RETOUR   DE SYRIE

 

De nombreuses voix s’indignent des avantages consentis aux djihadistes français de retour sur le territoire national, notamment le bénéfice du RSA. Certains voudraient les déchoir de la nationalité française. D'autres les interdire de séjour, les emprisonner ou leur imposer un stage de radicalisation.

Nous pensons au contraire qu’il faut leur accorder le statut d 'ancien combattant.

Pourquoi ?

Parce que dans la guerre de Syrie, ils se sont battus aux côtés de l'armée française.

Depuis 2011, la France a , de facto , fait la  guerre au gouvernement de Syrie  ( dit "régime de Bachar el Assad") . Pour cela, il a livré des armes, fourni de l'entrainement  aux forces djihadistes ( notamment en Jordanie ), au moins à certaines comme Al Qaida ( rebaptisé pour plus de respectabilité  Al Nosra) - mais que ce soit Al Qaida ou d'autres , cela n'a pas d'importance, l'osmose entre les groupes djihadistes, y compris Daech,  étant totale. Nos soldats les ont "conseillés » dans les combats, ce qui veut souvent dire "commandés". Des officiers français impliqués dans les combats ont été faits prisonniers par l'armée syrienne à Homs en 2012.

Certes il s'agissait de "forces spéciales » et notre pays n 'était pas officiellement en guerre avec la Syrie - quoiqu’il ait entièrement rompu les relations diplomatiques avec Damas en 2012.  

 

Ils étaient du même côté que l'armée française

 

Il reste que les djihadistes en cause n'ont pas trahi la France.  Ils se sont toujours trouvés du même côté que l’armée française en tous les cas celle   François Hollande. La cause qu'ils ont servie était officiellement promue par l'Etat français ; c’était la lutte contre le régime de Bachar el Assad et donc la cause des droits de l'homme et de la démocratie.  

Les djihadistes n'étaient pas seulement du côté de la France :    ils étaient du côté du "monde libre ", puisque l’OTAN dans son entier était engagée aux côtés des islamistes syriens (appelés "rebelles", ça fait mieux) : Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Danemark, Turquie etc.

Que nos volontaires se soient laissé pousser la barbe n'est pas non plus un obstacle :  n'est-ce pas aussi dans les usages de la Légion étrangère ?

La durée de service sur le théâtre des opérations exigée pour obtenir la carte du combattant est de vingt jours : la plupart des djihadistes de nationalité française sont restés plus que cela.  Beaucoup y sont même restés tout court, la mortalité étant particulièrement élevée dans cette guerre.

Il n’est certes pas prouvé que les instructeurs issus de l'armée française chargés de former les rebelles dans les camps d'entrainement aient rencontré les "volontaires" français issus de nos banlieues. Nous n'avons pas encore de témoignages directs à ce sujet. Mais il est bien évident que, pour des raisons pratiques, c’est à des instructeurs français qu’ont dû être confiés les   volontaires francophones.

L'idée de donner la carte du combattant, avec tous les avantages afférents, aux djihadistes de retour au pays n’est donc pas absurde.   

Quoique l'engagement français ait commencé sous Sarkozy et Juppé, il a pris une ampleur encore plus grande sous Hollande. C'est donc à lui, tant qu'il est encore président, de prendre la mesure de justice élémentaire que nous préconisons. 

 

                                                           Roland HUREAUX

                                                           Mars 2017

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:54

EUROPE 1  SE  DECHAINE DANS LA PROPAGANDE

 

Je n’écoute plus, comme beaucoup, les  bulletins d’information les plus connus: France Inter, Europe 1, RTL etc. Encore moins ceux de la télévision.

Je savais qu’ils étaient devenus pour l’essentiel des bulletins  de  propagande mais  je n’imaginais pas à quel point.

Il y a quelques jours,   au bulletin du soir de RTL, une présentatrice dont je ne veux pas connaitre le nom,  nous a résumé l’actualité.  5 minutes sur les projets du gouvernement Macron : une voix  sympathique et agréable, pleine d’empathie, pour évoquer Emmanuel Macron par ci, Edouard Philippe   par  là,  à croire qu’elle  en était amoureuse. Parmi les projets, la réduction de la vitesse limite à 80 km /h  qu’un  ministre nous a présentée  comme très bénéfique pour la sécurité, sans contradiction, alors que tout el monde sait que cette mesure est très contestée.  Bref tout va pour le mieux dans notre belle France.

Ensuite 10 minutes sur Poutine et la Russie. Un  tableau effroyable : dictature,  contrôle de l’opinion,  élections truquées, matraquage de manifestants, assassinats.  Bref l’horreur, bien pire que du  temps de Staline et Brejnev. Poutine  n’a fait, dit-elle,  pour les élections présidentielles, que deux réunions publiques : une en Crimée et une à Moscou : à Moscou 1500 personnes dans la salle « qui ne savaient même pas pourquoi elles étaient là » : cette information est si absurde qu’on ne peut pas ne pas y voir la  fake-news  dans toute sa splendeur,  comme si dans toute  l’agglomération de Moscou  on ne trouvait pas 1500 personnes pour venir écouter  le président !     

A aucun moment cette présentatrice si complaisante  pour le gouvernement français  n’a envisagé que si Poutine gagnait    les élections, ce n’était  pas seulement  en bourrant  les urnes, c’était aussi  parce   les Russes en étaient globalement contents : les sondages qui l’attestent ont un caractère international et ne sont donc pas   sujets à manipulation.  A comparer avec  les candidats d’En Marche, régulièrement battus aux élections partielles.

J’étais allé en Russie après l’élection précédente.  J’y avais  rencontré  Dimitri Mouratov, le rédacteur en chef de Novai Gazeta,   principal organe d’opposition à Poutine. Avec les journaux de province, il représente  , nous a-t-il dit,  1 million et demi d’exemplaires : en France, quel groupe de presse  d’opposition à Macron peut afficher un tel  tirage ?

Il y avait  alors, jour après jour,  des manifestations  à Moscou    pour  protester contre la fraude massive présumée avoir  eu lieu lors de cette élection. Qui a manifesté à Paris contre cette fraude caractérisée qu’a représentée   l’intervention de la justice dans le processus électoral  qui a permis d’éliminer Fillon et de faire élire  Macron ?

Nous lui demandâmes  quel aurait été le résultat s’il n’y avait pas eu de fraude. Il nous répondit que Poutine  n’aurait été élu  avec 55 % des voix au lieu des  65 % affichés.  Et qui aurait eu  10 % de plus ?  Réponse de cet opposant  libéral : le parti communiste.

Au temps de la  guerre froide, il nous arrivait parfois d’écouter  Radio Moscou – sans aucune sympathie pour le régime   alors en place, bien entendu    : la complaisance vis-à-vis de l’action du gouvernement  soviétique n’était pas très  différente de celle de la speakerine d’Europe 1  évoquée plus haut à l’égard de Macron. Mais   nous ne souvenons pas d’avoir jamais  entendu  une propagande aussi grossière à l’encontre de l’Occident  que celle de cette journaliste. Jamais par exemple le président  Kennedy n’était  attaqué d’une pareille manière.    

Je ne sais si cette présentatrice exprimait son opinion ou était en service commandé. Je  crains  le pire : qu’elle y croyait comme la majorité de ses collègues, subjuguée par je ne sais quelle force invisible ( la Zorglonde me dit quelqu’un, familierde Franquin). En cette époque  où personne ne  doute de soi, avec quelle inconscience  voit-on un peu partout la paille qui est dans l’  œil du  voisin sans voir la poutre qui est  dans le sien !  

L’état de guerre quasi-chaude qui règne en Occident aujourd’hui, nous fait descendre bien bas. Le reniement de toutes nos valeurs de  liberté est « en marche ».  Pour éviter  la soviétisation, la première chose à faire est de ne   plus  jamais écouter ce genre de bulletin.  

 

Roland HUREAUX   

Mars 2018

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:53

L’ETONNANTE GEOPOLITIQUE DE MONSIEUR  MACRON

 

Le président Macron a récemment émis l’idée d’un nouveau traité franco-allemand  qui renforcerait   les liens entre les deux pays  noués  en 1963  par De Gaulle et Adenauer.

Il est vrai qu’on cherche en vain un sujet sur lequel,  la France aurait,  depuis l’élection  du nouveau président,  seulement envisagé de se démarquer du « grand frère » d’outre-Rhin.

Il est clair que pour Macron,  plus que le partenariat,  c’est  l’union franco-allemande qui  est l’objectif.

A l’inverse, on ne voit guère de rapprochement avec  les Etats-Unis   et la Russie. Pourtant  le président  avait  paru faire un beau coup en invitant  successivement  Poutine  et Tromp à Paris peu de  temps après son élection.  Mais il n’y a pas eu de suite : avec le recul on se demande d’ailleurs si le  but de ces  invitations n’était pas d’éviter au nouveau président d’aller leur faire une  visite, l’un et l’autre étant  tenus pour des interlocuteurs politiquement incorrects  dans les milieux qui l’ont porté au pouvoir.

Vis-à-vis de Trump,  les  relations demeurent froides : c’est le parti  clintonien  et son aile européenne  qui ont  porté au pouvoir Macron,  y cherchant une revanche de  sa défaite d’outre-Atlantique. Les relations ne se sont pas davantage réchauffées avec  la Russie, bien au contraire : la France n’envisage nullement de revenir sur les  sanctions  qui  frappent ce pays , désastreuses  pour notre économie. Sur la scène syrienne, elle intervient  pour contrer la Russie et par là retarder le retour de  la paix. Seule consolation pour  Moscou et Damas : la France ne   compte plus guère au Proche-Orient !  Notre pays qui  apparaissait sous Hollande et Fabius comme un utile supplétif  de l’OTAN , continue de s’agiter alors que la  guerre se termine,  sans être désormais  pris au sérieux par qui que ce soit.

Pas de changement majeur  non plus vis-à-vis de la  Grande-Bretagne   toujours coupable du Brexit  pour les  dirigeants français.

 

Un bloc continental centré sur Berlin contre Washington, Londres et Moscou

 

Macron  ne veut pas seulement renforcer  les liens avec l’Allemagne, il veut, comme il l’a dit dans son discours d’Athènes, faire progresser l’Union européenne dans le sens d’une supranationalité renforcée. Quoique ce  projet intéresse peu nos partenaires, il s’inscrit dans  la perspective d’un bloc continental  organisé autour de l’Allemagne acceptée comme le pays   leader,  et   de plus en plus intégré. Il est facile de comprendre comment une intégration croissante de ceux qui sont   dans ce bloc a pour corollaire  un fossé croissant  avec ceux qui n’y sont pas  : Russie, Royaume-Uni, Turquie : d’un côté les « in »,  de l’autre les « out »  sans  ces nuances qui avaient  toujours fait  le charme d’une  diplomatie européenne épousant  les complexités d’un continent chargé  d’histoire. 

Ainsi la géopolitique de Macron, telle qu’elle  se  dessine depuis le début du quinquennat oppose d’un côté    le bloc  continental  de l’Union européenne  sous commandement    allemand  et de  l’autre   côté les  Etats-Unis ( version Trump),  la Russie et le Royaume-Uni.  Jusqu’où va le bloc continental ainsi dessiné ?   Nous serions tentés de  dire : jusqu’à  Stalingrad  mais nous ne sommes pas en 1943 !  Il reste que la silhouette  sur la  carte est le même. Il est clair qu’en maintenant les sanctions  vis-à-vis de la Russie, en jouant le jeu du renforcement de l’OTAN   dans les pays baltes, Macron s’inscrit à plein parmi ceux qui considèrent que l’Ukraine a vocation à faire partie de l’Union européenne  , sous une étroite  surveillance allemande évidemment , et à tourner le dos à la Russie.  Une Union européenne promise à une intégration  de plus en plus étroite.

La carte de l’Europe   n’est donc  pas sans rappeler  celle de l’ Europe occupée de la dernière guerre mondiale . Avec la France une fois de plus  dans le mauvais camp !

On pourrait objecter  que la France de Macron   n’est pas  aussi  inféodée  que l’était celle de Pétain .   On se  demande si elle ne l’est  pas davantage.  La France de Vichy, sous les dehors d’une collaboration active , résistait sournoisement à certaines  pressions  allemandes. En tous les cas,   l’euro a un effet mécanique  sur l’économie française  analogue à celui de l’occupation  : le transfert progressif,  pour des raisons de  compétitivité,  d’une part croissante du potentiel industriel  français  chez nos concurrents d’outre-Rhin .   La coopération militaire accrue  souhaitée  par  le président Macron, au nom d’une  l’Europe de la défense à laquelle nos partenaires ne croient pas  mais dont ils tirent  parti à nos dépens,  conduit déjà  au  transfert progressif  vers l’Allemagne des fleurons de ce qui constituait un des grands  atouts de la France   : une industrie militaire puissante.  Déjà  Nexter  (l’ancien GIAT)  qui a fabriqué le char Leclerc est à 50 % allemand ; un sort analogue  semble  promis à Naval Group issu  de  la  DCN qui a fait le porte-avions Charles de Gaulle, convoité par les Italiens. Bien que formé  au départ de 70 % d’apports techniques français, Airbus est perçu aujourd’hui dans le monde comme une entreprise allemande. Rappelons que, forte de ses excédents, l’Allemagne envisage de remonter ses  crédits militaires jusqu’au  niveau requis par l’OTAN : 2 % de PIB,  ce qui la placera très en avant du niveau français, érodé année après année  par le contraintes budgétaires liées à l’euro et encore par Macron  récemment. Le même Macron qui  dans son discours  de Versailles  exhortait l’Allemagne à se réarmer !   

 

Rien à voir avec l’héritage gaulliste

 

Ce qu’il faut bien   appeler une inféodation  n’a  rien à voir , quoi qu’on  prétende  , avec l’héritage  du gaullisme. C’est à tort que  certains voient   dans cette orientation l’inspiration  du général lequel aurait,  lui aussi,  fait le choix de l’Allemagne contre  les Anglo-Saxons . Il l’ a peut-être fait  en 1963 ( et encore sans rien concéder en matière d’armement ) , sûrement pas en 1940 !  Et qui peut imaginer qu’il  aurait jamais signé le  traité de  l’ Elysée si la France avait été en position de faiblesse  comme elle l’est , de son propre fait, aujourd’hui ?

Cette diplomatie à la fois servile  et idéologique  ne  se contente pas de nous    aliéner    Washington  et  Moscou ; elle   nous fait  perdre aussi  un des bénéfices que nous aurions pu tirer de l’élection  de Trump .  En prenant à partie Angela Merkel, ce dernier ne faisait que  suivre   la  politique traditionnelle  du monde anglo-saxon  : l’équilibre sur le continent  . Devant une Allemagne     devenue hégémonique, il est clair que le président américain  était  prêt à nous aider à rééquilibrer le rapport de forces. Ce n’est pas l’actuel président qui saisira  cette perche.  Encore une occasion de perdue.

Il ne sert à rien  de condamner  la  France, identifiée  par Macron au régime  de Vichy , lors des commémorations du Vel d’Hiv   du 17   juillet dernier,   si c’est pour   chausser  les bottes du vieux maréchal avec aussi peu de nuances. Sans doute Merkel n’est-elle  pas comparable au maître du IIIe Reich,  mais dans une Europe où le nationalisme progresse partout , qui sait ce qui viendra après elle ?

 

Roland HUREAUX

 

 

Il faudrait illustrer  cet article d’une carte de l’Europe de 1942, éventuellement en regard de la carte actuelle .  

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:51

L'ECHEC D'OBAMA EST D'ABORD DU AUX CONTRADICTIONS DE SA POLITIQUE

 

Rarement un président des Etats-Unis aura quitté le pouvoir avec un bilan international aussi mauvais que Barack Obama, en particulier au Proche-Orient.  

L'élimination du réduit djihadiste d’Alep face à l'offensive des forces gouvernementales (l’armée de Bachar el Assad, comme on dit), appuyée par la Russie, apparaitra   vite pour ce qu'elle est : une déroute en champ clos face à une puissance que les Etats-Unis eux-mêmes avaient désignée comme leur adversaire principal.  Même si on ne sait pas exactement combien d’officiers américains et de l’OTAN se trouvaient du côté des djihadistes, les pays tiers ne manqueront pas d’y voir une terrible humiliation pour la puissance dominante, symboliquement presque aussi grave que celle du Vietnam (1975).  Le Proche-Orient, chasse gardée des Etats-Unis jusqu'à une date récente, est une région où il faut moins qu'ailleurs perdre la face. Désormais   la Russie y apparait comme la puissance dominante.

La gifle est si grande qu'il ne faut pas s'étonner que les éléments les plus bellicistes de l'administration démocrate   aient   envisagé de pousser le conflit aux extrêmes. Alors qu’il ne lui restait qu’un mois de mandat, Obama a levé toutes les   restrictions    aux ventes d'armes aux djihadistes.  Les sanctions prises en janvier 2017 à l'encontre de la Russie, au motif ridicule d'une interférence supposée de Poutine dans la campagne présidentielle, montrent dans quel état de déni se trouve depuis sa défaite le clan Obama-Clinton.

Dans cet affaiblissement américain, il serait erroné de mettre en cause, comme le font les milieux conservateurs, une insuffisance proprement militaire. Même si les Russes ont fait beaucoup de progrès, notamment dans l'anti-aérien ou le brouillage, ce qui a accru leur pouvoir de dissuasion, les Etats-Unis conservent la première armée du monde.

On met aussi en cause la faiblesse d’Obama, son indécision, son manque d'emprise sur les services qu'il est supposé commander (Pentagone, CIA, Département d’Etat). Hollande, Fabius, qui sont, eux, c’est bien connu, des hommes forts, lui ont reproché, à l'unisson des ultraconservateurs, de ne pas avoir profité de l'attaque à l 'arme chimique de la Ghouta (Faubourg de Damas) du 21 août 2013 pour bombarder massivement Damas, ce qui n'aurait pas manqué de susciter une riposte russe.  Encore heureux que le Prix Nobel de la Paix n'ait pas déclenché une guerre mondiale !   Plonger dans la guerre civile deux ou trois pays était déjà bien assez. Il savait au demeurant qu’on ne pouvait imputer l’attaque chimique au gouvernement syrien, mais   à une provocation d’Al Nosra[1].

 

De multiples contradictions

 

Mais derrière les hésitations d'Obama, il est une donnée encore plus fondamentale : les contradictions de la politique étrangère américaine en sont venues non seulement à la rendre illisible mais à la paralyser.

Une première contradiction, imputable, elle, au prédécesseur d’Obama, était apparue   avec la guerre de 2003 contre   l’Irak.  Au motif d'instaurer la démocratie dans ce pays, les Américains y ont donné le pouvoir aux chiites majoritaires :  ils sont donc les premiers responsables de la constitution de l'"arc chiite" qu'ils se sont mis à combattre à partir de 2010 : Iran, Irak, Syrie, Liban (Hezbollah).

Ils ont été ainsi amenés à affronter le chiisme en Iran (par les sanctions imposées jusqu’à l'accord de Washington en 2015), en Syrie (si tant est que l’on puisse assimiler les alaouites dominants en Syrie à des chiites), au Liban et au Yémen et, au contraire, à le soutenir en Irak.

Une autre contradiction : renverser au nom de grand principes démocratiques des gouvernements amis. Ce n 'est certes pas nouveau : on connait les précédents de Ngo Dinh Diem en 1963 ou du shah d'Iran en 2000. Mais cette pratique a   pris une tournure systématique avec les "printemps arabes » :  Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte.  Kadhafi n'était pas vraiment un ami mais était devenu un utile stabilisateur de l'Afrique septentrionale. Erdogan, autre ami de l’Amérique laquelle avait appuyé à fond sa candidature à l'Union européenne, a pu, sans être contredit, mettre en cause le rôle de Washington dans la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016. Le roi du Maroc, autre allié, a vu récemment Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies et à ce titre proche de Washington   remettre en cause la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental : il s'est immédiatement   précipité à Moscou !  Comment ne pas se dire que les Russes qui n'ont pas lâché Assad malgré une campagne internationale de diabolisation sans précédent sont un allié bien plus fiable que les Américains ?  

Le soutien aux islamistes ne vient pas seulement du souci de trouver des alliés contre les dictatures pro-russes mais s'inscrit aussi dans une longue tradition d’alliance avec l'Arabie saoudite principalement, les   émirats du Golfe accessoirement, qui soutiennent depuis longtemps les mouvements fondamentalistes, y compris terroristes, un peu partout dans le monde arabe, en Afrique et même en Europe.

Contradiction encore plus grave, doublée d’un mensonge : depuis le 11 septembre, l’Amérique proclame à la face du monde qu’elle mène une grande croisade   contre le djihadisme : 119 pays enrôlés dans la coalition contre Daech !    Seule la lutte contre les talibans en Afghanistan, qui n'ont pas, au bout de 13 ans été vaincus et dont l'implication dans l'attentat du 11 septembre demeure hypothétique peut être tenue comme une action anti-islamiste.  Pour le reste, loin de combattre l 'islamisme, le Etats-Unis l 'ont eu sous différents formes comme allié en Libye, en Egypte, en Turquie, et surtout en Irak et en Syrie : Trump lui-même accuse le gouvernement américain d'avoir suscité l’émergence de Daech. 

Le soutien aux islamistes est encore davantage en contradiction avec la volonté affichée de faire avancer, fut-ce par la force, la démocratie et les droits de l'homme au Proche-Orient, dans la cadre de la politique dite de regime change.  Comme plus tôt en Algérie et en Turquie, les élections démocratiques ont fait émerger en Tunisie en Egypte des majorités islamistes[2]. En Syrie, le gouvernement américain , de pair avec les  autres gouvernements occidentaux a été amené à maintenir la fiction d'une rébellion démocratique  respectable et à l'appuyer  contre le "tyran" Bachar el Assad , alors même que la suite devait montrer que l'osmose était telle entre l' opposition dite démocratique et les djihadistes  que les moyens donnés aux uns allaient aux autres et que,  en position de responsabilité , les uns et les autres n'avaient  rien de plus pressé que d'établir la charia.

Ils sont significatifs que les seuls pays à avoir échappé à la vague des printemps arabes soient les monarchies du Golfe (sauf Bahreïn[3]), alors qu’ils ne sont pas, ni près, les moins oppressifs.

Le soutien aux islamistes a d'ailleurs toujours eu ses limites dans la mesure où, tout en leur fournissant des armes et de l’entrainement et même en les conseillant au combat (ce qui veut généralement dire diriger) comme à Alep, ni les Américains, ni les Israéliens, ni les Turcs, ni les autres Occidentaux ne souhaitaient vraiment que Daech - et ses frères jumeaux comme Al Nosra, prennent le pouvoir à Damas. Ce qui veut dire que le soutien qui leur était apporté n'avait d'autre objectif que de faire durer aussi longtemps que possible la guerre.  

Aux confins de la Syrie et de l'Irak et de la Turquie d'autres contradictions sont apparues : soutenir les Kurdes tout en ayant la Turquie pour allié privilégié, soutenir en même temps les Kurdes, Daech et le   gouvernement chiite de Bagdad, qui sont chacun ennemi des deux autres. S’agissant de Daech et des autres mouvements islamistes, la contradiction a atteint son comble au mois de décembre 2016 qui a vu simultanément l’armée américaine les soutenir à Alep (et Palmyre) et les combatte à Mossoul.

Si les Américains aidaient seulement Al Nosra (alias Al Qasida) à Alep-Est, c’est bien Daech qu’ils ont soutenu un peu plus à l'Est, l'aidant à garder     Deir ez-Zor et à reprendre Palmyre. Qui peut y comprendre quelque chose ? Comment s'étonner d'entendre que des mouvements islamistes aidés par la CIA se sont parfois battus avec d'autres soutenus par le Pentagone ?

 

En contraste, la clarté du jeu russe

 

Face à cette accumulation de politiques de gribouille, le positon de Poutine a été depuis le début d'une parfaite clarté :  d'abord face au droit international, puisque la Russie n’est intervenue   en Syrie qu'en   accord avec le gouvernement officiel   de Syrie et donc dans le respect de la légalité internationale   alors que les interventions   occidentales se sont faites presque toutes en violation du principe de non-ingérence.  La Russie a agi en défensive et non en offensive : face à la volonté des Etats-Unis de faire sauter le dernier point d’appui qu’elle avait conservé au Proche-Orient, elle l'a   défendu.

 Au demeurant, comment peut-on promouvoir l’Etat de droit au sein des différents pays alors qu'on ne respecte pas le droit au plan international ?

Légale, la guerre menée par les Russes n’a, non plus, quant à ses objectifs, présenté aucune     ambigüité : elle avait pour but d'assurer le contrôle du territoire syrien dans sa totalité par le gouvernement syrien et donc d'y ramener la paix.

Les Etats-Unis ont-ils au contraire poursuivi   délibérément   une "stratégie du chaos"   comme on leur en a fait grief ? Il le semble parfois   sans que l’on puisse assurer que, dans un pays comme l’Irak, ils l’aient délibérément cherché. Il reste que parmi les nombreuses erreurs des néoconservateurs, se trouve l'idée que pour démocratiser des pays dominés par des    dictatures, qui sont des Etats mais pas forcément de droit, il faut commencer par détruire l'Etat, ce qui est un contresens, l'anarchie étant toujours plus préjudiciable à la vie des peuples que n'importe lequel régime fort. 

En face de cette politique désordonnée, peut-on mettre à l'actif d'Obama, l'accord de Washington (juillet 2015) sur le nucléaire iranien.  Quoique certains, notamment Israël, ne le tiennent pas pour   positif, il a réintégré dans le concert international un grand pays stratégique dans un jeu asiatique appelé à prendre de l'importance.  De moindre portée, l'accord avec Cuba est de la même nature. En revanche Obama n'a ni évité le Brexit, ni pu faire signer   le TAFTA.

Les contradictions de la politique d'Obama   ne tiennent pas seulement à sa personnalité mais à toute la politique menée durant l 'ère néoconservateur qu'on peut faire remonter à l 'élection de Bill Clinton (1992) et qui couvre aussi bien la présidence de Bush fils (n’oublions pas que la seconde guerre du Golfe décidée par celui-ci s'est faite en violation de la légalité internationale alors que la première, décidée par son père, lui était conforme).  Une politique    marquée par l’idée d'un messianisme démocratique fondant les Américains à renverser les dictatures qui ne leur plaisaient pas et, à partir de 2000, de plus en plus hostile à la Russie. Une politique fondée sur l’idéologie, qui est toujours une forme de déraison, bien plus que sur la défense des intérêts américains comme celle que propose Trump.

 

                                                                       Roland HUREAUX

                                                                       Mars 2017

 

 

[1] Deux  documents fondamentaux démontrent  que cette attaque a été opérée  par les rebelles d'Al Nosra cherchant  à provoquer une intervention  des Etats-Unis: un rapport  du MIT publié en  janvier 2014 par  Richard Lloyd,  ancien inspecteur de l'ONU   et Theodore Postol , professeur ( http://www.nytimes.com/2013/12/29/world/middleeast/new-study-refines-view-of-sarin-attack-in-syria.html ),  et un autre de l'   OIAC , organisation pour l’interdiction des armes chimiques  près   l'ONU  basée à La Haye, prix Nobel de la Paix en 2013 , connu par une fuite parvenue à  l'agence Fides  ( Vatican)).. 

[2] Les islamistes gagnent généralement les élections ( Algérie, Egypte, Turquie )  car  ils  sont seuls sur le terrain à  apporter une aide humanitaire aux populations, et non parce que ces populations souhaiteraient le rétablissement de la charia.

[3] La population de Bahrein étant en majorité chiite, toute démocratisation aurait mis en difficulté l'émir sunnite.

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:49

LA VEUVE DE SOLJENITSYNE HUMILIEE PAR MACRON

 

http://www.bvoltaire.fr/veuve-de-soljenitsyne-humiliee-emmanuel-macron/

 

Le boycott du pavillon russe du Salon du Livre de Paris par Macron est un signe à la fois de servilité et de petitesse.

Servilité, d’autres diront alignement,  sur la vague d’hystérie  antirusse  dont le prétexte a été l’assassinat d’un ancien espion de Moscou à Londres et de sa fille, attribué sans preuves sérieuses à son ancien service et donc à Poutine.  La raison en est sans doute l’amertume de Washington et de Londres devant le fiasco de leurs  entreprises en Syrie.

Il est  clair que Macron a voulu , dans cette affaire , se montrer l’élève modèle de l’OTAN, comme il  veut être l’élève modèle de l’Europe de Bruxelles  et  qu’il avait été , un peu plus tôt,  l’élève modèle de Sciences Po et de l’ENA.

La légèreté du point de départ  (quelque  tristesse que puisse inspirer la mort de ces deux personnes) lui donnait pourtant l’occasion de se démarquer comme la France l’a fait dans des affaires autrement importantes : il ne l’a pas saisie, au contraire. Cela ne nous laisse rien augurer de bon :    si la tension venait à s’aggraver encore en Europe,  il nous mettrait sans hésiter dans la nasse. D’autant que certains se demandent si derrière cet alignement  ne se cache pas le réflexe  mimétique d’un tempérament  immature.

 

Petitesse

 

Mais il a fait  aussi preuve de petitesse. Qu’est  cette émotion passagère à côté de l’ancienneté des liens entre la France et la Russie ?  Il avait pourtant tenu, à son entrée en fonctions,   à fêter le 300e anniversaire  de la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles en y invitant  le président russe, donnant l’illusion d’une  indépendance  d’esprit que rien n’est venu ensuite confirmer.  Qu’est cette crise  à côté des combats communs qui ont été menés en 1914-1917, en 1941-1945 et des millions de morts russes qui ont permis  d’abattre les ennemis  de la France ? Puisqu’il s’agissait d’un événement culturel, qu’est-elle à côté des innombrables convergences historiques de nos deux cultures ? Macron prétend connaitre de la philosophie,  mais connait-il l’histoire ?

C’est pour des raisons tout aussi conjoncturelles et mesquines que Hollande avait refusé de participer à l’inauguration du monument   aux morts qui commémore sur les quais de la Seine le sacrifice des 200 000  soldats russes qui nous a  permis en 1914 de gagner la bataille de la Marne  ou l’inauguration du Centre culturel orthodoxe du Quai Branly.

Tolstoï nous montre que lors de l’invasion de la Russie par Napoléon, l’élite russe continuait d’admirer la  culture française : elle n’était pas si ridicule que le  sont celles  qui aujourd’hui  nous gouvernent.

Au pavillon russe se trouvait la veuve d’Alexandre Soljenitsyne, lequel est, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, un  des géants  du XXe siècle. La boycotter elle aussi était de la dernière petitesse.  Elle a marqué sa déception et son étonnement : «  Nous pensions qu’il était un  plus indépendant que ses prédécesseurs ». Elle a été déçue. Mais  pas nous car ce qu’elle a découvert, nous le savions déjà.

 

Roland HUREAUX

Avril 2018

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:46

 

L’AGONIE DU PARTI SOCIALISTE

http://www.bvoltaire.fr/lagonie-parti-socialiste/

Le parti socialiste est moribond. Les élections partielles confirment , semaine après semaine, sa sortie du paysage politique.

Son dernier congrès qui a vu  la promotion  de gens peu connus devant un auditoire restreint,  a montré  son affaiblissement.

Il conserve certes un petit volet de  militants, comme ceux que  le parti communiste  a longtemps conservés :  militants  pathétiques luttant contre le sens du courant , longtemps après que l’ impact électoral de leur parti  soit tombé au plus bas.

Il faut naturellement,  dans ce déclin,   faire la part des circonstances : le mauvais souvenir  laissé par Hollande, l’effet Macron, l’esbrouffe de Mélenchon,  le vent de droite qui souffle sur l’Occident.

Mais  il faut bien  dire qu’en ne se détournant de ce parti, les électeurs ne se trompent pas. Parmi les nombreuses dérives de la  société française, il n’en est en effet  pas   une  où  le PS n’ait  joué un rôle essentiel :   effondrement de l’éducation nationale , partialité de la  justice ( on sait  la  proximité du Syndicat de la  magistrature et du parti socialiste ), montée de l’ insécurité, inflation et abus des  dépenses sociales, ouverture à l’immigration,  déclin du monde rural, hausse des dépenses  publiques , du nombre et des rémunérations des élus  locaux.  Devenu par excellence le parti du « jouir sans entraves », il a cumulé  plus que d’autres,  les affaires de harcèlement  sexuel  au grand dam  de la  cohorte de féministes exaltées qui , par un singulier paradoxe, s’y trouve aussi. On cherche ce qu’on peut mettre en face d’un tel  bilan : peut-être le RSA, bien  mal organisé ; certains feront crédit au parti socialiste  d’avoir acclimaté en  France la mondialisation libérale mais était-ce bien sa vocation ?

 

Une mutation génétique

Il n’en a pas toujours été ainsi.  Au temps de Léon Blum, il y eut  les congés payés, au temps de Guy Mollet, le minimum vieillesse, l’allocation de la mère au foyer, la démocratisation de l’enseignement. Mais depuis lors, le PS a connu un mutation quasi-génétique : de social  qu’il était, il est devenu sociétal, d’ouvrier, bobo et  par-là  irresponsable.

La droite a certes sa part de responsabilité dans les dérives signalées ,  mais plutôt par son suivisme et sa lâcheté que  comme agent actif de ces dérives.

De toute cela,  la masse des  électeurs n’a  jamais été clairement consciente   et il n’est pas sûr qu’elle le soit encore .    Mais inconsciemment, elle l’a senti  et avec un délai de quelques années, elle en tire les conséquences. 

Par rapport à ce discrédit de la mouvance social-démocrate, il se peut  que l’effet Macron soit , sous un visage apparemment nouveau, le dernier rebond d’une machine à bout  de souffle.  Cet effet, lui aussi , fera long feu.  Les Français n’ont  pas encore  pleinement pris conscience  de son caractère  destructeur  mais déjà ils commencent  à le ressentir. L ’illusion  socialiste – nouvelle manière -  a mis presque quarante ans à se dissiper. Gageons qu’il en faudra bien moins  à l’illusion  « En marche ».      

 

Roland HUREAUX

Avril 2018

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:40

LA DROITE DOIT SOUTENIR LES SYNDICATS  QUI S’OPPOSENT  A LA REFORME DE LA SNCF

http://www.bvoltaire.fr/droite-soutenir-syndicats-sopposent-a-reforme-de-sncf/

Le vieux réflexe antisyndical, anti CGT d’une partie de la droite ne devrait  pas conduire celle-ci soutenir la réforme de la SNCF, telle que  Macron veut  imposer au pas de charge,  par ordonnances.

On dira : mais il s’attaque  courageusement aux problèmes.

Non,  car il n’y a pas de problème.

La compagnie ferroviaire a affiché de  « bons résultats » pour  2017, avec un bénéfice net multiplié par 2,3, atteignant 1,33 milliard d'euros. Elle  démontre également une forte hausse de la fréquentation.

Malgré les récriminations de certains voyageurs, malgré quelques grèves – moins nombreuses que jadis -, les trains français arrivent, dans leur immense majorité, à l’heure, bien plus que dans la plupart  des  autres pays. 

Si des retards irritants surviennent parfois,  la SNCF n’est pas toujours  en cause : quand  un désespéré se jette sous un train, ce dernier était arrêté autrefois une demi-heure ; aujourd’hui il arrive que  le procureur l’arrête  une demi-journée considérant que la recherche de la vérité  (même quasi-certaine) passe avant le confort des voyageurs. Le principe de précaution  impose des révisons répétées, même là où le risque est proche de zéro

Il y a quelques années, un train avait été arrêté presque 24 heures à Mulhouse. En cause, une réglementation imposant des temps de repos de plus en plus rigides aux conducteurs, et aussi un début de  « libéralisation »  qui interdisait  de faire appel aux mécaniciens  du frêt.  

Une réforme qui ne sert à rien est une réforme idéologique, C’est une constante de la démarche idéologique que, ne résolvant pas des problèmes qui n’existent pas,  elle en pose qui ne posaient pas, comme c’était le cas dans  l’ancienne Union soviétique, sous la réserve que c’est un libéralisme dogmatique qui est aujourd’hui à l’oeuvre.

Il y a fort à parier que la réforme projetée mettra  un grand désordre  dans une entreprise qui allait bien .  Le rapport Spinetta  ne Propose rien d’autre que d’aggraver les tendances critiquables des trente dernières années : priorité aux TGV et aux métropoles, quoi que prétende Philippe, abandon de la « France périphérique », désintérêt pour le frêt,  balkanisation  selon un principe de concurrence qui ‘est manifestement pas adapté à la spécificité du rail. Là comme ailleurs, la banalisation du statut de cheminots dissoudra cet esprit de corps qui faisait  la force du service public 

Au bout,  que  fera-t-on de la SNCF ?  Sera-t-elle vendue à la découpe omme l’a été Alstom ou comme l’est actuellement notre  industrie d’armement? A qui ? A la Bundesbahn qui achèterait  une partie du réseau, comme une société d’armement d’outre-Rhin a pris le contrôle de nos fabrications  de chars   ?

Pour les  idéologues de Bruxelles et de Paris  qui  imposent, à partir de principes  abstraits, des  réformes  à ce qui n’ a pas besoin d’être réformé, dans le sigle SNCF, le mot  honni, n’est pas chemin  de fer, c’est national. Tout  ce qui fait la spécificité de la France, à commencer par  ses grandes services publics,  doit être arasé, banalisé, voire européanisé, et , le cas échéant , cédé  à l’étranger.

Combien de temps faudra-t-il à la droite  pour comprendre ce que les trotskystes qui jouent aujourd’hui le jeu  du mondialisme  ont compris depuis longtemps : qu’un certain libéralisme, Marx l’a d’ailleurs dit, est intrinsèquement destructeur ?  C’est même pour cela qu’ils le soutiennent. Et c’est pour la même raison que nous ne  devons pas le soutenir. .  . 

Les syndicats qui ne devraient  pas  tarder à se soulever contre cette réforme parfaitement  inutile accompliront une œuvre de salut national. Il méritent  notre appui.

 

Roland HUREAUX

Mars 2018

 

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:36

WAUQUIEZ PREND DES COULEURS

 

http://www.bvoltaire.fr/a-lesc-lyon-laurent-wauquiez-a-beau-coup/

L’a-t-il fait exprès ? Qui sait ? En tous les cas le tollé provoqué par Laurent Wauquiez à la suite sa conférence  l’Ecole supérieure de commerce de Lyon, aura été un beau coup.

Parler sans fard de Juppé, de Sarkozy, de Pécresse, de Macron  lui a valu un torrent d’indignation de tous bords,  dont s’est seul démarqué  Mélenchon soucieux de défendre, pour Wauquiez et surtout pour lui,   la libre parole républicaine, en quoi il a raison.

D’autant que Wauquiez n’a rien  dit de si extraordinaire.

Il a néanmoins  tout à gagner de cet incident.

Dans le monde médiatique verrouillé qui est devenu le nôtre et qu’on appelle encore démocratie, l’homme politique n’existe plus que  par ses dérapages . Donald Trump l’a parfaitement compris : lui qui avait et a encore toute la presse d’outre-Atlantique contre lui , a , tel un bon judoka,  retourné  la situation  à son avantage. De propos outranciers en propos  outranciers     il est arrivé à la Maison blanche et  s’y maintient par la même méthode.

Hors le scandale,  tout le monde est fondu  dans la grisaille ; tenir des propos raisonnables est le meilleur moyen pour que personne ne les entende,  c’est être sans odeur, sans couleur et sans saveur.

Le scandale fait parler de vous et, dans le tourbillon médiatique  où tout se confond,  élargit votre audience.   

 

Le  vrai chef ne parle  pas la langue de bois

 

Il est aussi la marque du chef. Comme Alexandre devant le nœud gordien, le vrai chef est  un transgresseur.   Le général de Gaulle lui-même  savait, quand il le fallait,  mettre les pieds dans le plat.

La langue de bois est celle  des  bureaucrates, des fonctionnaires de la pensée unique, le  contraire des  vrais leaders.

Ainsi Wauquiez , par cet incident, prend quelques couleurs.

Qu’ avait-il à perdre au demeurant ? L’aile prétendue  de gauche, « constructive »  des Républicains, ne pèse plus guère.  Beaucoup ont quitté le navire. Il  leur faudrait, pour être    crédible, savoir  en quoi ils  se distinguent de la ligne Macron , ce qui leur est sans doute  bien difficile.

Un pied dans le populisme  par beaucoup de ses  positions. Un pied dans  l’oligarchie  par toute les saintes huiles qui ont coulé sur son front: Normale Sup, ENA, Conseil d’Etat. Wauquiez a bien des atouts.

Son principal  handicap est de venir après Chirac et Sarkozy. L’un comme l’autre  ont pris d’assaut la droite  par un discours  musclé qui a fait illusion. L’un et  l’autre ont fortement déçu  en  menant  une politique  alignée sur le consensus dominant, aux antipodes de ce que le peuple attendait d’eux. Pour parler sans fard, tout  le monde aujourd’hui  s’attend à ce que Wauquiez fasse pareil. A  lui de  prouver qu’il est différent. 

 

Roland HUREAUX

Mars 2018

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 08:35

LAURENT WAUQUIEZ NE DOIT PAS SE GARDER DU PEUPLE

 

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/01/11/31001-20180111ARTFIG00120-laurent-wauquiez-doit-ecouter-le-peuple.php

 

Comme au roi Jean le Bon à Poitiers,  les conseils ne   manquent à Laurent Wauquiez,  nouveau president des Républicains : « Garde toi à gauche et surtout, garde toi à droite ». Ceux qui veulent le garder à droite, sont les plus bruyants dans l’appareil, les médias et autres réseaux, mais savent-ils encore ce qui les distingue d’ En Marche ?  

D’autres au contraire poussent à droite, mais en évitant d’être trop précis: pour paraphraser une image célèbre, sauter sur sa chaise en criant “ la droite, la droite”   ou  “nos valeurs, nos valeurs” ne tient pas lieu de politique . Quelle crédibilité peuvent avoir  ceux qui se réclament d’une « droite sans complexes » sans oser mettre  en cause aucune des logiques européennes ou l’héritage sociétal de la gauche ? On peut en outre  épouser , comme beaucoup de Français, la plupart des  principes de la droite  et ne pas aimer le mot . Brandir  le mot sans le contenu  prépare bien des déconvenues, il vaudrait  mieux l’inverse.

 

Ni la droite, ni la gauche :  le peuple

 

A vrai dire, ce qui importe, ce n’est pas la droite ou la gauche, c’est le  peuple ;   les accusations répétées de « populisme »  à l’encontre  de ceux qui tentent d’ aller au-devant de ses aspirations, montrent combien l’enjeu est majeur.  Les  Français , dans leur  majorité,  se reconnaissent  aujourd’hui  dans les   choix   classiques de la droite :  restauration de l’ordre public, de la famille, de l’école,  souveraineté nationale, contrôle strict de l’ immigration.    Mais pas de  tous. Une   droite de  reconquête  doit savoir abandonner les oripeaux d’une droite uniquement bourgeoise :  autant que l’insécurité, il lui faut   dénoncer  les hausses invraisemblables des  tarifs publics de ce début  d’année : 36 % pour le fuel domestique, 17 % pour l’électricité, 13   % pour les frais bancaires  qui pèsent sur le niveau de vie populaire, déjà écorné par la hausse de la  CSG.  Sur tous les sujets où il faut se positionner , le bon choix , c’est celui du  le peuple.  Laurent Wauquiez ne doit pas  se garder du peuple.

Le meilleur moyen de perdre a toujours été de se laisser définir par    ses adversaires : trop longtemps la gauche à mis  dans les esprits que la droite était le parti des bourgeois et elle   celui  des travailleurs. Trop de  politiciens de la droite modérée  font encore leur  ce  clivage obsolète , ce qui les conduit à saluer par exemple, de manière réflexe,   tout  projet antipopulaire du présent gouvernement.  Il ne faut pas se laisser prendre  à ce jeu. La droite de papa est morte. Le macronisme l’a tuée.  

Il est vrai que, sur l’immigration, sur l’  école, sur l’entreprise,  le gouvernement  en place multiplie des signaux qui visent à satisfaire la clientèle de droite, et il faut bien dire  ,  hélas, que  beaucoup de nos concitoyens s’y  laissent prendre,  à telle enseigne qu’il ne  manque pas d’augures pour prédire que  le candidat de la droite en 2016 pourrait bien être… Macron. La droite ne doit pas faire seulement le choix du peuple, elle doit faire aussi  le choix du réel.  Le macronisme    est la forme achevée de la « société du spectacle »   prophétisée par Guy Debord : des  dizaines  d’annonces  non suivies d’effet, des signaux à tout va purement symboliques.  L’opposition a le devoir de démasquer ces tromperies et de traquer  impitoyablement les illusions , « l’ illusion Macron ».

 

Un nécessaire pluralisme

 

Même si  la construction européenne suscite de grandes réserves chez  une majorité de Français, comme dans le reste de  l’Europe, nous concevons qu’ il soit  difficile aux dirigeants des  Républicains de remettre en cause l’euro ou les institutions  de Bruxelles.  Ceci admis, il leur  faut accepter sur ce sujet ce que le parti Tory a toujours accepté de l’autre  côté de la Manche :  le pluralisme des opinions.  Fort de ses traditions aristocratiques, de son libéralisme interne et de son pragmatisme, ce parti  a   traversé  trois siècles. Qui dit mieux ? Vouloir en cette matière ou en  d’autres un entier  alignement idéologique   serait ouvrir encore plus grand le porte  au Front national pour qui a  voté , ne l’oublions pas, un Français sur trois . Le même pluralisme doit prévaloir sur les sujets sociétaux : les  inadmissibles anathèmes lancés  à l‘encontre  de  Sens commun et du PCD  tenaient non seulement du sectarisme mais   de l’inconscience . 

Il n’y a pas    que des sujets à forte  connotation idéologique comme le mariage isosexe.   Sur de multiples thèmes, il est possible aux  Républicains  de marquer leur différence  dans le sens de l’opinion populaire,  sans encourir les foudres de la bienpensance. Il leur faut pour cela cesser de tenir les logiques technocratiques pour la référence suprême,  l’aune du sens de la responsabilité et remettre en cause par exemple le  projet fou d’éliminer   les 36 000 communes ,  aussi inhumain qu’inutile et coûteux  , les  lois d’urbanisme étouffantes, les stupides éoliennes, l’idée d’abaisser  à 80 km/h la vitesse-limite sur route etc.     Un tel   travail critique vis à vis de ces  logiques  que le peuple ressent comme absurdes - travail qui n’a pas malheureusement pas été fait dans  le programme Fillon -  sera d’autant plus rentable  que,  faute d’idées et de vrais contacts avec le terrain, le mouvement  En marche  les, plus que quiconque,  a dans son  ADN .  S’il n’était pas fait – et de la manière la plus radicale - comment s’étonner si les Français pensent que l’opposition ne sert  à rien ?  Le peuple et  le réel, voilà pour laurent Wauquiez deux  chevaux de bataille  imparables.

 

Roland HUREAUX

Janvier 2018

 

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