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Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:14

LES ETATS-UNIS TOURNENT LA PAGE DE LA DEMOCRATIE

27/04/2021

Quels que soient les vrais chiffres de la dernière élection présidentielle américaine, on ne saurait fermer les yeux sur la crise grave que traverse la démocratie dans ce pays.

L’élection présidentielle a-elle fait l’objet de fraudes importantes, sinon massives ? Personne ne le conteste. Selon les sondages, une majorité d’Américains, surtout républicains mais aussi démocrates, le pense.  Ces fraudes ont-elles été également partagées ? Non, personne n’a accusé Trump d’avoir organisé une fraude massive, seulement les démocrates. Ces fraudes ont-elles inversé le résultat ? Faute d’avoir accès à un dossier complet, il est difficile de le dire. Que la justice ait donné la plupart du temps raison aux partisans de Biden sur ce sujet ne signifie rien dans la mesure où elle s’est très souvent déclarée incompétente, voire a motivé ses décisions par la crainte de troubles : la Cour suprême du Wisconsin a déclaré le recours de Donald Trump contre les fraudes électorales irrecevable, non pour des motifs de droit, mais parce que l’admettre « ouvrirait la boite de Pandore ».

Si ces considérations ne suffisent pas à invalider le résultat, elles témoignent d’une crise de la démocratie, particulièrement grave dans un pays où la Loi avait autant d’autorité que la Bible.

 

Boycottage de la présidence Trump

 

Sous sa forme actuelle, cette crise a commencé avec l’élection de Trump en 2016. Non que le résultat ait été contestable, mais du fait que le camp défait, celui des démocrates partisans d’Hillary Clinton a d’emblée refusé de jouer le jeu avec le nouveau président. Beaucoup de services essentiels (administration, police, CIA, département d’Etat) ont tenté de saboter son action et sont parvenus à faire obstacle à certains de ses projets comme l’apaisement avec Moscou. Le Congrès, dominé par les démocrates,  n’a cessé de tenter de le conduire à l’impeachment (destitution), sous le prétexte fallacieux que le Kremlin l’aurait aidé à se faire élire, accusation que le juge a finalement écartée et qui, sous l’effet de l’acharnement, a été aussitôt suivie d’autres tendant au même résultat.  Cela est sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis : on célébrait au contraire le civisme de ce pays où les vaincus jouaient le jeu.

 

Une presse sans pluralisme

 

Deuxième entorse, aussi bien dans la campagne de 2016 qu’après l’élection : la quasi-totalité des médias, télévisions, radios, journaux, ont pris position contre le nouveau président et n’ont cessé, mois après mois, de casser son image ne serait-ce qu’en ne publiant de lui que des photos où il avait l’air d’un furieux. Fox News faisait exception mais a rejoint l’opposition durant la campagne électorale de 2000. Dans ce pays où la télévision d’État n’existe pas, Trump ne pouvait s’exprimer sur aucun canal. Ce n’est pas par narcissisme, comme on l’a dit, mais parce qu’il n’avait pas d’autre moyen d’expression qu’il a multiplié les tweets. Là aussi cette situation est sans précédant. Les classiques du libéralisme nous ont appris que la démocratie authentique exige non seulement la liberté de la presse mais aussi son pluralisme. En Russie, le groupe Novaïa Gazeta que le Washington Post  qualifiait en 2017 de « principal journal d'opposition de Russie » tire, tous titres confondus, à un million et demi d’exemplaires. Certes, les tracasseries ne lui sont pas toujours épargnées pas mais qui s’oppose à Biden – comme à Macron en France ? Durant la campagne électorale de 2000, les choses se sont aggravées : les comptes Twitter et Facebook de Trump ont été coupés.

 

Tout s’aggrave avec Biden

 

Les choses ont bien mal commencé sur le plan des libertés après    la prise de fonctions de Biden. Les partisans de Trump se trouvent gravement menacés, ce qui là aussi, est sans précédent.  Le prétexte en a été la malheureuse tentative de prise du Capitole le 6 janvier.  Il y avait dans la foule des trumpistes déçus mais aussi des personnages troubles déjà aperçus dans les manifestations d’extrême gauche. Et qui leur avait ouvert ?  Coïncidence ? Les représailles contre les partisans de Trump sont tombées aussitôt. Plusieurs grandes banques ont fait savoir qu’elles ne recruteraient pas de partisans de Trump identifiés. Le patron de Forbes, magazine économique de référence, annonce qu’il cassera l’image de toute entreprise recrutant des trumpistes.  Facebook et Twitter ont à ce moment là coupé les comptes de 75 000 personnes engagées dans la campagne de Trump et celui de Trump à vie.

En même temps s’applique une censure des contenus : toute évocation des fraudes électorales, bannie de la presse, était censurée sur les réseaux sociaux, au motif du risque terrorisme ou de trouble à l’ordre public. Il en est de même aujourd’hui de toute critique des vaccins contre le Covid.

Les catégories sociales suspectes d’avoir voté Trump, comme les fermiers, sont soumises à un harcèlement qui les plonge dans l’insécurité.

L’étouffement de la liberté d’expression et les obstacles mis à l’emploi des opposants   s’accompagne de vexations idéologiques qui, certes, existaient déjà, mais se sont singulièrement aggravées depuis l’accession de Biden ressentie comme la victoire de toutes les minorités activistes. Le harcèlement judiciaire de ceux qui enfreignent les tabous idéologiques, sans être nouveau, s’emballe : un enseignant qui n’a pas ouvert la bouche lorsqu’il a entendu prononcer le mot « nigger » a perdu son emploi. Un père a été emprisonné pour avoir appelé sa fille de 14 ans, « ma fille », alors qu’elle avait déclaré qu’elle était un garçon.

La crise du Covid aggrave la répression judiciaire : une femme qui amenait sa fille à l’école sans masque a été dénoncée à la police par les enseignants : sa fille lui a été retirée et est placée.  C’est le nouvel « empire du bien ». Dans le droit fil de sa tradition puritaine, le pays devient une gigantesque maison de redressement destinée à éradiquer tout reflexe sexiste, homophobe, raciste, xénophobe, climatosceptique etc.

Il se dit que, dans cette atmosphère étouffante, ceux qui au cours des dernières décennies, Russes ou Chinois par exemple, étaient venus aux Etats-Unis chercher la liberté veulent rentrer chez eux pour l’y retrouver. Dans un pays où l’essentiel de la matière grise scientifique vient de l’étranger, ce peut être un drame. A force de censure, de discrimination positive, le niveau des universités américaines est sur la pente descendante. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes des déboires techniques d’une entreprise comme Boeing.

C’est peut-être pour ces raisons que quinze Etats où on aime la liberté, autour du Texas, ont fait sécession pour refuser la discipline sanitaire, nous rendant le visage des Etats-Unis d’antan.

 

L’Europe touchée

 

Il ne faut pas imaginer que nous Européens échapperons à cette chape de plomb qui est en train d’éteindre la démocratie américaine. La dictature sanitaire justifiée par le Covid sert déjà de kriegspiel à la  mise au pas définitive de la démocratie occidentale que certains envisagent. C’est depuis l’élection de Biden que les Gafams ont commencé à censurer certaines personnalités mal vues à la Silicon Valley : Marion Maréchal, Jordan Bardella, et même Mila, adolescente lesbienne mais, horresco referens, critique de l’islam : cette dernière est suspendue, tenons-nous bien, pour harcèlement, alors que c’est elle qui est harcelée sans discontinuer sur les réseaux sociaux. Pierre Lévy, issu, lui, du parti communiste, a vu le site de son excellent journal Ruptures, affublé d’une mise en garde contre ses relations supposées avec la Russie, dépourvues de fondement. Il est probable que ces atteintes insupportables à la liberté d’expression ne soient qu’une salve d’avertissement avant le grand jeu. Il nous faut lutter pour empêcher de telles dérives, d’autant plus inquiétantes que dans les cercles où se décide le sort de l’Occident, ceux qui ont eu, en ne reculant devant aucun moyen, la peau de Trump, on est de plus en plus fasciné par le modèle chinois, combinaison du libéralisme économique et d’un impitoyable contrôle des populations. Ferguson, l’architecte du confinement, proche de Bill Gates, a avoué au  Times qu’il avait voulu tester le modèle chinois. Face à ces dérives, il nous faut lutter et pour bien lutter, comprendre. Il est urgent que nous ouvrions les yeux sur une dégénéresance rapide de la démocratie dont la dernière élection américaine a constitué une étape essentielle.

 

Roland HUREAUX      

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:12

MONSEIGNEUR CHARLES : L’APOSTOLAT PAR L’INTELLIGENCE

24/04/2021

L’article d’Etienne Fouilloux, historien du christianisme, sur Maxime Charles, partant du commentaire  de  deux livres , de Samuel Pruvot[1] et de Michel Emmanuel[2],  consacrés à ce prêtre éminent,  a le mérite de souligner l’importance exceptionnelle qu’il a eue et qu’il a encore par ses fils et « petits-fils » spirituels dans l’histoire de l’Eglise de France . L’historien  évoque avec raison  la nécessité de compléter   les ouvrages précités qui traitent de sa jeunesse (1908-1939 ), puis de la période où il fut aumônier de la  Sorbonne (1944-1959) par un autre qui nous dirait ce que furent la  période où il était  recteur de la  basilique  du Sacré Cœur de Montmartre (1959-1985) et  ses derniers jours (1985-1993)

Si Fouilloux relève avec justesse beaucoup  de détails relatifs à la carrière de Mgr Charles, il ne semble pas avoir compris pleinement ce qu’il était.

L’image qu’il se fait de sa psychologie :  un  autoritarisme désagréable et en cette période où tout autorité était  contestée, répulsif, est  celle que l’on se faisait de lui chez ses ennemis au sein du diocèse de Paris , mais elle est extrêmement  caricaturale.

Si cette image de vieux ronchon despotique  avait été exacte,  comment expliquer qu’il ait pu attirer autour de lui tant d’intellectuels de qualité, dont beaucoup ont fait  de  brillantes carrières ?  

Le père Charles était trop subtil pour être tout d’une pièce : s’il a sans doute été brutal pour ses prêtres ou  des secrétaires, il  avait plus d’une corde à son arc : il savait se faire tout miel pour un intellectuel de haut niveau (normalien ou agrégé) qui venait à lui. Je ne crois pas que ses disciples qui ont fait de grandes carrières universitaires aient jamais eu à  essuyer  ses foudres. Si, dans leurs recherches, il leur arrivait de s’égarer, il savait les reprendre avec délicatesse et  surtout  clarté. Ce n’est pas anecdotique car il est clair que les étudiants brillants ou jeunes universitaires  étaient,  parmi tous ceux qui venaient à lui, son public de prédilection.  Non par vanité mais parce qu’il savait que les élites ont plus d’influence que les autres et qu’ en définitive c’est  toujours le plus intelligent qui gagne. Il les retenait par cet élitisme  même : si vous êtes ici et si vous étudiez la théologie, c’est que  vous êtes les plus intelligents, ce qu’il ne  faut pas dire deux fois à un normalien.  Une méthode que j‘ai vue  à  la même époque,  appliquer  par les recruteurs maoïstes à l’entrée  de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Il tenait même que « la bêtise est une des formes du péché ».   

Le cardinal Daniélou le qualifia  justement  comme « le  théologien le plus homme d'action et  l'homme d'action le plus théologien ». Mais cela n’en faisait pas pour autant un demi théologien : s’il attira à Montmartre  pour y former ses meilleurs  étudiants les Bouyer, Daniélou,  Le Guillou et même Congar,  ce n’était pas  qu’il ait  eu le moindre complexe d’infériorité à leur égard mais parce que précisément il ne voulait pas être un  chef de secte  qui aurait imposé sa pensée et rien qu’elle :  dès lors que ces théologiens avaient à son gré (ce n’était pas à   le cas de tous)  une doctrine solide, il comptait sur eux pour élargir les horizons de ses jeunes .

Son immense culture théologique, philosophique et  historique le mettait à leur  hauteur .  Mais son esprit féru de classicisme  était comme  une machine à décanter, simplifier et rendre digeste aux plus simples les questions  les plus embrouillées,  sans jamais  en trahir  la substance quoiqu’ en  les desséchant parfois. Un souci pédagogique qui ne le quittait jamais. Mais aussi une forme d’esprit analytique issue peut-être de son Sud-Ouest natal  d’où je venais aussi .

Le primat de l’intelligence qu’il professait à tous les niveaux rend compréhensible ce paradoxe qu’ayant eu une formation théologique très approfondie, il ait demandé  pour premier poste   une  paroisse ouvrière et fut affecté à   Malakoff.  Il  était en cela très éloigné  de cette forme de racisme qui a longtemps prévalu dans les  nominations ecclésiastiques, tendant à considérer que dans  un faubourg ouvrier, il ne fallait  pas un intellectuel.

On peut  regretter qu’il n’ait que peu écrit  (en  dehors des centaines d’éditoriaux des bulletins qu’il publiait ).

Cela nous ouvre à  une dimension essentielle  de Maxime Charles : la priorité absolue  dans un  temps de vie  qu’il  savait limité, qu’il donnait  à sa fonction de  pasteur et à l’apostolat ,    inséparables selon lui  chez le prêtre d’une  connaissance approfondie de la théologie – et bien sûr de la prière .  Cette priorité ne  lui a  pas laissé   de temps d’  un travail d’érudition dont il était parfaitement capable. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » ( 1 Co, 9-16) dit saint Paul. C’était sans doute son souci de chaque jour.

Cette  attitude  explique aussi la part  très secondaire  de  la politique dans sa vie  - pour répondre à Fouilloux qui semble y accorder  de l’importance. Certes elle l’intéressait,  tout  comme l’histoire,  plus encore que la philosophie ,  mais elle était pour lui très clairement  du domaine du relatif,  l’annonce de Jésus-Christ étant seule pour lui   essentielle.

C’est pourquoi je ne pense pas qu’il ait  été troublé  par la condamnation de l’Action française par le pape en 1926  : il n’avait que 18 ans et, elle correspondait bien  à son sens de la  priorité du  religieux,  à mille lieues  du « politique d’abord » de Maurras .  S’il aimait l’autorité, je ne l’ai jamais  entendu exprimer la moindre nostalgie de la monarchie, ni  la moindre inclination   corporatiste : il me dit une fois avec sa  légère ironie coutumière qu’il ne voyait pas en quoi  le libéralisme économique  ( nous parlions de Turgot) pouvait être  contraire à la doctrine  chrétienne, ce que n’aurait pas  dit un maurrassien, ni d’ailleurs un démocrate-chrétien.

Moins qu’ une adhésion au maréchal,  l’aumônerie des  chantiers  de jeunesse qu’il accepta sans l’avoir sollicitée,  fut pour lui un chantier d’évangélisation.

Ses disciples les  plus éminents , historiens du Centre Richelieu    ou  philosophes de Montmartre, ont, pour la plupart, été des modérés, allant de la droite classique au parti socialiste. 

Charles partisan de l’Algérie française ? Peut-être un moment,  comme la grande majorité des Français,  mais les nostalgiques de l’Algérie française, comme d’ailleurs  les maurrassiens forment un public très particulier, très présent à  la Fraternité saint Pie X   que je n’ai jamais vu dans son entourage. Dès 1959, il fit un voyage en Algérie qui l’inclina à penser que la France devrait se retirer . Il fut   touché de recevoir de l’Elysée une intention de prière pour  la bonne fin des négociations d’Evian la dernière nuit avant leur conclusion. L’air de veille culotte de peau  ( commandant de réserve) était un peu un genre qu’il se donnait : pour cet intellectuel,  et à la différance de tous les fanas milis,  il était clair que l’intelligence était  première.

Il semble qu’il n’ait pas beaucoup aimé le général de Gaulle. Peut-être.  En tous les cas pas  à cause de la résistance que,  à la différence du très social cardinal Liénart, il n ‘avait jamais tenu  pour un péché mortel.   Il aimait à raconter comment , requis en 1944 de célébrer les obsèques d’un illustre collaborateur abattu par la Résistance ( était-ce Philippe Henriot ? )  et attendu au tournant , il ne prêcha que sur les fins dernières. Ses réticences vis-à-vis du général avaient plutôt des raisons psychologiques. Hommes d’action  et intellectuels tous les deux , ils se ressemblaient  quelque part, chacun  dans son domaine,  et  Maxime  Charles  qui n’avait pas l’admiration facile  n’était pas du genre à faire allégeance au Grand Charles, à  un chef dans quelque domaine que ce soit , surtout  dans le champ politique ;   la part de  romantisme  qu’il y avait chez  général  était en outre étranger à cet esprit classique, tout comme l’homme du Nord exalté au  méridional caustique.  Il se vantait d’avoir toujours voté pour  lui  en faisant abstraction de tout  sentiment  personnel   parce que cela lui paraissait le bien de la France.  

Les autorités ecclésiastiques qui lui étaient supérieures bénéficiaient de sa part de toute la déférence  qui leur était due  mais , par devers lui,  nul doute qu’il gardait toute sa liberté de jugement. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’était pas facile à impressionner. Je ne l’ai cependant jamais entendu  critiquer ni   Jean XXIII,  ni Paul VI, même s’il fut , par ses options offensives, plus proche de Jean Paul II.  Les désaccords l’opposèrent davantage à  l’archevêché  au temps de Mgr Marty, non point sur la ligne de ce dernier que sur  son  absence de ligne qui laissait prospérer toutes sortes d’excentricités,  et , sous couvert de libéralisme , comme c’est généralement  le cas, une intolérance sournoise à l’égard des séminaristes trop proches de lui, contraints de  raser les murs  pour  aller le   voir.   

Il ne fut pas évêque. On a dit que le général de Gaulle y avait mis  son veto  à cause des chantiers de jeunesse, ou encore parce que, dans une réunion du centre Richelieu, il se serait  laissé  aller à parler de manière cavalière  du  général sans savoir que   sa petite fille  était dans le public . Mais il  a su depuis de bonne source que le général, par respect pour l’Eglise,  n’était   jamais intervenu dans  les nominations   épiscopales.  Il faut plutôt mettre ce blocage sur le compte de l’ostracisme propre à tous les corps constitués, surtout ceux qui cultivent  la « collégialité »,   impitoyables  comme on sait aux  personnalités qui sortent de la moyenne . Pétain et De Gaulle eux-mêmes n’auraient-ils pas  fini colonels si n’étaient  survenues, pour l’un la  première , pour l’autre la seconde guerre mondiale ?   Il m’est revenu qu’un  évêché lui fut proposé assez tardivement.  Mais trop  petit et trop  éloigné de Paris où il avait engagé déjà tant d’actions   pour qu’   il accepte . 

Homme de droite assurément, Charles l’était sans complications  - bien que son père   ait été de gauche et anticlérical. Dans la lignée  de saint Augustin, il pensait que les  hommes étant  pécheurs, ils  avaient besoin d’être   gouvernés d’une main ferme. La  politique étant de l’ordre du   relatif ne méritait  aucune pensée  sophistiquée. Il était sceptique sur la démocratie  ou le socialisme comme  sur  toute forme de régime.

La priorité conférée  à l’apostolat explique aussi ses  positions religieuses,  et, partant, la difficulté de définir le « carlisme ». De son point de vue, c’était  tout simplement la doctrine de l’Eglise qu’il devait enseigner, ni moins ni plus. Ni moins : le Concile ne  l’amena à lâcher aucun dogme, mais les vrais dogmes seulement, pas ce qui n’en était pas comme la messe de saint Pie V. Il tenait  Vatican II  pour un concile auquel il fallait se conformer  mais pas pour  un nouveau commencement, un Great reset, dirions-nous aujourd’hui, qui  aurait effacé toute  l’histoire antérieure  C’était et c’est toujours la  positon des  papes et la doctrine même de l’Eglise.

Dans le même  esprit d’orthodoxie , il  avait alerté  Rome sur la  dérive du père Teilhard  de Chardin, non à cause de la théorie de l’évolution  à laquelle il adhérait, mais en raison de l’occultation  du péché originel, très important pour cet augustinien.

Mais où le dogme laissait de la marge, il pouvait prendre des positions très différentes  . Sur certains  sujets, il sut  être très   moderne :  il n’attendit pas Nostra Aetate pour donner une large place à l’Ancien Testament dans l’enseignement et la prière ; il ne cachait pas son admiration pour le peuple juif et  même pour l’Etat d’Israël . Il reconnaissait l’intérêt chrétien de la psychanalyse (mais non du marxisme). Il fit preuve de compréhension vis-à-vis du Je vous salue Marie de Godard, bien que ce dernier ait fait partie du commando venu occuper la Basilique en mémoire de la Commune ( le vœu date pourtant de décembre 1870, soit avant la guerre civile.)  Mais on lui doit aussi la reprise de l‘adoration eucharistique  qui, malgré la  déchristianisation, s’est largement répandue   aujourd’hui.   

Ne pas aller au-delà du dogme et laisser toute sa place à la liberté chrétienne :  c’est dans cet esprit qu’il récusait non sans quelque condescendance pour leur étroitesse intellectuelle ceux qui ne juraient que par saint Thomas d’Aquin. Pas plus qu’il ne s’offusquait de  l’usage de la guitare dans une liturgie.

Le mot d’ordre donné à l’Eglise au temps du concile de « s’ouvrir au monde » lui paraissait incongru : lui qui avait fait la guerre,  s’était bagarré avec le parti communiste à Malakoff, avait des relations , en nombre beaucoup plus important qu’on soupçonne, dans tous les milieux sociaux, s’intéressait à tout , ne se sentait évidemment pas concerné .

Un article de la  revue Esprit des années 80 fut  consacré au mouvement  Communio[3]    mais ses critiques valaient pour le père Charles qui lui avait indirectement laissé  sa marque en en formant les principaux  fondateurs français .  Non seulement  ,  était-il dit,   les gens de Communio  suivent aveuglement le dogme mais, circonstance aggravante,  ils le considèrent comme immuable. L’auteur ne  comprenait visiblement  pas la liberté que donne un dogme immuable, à condition qu’il se tienne à l’essentiel : un dogme immuable laisse  libre de penser sur tout le reste, mais  surtout il est le  point fixe à partir duquel la faculté critique peut s’exercer vis-à-vis de n’importe quelle autorité[4].  Infiniment plus aliénant est un évolutionnisme qui impose à chaque instant d’épouser  la « ligne du parti ».

De ce point de vue, on comprend qu’il soit resté très peu de place pour une forme ou un autre  d’originalité théologique qui permettrait de dire que  le carlisme, c’est ceci ou  cela.

Primat de l’intelligence ( seulement surpassée par la spiritualité) , priorité à l’évangélisation  sur tout le reste  comme  l’érudition ou la politique et refus de toute forme de singularité qui altérerait le message de l’Eglise ,  tel nous est apparu celui que ses proches  appellent encore « Monseigneur Charles ».

 

Roland HUREAUX

Agrégé d’histoire

 

[1] Samuel Pruvot, Monseigneur Charles, aumônier de la Sorbonne (1944-1959), préface par Mgr Guy Gaucher. Paris, éd. du Cerf, coll. « Cerf-Histoire », 2002.

[2] Michel Emmanuel, La vie cachée de l'abbé Charles , 2018 Parole et Silence.

 

[3]  Le mouvement Communio in  Esprit (revue), 1984, n°86, p11-25. Denis P. & Huberlant 

[4] Dogme immuable ne signifie pas le refus de toute progression, mais dans le sens de l’approfondissement , selon la doctrine de Newman,  lequel, par le père Bouyer  était un des maîtres du mouvement montmartrois.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:10

EN CROYANT QUE L’ELECTION DE BIDEN EST SA VICTOIRE, LA GAUCHE FRANCAISE MONTRE SA DERELICTION  INTELLECTUELLE

18/04/2021

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co393887/en-soutenant-aveuglement-joe-biden-la-gauche-francaise-signe-sa-propre-trah

 

Comment peut-on prétendre que   la défaite de Trump à l’élection présidentielle américaine est une grande victoire de la gauche, de la démocratie  et pourquoi pas du peuple ? 

C’est pourtant ce qui fait aujourd’hui consensus dans la gauche française.

Comment ne pas voir qu’une telle affirmation est stupéfiante d’absurdité si l’on se réfère aux fondamentaux la gauche historique : la paix contre la guerre, les petits contre les gros, l’égalité conte l’inégalité, la démocratie contre tout ce qui peut en réduire le champ.

Commençons par quelques rappels de sociologie électorale. Aux Etats-Unis où le phénomène bobo (bourgeoisie bohême,  soi-disant libérale) a plus d’ampleur que chez nous, les présidentielles ont montré un vote de classe particulièrement tranché. Sur l’échelle des revenus, la partie supérieure vote Biden, la partie inférieure vote Trump. Les noirs faisaient exception, : républicains au temps Lincoln, ils étaient devenus démocrates sous Kennedy, et encore plus sous Obama. Ils ont été sensiblement plus nombreux, cette fois, comme les hispaniques, à voter Trump, cela pour des raisons essentiellement économiques : en bloquant les frontières, Trump a multiplié et revalorisé  les emplois peu qualifiés. Personne , dit-on, dans l‘histoire des Etats-Unis n’avait fait autant que lui pour l’emploi des gens de couleur !   Sur le plan géographique, c’est la même chose : les grandes métropoles (New York, Chicago, Los Angeles, San Francisco) ont voté Biden, et l’Amérique  périphérique , souvent pauvre, pour reprendre la formule du géographe du géographe Christophe Guilluy,  les petites villes du Middle West, les  régions industrielles en déclin,  les campagnes, a voté Trump.

Les cinquante plus grosses fortunes des Etats-Unis dont  Bill Gates, George Soros, les patrons des Gafa, Zuckerberg , Dorsey et Bezos en tête ont  presque toutes  soutenu Biden.  

Parlons maintenait guerre et paix. Les imbéciles voient Trump comme un homme de guerre, une réincarnation des dictateurs des années trente. Rappelons qu’il est le premier président américain depuis trente ans à ne pas avoir entrepris de guerre.  Un présumé fasciste qui ne fait pas de guerre !  Son prédécesseur démocrate, très engagé auprès de Biden, Obama, prix Nobel de la Paix,  en a entrepris quatre dont le bilan cumulé est près d’un million de morts – probablement un record dans l’histoire des Etats-Unis . Non seulement Trump, malgré ses rodomontades face à l’Iran n’a entrepris aucune guerre mais il en a ( presque) terminé deux : Irak et Syrie que les démocrates sont prêts à reprendre ; il a pris des initiatives audacieuses à l’égard de la Corée du Nord et des talibans qui ont contribué à un débit de détente avec ces ennemis jurés.  S’il ne s’est pas rapproché plus de la Russie, c’est qu’il en a été empêché par les démocrates qui l’ont poursuivi inlassablement au moyen de procédures judiciaires , finalement avortées mais qui ont paralysé sa volonté de détente. Biden promet de durcir encore la politique américaine vis-à-vis de la Russie : jusqu’où ?

Parlons de démocratie :  Trump l’aurait menacée. Voilà un dictateur qui a 95 % des médias (qui appartiennent aux milliardaires évoqués plus haut) contre lui.  Zuckerberg a bloqué les comptes du président Trump, entièrement privé de moyens d’expression – et à vie ! Le même s’était vanté que ce serait lui, l’homme le plus riche d’Amérique et personne d’autre qui déciderait de qui serait  le prochain président.  Il est difficile de savoir  si leur  effet aura été décisif sur le résultat final mais pratiquement personne ne nie aujourd’hui l’existence de fraudes massives et seul le côté démocrate en est accusé. Quoi qu’il en soit, la démocratie occidentale sort très affaiblie de ce scrutin. Et  pour couronner le tout, voilà  que plusieurs puissances financières, dont une partie de Wall Street, appellent  à licencier ou interdire d’embauche tous ceux  qui auraient   soutenu Trump. Cela n’empêche pas le nouveau président Biden de dire qu’avec lui les Etats-Unis défendront  plus fermement « le monde libre » : on croit rêver.  Ni le journal Le Monde de saluer son élection comme le « retour de la démocratie » !

Il est clair que la gauche française n’a rien compris de ce qui se passe dans le monde depuis trente ans ; elle n’a pas compris que l’abolition des frontières dont elle a fait son cheval de bataille, était le champ ouvert aux très riches au détriment des plus pauvres que seuls les Etats peuvent protéger – et  que quand les écarts deviennent trop importants, la démocratie n’est plus possible . Elle n’a pas compris que c’était elle qui était devenue totalitaire et non les régimes prétendus extrémistes qu’elle dénonce. Pas davantage qu’en ayant abandonné sa dimension sociale, au bénéfice du sociétal, elle n’est plus qu’une   immense imposture destinée à tromper les peuples au bénéfice des puissants, que la haine du populisme sur laquelle elle fonde désormais sa légitimité, est en réalité la haine du peuple.

Si les gens de gauche sincères, attachés à la pax, à la démocratie, à une plus juste répartition de richesses, n’opèrent pas une totale révolution  intellectuelle, s’ils  ne se mettent  pas à regarder  la réalité telle qu’elle est, ils seront  les  complices d’une des plus grandes impostures de tous les temps.

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:09

MALGRE LES EXAGERATIONS COMPLOTISTES, BILL GATES EST VRAIMENT DANGEREUX

18/04/2021

A un moment où se réalise le rêve de Bill Gates : une campagne mondiale de vaccination pouvant déboucher sur une contrainte de masse (passeport sanitaire etc.), il convient de se pencher une nouvelle fois sur le personnage.

Pour ne pas passer pour « complotiste » essayons de poser avec précaution un pied devant l’autre. 

S’agissant de Bill Gates, réputé quatrième fortune mondiale (après avoir été la première), je dirais ceci :

  1. Qu’il ne fait pas de doute qu’il a déclaré à plusieurs reprises – mais pas récemment - qu’il y avait dix fois trop d’hommes sur la terre et qu’il fallait donc réduire la population du globe de 90 %.  Il n’est pas le seul : le chiffre d’un optimum « scientifique » (ce qui n’a aucun sens) de 700 millions habitants circule dans les hautes sphères mondialistes généralement malthusiennes.  Jeffrey Sachs qui, dit-on, conseille le pape le cite aussi.    

 

  1. Qu’il ne fait pas de doute non plus qu’il a, depuis qu’il a pris sa retraite de Microsoft, investi beaucoup dans la santé, en assurant notamment 12 % du budget de l’OMS, où il a donc une grosse influence et où il préconise une vaccination générale de tous les terriens, assorti de l’introduction dans le corps d’une puce électronique permettant de vérifier que tout citoyen du monde est bien en règle.  Inoculation qui doit être expérimentée bientôt au Bengladesh ; vaccination multiple qui couvrirait entre vingt et trente maladies.

L’influence de Bill Gates se traduit entre autres par le rôle clé de certains de ses proches comme le Dr Anthony Fauci, chef de la cellule de crise de l’administration américaine face au Covid  ou le Pr Neil Fergusson, consultant, expert de l’Imperial College de Londres,  auteur du premier plan de confinement basé sur la prévision qu’il y aurait un demi million de morts au Royaume-Uni.

Est-il vrai que des campagnes de vaccination dans certains pays du Tiers monde comme le Pérou ou le Kenya promues par  la Fondation Gates ont permis d’inoculer en catimini aux femmes des stérilisants destinés à faire baisser la natalité ? Cela se dit, mais mérite un examen plus approfondi. Personne ne pense que ce soit impossible.

En tous les cas, la Fondation Bill et Melinda Gates (Melinda est sa femme très impliquée dans ses programmes et qui se dit catholique) est accusée par des médecins indiens d’avoir rendu infirmes des dizaines de milliers d‘enfants en Inde à la suite d’une campagne de vaccination qu’elle avait financée.  L’avocat Robert Kennedy Jr, neveu de l’ancien président    a récolté 410 000 signatures pour que la justice américaine lance une investigation sur ses activités    qui conjuguent le messianisme et les intérêts financiers :

« Les vaccins, pour Bill Gates, sont une philanthropie stratégique qui alimente ses nombreuses entreprises liées aux vaccins (y compris l’ambition de Microsoft de gérer une entreprise mondiale de vaccino-identification) et lui donne un contrôle dictatorial sur la politique de santé mondiale – la pointe de lance du néo-impérialisme d’entreprise » (R. Kennedy Jr).

Ni médecin ni pharmacien, Bill Gates s’est prononcé contre le recours à la chloroquine : qui s’en étonnera ?  Comme tous les traitements du Covid, elle conduirait à diminuer la demande de vaccins.

Quelqu’un comme lui  n’est pas du genre à parler en l’air . Il a montré dans sa vie professionnelle que quand  il  disait quelque chose, il le  faisait . Il est peu probable qu’il laisse le travail  aux   générations  à venir.

Rappelons aussi qu’il voit régulièrement Macron qui vient d’accorder une contribution exceptionnelle d’un demi-milliard à l‘OMS, étonnante générosité à l’égard d’un organisme corrompu quand on sait l’état de délabrement de nos finances publiques. 

Pour écarter encore une fois toute accusation de complotisme, précisons que nous n’accordons aucun crédit à l’idée que Gates aurait pu jouer un rôle dans le déclenchement   de l’épidémie de Covid-19.  Il reste que cet homme  est dangereux.

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:07

LE RASSEMBLEMENT NATIONAL PERD SA CREDIBIITE EN DEMANDANT LA PROPORTIONNELLE

18/04/2021

Une fois de plus,  Marine Le Pen a , il y a quelques jours,  demandé l’instauration de la proportionnelle aux élections législatives , intégrale  qui plus est.

Cela est parfaitement contradictoire avec les attentes que près d’un quart des Français mettent à tort ou à raison dans ce parti.

Si  des millions de Français votent pour Marine le Pen , ce n’est pas pour qu’elle dirige la République à la petite semaine à la  manière  de René  Coty.

Ils attendent , d’elle ou d’un autre équipe de rupture quelle qu’elle soit, un changement complet d’orientation sur toute une série de problèmes majeurs qui ne  cessent de s’aggraver  : non seulement l’immigration  et la sécurité dont le RN a fait son fond  de commerce, mais le fonctionnement  de  l’Etat, la justice, l’éducation nationale, l’administration  locale  et bien sûr la politique économique.

Ces bouleversements espérés par beaucoup  sont  un chantier immense . Est-il nécessaire de dire qu’une coalition    de type centriste, comme elles  qui émanent d’un système proportionnel façon  IVe République, ne trouverait  jamais  une majorité  pour effectuer ces changements ?

Changements que nous appellerions réformes si le mot n’avait été galvaudé par de centaines de pseudo-réformes technocratiques par lesquelles le système s’est prolongé au cours des ans , aggravant chaque jour les problèmes au lieu de les résoudre.

Le général de Gaulle, une référence que les responsables du RN ne devraient pas négliger , disait que quand les hommes  ne sont pas à la hauteur ,   les politiques menées seront mauvaises quelles que soient les institutions mais que ces institutions doivent préserver les   moyens de mener une bonne politique pour les hommes compétents et décidés à prendre en main les problèmes  du pays,  le jour où il s’en présentera – et où le suffrage universel les portera au pouvoir.

 

L’esprit de la Ve République : donner les mains libres aux bons

 

C’est précisément ce que  permettait la constitution de la  Ve République,  assortie de scrutin majoritaire qui   n‘est  pas dans la constitution mais s’en trouve aujourd’hui inséparable. Seul un scrutin  de ce type peut donner à un nouveau  président une assemblée  lui permettant de  mettre en œuvre la politique pour laquelle il été élu : pour  le pire comme aujourd’hui,  pour le meilleur,  faut-il espérer,  demain.  Et l’expérience montre que cette  majorité sera d’autant plus large que l’élu (e) était  au départ  éloigné du système en place : cf. 1981, 2017.

Le système de vote pour lequel  se bat Marine  le Pen n’est pas de gauche, il n’est pas de droite, il trouve ses  meilleurs défenseurs dans le marécage centriste  , celui qui, sous un régime de  proportionnelle,  ferait tous les arbitrages, quel que soit le locataire de l’Elysée.  Autrement dit, avec la proportionnelle, le système , dont nous voyons ces jours-ci à quel degré d’exaspération il pousse   un peu partout les Français, aurait  encore de beaux jours devant lui .  

Réclamer à cors et à cris  le proportionnelle intégrale a une signification très claire : « notre  préoccupation majeure n’est pas  de répondre aux immenses attentes des Français mais d’  avoir un peu plus de places  dans les assemblées et de prébendes dans l’appareil d’Etat » .   Ce n’est  évidemment pas ce que les millions de Français  qui ont voté pour     Marine le Pen attendent d’elle . Si Macron qui, lui, compte  tenu de la  nature  de sa politique  s’accommoderait  tout  à  fait  d’une proportionnelle intégrale,   réussissait à l’instaurer,  aucun espoir ne subsisterait de  résoudre un jour de manière démocratique les  problèmes de la  France. Qui dit centre dit mainstream , national ou international, celui-là même dont nous crevons. La gouvernance mondiale qui a mis la main sur  notre pays  ne lâcherait plus  sa proie. 

 

Roland HUREAUX

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:05

L’INVERSION ACCUSATOIRE

17/04/2021

Imaginons que la Russie entretienne des corps de troupe au Mexique, le long du Rio Grande, frontière avec les Etats-Unis. Qu’elle ait basé là des fusées à courte portée chargées d’armes nucléaires visant les principales villes américaines et les bases. Qu’elle entretienne une armée de 200 000 hommes et des centaines de bases à travers le monde. Qu’elle ait plus de dix porte-avions et de nombreux navires de guerre sillonnant les mers du globe, qu’elle organise ou appuie des coups d’état dans les pays de la périphérie américaine, que ses experts planifient ouvertement l’isolement et le dépeçage des Etats-Unis en plusieurs Etats indépendants. Qui oserait dire que les Etats-Unis sont un pays agressif et qui menace la paix du monde et que c’est la Russie qui est un pays pacifique qui   ne fait que se défendre ?   

Or c’est exactement cela qui se passe, mais à l’inverse. Les Etats-Unis ont des troupes dans les pays baltes et en Pologne, des conseillers en Ukraine à laquelle ils vendent un armement lourd, des fusées chargées d‘armes atomiques en Pologne et une partie l’Europe occidentale, des navires de guerre sur toutes les mers du monde, y compris la Mer noire, 800 bases militaires et 200 000 soldats à travers la planète. Ils ont organisé des « révolutions orange »   en Géorgie, en Ukraine, et faussé les élections en Arménie. Depuis Zbigniew Brezinski, ses meilleurs experts planifient ouvertement d’abord de couper le Russie de toutes les anciennes républiques soviétiques, ensuite de la démanteler en plusieurs Etats.

Pourtant, par une étrange aberration mentale, l’opinion quasi-unanime des décideurs occidentaux, notamment des membres de l’OTAN est que c’est Poutine qui est un agresseur, et que l’OTAN est une pure organisation de défense des Etats dits démocratiques.  Comme Hillary Clinton, de nombreux responsables américains sont intimement persuadés que Poutine, c’est Hitler.  Ils le disent et, ce qui est plus grave, ils le croient, montrant par là leur ignorance de ce que fut le socialisme national, dit nazisme. Pour eux l’annexion de la Crimée est le premier pas d’un plan de conquête du monde comme l’était l’annexion des Sudètes. Pour éviter ce soupçon, Poutine aurait dû s’accommoder de ce qu’était le plan occidental : faire à terme de Sébastopol, symbole de la puissance russe depuis le XVIIIe siècle, une base de l’OTAN,

 

La paille et la poutre

 

Cette forme de cécité si on ose dire aveuglante est décrite dans l’Evangile :

 

Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! (Matthieu 7, 3).

Les Américains qui se sont toujours senti investis d’une mission dans le monde, ont du mal à comprendre la logique d’un Etat classique qui cherche à être respecté dans son voisinage, mais pas à conquérir le monde, pour la bonne raison qu’il n’est porteur aujourd’hui d’aucune idéologie universelle. Poutine ne veut pas convertir le monde à la religion orthodoxe. Cette cécité à une politique classique est si ancrée chez les Américains, au moins l’oligarchie, que les présidents qui ont raisonné de manière classique, en termes d’intérêts et non point de mission, Nixon, Trump, ont fait l’objet d’une réaction de rejet.

Cet aveuglement porte un nom : l’inversion accusatoire, laquelle joue aussi dans la sphère privée : j’accuse mon adversaire précisément des défauts qui sont les miens et pas les siens. On voit ça dans de procédures de divorce…

 

Qui sont les tueurs ?

 

Autre exemple, toujours relatif aux relations Est-Ouest : le nouveau président Biden entièrement pénétré de cette idéologie libérale impérialiste qui caractérise à Washington ceux qu’on appelle faussement les néo-conservateurs, a, à peine installé, accusé avec violence Poutine d’être un « tueur », ce que ses prédécesseurs n’avaient jamais fait. La raison ? Les soupçons de tentative d’assassinat par les services secrets russes, avec des poisons supposés d’origine russe (pour bien signer le forfait !) de Viktor Iouchtchenko, président de l’Ukraine de 2005 à 2010, de l’ancien espion et Sergueï Skripal et de sa fille en 2018, d’Alexeï Navalny, opposant à Poutine en 2019. Aucune, curieusement n’a réussi, ce qui témoigne comme l’a d’ailleurs dit Poutine, d’une singulière maladresse des dits services. Sur le même registre, a été déclenchée par les démocrates une vaste campagne contre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salman accusé d’avoir fait assassiner le journaliste Jamal Khashoggi en 2018, cela bien que l’Arabie soit, elle, un allié des Etats-Unis. Certes ledit prince n’est pas un ange et le forfait, pour le coup, est avéré, mais tous ceux qui se sont intéressés à l’espionnage, singulièrement au XXe siècle, savent que ce genre d’affaires, généralement laissées aux services secrets, n’ont rien que d’habituel et qu’on évite de les évoquer dans les chancelleries.

Que certains veuillent moraliser la politique internationale, pourquoi pas ? Mais quelle extraordinaire hypocrisie de voir que c’est la Maison blanche qui anime cette campagne de presse quand on sait que le président Obama, démocrate comme Biden, prix Nobel de la Paix, dressait dans le Bureau ovale, tous les mardis, la liste des personnes qui, à travers le monde, seraient assassinés sans jugement par la CIA. Ce sont des centaines, voire des milliers de gens que saint Obama a fait ainsi liquider au cours de ses deux mandats. Certes cela se passait (en principe) hors des Etats-Unis et il s’agissait, vous dira-t-on, de terroristes. Mais tout de même : comment Biden qui, come vice-président était étroitement associé à ces opérations, peut-il accuser Poutine d’être un assassin ?

D’un côté, la politique de Biden qui a durci considérablement le ton vis à vis de la Russie et a repris les bombardements en Syrie, de l’autre celle de Trump, qui avait tenté, malgré les innombrables entraves mises par l’Etat profond, d’apaiser les relations avec la Russie, ce qui ne pouvait que sécuriser l’Europe de l’Ouest et presque terminé la guerre en Syrie et en Irak (c’est sur le seul front iranien qu’il a été plus dur que les démocrates, sans jamais aller jusqu’à la guerre.) Quant à son prédécesseur Obama, il a déclenché quatre guerres (Libye, Syrie, Ukraine, Yémen) alors qu’en quatre ans, Trump a été le premier président des Etats-Unis à n’en déclencher aucune.  Malgré ces faits patents, il se trouve des commentateurs pour expliquer qu’Obama n’avait pas vraiment fait exprès de faire des guerres et que si Trump ne l’a pas fait, c’est parce qu’il voulait mais n’en a pas trouvé l’occasion.  Débile ! Les photos publiées pendant son mandat par la totalité de médias occidentaux le montrent l’air furieux, prêt à mettre le feu à la planète alors qu’il fut (avec Carter) le plus pacifique des présidents américains depuis la guerre. 

 

Victoire de la démocratie

 

Après la paix, vient la démocratie, autre valeur cardinale de la gauche historique . Le monde saluait la victoire de Biden comme le « retour de la démocratie. »  Alors que Trump n’a jamais menacé les libertés fondamentales, ayant du mal , déjà, à préserver les siennes, notamment celle de s’exprimer dans les médias et sur les réseaux sociaux. Biden grand démocrate, alors que ses  puissants partisans ont  organisé une fraude gigantesque, suffisante pour renverser le résultat  ou non ? c’est à voir , que les mêmes organisent une censure de l’internet à l’échelle mondiale, qu’ils appellent  les entreprises à licencier ceux qui ont voté Trump ! 

 

Pour que règnent les bons sentiments : un  camp de redressement

 

L’inversion accusatoire se retrouve sur d’autres champs : l’idéologie messianique sur laquelle s’appuie le parti démocrate, ceux qui ont appuyé   Obama puis Biden, est identique à ce qu’il est convenu d’appeler la « pensée unique » ou le « politiquement correct » : favorable aux droits des homosexuels, à la priorité climatique, au libre-échange, hostiles à l’immigration, et donc à toute frontière, et bien entendu antiraciste.  Tous ces bons sentiments donnent une allure gentille à ceux qui s’y réfèrent. Pourtant    ce sont ceux-là qui provoquent des guerres et font monter la tension internationale. Paradoxe apparent : quand on est sûr de la supériorité morale de ses idées, on est prêt à mettre le feu pour les imposer à la planète.  Sur le terrain , leur  gentillesse se change en  une insoutenable intolérance à tous ceux qui viendraient   les contredire , à ceux qui pensent que la famille , c’est d’abord un homme et une femme, que l’urgence   climatique ne  justifie  pas  la destruction  de millions emplois, que les frontières  ont toujours existé et qu’elles sont  nécessaires, que le mélange des races ou des religions comporte des risques de guerre civile,  risques  qu’une élémentaire prudence conduit à ne pas pousser trop loin .  Les idéologues ne sont pas seulement animés de bons sentiments, ils pensent que, livré à lui-même, le peuple en a de mauvais, qu’il est naturellement xénophobe, homophobe, pollueur, protectionniste, raciste et que pour protéger la démocratie de ces mauvais sentiments, il faut  transformer la société en un immense camp de redressement. Tous ceux qui pensent qu’il est tout à fait légitime qu’un groupe se défende, comme tous les groupes l’ont fait depuis la préhistoire, est tenu pour un nazi, qu’aimer son pays, c’est du fascisme. J’ai connu quelques vrais racistes, ayant une hostilité a priori pour tel ou tel groupe racial, mais ils sont peu nombreux. Je n’ai cependant jamais vu chez ces gens autant de haine qu’on en voit chez les antiracistes patentés : Black blocks, No Borders ou Antifas et tous ceux, plus nombreux, qui sans s’y engager directement en   partagent l’idéologie. Là aussi s’observe l’inversion accusatoire : ceux qui dénoncent la haine sont les plus haineux. Mais ils sont si sûrs de la justesse de leur position qu’ils n’en s’en rendent pas compte. Un de mes amis me disait : « j’aime bien les noirs ; le problème est que s’ils sont trop nombreux, ils vont attirer les antiracistes et de ceux-là, je n’en veux pas. Il n’y a rien de pire que la haine antiraciste. »  Les Américains ont construit une société obsédée par les questions de race ; cette maladie se répand en France.

Les partisans des idéologies prétendues « progressistes » ne se rendent pas compte non plus que ceux qui dans le monde, au travers de médias qu’ils contrôlent presque tous, de la Californie à la Pologne, du Pole Nord au cap Horn, leurs valeurs sont promues par les plus grand milliardaires – pas Trump, qui ne jouait qu’en deuxième division. Ils veulent la destruction des Etats, seule protection qui reste aux petits et sont impitoyables pour ceux qui veulent les maintenir. L’extrême-gauche antiraciste, souvent financée par ces magnats, est le roquet chargé de mordre au talon les défenseurs des nations, accusés de fascisme. Contrairement à tous les schémas, le candidat de gauche, Biden, était soutenu par les plus riches des Américains, le candidat de droite, Trump, supposé réactionnaire, par le peuple et les plus bas revenus. L’extrême gauche le tient pour le symbole du pouvoir de l’argent alors que ce sont les puissances financières qui se sont coalisées pour l’abattre, peut-être parce qu’il ne faisait pas la guerre.

L’inversion accusatoire a sans doute toujours existé : « C’est celui qui le dit qui l’a fait » a dit Poutine, utilisant le langage des cours de récréation, en réponse aux accusations d’assassinat. Il reste que le monde actuel a vu ce phénomène s’accentuer. Cela résulte de la place de plus en plus grande prise par les idéologies dans la politique. L’idéologie simplifie tout : il y a les bons et les méchants ; elle est messianique : les méchants empêchent le progrès ; il ne faut pas discuter avec eux, il faut les détruire. Ce sont, comme disait Staline, des « vipères lubriques ». Le mode de pensée idéologique caractérise aujourd’hui les dominants du monde occidental, ceux qui, au travers de leur toute puissance médiatique, défendent la pensée unique qu’ils qualifient de « progressiste ». Le fanatisme aveugle les idéologues. Ils perdent tout sens critique dans leurs accusations et deviennent radicalement incapables de se regarder eux-mêmes avec un peut de recul. Ils   sont dangereux.

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:03

IMPOSSIBLE D’ETRE MONDIALISTE ET LIBERAL

Retour à Jean-Jacques Rousseau

Article publié dans Front populaire

16/04/2021

Il était habituel il n’y a pas si longtemps de qualifier quelqu’un de « libéral et européen ». L’association de ces deux qualificatifs positifs allait presque de soi.

Être ouvert sur l’Europe – et par-delà, sur le monde –, ne pas faire partie de ces nostalgiques à béret basque et baquette repliés sur le  terroir, était une posture éminemment chic.  L’un allait avec l’autre : européen voulait dire libéral, libéral voulait dire européen (nous dirons européiste car chacun est européen, qu’il le veuille ou non,  par la géographie et par la culture. )

Même aujourd’hui, où l’on parle du retour des nations -   surtout hors d’ Europe - , cette formule vaut encore.

 

Le libre-échange contre l’autarcie fasciste

 

Les années trente avaient vu fleurir, sous l’effet de la grande dépression, les politiques autarciques : Allemagne, Italie, l’URSS ayant, elle,  fermé ses frontières dès 1917. Autarcie allait avec dictature, et donc libre-échange avec démocratie.

Cette posture s’est traduite d’abord par une volonté au sortir de la guerre d’instaurer un  libre-échange général , d’abord européen, puis mondial.  Le GATT, créé en 1947,  devenu l’OMC en 1975, s’était  fixé dès le départ l’objectif d’établir un espace mondial de liberté économique qui visait certes l’expansion des échanges et la prospérité générale[1] . Nous en voyons les effets avec la crise actuelle, à un moment où les échanges n’ont jamais été aussi libres !
Mais le libre-échange avait aussi une valeur morale. Il était une manière de se positionner contre les dictatures totalitaires.

C’était oublier que le mahatma Gandhi prêchait aussi l’autarcie (d’ailleurs certains ne l’avaient-ils pas taxé  de fascisme ?) , conscient que l’ouverture du marché qu’ avait imposée  la Grande-Bretagne  à l’Inde dans le cadre colonial avait ruiné son industrie [2].

C’était oublier aussi que le libéralisme politique avait connu son essor  dans la deuxième moitié du XIXe siècle, sous  l’égide  du protectionnisme le plus strict, lequel  avait permis entre autres à l’Allemagne et aux Etats-Unis de devenir de grandes puissances industrielles[3].

Il n’était pas  encore question en 1945  de libre circulation des capitaux , instaurée dans le cadre mondial à partir de 1986, ni de libre circulation des hommes, promue  par le traité d’Amsterdam (1995) destiné en théorie à permettre la liberté de mouvement  des ressortissants  de l’UE au sein d’un espace  unique, mais qui a , de fait, favorisé l’arrivée de plus en plus importante d’immigrants.

 

Vers une gouvernance mondiale

 

Les trente dernières années ont vu, en parallèle,  se développer la perspective d’une  gouvernance  mondiale. Jean Monnet  était déjà un mondialiste [4] , faussement appelé  le père de l’Europe car  il s’est tenu à l’écart du traité de Rome qui a mis  en place les seules  institutions  durables de  la Communauté européenne  et qu’il  a tenté ensuite  de saborder le traité de réconciliation franco-allemand de 1963   Les directives européennes  si souvent mises en cause par les peuples d’Europe, spécialement  en  France, ne sont  pour la plupart que la mise en forme de directives extérieures, de l’OMC, de l’OMS, du FMI, du GIEC. Jacques Attali n’a-t-il pas  dit tout haut que la crise du Covid était l’occasion de créer enfin un Etat mondial ? C’est   aussi ce que dit le président  du Forum de Davos , Klaus Schwab[5],  qui ambitionne un « great reset », ce qui ne signifie nullement un changement de la direction prise  par le monde  au cours des trente dernières années,  mais au contraire une accélération des tendances qui n’entraient jusque-là dans les faits que lentement en raison de résistance de peuples . Le plan de relance européen ne représente que 0,7 % du PIB de l’UE mais il est orchestré de telle manière que pression maximale s’exerce sur la Pologne et la Hongrie pour  qu’elles rentrent dans le rang et acceptent plus de supranationalité sur des sujets sensibles : immigration, mœurs , constitutifs de de leur identité.

Dès avant l’épidémie actuelle, des instances anti-fake news, en d’autres termes de  censure, s’étaient mises en place  à tous les nouveaux : public , à Bruxelles, dans les Etats nationaux, mais aussi privé : les hommes les plus riches du monde, patrons des Gafas, soutiens  de l’ordre mondial, s’arrogent le droit  de filtrer les messages dont ils offrent le vecteur : le président Trump s’est vu privé d’accès aux réseaux   dans les semaines qui ont précédé l’élection du 3 novembre . Tout aussi choquante est la quasi-unanimité des médias des deux côtés de l’Atlantique pour soutenir l’idéologie mondialiste. Pas de démocratie sans une presse non seulement libre mais plurielle.  Pendant ce temps, les tribunaux multiplient les procédures contre toute ce qui ne serait pas  politiquement correct, c’est à dire qui n’irait  pas dans le sens de  pensée dominante en matière d’ouverture à l’immigration, de féminisme (ou plutôt hyperféminisme), d’islamophobie, d’homophobie, de climat , de libre-échange.

 

The great reset

 

L’épidémie du Covid-19 s’est accompagnée d’un recul sans précédent des libertés à l’initiative de  comités  mondialisés qui imposent leur disciplines aux Etats et aux citoyens : les plan de confinement sont presque partout les mêmes. Le seul pays qui s’en soit exonéré (sans avoir plus de malades), la Biélorussie,  est soumis à de fortes pressions.

La menace du réchauffement climatique   sert aussi de moyen de pression sur les Etats, les entreprises et les individus pur leur imposer une bureaucratie et une réglementation de plus en plus lourdes, l’attrition des industries classiques sans considération de la baisse de revenu et du chômage qui s’en suivra.

Malgré ces pressions quasi unanimes de l’ordre mondial contre les opinions divergentes, le suffrage universel a résisté au Royaume-Uni en imposant  le Brexit ; mais comme il risquait  aussi de passer outre les  pressions de médias unanimes aux dernières élections américaines,  une fraude massive a été organisée, dont nous ne connaissons par l’ampleur réelle  mais dont personne ne conteste la réalité , pour assurer la défaite de Trump. Le patron de Facebook, l’homme le plus riche du monde s’était targué d’être celui  qui désignerait le prochain président.

 

Le retour du modèle chinois

 

Il est question de rendre obligatoire, selon le vœu de Bill Gates, deuxième fortune mondiale, la vaccination contre toutes sortes de maladies,  qui serait certifiée par une puce sous la peau. L’immense Chine a déjà établi un contrôle sans égal de sa  population.  Il y a quelques années ce système  totalitaire apparaissent comme un vestige du passé, le signe d’un régime en voie de mutation. Aujourd’hui, loin d’être un cas à part , la Chine pourrait bien être notre avenir. Le principe d’un enregistrement des faits et gestes de chacun, grâce à des caméras omniprésentes, conduisant  à l’attribution  d’une note globale de civisme conditionnant les droits de chacun,  fait son chemin.

Les disciplines de confinement de plus en plus strictes au fur et à mesure que la pandémie recule, vont habituer les terriens à obéir aveuglement et à oublier ces libertés fondamentales qui constituaient le cœur de notre civilisation, même avant la Révolution française.

Autrement dit : à mesure que se profile une gouvernance mondiale, les libertés reculent partout. Cela n’est pas une coïncidence.  Loin d’être libéral, le mondialisme est , de manière intrinsèque, antilibéral et synonyme d’une oppression croissante insidieuse.

 

Relire Jean-Jacques Rousseau

 

Il est un auteur qui avait, à sa manière, prévu cela. C’est Jean-Jacques Rousseau qui, dans le  Contrat social, montre que les états de dimension réduite, comme la république de Genève sont un terrain plus favorable à la liberté et à  la démocratie que les grandes unités politiques. « Le rapport des magistrats au gouvernement  doit être inverse du rapport des sujets au souverain . C’est à dire que plus l’Etat s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer. » ( Livre III, chapitre II). Un Etat comme le France  nécessitait , selon lui, un pouvoir ferme et centralisé : la monarchie louis-quatorzienne puis la République jacobine. A l’extrême, l’Empire russe ou l’Empire turc, par leur immensité, semblaient voués  au  summum de tyrannie[6].  

De ce texte capital, on peut dégager une loi qui devrait inspirer toutes les réflexions de notre temps, et qui contredit les préjugés répandus depuis 1945 : plus un Etat est grand plus les libertés sont opprimées, moins la démocratie est possible. A fortiori si se construit un état continental comme ambitionne de l’être l’Union européenne ou un Etat  mondial. Ajoutons que la suppression des libertés y est d’autant  plus nécessaire que ces nouveau Etats  sont hétérogènes.

Nous retrouvons la réflexion de Pierre Manent[7] sur l’émergence de démocratie en Europe qui , selon lui, n’a été possible que dans  des Etats nationaux homogènes, grands au départ mais devenus , de fait, plus petits  par les  progrès des moyens de communication.

Qui ne sait d’ailleurs que dans les hauts lieux où s’élabore la pensée politique mondiale : Trilatérale, club de Bilderberg, Forum de Davos, CFR, on   planche depuis des années sur les nécessaires restrictions  à apporter à la démocratie , toujours menacée selon ces gens,  par le  populisme,  en vue d’une meilleure gouvernance de la planète ?

Le mondialisme est un ennemi de liberté, comme à plus petite échelle l’est le   centralisme européen [8]; Il faut que cela se sache et que cela soit dit partout car il en va de notre dignité d’hommes et de femmes libres .

 

Roland HUREAUX

 

[1] Selon la théorie de Ricardo dite des avantages comparatifs, appliquée de manière exclusive et sans nuances.

[2] En 1800, l’industrie indienne est au niveau de celle de l’Allemagne. Un siècle après, elles sont à des niveaux complètement différents.

[3] Comme le montre l’économiste belge Paul Bairoch.

[4] " La Communauté européenne  elle-même n'est qu'une étape  vers les formes d'organisation du monde de demain" (Jean Monnet , Mémoires, LP, 1978, tome II, p. 330)

[5] Klaus Schwab & Thierry Malleret,  Covid19 :  the great reset, Forum publishnig, 2020.

[6] Cette idée se trouve déjà, en partie , chez Aristote

[7] Pierre Manent, La raison des nations, Gallimard 2006.

[8] Nous ne parlons pas de fédéralisme européen car il y a belle lurette, en dépit de l’invocation du  principe  de subsidiarité, que l’Europe qui se construit est centralisée  – il ne saurait d’ailleurs en être autrement comme nous l’avons démontré.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:00

DE GAULLE ET MAURRAS

Paru dans la Nouvelle Revue universelle, été 2021

La Nouvelle Revue universelle  ayant consacré un numéro  aux rapports de De Gaulle et de Maurras, il nous parait  utile d’apporter quelques compléments à ce sujet si débattu.

On s’accorde généralement  à  dire que si , dans sa jeunesse, au moment où se formaient sa personnalité et ses idées , Charles de Gaulle fut tributaire de maîtres à penser,  ce fut  , parmi ses contemporains, de Barrès ou de Péguy, voire de Bergson, plutôt que de Maurras.  Barrès semble proche de lui mais le  catholicisme intime de De Gaulle s’en accommodait-il pleinement ?  Péguy, avec son relent  républicain, homme à la mode de ses vingt ans, ne pouvait manquer d’attirer un jeune désirant s’émanciper , sans rupture,  d’une famille royaliste et conservatrice ( « Mes enfants sont devenus républicains »  se désolait sa mère), d’autant que le père du général  avait soutenu la cause de Dreyfus.  Que De Gaulle, comme son père [1],  ait lu régulièrement  L’Action française avait-il plus de signification que pour  un haut-fonctionnaire de l’après-guerre de lire Le Monde [2]?

A ces influences de contemporains,  il faudrait peut-être ajouter le non-dit de celle de Nietzsche qui, il est vrai, imprégnait  alors tant l’air du temps qu’elle n’avait pas besoin d’être directe.

 

Une culture commune

 

Mais à vrai dire, le  jeune Charles de Gaulle était-il vraiment à la recherche de maîtres à  penser ? Il est bien connu que , très jeune,  il  ne se prenait pas pour n’importe qui - à raison d‘ailleurs.  Quoiqu’un peu plus âgé, Maurras avait-il de quoi l’impressionner réellement  ? Les  nombreuses idées qu’ils avaient en commun  n’ étaient-elles  pas si évidentes pour les patriotes de sa génération qu’elles ne pouvaient  guère l’enrichir beaucoup,  soit qu’elles appartiennent  à un fond anthropologique multiséculaire : tout   groupe a besoin d’un chef, ce chef doit être indépendant, il doit être accepté, il ne peut régner de manière arbitraire  mais doit avoir les moyens d’agir , soit qu’elles proviennent de l’histoire de  France telle qu’elle  lui avait été  enseignée  par   son père , catholique , monarchiste,   patriote et professeur d’histoire : la France, fille aînée de l’Eglise, sa place centrale dans l’ Europe, l’importance de l’héritage capétien, le rôle de l’Etat, la menace allemande.

Maurras n’a  en effet  pas tout inventé :  dès l’enfance, De Gaulle connaissait comme lui  la politique des rois capétiens, de François Ier, de Richelieu. L’un et l’autre  avaient lu  Michelet, Renan,  Taine.  Ils  étaient tous les deux tributaires d’une culture commune, largement  répandue dans la bourgeoisie patriote ( et la noblesse !)  du XIXe siècle  qui suffit à expliquer leurs convergences sans qu’il y ait lieu d’en déduire  une influence. Convergence aussi sur une vision organique de la société , issue chez  Maurras des nostalgies de l’Ancien régime, atténuée chez De Gaulle qui la trouva davantage dans le  catholicisme social de la Tour du Pin  et qui, de toutes  façons, était dans l’air du temps.

Cela ne doit pas nous conduire à sous-estimer leurs différences.
La première  explique largement que De Gaulle n’ait jamais vraiment cherché à restaurer la monarchie : son  refus radical de toute démarche  utopique .

 

Le refus de l’utopie

 

Le XXe siècle fut le grand siècle des utopies – autrement dit des idéologies. Ce n’est pas par hasard si  De Gaulle   se trouva toujours dans le camp adverse de  ces idéologies  : contre le socialisme national  ( dit en allemand nazisme), même si le sens du combat de la France libre fut d’abord  de libérer le territoire,  contre le communisme   : les puristes lui reprochent , à tort selon nous, l’orientation anticommuniste du RPF ; contre l’utopie  de l’intégration franco-algérienne, contre l’Europe monnetiste qui n’était en réalité qu’un faux nez de l’utopie mondialiste,  aujourd’hui hégémonique. Face au mondialisme,     le combat commença le soir du 18 juin , où Monnet qui en était un ferme partisan[3]  intervint  pour que la BBC ferme ses portes à   De Gaulle,  ce que Churchill refusa !  Et personne ne doit être choqué que la guerre étant selon lui déjà perdue par l’Allemagne, il ait pensé que la survie de la France allait  se jouer au sein du camp des  vainqueurs.

Les utopistes construisent le  modèle d’un Etat -, ou super Etat, que, s’ils sont au pouvoir, ils cherchent à  réaliser , arbitrant au besoin  en faveur de l’utopie contre l’intérêt national.  Quoique son utopie ait été plus bénigne que d’autres, Charles Maurras  suivait  une logique  analogue : posant un modèle d’Etat idéal, monarchique et corporatiste , il  subordonna  tout à sa réalisation.   De Gaulle était complétement étranger à cette démarche. Sa pensée politique est assez claire : une finalité  simple : le bien commun ( à cette expression thomiste, il substituait en général celle d’intérêt national ), entendu  pour lui au sens large : pas seulement  la poule-au-pot mais la rayonnement de la France  ( ne comportant aucune agressivité  ) et, à partir de là,  la recherche au jour le jour des moyens les plus pragmatiques , compte tenu des  circonstances, pour l’atteindre . Un de ses premiers textes, Doctrine a priori ou doctrine des circonstances  posait les jalons de cette démarche, au moins en matière militaire.  Elle  exclut   tout ce qui pourrait  perturber cette recherche de l’intérêt national   : sujétion externe, féodalités internes,  projets parasitaires comme le sont les projets idéologiques : construire le socialisme, construire l’Europe  ( ce que Hayek appelle le « constructivisme »)  . Le  chef est, au sens biblique,  le « pasteur »[4]   de son peuple et  rien ne saurait  l’éloigner du souci exclusif  de son troupeau.  Issu d’une famille monarchiste riche d’historiens,  sachant tout  de l’histoire de France,  De Gaulle   n’était sûrement  pas  un républicain de cœur (ce que les gens de gauche savaient  ). Eut-il accepté de favoriser une  restauration ?  Peut-être mais dans le cadre conceptuel que nous venons de décrire, la question, pour lui,  ne se posait pas.    Aux raisons qu’on lui prête de ne pas l’avoir fait, comme l’attachement  d’une majorité de Français  à la  République   ( plus  assurée alors, surtout en 1945,  qu’aujourd’hui), il faut ajouter sans doute le jugement qu’il portait sur la personne  du prétendant dont il n’ignorait rien  , qui avait sans doute le profil  d’un héritier  mais sûrement pas celui  d’un refondateur :  peut-être aurait-il trouvé grâce aux yeux du général s’il avait été à ses côtés dans la Résistance dès juin 1940.

La realpolitik avant l’idéologie : c’est ce qui le conduisit à marquer en 1936  une  préférence discrète  pour le camp républicain dans la guerre civile espagnole, sur une base tout à fait  différente d’un Bernanos. Maurras exprima  d’emblée  son soutien  à l’insurrection franquiste proche de son idéologie traditionnaliste. De Gaulle qui n’avait  sûrement aucune sympathie pour un camp où l’on exécutait les prêtres à tour de bras,   ne vit que le risque , si Franco  l’emportait,  d’installer la Wehrmacht  de l’autre côté des Pyrénées. Son rapprochement de  la démocratie  chrétienne comme ami du journal  Temps présent, fut davantage la conséquence que la  cause de cette prise de position toute entière dictée par la géopolitique.

C’est plus ce réalisme  que la sacralisation de l’Etat-nation, qui le conduisit à rejeter plus tard  l’Europe supranationale[5] :   « Je vois, dit–il,  l’Europe comme un ensemble de nations indestructibles. A quelle profondeur d’illusions ou de parti pris faudrait–il plonger pour croire que les nations européennes forgées au cours des siècles par des efforts ou des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie et  son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en former qu’un seule ? [6]» 

Le réalisme est pour le chef , quel qu’il soit,  un devoir absolu  vis à vis duquel toute défaillance, - toute « chimère » disait-il -,   ouvrirait  la brèche à un intérêt étranger à celui du  peuple dont il a la charge, comme la chimère de l’Europe supranationale  l’a ouverte  aux intérêt américains.

Certains diront que De Gaulle céda une fois à la tentation de l’utopie , au soir de sa vie, en voulant instaurer la participation . C’est ce que pensait Pompidou. Pour toutes sortes de raisons, ce fut un échec.

Maurras n’aurait pas, en théorie,  récusé l’ obligation de réalisme. Mais      comment  des maurrassiens  qui se veulent  réalistes  peuvent-ils  , sans tenir   aucun compte des circonstances  , prétendre que De  Gaulle n’aurait  pas dû remettre en selle les partis en 1943-1945, ou faire le jeu ( à ce qu’ils disent ) du  parti communiste, comme si,  face à la volonté féroce de Roosevelt, excité par Monnet,  de le faire disparaitre, et   la France avec lui,  il avait eu le choix ?  Les mêmes ou d’autres s’imaginent qu’il lui aurait suffi en 1962 de claquer du  doigt pour garder l ’Algérie française, ignorant tout du  contexte international de l’époque. 

Ces  considérations  nous conduisent  à une dimension essentielle du réalisme revendiqué par le  général de Gaulle : son  réalisme  géopolitique.

 

Réalisme géopolitique

 

De Gaulle, homme très ouvert aux  cultures étrangères, au moins européennes, et qui dès avant 1940 avait voyagé ( en Allemagne, comme étudiant puis comme prisonnier, en  Pologne, au  Liban) parlant trois ou quatre langues , se distingue  par un réalisme  géopolitique impitoyable  : il sait,  dès juin 1940,  de science certaine,  que compte tenu de ce  qu’ Hitler, loin d’être  un dictateur classique , est  animé d’une  volonté de conquête sans limites ( ce que d’autres, qui le prenaient pour un simple dictateur, ne savaient pas ) ,  et de  ce qu’est la puissance des Etats-Unis, l’Allemagne perdra  la guerre. Ce n’est pour lui ni  un pari  ni une prophétie, c’est une certitude raisonnée.

Dès lors que les deux grand vainqueurs  de la guerre, Roosevelt et Staline voulaient mettre fin  à la colonisation, et qu’un vent très fort dans ce sens   soufflait dans le monde,  il était tout aussi  clair qu’elle   se ferait et que, comme tous les  mouvements  historiques, bons ou mauvais , la décolonisation  irait jusqu’à son  terme.  En 1962, nous avions contre nous, sur l’Algérie, les Etats-Unis et l’URSS   mais aussi la Chine, tout le Tiers monde et    tous les Européens, Espagne de Franco comprise, sauf le petit Portugal  qui en s’accrochant à son empire, comme on  aurait voulu que De Gaulle le  fît, a retardé de  12 ans le train de l’histoire   – et l’Afrique du Sud qui, dans un contexte différent,  a gagné trente ans. Le réseau diplomatique américain avait été, partout dans le  monde,  mis par Kennedy  au service de la cause, non seulement de l’indépendance de l’Algérie mais du FLN. Ceux qui ne savent rien de la diplomatie    s’imaginent qu’on peut faire fi d’une hostilité générale de la communauté internationale. Ces forces terribles qui nous ont permis, et heureusement, de gagner la guerre mondiale et qui ont ensuite imposé la décolonisation, de Gaulle est pourtant le seul Occidental depuis 1945 à les  avoir   affrontées, mais sur un terrain moins miné que l’Algérie,   entre 1966 et 1967  (  OTAN, étalon-or, Vietnam, ouverture à la Russie, Proche-Orient, Québec) , profitant d’ une fenêtre de tir étroite : fin de la guerre d ‘Algérie, début de la détente, économie française  forte . Que cela ait abouti à cette « révolution orange » que fut mai 68 n’enlève rien à l’immense prestige que la France en a tiré :  le général  avait-il vraiment besoin de Maurras  pour savoir que la France devait se faire le champion des  petits pays contre les puissants ?  Et quelle stupidité de la part de ceux qui crurent se venger de l’indépendance de l’Algérie  (pas à l’Action française heureusement ) en épousant la cause américaine contre le général !  

De Gaulle s’est  montré plus maurrassien  que beaucoup de maurrassiens, dans la question  algérienne   en prenant en compte dans toute sa force le  fait national arabe à l’encontre de ceux qui pensaient que le sentiment national serait réservé aux Français.  Dans cette tragique affaire,  a peut-être joué   aussi l’influence,  bonne ou mauvaise  , chacun en jugera, de ce maurrassien repenti que fut Bernanos, lequel  renforça la conviction du général  qu’il n’était pas digne de la France de  Saint Louis    de se s’imposer par la force à d’autres peuples.  « Bien sûr que nous pourrions rester en Algérie, dit  une fois  De Gaulle à Peyrefitte, mais nous aurons à refaire  une  guerre  tous les dix ans ».

De Gaulle s’était déjà  trouvé plus  fidèle à Maurras que Maurras lui-même en mettant en avant la dimension politique  de la France libre :  comment le champion du « politique d’abord » a-t-il pu déplorer    que la résistance française se soit donnée d’emblée une dimension politique , et écrire qu’elle aurait dû se contenter  de créer une légion française sous les ordres des Anglais[7] ? Pour comprendre le 18 juin, il manquait à Maurras une théorie de la légitimité qui ne fut pas circonscrite à la seule alternative monarchie/république . Cette théorie , aux fondements  anthropologiques, De Gaulle en eut l’intuition, le Père Gaston Fessard la formalisa dans ses écrits de résistance [8]: le prince, par essence,  ne saurait être esclave ; et si le pays a perdu la liberté , c’est celui qui combat pour la retrouver  qui seul est légitime.

Il reste que sur la  question du réalisme politique,  De Gaulle et Maurras ne se distinguent  pas  quant aux principes, seulement quant à leur application .  Toute autre est leur  divergence   non seulement quant au regard qu’ils portèrent   sur la Révolution française mais, plus profondément,  sur l’idée de liberté.

 

Chateaubriand

 

Il est un personnage clef qui fut une référence  pour Charles de Gaulle et que Maurras, dit-on, détestait, c’est Chateaubriand. La Nouvelle Revue universelle  n’en parle pas. Il se peut que    l’influence de Chateaubriand  fut plus décisive sur De Gaulle que celle de  ses  contemporains   cités plus haut .  Il y avait d’ailleurs un culte familial  du    grand écrivain dont sa  grand-mère avait écrit la  biographie.

Qu’ont en commun ces deux hommes, en dehors du style où à l’évidence  De Gaulle se mit , avec quelque  succès,  à l’école de Chateaubriand  ?

D’abord le refus d’opposer la France de l’Ancien régime et celle de la Révolution, refus qui fut aussi celui de Tocqueville, cousin et , à bien des égards, disciple de Chateaubriand. Ce dernier fait part dans les Mémoires d’Outre-tombe des sentiments qu’il éprouvait  durant la bataille de Waterloo :   il n’y était  pas présent mais il se surprenait, au rebours  de ses idées et de ses intérêts de carrière, à souhaiter la victoire des armées françaises. Pour De Gaulle,  qui en traite dans La France et son armée,  les victoires de Hoche et de Bonaparte   ne participent pas moins à la gloire de la France que celles de Condé et de Turenne.

Cette conception pourrait se résumer à l’acceptation de l’union des contraires, qui ferait la richesse d’histoire de France. Elle va plus loin chez l’auteur du Génie du christianisme . L’ histoire de l’Europe chrétienne , à la différence  des autres civilisations, est traversée selon lui d’un grand   souffle de liberté, liberté féodale d’abord (sur laquelle De Gaulle et Maurras étaient sans doute  moins enthousiastes), libertés communales, et même liberté révolutionnaire sachant que, « la liberté ne doit pas être accusée des forfaits   que l’on commet en son nom[9] ».

Rien d’étonnant à cela car pour lui,  la liberté est chrétienne : « La liberté est sur la croix du Christ, elle en descend avec lui [10]».    « Le génie évangélique est éminemment favorable à la liberté [11] ».

Mais elle est aussi  inscrite dans le droit naturel : « La liberté ne vient point du peuple, elle ne vient point du roi ; elle ne sort point du droit politique, mais du droit de la nature.  Ou plutôt du droit divin. Elle émane de Dieu qui livra l’homme à son franc arbitre[12] » . C’est pourquoi ce lien entre religion et liberté est   pour lui plus large que le christianisme :  dès le Rome antique, note-t-il, « la religion est source de la liberté[13] ».  Ce libéralisme de l’école de Burke est, faut-il le rappeler,  inséparable d’une tradition .

La liberté et non les libertés,  une expression où le maurrassisme rejoint curieusement le    positivisme juridique qu’une certaine gauche a imposé aujourd’hui à l’Université pour contrecarrer  la vieille conception chrétienne du droit naturel – notamment en  matière sociétale.

Cette conception selon  laquelle la liberté est une valeur essentielle  conduisit Chateaubriand à s’opposer aux théoriciens monarchistes de ce temps, en premier lieu Bonald  et de Maistre, partisans d’une conception compacte , holiste dirions-nous, du corps social selon laquelle « les individus n’existent que dans et pour la société [14]» (L.de Bonald). Une vision organique où ordres,  corporations et compagnies  enserrent l’individu  de toutes parts, comportant  une conception autoritaire et  clanique  de la famille telle   que la défendaient les réformés   et que le Concile de Trente combattit pour mettre en valeur le couple [15]

Avec une ironie discrète Chateaubriand raille cette position : « C’est en vain que la piété (ce mot désigne chez lui avec condescendance une certaine apologétique contre-révolutionnaire) a prétendu que le christianisme favorisait l’oppression ( l’autorité) et faisait rétrograder les jours : à la publication du nouveau pacte scellé du sang du juste, l’esclavage a été effacé du code romain[16] ». Il dénonce ailleurs le fait que certains contre-révolutionnaires haïssent tant la liberté qu’ils  en viennent à rêver de  l’Empire turc ( qu’il détestait).

Fidèle à cette vision  chrétienne de  la politique, Chateaubriand fut un homme de  principes, sacrifiant à deux reprises sa  carrière et ses intérêts financiers  à ce qu’il estimait être la justice : il était prêt à servir Napoléon, comme il l‘avait fait à l’ambassade de France à Rome,  et aurait,  selon nous,  été pour lui un ministre des Affaires étrangères plus loyal que Talleyrand ; mais il  rompit avec lui  quand le duc d’Enghien fut fusillé. Il servit Louis XVIII qui ne l’aimait pas  et démissionna à nouveau de ses fonctions de pair de France (avec les conséquences financières  subséquentes) face à ce qu’il tenait pour l’usurpation de Louis-Philippe (ce qui l’éloigna de  Tocqueville, qui, lui,  s’accommoda de l’ orléanisme).  

« Il propose un modèle à tous ceux qui refuseront la Monarchie de juillet, le Second Empire, le ralliement , les inventaires, la décision de Rome condamnant l’Action française , à ceux aussi qui refuseront d’un  même élan la défaite de juin 1940 et Vichy » (Jean Touchard[17]) . 

Cette rigidité  dans les principes anticipe celle du père de Gaulle demandant une minute de silence à ses élèves au motif qu’en condamnant Dreyfus, la France  s’était déshonorée. Elle devait inspirer le refus de tout antisémitisme de la part du général. Rien à voir  avec ceux pour qui le sort  d’un homme importait peu face  au  prestige de l’armée.

De Gaulle ,  héritier de  Richelieu  , était assurément attaché à l’obéissance à l’Etat mais, pour lui, comme d’ailleurs pour  la tradition chrétienne, elle n’était pas un absolu. Il ne se serait pas permis de récuser la parole du Magnificat Deposuit potentes de sede qui gênait tant Louis-Philippe et Maurras, mesurant au contraire qu’elle était à l’honneur  de  l’Occident.

Chateaubriand d’un côté, de Bonald[18]  de l’autre, voilà le commencement de deux écoles du catholicisme politique français qui ne cessèrent de s’opposer (la troisième, la démocratie chrétienne  n’étant pas encore née ).   L’opposition De Gaulle-Maurras ne se comprend pas sans référence à  celle de Chateaubriand et de Bonald.

Une opposition qui a d’autres dimensions : ainsi une meilleure acceptation du fait de la modernité et le sentiment qu’il existait des  évolutions inéluctables   de la part aussi bien de Chateaubriand et De Gaulle,   mais sans le moindre optimisme chez l’un comme chez l’autre vis-à-vis du supposé « progrès ». Cela conduisit le vicomte à  cette parole prophétique, qui éclaire si bien ce à quoi  nous assistons aujourd’hui : « Si la religion chrétienne s’éteignait, on arriverait par la liberté à la pétrification sociale où la Chine est arrivée par l’esclavage[19] » :  qu’en pensent ceux qui, de son temps et de nos jours,  disent d’un ton narquois  que Chateaubriand  était trop bon  écrivain pour être  un penseur  ?

Plus radical que les maurrassiens  quant au réalisme et au primat du politique et par là éloigné de toute utopie,   tel apparait de Gaulle. Mais en même temps,   disciple de Chateaubriand , il réserve mieux que  Maurras la part de la liberté , inséparable   d’une vision spirituelle du destin de l’Europe lequel ne s’arrête    pas pour lui en 1789 .  Cela n’est contradictoire  qu’en  apparence   : le général  savait que dans les dures réalités de la politique, nationale et internationale, les interstices par où peut passer la lumière sont rares .  Le responsable politique doit    se tenir à l’écart de la double tentation de l’idéologie ( il disait les « chimères ») qui  mêle dangereusement des plans  qu’il faut tenir séparés et d’ un positivisme  prosaïque  qui   donnerait un tour absolu aux réalités politiques.   Comme la nature et la grâce, le réalisme le plus froid et l’idéalisme de fond   ne se contredisent pas pour le chrétien qu’était de Gaulle.

                                  

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Henri de Gaulle cessa cependant, la mort dans l’âme,  de lire l’Action française après sa condamnation par Rome en 1926.

[2] Il nous semble que Le Monde a  heureusement  perdu une partie de son prestige de journal de référence dans la haute administration.

[3] Il le dit à la fin de ses Mémoires : la construction européenne n’est qu’un terrain d’expérience en vue d’une entité mondiale (Livre de poche, tome 2 , page 794) .

[4] Cf. Roland Hureaux, Pasteurs et scribes dans l’Eglise et dans l’Etat , in Liberté politique n°22, printemps 2003. Dans l’Ancien testament, un pasteur est tout simplement un chef.

[5] De Gaulle ne parlait jamais d’Europe fédérale sachant qu’il ne faut pas donner un nom positif aux idées que l’on combat . Il préférait l’épithète de supranationale, plus juste au demeurant.

[6] Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, tome 1, page 200.

[7] Op.cit. page 108 ( article de Gérard Leclerc et Bertrand Renouvin), article repris d’Aspects de la France, 19 novembre 1970.

[8] Gaston Fessard, Le prince esclave, Criterion 1989

[9]  De Buonaparte et des Bourbons, 1814.

[10]  Notes et pensées .

[11] Mémoires d’outre-tombe, 3e partie, 2e époque, Livre I , _.

[12] Opinion sur le projet de loi relatif à la police de la presse 7 mai 1827.

[13] Génie du christianisme , 4e partie , VI, 11

[14] Théorie du pouvoir politique et religieux , 1794.

[15] Le Concile de Trente considéra qu’un mariage conclu entre deux majeurs ne nécessitait pas l’accord de leurs parents, ce que n’admettaient pas Luther, Calvin, Rabelais et le Parlement de Paris.  Paris et le Bassin parisien appartenaient à  la France individualiste ( décohabitation des générations,  pas de droit d’ainesse), celle-là même qui soutint la Ligue catholique . 

[16] Génie du christianisme , 4e partie , VI, 11

[17] Jean Touchard, Histoire des idées politiques, PUF , tome 2, page545.

[18] Et de Maistre .

[19] Mémoires d’outre-tombe,  Appendice  XXV.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:54

DIEU SEUL SAIT QUI JE SUIS

Paru dans la Revue Resurrection 

11/04/2021

Chacun porte en soi une certaine idée de lui-même. Une idée qui est aussi une image.

Elle peut varier dans le temps et selon les péripéties de la vie ou même selon les interlocuteurs, mais elle est un fait humain. Il n’est pas sûr que les animaux aient une idée d’eux-mêmes.  

Elle se développe à partir du premier âge.  Selon le psychiatre Jacques Lacan, elle apparait à ce qu’il appelle le « stade du miroir », quand l’enfant réalise que l’image qu’il voit dans un miroir est lui-même. Cela suppose une « castration », une séparation douloureuse du sein maternel avec lequel il entretenait jusque-là une relation fusionnelle. L’individu nait dans la douleur.

 

Je est un autre

 

Rien ne dit  que cette image de nous-mêmes a  dans notre esprit un statut différent de l’image que nous pouvons avoir de tel ou tel autre. « Je est un autre » disait Arthur Rimbaud, ce qui peut vouloir dire que quand je pense à moi-même, je pense à quelqu’un d’objectivé ,  d’extérieur . Le moi qui ne pense pas à lui-même pense le monde , il est un sujet. Mais dès lors qu’il pense à lui-même, il se dédouble, il s’objective.  Il y a un décalage entre le moi qui pense et qui embrasse l’univers et le moi  auquel je pense, ce dernier étant nécessairement circonscrit.

Cette image que j’ai de moi ne peut être que partiale et partielle donc fausse. Certaines données objectives seront justes : mon âge, la couleur de ma peau, de mes cheveux, ma date de naissance,  le nom qu’on m’a donné à l’état civil ( mais qui est arbitraire , j’aurais  pu m’appeler autrement, toute  identité en un sens est fausse ). Pour le reste, je peux avoir une idée excessivement flatteuse de moi-même : par l’intelligence, la beauté, le rang social,  plus difficilement  la richesse  qui a un caractère objectif, encore que le sens que je lui donne soit  sujet à variation. Pour ce qui est du rang social, que peut-il signifier pour un croyant qui  reçoit sur ses lèvres dans sa matérialité le Seigneur de l’Univers ?

Je peux au contraire avoir une idée dépréciée de moi-même : par timidité, complexe, souvenir de quelque échec, conscience de certaines faiblesses morales de type addictif.

Certains refusent même leurs caractères objectifs. C’est le sens de la théorie du genre : la vraie identité sexuelle est , selon eux, dans l’image du moi, non dans ma réalité physique. Conception dont on sait ce qu’elle a de contestable pour qui croit que nous devons nous accepter tels que Dieu nous a créés. Céder à cette tentation prépare à bien des déconvenues, tant cette insatisfaction de ce qui nous constitue est généralement le signe d’autres manques, plus fondamentaux,  qu’une opération contre nature ne viendra pas combler. En revanche, si je nais ignorant, ce qui n’a rien de définitif, rien ne m’interdit de m’instruire !

Derrière la question du  sexe , se trouve celle de l’orientation sexuelle : on en sait le caractère incertain : beaucoup sont partagés entre tendances masculines et féminines . Peut-on parler, comme certains le font,  de « personnes homosexuelles »  comme s’il s’agissait d’un caractère objectif  et définitif, d’une essence qui précéderait l’existence  ? Peut-être,  mais     intervient  dans tous les cas l’image de soi qu’ont les uns et les autres et qui  n’est pas forcément prédéterminée.

Certains êtres, pas forcément des intellectuels,  vivent leur vie « sans se poser de questions » . A l’autre extrême, d’autres ne cessent de se  demander de manière obsessionnelle, et parfois de  demander à leurs proches,   ce qu’ils sont « vraiment » . C’est une forme de névrose. Elle enferme sur soi et rend incapable d’une vraie attention aux autres. Mais ne jetons pas la pierre à ceux qui en sont atteints : la névrose est d’abord  une maladie dont il est difficile de se guérir.

Vraie ou fausse, l’idée que je me fais de moi-même  laisse bien des zones d’ombres. L’Eglise n’a jamais récusé l’idée freudienne que la conscience de soi laissait dans l’obscurité un vaste territoire inconscient où il se  passe bien des choses que nous ignorons. Même si je  n’en suis  pas responsable , il fait partie du moi. Etonnante conversation rapportée par André Malraux, notoirement agnostique,  entre lui-même et Charles de Gaulle. De Gaulle : « Vous croyez que vous ne croyez pas ». Malraux « Vous croyez que vous croyez». Certaines circonstances peuvent révéler le peu de foi de ceux qui se tiennent pour croyants et l’inverse. Quand je dis « Credo » est-ce que je ne me la joue pas un peu ? C’est ce que Jean-Paul Sartre appelait la « mauvaise foi », qui est en réalité une bonne foi fallacieuse.  Faut-il à l’inverse prendre toujours au sérieux tel adolescent en révolte qui dit « Je ne crois plus en Dieu » ?

 

Qu’est-ce que je vaux ?

 

L’image que je me ferai de moi-même n’est pas seulement un ensemble de caractères physiques, moraux ou sociaux, elle  s’accompagne  généralement d’un jugement de valeur.

L’Eglise a longtemps tenté d’orienter les hommes vers une idée supposée objective de soi , notamment  au travers de la confession. Mais ses meilleurs disciples, les saints, ont  le plus souvent une idée très diminuée  d’eux-mêmes : par souci d’humilité,  et aussi parce que mieux que l’homme ordinaire, ils mesurent la distance abyssale entre ce qu’ils sont et ce qu’ils devraient être. Plus on est saint, plus on se sent pécheur.

Il fut un temps où l’Eglise semblait se complaire à abaisser les hommes , fidèle en cela à  saint  Paul qui se traite lui-même d’ « avorton » ou à saint  Augustin dont on ne saurait oublier  l’«  inter  feaecem et urinam nascimur », thèmes repris  à sa manière par  L.-F.  Céline : « La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c’est qu’elles ne doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d’étourdir, elles cherchaient pas l’électeur, elles sentaient pas le besoin de plaire (…). Elles saisissaient l’Homme au berceau et lui cassaient le morceau d’autor. Elles le rencardaient sans ambages : «  Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu’une ordure… ».

On reconnait en transparence dans ces paroles sévères, la théorie du  péché originel. 

Face à elles, la tentation est au contraire de se nourrir, collectivement  ou individuellement d’illusions, de céder à la tentation du narcissisme . C’est sans doute pourquoi Pascal assène que « le moi est haïssable ».

Et pourtant on peut se demander si, pour le commun des mortels,  quelques illusions ne sont pas ,  en ce bas monde,   utiles dans la mesure où elles aident à vivre.

Et trop se mépriser, n'est-ce pas faire injure à Dieu au travers de sa créature ? Ce n’est pas le chemin que prend le Psalmiste :

 

A peine le fis-tu moindre qu’un dieu,

Le couronnant de gloire et de splendeur (Ps 8, 6)

 

Ou encore :

 

« C’est toi qui m’a formé les reins,  

Qui m’a tissé au ventre de ma mère

Je te rends grâce pour tant de merveilles

Prodige que je suis, prodige que tes œuvres » (Psaume 139 13-14).

 

L’art est sans doute de ne se faire aucune illusion sur soi mais de s’aimer soi-même malgré tout. Les spiritualités qui cultivent le mépris de soi ont été dénoncées admirablement par Paul Valéry : « si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie. » Impossible d’aimer les autres sans s’aimer soi-même, quelque imparfait qu’on se trouve.

Qui suis-je ? Une fois dépassées les indications de l’état-civil, la question  est en réalité indécidable . Les existentialistes diront que je suis en définitive ce que je me fais. Les lecteurs de l’Ecriture verront que si rien ne semble  déterminé à l’avance, en dehors des caractéristiques de  l’espèce soumises à la loi  naturelle, ( et donc à ses contraintes),  c’est Dieu qui me révèle ma vocation : en appelant les prophètes, il les élève à un grand destin qu’ils n’avaient pas décidé eux-mêmes, sinon en répondant à l’appel ; de même les apôtres : qui eut cru que Simon,  pécheur sur  le lac de Tibériade,  deviendrait Pierre  le premier évêque de Rome ? Significativement il arrive que Dieu change les noms de ceux qu’il a ainsi élus : d’Abram en Abraham, de Simon à Pierre . Combien de destins transcendés par l’affirmation soudaine ou progressive d’une  vocation – ou des concours de circonstances heureux. Vocation vient de vocare, appeler, ce  qui implique que quelqu’un appelle. Et celui qui appelle sait bien entendu mieux que nous ce que nous sommes, ce qu’est comme on dit aujourd’hui notre « potentiel », sachant que  bien entendu certaines destinées  exceptionnelles s’affirment aussi hors de la foi ( mais non hors de Dieu) .

Le problème est que Dieu a sans doute une vision de ce que nous sommes sous la forme d’une trajectoire de vie optimale et que,  dans les faits , nous nous tenons  très  en dessous de cette trajectoire. Le péché est tout entier dans ce décalage. Notre véritable identité, celle que Dieu seul connait, est cette trajectoire ; le reste est pur déficit.  Je suis pour Dieu, le saint que je pourrais être.

 

Dieu seul me connait

 

Tout le psaume 139 est consacré à cette question angoissante de l’homme qui se demande ce qu’il est. La réponse lui est donnée d’emblée : si tu ne sais pas qui tu es, Dieu, lui le sait :

 

Yahvé, tu me sonde et me connais

Que je me lève ou m’assoie, tu le sais

Tu perces de loin mes pensées

Que je marche ou me couche tu le sens,

Mes voies te sont toutes familières (Ps 139, 1-3)

Et quid de ma valeur ? Suis-je bon ou mauvais, un honnête homme ou un gand pécheur ? Que valent mes actions ? Là aussi, il est clair que Dieu seul le sait.

Il est écrit en effet : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Luc 6, 37, qui figure aussi en  Matthieu 7,1).  Il est sans doute nécessaire de le préciser : le premier que je ne dois pas juger, c’est moi-même . Une interdiction absolue qui ne laisse d’autre option que de  s’abandonner au jugement de Dieu. Et ce jugement ménage bien des surprises !

D’abord  aux justes eux-mêmes  :

Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ?" Et le Roi leur fera cette réponse : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. " (Mt 25, 35-40)

Mais  aussi aux méchants :

Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?"

Alors il leur répondra : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. " (Mt 25 , 44-45)

Ce sont leurs  actes qui les  jugent mais ni les uns ni les autres ne s’en souviennent. Faut-il vivre dès lors dans l’angoisse du péché et du jugement de Dieu ? A qui bon ? Faisons le bien. L’aurai-je fait assez ou pas assez ? C’est Dieu qui jugera et d’avance je m’abandonne à son jugement, sachant que « l’amour bannit la crainte. Car la crainte suppose un châtiment et celui qui craint n’est pas consumé par l’amour »  (Epitre de Jean 4, 18).

Arraché du  sein de sa mère, l’individu qui a tant de mal à s’identifier, ne peut  retrouver la sérénité que dans le  sein  du Père.

                                                                  Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:52

QUI VEUT LA MORT DES RESTAURANTS FRANÇAIS ?  

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co401090/qui-veut-la-mort-des-restaurants-francais

11/04/2021

Si l’on dit que nos restaurants sont victimes d’un complot international, ce serait mal vu, à un moment où l’accusation de complotisme a remplacé celle de fasciste ou de populiste !  

Mais un complot se passe dans l’ombre ; or c’est au grand jour  que le livre de Klaus Schwab, président fondateur du Forum de Davos,  sur le Great reset (en français, la grande remise à zéro,  après le Covid ) annonce à la page 2I7 (version anglaise) qu’en France et en Angleterre ,  «  75 % des restaurants indépendants ne survivront pas  au confinement et aux  mesures de distanciation »  mais  que « les chaînes et les fast-food , eux,  vont survivre ». Comme par anticipation, il y a quelques jours, à la gare Montparnasse et autour, je m’étonnais que tous les restaurants et cafés ordinaires aient été fermés,  seul le Starbucks des départs étant resté  ouvert.

Pourquoi les restaurants anglais sont-ils mis dans la même charrette à Davos, on se le demande. Leurre pur ne pas avoir l’air de viser que les Français ? La cuisine anglaise n’avait en tous les cas jamais prétendu s’inscrire au patrimoine commun de l’humanité.

Mais la cuisine française si. La disparition des trois quarts de nos restaurants traditionnels ou simplement normaux,  serait une perte irréparable. A commencer par celle de nos « restaurants ouvriers » de quartier qui, de plus en plus, dont les seuls où on trouve de la cuisine bourgeoise !

Dès lors, comment ne pas penser qu’ils sont victimes d’un acharnement particulier   si le gouvernement les maintient fermés alors que depuis la fin du confinement strict, les autres commerces, les usines, les bureaux et, non sans mal, les lieux de culte sont ouverts, ce qui est très bien. Ils seraient, dit-on, un lieu de contagion particulièrement dangereux    On ne voit pourtant pas pourquoi, une fois les précautions prescrites  prises, la promiscuité y serait plus grande que dans le métro, l’autobus, voire le supermarché. 

Comment ne pas soupçonner dans cette ségrégation, une méfiance particulière à l’égard d’un lieu de convivialité et de liberté ? L’historien Flavius Josèphe nous dit que le roi Hérode, voulant établir sa tyrannie, fit fermer les auberges.   Qui ne sait quel rôle essentiel jouèrent durant la Révolution française les cafés comme le Procope ?  Après la mort de Franco, ne disait-on pas en Espagne que pour créer un parti politique, il suffisait d’une tertulia (une bonne table entre amis) ?

Les rapporteurs du Forum de Davos, réunion de  toutes les puissances financières et politiques du monde, croient nous indiquer le sens de l’histoire. Ils vont pourtant, sur ce sujet, à l’inverse de ce qui se disait il y a quelques années sur l’émergence d’une économie de services.  Les gains de productivité réduisant au minimum les besoins de main d’œuvre dans tout ce qui est production, agriculture  et  industries   classiques ,  le reste de la  société  rendrait des services: aide  aux personnes âgées, formation, commerces , conseils en tout genre , et bien entendu restaurants : quelle meilleure illustration de la société de services que l’on nous promettait  que   le restaurant  où des professionnels servent des clients,  le serveur pouvant à son tour se faire servir  ? Le restaurant classique est une entreprise de petite dimension.  L’idée marxisante que l’artisanat devait disparaitre devant les grandes unités, qui traine depuis un siècle et demi , avait un moment cédé le pas au culte légitime du small business. Le nombre d’entreprises artisanales, au demeurant, se maintenait. Or voilà le big business de retour !  Les prospectivistes du Forum de Davos retardent. De tels pronostics, venant de gens si puissants, qui peuvent devenir des self realizing propheties, n’en sont pas moins dangereux.

Dangereux quand on sait le réceptivité , quasi spongieuse, de l’actuel gouvernement et de beaucoup de dirigeants   français à tout ce qui vient de l’international (mondial ou européen, ce qui est à peu près  la même chose), dans tous les domaines, au point qu’on se demande s’ils sont capables de lancer une seule politique qui soit purement nationale. Comment s’étonner que, imbibés de l’esprit de Davos,  , sous prétexte de COVID, il fassent la guerre aux restaurants  français ? Même quand ces directives sont, on le pressent, dirigées contre la France, en ce qu’elle est, y compris dans sa cuisine, symbole de civilisation et de liberté  - et donc de résistance à un ordre mondial  , décidé par les puissants,  qui tolère de moins en moins l’une et l’autre !   

 

Roland HUREAUX

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