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Roland HUREAUX

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:24

Non sans raison , Patrick Buisson  rappelle[1] l’incompatibilité entre ce qu’il appelle, de manière à notre sens contestable, le libéralisme et le populisme.  Ce qui réduit à peu de choses l’espoir d’une « union des droites » caressée  par certains.

Qu’il y ait  peu en commun entre les idées du Rassemblement national et celles des dirigeants[2] des Républicains   est assez évident : Europe et euro , rôle de l’Etat, questions sociétales, et même  positionnement géopolitique entre l’OTAN et la Russie : sur presque tous ces sujets, ils campent  sur des rivages opposés.   L’UMP dont la moindre faiblesse  n’était pas d’être traversée par ces clivages majeurs    a progressivement  éliminé de ses rangs , malgré les efforts méritoires d’un  Julien Aubert, tout  ce qui n’était pas dans  le courant dominant.

Un autre obstacle à l’union des droites, dont Buisson ne parle pas,  est que toute fédération se constitue  autour du partenaire le plus fort . Dans l’état actuel  du rapport des forces au sein de la droite, l’union des droites reviendrait à ce que les gens de LR ou de  « la droite hors les murs »  s’inféodent   à Marine Le Pen. Il n’est  pas sûr qu’ils  le souhaitent,  ni elle.

Reste que l’analyse de Patrick Buisson appelle des réserves  sérieuses, au moins de forme. 

La principale : appliquer le mot libéral  aux tenants de  l’ordre  mondial  n’est ni politique, ni exact  . Les grandes batailles sont gagnées par ceux qui  arrivent à imposer leurs mots.

Or quoi qu’en pense le maurassien Buisson, libéral a toujours eu une connotation positive  et pas  seulement depuis la Révolution  française. Qui a dit que les tenants de l’ordre mondial  sont des libéraux ? Eux .  Normal qu’ils se donnent de  jolis noms , mais il faut  les récuser.

Il ne s’agit pas seulement là d’une querelle de mots : 

La vérité est que le soi-disant libéralisme mondial dont il est question aujourd’hui  a bien peu à voir avec le  libéralisme bourgeois du XIXe siècle, mesuré et pragmatique,  tantôt libre-échangiste, tantôt protectionniste, tantôt monarchiste, tantôt républicain, toujours moraliste, admettant l’héritage historique et  au moins jusqu’à un certain point , le traditions. 

Ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui est une  idéologie  au sens exact  où le marxisme-léninisme était  une idéologie : les peuples de l’Est qui renâclent devant la construction européenne   l’ont bien compris.

Mais , comme toutes les idéologies, elle est mensongère . Loin d’être  libérale, elle est illibérale , et cela à plusieurs titres .

Premièrement,  parce que le libéralisme est , de manière intrinsèque, incompatible avec  l’idéologie . Hannah Arendt nous l’a appris : toutes les idéologies reposent sur le  pouvoir de ceux qui savent ou croient savoir  au travers de deux ou trois idées simples  sur laquelle se fonde leur vision , assorties d’un  projet messianique plus ou moins affirmé , d’un projet de « fin de l’histoire » . De ce fait toutes les idéologies  conduisent  à l’intolérance absolue vis-à-vis de ceux qui ne la partagent pas , à une  vision manichéenne du monde et , par là , au rejet  de la démocratie :  « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens»[3] dit  Jean-Claude Juncker, traités qui sont   la  déclinaison régionale de l’idéologie mondialiste. Loin d’instaurer le règne de la  liberté, l’idéologie promeut celui des commissaires politiques.

Les Gilets jaunes l’ont bien compris . Loin  de l’image de petits-bourgeois moustachus, franchouillards et fascisants que propagent leurs ennemis, ils combattent pour la  liberté.  Nul n’a   vu qu’autour des ronds-points,  les gilets aient   réclamé  un sabre à la Boulanger   ou un dictateur ; les Gilets jaunes  sont bien plutôt  inquiets du recul de la liberté d’expression  et de  la  répression policière impitoyable du régime marconien,  du recul de leur liberté de circuler au travers  des taxes dites écologiques et bien entendu du recul de leur  pouvoir d’achat  qui est aussi une forme de liberté .

Deuxièmement,  parce qu’au motif de libéraliser toujours plus  les sociétés occidentales,  l’idéologie prétendue libérale  opère un travail de destruction sans précédent qui ne peut conduire qu’à un nouveau despotisme . Destruction des  repères nationaux, régionaux,  moraux, religieux, culturel, familiaux, sociaux (laminage en  particulier des classes moyennes ). Ce libéralisme  prône l’immigration de masse  pour détruire les identités nationales et locales,  le libre-échange pour détruire les  héritages économiques, il  promeut l’homosexualité pour détruire  la famille. Ce libéralisme, nous préférons l’appeler mondialisme car ses adeptes les plus cohérents visent , par l’affaiblissement des Etats et le mélange  des  peuples , des races et des cultures , un gouvernement mondial.

Ce travail de destruction conduit à une société  qui n’est même plus celle du contrat social et  des droits  de l’homme : elle est celle de   « particules élémentaires » livrées à la loi du plus fort.   Hors d’une élite  mondialisée et toute puissante, régnera la précarité.  

Troisièmement,  parce qu’on peut établir qu’il  y a un optimum démocratique qui correspond à peu près à l’échelle de la nation , quelle qu’en soit la taille.  Ne voyons-nous pas  les libertés reculer chaque jour en France  au fur et à mesure que Macron développe son projet euromondialiste ?  Pour Jean-Jacques Rousseau, la démocratie n’était possible qu’à  petite échelle, celle des cantons suisses , plus difficile dans les grands Etats , impossible dans les empires  continentaux. Un gouvernement européen , tel que la Commission européenne en offre l’avant-goût  est déjà une lourde machine bureaucratique. Un gouvernement mondial , selon l’intuition géniale de George Orwell, ne saurait être qu’un  monstre totalitaire. A l’inverse,  souverainisme et libéralisme sont inséparables.

Face au prétendu libéralisme, Buisson plante le  populisme. Une expression qu’il faut assumer sachant que   le populus, c’est le  démos, et que donc le populisme, c’ est  la vraie démocratie.  Mais en l’opposant au libéralisme, il laisse  entendre que le peuple ne rêve que d’un pouvoir fort et illibéral,  voire d’une « démocrature », termes   que les mondialistes accolent   à ceux qui leur résistent , mais qui s’appliquent bien plus à eux-mêmes.   

Ce faisant, Buisson  commet le même erreur que Soros  qui confond la tradition avec le despotisme idéologique. Dans un excellent livre de Pierre-Antoine Plaquevent [4]qui tente de faire  le tour de tout ce qu’a de pervers  le personnage,  Soros se présente  comme  un disciple de Karl Popper . Mais dans son ouvrage capital ,  La société ouverte et ses ennemis[5], Popper s’en prend à Platon, Hegel et Marx, nullement à l’héritage judéo-chrétien ou aux nations.  

Que Popper , issu de l’Ecole de Vienne, ait promu la   société ouverte comme une antithèse aux  expériences totalitaires du communisme, du socialisme national allemand ( dit communément nazisme) et du  fascisme est très  compréhensible. Mais Soros est allé bien  plus loin en amalgament aux  régime totalitaires, sous le terme de « sociétés fermées »,   toute les sociétés se réclamant d’une  tradition, ayant un caractère plus ou moins organique et par là tout l’héritage européen et chrétien.

Cet amalgame était inconnu des promoteurs des régimes totalitaires qui se voulaient  au contraire modernes. Il l’était  aussi , à notre connaissance, de l’Ecole de Vienne d’où est issu Popper. Boris Souveraine[6], le premier à avoir analysé en profondeur le communisme,  avait montré comment il   avait poussé sur le fumier de la  décomposition des sociétés  traditionnelles et non à partir d’elles.

Mais telle n’est  pas la  voie  qu’a suivie l’école de  Francfort ( Adorno,   Marcuse, Reich  etc.) qui, sur  la base  d’une  sociologie sommaire,  a  prétendu   montrer que  c’était les   sociétés  traditionnelles qui avaient engendré le  nazisme et le  fascisme. Bien plus que de Popper, Soros est un disciple d’Adorno. Les déconstructeurs français ( Foucault, Deleuze, Derrida, Bourdieu) , ont poursuivi sur cette voie. Détruire les nations et  la famille  est pour ces gens  une démarche antifasciste.  C’est là  aujourd’hui l’idéologie dominante.  

Il est vrai que  certains théoriciens conservateurs  comme de Bonald ou de Maistre , auxquels Maurras a plus ou moins emboîté le  pas ,  en haine  de  la Révolution française, avaient  tenté de promouvoir ( avec bien peu de succès il faut bien le dire en dehors du régime de Vichy ou du salazarisme ) un modèle de société compacte, « organique » où l’individu serait  enserré de toute part dans  des réseaux hiérarchiques. Ce faisant, ils ont fourni un beau repoussoir   aux idées de l’Ecole de Francfort et à la révolution libertaire qu’elle a inspirée. N’ayant plus après 1990 de vrai totalitarisme à se mette sous la dent, Soros et ses émules   ont entrepris, au nom d’un libéralisme devenu idéologique , de  détruire tout l’héritage de la civilisation occidentale.

Or ces amalgames reposent sur  un contresens historique. L’esprit de liberté n’est pas né en 1789. Il  souffle sur l’Europe chrétienne depuis les origines  du christianisme A Poitiers, franc veut dire libre, musulman veut dire soumis. Chateaubriand  se gaussait des contre-révolutionnaires de son temps  qui,  au motif  de combattre les idées de la Révolution , voulaient copier l’empire ottoman ( autre modèle de société totalitaire).  Comme son inspirateur Burke , Chateaubriand a compris que la  tradition européenne débouche sur le vrai  libéralisme , limité, éclairé,   respectueux du passé et des  médiations sociales  et qu’à l’inverse, il n’y a pas de liberté sans  l’appui d’une tradition[7]. « La liberté est sur la croix du Christ  et elle en descend avec lui »[8],  « La liberté émane de Dieu qui livra l’homme à son franc-arbitre » [9].

De fait tradition et  liberté sont  inséparables.  Pas de liberté possible pour un homme sans passé, sans racines, sans traditions, et donc sans esprit  critique par rapport aux pouvoirs, cet  esprit  critique qui nourrit la vraie démocratie. La liberté et non les libertés : étonnante adhésion, par cette formule bien connue,  de Maurras au positivisme juridique qui est aujourd’hui la machine de guerre avec laquelle  le totalitarisme libertaire détruit le  droit naturel . Francesco de Vitoria enseignait à Salamanque en 1570  les droits inaliénables des Indiens,  pas leurs droits positifs.  La  liberté et non l’idéologie pseudo-libérale ( et libertaire ) contemporaine, délire  qui conduit à   l’esclavage. « Si la religion chrétienne s’éteignait, on arriverait par la liberté à la pétrification sociale où la Chine est arrivée par l’esclavage » [10].

Toute bonne  propagande doit dire  la vérité des choses. Le combat  qui est la  nôtre n’est pas celui  du populisme contre le libéralisme , encore moins celui  de l’autoritarisme ( qu’il faut laisser  à Castaner),   celui  de la politique naturelle, voire de la civilisation,   contre l’idéologie , celui du réel ( qui comprend la nature humaine) contre les billevesées,  celui d’hommes libres contre les commissaires politiques   , celui de nations libres contre  le  mondialisme orwellien, de gens qui tiennent  autant à leur souveraineté individuelle qu’à celle de  de leur pays contre le globalisme à la Soros  et qui peuvent se réclamer tout autant des valeurs traditionnelles que de la  liberté. On ne gagne  jamais contre la liberté. C’est pourquoi  la bataille du populisme  doit être aussi celle de la liberté.  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] L’Opinion, 31 Juillet 2019 

 

[2] Plus que de leurs militants

[3] Déclaration faite à la suite de la victoire de Tsipras  aux élections de Grèce, 16 janvier 2015

[4] Pierre-Antoine Plaquevent, Soros ou la société ouverte , Le retour aux sources, 2019.

[5] Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, 1945, réed.  Le Seuil, 1979, 2 vol.

[6] Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchevisme,  , 1935, réed.  Gérard Lebovici 1935.

[7] Ce disant, nous ne tentons nullement de réhabiliter le « libéral-conservatisme » de Bellamy qui, par son adhésion à l’Europe de Bruxelles,  ne saurait être tenu pour un vrai   libéral  au sens où nous l’entendons. 

[8] Notes et pensées

[9] Génie du christianisme , 4e partie, VI, 11.

[10] Mémoires d’Outre-tombe , appendice XXV.

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:22

L’EUROPE SELON CHARLES DE GAULLE

et ce qu’elle est devenue après lui

 

Article publié dans la Revue politique et  parlementaire n°1094-1095, juin 2020

 

Interrogé  pour qu’il dise qui avaient été les grands Européens de l’après-guerre, l’archiduc Otto de Habsbourg, cita en premier lieu Charles de Gaulle[1]. Pour lui,  les grands  Européens   n’étaient pas ceux  qui avaient promu  telle ou telle forme d’organisation  du continent, mais ceux qui avaient relevé l’honneur de l’Europe après le désastre  des années trente et quarante, sur le plan non seulement  politique mais aussi et moral et intellectuel.

 

Pour la civilisation européenne

 

De Gaulle n’aurait pas  récusé une telle appréciation  qui, en un sens, correspondait à son dessein. Il  savait bien que la France qui lui tenait tant  à  cœur était, par sa géographie et par son histoire,  inséparable de  Europe dans son ensemble, « de l’Atlantique à l’Oural » « J’ai , de tout temps mais aujourd’hui plus que jamais, ressenti ce qu’ont en commun les nations qui la peuplent  (l’Europe) » [2].  De même qu’il ne  doutait pas que la place de la France était au premier  rang, il savait que la civilisation de l’Europe était inégalée, qu’elle avait et qu’elle devait  jouer encore un rôle essentiel dans l’histoire du monde. Au sens littéral, De Gaulle était tout le  contraire d’un « eurosceptique ».  Pour un Français, servir la France, c’était, selon lui, la meilleure  manière  de servir l’Europe, voire d’épouser  « la seule querelle qui vaille, celle de l’homme ».  Pour lui, « ce que chaque peuple doit au monde, c’est d’abord lui-même. » 

Catholique, il ne passait pas son temps à disserter sur  la doctrine sociale de l’Eglise.  Il préférait  l’inspiration   de Chateaubriand ou de Péguy.  Il  sentait d’instinct le principe de subsidiarité dont une première application était  que l’Europe ne pouvait pas se construire  contre les Etats.  La participation et la promotion des régions qu’il proposa en 1969 avaient la même inspiration.  Certes,  aucun échelon ne devait écraser les autres mais l’Etat  demeurait pour lui  l’échelon majeur.    C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’Europe des Etats (il ne parlait guère de l’Europe des nations ) :    deux niveaux qui ne sont pas  en concurrence mais qui au contraire  se renforcent l’un l’autre. L’indépendance, valeur cardinale, valait pour lui  tout autant pour les nations européennes que pour l’Europe dans son ensemble: il ne pouvait y avoir d’Europe indépendante si  ses composantes  nationales ne l’étaient pas.

Cette culture européenne, il s’était très tôt appliqué, comme l’a montré le professeur Larcan, à bien  la connaître.   Familier de  la littérature française, il   s’efforça   très jeune d’ étudier  un  grand auteur par pays:  Goethe pour  l’Allemagne  ( mais il citait aussi Hölderlin), Shakespeare pour l’Angleterre, Cervantes pour l’Espagne,   Dante pour l’Italie; pour la Russie, probablement  Tolstoï.    Il ne chercha  pas en revanche comme Jacques Chirac  à  comprendre les civilisations orientales : il savait que l’européenne, la sienne,   suffisait à une vie;  pour le reste, il avait Malraux. 

Ajoutons que cet homme que les ignorants assimilent au   chauvinisme national le plus obtus, fut, avec Giscard d’Estaing, le seul chef d’Etat  de la Ve République à maitriser deux  langues étrangères[3].

Une telle approche  ridiculise  d’emblée ceux qui tiennent de Gaulle pour un homme du passé  qui, s’il était resté en vie aurait su évoluer , se serait rallié au fil des ans  à  l’Europe supranationale ou à la réintégration de  l’OTAN, comme les 306 députés UMP qui votèrent le traité de Lisbonne et les 329 qui approuvèrent celle-ci.

 

De Gaulle vs/ Monnet

 

Entre  les partisans  de l’ Europe de De Gaulle et celle des supranationaux, il n’y a pas  un  avant et un après, il y a une opposition fondamentale   qui  se fit jour à Londres  dès  juin 1940. Le 17  au soir, De Gaulle dîne chez Jean Monnet. Il lance son appel à  la radio de Londres le 18 au soir; le 19,  Monnet intervient auprès du cabinet  britannique pour qu’il cesse de parler. C’est en s’adressant directement à Churchill, dont la vision  de l’Europe n’était pas  très différente de la sienne, que De Gaulle retrouve le droit de s’exprimer  à la BBC.

A vrai dire, il n’y a jamais  eu   deux conceptions de l’Europe, il n’y en a qu’une, celle de De Gaulle. Celle de Monnet, qu’on lui oppose  - Monnet  que son père  avait envoyé vendre du cognac à Londres à  14 ans considérant que  les études ne servaient à rien -, était étrangère à la civilisation européenne; elle était   la section continentale de l’internationale mondialiste  dominée  par les Américains, le banc d’essai d’un Etat mondial,   comme il   le dit à la dernière ligne  de ses Mémoires: « la Communauté européenne n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain »[4].

Ce n’est pas par un attachement fétichiste  à la nation ou à l’Etat que De Gaulle refusait la conception supranationale , c’était par ce qu’il tenait pour la première qualité d’un homme d’Etat , le réalisme : « Je vois, dit–il,  l’Europe comme un ensemble de nations indestructibles. A quelle profondeur d’illusions ou de parti pris faudrait–il plonger pour croire que les nations européennes forgées au cours des siècles par des efforts ou des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie et  son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en former qu’un seule ?[5]» .   

L’idée de confédération qu’il a opposée un temps aux projets fédéraux, n’était pour lui qu’ une perspective lointaine. Y croyait-il  seulement ? Il savait au moins, en bon politique,   qu’il fallait opposer projet à projet et ne pas rester sur le registre négatif.  Il croyait  en revanche à une collaboration étroite et permanente des principales puissances  européennes pour harmoniser leurs positions sur la scène internationale et y peser de  leurs  poids additionnés.[6] Et même « Il est conforme à leur nature qu’elles en viennent à former un tout ayant au milieu du monde son caractère et son organisation[7] ».

Autre marque de réalisme relatif  au projet européen : « là où il y a fédération, dit-il,  il y a toujours un fédérateur » ,  lequel , s’agissant d’Europe de l’après-guerre , ne pouvait être  que l’Amérique. De fait , sur toutes le querelles qui opposèrent De Gaulle aux Etats-Unis dans les années soixante ( et qui n’empêchèrent nullement  une union exemplaire dans les crises comme celles de Cuba et de Berlin) : la force multinationale, projet de Kennedy destiné à saborder la force de frappe française, l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun, l’étalon -or, le retrait de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, le rapprochement avec l’URSS,  le  Vietnam, la guerre des Six jours, le Québec, les européistes à la Monnet, essentiellement   socialistes et démocrates-chrétiens, étaient du côté de Washington, comme si  les  deux causes, l‘Europe supranationale et l’allégeance atlantique, étaient indissociables.  Alors même que l‘entrée de Britanniques attachés à la souveraineté, qu’ils souhaitaient, aurait torpillé leur  projet.

Nous disons Europe supranationale : De Gaulle  ne disait jamais Europe  fédérale :  d’abord, parce que, maître du verbe,  il  évitait de donner un nom sympathique aux projets de  ses adversaires, ensuite parce  qu’il savait que  le projet de Bruxelles n’avait  rien de  fédéral.

 

De Gaulle, accoucheur de la Communauté européenne

 

Paradoxe : cette Europe institutionnelle qu’il n’aimait guère, De Gaulle contribua  plus que quiconque à ce qu’elle voie le jour. Il avait pourtant été  d’emblée     hostile à la  CECA et  à la CED, projets plus ou moins vite mort-nés et , s’il ne s’est pas  exprimé alors sur le  Traité de Rome instaurant le  Marché commun ou sur  l’Euratom,  on sait qu’il n’en était guère enthousiaste.  Et pourtant, revenu au pouvoir en 1958 , il mit tout son zèle à appliquer le traité de Rome et nul doute que s’il n’avait pas été là, ce traité  aurait fait aussi, pour les raisons que nous verrons,  long feu. Il tenait d’abord à  honorer  la signature toute fraiche de France, d’autant que la mise en œuvre  du traité apparaissait comme un défi  à relever: de 1959 à 1968, la France opéra, dans le cadre des Six et sous son égide,  le plus important  désarmement  douanier de son histoire.  Alors que les traités de la CECA et de la CED avaient été préparés sous l’égide  des Américains, ce ne fut pas le cas du   traité de Rome;   ils    n’acceptèrent jamais sa composante essentielle: le marché commun agricole.  Les Américains étaient  le  principal fournisseur de  céréales de l’Allemagne,  le  marché commun  devait permettre à la France de prendre leur place.  De Gaulle soutint d’autant plus  le traité qu’il    était favorable aux intérêts concrets des paysans  français, ce qui était, dans sa conception du leadership , important.   Monnet , assez naturellement,  avait  boudé lui  aussi le traité de Rome qui devait être pourtant la matrice de tous le développements institutionnels ultérieurs.

L’inféodation  des cinq autres membres de la Communauté économique européenne devait permettre aux Etats-Unis de faire avorter   le volet agricole. De  Gaulle  l’empêcha.  Il imposa  au forceps le 16 janvier 1962  le principe d’une politique agricole commune.  Mais le traité de Rome restait  ambigu :  derrière le volet technique , perçaient des arrière-pensées supranationales  que le général s’attacha à  mettre en veilleuse en abaissant la commission et notamment son président  Walter Hallstein, qui avait été impliqué dans le  projet paneuropéen  d’Hitler.  Il y parvint, après avoir fait la politique de la  chaise vide, au travers du compromis de Luxembourg  adopté  en janvier 1966  qui sauvegardait les droits des Etats sur leurs intérêts essentiels.    

Face aux prétentions  de la commission, le général de Gaulle tenta de promouvoir sa conception  de l’Europe, fondée sur une  étroite coopération politique des Six , respectueuse des droits  des Etats : ce fut le plan  Fouché (1962).  Ce plan  ayant été  refusé par une majorité d’ Etats – et les Etats-Unis -, le président français  se  rabattit sur le rapprochement franco-allemand, sorte de Plan Fouchet à deux, concrétisé par le traité du 23 janvier 1963, dit traité de l’ Elysée. Ayant dès le mois de septembre 1958 invité le chancelier Adenauer à Colombey-les-deux-Eglises, privilège dont lui seul eut l’honneur,  De Gaulle avait dès le départ vu  le partenariat   franco-allemand comme  la colonne vertébrale de la future Europe.  On  a trop dit que  ce traité avait été saboté par le Bundestag, qui lui adjoignit un préambule  tendant à le vider  de sa substance ; pas assez  que  ce coup de  poignard dans la réconciliation franco-allemande ( après un siècle de guerres)  avait été préparé par Jean Monnet, à l’instigation des Américains; pourtant   ce traité s’avéra, à long terme,   un relatif succès, plaçant le dialogue   franco-allemand  ( les  Allemands ont  horreur  que l’on parle de couple !) au centre   de la construction européenne.

De Gaulle  comptait aussi  sur l’application du traité de Rome pour obliger la France à se moderniser, au moins jusqu’à un certain point : lui  qui avait préféré en 1945 le plan Pleven au plan Mendès-France, plus exigeant, avait  assez de  réalisme politique  pour mesurer les limites de  cet exercice.  Il veilla  néanmoins , après la dévaluation de 1958, à ce que le franc ne décrochât  plus du  mark. La contrainte économique qui en résulta   est peut-être une des raisons de l ’explosion de Mai 1968. En dévaluant  le franc de plus de 20 % par rapport au mark à l’été 1969, Georges Pompidou  donna au contraire un coup de fouet sans précédent  à l’économie française dont la  magnifique croissance, de 1969 à 1974 permit de rattraper en partie notre retard.

Hors cela, on ne voit pas  de lien direct entre les  troubles qui entrainèrent, dix mois après,  le départ  du général et les enjeux européens; bien au contraire, la régionalisation qu’il soumit  à référendum de 1969 n’avait rien pour déplaire à Bruxelles.  A moins qu’on ne considère les questions  européennes que comme un simple volet de l’affrontement   franco-américain qui connut son climax en 1966-67,   et les  évènements de mai 1968 comme une revanche des forces sombres, principalement transatlantiques,  que  le général avait eu, comme nul autre avant et après lui, l’audace d’affronter.  Un affrontement qui n’avait rien de fatal  puisque les premiers mois de   1969, juste avant son départ, virent au contraire une belle lune de miel franco-américaine  dès lors que le général trouva à Washington   un interlocuteur à sa convenance en la personne de son admirateur Richard Nixon.  Mai 68 et ses suites économiques mirent  en tous les cas fin à toute  idée de retour à l’étalon-or  et de déstabilisation du dollar.

Depuis l’adoption du compromis de Luxemburg, un équilibre avait  été trouvé à six dans l’organisation européenne: les marathons agricole de fin d’année   donnaient l’apparence d’un affrontement permanent mais ils gardaient un caractère technique. On était loin cependant de  l’Europe dont le général de Gaulle avait rêvé: il n’avait  convaincu aucun de ses partenaires qu’elle  devait  prendre ses distances  vis-à-vis de la puissance américaine  et,   selon Alain Peyrefitte[8], le De Gaulle des dernières années pestait souvent contre  la machinerie de Bruxelles à laquelle il n’avait jamais adhéré qu’à contre-cœur. L’Europe gaullienne n’a  jamais vraiment  existé.

 

Après De Gaulle: Pompidou et Giscard d’Estaing  

 

C’est à  tort, selon nous, que l’on considère que Pompidou aurait trahi  l’héritage européen du général. S’il donna  le feu vert à l’entrée du Royaume-Uni dans  le marché commun, le général n’y avait pas opposé un refus de principe, seulement la nécessité d’un délai plus ou moins  long. Pompidou, il est vrai, précipita les choses. Si De Gaulle n’a jamais dit comme le veut la  légende « je veux l’Angleterre nue», il les aurait sans doute  fait trainer davantage. Le Brexit, 45 ans après,  a  montré combien il avait été lucide sur la difficulté d’intégrer  le Royaume Uni à une quelconque entreprise européenne.

Les accrochages mémorables entre  Michel Jobert et Henry Kissinger montrent que le France de Pompidou n’était pas encore inféodée  à l’Amérique. Cependant, la fructueuse coopération avec le gouvernement  Nixon se poursuivit.

Les personnalités   comptant autant que les doctrines, rien ne dit que De Gaulle aurait sympathisé plus que Pompidou avec Willy Brandt. Il reste que la  conséquence majeure de l’Ostpolitik, les accords d’Helsinki (1975), furent une   victoire posthume des idées gaulliennes.

Valéry Giscard d’Estaing   avait été ministre du général. Entre les gaullistes et les atlantistes, il fut un des rares  à  adhérer  sincèrement   à l’idée d’ une  Europe « fédérale » indépendante des Etats-Unis, alors  que   la plupart des supranationaux ne distinguaient guère  l’européisme de d’atlantisme le plus servile. Il s’exprima dans ce sens en promouvant  la création d’un  conseil des chefs d’Etat et de gouvernement  dont le concept était conforme à la  vision gaullienne,  et en instaurant avec  Helmut Schmidt un partenariat de haut niveau  relativement   égalitaire. Il se fourvoya cependant en pensant que  l’élection du Parlement   européen au suffrage universel allait favoriser l’émergence d’une Europe forte. Ouvert à  toutes les influences extérieures , ce grand corps  informe fut un des moyens de l’inféodation du continent.

La crise des euromissiles vit Giscard, ambigu par rapport aux Soviétiques, s’éloigner de l’atlantisme  sur un terrain que  n’aurait   pas forcement choisi  le général , intraitable quand les intérêts fondamentaux de l’Occident  étaient en jeu.   La France de Mitterrand apporta   au contraire   un soutien essentiel  à l’Amérique de  Reagan  en approuvant   l’implantation des euromissiles américains en Europe ( implantation  sans laquelle l’Europe occidentale se serait trouvée  assez vite   finlandisée ). Mais bien peu ont vu qu’il  ne put  le faire  que parce que  la   politique d’indépendance du général de Gaulle  avait conjuré durablement  la tentation pacifiste dans l’hexagone  - à la différence du reste de l’Europe. Kissinger avait d’ailleurs reconnu, dès 1973,  que la politique d’indépendance française avait plutôt renforcé qu’affaibli   l’Alliance atlantique. Voilà peut-être l’ultime contribution du général à l’équilibre européen et  même,  indirectement,   à la chute du communisme.

 

Mitterrand et Chirac

 

Peut-être plus que De Gaulle,  François Mitterrand et Jacques Chirac, au fond d’eux-mêmes,  pensaient d’abord français.  Mais l’opportunisme politique  les conduisit à se rallier, l’un et l’autre,  à la construction européenne. Mitterrand , tout en protégeant un Chevènement  - comme Chirac ne sut jamais le faire  avec ses propres souverainistes ouvrant un boulevard  au Front national - , devait tenir compte de la  culture européiste profondément ancrée  au parti socialiste, surtout dans la deuxième gauche rocardienne, démocratie chrétienne  décolorée, qu’il avait habilement intégrée à ce  parti.   Chirac, suivant une arithmétique sommaire, pensait qu’il ne pouvait être  élu président sans  les voix  du centre.

 

La fin du communisme,  réalisation  de la prophétie gaullienne

 

Le tournant des années quatre-vingt-dix vit l’effondrement  du communisme , événement majeur pour  l’Europe, conforme aux prophéties du général de Gaulle.  En théorie, il ouvrait les  portes d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural mais la rivalité persistante des Etats-Unis et de la Russie l’empêcha.  Il permit seulement  l’ élargissement de l’Union européenne à l’Est et, par la multiplication des membres , le renforcement de la commission .  Il n’est pas sûr que De Gaulle aurait fait tant de difficultés que Mitterrand  à la réunification de l’Allemagne  qu’il  pensait  inévitable , ni que l‘élargissement de l’Union européenne au Sud et à l’Est aurait  suscité chez lui  les réserves qu’expriment   certains de nos « souverainistes »,  ignorants  des  liens historiques forts qui attachent la plupart de ces pays à  la France . Il reste  que,  dans le cadre institutionnel actuel, cela ne pouvait aboutir qu’à  donner une majorité à des  petits pays le plus  souvent  téléguidés de Washington.

 

La mutation de 1992

 

Au même moment l’Europe institutionnelle connaissait en 1992 une mutation importante, marquée par la réforme de la  PAC et l’instauration de la  monnaie unique : le cœur du réacteur     européen cessait  d’être  agricole   pour devenir monétaire.

L’Acte unique, enfant de Jacques Delors, négocié par la gauche,  était voté par la droite en 1987. Au motif  de  faire un marché  parfait  tel qu’en  rêvent les économistes en chambre, il centralisait  l’essentiel de la  législation économique et sociale à Bruxelles, affaiblissant autant  le fédéralisme allemand que le Parlement français, devenu dès lors  une chambre d’enregistrement de  la réglementation européenne, ce qui    ne devait pas peu contribuer au discrédit de la classe politique en France comme  en Europe.  En même temps, la politique  intégriste de la concurrence appliquée par Bruxelles privait les Etats, dont  la France, de toute possibilité de mener une politique industrielle active.

Le GATT, moteur  efficace de la mondialisation commerciale, avait depuis longtemps affaibli  l’identité  européenne en faisant baisser partout les  tarifs douaniers  industriels. Si l’Europe était ouverte au grand large, l’Union douanière n’avait plus de sens. Sauf en matière agricole où la PAC  première manière instaurait des  barrières  protectrices solides.  A force de   coups de boutoir, les Etats-Unis  obtinrent que l’agriculture, jusque-là exemptée,   entrât dans la mécanique du GATT : le principe en    fut concédé    par Mitterrand en tête à tête  avec Reagan en  1984, puis mis en œuvre par Chirac en 1986. Cette banalisation de l’agriculture qui passa par les étapes de la réforme de la  PAC  en 1992 et les accords de Casablanca en 1995,  devait faire perdre à la construction  européenne  d’origine, celle que précisément le général de Gaulle avait soutenue, une partie de  sa raison d’être.  

 

La monnaie unique

 

Au même moment, toujours sous l’égide de Mitterrand, puis de Chirac, l’Europe institutionnelle se cherchait  une nouvelle  identité au travers de la  monnaie unique instaurée par  le Traité de Maastricht en 1992. Il n’avait jamais  été question de monnaie unique dans les années soixante, mais qui  peut imaginer que  De Gaulle aurait donné son accord à l’abandon définitif     d’un des  piliers fondamentaux  de la souveraineté, le droit de battre monnaie, avec tout ce  qui allait avec comme la maîtrise de la politique économique ?     Si le général avait  voulu, sans succès,   que le franc  vogue  de conserve avec le mark, c’était bien évidemment sans contrainte  et non sous la  férule de Bruxelles.

Considérons aussi que le général connaissait l’économie : il s’y était   mis  tard,  à l‘école de Jacques Rueff,  mais  en était venu à la  comprendre très bien au point de susciter  l’admiration de son maître: les conférences de presse qu’il y consacrait  étaient d’une admirable clarté pédagogique.  Pompidou et Giscard la connaissaient aussi . A partir de  Mitterrand, jusqu’à aujourd’hui, l’ignorance règne.  Que l’euro tel qu’il a été conçu, c’est-à-dire le mark repeint, dut  être un frein considérable à la croissance et de la France et de l’ Europe, et donc un instrument  de leur  déclin,  il nous semble que lui  l’aurait compris.  

Au moins deux  autres évolutions récentes de la construction européenne  sont aux antipodes de  la pensée gaullienne: la perte sans précédent de l’indépendance  de l’Europe  et l’évolution du rapport franco-allemand .

 

Une Europe de moins en moins indépendante

 

On peut  dire que plus la construction européenne a avancé, plus l’Europe a perdu de son indépendance vis à vis de son allié américain,  au point d’épouser aujourd’hui aveuglément, sous la bannière d’une OTAN largement sortie de son rôle originel,    toutes les mauvaises causes  dans lesquelles les hommes qui commandent à Washington, spécialement les « néo-conservateurs », ont réussi à l’entrainer : guerre des Balkans,  regime change   au Proche-Orient,  guerre d’Ukraine, sanctions  à l’encontre de la  Russie ou  exercices militaires provocateurs dans les pays  baltes.  

Pensons qu’ en 1956, onze ans après la fin de la seconde guerre mondiale et avant la signature du  traité de Rome,  Guy Mollet et Anthony Eden purent se mettre d’accord sur une expédition militaire conjointe au Proche-Orient  contre le vœu de Etats-Unis  (qu’elle ait mal tourné  sur le  plan diplomatique est une autre question : ils avaient pu   l’entreprendre). Aujourd’hui, Bruxelles n’oserait même  pas dépêcher  un émissaire dans cette région sans l’aval du  Département  d’Etat [9]. Une étape de cette évolution a été  le traité de Maastricht qui  subordonne explicitement   la politique européenne de sécurité commune (PESC)  à  celle de l’OTAN (article J 4) .

Dernier à résister à l’imperium américain, Jacques Chirac refusa – avec l’Allemagne – de participer à  la guerre d’Irak de 2003.  On dit  alors à Washington que la France serait « punie » . Peut-être par l’élection de trois présidents tenus de Washington avec une laisse de plus en plus  courte.   La réintégration plénière de l’OTAN  que Sarkozy fit approuver  à la plupart des députés  dits « gaullistes », constitue une étape importante  du  processus d’asservissement  de l’Europe. Ainsi, loin de s’opposer, l’indépendance de l’Europe et celle des Etat européens, comme l’avait vu le général,  vont de pair : là où  celle des Etats  s’affaiblit, celle de l’Europe aussi.

Inséparable de l’indépendance est la démocratie. Le référendum du 29 mai 2005 qui vit les Français repousser le projet de constitution européenne préparé par Giscard  montrait les résistances croissantes que  l’Europe de Bruxelles rencontrait auprès des peuples. Qu’une copie à peine amendée de ce projet, dite Traité de Lisbonne,  ait pu, quelques mois après,  être ratifiée   par le Parlement, constituait une injure à  la doctrine   gaulliste si respectueuse de la souveraineté populaire.

 

France-Allemagne: un  déséquilibre dangereux

 

L’autre évolution totalement  contraire aux vues du général est celle de la relation franco-allemande : il ne la concevait  qu’égalitaire,  et encore,  en 1963, du fait de son poids personnel,  l’avantage   était-il à la France.  Ce n’est pas tant la réunification ( qui n’apporta à l’Allemagne que 5 % de PIB en plus avec une montagne de problèmes) que l’euro avec ses effets   dissymétriques, qui a  transformé peu à peu le partenariat    en un rapport de subordination de la France   à l’Allemagne.  Mais encore plus décisifs dans cette évolution furent les  complexes  de la classe dirigeante  française: à force de traiter  par le mépris  l’héritage du général de Gaulle, elle est retombée dans une sorte de néo-vichysme   corrosif pour la  relation franco-allemande.  Avec la guerre du Kosovo (1999),   la France  de Chirac se joignait à   une opération de destruction de son allié historique  serbe, au bénéfice de pays sous influence  allemande. La même année, dans  le  traité de Nice (1999), Chirac consentait   à ce que la représentation parlementaire de l’Allemagne soit supérieure à celle de la  France, au-delà même de ce qu’exigeait la démographie.  La domination économique de l’Allemagne  que le carcan de l’euro  empêche désormais de rééquilibrer comme Pompidou avait su  le faire dans les années soixante-dix, au lieu de  rapprocher le peuples, les éloigne dangereusement. Et encore la  germanophobie n’a-t-elle pas encore  atteint en France  le niveau  de l’ Italie,  pays fondateur de la construction européenne  traditionnellement  le plus europhile  devenu le plus europhobe. Elle a pour contrepartie le mépris croissant, quasi-raciste, de beaucoup d’ Allemands pour les PIGS[10].

Asservissement sans précédent de la politique  étrangère européenne  à celle des Etats-Unis, affaiblissement par rapport au reste du monde et récession, déséquilibres économiques croissants et   ressentiments réciproques  des  peuples:  nous sommes loin de l’Europe telle que l’ avait  voulue le général de Gaulle:  indépendante, prospère et fondée sur le  rapprochement de peuples restés  libres . Même s’il n‘en a jamais formulé l’idée, Charles de Gaulle  a eu l’intuition de ce qu’était  le fait idéologique;  il l’ appelait  « les chimères », antithèse du réalisme dont il faisait sa règle absolue. En devenant de plus en plus  idéologique, l’Europe ne pouvait que s’éloigner de l’idée  que s’en faisaient les  grands européens de l’après-guerre comme De Gaulle, Churchill ou  Adenauer. L’idéologie obéit à ce que Hayek a appelé   «  la  loi des effets contraires aux buts recherchés ». Nous y sommes. 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] A l’occasion du 50e anniversaire du traité de Rome, mars 2007. 

[2] Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, tome 1, page 181 .

[3] Pompidou et  Mitterrand ne parlaient pas de langue étrangère. Chirac, Sarkozy et Macron ne savent  à notre connaissance , plus ou moins bien, que l’anglais .

[4] Jean Monnet, Mémoires,  tome 2 , page 794,  Livre de Poche

[5] Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, tome 1, page 200.

[6] Les pays européens de second rang ne tenaient pas  beaucoup  de place dans la vision européenne de Charles de Gaulle. Ils étaient , il est vrai,  les plus inféodés à Washington.

[7] Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, tome 1, page 181

[8] Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, tome 3

[9] C’est ainsi que l’UE confia une mission à Tony Blair au Proche-Orient en 2007.

[10] PIIGS : Portugal, Italie, Grèce, Espagne ( Spain).

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:19

ELECTION ET DERELICTION

La question du péché originel ne concerne pas seulement l’événement mystérieux de la chute  première  ni  ne se réduit  à la théorie scolastique  de sa transmission.

Elle touche une réalité existentielle plus fondamentale : l’état  moral lamentable de l’humanité depuis les origines de l’histoire  – et sans doute avant.

 

« Pire qu’une bête ! »

 

Il ne s’agit pas que  des « petites » fautes : mensonges, vols, parjures, adultères . Il faut avancer en âge pour mesurer  la profondeur abyssale du mal  que les hommes peuvent commettre : guerres , spécialement  guerres civiles affreuses,  cruautés sans nombre , notamment contre les femmes et les enfants  , souvent associées à d’inimaginables perversions sexuelles, injustices particulièrement odieuses et  cachées ( comme celles que décrit Balzac dans  ses romans). Des guerres qui causent d’immenses souffrances sont décidées par très peu d’hommes .

Si l’on considère  la parole, don si précieux,  l’ampleur de certains mensonges, individuels et surtout collectifs laisse rêveur  . Si l’on considère l’économie  monétaire, nécessité anthropologie irrécusable,   quels abus  inimaginables ne recèle-t-elle pas , surtout  aujourd’hui ? 

On pourrait évoquer aussi les dérives  de cette institution fondamentale qui porte le nom  d’une des vertus, la justice,  dérives contre lesquelles  l’Ancien testament lui-même ne cesse de nous mettre en garde ( Ps 72 ;  Is 1, 23  et  5, 23 ;  Mi 3,  11) .  

De telles turpitudes ne  se trouvent pas chez les animaux.   S’il est vrai qu’un animal comme le tigre  ( ou  le chat !) peut , dit-on,  pratiquer la cruauté gratuite, il ne  l’inflige  pas à  ses congénères

Certes les carnivores  n’ont jamais épargné les herbivores.  Bien avant le péché originel,  les dinosaures carnivores  mangeaient les dinosaures  herbivores . Mais leur cruauté n’allait jamais au-delà de leurs nécessités vitales.    Pas davantage les guerres , les perversions sexuelles, les massacres gratuits  internes à l’espèce n’existent dans le règne animal.  Chez les animaux, les violences se  limitent presque toujours à la recherche de la nourriture et, parfois , à la rivalité sexuelle, bref au seul souci de la perpétuation de l’individu  ou de l’espèce.

On pourrait aussi regarder les conséquences du  péché. Toutes ces turpitudes rendent les hommes  malheureux , pas seulement comme victimes mais aussi comme coupables . Il  est rare que les fautes ( par  exemple l’avarice extrême) rendent heureux. La culpabilité , le suicide sont   aussi le propre  de l’homme [1] . De l’homme seul,  on peut dire qu’il  lui arrive de gâcher sa vie et qu’il aurait pu, en se comportant autrement, être bien plus heureux qu’il n’est. 

 

Le passage à l’humanité

 

L’important est de voir  que ces turpitudes sans nombre  sont le corollaire de l’entrée en humanité,  de ce qui  fait le propre de l’homme  : l’intelligence, la liberté, le sens du bien et du mal  , la spiritualité, une augmentation considérable de ses  capacités  par rapport à celles de l’animal.

Le fait de l’évolution est difficilement  discutable mais l’entrée de l’animal en humanité reste problématique.  Selon les penseurs de la dialectique  ( Hegel, Marx), une évolution quantitative , par exemple la taille du cerveau, entraîne de manière automatique un jour ou l’autre une mutation qualitative.  Des singes , puis des anthropoïdes de plus en plus   intelligents  ( comme la paléontologie en suit les traces ) doivent nécessairement devenir un jour des hommes tels que nous les connaissons .

Si l’Eglise catholique  reconnait le fait de  l’évolution, elle  n’a cependant jamais renoncé à affirmer que, conformément  au récit de la Genèse, il  ne suffisait pas   que l’homme soit modelé  à partir de la terre ou « d’une   matière vivante déjà existante »  dit Pie XII [2].  Pour devenir tel  , il fallait  qu’il reçoive en sus  le souffle de Dieu ,  un supplément  d’âme ou plutôt une âme tout court , événement précis , situé dans le temps même si on ne sait absolument ni quand ni où.  

Face à ces deux thèses, la dialectique du passage du quantitatif au qualitatif  ou l’adjonction d’une âme  , il se pourrait que  nous soyons bientôt fixés. S’il est vrai que  les progrès exponentiels de l’intelligence artificielle  doivent permettre  de faire bientôt des robots dotés de la même capacité  neuronale   que l’homme ( qui n’est pas mince : environ deux cent milliards de neurones  interconnectés ), nous saurons s’ils sont  alors  automatiquement dotés d’ une âme  ou pas.   

 

Election  de l’homme

 

Il reste  que cette    intervention de Dieu   sur un animal   donné,  pour lui  conférer son  souffle , ressemble bien à une élection.   Un acte  gratuit du Créateur  qui, à un moment donné,  choisit un animal , certes plus évolué que les autres mais qui  aurait peut-être pu continuer son petit bonhomme de chemin comme hominidé,   pour en faire   infiniment  plus : un être  doté de liberté  , de sens moral et dont  on pourra dire  pour cela  qu’ il est  fait à l‘image et à la ressemblance de Dieu, promis à   la vie éternelle.

L’élection divine  va ainsi de pair , dans l’espèce humaine,  avec la déchéance morale le plus extrême. – et  cette  autre forme de déréliction qu’est le   malheur, comme s’il y avait un lien consubstantiel entre élection divine et déchéance, non certes  un lien de principe  puisqu’il faut faire la part  de la bonté de l’acte créateur et de la liberté humaine,  mais  un lien de fait.   

Les  guerres affreuses du XXe siècle , les massacres immenses comme la  Shoah montrent que , malgré la montée des  bons sentiments et des institutions issus de la civilisation  chrétienne ou  de  son prolongement,  les Lumières : l’ONU, l’essor du droit international, la défense des  droits de l’homme, la  suppression de la  peine de mort ,   la chronique criminelle de l’humanité   n’est pas terminée.  Moins qu’à un progrès continu , il semble qu’on ait affaire à une croissance parallèle du bon grain et de l’ivraie , du bien et du mal, telle que la  décrit  l’Evangile.

 

Vicissitudes du peuple élu

 

Il en va de même   dans cette  autre élection que nous rapporte la Bible : celle du  peuple de Dieu, le peuple hébreu qui bénéficie non seulement d’une protection divine particulière , l’Alliance,  mais aussi  du don de la  Loi  à Moïse , rappel  de la loi naturelle, destinée  à  en clarifier  les obligations . Le médiateur de l’Alliance est   le Grand prêtre assisté par  un clergé dédié  dont la mission est  d’assurer  le culte de Yahvé mais aussi de maintenir  cette loi , afin que le peuple hébreu ne   la perde jamais de vue comme d’autres peuples   ont  pu le  faire – et comme l’avaient fait, selon la Genèse,  presque tous  les hommes avant  le Déluge .

Ce n’est pas   tomber dans l’antisémitisme mais suivre tout simplement  ce que dit l’Ancien testament  que de rappeler que l’élection divine  non seulement  n’a pas rendu le peuple élu meilleur mais au moins aussi mauvais   : Ps 14 ; Is , 6,  9 ;  Am 3,2 . Il est le peuple « à la nuque raide » que Yahvé est souvent tenté d’exterminer (Ex 33, 3) mais qu’il aime quand-même .

Dès le temps des  patriarches, les frères de  Joseph  se mettent d’accord pour le mettre à mort, puis pour le vendre. A peine sortis du « pays d’Egypte » et avoir bénéficié de la  révélation de la  Loi sur le mont Sinaï , les Hébreux au désert se mettent  à fabriquer et adorer  un  veau d’or. La situation  ne cesse de se dégrader au temps de Juges :  les Hébreux qui ont trouvé la terre promise  y multiplient pourtant les infidélités, au point que Dieu les prive  de l’usage exclusif de cette terre (Juges,  2 20-23).   Le premier roi d’Israël , Saül , tourne mal. Les rois David et Salomon , pourtant hommes éminents,  très proches de Dieu , tombent  dans des  fautes graves : mise à mort d’ Uri , mari  de Bethsabée pour le premier, idolâtrie sous l’ influence de  ses  nombreuses épouses pour le second. En punition des péchés de David, son fils  Absalom se révolte et s’unit, une à une,  aux  femmes  de son père ;  en punition des péchés de Salomon, le royaume est divisé en deux . Les rois qui se succèdent alors  sont en partie idolâtres  en Juda et le sont tous en Israël. La sanction tombe : la prise de Jérusalem par les Babyloniens  ( - 587) et la déportation.

Dieu  envoie les  prophètes aux Juifs ( nouveau nom de Hébreux, par référence à la seule tribu de Juda), pour leur rappeler sans cesse leurs devoirs  négligés,  leur reprocher leurs  turpitudes ( en premier lieu l’oppression des  pauvres : Is 5,8  et 11,4 ; Jr 34 8-22 ; Mi 2,2, Ne 5 1-13  ) et les avertir  des châtiments qui s’annoncent . Les  passages des Psaumes ou des prophètes condamnant le peuple élu pour  ses fautes  sont très nombreux.  Jésus Christ rappelle que ce  peuple, irrité d’entendre leurs  admonestations, a régulièrement  mis à mort les prophètes que Dieu lui envoyait , sa propre mort se situant  dans la continuation de ce rejet.

Aux fautes contre les commandements de base  ( idolâtrie, meurtres, vols, adultères,  faux témoignage, injustice  pour les pauvres  etc.), les Juifs de la basse  Antiquité ajoutent une  nouvelle perversion, que nous avons appelée le pharisaïsme qui, prend , elle , les  apparences de la vertu .  Péché au second degré, il  consiste    à prendre la loi comme une fin en soi sans accomplir  ce qui en est  la raison  d’être : l’amour de Dieu et du prochain . Une perversion que  ne devait pas être, est-il nécessaire du dire ?  le propre des Juifs .

L’histoire  du peuple hébreu et sans doute l’expérience de  la perversion pharisienne  qu’il connaissait pour avoir été lui-même   pharisien   ont  conduit saint Paul  à donner un nouveau sens à  la Loi. Il dit presque ouvertement cette chose choquante  qu’elle n’avait pas pour  but  de rendre  les Hébreux  meilleurs mais au contraire de les  rendre pire ( ou en tous les cas de leur faire prendre pleinement conscience qu’ils étaient mauvais )   afin qu’ils ressentent  mieux  , dans leur déchéance,  la nécessité d’une rédemption. 

« La loi, elle est intervenue pour que se multipliât  la faute » ( Rm 5, 20).  

 « La loi ne fait que donner connaissance du péché » (Rm 3, 20).

« Qu’est-ce à dire ? Que la Loi est péché ?  Certes non ! Seulement , je n’ai connu le péché que par la Loi.  Et de fait, j’aurais ignoré la convoitise si  la Loi ne m’avait dit : Tu ne convoiteras pas ! Mais saisissant l’occasion, le péché, par le moyen du précepte  produisit en moi toute espèce de convoitise : car sans la Loi  le péché n’est qu’un mort (Rm 7, 7-8) .

« Ah ! Je vivais jadis sans la Loi mais  quand le précepte est survenu,  le péché a pris vie tandis que moi je suis mort , et il s’est trouvé que le précepte fait pour la vie me conduisit à la mort »  ( Rm   7, 9-10).  

Ainsi selon saint Paul, la loi est cause de péché . Et il  se passe avec le peuple juif la  même chose qu’avec l’humanité dans son ensemble : le commandement du jardin d’Eden de ne  pas toucher au fruit défendu a provoqué la chute de l’humanité, la loi de Moïse précipite dans la déchéance une grande  partie des Hébreux.

 

Et l’Eglise !

 

Nous  en arrivons à une troisième élection, quoique beaucoup de  chrétiens la considèrent comme  la continuation de la précédente  : celle de l’Eglise.

Là aussi la sainteté  que l’on pouvait attendre de la nouvelle communauté issue du sacrifice du Fils  est loin d’être  au rendez-vous.

Les fautes imputées à  l’ Eglise  sont bien connues , dénoncées à satiété par  la propagande antichrétienne. On lui reproche l’usage de la  violence ( Croisades, guerres de religion), l’intolérance ( Inquisition ) ou l’injustice de ses tribunaux, voire leur obscurantisme ( affaire Galilée),   les obstacles mis à certains progrès  , sa passivité relative face à l’esclavage ou aux situations d’oppression de toutes sortes, la corruption  et la cupidité de certains prélats, l’hypocrise de ceux d’entre eux qui vivent dans  le  luxe ou la volupté, le népotisme. Et n’oublions pas des reproches scabreux plus proches de nous.  Qu’il y ait des  exagérations  dans ces accusations  n’empêche pas qu’ il y ait aussi du   vrai.

Ne sont pas concernés que le clergé mais aussi l’ensemble des fidèles : « ils vont à la messe mais ils ne sont pas meilleurs que les autres ! »

Parmi les griefs particuliers faits aux Eglises chrétiennes figurent leurs divisions séculaires,   mais aussi  le pharisaïsme qui n’est pas en définitive une perversion plus juive que chrétienne , notamment  au travers du durcissement de la loi de type janséniste ou rigoriste , qui a suscité en matière sexuelle la réaction libertaire  que l’on sait, tout aussi  perverse. 

Le procès contre l’Eglise, qui est d’abord un procès contre le clergé  ou les fidèles  de premier rang ,   s’ étend  aux nations  chrétiennes dans leur  ensemble .

Il n’est certes pas question de  nier les  apports incontestables de la civilisation  chrétienne  ; elle est sans nul doute la première de la terre  par ses accomplissements. Le progrès scientifique et technique, la  démocratie  et les droits de l’homme    se situent dans sa filiation , légitime ou non . On peut y ajouter des réalisations artistiques inégalées comme l’art roman ou gothique, voire baroque et  la musique polyphonique.

 

Les débordements de l’Europe chrétienne

 

Il reste que cette supériorité a son revers.

Le premier est que se trouvant à partir du XVe siècle plus forte que le reste du monde, elle a tendu à  déborder sur lui , généralement par la force, pour le meilleur et pour le pire. Il n’est pas sûr que les Occidentaux aient  commis plus de  massacres ou d’atrocités  que d’autres cultures hégémoniques dans la passé,  ni que ceux qu’auraient   commis les autres si c’était eux qui avaient été en avance .  Les  sociétés  traditionnelles ont cependant  été bouleversées par la colonisation,     épreuve  cruelle pour beaucoup. Savoir si    ces bouleversements  furent  pires   que ceux que suscite aujourd’hui   la mondialisation   , laquelle  touche aussi l’Europe chrétienne   et tend à la détruire  à son tour, demeure une question ouverte . Certaines des cultures antérieures présentaient des  tares qui les feront peu regretter : sacrifices humains  massifs au Mexique, anthropophagie dans les Caraïbes   ou l’Océanie. Mais , sans donner dans   l’angélisme, il semble bien que d’autres cultures  « premières » y ont perdu au contraire une certaine innocence.  L’Eglise ne reconnait certes pas la notion de « bon sauvage » à cause du péché originel . Il reste que  certains peuples ( pas tous)  présentent  dans  leur état  natif  une vertu collective qui a frappé les observateurs  : ainsi les Indiens des Grandes Antilles , aujourd’hui disparus, ou certains groupes  de Pygmées.  Plus vulnérables , ils ont été aussi  plus durement frappés, y compris par d’autres groupes indigènes.  Ce sont ces vertus préchrétiennes, ( rappelées par saint Paul : « quand les païens privés de la Loi  se tiennent  à  eux-mêmes lieu de loi , ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur » ( Rm, 2, 14) que le pape François a  voulu  honorer dans le dernier  synode sur l’Amazonie.

L’autre effet pervers de la culture européenne , lié non point tant au christianisme lui-même  qu’à  sa dégénérescence contemporaine est le fait idéologique . « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles (Chesterton). »  Même s’il s’est ultérieurement  répandu dans  le reste du  monde ( Chine, Cambodge) , le fait idéologique qui se trouve  à la racine des pires  crimes contre l’humanité,   tel qu’il a été décrit par Hannah Arendt et d’autres , trouve  son  origine dans la culture occidentale ( la Révolution française, Marx) .

Quoique dans la théologie  catholique , l’Eglise , « épouse  du Christ »,  demeure pure et sans tache  ,  sa réalité sociologique et  historique ne fut guère plus brillante que celle du peuple  juif  telle que l’ont décrite les prophètes . Il est classique de distinguer la personne de l’Eglise de son personnel  . Cela est certes moins visible du fait qu’un  chrétien renégat[3] n’est plus considéré  comme un chrétien, alors qu’un  juif en rupture  reste  , dans l’opinion commune, un  juif, mais n’en  reste pas moins vrai.

Il est d’ailleurs fréquent qu’on l’on applique  aussi  à l’Eglise  ( au sens large, pas seulement  la hiérarchie mais l’ensemble des baptisés ) l’image que le  prophète Osée applique au peuple d’Israël : celle d’  une prostituée que le prophète  épouse pour la purifier de ses  vices et continue  d’aimer malgré ses infidélités  , comme  Dieu  fait alliance  avec un peuple  rebelle et impur. Le regretté Maurice Clavel ne parlait il pas de « Notre putain  de mère l’Eglise »,   que le Christ réépouse chaque  jour pour la purifier ?   

 

Election, déchéance, rédemption : le mystère de la Croix

 

Il fait ainsi partie du mystère , non seulement du peuple élu et  de l’Eglise, mais,  au travers de   la  doctrine du péché originel  et de son histoire  entière , de l’homme lui-même,  que l’élection y soit  inséparable de la corruption, voire de la  déréliction.

Considérer le mystère du péché originel sans ses   prolongements dans l’histoire serait  donc très réducteur.

Les turpitudes de  l’ humanité vont avec son élection et tout ce que celle-ci apporte : la liberté, la responsabilité, le sens du bien et du mal.

On voit ainsi quels risques ferait courir au monde la réussite du projet transhumaniste, du projet   d’élever de manière artificielle les capacités de l’homme : dans la lignée de ce que nous voulons de dire , au supplément de pouvoir  correspondrait sans doute un supplément de malfaisance . Le premier projet transhumaniste , ne fut-il pas le national-socialisme dont l’ambition avouée  était   de créer une  surhumanité par la lutte pour la vie ( et donc la guerre) et la génétique, sur la base d’une science il est vrai sommaire  ?   

Pour revenir à  l’humanité ordinaire,  la  perte de   dignité qui semble intrinsèque à ses capacités a  trouvé , dans la vision chrétienne, son comble  dans la passion de   Jésus Christ  qui est l’aboutissement  de l’histoire juive dans la mesure où Jésus est juif et que  la responsabilité  de sa mort, historiquement partagée entre les Juifs et les Romains,  est aussi celle de l’Eglise et , au-delà,  de toute l’humanité.  Le  Concile de Trente  le rappelle :    « Si  l'on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour, ceux qu'ils commettront encore jusqu'à la consommation des siècles.(…) Les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu'il endura. (…)  Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. »  (Catéchisme 1e partie, chapitre 5 - 3).

 Non seulement les juifs mais aussi les chrétiens et,  au-delà,   tous les hommes portent donc  la responsabilité  d’avoir mis  mort le Fils de Dieu venu à la rencontre de ces mêmes hommes  pour leur dire qu’il les aimait à l’infini.

Election, déchéance et rédemption sont le trois moments qui, de manière si l’on peut dire homothétique s’appliquent  au peuple juif, à l’Eglise chrétienne et à l’humanité entière.

Parmi ces turpitudes, la Croix est le crime suprême et,   par un retournement que seul permet la puissance de Dieu, le moment suprême de la Rédemption, rédemption qui est une  nouvelle création et aussi une nouvelle élection. « Là où le pêché a abondé , la grâce a surabondé » ( Rm 5, 20) .

 

Roland HUREAUX

 

 

 

  

 

 

[1] Comme l’avortement qui  a  souvent cet effet.  

[2] « Le magistère de l'Eglise n'interdit pas que la doctrine de l' " évolution ", dans la mesure où elle recherche l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu - soit l'objet, dans l'état actuel des sciences et de la théologie d'enquêtes et de débats entre les savants de l'un et de l'autre partis »  Pie XII, Humani generis, 1950 . 

[3] Par exemple Hitler ou Staline .

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:16

S’il fallait  un témoignage du vent de folie qui souffle aux Etats-Unis à la suite de la guerre de Syrie,  on le trouvera dans  la loi intitulée « Caesar Syria Civilians Protection Acta ». Ce texte voté il y a un an par la Chambre des représentants mais qui vient d’être confirmé dans un texte plus large permet  de sanctionner tout gouvernement ou toute entité privée qui contribuerait  à la reconstruction de la Syrie. Quoique d’origine démocrate, il  aurait récemment le visa du président Trump.

Cette loi est particulièrement  inhumaine quand on sait l’ampleur des destructions dont  la Syrie a souffert – et qui font obstacle au retour des quelques millions de réfugiés .

Napoléon qualifiait l’Angleterre et aurait encore mieux qualifié les Etats-Unis de « nation de   boutiquiers » .  L’idée chevaleresque que quand la guerre est terminée ,  vainqueur ou vaincu, on tourne la page et on s’entraide  à reconstruire ensemble étrangère  la mentalité anglo-saxonne. Loin aussi l’esprit du plan Marshall qui vit les Etats-Unis aider massivement l’Europe détruite de 1945.

Mais cette intransigeance  s’explique aussi  par la dimension idéologique qu’a prise cette guerre. Les Américains ne conçoivent pas qu’une guerre qu’ils mèneraient ne soit pas une guerre du bien contre le  mal –  comme tous les idéologues.  Pour se conforter dans ce sentiment  ils ont construit  au fil des ans une machine de propagande colossale qui peut persuader  la terre entière que l’ennemi qu’ils combattent à un moment donné est  le pire  de monstres qu’ait connu l’humanité : hier Milosevic, puis Khadafi, , aujourd’hui Assad et pourquoi pas un jour Poutine ?  Et ce faisant , ils arrivent à s’en convaincre eux-mêmes . Nul  doute   que les membres de la   Chambre des représentants qui ont voté ce texte inique n’en soit convaincus.

La troisième explication    est que les Etats-Unis ne se remettent pas de ce qu’il faut  fait bien appeler un échec  an Syrie : ils ont soutenu militairement  les djihadistes pendant huit ans, de concert  avec les Européens, dans le but de renverser le président Assad,  et il est toujours en place. Nul doute qu’une partie des cercles dirigeants américains ne s’y résigne pas et  attend  la première occasion de  reprendre  le guerre pour  en finir avec  Assad. Dans son immense arrogance, la superpuissance ne conçoit pas l’échec. Ce n’est  pas le moins inquiétant.

Que sera le résultat de cette loi absurde ? Forcer le président  syrien à la démission ?  Après avoir résisté pendant huit ans à la coalition de la  première puissance du monde et du terrorisme international ,  il est peu probable qu’Assad abandonne la partie ; d’autant que s’il a résisté, c’est qu’il avait l‘essentiel de la population syrienne avec lui et que les sanctions ne vont faire que renforcer son loyalisme. Un retour immédiat à la paix  et la levée des sanctions normaliserait   la situation en Syrie : il est possible  que les Syriens envisagent alors  , hors de toute pression extérieure, de  remplacer Assad par un  gouvernement démocratique . Mais du fait du  Congrès, ce ne sera pas le cas .

L’autre  conséquence de la loi Caesar concerne plus directement la reconstruction du pays.  N’en doutons pas , il sera reconstruit,  mais par d’autres que les Occidentaux  . Par qui ? Les Russes ? Ils fournissent déjà l’aide militaire. Il est douteux qu’ils aient   le moyens de mener seuls ce  ce vaste chantier. On voit bien par  contre les Chinois   s’engouffrer  dans la brèche ainsi ouverte  comme ils savent le faire. Ils n’ont pas sûrement pas oublié, que la Syrie était au Moyen Age le débouché de route de la soie sur la Méditerranée . La Syrie reconstruite par les entreprises chinoises, à quelques jours de caravane des immenses gisements  de pétrole dont ils ont plus que quiconque ( plus que les Russes en tous  cas ) besoin , n’irait-on pas vers  la mainmise de la  Chine sur le Proche-Orient ? Ne serait -il as logique que des rejoignent le premier pays importateur  d’hydrocarbures et la première région exportatrice ?   Israël qui est obligé , depuis la calamiteuse guerre de Syrie, d’aller chercher  des garanties de   sécurité à Moscou , ira-t- il demain les chercher à Pékin  ?  Est-ce vraiment que l’on cherche   à Washington ?

 

Roland HUREAUX

 

                                        

 

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:15

MALGRE LES EXAGERATIONS COMPLOTISTES, BILL GATES EST VRAIMENT DANGEREUX

Il faut à notre époque  prendre garde à ne pas passer pour « complotiste »  - sauf si vous pensez que le centre du complot est au Kremlin. Je ne vois pas d’autre manière de l’éviter que de poser un pied devant l’autre  avec précaution. 

S’agissant de Bill Gates , réputé  première fortune mondiale, je dirais ceci   :

  1. Qu’il ne fait pas de doute  qu’il  a déclaré à plusieurs reprises  – mais pas récemment  - qu’il y avait dix fois trop d’hommes sur la terre et qu’il fallait donc réduire la population du globe de 90 % .  Il n’est pas le seul : le chiffre d’un optimum « scientifique » ( ce qui n’a aucun sens) de 700 millions habitants circule dans les hautes sphères mondialistes généralement malthusiennes.  Jeffrey Sachs qui , dit-on, conseille le pape  le cite aussi.    
  2. Qu’il ne fait pas  de  doutes  non plus qu’il a , depuis qu’il a pris  sa retraite de Microsoft, investi beaucoup dans la santé , en assurant notammet 10 % du budget de l’OMS , où il a donc une grosse influence et où il préconise  une vaccination générale de tous  les  terriens  , assorti  de l’introduction dans le corps  d’une puce électronique permettant  de vérifier que tout  citoyen du monde est bien en règle.  Inoculation qui doit être expérimentée bientôt au Bengla-Desh  ; vaccination multiple  qui couvrirait  entre vingt et trente maladies.

Est-il vrai que des campagnes de vaccination dans  certains pays du Tiers monde , comme le Pérou ou le Kenya ont permis  d’inoculer en catimini aux femmes des stérilisants  destinés à faire baisser la natalité ? Cela se dit , mais mérite un  examen  plus  approfondi. Personne  ne dit en tous les cas que ce soit  impossible.

En tous les cas, la Fondation Bill et Melinda Gates (Melinda est sa femme  très impliquée dans ses programmes et qui se dit catholique) est accusée par des médecins indiens d’avoir rendu infirmes des dizaines de milliers  d‘enfants  en Inde à la suite d’une campagne de vaccination qu’elle avait financée  .  L’avocat Robert Kennedy  Jr, neveu du président    a récolté  410 000 signatures pour que la justice américaine lance une investigation sur ses activités    qui conjuguent le messianisme et  les intérêts financiers :

« Les vaccins, pour Bill Gates, sont une philanthropie stratégique qui alimente ses nombreuses entreprises liées aux vaccins (y compris l’ambition de Microsoft de gérer une entreprise mondiale de vaccino-identification) et lui donne un contrôle dictatorial sur la politique de santé mondiale – la pointe de lance du néo-impérialisme d’entreprise » (R. Kennedy Jr).

Ni médecin ni pharmacien, Bill Gates s’est prononcé contre  le recours à la  chloroquine : qui s’en étonnera ? 

Quelqu’un comme lui  n’est pas du genre à parler en l’air . Il a montré dans sa vie professionnelle que quand  il  disait quelque chose, il le  faisait . Il est peu probable qu’il laisse le travail  aux   générations  à venir.

Rappelons aussi qu’il voit régulièrement Macron qui vient  d’accorder une  contribution d’un demi-milliard à l‘OMS , étonnante générosité à l’égard d’un organisme corrompu quand on sait l’état  de délabrement de nos finances publiques.  La France ferait mieux d’imiter Trump et de s’en retirer.

Pour ne pas donner prise à l’accusation de complotisme , précisons  que nous n’accordons aucun crédit à l’idée que Gates aurait pu jouer un rôle dans le déclenchement   de l’épidémie de Covid-19.  Il reste que cet homme  est dangereux.

 

Roland HUREAUX

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 19:11

CE QUE LA CRISE SANITAIRE REVELE  CONCERNE TOUT L’APPAREIL D’ETAT.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3589339/coronavirus--pourquoi-nous-payons-aujourd-hui-les-innombrables-reformes-de-l-etat-des-30-dernieres-annees-reformes-france-roland-hureaux

La crise du virus dit Covid-19 a mis au jour l’invraisemblable désordre qui régnait  au ministère de la santé.  Les commissions parlementaires en feront , nous l’espérons, un jour prochain, l’inventaire.   

Ce que le grand public ignore , c’est que la désorganisation atteint aujourd’hui l’Etat dans son ensemble et pas seulement le ministère   de la santé .  

Pour le comprendre, il faut sortir une fois pour toutes  des poncifs faciles, du style « une administration trop jacobine », « une mentalité  encore archaïque », qui ne mènent à rien.

 

Des réformes fondées sur des idées fausses

 

N’hésitons pas à le dire : la raison principale de cette désorganisation, ce sont les innombrables réformes effectuées  au cours des trente dernières années , presque  toutes fondées sur des idées fausses. 

Quelles idées ? Le point de départ est : le secteur privé est  plus « performant » que le secteur public , il faut donc  l’imiter  en introduisant dans l’administration des méthodes qualifiées pompeusement de managériales.  Or ces méthodes du  privé, on ne les a pas transposées, on les a singées.

Leur  pointe avancée  fut   la « loi organique relative aux lois des finances » (LOLF )  du 1er août 2001 , votée à l’unanimité, ce qui est toujours  mauvais signe, tendant à aligner la comptabilité   de l’Etat   sur celle du secteur privé.  Vaste complication d’abord. Effets hasardeux ensuite comme  la destruction  récente de millions de  masques , au nom d’une meilleure « gestion des stocks ».  Dans le même esprit , ont été supprimés des milliers de lits d’hôpitaux. Pour rentabiliser les actifs immobiliers ont été décrétés la fermeture  des sites historiques  de  l’Hôtel-Dieu et du Val-de-Grâce.  

L’imitation fallacieuse du secteur privé

 

La LOLF  , fondée sur une analyse des fonctions devait entrainer le regroupement de services paraissant  proches -  vu  de loin. On a ainsi    supprimé les Renseignements généraux, dont  on avait oublié qu’une de leur mission était  l’interposition et la négociation en cas de conflit social. La crise  des gilets jaunes aurait été singulièrement  amortie s’ils avaient encore été là. Dans le même esprit , le rapprochement de la police et  de la gendarmerie , a entrainé récemment chez celle-ci ,  par  souci  de parité statutaire , la création de 150 postes de généraux ! Bonjour l’armée mexicaine.

Les antennes locales de l’Etat ont été également regroupées, pour que le préfet ait  l’air d’ « un vrai chef d’entreprise » . DDA et DDE  ont fusionné, c’est à dire qu’on leur  a superposé un directeur général : économie de postes… Un  animateur sportif  passe ainsi sous l’autorité d’un directeur de maison de retraite, un inspecteur du travail sous celle d’un  conseiller commercial venu de bout du monde etc.

La  manie des regroupements a eu des effets tout aussi pernicieux dans   les collectivités locales : la volonté  de réduire le nombre des  communes a entrainé la création près de 400 000 postes de fonctionnaires territoriaux , dits intercommunaux,  supplémentaires !

Le primat  de la gestion comptable s’est accompagné d’une hypertrophie des contrôles et de l’évaluation.  Dès 1975, Alain Juppé avait  créé les Agences régionales de santé  et  les pôles hospitaliers , deux states de plus. Les  administratifs , recrutés par milliers tandis qu’on supprimait de postes de soignants, ont étendu leur pouvoir au détriment des médecins  - comme à la Défense, les civils  ont accru le leur au détriment des militaires.   

 

L’illusoire  rémunération « à la performance »

 

Un autre caractère   de ces réformes est l’ hostilité au « corporatisme », tenu pour une tare alors même que les corps de fonctionnaires   assuraient  une autorégulation  à bon marché :  tout gendarme cherchait naturellement à être un bon gendarme, tout instituteur un bon instituteur  etc.   Partant de cette autre idée fausse  que le fonctionnaires  ne travaillaient pas assez a été instaurée  une évaluation généralisée devant conduire à une rémunération  « à la performance » . Evaluation généralement difficile en matière publique où n’existe pas l’indicateur simple du profit, sentiment d’un  arbitraire des primes au mérite,  et  pour des professionnels dévoués,  d’un manque de confiance à leur égard.

L’aboutissement : un découragement profond  qui multiple les congés de maladie  et  exige toujours plus d’effectifs  ( le contraire de ce qu’on recherchait).

 

L’idéologie contre le bons sens

 

Ces réformes , on l’aura compris,  sont idéologiques. Or  rien de plus opposé au bon sens que l’ idéologie qui  marginalise  ceux qui en ont et habitue les esprits à l’absurdité d’un univers kafkaïen. Comment comprendre autrement que les innombrables   dysfonctionnements du  ministère de la santé : refus du concours des cliniques privées ou des  laboratoires vétérinaires, crispation incompréhensible contre la chloroquine, sanction de médecins  ayant fait   des opérations non urgentes   ?

On ne se consolera pas en disant  que tout cela n’est pas nouveau : notre armée de 1940, prisonnière d’un dogmatisme d’un autre genre   n’était pas en meilleur état. Ni en sachant  que le monde anglo-saxon , tenu pour modèle,  n’est souvent pas mieux inspiré :  la libérale Thatcher n’avait-elle pas transformée ses administrations en agences autonomes ( les fameux quangos[1]) qui s’avérèrent des monstres  bureaucratiques ?   

En tous les cas,  les dégâts sont immenses . Immense aussi devra être   l’effort pour  reconstruire une   administration que nous appellerons normale. Ce n’est pas une nouvelle couche de réformes qui est nécessaire  mais une remise en cause radicale des principes  qui ont inspiré  celles des trente dernières années.

 

Roland HUREAUX

 

Auteur de La grande démolition, la France cassée par des réformes, Buchet-Chastel – 2012

 

 

 

 

 

 

 

[1] Quasi non governemental organisation

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:52

Le nouvel évêque de Nanterre , Mgr Matthieu Rougé , a justement protesté contre le délai imposé   à la reprise des cultes au titre  du  déconfinement , plus long que  celui des  autres activités. Pour le gouvernement, il est  plus urgent   de réouvrir les écoles et les commerces que les églises. L’évêque y voit un traitement peu respectueux  pour les religions, une attitude « indigne de notre démocratie »., n’hésitant pas à évoquer un « anticléricalisme » gouvernemental.

Il ne s’ agit pas d’un fait isolé   : personne ne  tient  certes Christophe Castaner  pour un enfant de Marie, mais  l’irruption   de la police dans  l’église Saint André de l’Europe où se tenait une célébration légale à huis clos  confirme le mépris  des équipes Macron  pour l’Eglise catholique.  

Mgr Rougé  croit voir dans ces procédés cavaliers  une «  inflexion »  de la politique gouvernementale  . Quelle inflexion ? Macron et son équipe sont dans la stricte continuité de ce qu’ils sont depuis le début.  

A peine arrivé à Bercy , Macron ministre des finances avait liquidé le principe des allocations familiales  universelles . Dans sa campagne électorale il promettait d’instaurer  le « droit »  des femmes seules ou en couple à  la fécondation artificielle, promesse tenue depuis,  et laissait mêmes espérer un assouplissement  de l’euthanasie.  L’affaire Vincent  Lambert où  il était, n’en doutons pas , à la manœuvre,  a  montré la direction.

Sa politique étrangère fut dès le début hostile aux  intérêts des chrétiens d’Orient.   

Les évêques  l’ont néanmoins reçu en grande pompe aux Bernardins, le 9 avril 2019. Cérémonie sans précédent dans l’histoire de France . Pour qui a bien écouté son  discours, il leur crachait à la figure qu’il ne tiendrait aucun compte  de leur opinion ( qui sont celles de l’Eglise mais aussi l’expression de  la morale  naturelle ) en matière de bioéthique. Il n’admettait même pas qu’ils la disent, seulement qu’ils « questionnent ». Cela ne l‘a pas empêché  de recevoir une standing ovation . Cet enthousiasme  fut trouvé incongru  par beaucoup mais il était aussi   bien imprudent au cas , fort possible, où la carrière de Macron se terminerait par une  forme ou une autre de damnatio memoriae.

Sous prétexte de  faire face à l’épidémie du  virus couronné, le présent gouvernement   a lâché en catimini un assouplissement de l’euthanasie  ( dite « sédation profonde ») pour les plus de 70 ans et   un allongement du délai  où l’avortement chimique . Le ministre de la santé qu’il vient de nommer , Olivier Véran ,  déplore  publiquement la baisse du nombre d’avortements ;  ainsi, par derrière la lutte  contre la pandémie, la culture de mort est à l’œuvre. Ceux qui la  promeuvent avec tant  d’acharnement ne sont-ils pas les mêmes   qui ont si lamentablement  géré la crise sanitaire , en liaison avec l’OMS et les équipes de Bill Gates,  ami de Macron  qui veut réduire de 90 % le nombre des  hommes ?

Il est clair que dans l’attitude du présent gouvernement, il n’y a aucune inflexion mais une parfaite continuité.

Quand  42 % des catholiques pratiquants  votent En marche  aux européennes ( pour une moyenne nationale de 24 %), avouons que c’est bien cher payé .  Pourquoi se gêner  avec un troupeau de brebis qui voteront quand-même pour vous?  Nous voulons croire que les évêques ne soient pas responsables de  cet aveuglement.     On aimerait en être  sûr. Cette crise aura eu au   moins le mérite de permettre à certains  d’entre eux  d’ouvrir les yeux sur la véritable nature du régime Macron. «Il n'est rien de caché qui ne doive être révélé » (Lc 2,12).

 

Roland HUREAUX

 

 

  

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:51

MACRON ROBESPIERRE

 

La condamnation sévère de Fillon pourrait affaiblir la légitimité de Macron

 

Il n’est pas nouveau dans l’histoire qu’un pouvoir à la légitimité chancelante cherche à la  consolider par un  procès à grand spectacle et une exécution.

Fondée sur  les massacres de septembre 1992, qui firent 1300 victimes innocentes  à Paris,   la Première République ne pouvait justifier sa raison d’être que si le roi  Louis XVI  était chargé de grands crimes et la preuve que ses crimes   l’étaient ne pouvait être qu’une condamnation lourde, la mort en l’occurrence.

Déjà Cromwell, dépourvu lui aussi de légitimité,  avait fait juger et décapiter le roi d’Angleterre Charles II.

On ne va pas couper la tête à François Fillon mais c’est tout comme. La condamnation d’une grossière   disproportion qui vient de lui être lui être infligée par le Tribunal de Paris, 5 ans de prison dont 2 fermes,  aura pour effet (nous ne disons pas pour but) de montrer que la mise hors-jeu de Fillon à la présidentielle de 2017 , qui seule a permis d’élection de Macron,  était légitime car fondée sur des fautes très lourdes .

 

Violation  de la séparation des pouvoirs

 

La légitimité de cette élection était déjà  affaiblie  par l’interférence grossière de la justice, plus précisément du parquet financier, dans la campagne.

Cette interférence allait violemment à l’encontre à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dont l’article 16 dispose que « toute société dans laquelle la séparation des pouvoirs (n’est pas) déterminée, n'a point de Constitution ». Point de constitution et donc point de république ! De la même veine, l’article 13 du titre II de la loi des 16 et 24 août 1790, toujours en vigueur, dispose que : « Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratifs. » Forfaiture ! Y a-t-il une opération administrative plus   fondamentale que l’élection des chefs de l’administration ?

De nombreux textes pris au cours des deux derniers siècles[1] déclinent ces interdictions. Mais    le pouvoir en place en 2017 - nous ne disons pas le parquet financier car il était évidemment aux ordres -, a profité de leurs lacunes pour passer   au travers des mailles du filet. Dans la forme seulement car, quant au fond, l’esprit de la République s’en est trouvé gravement vicié.  

 

Illégitimité

Les déclarations récentes de l’ancienne responsable du parquet financier,  Eliane Houlette,  sur les pressions considérables  qu’elle a subies pendant la campagne électorale,  affaiblissent encore la légitimité de l’élection de Macron. Ce sont ces pressions qui ont permis l’accélération des procédures afin de mettre en examen François Fillon et son épouse, avant l’ouverture de la campagne électorale où il n’était plus possible de le faire.

Les attendus du jugement pris à l’encontre de François Fillon se réfèrent au « devoir d’exemplarité »  d’un ancien premier ministre.  C’est à se plier de rire au regard des turpitudes autrement plus graves, qui se murmurent mais qui  ne seront ni dénoncées, ni poursuivies, attribuées à un certain nombre de ses collègues,  sans compter ce qu’on pourrait trouver à un échelon encore plus élevé.

Le jugement apparait parfaitement inique si l’on considère  l’océan de laxisme où se meuvent de manière de plus en plus insolente les bandes ensauvagées qui se cantonnaient jusqu’ici  à  la simple délinquance et qui ont pris à présent le contrôle de la place publique. Laxisme :   on nous signalait il y a peu le cas de ce personnage 17 fois récidiviste sortant libre du tribunal malgré une nouvelle condamnation.  Comme il y a peu de chances que le président démissionne de lui-même , ni qu’une population avachie où la fibre républicaine est désormais atrophiée, réagisse au scandale que représente le maintien au pouvoir d’un personnage élu dans les conditions que nous venons d’évoquer, il appartient aux institutions les plus hautes de l’Etat  ( Conseil constitutionnel, Assemblées)  de se saisir de ce cas qui met en cause la République dans ce qu’elle a de plus fondamental. Il n’est pas impossible qu’en définitive la condamnation  de Fillon ait affaibli plutôt que  renforcé la légitimité de l’élection de Macron.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Outre la loi des 16 et 24 août 1790, citons loi du 16 fructidor an III  , la loi du  31 mars  1914 (article 110 du  Code électoral)  , la  loi no 82-213 du 2 mars 1982.

 

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:46

La lutte entre les  personnalités inspirées, innovantes et vraiment compétentes et les bureaucrates de tout poil a sûrement  commencé  dès le temps du scribe assis du  musée du Louvre ( Egypte, IIIe millénaire avant JC) .

Entre  le  ministère de la santé,  bureaucratie  crispée sur ses postions et tous ceux qui veulent promouvoir, faute  d’autres,  l’usage de  chloroquine contre le COVID 19, parmi lesquels, entre autres, le professeur Raoult de Marseille, il n’est  pas difficile reconnaitre une très vieille querelle.

 

Bureaucrates contre créatifs

 

Des bureaucrates stérilisants, la France en   a eu plus que son lot au cours de son histoire récente. Le général Bazaine rayait  du tableau d’avancement tout officier qui se mêlait d’écrire : ainsi fut barré le plus grand théoricien  militaire français, Charles Ardant du Picq et fut perdue lamentablement la guerre de 1870.

En  1897, une Académie de médecine  arrogante  refusa  de reconnaitre la découverte d’Ernest Duchesne du  caractère répulsif de certains moisissures à l’égard des bacilles , principe de la pénicilline laquelle  devait nous  revenir du Royaume-Uni trente ans après. Quand  on sait  que les millions de décès de la grippe espagnole de 1918 furent surtout dus aux  des complications microbiennes, quelles effroyables conséquences !

En 1930,  en France et en Allemagne,  des hommes politiques  accrochés à l’étalon-or   refusaient de dévaluer alors que les Etats-Unis et le  Royaume-Uni le faisaient massivement. Entre 1930 et 1940, notre état-major s’  arc-boutait  derrière  la ligne Maginot, mettant impitoyablement  au rancart  tous ceux qui contestaient cette stratégie uniquement défensive et qui prétendaient que les chars devaient être utilisés en masse et à l’offensive.  Pensée unique, caporalisme : prime à la médiocrité et immense désordre dans la logistique,  comme aujourd’hui au ministère de la santé.

On pourrait continuer :  dans les années 1980 , il était tenu pour évident dans les hautes sphères  de l’Etat  qu’un pays avancé  devait se débarrasser progressivement  de son industrie.  Ceux qui ne le pensaient pas étaient tenus pour   des passéistes inadaptés à la « mondialisation heureuse ». Nous voyons le résultat.

Au même moment, était promue la concentration de la population dans les métropoles et le dépérissement du monde rural , impliquant  la disparition programmée   des petite communes.  L’autonomie des universités est de plus en plus celle des gestionnaires , non des enseignants.

Les autres pays n’échappent pas à l’ ostracisme , mais la France cumule une bureaucratie particulièrement  obtuse et, heureusement,  beaucoup  de créatifs.

Le conflit actuel entre le ministère et les tenants de la chloroquine    est  la continuation de cet antique affrontement. D’un côté une technocratie hostile aux voix divergentes  , de l’autre  un homme seul, aux  positions de bon sens.

 

Psychologie

 

La psychologie des bureaucrates nous et familière. Ils ont généralement le cul serré,  vous regardent de travers ,  mais deviennent   solennels et tranchants devant les caméras .  Calés  sur quelques idées fixes ,  fermés au débat , ils deviennent méchants quand  ces idées  sont remises en cause .  Dans le cas d’espèce, ils disent que la chloroquine a des effet secondaires pas encore testés ; non,  on les connait, mais ils sont rares. Et quel médicament n’en a pas ?  Ils disent aussi qu’on ne peut  pas la mettre entre les mains des généralistes. L’ancien ministre Philippe Douste-Blazy a raison de dire que ce médicament très simple est utilisé massivement depuis soixante ans et que  ses effets sont enseignés   dans toute les facultés de médecine. Et même s’il n’était pas testé, qu’a-t-on d’autre ?  Face à un incendie,  qui va dire que l’extincteur ne peut être   utilisé parce qu’il  n’a pas encore été  testé ?  

Qui n’imagine les réunions du comité d’experts   chargé de  conseiller le gouvernement  dans la lutte contre le coronavirus,  au temps où le professeur Raoult y participait ?  D’un côté    une majorité  échangeant de petits coups d’œil complices  et gênés , de l’autre le verbe sans fioritures d’ un homme libre .

Refusant la  contradiction – et pour cause car il sait quelque part qu’il a tort -  le bureaucrate  n’argumente  pas au fond mais cherche à disqualifier :   le franc-tireur  est présenté comme un orgueilleux - on dit aujourd’hui un mégalo - , quelqu’un qui n’a pas le sens du collectif  ( ah le travail en équipe ! vieux cache-sexe du conformisme), qui ne songe qu’à se faire de la publicité   etc. Cela dans un  débat qui  devrait  rester technique.

 

Quelles motivations ?

 

On peut se demander ce que  sont les motivations  de ces  gens ?  

Souvent l’idéologie. Mais en l’espèce, on ne la voit guère. Sinon  que comprenant  que , de fait, Raoult s’en prend à la politique du gouvernement  Macron, tous ceux qui partagent l’ idéologie du président sur les grands sujets politiques, prennent en grippe ( c’est le cas de le dire) Raoult et la chloroquine. Ainsi Cohn-Bendit qui,  sans aucune qualification sur le sujet, lui demande de se taire. Depuis longtemps, le ci-devant révolutionnaire  a choisi son camp : toujours celui de l’institution contre les  esprits libre.  La  chloroquine finira-t-elle  par  être tenue pour fasciste ?  

Il y a ensuite le conformisme de gens qui ont fait toute leur carrière   du côté du manche. Être du côté de l’institution  donne un  sentiment  de puissance  aux plus insignifiants. Face à quelqu’un qui ne défend que le bon sens et le  bien commun, ils sont perdus, eux qui ne pensent que carrière . Ils imaginent que le  franc-tireur veut prendre leur place.  Même désarroi chez les gens de cabinet et autres communicants qui ont depuis longtemps perdu l’habitude de raisonner sur le fond, seulement de calculer les  effets d’ annonce.

Il y a aussi la  vanité un peu narcissique du pseudo expert  qui se pose comme tel en allant contre le sens commun , supposé vulgaire.

Il y a enfin la répugnance  de toutes  les bureaucraties à reconnaitre leurs erreurs, sauf quand elles deviennent si  patentes  qu’il n’est plus possible de les nier. Et encore font-elles alors le plus souvent de  fausses concessions : on dit qu’on utilisera la chloroquine,  mais on ne le fait pas.

Face aux logiques bureaucratiques devenues folles, c’est au pouvoir politique de rectifier le tir,   mais pour l‘actuel président, énarque de base de l’espèce la plus conformiste, les propositions de la sphère technocratique semblent  infaillibles.

Y a-t-il autre chose ? Quand on ne comprend pas, dit-on, c’est qu’il   y a un loup. Comment,  devant tant d’irrationalité,  empêcher le public d’imaginer que les intérêts de laboratoires pharmaceutiques désireux de développer  des médicaments plus chers que la chloroquine, sont, comme on disait, « déterminants en dernière instance » ?

 

Légitime révolte

 

Le conflit est loin d’être terminé . Sa renommée internationale protège le professeur marseillais qui, sans elle,  aurait  été déjà  impitoyablement broyé par la machine. Il reste que si vous ressentez les premiers symptômes du virus couronné, dans la majorité des hôpitaux français, vous ne serez à ce jour ni  testé immédiatement  ni même traité sauf à avoir moins de 70 ans et être à la dernière extrémité.

La révolte contre les  apparatchiks est toujours légitime ; elle l’est plus que jamais face à la pandémie que nous connaissons.   

 

Roland HUREAUX

 

 

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:44

LE SECRET DE L’AFFAIRE POLANSKI

 

Tou(te)s  les excité(e)s qui protestent contre  les nominations de Roman Polanski à la cérémonie des César pour son admirable  film J’accuse, ignorent  sans doute les    tenants  et des aboutissants géopolitiques  de  l’affaire.

Au  point de départ : Roman Polanski est accusé du   viol  d’une adolescente de 14 ans dans une réception hollywoodienne de 1977, soit il y a plus de quarante ans. Affaire classée depuis longtemps  par la justice américaine non sans que le  réalisateur ait versé  une indemnité conséquente  à la mère de l’adolescente.   Les points obscurs sont  nombreux :   que faisait cette  jeune fille dans ce genre de réception dont on sait comment elle tourne le plus souvent ? S’agit-il vraiment d’un  viol ou d’une simple relation sexuelle ? Ne s’agit-il pas d’une manipulation de la mère de la  jeune fille pour extorquer le maximum à Polanski, ce à quoi elle est parvenue  ?  Circonstance  atténuante  pour  Polanski : le choc qu’avait   représenté pour lui l’assassinat de sa jeune femme enceinte , Mia Farrow, par le démoniaque Manson  quelques  années plus tôt ( 1969 ) .

Toujours est-il que, bien que l’affaire soit classée depuis longtemps, elle est réveillée en 2009 par un juge américain qui demande l’extradition de Polanski,  résidant en Suisse . 

Pourquoi ce  cold case est-il soudain sorti du tiroir ?  Alors même que la jeune fille, devenue sexagénaire , déclare ne plus en vouloir du tout au cinéaste et lui écrit même de temps en temps.

Comme par hasard , la justice américaine ( dont l’affaire Alstom a montré aux naïfs qui l’ignoraient   la politisation  ) réveille l’affaire au moment précis  où Polanski termine   son  tout  aussi admirable film  : The ghost writer  ( intraduisible, disons  le « nègre »)  . Ce film , sorti en 2010, raconte comment un jeune diplômé est embauché par  un ancien premier ministre britannique  pour   rédiger ses mémoires.  Le ghost writer enquête et découvre  peu à peu comment toute  la  carrière du premier ministre a été programmée dès le commencement par les services secrets  d’une grande puissance d’outre-Atlantique pour s’assurer du contrôle du Royaume-Uni. Toute ressemblance avec  Tony Blair  ( ou  d’autres  de ce côté-ci de la  Manche) est bien sûr purement fortuite…

Un film essentiel : c’est tout le système de domination de l’Europe occidentale    par l’Amérique depuis un demi-siècle   qui est mis au jour.

Si ce film avait été l’œuvre d’un  obscur cinéaste   pour salles d’art et essai, il serait  passé inaperçu.  Mais là,  c’est le grand Polanski , membre à part entière du Système,  qui vend  la  mèche.

Les représailles ne se sont pas fait attendre et si les Européens se sont gardés d’extrader Polanski (encore heureux) , sa vie continue d’en être  sérieusement  empoisonnée, avec la participation d’extrémistes de tout bord  toujours prêt(e)s à jouer les soutiers des puissants. 

Comme on  le voit le fond de l’affaire Polanski  n’a rien à voir avec la question féministe, mais  tout à voir avec la  résistance à l’ordre mondial.

 

Roland HUREAUX

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