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Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:51

CRAINTE DE DIEU OU CRAINTE DE L’ENFER ?

11/04/2021

S’il est une mutation particulièrement importante pour expliquer la désaffection des églises depuis une soixantaine d’années, c’est, en France et dans tout l’Occident, le fait qu’on n’y croie plus guère à l’enfer.

Avant 1960 – nous ne donnons pas précisément la date du concile : il s’agit d’une lame de fond qui a commencé avant et s’est poursuivie et accélérée dans les années qui ont suivi Vatican II -, les choses étaient simples et tout baptisé étant allé au catéchisme le savait : mourir en état de péché mortel entrainait la peine de l’enfer après la mort.

On pouvait certes se confesser et même se repentir in extremis mais qu’advenait-il en cas de mort subite ? Le risque existait de ne pas avoir le temps de faire un acte de contrition, d’où la vieille prière « De la mort subite, délivre-nous, Seigneur ».  Aujourd’hui, on dit plutôt le contraire : « Il est « parti » sans s’en rendre compte, il a eu de la chance ».

Parmi les péchés dits mortels, certains étaient acceptés comme tels par l’opinion : le meurtre, le vol, l’adultère des personnes mariées. L’Eglise avait plus de mal à asseoir la crédibilité de deux autres péchés qualifiés aussi de mortels par elle : le fait de manquer la messe le dimanche et d’avoir des relations sexuelles avant le mariage.

Sans doute existait-il de nombreuses exceptions à l’obligation d’aller à la messe : maladie, même légère, âge, travail urgent, manque de moyens de déplacement. Mais si le fidèle n’avait aucun de ces échappatoires, s’il avait clairement manqué la messe alors qu’il aurait pu y aller, c’était un péché mortel.

Il était tout aussi difficile d’accepter que pour une nuit d’amour à la fin d’un bal, des jeunes gens se damnent.

Plus difficile encore l’interdiction de la viande le vendredi : que l’on se damne pour une rondelle de saucisson était difficile à comprendre jusqu’à ce que cet interdiction (dont les Espagnols étaient exonérés depuis la bataille de Lépante) soit levée en 1966.

Le curé d’Ars qui ne concédait rien sur la définition du péché et le risque de l’enfer préférait insister sur les moyens puissants de la miséricorde divine : le suicidé qui se jetait à l’eau pouvait encore se repentir entre le pont et la rivière : le laps de temps limité suffisait à faire passer la grâce.  

 

Des positions raides

 

Il reste que l’Eglise est longtemps restée sur ces positions raides.

Sans doute n’impressionnaient-elles pas tout le monde :  vers 1950, la pratique dominicale  n’attirait que 20 % des Français. Beaucoup ne se laissaient donc pas impressionner, même chez les croyants.

Mais chez les pratiquants, combien n’allaient aux offices que par crainte de commettre un péché mortel s’ils  restaient chez eux ? Il est difficile de le dire. Le petit catéchisme distinguait d’ailleurs la grâce parfaite de la grâce imparfaite, et en cas de péché, la contrition parfaite de la contrition imparfaite.  La contrition parfaite, c’était : « je me repens d’avoir fait de la peine au Bon Dieu » ; la contrition imparfaite : « je me repens parce que si je ne le faisais pas, je courrais le risque de la damnation ». Beaucoup de curés laissaient d’ailleurs entendre que la grâce parfaite était réservée à une élite, que pour le commun des fidèles,   la grâce imparfaite  était la seule envisageable  et que ce n’était déjà pas si mal. C’est dire que, dès les années cinquante et sans doute avant, les obligations en cause étaient déjà affaiblies.

Les actes du Concile du Vatican II n’évoquent nullement ces questions. Ni, la liste des péchés mortel ni l’existence l’enfer n’y sont remis en cause.

 

Un basculement

 

Néanmoins, c’est dans l’atmosphère de ces années là que les verrous ont sauté. Aucun évêque, aucun pape, certes, n’a dit que l’enfer n’existait plus mais la presse généraliste se faisait à l’occasion l’écho des déclarations de tel ou tel théologien de renom qui mettait en doute son existence. Le fidèle lambda voyant cela, en tirait facilement l’interprétation la plus favorable : puisque lui peut le penser, alors moi aussi, qui ne suis pas théologien, je peux bien le penser.  Et de proche en proche l’idée que le risque de l’enfer était un dogme dépassé faisait son chemin.  C’était le temps où Michel Polnareff chantait : « On ira tous au paradis »

Interrogés, beaucoup de prêtres   restaient dans le vague ou se contentaient de dire, gênés, « tout cela est compliqué, mais n’oublions pas que Jésus est d’abord venu nous annoncer une religion d’amour ».

Aucune autorité n’a jamais dit non plus, qu’aller à la messe du dimanche n’était plus une obligation grave. Mais comme cette obligation n’était plus rappelée, et pas davantage son caractère grave, on resta dans le flou. Continuèrent à aller à la messe ceux qui avaient l’habitude d’y aller mais, au moins chez les jeunes, la déperdition fit de plus en plus importante.

Plus que telle ou telle prise de position officielle joua un rôle décisif la diffusion à partir de la fin des années soixante de nouveaux catéchismes sous forme de « parcours » d’où les mots péché et enfer étaient bannis et où une littérature médiocre à base de bons sentiments remplaçait les questions-réponses nettes et précises d’antan.

Même chose pour les relations sexuelles hors mariage (excluant l’adultère où une personne mariée est impliquée dont la gravité était  admise ) : elles avaient bien sûr toujours existé mais elles se sont alors banalisées ; d’autres motifs, de pudeur ou de dignité, pouvaient les freiner mais de moins en moins la crainte de l’enfer.   Là non plus aucun évêque n’a dit ouvertement que ce n’était plus un péché grave – mais peu à peu, personne n’a plus pensé que ce fut plus qu’une faute vénielle.   

Il ne faut pas mettre en cause l’épiscopat ou le clergé français : c’est toute la chrétienté   qui bascula de cette manière.

Il reste que si les prêtres avaient ressenti l’obligation de rappeler les règles contestées évoquées ci-dessus, l’atmosphère du temps était telle – et est toujours telle, qu’il leur aurait fallu un singulier cran pour les rappeler  du haut de la chaire – qui d’ailleurs ne servait plus.

Quant aux théologiens soucieux de maintenir l’orthodoxie, ils pouvaient s’en sortir par des formules justes mais ambigües comme « l’enfer existe dans son principe mais il est permis d’espérer qu’il est vide » ou encore « seuls ceux qui le veulent vont en enfer ».

Il est peut-être possible de rester dans le vrai christianisme, tel qu’il nous vient de l’Evangile, en relativisant les obligations évoquées  au nom de l’amour, de la sincérité, et de rappeler que la miséricorde de Dieu est infinie. Il est encore possible de retenir dans les églises ceux qui étaient mus autrefois par la seule grâce parfaite.  Mais il est difficile d’y ramener sans motifs nouveaux la masse (nous ne disons pas le peuple) que motivait surtout la peur de l’enfer.

Il reste fâcheux que ces évolutions soient restées dans l’implicite ; il nous semble que les fidèles avaient  droit à un peu plus de clarté.

Clarté sur l’enfer, clarté aussi sur la morale. Peut-être l’affaiblissement de la menace de l’enfer aurait-elle pu passer si elle avait été accompagnée d’un enseignement sur les risques anthropologiques des comportements contraires à la morale. Nous entendons par là qu’au lieu de dire « vivre ensemble hors du mariage est un péché mortel », on aurait pu, avec des études sociologiques solides à l’appui, montrer que le mariage  chrétien était une garantie contre le divorce. On pouvait même  aller jusqu’à montrer que la pratique régulière des sacrements rendait la vie plus heureuse et plus belle. Mais le basculement est arrivé au moment où l’anthropologie chrétienne était au plus bas. Pendant des siècles, l’Eglise s’était  contenté paresseusement de dire « permis ,  pas permis ;  péché véniel, péché mortel » sur le  seul arguent  d’autorité ou d’une  une scolastique incompréhensible. Cela l’a dispensée d’approfondir  son argumentation. C’est ainsi que l’Eglise n’ jamais été capable d’expliquer  clairement  la morale sexuelle , ouvrant la porte à toutes sortes de contestations, alors que ça n’aurait pas été  très difficile.

Dire comment le XXe siècle qui a cessé de croire à l’enfer dans l’au-delà a su fabriquer, par les régimes totalitaires, les guerres, les massacres innombrables, un enfer sur terre, est une autre question.

L ’affaiblissement de la crainte de l’enfer, reste une donnée fondamentale sans laquelle on ne comprend pas le détricotage de l’héritage chrétien au cours du dernier demi-siècle.

 

Roland HUREAUX

 

 

Michel Polnareff : On ira tous au paradis

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:48

POURQUOI  UNE CRISE DU LOGEMENT ?

Ecrit en 2014

https://www.marianne.net/societe/logement-social-pourquoi-ca-coince

Il n’était pas surprenant que le débat présidentiel ait porté sur la difficulté de se loger à Paris et dans les grandes métropoles pour les revenus modestes et même moyens.

La  mondialisation entraîne partout une stagnation  des revenus ordinaires, mais aussi des prix des produits de large consommation, largement  importés des pays émergents, l’un compensant en partie l’autre.  Au contraire se trouvent en hausse les très hauts revenus et toutes les valeurs d’actifs : actions (avec des fluctuations, bien sûr) ,   or,  mais aussi immobilier. Spécialement  l’immobilier des quartiers les plus recherchés des métropoles  internationales comme Paris. Dans une économie de plus en plus coupée en deux, entre une économie des riches où prix et revenus se sont envolés et une économie des pauvres où ils stagnent, l’immobilier constitue la zone d’interférence : bien de placement  pour les plus aisés mais aussi nécessité pour tous. C’est pourquoi la hausse de l’immobilier est si vivement ressentie par les classes populaires et même les classes moyennes des grandes agglomérations.

Cette difficulté à se loger entraîne une demande croissante de logements du secteur protégé, principalement HLM. Demande accrue par plusieurs facteurs :  la fragilité des couples qui fait que bien souvent, au lieu d’un logement, il en faut deux,  une immigration pas vraiment contrôlée depuis le traité d’Amsterdam (1997) et qui touche d’abord les grande villes ; cette demande se conjugue avec une offre insuffisante , du fait des restrictions de certaines municipalités conservatrices mais aussi de l’absence d’un volontarisme suffisant de la part des gouvernements qui se sont succédés (et que les candidats se proposent tous de rattraper !).

Mais la question ne se serait pas posée avec autant d’acuité si elle n’avait été compliquée par l’abandon de la politique d’aménagement du territoire au cours des dernières décennies . Quand exactement ? Il est  difficile de le  dire avec précision.

A la fin des années quatre-vingt-dix, nous dispositions d’un politique équilibrée. Le livre de Jean-François Gravier,  Paris et le désert français  (1947) faisait encore autorité  et la nécessité de desserrer la métropole parisienne au bénéfice de la province n’était pas discutée.  Elle avait favorisée l’ essor de plusieurs grandes villes de province.  A cela s’était ajoutée une politique des villes moyennes, des petites villes et aussi du monde rural destinées à étaler la population sur tout le territoire. A partir de la venue de  la gauche au pouvoir, la plupart de ces dispositifs, décentralisation oblige, ont été transférés aux régions qui ont eu,  chacune, des politiques différentes. Etroitement surveillée par Bruxelles,  au motif d’assurer la libre concurrence, l’action des régions  ne l’était guère par l’Etat central.

Mais à partir de 1990, la mode est  revenue aux grandes métropoles. Défendre le monde rural ou  les petites villes est devenu ringard, passéiste, voire, aux yeux de certains idéologues de gauche « pétainiste » ( on ne s’en était pas avisé entre 1945 et 1990 !). Il a été convenu, gauche et droite confondues que l’aménagement du territoire de papa était dépassé, qu « ’à l’heure de l’Europe » et de la mondialisation, la  France devait jouer moderne et tout miser sur la promotion de quelques grandes métropoles,  à  commencer par la principale, la  parisienne.

La stratégie du Grand Paris, lancée par l’actuel président, s’inscrit dans la même perspective[1].

Qu’il faille distinguer entre le rayonnement qualitatif de  Paris , sans doute nécessaire,  et son poids démographique, l’un n’allant pas nécessairement avec l’autre, était une théorie trop subtile pour une haute administration habituée  à agir  à partir de schémas simples.

On ajoutera les vieux dogmes de l’urbanisme à la française : refus du mitage et souci d’économiser  les  terres agricoles (et donc restriction du périmètre d’urbanisation),  nécessité de rapprocher autant que possible les lieux d’habitation des lieux de travail (dogme que le RER et le TGV auraient pu relativiser)  et toutes les conditions d’une pénurie de logement avaient été accumulées au fil des ans.

Comme il est à peu près impossible de faire baisser le prix de l’ immobilier parisien – même s’il connaît aujourd’hui un palier,  et bien difficile d’augmenter   les revenus , la solution à ce problème passe provisoirement par un volontarisme accru en matière de logement social.

Mais la solution à long terme ne saurait être, outre un contrôle sérieux de l’immigration, qu’une reprise hardie de la politique d’aménagement du territoire , scandaleusement remisée aux oubliettes. Après l’avoir perdu de vue pendant vingt ans, il est temps que nos gouvernements s’avisent que la France ne se réduit pas à ses quatre ou cinq plus grandes villes.

 

Roland HUREAUX*

 

  • Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes, Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

 

 

 

[1] Mettre tous les moyens sur 7 campus d’excellence à l’exclusion des autres procède de la même logique « concentrationnaire ».

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:43

 

LES PAUVRES QUI NE SONT PAS A LA MODE

https://atlantico.fr/article/decryptage/pauvres-enfants-malades-souffrance-divorce-discrimination-solitude-roland-hureaux

01/04/2021

Il  est heureux qu’à partir d’un rapport récent[1], l’opinion se soit émue du drame des enfants harcelés – pour ne pas dire persécutés dans les  cours de récréation  ou à la sortie des écoles. Ils seraient environ un sur dix. Le phénomène n’est pas nouveau,  mais autrefois les professeurs surveillaient les  récréations et savaient ce qui s’y passait ; au moins dans le secondaire, ce n’est plus le cas.

La souffrance d’un enfant est toujours pathétique, d’autant que la plupart du  temps ces enfants, honteux de  leurs humiliations, n’osent pas en parler à leurs parents.

Mais trop y insister conduirait à dénoncer la dégradation de la discipline à l’école, qui conduit  toujours à la tyrannie des forts sur les faibles. Or « il est interdit d’interdire » dit la doxa.

Longtemps fut tue  la souffrance des enfants dont les parents se séparent : il ne fallait pas avoir l’air de remettre en cause la libération sexuelle, le droit de « jouir sans entraves ». Le  tabou commence à être levé.

 

Les souffrances politiquement correctes  

 

Il y a en effet de nombreuses souffrances dont on ne parle pas beaucoup parce qu’elles ne font pas partie du politiquement correct.

La pauvreté, l’exclusion sont choses dramatiques, surtout par grand froid, mais tout le monde les voit et en parle (et  c’est très bien !)

Il n’en fut pas toujours ainsi. Au temps du marxisme triomphant, la charité était tenue pour un cautère de mauvais aloi qui retardait la révolution : il fallait faire l’aumône en cachette.

Mais si tout le monde s’émeut aujourd’hui du sort des sans-abri, on ne parle guère des nombreuses victimes de la mendicité forcée, sans doute  majoritaires dans les rues de Paris, femmes, vieillards, jeunes filles dont les « parrains » passent à la caisse le soir. La police semble passive face à ces pratiques.  

Les prisonniers ont aussi droit aujourd’hui, à  leur part de compassion : il existe de nombreux visiteurs de prison. « J’étais prisonnier et tu m’as visité » dit l’Ecriture. De bonnes âmes s’en souviennent encore.

Et bien entendu les malades,  pas seulement du sida,  d’autant que tout le monde se dit que ce qui leur arrive   pourrait nous  arriver aussi.

Les handicapés constituent un cas à part : la société est aux petites soins avec eux : allocation d’adulte handicapé,  aménagements des lieux publics, des parkings, emplois réservés  etc. Mais cette compassion légitime est bien ambigüe : elle conduit aussi  à  éliminer systématiquement  tout embryon présentant le moindre soupçon de handicap congénital. On veut bien faire beaucoup pour eux mais s’ils n’existaient pas, ce serait mieux…

Les discriminations fondées sur la race  ou l’origine sont l’objet d’une stigmatisation publique obsessionnelle. Le Défenseur des droits, héritier de la HALDE veille. On ne dit guère, cependant,  que s’agissant des immigrés, ces discriminations frappent les garçons et très peu les filles  dont l’ascension sociale est remarquable. Les discriminations des femmes au travail sont bien réelles, mais, à y regarder de près, elles touchent  surtout  celles qui ont aussi la mauvaise idée d’être  mères de famille, dont les carrières sont interrompues. Attention à ne pas trop le dire : défendre la femme oui, la mère de famille, danger : le spectre de Pétain n’est pas loin !  

Etre un immigré dans un pays où l’on n’a pas de racines et où la majorité peut vous voir d’un mauvais œil est sans doute inconfortable et quelquefois douloureux. Mais les immigrés sur le sol français disposent de trois atouts essentiels : ils bénéficient d’une  solidarité collective qui leur reste des pays du Tiers monde d’où ils sont issus, de  l’appui des médias, c’est  dire des puissants de ce monde, des vrais,   et du sentiment d’être sur une pente ascendante : ils vivent mieux que leurs parents et savent, pour la plupart,  que leurs enfants vivront mieux qu’eux.  Les   pauvres indigènes  qui vivent dans les mêmes quartiers ne bénéficient d’aucun de ces atouts ; pour comble de malheur, on les soupçonne de voter Le Pen !  

 

Et les autres…

 

Il existe bien d ‘autres souffrances que notre société ne prend pas en compte.  Celle des garçons timides qui n’ont jamais osé  adresser la parole à une fille. Environ  10 % des Français meurent sans avoir eu de relations sexuelles : tous  ne  l’ont pas  fait exprès. Celle des filles trop laides, que beaucoup de professeurs n’hésitent pas à mal noter, auxquels les employeurs préfèrent souvent une  bimbo avenante. Les employeurs,  et naturellement  les garçons.

Sur d’autres registres, sait-on que certaines maladies mentales provoquent des souffrances indicibles : migraines intolérables, mal-être extrême.

Sait-on la souffrance insondable des schizophrènes dont un sur dix se suicide ? A quand un téléthon pour eux ?

Et puis il y a la solitude des jeunes et surtout des vieux, dont certains, en ces temps   de désintégration sociale,  n’ont aucun proche parent à qui s’adresser.

La solitude, la déréliction économique (des revenus de moins de 500 € par mois) se conjuguent chez certains agriculteurs de montagne qui, eux aussi,  se donnent la mort par centaines  tous les ans. Grand est le malheur de n’être pas moderne : urbain, riche et à la mode !  On en parle moins que des salariés de France-Télécom, qui, eux aussi,  sont victimes d’une modernisation brouillonne.

Tant mieux si certains pauvres sont à la mode.
Mais que  le Bon Dieu protège aussi  ceux qui ne le  sont pas !  

 

Roland HUREAUX*

 

  • Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes, Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

 

 

[1] Rapport de  l’Observatoire international des violences à l’école, rédigé pour l’UNICEF, du 29 mars 2011, connu en France à une date plus récente.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:41

 

MACRON ET L’EGLISE : INFLEXION OU CONTINUITE ?

01/04/2021

Le nouvel évêque de Nanterre , Mgr Matthieu Rougé , a justement protesté contre le délai imposé   à la reprise des cultes au titre  du  déconfinement , plus long que  celui des  autres activités. Pour le gouvernement, il est  plus urgent   de réouvrir les écoles et les commerces que les églises. L’évêque y voit un traitement peu respectueux  pour les religions, une attitude « indigne de notre démocratie »., n’hésitant pas à évoquer un « anticléricalisme » gouvernemental.

Il ne s’ agit pas d’un fait isolé   : personne ne  tient  certes Christophe Castaner  pour un enfant de Marie, mais  l’irruption   de la police dans  l’église Saint André de l’Europe où se tenait une célébration légale à huis clos  confirme le mépris  des équipes Macron  pour l’Eglise catholique.  

Mgr Rougé  croit voir dans ces procédés cavaliers  une «  inflexion »  de la politique gouvernementale  . Quelle inflexion ? Macron et son équipe sont dans la stricte continuité de ce qu’ils sont depuis le début.  

A peine arrivé à Bercy , Macron ministre des finances avait liquidé le principe des allocations familiales  universelles . Dans sa campagne électorale il promettait d’instaurer  le « droit »  des femmes seules ou en couple à  la fécondation artificielle, promesse tenue depuis,  et laissait mêmes espérer un assouplissement  de l’euthanasie.  L’affaire Vincent  Lambert où  il était, n’en doutons pas , à la manœuvre,  a  montré la direction.

Sa politique étrangère fut dès le début hostile aux  intérêts des chrétiens d’Orient.   

Les évêques  l’ont néanmoins reçu en grande pompe aux Bernardins, le 9 avril 2019. Cérémonie sans précédent dans l’histoire de France . Pour qui a bien écouté son  discours, il leur crachait à la figure qu’il ne tiendrait aucun compte  de leur opinion ( qui sont celles de l’Eglise mais aussi l’expression de  la morale  naturelle ) en matière de bioéthique. Il n’admettait même pas qu’ils la disent, seulement qu’ils « questionnent ». Cela ne l‘a pas empêché  de recevoir une standing ovation . Cet enthousiasme  fut trouvé incongru  par beaucoup mais il était aussi   bien imprudent au cas , fort possible, où la carrière de Macron se terminerait par une  forme ou une autre de damnatio memoriae.

Sous prétexte de  faire face à l’épidémie du  virus couronné, le présent gouvernement   a lâché en catimini un assouplissement de l’euthanasie  ( dite « sédation profonde ») pour les plus de 70 ans et   un allongement du délai  où l’avortement chimique . Le ministre de la santé qu’il vient de nommer , Olivier Véran ,  déplore  publiquement la baisse du nombre d’avortements ;  ainsi, par derrière la lutte  contre la pandémie, la culture de mort est à l’œuvre. Ceux qui la  promeuvent avec tant  d’acharnement ne sont-ils pas les mêmes   qui ont si lamentablement  géré la crise sanitaire , en liaison avec l’OMS et les équipes de Bill Gates,  ami de Macron  qui veut réduire de 90 % le nombre des  hommes ?

Il est clair que dans l’attitude du présent gouvernement, il n’y a aucune inflexion mais une parfaite continuité.

Quand  42 % des catholiques pratiquants  votent En marche  aux européennes ( pour une moyenne nationale de 24 %), avouons que c’est bien cher payé .  Pourquoi se gêner  avec un troupeau de brebis qui voteront quand-même pour vous?  Nous voulons croire que les évêques ne soient pas responsables de  cet aveuglement.     On aimerait en être  sûr. Cette crise aura eu au   moins le mérite de permettre à certains  d’entre eux  d’ouvrir les yeux sur la véritable nature du régime Macron. «Il n'est rien de caché qui ne doive être révélé » (Lc 2,12).

 

Roland HUREAUX

 

 

  

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:39

LA PMA POUR TOUTES FAVORISERA UNE CULTURE DE LA DISCRIMINATION

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/La-PMA-pour-toutes-favorisera-une-culture-de-la-discrimination

01/04/2021

De manière légitime, nos sociétés luttent contre toutes les formes de  discrimination raciale.

Comment ne pas voir pourtant  que l’instauration pour les  femmes seules  ou en couple de femmes d’un droit à la procréation médicale assistée ouvrira la porte à une nouvelle  forme de discrimination raciale ?   Les femmes qui voudront en avoir le bénéfice seront en effet amenées à  choisir non seulement le sexe ( ce qui pose d’autres problèmes) , mais aussi la couleur de la peau du père anonyme.

Cela existe déjà,  dira-t-on, dans la PMA pour couples stériles, mais les effectifs concernés, soumis à la double condition de la conjugalité et de la stérilité,   restent limités. Or  le  dispositif qu’instaure le projet de  loi bioéthique ne sera pas seulement  ouvert aux  femmes liées par un  mariage  homosexuel , dont l’effectif est et restera très réduit ; il le sera  aussi à toutes celles qui ne seront liées  par aucun  contrat , y compris celles qui pourraient avoir des enfants par les moyens naturels ,  ce qui représente  au moins la moitié des femmes de France.

On peut élargir la question à celle du transhumanisme .  Ceux qui imaginent – ou craignent -  que l’instauration d’une PMA pour toutes  conduise à légaliser  des expériences destinées à augmenter le potentiel de l’humanité , voire à une large commercialisation de la génération  humaine, doivent  regarder en face le lien intrinsèque entre les pratiques en cause  et la discrimination raciale.

 

Choisir, c’est discriminer

 

La femme qui effectuera un choix entre les donneurs  dont  le sperme est en réserve , sera nécessairement amenée à marquer  sa préférence pour telle ou telle  couleur de peau , tout comme l’institut de recherche qui sera amené à croiser les lignées, voire à manipuler les génomes, sera ipso facto conduit à intégrer le considération raciale.  

On pourrait certes imaginer une  société tellement indifférente aux questions de race  qu’une femme puisse choisir  selon la seule couleur des yeux, sans considération de  celle  de la peau , mais il en faut pas rêver :  même en France , pays moins racialisé que les Etats-Unis,  jamais la considération  raciale  ne sera devenue si indifférente qu’elle n’entre pas en ligne de compte dans une opération  d’une telle portée existentielle.  Et ce n’est pas l’obsession antiraciste  que nous avons importée  d’outre-Atlantique qui va « déracialiser » notre société, bien au contraire.

La  question d’est  pas marginale :  c’est à toute  une culture de la discrimination qu’ouvrira la porte l’ouverture large à  la procréation assistée . La plupart des  femmes  seront   nécessairement  amenées à effectuer ,  de pair avec le personnel hospitalier , un choix selon la  couleur de la peau  de leur  futur enfant   C’est toute la société qui se trouvera  ainsi entrainée    dans une culture de la discrimination qui , aujourd’hui ,    quoi qu’en disent  les militants antiracistes, est peu répandue.

On peut trouver le rapport paradoxal : dans la structuration symbolique actuelle  de la  vie politique , la PMA pour toutes passe pour être de gauche et est même présentée, comme le montre le  nom qu’on lui a donné, pour une mesure de non-discrimination , alors que la discrimination raciale passe, elle,  pour venir de l’ extrême droite . Pourtant  ce ne sera pas la première fois que les extrêmes se rejoignent.  Chacun sait d’ailleurs quel régime  fut le premier à introduire  l’objectif d’une sélection par  la race dans le champ  politique.

La solution serait  que la loi interdise  aux Cecos toute mise en mémoire   de l’origine raciale ou même nationale du  sperme conservé, à tout le moins toute communication de ces données aux utilisatrices.  François Hollande ne voulait-il  pas introduire dans la constitution le ban de toute considération raciale  quelle qu’elle soit ?   Mais il ne semble pas avoir été question d’un tel interdit dans le débat sur la procréation assistée : c’est dommage.  

Il faut se rendre à l’évidence : on ne peut à la fois prétendre lutter contre le racisme et ouvrir largement la porte à la procréation artificielle.

 

Roland HUREAUX

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:36

LA DISSOLUTION DE GENERATION IDENTITAIRE : UNE ABERRATION HISTORIQUE ET ANTHROPOLOGIQUE

Toutes les sociétés ont honoré ceux qui les défendaient

01/04/2021

https://www.bvoltaire.fr/interdiction-de-generation-identitaire-une-aberration-historique-et-anthropologique/

Le ministre Darmanin a voulu rentrer dans l’histoire : il y a réussi. La dissolution  de l’association Génération identitaire constitue une première dans l’histoire des peuples, sans doute depuis l’âge de pierre.  Les autorités des différentes communautés, quelles qu’elles soient (tribus, cités, Etats),   ont toujours criminalisé ou en tous les cas sanctionné les membres de ces communautés qui allaient à l’encontre de leurs intérêts et récompensé ceux qui   les défendaient. C’est le contraire que l’on fait aujourd’hui.  En même temps que l’on est notoirement, très indulgent pour ceux qui ne se cachent de vouloir détruire notre pays.

Si l’on se place hors de toute référence religieuse, les origines de la morale   sont simples : est moral tout ce qui permet au groupe de « persévérer dans l’être », comme dit Spinoza, de se maintenir et de prospérer.  Il ne faut pas tuer ou voler ou se nuire entre soi pour préserver l’unité du groupe ; il est en revanche permis de se défendre, y compris par les armes, contre les agressions extérieures.   

Tout un chacun a le droit de discuter les idées portées par le groupe de jeunes appelé Génération identitaire. Mais l’interdire est plus que contestable. Il est hors de doute que son but est la préservation du groupe que constitue aujourd’hui la France et non sa destruction : il diffère ainsi des Black Blocks ou de No borders qui ont de objectifs opposés.  Il est hors de doute aussi que certaines de leurs actions, notamment dans les cols des Alpes et des Pyrénées, avaient pour but, non la contestation de la loi mais leur   application.   Il est non moins certain enfin qu’on peut difficilement reprocher à Génération identitaire des actions violentes .

Ce mouvement est attaché à l’identité française comme tous les hommes de tous les peuples depuis l’origine de temps ont été attachés à l’identité de leur groupe. Cela n’est pas contradictoire avec l’amour des autres peuples, au contraire : pour « aimer les autres comme soi-même », il faut commencer par s‘aimer soi-même.  Tenir s’amour de soi – ou de son groupe - pour de la haine est une aberration. A titre privé, je souhaite que mes enfants prospèrent et qu’ils transmettent l’héritage Hureaux que j’ai tenté de leur communiquer ?  Cela ne signifie nullement la haine des Dupont ou des Durand.

Non seulement les sociétés du passé, et cela jusqu’à une date récente, ne sanctionnaient pas ceux qui défendaient les intérêts du groupe mais ils les mettaient à l’honneur. A Athènes au Ve siècle, les bons citoyens, ceux qui défendaient la cité, étaient récompensés. Depuis Napoléon, on décerne la Légion d’honneur pour services rendus à la nation. 

Bien entendu cette interdiction ne vient pas par hasard.  Macron et Darmanin ne sont pas du genre à penser par eux-mêmes. Ils suivent le grand courant de répression du « politiquement incorrect » qui vient de s’accélérer aux Etats-Unis après la nomination de Biden : telle éminence démocrate appelle à « déprogrammer les trumpistes » ; s’instaure une sorte de  loi de suspects qui se traduit par une véritable interdiction d’emploi ou la coupure des comptes internet.

L’interdiction de Génération identitaire s’inscrit dans la montée de l’intolérance qui gagne tout l’Occident et qui vise, non pas, comme dans les sociétés du passé (les sociétés normales dirons-nous) ceux qui portent préjudice à la collectivité  ou qui encouragent à le faire, mais ceux qui au contraire veulent la défendre. Etrange pathologie qui a pris la forme d’idéologies bien plus haineuses que celles qu’elles prétendent combattre : comment   ceux qui ne s’aiment pas comme Français, comme Européens, comme Américains pourraient-ils aimer le reste de l’humanité ?   L’idéologie nihiliste vise en réalité l’autodestruction.  Si elle n’est pas mise en échec, prévoyons la fin de notre culture.

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:33

 

https://www.atlantico.fr/article/decryptage/coronavirus--pourquoi-nous-payons-aujourd-hui-les-innombrables-reformes-de-l-etat-des-30-dernieres-annees-reformes-france-roland-hureaux

 

CORONAVIRUS : POURQUOI NOUS PAYONS AUJOURD'HUI LES INNOMBRABLES REFORMES DE L'ETZT

01/04/2021

 

La France inréformable ou… mal réformée ?

Coronavirus : pourquoi nous payons aujourd’hui les innombrables réformes de l’Etat des 30 dernières années

Roland Hureaux décrypte l'impact de la crise du Covid-19 en France et revient sur les failles révélées par la crise au sein de l'administration et suite aux réformes de ces dernières années.

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Avec Roland Hureaux

La crise du virus dit Covid-19 a mis au jour l’invraisemblable désordre qui régnait au ministère de la Santé. Les commissions parlementaires en feront, nous l’espérons, un jour prochain, l’inventaire.   

Ce que le grand public ignore, c’est que la désorganisation atteint aujourd’hui l’Etat dans son ensemble et pas seulement le ministère de la Santé.  

Pour le comprendre, il faut sortir une fois pour toutes des poncifs faciles, du style « une administration trop jacobine », « une mentalité  encore archaïque », qui ne mènent à rien.

Des réformes fondées sur des idées fausses

N’hésitons pas à le dire : la raison principale de cette désorganisation, ce sont les innombrables réformes effectuées au cours des trente dernières années, presque toutes fondées sur des idées fausses. 

Quelles idées ? Le point de départ est : le secteur privé est  plus « performant » que le secteur public, il faut donc l’imiter en introduisant dans l’administration des méthodes qualifiées pompeusement de managériales.  Or ces méthodes du  privé, on ne les a pas transposées, on les a singées.

Leur  pointe avancée  fut la « loi organique relative aux lois des finances » (LOLF )  du 1er août 2001, votée à l’unanimité, ce qui est toujours mauvais signe, tendant à aligner la comptabilité  de l’Etat sur celle du secteur privé. Vaste complication d’abord. Effets hasardeux ensuite comme la destruction  récente de millions de masques , au nom d’une meilleure « gestion des stocks ». Dans le même esprit, ont été supprimés des milliers de lits d’hôpitaux. Pour rentabiliser les actifs immobiliers ont été décrétés la fermeture  des sites historiques de  l’Hôtel-Dieu et du Val-de-Grâce.  

L’imitation fallacieuse du secteur privé

La LOLF, fondée sur une analyse des fonctions,  devait entrainer le regroupement de services paraissant proches - vu de loin. On a ainsi supprimé les Renseignements généraux, dont on avait oublié qu’une de leurs missions était l’interposition et la négociation en cas de conflit social. La crise  des Gilets jaunes aurait été singulièrement amortie s’ils avaient encore été là. Dans le même esprit, le rapprochement de la police et de la gendarmerie, a entrainé récemment chez celle-ci, par souci de parité statutaire , la création de 150 postes de généraux ! Bonjour l’armée mexicaine.

Les antennes locales de l’Etat ont été également regroupées, pour que le préfet ait l’air d’ « un vrai chef d’entreprise ». DDA et DDE ont fusionné, c’est à dire qu’on leur  a superposé un directeur général : économie de postes… Un  animateur sportif  passe ainsi sous l’autorité d’un directeur de maison de retraite, un inspecteur du travail sous celle d’un  conseiller commercial venu de bout du monde etc.

La  manie des regroupements a eu des effets tout aussi pernicieux dans les collectivités locales : la volonté de réduire le nombre des communes a entrainé la création près de 400 000 postes de fonctionnaires territoriaux, dits intercommunaux, supplémentaires !

Le primat de la gestion comptable s’est accompagné d’une hypertrophie des contrôles et de l’évaluation. Dès 1975, Alain Juppé avait créé les Agences régionales de santé  et les pôles hospitaliers, deux strates de plus. Les  administratifs, recrutés par milliers tandis qu’on supprimait de postes de soignants, ont étendu leur pouvoir au détriment des médecins - comme à la Défense, les civils ont accru le leur au détriment des militaires.   

L’illusoire  rémunération « à la performance »

Un autre caractère de ces réformes est l’hostilité au « corporatisme », tenu pour une tare alors même que les corps de fonctionnaires assuraient une autorégulation à bon marché : tout gendarme cherchait naturellement à être un bon gendarme, tout instituteur un bon instituteur etc. Partant de cette autre idée fausse que le fonctionnaires  ne travaillaient pas assez a été instaurée  une évaluation généralisée devant conduire à une rémunération  « à la performance ». Evaluation généralement difficile en matière publique où n’existe pas l’indicateur simple du profit, sentiment d’un arbitraire des primes au mérite, et pour des professionnels dévoués, d’un manque de confiance à leur égard.

L’aboutissement : un découragement profond qui multiple les congés de maladie et exige toujours plus d’effectifs (le contraire de ce qu’on recherchait).

L’idéologie contre le bons sens

Ces réformes, on l’aura compris,  sont idéologiques. Or rien de plus opposé au bon sens que l’idéologie qui  marginalise ceux qui en ont et habitue les esprits à l’absurdité d’un univers kafkaïen. Comment comprendre autrement que les innombrables dysfonctionnements du ministère de la Santé : refus du concours des cliniques privées ou des laboratoires vétérinaires, crispation incompréhensible contre la chloroquine, sanction de médecins  ayant fait des opérations non urgentes ?

On ne se consolera pas en disant que tout cela n’est pas nouveau : notre armée de 1940, prisonnière d’un dogmatisme d’un autre genre n’était pas en meilleur état. Ni en sachant que le monde anglo-saxon, tenu pour modèle, n’est souvent pas mieux inspiré : la libérale Thatcher n’avait-elle pas transformée ses administrations en agences autonomes ( les fameux quangos[1]) qui s’avérèrent des monstres bureaucratiques ?   

En tous les cas, les dégâts sont immenses. Immense aussi devra être l’effort pour  reconstruire une administration que nous appellerons normale. Ce n’est pas une nouvelle couche de réformes qui est nécessaire mais une remise en cause radicale des principes  qui ont inspiré  celles des trente dernières années.


[1] Quasi non governemental organisation

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:30

QUI PREND EN GRIPPE LA CHLOROQUINE ET SES PROMOTEURS  ? TOUJOURS LES MEMES. 

 

https://www.valeursactuelles.com/societe/le-medecin-la-chloroquine-et-le-bureaucrate-une-fable-bien-francaise/

 

01/04/2021

 

La lutte entre les  personnalités inspirées, innovantes et vraiment compétentes et les bureaucrates de tout poil a sûrement  commencé  dès le temps du scribe assis du  musée du Louvre ( Egypte, IIIe millénaire avant JC) .

Entre  le  ministère de la santé,  bureaucratie  crispée sur ses postions et tous ceux qui veulent promouvoir, faute  d’autres,  l’usage de  chloroquine contre le COVID 19, parmi lesquels, entre autres, le professeur Raoult de Marseille, il n’est  pas difficile reconnaitre une très vieille querelle.

 

Bureaucrates contre créatifs

 

Des bureaucrates stérilisants, la France en   a eu plus que son lot au cours de son histoire récente. Le général Bazaine rayait  du tableau d’avancement tout officier qui se mêlait d’écrire : ainsi fut barré le plus grand théoricien  militaire français, Charles Ardant du Picq et fut perdue lamentablement la guerre de 1870.

En  1897, une Académie de médecine  arrogante  refusa  de reconnaitre la découverte d’Ernest Duchesne du  caractère répulsif de certains moisissures à l’égard des bacilles , principe de la pénicilline laquelle  devait nous  revenir du Royaume-Uni trente ans après. Quand  on sait  que les millions de décès de la grippe espagnole de 1918 furent surtout dus aux  des complications microbiennes, quelles effroyables conséquences !

En 1930,  en France et en Allemagne,  des hommes politiques  accrochés à l’étalon-or   refusaient de dévaluer alors que les Etats-Unis et le  Royaume-Uni le faisaient massivement. Entre 1930 et 1940, notre état-major s’  arc-boutait  derrière  la ligne Maginot, mettant impitoyablement  au rancart  tous ceux qui contestaient cette stratégie uniquement défensive et qui prétendaient que les chars devaient être utilisés en masse et à l’offensive.  Pensée unique, caporalisme : prime à la médiocrité et immense désordre dans la logistique,  comme aujourd’hui au ministère de la santé.

On pourrait continuer :  dans les années 1980 , il était tenu pour évident dans les hautes sphères  de l’Etat  qu’un pays avancé  devait se débarrasser progressivement  de son industrie.  Ceux qui ne le pensaient pas étaient tenus pour   des passéistes inadaptés à la « mondialisation heureuse ». Nous voyons le résultat.

Au même moment, était promue la concentration de la population dans les métropoles et le dépérissement du monde rural , impliquant  la disparition programmée   des petite communes.  L’autonomie des universités est de plus en plus celle des gestionnaires , non des enseignants.

Les autres pays n’échappent pas à l’ ostracisme , mais la France cumule une bureaucratie particulièrement  obtuse et, heureusement,  beaucoup  de créatifs.

Le conflit actuel entre le ministère et les tenants de la chloroquine    est  la continuation de cet antique affrontement. D’un côté une technocratie hostile aux voix divergentes  , de l’autre  un homme seul, aux  positions de bon sens.

 

Psychologie

 

La psychologie des bureaucrates nous et familière. Ils ont généralement le cul serré,  vous regardent de travers ,  mais deviennent   solennels et tranchants devant les caméras .  Calés  sur quelques idées fixes ,  fermés au débat , ils deviennent méchants quand  ces idées  sont remises en cause .  Dans le cas d’espèce, ils disent que la chloroquine a des effet secondaires pas encore testés ; non,  on les connait, mais ils sont rares. Et quel médicament n’en a pas ?  Ils disent aussi qu’on ne peut  pas la mettre entre les mains des généralistes. L’ancien ministre Philippe Douste-Blazy a raison de dire que ce médicament très simple est utilisé massivement depuis soixante ans et que  ses effets sont enseignés   dans toute les facultés de médecine. Et même s’il n’était pas testé, qu’a-t-on d’autre ?  Face à un incendie,  qui va dire que l’extincteur ne peut être   utilisé parce qu’il  n’a pas encore été  testé ?  

Qui n’imagine les réunions du comité d’experts   chargé de  conseiller le gouvernement  dans la lutte contre le coronavirus,  au temps où le professeur Raoult y participait ?  D’un côté    une majorité  échangeant de petits coups d’œil complices  et gênés , de l’autre le verbe sans fioritures d’ un homme libre .

Refusant la  contradiction – et pour cause car il sait quelque part qu’il a tort -  le bureaucrate  n’argumente  pas au fond mais cherche à disqualifier :   le franc-tireur  est présenté comme un orgueilleux - on dit aujourd’hui un mégalo - , quelqu’un qui n’a pas le sens du collectif  ( ah le travail en équipe ! vieux cache-sexe du conformisme), qui ne songe qu’à se faire de la publicité   etc. Cela dans un  débat qui  devrait  rester technique.

 

Quelles motivations ?

 

On peut se demander ce que  sont les motivations  de ces  gens ?  

Souvent l’idéologie. Mais en l’espèce, on ne la voit guère. Sinon  que comprenant  que , de fait, Raoult s’en prend à la politique du gouvernement  Macron, tous ceux qui partagent l’ idéologie du président sur les grands sujets politiques, prennent en grippe ( c’est le cas de le dire) Raoult et la chloroquine. Ainsi Cohn-Bendit qui,  sans aucune qualification sur le sujet, lui demande de se taire. Depuis longtemps, le ci-devant révolutionnaire  a choisi son camp : toujours celui de l’institution contre les  esprits libre.  La  chloroquine finira-t-elle  par  être tenue pour fasciste ?  

Il y a ensuite le conformisme de gens qui ont fait toute leur carrière   du côté du manche. Être du côté de l’institution  donne un  sentiment  de puissance  aux plus insignifiants. Face à quelqu’un qui ne défend que le bon sens et le  bien commun, ils sont perdus, eux qui ne pensent que carrière . Ils imaginent que le  franc-tireur veut prendre leur place.  Même désarroi chez les gens de cabinet et autres communicants qui ont depuis longtemps perdu l’habitude de raisonner sur le fond, seulement de calculer les  effets d’ annonce.

Il y a aussi la  vanité un peu narcissique du pseudo expert  qui se pose comme tel en allant contre le sens commun , supposé vulgaire.

Il y a enfin la répugnance  de toutes  les bureaucraties à reconnaitre leurs erreurs, sauf quand elles deviennent si  patentes  qu’il n’est plus possible de les nier. Et encore font-elles alors le plus souvent de  fausses concessions : on dit qu’on utilisera la chloroquine,  mais on ne le fait pas.

Face aux logiques bureaucratiques devenues folles, c’est au pouvoir politique de rectifier le tir,   mais pour l‘actuel président, énarque de base de l’espèce la plus conformiste, les propositions de la sphère technocratique semblent  infaillibles.

Y a-t-il autre chose ? Quand on ne comprend pas, dit-on, c’est qu’il   y a un loup. Comment,  devant tant d’irrationalité,  empêcher le public d’imaginer que les intérêts de laboratoires pharmaceutiques désireux de développer  des médicaments plus chers que la chloroquine, sont, comme on disait, « déterminants en dernière instance » ?

 

Légitime révolte

 

Le conflit est loin d’être terminé . Sa renommée internationale protège le professeur marseillais qui, sans elle,  aurait  été déjà  impitoyablement broyé par la machine. Il reste que si vous ressentez les premiers symptômes du virus couronné, dans la majorité des hôpitaux français, vous ne serez à ce jour ni  testé immédiatement  ni même traité sauf à avoir moins de 70 ans et être à la dernière extrémité.

La révolte contre les  apparatchiks est toujours légitime ; elle l’est plus que jamais face à la pandémie que nous connaissons.   

 

Roland HUREAUX

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:28

QUELLE SERA LA PREMIERE GUERRE DE BIDEN ?

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Quelle-sera-la-premiere-guerre-de-Biden

31/03/2021

Quelle sera la première guerre de Biden ?

Une telle question   peut paraître provocatrice, ou exprimer l’amertume de partisans de Trump défait.   

Elle est pourtant légitime si on considère l’histoire des Etats-Unis depuis trente ans. Ce pays  est  à l’origine directe ou indirecte de neuf guerres, principalement au Proche et Moyen Orient et en Europe de l’Est.

Tous les présidents depuis 1990 ont déclenché une guerre[1], à l’exception de Donald Trump, dont on comprend à ce seul fait à quel point sa présidence fut une parenthèse. Le record appartient à Barack Obama qui en  a déclenché ou permis quatre : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

Neuf guerres en trente ans

 

Des observateurs se sont demandé  s’il n’y avait pas une sorte d’ addiction à la guerre de la part des Etats-Unis , comme l’ogre ne peut  se passer de manger de temps en temps un enfant. Dans une déclaration célèbre, le  président Eisenhower avait déjà  annoncé comment le lobby militaro-industriel qui commençait alors à prendre de l’importance serait désormais assez  puissant pour imposer ses vues à ses successeurs ; et malheur à qui tenterait de s’en émanciper   : l’élimination de Trump en témoigne. Une partie des conseillers de Biden vient du  Center for a New American Security (CNAS) créé en 2007 à l’ombre du lobby militaro-industriel et financé, entre autres, par Northrop Grumman, Lockheed Martin, BP America, , Raytheon, Chevron, Exxon Mobil,  mais aussi  par la firme britannique BAE Systems  et  la Foundation for an open society du  très social  George Soros : seuls les naïfs imaginent que l’humanitaire et le militarisme  ne vont pas ensemble : nous ne sommes plus au   temps de Jaurès !   Parmi les promus de la nouvelle équipe , Victoria Nuland, femme de Robert Kagan[2] , et ex-collaboratrice   de Hillary Clinton devient  numéro deux du département d’Etat : elle avait joué un rôle clef dans les évènements de la place Maidan  (Kiev, 2014)  que Valéry Giscard d’Estaing avait appelé  « un coup d’Etat  de la CIA »  destiné à renverser un président pro-russe démocratiquement élu[3] , ce qui entraina une guerre civile en Ukraine qui dure toujours.

Question : est-ce parce qu’ils sont  puissants que les Etats-Unis ont besoin de  la guerre pour exister  ou au contraire parce que leur puissance est en déclin[4] ? En tous cas  , les guerres dans lesquelles ils étaient engagés jusqu’en 1990  pouvaient plus ou moins être toutes tenues pour défensives ; depuis lors, elles sont offensives. Il n’y en avait qu’une à  la fois ; il y en a aujourd’hui plusieurs.

Mais ce bellicisme n’est pas celui des Américains dans leur ensemble, il est aujourd’hui  celui de l’establishment démocrate – proche de ce que  certains appellent l’Etat profond -  qui a soutenu les présidences Clinton  et Obama … et même Bush : oublions les mots,   ceux que l’on appelle encore  les « néo-conservateurs »  sont les mêmes que les libéraux-démocrates qui soutiennent  Biden. Nuland, est passée par le cabinet de  Dick Cheney , républicain,  au côté démocrate en restant aussi belliciste .  La politique agressive de Bush fils ( après le 11  septembre)   s’inscrivait dans cette ligne ; celle d’Obama, aussi.  Dès qu’ils se sont sentis débordés à droite par le pacifisme populiste à la Trump, taxé de manière exagérée  d’isolationniste, les néo-conservateurs se sont reconvertis à gauche. H.Clinton et Biden ont soutenu toutes les entreprises guerrières  de Bush – dont Trump s’est au contraire démarqué. « Derrière Biden se prépare, en termes de politique étrangère, le pire cabinet de guerre possible, réunissant les éléments les plus va-t’en guerre des administrations Clinton, Bush et Obama » dit un observateur[5].  N’était son animosité personnelle à l’égard d’Hillary Clinton,  Joe Biden semble inaugurer le troisième mandat d’Obama.

Au Proche-Orient,  la politique d’ Obama et de sa première secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, s’était traduite par un soutien aux printemps arabes qui aboutit, en théorie au nom de la démocratie,  en fait  de  l’islam radical ,  au renversement  de plusieurs régimes : Egypte, Libye, Tunisie , Yémen et à la déstabilisation d’autres comme la Syrie. Le but était idéaliste : faire accéder  enfin le monde arabe à la démocratie.  La réalité fut  sordide : plonger dans la  guerre et une misère sans fond  des pays qui avaient jusque là vécu en paix .  La guerre en Syrie s’est faite surtout par le soutien à des groupes djihadistes  décidés à renverser le président  Bachar el Assad (opération Timber Sycamore), proches de ceux  qui posaient des bombes en Europe . Trump,  a au contraire détruit le principal de ces groupes,  Daech,  et retiré le gros des  troupes américaines . Que   Bachar soit toujours  en place dix ans après le début de cette guerre est ressenti  comme une humiliation par le camp démocrate où certains envisagent de relancer la guerre pour atteindre enfin leurs fins.   

 

Une approche idéologique

  

Vis-à-vis de la Russie, le changement de régime que les  Etats-Unis ont provoqué  en Ukraine visait à faire basculer  ce pays dans le camp de l’OTAN, en application  des analyses douteuses de Zbigniew Brezinski pour qui  « Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie [6]. » En  même temps, tous les pays de la périphérie de la Russie, en  particulier les pays  baltes faisaient l’objet d’un investissement de plus en plus massif par les forces de l’OTAN au motif d’une supposée menace russe sur leur intégrité. La candidate Hillary Clinton avait tenu  pendant la campagne de 2014 des propos d’une incroyable agressivité qui pouvaient faire craindre le  pire si elle avait été élue.

La politique démocrate est fondée sur une certitude qu’on ne  peut que qualifier d’idéologique : les Etats-Unis sont le camp du bien et du progrès  ; ils sont la mission de répandre à travers le monde la démocratie et les droits de l’homme - tels qu’ils les entendent . Ceux qui ne sont pas dans leur sphère,  soit tous les autres pays à l’exception des européens  de l’Ouest, inféodés,  et d’Israël sont   suspects a priori de mauvais desseins,  la Russie  de Poutine en tête, traitée comme  si elle était encore communiste.

Cette posture s’accompagne, comme toutes les idéologies,  d’une hypocrisie sans nom. Comment donner des leçons  de respect des droits de l’ homme quand on a ouvert dans l’arbitraire de l’extraterritorialité la prison  de Guantanamo ? Comment donner  des  leçons de démocratie quand le monde  entier a vu les  fraudes  massives  qui sont entouré l’élection du président Biden ( ces fraudes furent-elles décisives ou non est une autre question. Personne, ne les met en doute).  Comment parler de démocratie quand on voit la totalité des  médias s’acharner sur un des candidats  au  bénéfice de l’autre ? Comment parler de liberté d’opinion quand   des dizaines de milliers de  partisans de Trump - et Trump lui-même sont exclus de l’accès à twitter et Facebook   et menacés de perdre leur travail ? Le propre de la démarche idéologique est l’inversion accusatoire. Les idéologues  accusent toujours leurs ennemis de leurs propres turpitudes. Bien que Trump n’ait menacé , à la différence de ses adversaires ni la démocratie[7], ni les libertés,  ni la paix,  sa défaite est saluée par la pensée dominante des deux côtés de l’Atlantique , comme le « retour de la démocratie ».

La même inversion accusatoire est appliquée aux  questions internationales. Trump menaçait la paix du monde et , contre l’évidence, les démocrates étaient le camp de  la paix.  Quand l’ancien président  clamait sa volonté de « make America great again » , les esprits superficiels y ont vu une déclaration de guerre ; en fait il s’agissait pour lui de se concentrer sur les affaires américaines . Sa volonté de défendre  sans merci les intérêts commerciaux de son pays a été perçu comme une attitude belliciste alors que défendre ses  intérêts est la posture naturelle de tout Etat  . Le danger commence quand cet Etat veut imposer ses valeurs au reste de l’univers , comme le voulait autrefois l’Union  soviétique . Comme toutes les idéologies sont universalistes, elles portent avec elles  la propension à  se mêler indûment des affaires des autres ;  l’idéologie  est le vrai danger pour la  paix car les intérêts sont limités et négociables alors que les principes abstraits  ne le sont pas. Dans la campagne de 2016, Donald Trump dit à Hillary Clinton : « vous voulez devenir le président du monde ; je veux seulement devenir le président des Etats-Unis. »  Quand Biden dit « America is back » c’est dans cette perspective mondialiste qu’il se situe. Paradoxe méconnu : dans le monde actuel, c’est  l’égoïsme qui préserve la paix, c’est le supposé idéalisme  qui  est une menace de guerre – comme d’ailleurs l’avait montré la présidence Obama.

 

Incompréhension

 

L’idéalisme idéologique qui est celui du camp démocrate ne menace pas seulement la paix parce qu’il veut imposer aux autres ses valeurs, mais  aussi parce qu’il rend autiste par rapport à la  manière de fonctionner de ses adversaires. Poutine mène  une politique ultra-classique : pour une Russie prospère à l’intérieur et respectée  à l‘extérieur  et d’abord  dans son environnement immédiat. Comment un esprit aussi aigu que Zbigniew Brezinski a -t-il pu dire qu’elle dit  qu’elle était imprévisible[8] ?  H.Clinton et V.Nuland le considèrent, de bonne foi,  comme un nouvel Hitler, ce qui est absurde. Parce qu’il  ne veut pas que Sébastopol devienne une base de l’OTAN,  on croit qu’il veut partir à la conquête l’univers . Ce ne sont pas les troupes russes qui se trouvent au  Mexique, mais au contraire les troupes américaines qui sont dans les pays baltes, pas Poutine qui déstabilise le Canada, mais Obama qui a déstabilisé l’Ukraine. Il n’empêche : dans le discours officiel américain, c’est l’agressivité de la  Russie qui  menace la paix.

On a assez dit que les Etats-Unis dominent le monde mais ont du mal à le comprendre . Cela s’applique d’abord à la politique idéologique du parti démocrate mais aussi aux tendances permanentes de l’Etat profond,  celles qui ont entravé  Trump pendant cinq ans et l’ont finalement rejeté parce qu’il ne  partageait pas leur posture idéologique.  En 2007, l’Etat profond  a fait élire un métis ,  Obama,  pour donner au reste du monde le sentiment qu’il était  proche de lui . Mais la manœuvre a échoué car   le problème n’était pas racial mais idéologique. Jamais  autant que sous Obama et surtout sa secrétaire d’Etat  Hillary Clinton , le fossé intellectuel entre  Washington et le reste du monde  ( spécialement ce qu’on appelait le Tiers monde ) n’a été aussi profond.  Obama a reçu  le prix Nobel de la paix pour ce qu’il était, un président  de couleur, sûrement  pas pour ce qu’il allait faire  :  quatre guerres. Mais les  idéologues ne comprennent jamais :  après Barack Obama, si Biden venait à s’affaiblir, Kamala Harris , métisse également,  a été prévue pour le remplacer :  pour se rapprocher encore du Tiers monde ? Mais ce sera l’inverse : dans la mesure où Harris semble une idéologue particulièrement virulente, le monde comprendra encore moins les Etats-Unis . Comment ne pas être inquiet de voir les équipes  Clinton-Obama revenir au pouvoir, plus sûres que jamais de leur bon droit ?  

L’incompréhension pour d’autres logiques que la lutte du bien contre le mal pourrait s’appliquer  aux Etats-Unis eux-mêmes : à deux reprises, la société américaine  ( en tous cas son oligarchie) a fait une réaction de rejet à l’égard de présidents qui, chacun à sa manière,  étaient adeptes de la realpolitik,   Nixon en 1974 et Trump en 2000 ?

On aurait pu croire qu’après l’échec de 2016, après avoir fermé ce qu’ils tiennent pour la parenthèse Trump, les démocrates  seraient revenus au pouvoir assagis. Il semble qu’il n’en soit rien. Malgré son allure de patricien classique, sorti d’un film des années cinquante, Biden a , sur les réalités internationales le même regard que les idéologues démocrates.   Dès avant l’élection , il a tenu les propos traditionnels sur la nécessité des Etats-Unis de faire prévaloir leurs valeurs à travers le monde.

 

Retour de la tension à l’Est

 

Vis-à-vis de la Russie, il ne cesse de clamer que désormais les Etats-Unis ne feront preuve d’aucune faiblesse - on se demande de quelle faiblesse avait fait preuve Trump !  -  qu’ils allaient prendre une attitude offensive au sujet des droits de l’homme – pour enseigner à Poutine à ne pas tricher aux élections ? Une nouvelle fois Poutine a été mis en accusation à la suite d’un empoisonnement manqué : après l’ empoisonnement présumé du président ukrainien Viktor Iouchtchenko «(2004) et de l’espion  Serguei Skripal (2018) , les services secrets russes manquent d’empoisonner l’opposant  Alexeï Navalny, avec un produit de  signature russe (2000)  :  ils sont décidément devenus bien maladroits !  Trump en avait peu parlé ; a peine revenus au pouvoir les démocrates ont sauté sur l’occasion pour montrer les dents. La propagande démocrate met sur le même plan  la Chine : parti unique, 10 000 exécutions publiques par an et la Russie de Poutine : pas d’exécutions, une presse au moins aussi pluraliste que l’américaine, pluripartisme tout  aussi officiel que  dans les pays occidentaux. 

Le nouveau secrétaire d’Etat Antony Blinken dit : « Nous allons travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits de l’homme . » Ces propos sont beaucoup plus en phase que ceux de l’équipe Trump avec l’état d’esprit  de miliaires comme Mark Milley[9], l’actuel chef d’Etat major des armées qui déclarait en 2016 : « Je mets en garde les ennemis de l’Amérique.  Nous détruirons n’importe quel ennemi, n’importe où n’importe quand. »  Quels ennemis ? Qui veut envahir le Texas ?

 

…et au Proche-Orient

 

Au Proche-Orient, Biden  a déjà renforcé la présence militaire américaine que Trump avait allégée.  Les démocrates pourraient bien reprendre la guerre en Syrie pour venir enfin bout du gouvernement  Assad. La reprise de l’ aide aux mouvement djihadistes est annoncée. Après deux ans calmes, ils ont repris les bombardements le 21 février.

Officiellement, Biden  voudrait réactiver  le traité  de Vienne passé avec Téhéran en 2015 , abrogé par Trump. Mais il y pose de conditions que l’Iran ne saurait accepter, comme  la renonciation à ses   fusées de moyenne portée. Trump avait su donner des satisfactions hautement symboliques à Israël : transfert de l’ambassade à Jérusalem-Est, reconnaissance de l’annexion du Golan mais s’était gardé de faire la guerre à l’Iran souhaitée par Netanyahou. Biden saura-t-il, lui,  résister aux pressions de Netanyahou ? 

L’adoucissement de la positon de Washington à l’égard du Yémen semble  de bon augure : retrait des rebelles  houthis de la liste des  mouvements  terroristes, cessation de livraisons armes à l’Arabie destinées à les combattre . Ils s’inscrivent toutefois dans le cadre de la déstabilisation du prince héritier Ben Salman , accusé d’avoir commandité le meurtre du  journaliste Jamal  Khashoggi à Istamboul en 2018 , et, par delà, de la monarchie saoudienne ( et donc de celles du golfe) . Quelle hypocrisie quand on sait qu’Obama a fait assassiner sans jugement des centaines de personnes à travers le monde !  Un projet de loi vient même d’être déposé à la Chambre des représentants pour étendre  cette pratique au territoire des Etats-Unis , en cas de « terrorisme » ( mais les mêmes accusent Trump et ses partisan d’être des terroristes !).  Quoiqu’ on pense du dit  prince  héritier, la  diplomatie est affaire de prudence et non de parti pris idéologique. L’expérience des  printemps arabes a montré comment un projet de  démocratisation avait plongé  plusieurs pays dans le chaos   et  le suffrage universel conduit au retour des islamistes. On peut craindre que cette folie, typique du parti de Biden, de démocratiser à tout va  ne conduise à de  nouveaux troubles  qui toucheraient  pour le coup une des zones  les plus stratégiques du monde, la péninsule arabique.  Pour autant les Etats-Unis  ne lèvent pas les sanctions imposées  au Yémen qui, par la famine ou la  maladie, tuent beaucoup  plus  que les armes.

Le regain d’activisme diplomatique et militaire  des Etats-Unis que promet le mandat de Biden  concerne aussi ses alliés. Si la tension s’accroit avec le Russie, comme Washington l’a annoncé, on leur imposera de serrer les rangs. C’est déjà fait . De plus  en plus de stratèges américains envisagent une guerre nucléaire en Europe à coup de bombes de petite dimension. La doctrine américaine prévoit la possibilité de répondre par des ripostes nucléaires à un attaque classique, dont on prête à Poutine l’intention. C’est dans cette perspective que plusieurs alliés des Américains, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la  Belgique, sont , selon Lavrov, entrainés à  utiliser des  bombes nucléaires tactiques installées sur leur sol. Une gigantesque manoeuvre devant avoir lieu en Europe centrale ces prochaines semaines, les Américains sont en train de débarquer des tonnes de matériel de guerre à Dunkerque, Calais et La Rochelle. Une implication qui est une première pour la France et n’inaugurerait rien de bon en cas de conflit. « L’Europe, dont la stratégie dans l’OTAN est celle  de l’Amérique serait automatiquement impliquée dans la lutte , lors même qu’elle ne l’aurait pas voulu » disait le général de Gaulle[10] : nous y sommes.

Les Russes ne devraient-ils pas être les premiers inquiets d’une telle évolution ? Peut-être, mais  pas autant qu’on croit. Selon certains contacts, ils sont aujourd’hui si assurés de leur avance technique en matière d’armements, spécialement défensifs (brouillages, missiles ultra-rapides etc.) qu’ils ne craignait pas la guerre. En cause, non le  manque de crédits du Pentagone mais la dégradation des systèmes d’enseignement qui font que  les Occidentaux n’ont  plus assez d’ingénieurs  qualifiés pour suivre la course aux armements . Une nouvelle qui devait nous alarmer mais qui, compte tenu du vent de  folie qui souffle  aujourd’hui à Washington, serait presque rassurante.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Bush père : Koweït ( avec toutefois l’aval de l’ONU) ;  Clinton : Kosovo mais une large responsabilité dans le Rwanda et les sanctions meurtrières contre l’Irak ;  Bush fils : Afghanistan,  Irak ;  Obama , comme rappelé plus loin : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

[2] Auteur de La puissance et la faiblesse, Pluriel, 2003, qui met en contraste la puissance « marsienne » des Etats-Unis, et la faiblesse  « vénusienne » des Européens, sortis de l’histoire à force d’humanitarisme.

[3] Selon les observateurs de l’OCDE .

[4] C’est entre autres la thèse d’Emmanuel Todd

[5] https://blogs.mediapart.fr/erasmus/blog/171020/joe-biden-le-candidat-du-complexe-militaro-financier-0

[6] Zbigniew Brezinski , Le grand échiquier, 1997, Bayard, pages 103-104 .

[7] Est-il nécessaire de rappeler que les dérapages du 6 janvier n’étaient absolument pas une tentative de coup d’Etat.

[8] Commentaire, n°156, hiver 2016.

[9] Pourtant nomme par Trump à son poste actuel. En 2016, il était chef d’état-major de l’armée de terre.

[10] Conférence de presse du 21 février 1966.

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:25

AFFAIRES SCABREUSES : CHANGEONS DE CHAPITRE !

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Affaires-scabreuses-changeons-de-chapitre

31/03/2021

Olivier Duhamel, Richard Berry et d’autres : pédomanie, inceste, libertinage. L’indignation fuse de toutes parts, particulièrement dans les médias qui semblent se complaire à exploiter ce nouveau filon.

Mais les contre-feux ne manquent pas. On dit : attention à la présomption d’innocence, il ne faut ne pas généraliser, pas d’amalgame, après tout, c’est leur vie privée.

Et surtout, surtout, on ressort le vieux spectre du retour à l’ordre moral, la figure hideuse bien connue que l’on se fait des champions de la moralité qui ne peuvent, croit-on, que jouir de manière perverse à dénoncer les turpitudes des autres . L’inquisition, le maccarthysme sont aux portes. Que l’offensive parte aujourd’hui des milieux ultra-féministes et non point des ligues de vertu, disqualifiées depuis longtemps, n’y change rien.

Eh bien non, n’hésitons pas à dire que l’indignation que suscitent les affaires évoquées n’est qu’un juste retour de bâton, à caractère non point moral mais politique.

Il est à parier qu’on ne ferait pas tant de cas de telles affaires si elles n’étaient que des affaires de mœurs.  Mais les figures qui tombent ont été pendant des années les grands prêtres d’un autre ordre pas seulement moral mais politique et  intellectuel  : celui de la pensée politiquement correcte.

Qui ne se souvient de l’arrogance souveraine d’un Dominique Strauss-Kahn (qui ne s’est jamais intéressé, lui, qu’à des femmes adultes ) mettant plus bas que terre la pauvre Christine Boutin lors du premier débat parlementaire sur la bioéthique, fort de son autorité d’homme influent, riche et « libéré », dans l’air du temps, contre la petite porte-parole ringarde de la morale ?

Qui n’a en tête la quasi-impossibilité depuis que Richard Descoings a imprimé sa marque, d’enseigner à l’Institut d’études politiques de Paris pour qui ne collerait pas à la doxa toute puissante de l’euro-mondialisme libertaire. Pour quelqu’un comme Olivier Duhamel, président de la Fondation des sciences politiques,  professeur et socialiste, ancien député européen et donc assez pistonné pour être élu sans affronter le suffrage de circonscription, le libertinage, la croyance à la construction européenne et à l’ouverture migratoire, c’était tout un. Dans ces milieux, être contre l’euro ne faisait pas de vous un simple contradicteur   avec lequel il y aurait eu lieu de débattre, mais tout simplement quelqu’un qui n’existait pas, qui ne méritait pas la moindre attention, out of touch comme on dit outre-Manche. Vous étiez, pour ces gens là, néantisé.

Au club du  Siècle que le même Duhamel a présidé ,  inutile de s’y porter candidat si on avait le moindre doute sur la doxa faussement dite libérale car elle est au contraire d’une intolérance totale,  eurolâtre et en réalité mondialiste. Le club en cause avait perdu toute  biodiversité intellectuelle.  55 % des Français ont voté contre le traité européen de 2005, combien de membres du Siècle pour les représenter :  1 % ?

Le progressisme par la promiscuité :  dans ce petit monde à la Lauzier, l’Europe sans frontières, c’était pour ces tenants absolus de l’idéologie dominante, l’analogue des couples qui se mêlent, une vaste partie fine où toutes les frontières  sont abolies. Tous ceux qui allaient contre la  doxa, dont le volet libertaire n’était pas le moindre,  étaient suspects de fascisme ; la disqualification morale, c’est eux qui, pendant de longues années,  l’ont maniée.  Héritage des absurdes théories de l’école de Francfort qui avait identifié la moralité classique, celle de tous les temps, celle de loi de Moïse, avec le fascisme et même pire, la liberté sexuelle  était devenu le marqueur d’un antifascisme militant. Puisque l’ennemi, dans les deux cas, c’était Pétain, un Pétain mythique, largement fantasmé, la vie de patachon valait médaille de la Résistance. Dans Salo ou les 120 journées de Sodome, le grand Pier Paolo Pasolini avait certes montré,  que le sommet de l’égoïsme, c’était le fascisme, mais il était à contre-courant. 

Que la morale de toujours, ce ne soit pas l’obéissance à une loi religieuse supposée arbitraire, mais d’abord la prise en compte l’intérêt de l’autre, à commencer de ces enfants délaissés ou scandalisés dont on piétinait dans ces cercles, allègrement, la pudeur, n’était plus dans la culture dominante, la première dans l’histoire à mettre au plus haut des valeurs sociales la jouissance égoïste, le devoir de  s’« éclater ».

Non, messieurs les censeurs, si les pratiques nauséabondes que l’on découvre ces temps-ci, alimentent l’esprit de  revanche de certains, ce n’est pas pour des raisons morales, mais éminemment politiques. Toute une génération a cru que le progrès  était dans la transgression de toutes les barrières, l’abolition des frontières nationales, de genre, du bien et du mal. Jusqu’à, chez les plus audacieux, la transgression suprême, celle de l’interdit où Lévi-Strauss voyait une constante anthropologique présente dans toutes les sociétés humaines, l’interdit de l’inceste.  Ce monde qui se meurt, ce monde à l’envers, a déjà plus d’un demi-siècle. Il est fatigué. Il est temps de passer au chapitre suivant.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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