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Roland HUREAUX

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:39

Poutine est-il vraiment un dictateur ?

En posant cette question, nous ne prétendons pas porter un jugement sur l’ « opération militaire spéciale » qu’il a engagée en Ukraine et qui est manifestement contraire au droit international.

Mais l’hystérie aidant, il est habituel de le considérer comme un dictateur.

Nous pourrions dire d’emblée à partir d’exemples passés, que, dès lors que la machine de propagande américaine se met en marche, tout ennemi des Etats-Unis est un dictateur, alors que leurs amis bénéficient d’une grande indulgence :   même s’il s’agit de régimes manifestement autoritaires comme les royaumes de la péninsule arabique,  on évite de les qualifier de dictatures.

A l’inverse, pendant la guerre du Kosovo, Milosevic, président de la Serbie, tenu par Washington pour un ennemi à abattre était tenu par tous pour un dictateur alors même qu’il venait de perdre les élections municipales, laissant passer les villes principales à l’opposition : vit-on jamais un dictetur perdre des élections locales ? Mort en prison, il a été blanchi après coup par la Cour pénale internationale.

Le cas de la Russie de Poutine sera examiné sous trois angles : les droits de l’homme , la liberté de la presse,  les élections.

 

Les droits de l’homme

 

Les droits de l’homme ont sans doute à faire quelques progrès en Russie,  mais considérons le chemin parcouru depuis le communisme qui vit l’arrestation arbitraire, la déportation ou le massacre de millions d’hommes et de femmes.  Aujourd’hui les détentions auxquelles on peut reconnaitre un caractère politique, se comptent sur les droits d’une main.

On dira qu’il y en a beaucoup d’autres dont on ne parle pas ; peut-être mais il y a à Moscou environ 2000 correspondants de presse occidentaux presque   tous hostiles à Poutine plus autant de journalistes russes en osmose avec eux . S’il y avait tant d’atteintes aux droits de l’homme,  pourquoi ne nous les signalent-ils pas, pourquoi ne partent pas de Moscou de dizaines , voire des centaines de pétitions pour libérer untel ou untel ?  Seule l’équivoque affaire Navalny a fait parler d’elle.

A vrai dire, il y a eu quelques disparitions ou morts mystérieuses au début de la période Poutine.  Elles ont défrayé la chronique sans qu’on en sache le fin mot. Depuis , tous ceux qui accusent Poutine d’atteintes aux droits de l’homme ressortent ces affaires comme s’il n’y en avait pas d’autres. Aucun assassinat effectif n’a été dénoncé depuis 2006.

Suivent pour la période plus récente une série d’empoisonnements… ratés. Les mêmes qui en accusent Poutine avec véhémence sont prêts à soutenir que le KGB est toujours présent ; il aurait seulement changé de nom : il est devenu le FSB, mais l’esprit reste, dit-on,  le même. Etonnant : cette machine qui a organisé le massacre de millions d’hommes et en détenait encore quelques dizaines de milliers à la chute du communisme, ne serait pas capable d’empoisonner un opposant : elle manque toujours son coup !

Le seul attentat réussi a visé très récemment un philosophe soutien de Poutine , Douguine et a tué sa fille : cette histoire tragique   nous a profondément émus. Il se trouve des esprits pervers pour l’imputer à Poutine,  alors que tout laisse penser qu’elle a été organisée par le pouvoir ukrainien !

Il faut aussi , sur ce chapitre, regarder ce qui se passe en face. Il est connu qu’Obama, prix Nobel de Paix avalisait chaque semaine une liste de personnes que la CIA devait abattre sans jugement aux quatre coins du monde. François Hollande a avoué avoir aussi ordonné d’abattre certaines personnes sans jugement.

Une vieille affaire,  celle des frégates de Taïwan,  a causé chez nous la mort d’une quinzaine de personnes impliquées, hors de tout contrôle judicaire : secret défense dit-on.  Qu’aurait-on dit si une affaire analogue s’était produite en Russie ?

Il se peut que des assassinats de ce genre aient lieu aussi en Russie, mais au dire de spécialistes, ils toucheraient seulement des islamistes : peut-être,  mais nous n’en avons aucune preuve.

S’agissant des islamistes, Poutine n’a aucune institution comparable à Guantanamo : une prison installée dans un pays voisin où toutes les  normes de droit sont abolies. Sinon, ça se saurait.

 

La liberté d’expression

 

Deuxième sujet : la liberté de la presse et d’expression  ; il est lié au précédent dans la mesure où l’assassinat de journalistes fait peur aux autres et les conduit   à s’autocensurer.

En Occident, l’autocensure de la presse est-elle moins importante ? Il ne semble certes pas que les journalistes y risquent la peine de mort mais tous peuvent craindre , s’ils sortent de la pensée unique, de perdre leur emploi et d’avoir du mal à en retrouver un, de « finir à la rue » comme on dit.

C’est encore plus vrai de l’Université , spécialement aux Etats-Unis, où un seul mot « politiquement incorrect », par exemple une plaisanterie sur les homosexuels   ou un propos qui semble favorable à Trump, peut entrainer la perte d’emploi et la marginalisation sociale. En France, le statut de la fonction publique protège, jusqu’à un certain point , les professeurs titulaires mais ne leur évitera pas le harcèlement woke .  Rien de tel en Russie où on peut dire que la liberté d’expression universitaire est aujourd’hui plus grande qu’en Occident.

Personne n’ignore que les médias occidentaux sont entièrement alignés sur une seule opinion sur tous les sujets critiques :  monnaie unique (en Europe), Covid, réchauffement climatique, droits des homosexuels, hostilité à la Russie.  Le Prix Nobel de la paix a été attribué en 2021, au patron de presse russe  Dmitri Mouratov .  Il est   un opposant déterminé à Poutine. Il dirige un groupe de presse, Novaïa Gazeta qui tire à 1 million et demi d’exemplaires. Peut-on nous dire quel organe de presse clairement en rupture avec la pensée dominante sur tous les sujets évoqués et à son représentant en France, Emmanuel Macron,  tire à 1 million et demi d’exemplaires ?  Les rares follicules hors système se contenteraient    du centième. Ceux que l’on qualifie   habituellement d’extrême droite ont pratiquement tous disparu. Où est la liberté de la presse ?

Ce ne sont pas seulement les médias qui sont sous contrôle. Ce sont aussi les citoyens, les associations,  les groupes politiques. Il est notoire que depuis quelques années, les géants des grands réseaux internet : Facebook,  Twitter, You Tube   se sont arrogé le droit de supprimer les comptes de tout citoyen, de tout organisme qui tiendrait de propos incorrects sur des sujets critiques : la pandémie et la stratégie vaccinale, les élections américaines. Il n’est pas permis de dire par exemple que la vaccination peut avoir  des effets secondaires graves ou que les démocrates ont triché à la dernière élection présidentielle. Même Donald Trump en campagne électorale s’est vu privé de tout moyen de communiquer ses idées ( sachant que les médias de masse étaient unis contre lui). Il vient de faire l’objet d’une perquisition  à  son domicile de Floride aux fondements juridiques douteux. Tout comme Mélenchon en France il y a quelques années. Que dirait-on si la même chose arrivait à Moscou ?

 

La régularité des élections

 

Venons-en aux élections. Le fait de les gagner ne fait de personne a priori un dictateur.  La popularité de Poutine dans la population russe n’est pas un mystère , elle est confirmée par les sondages internationaux. Elle s’exprime surtout en province, Moscou et Saint-Pétersbourg demeurant des citadelles de l’opposition pro-occidentale.

Poutine est populaire comme le sont les chefs d’Etat qui travaillent pour leur peuple et rien que pour lui ; c’est ce que doit faire un vrai leader , démocratique ou pas. C’est ce que font de moins en moins les chefs d’Etat occidentaux occupés les uns à construire l’Europe supranationale , les autres à diffuser dans le monde , y compris par la force, le modèle démocratique, tel qu’ils l’imaginent, voire à servir les seuls intérêts de milliardaires . Le service d’un peuple est une partition exigeante ; quand leurs dirigeants suivent une autre partition, étrangère aux intérêts nationaux, il ne faut pas s’étonner que leur popularité, à peine élus, tombe, comme chez nous,  à 20 ou 30 %.

Il y a certes dans les victoires électorales de Poutine, l’influence du tempérament russe, porté à soutenir assez largement un chef qui fait ses preuves , sur le plan national et international . Qui croit qu’il en va différemment en France ?  Selon les départements, la gauche ou la droite, bien incrustées remportent les élections depuis des dizaines d’années : la gauche dans le Sud-Ouest , la droite dans les Yvelines . Dans certaines villes,  les citoyens opposés à la majorité municipale, craignent qui d’être éloignés des marchés municipaux, qui de mettre en difficulté un parent travaillant à la mairie : ils se taisent. Sur le plan de l’ « esprit majoritaire », la France a longtemps été une marqueterie de petites Russie. Ce n’est que récemment que les choses ont bougé,  mais pas complètement. Il en va de même aux Etats-Unis. Comme nous, ils sont une fédération de territoires inscrits dans telle ou telle orientation, les élections nationales étant déterminées par les swings states, ceux qui se partagent par   moitié.

J’ai eu l’occasion de rendre visite à Mouratov dont il est question ci-dessus. Il était très remonté contre la fraude qui avait marqué le scrutin de 2008, au bénéfice de Poutine. Je lui demandai si Poutine aurait perdu les élections sans fraude. Il me répondit non, mais il aurait obtenu , dit-il,  55 % au lieu des 65 % affichés . Et qui dont aurait eu 10 % de plus ? demandai-je ; le parti communiste me répondit-il…

Il était clair que ni dans ces élections ni dans celles qui se sont produites depuis, personne n’a soupçonné Poutine d’avoir renversé le résultat des élections par une fraude massive. On ne saurait en dire autant de son homologue Biden.

Le soutien de la majorité de la population russe au chef de l’Etat n’est nullement le signe que le pouvoir s’y exerce de manière dictatoriale .

La Russie est une démocratie « en transition » mais sûrement pas une dictature ; au moment où la démocratie recule partout en Occident , les Occidentaux manquent d’argument sérieux pour qualifier Poutine de dictateur.

 

Roland HUREAUX  

Août 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:20

Jamais peut-être le monde n’a été si plein de contradictions.

La modernité ou ce qui est tenu pour tel est contradictoire.

Lors d’une récente  « journée de la femme », comme il y en a beaucoup, des « trans » (hommes ayant voulu devenir femmes) ont été agressés par des féministes. La transsexualité et la promotion de la femme sont pourtant des tendances que l’on rattache toutes deux à l’« avancée » des mœurs.  

Les « trans » veulent pousser au plus loin la théorie du genre selon laquelle les sexes sont fongibles et doivent être indifférenciés ; ayant choisi de devenir femmes, ils voudraient être admis parmi les femmes militantes pour partager leurs combats mais celles-ci ne veulent pas d’eux. C’est comme ça.

A peine élu le président Biden a autorisé les hommes « trans » à participer aux compétitions sportives de femmes, même la boxe. Les obliger à rester dans leur sexe d’origine serait selon eux ( ou elles ) discriminant mais les femmes de naissance craignent une concurrence inégale qui leur fera sans doute perdre beaucoup de médailles.

Beaucoup de ces contradictions concernent, on le voit, les rapports entre les sexes.

 

GPA et égalité

 

A l’heure de la promotion générale – et bienvenue – de la femme à travers le monde, certains milieux libertaires, partisans de la théorie du genre, poussent pour que soit autorisée la gestation pour autrui, qui seule permettrait à des homosexuels d’avoir des enfants (ou de faire comme si ) et qui conduit, on le sait, à une forme particulièrement odieuse d’esclavage. « La femme loue bien ses bras dans les usines, pourquoi ne louerait-elle pas aussi son utérus ? » n’hésitait pas à dire Pierre Berger, cet homme délicat.  La  GPA ( gestation pour autrui )  , si contraire à l’égalité , est pourtant l’aboutissement d’une  démarche de non-discrimination :  il n’y  pas de raison, dit-on,  que le mariage soit le privilège des couples homme-femme, instaurons un mariage homosexuel ; les femmes homosexuelles , voire seules, ont autant de droits que  celles qui vivent  avec un homme à avoir un enfant, d’où le droit à la  PMA (procréation médicalement assistée)  pour  femmes seules ou en couples de femmes  récemment adoptée par le  Parlement français ; dernière étape dont nous nous approchons : il n’y a pas de raison que la paternité et la maternité soient réservées aux femmes en couple, il faut que les hommes en couple y aient accès aussi, donc la GPA doit être autorisée ; ainsi trois étapes de raisonnement supposées libératrices aboutissent  à un  abaissement de la femme que dans les pires périodes d’esclavage, on n’avait pas imaginé .  

Divergences analogues sur la prostitution qui oppose les différentes écoles ultraféministes.  Pour les unes, elle est une forme d’esclavage à bannir, à l’initiative de la puissance publique.  Pour les autres, d’inspiration libertaire, elle fait partie de la liberté sexuelle, voire de la liberté du commerce et de l’industrie: l’Etat n’a pas à la réglementer. L’idée moyenne que « le plus vieux métier du monde » pourrait être simplement toléré échappe à l’un et l’autre camp : il n’y a pas de moyenne chez ces gens là. 

 

Parité politique et parité conjugale

 

Toujours le mariage homosexuel : il conduit à abolir la parité homme femme dans sa forme la plus élémentaire, le couple. Fort bien, mais pourquoi coïncide-t-il avec l’instauration sans précédent d’une rigoureuse parité dans les élections à tout niveau, dans les conseils, dans le recrutement des entreprises publiques – et aux Etats-Unis de plus en plus,  privées. Si la parité est une nécessité, pourquoi ne pas la maintenir dans un couple de parents ? « Il faut la parité pour se porter candidat au conseil général et pas pour se marier ! » nous disait Jean Lassalle.

Toujours la parité : il y avait autrefois des écoles normales d’instituteurs et des écoles normales d’institutrices,  une agrégation pour les hommes et une agrégation pour les femmes qui garantissaient pour chaque discipline la parité dans l’enseignement. Au motif de s’adapter à l’évolution des mœurs, ces écoles et leurs concours d’accès ont été rendus mixtes, déséquilibrant la profession au détriment de l’un ou l’autre sexe, généralement féminin. Alors qu’on introduit la parité là où elle n’existait pas, on la supprime là où elle existait !

Il se dit que dans les couples isosexes, si advient, n’importe comment, un enfant, l’un se fait père, l’autre mère. Pointe extrême de l’existentialisme ou chacun choisit d’être ce qu’il est hors de toute contrainte de la nature. Pourtant, l’existentialisme a ses limites :  la théorie du genre n’étend pas la liberté existentielle au désir sexuel. Celui ci est au contraire tenu pour une fatalité inexorable. Le genre masculin est librement choisi par l’individu, l’attirance homosexuelle est une contrainte qui s’impose à lui. Pour parler le langage aristotélicien l’homosexualité ou hétérosexualité sont de l’ordre de l’essence alors qu’être physiquement mâle ou femelle est de l’ordre de l’attribut, donc réformable.

La liberté sexuelle, forme de la modernité s’il en est, est à l’origine d’autres paradoxes.

 

Ouverture de la chasse

 

Qui ne voit qu’elle a transformé certains milieux, dont bien souvent le monde l’entreprise,  en terrain de chasse pour jeunes mâles prédateurs ? Ils n’ont pas besoin d’avoir recours au viol ou au harcèlement pour se mettre dans la peau du chasseur.  Dans la vieille société, cet esprit prédateur existait aussi mais il était borné par le sens de l’honneur des honnêtes femmes, alors majoritaires et les usages mondains : « ce que les hommes tiennent pour un honneur est le déshonneur des femmes » (Marguerite de Navarre). Aujourd’hui cette borne ayant largement cédé, la chasse a libre cours. « Tous les hommes sont des cochons » dit une veille chanson, et aussi la pointe du mouvement féministe, comme Me too, adepte pourtant de la même liberté sexuelle.

Il reste bien quelques hommes scrupuleux qui subordonnent leurs désirs à la liberté des personnes du sexe, voire au respect de leur vertu et dans ce cas, la séduction, si séduction il y a, reste discrète. Mais les ultraféministes ne les fréquentent guère car ils n’appartiennent pas au même monde :  adeptes des vieux codes moraux ou religieux - ou simplement courtois, ils sont exclus de la sphère de la modernité dont elles se réclament.  Dommage pour elles.

Comment ne pas voir  pourtant que la libération sexuelle ne pouvait que transformer la femme en objet ?

 

Concurrence victimaire

 

Il reste que si l’Occident a suivi cette pente, il ne l’a jamais reconnu. La femme objet est au contraire, on le sait, plus ouvertement affichée dans la religion musulmane, laquelle contredit de manière frontale les exigences du féminisme. Mais en Europe, les musulmans sont des immigrés, donc des opprimés. Entre les femmes et les adeptes de l’islam, il y a, comme on dit,  « concurrence victimaire », une concurrence rude.  Dès lors, quelle attitude prendre pour rester politiquement correct :   censurer l’islam au nom des droits des femmes ou mettre ces droits entre parenthèses pour ménager l’islam,  religion des opprimés ? Quant à Cologne, lors des fêtes du nouvel an 2016, des immigrés musulmans harcelèrent de manière organisée des centaines de femmes allemandes, les associations féministes furent très embarrassées pour condamner ces agressions, de crainte d’apporter de l’eau au moulin du racisme et de l’islamophobie. Il est intéressant d’observer que la sympathie pour l’islam prit alors, dans le discours public, le dessus sur la cause de femmes et que les militantes féminines les plus exaltées choisirent de ne pas protester. Ce choix est significatif d’une hiérarchie implicite des préoccupations occidentales que l’on observe aussi d’autres circonstances. L’islamo-gauchisme, oxymore étonnant, juxtapose une préoccupation politique et sociale issue des Lumières, par marxisme interposé, le gauchisme,  et la défense de valeurs qui, aux yeux des mêmes Lumières, apparaissent les plus rétrogrades. Quand on sait la part essentielle prise par l’UNEF lors des manifestions de mai 698, à la tonalité libertaire explicite, comment ne pas être étonné que sa vice-présidente soit aujourd’hui une jeune fille voilée ?  Et que par ailleurs le même mouvement organise des séminaires interdits aux Blancs ?

De même les défenseurs de la cause animale, si en pointe aujourd’hui, se trouvent fort embarrassés pour condamner l’abattage hallal.

Pourquoi ce privilège de l’islamophilie sur le féminisme ou la cause animale ?  Ne serait-ce pas que les islamistes sont davantage craints dans la société occidentale que les femmes ou les animaux ?  Hiérarchie des valeurs ou hiérarchie des peurs ?

Autre contradiction : la prévention légitime du sida, souvent prise en mains par les associations homosexuelles, ne se transforme-t-elle pas en propagande subliminale pour les comportements dits à risque ? Quand lors d‘une soirée télévisée consacrée à la lutte contre le sida, il y a quelques années, l’abbé Pierre avait suggéré que cette lutte pourrait commencer par le refus de la promiscuité sexuelle, il se fit copieusement huer. Tout autre que lui se serait fait lyncher.

Comment comprendre que soit institué un mariage homosexuel, tributaire d’une théorie du genre qui nie les identités sexuelles innées, au moment précis où nos sociétés redécouvrent massivement, au travers de l’écologie, la nature végétale et animale dont la reproduction sexuée est la règle, rappelons-le, depuis un milliard d’années. Toutes les « avancées » biologiques ou sexuelles, y compris les plus artificielles, peuvent être soumises à l’Assemblée nationale :  s’il est un groupe dont on est sûr qu’il les votera, c’est bien le groupe écologiste. Il m’a été rapporté qu’une « cheffe » écologiste s’était fait faire un enfant par PMA, alors que, saine de corps, elle aurait pu arriver même résultat en faisant l’amour comme tout le monde.  Une vieille dame qui avait toujours voté écologiste par amour de la nature, cessa quand elle apprit que Noël Mamère, alors maire vert de Bègles, célébrait des mariages homosexuels : "Si c'est ça le respect de la nature !" dit elle. 

 

Le temps du rock’n roll

 

Revenons au féminisme : comment comprendre que la génération qui a été par excellence celle de la libération de la femme, ait pu avoir pour danse emblématique le rock‘n roll ? Qu’est-ce en effet que cette danse sinon un symbole fort de l’inégalité de l’homme et de la femme ?  Non seulement la femme fait le plus d’efforts car elle est amenée à tourner sur elle-même presque en permanence, mais c’est l’homme qui lui dicte ses mouvements par de légères impulsions données au bon moment. La fin du  fin pour le play boy de surprise-party était de faire tourner sa partenaire très vite en ne bougeant lui-même presque pas, prenant ainsi la posture de la maîtrise facile, d’une domination d’autant plus efficace qu’elle est discrète, de l’aisance souveraine dans la position de la supériorité, telle que la décrit Bourdieu dans l’univers scolaire.  Personne à ma connaissance n’a jamais demandé que les rôles soient inversés.

Pour se situer à un autre niveau, un des plus grands tirages de la génération qui a connu l’émancipation féminine fut Gérard de Villiers et son fameux SAS. Il est sans doute inutile de s’attarder sur le rôle qui échoit la femme dans le climat de sexualité débridée qui est celui de ces romans.  

Nous avons évoqué la parité en politique. Tous ceux qui s’y sont exercé savent à quelles acrobaties conduit la règle de la parité dans l’établissement des listes.  On commence généralement par faire, non sans arbitrages sanglants, une liste d’hommes en leur conférant un numéro sur deux ; puis sont inscrites les femmes, souvent peu demandeuses, plus difficiles à trouver et   trop souvent tenues pour des figurantes.  Comme par hasard, il est rare que cet exercice favorise celles qui ont la plus forte personnalité. Chez les hommes non plus d’ailleurs. Création idéologique s’il en est, la parité forcée n’est pas seulement une atteinte au libre choix démocratique, puisqu’elle le limite, elle illustre aussi ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires aux buts poursuivis ». Nous sommes loin d’une vraie promotion de femme qui, elle, n’aurait pas besoin d’une telle contrainte.  

Paradoxe : la même génération qui a vu l’émergence des femmes en politique a conduit une femme d’Etat aussi talentueuse que Marie-France Garaud, qui ne nous en voudra pas, pas, je l’espère, de l’évoquer, assignée chez elle pendant quarante ans.

 

Mai 68 au risque de la pédomanie

 

Dans les années soixante-dix, les tenants de la libération sexuelle ne craignirent pas d’aller jusqu’ bout de leur philosophie : on a assez reproché à Daniel Cohn-Bendit de s’être fait l’avocat de relations intimes entre adultes et enfants ; il ne faisait que suivre la logique qui était celle de son époque.

Les temps ont changé :  de plus en plus ces relations font horreur, surtout si elles sont incestueuses, et c’est légitime. Le paradoxe demeure que l’hallali contre la pédomanie (un terme que nous préférons à celui de pédophile, par respect pour la φιλία grecque, sentiment noble s’il en est) soit le fait non des tenants de la morale traditionnelle, discréditée, mais des libertaires eux-mêmes.  Choc des logiques : les derniers représentants de la pensée 68 se heurtent de front aux défenseurs des droits de l’enfant.

Paradoxe proche : notre société qui a mis en valeur comme aucune avant elle (pas même la société grecque du Ve siècle à laquelle on se réfère de manière souvent abusive) l’homosexualité, est en même temps devenue la plus sévère qui soit contre la pédomanie. Or la limite entre l’une et l’autre tient souvent à peu de choses selon la  date anniversaire du jeune, pédomanie le lundi, homosexualité  le jeudi. Il en résulte que le mot pédérastie, qui signifiait au départ l’amour érotique des enfants mais qui en était venu à désigner l’homosexualité en général, se trouve aujourd’hui banni.

 

L’abolition du handicap

 

Avec les questions de vie et de mort, nous entrons dans un autre domaine. Jamais le handicap n’avait fait l’objet d’une attention aussi grande : les handicapés reçoivent une allocation, ils ont des maisons spécialisées   qui coûtent  cher, le droit du travail les favorise, ils ont des emplois, des places de parking réservées, les bâtiments publics leur sont adaptés.  On se demande pourtant qui va bientôt bénéficier de ces avantages. La même société si attentive au handicap, pratique de plus en plus un eugénisme impitoyable, autorisant, voire prescrivant, en cas de handicap repéré, un avortement quasi-systématique.

Alors que l’avortement normal qui était limité à douze  semaines de grossesse a été porté à quatorze,  l’avortement dit thérapeutique peut se pratiquer jusqu’à la naissance. Cette possibilité a été étendue par une  loi  récente, sans qu’il y ait malformation de l’enfant, à la « détresse psycho-sociale » de la mère, motif dont on devine l’élasticité.  Un enfant qui nait dans le délai normal, et que ses parents veulent garder fera l’objet d’un luxe de moyens de réanimation sans précédent, allant parfois jusqu’à l’acharnement thérapeutique, pendant que l’autre, déjà formé lui aussi mais paraissant handicapé ou normal mais rejeté au motif de cette détresse, sera mis à mort dans les conditions les plus sordides. On peut s’interroger sur les raisons d’un tel paradoxe.  Croyant peu à l’autre monde, notre société pense qu’une vie en situation de handicap, dès lors qu’elle est la seule qui nous soit donnée, est le plus grand des malheurs ; les gens normaux   se sentent par rapport à lui, vaguement coupables et tentent de se racheter par des politiques généreuses. Mais le malheur parait si grand que la même société se fera compréhensive à l’égard des parents (souvent pressés par leur entourage, y compris hospitalier) qui abrègent une vie dont on juge par devers soi qu’elle « ne vaut pas la peine d’être vécue ». Les bien portants exorcisent ainsi leur culpabilité en faisant disparaitre les handicapés de leur vue. Le « meilleur des mondes » est à ce prix.

Nous nous sommes attardés sur les contradictions de nos contemporains touchant à la sexualité et à la vie car c ‘est là un terrain où ces contradictions sont les plus patentes, mais nous pouvons élargir la question à d’autres sujets.

 

Droit naturel et mise en scène

 

Par exemple les beaux-arts dans leur rapport au droit.   Point de théorie si décriée dans les milieux dits progressistes que celle du droit naturel, l’idée que la nature humaine implique par elle-même des règles pérennes et universelles qui s’appliquent à toutes les sociétés, par exemple l’interdiction du meurtre au sein du groupe ou celle de l’inceste.  C’est au contraire le positivisme juridique qui prévaut, l’idée que la loi positive est la norme ultime, qu’aucun principe pérenne, moral ou religieux, ne saurait lui être opposé et qu’elle est naturellement variable.

N’oublions pas la dimension scientifique du sujet : ainsi l’idée de nature humaine se trouve disqualifiée au moment où prend son essor la génétique moderne selon laquelle le génome humain est constant depuis au moins 35 000 ans.

Voyons d’abord le paradoxe qu’il y a de voir le positivisme juridique dominer au moment où sont parallèlement exaltés de droits de l’homme, que la déclaration du 26 août 1789 qualifie de « naturels et imprescriptibles ». La nature mise au rancart d’un côté, plus célébrée que jamais de l’autre ? Et  curieusement, la race n’existe pas, mais la nature humaine universelle non plus !

Ce paradoxe s’étend même aux questions esthétiques. Combien d’entre nous sont exaspérés par ces mises en scène de théâtre ou d’opéra qui habillent les personnages d’Andromaque ou de Carmen en costumes d’aujourd’hui, ou les personnages du Ring en clochards. Beaucoup ne vont plus à l’opéra par horreur de ces usages.  Mais ils ont une signification bien précise : le grand art traite de l’homme en général, les figures qui sont mises en scène se veulent éternelles, elles transcendent l’espace et le temps, elles nous touchent si directement qu’il n’est pas nécessaire de les mettre en costume d’époque.  Cela au moment où l’historicisme et le relativisme n’ont jamais été aussi à l’honneur, où jamais les émissions historiques n’ont eu autant de succès. Qui y comprendra quelque chose ?

 

Egalité et transhumanisme

 

Nous parlons de la nature humaine : l’existentialisme qui se fait si restrictif en matière d’orientation sexuelle, reprend toute sa place dans les recherches à la mode tendant à un dépassement de l’humanité par le transhumanisme, par la génération d’hommes nouveaux plus performants que ceux du passé, d’hommes « augmentés ». Il n’est pas certain que ces recherches aboutissent jamais à faire des êtres viables, mais comment ne pas être frappé de voir qu’elles fleurissent, comme le comble de l’audace libérale voire libertaire, en un temps où l’égalité est recherchée partout, voire où le socialisme national, qui fut précurseur en la matière,  est tenu, à juste titre, pour une infamie absolue ?  Le libéralisme moderne veut en outre qu’aucun homme n’ait un pouvoir excessif sur un autre. Le transhumanisme, forme supposée la plus « avancée » du libéralisme, c’est que certains hommes aient un pouvoir illimité sur d’autres, présents ou à venir.

On terminera pour l’anecdote par la surpression de toute mention locale dans les plaques d’immatriculation des véhicules. Elles facilitaient l’identification de ces derniers, leur suppression va la rendre plus difficile, cela à l’heure où se met en place une surveillance électronique généralisée. Il se peut cependant que l’extension sans limites de la surveillance des individus rende inutile toute attache géographique.

D’autres paradoxes propres à la modernité pourraient être aisément relevés.  Nous disons modernité car il ne nous semble pas que les sociétés du passé étaient si fertiles en étonnantes contradictions. Pourquoi donc ?

 

L’idéologie jusqu’à l’absurde

 

Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le fait que les attitudes supposées modernes que nous avons évoquées sont toutes rattachées à une idéologie.  Une idéologie, c’est l’envahissement de la pensée politique par une préoccupation unique ou quasi-unique.  Pour les ultra-féministes, la préoccupation de l’égalité des femmes est devenue un absolu au point de tenir toute différence pour une injustice et de prôner l’identité et la fongibilité des sexes. Il en est de même pour les militants homosexuels adeptes de la théorie du genre.  La culpabilisation de l’Occident amène les antiracistes et autres « décoloniaux » à occulter toute préoccupation de la condition de la femme dans les anciens pays colonisés.  Pour certains, le handicap mérite une attention sans mesure ; pour d’autres, et quelquefois les mêmes, la possibilité d’avorter sur demande ne saurait être limitée etc.

Là où le politique ordinaire arbitre en permanence entre des préoccupations concurrentes et par là même, à un moment ou à un autre, les limite, l’idéologue s’attache à une ou deux logiques et les pousse jusqu’aux extrémités, soit, bien souvent,  jusqu’à l’absurde.

Il y a en tous les cas un lien entre la multiplication des contradictions idéologiques et l’affaiblissement de la fonction politique qui a précisément le rôle d’arbitrer entre ces logiques avant quelles ne viennent à s’affronter ou s’entre-détruire.

Nous sommes dans un monde profondément idéologique. Pour des raisons qu’il conviendrait d’approfondir – mais c’est un autre sujet – il n’est pas aujourd’hui de politique publique qui ne soit marquée par une forme ou une autre d’idéologie.  Poussées jusqu’au bout sans que la sagesse ancestrale, le sens de la mesure ou la prise en considération de logiques concurrentes ne vienne à les tempérer, elles se contredisent et s’entrechoquent, donnant parfois au paysage politique un air d’absurdité.  Comment s’en étonner ?

 

Roland HUREAUX

 

2020

 

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:17

Macron serait le propagandiste de Poutine qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il a dénoncé la « lâcheté »  des pays  africains qui n’ont pas voulu condamner l’entrée de la Russie en Ukraine,  suscitant un tollé . Etonant aveuglement d’un homme qui n’imagine pas qu’il puisse y avoir d’autres points de vue sur le monde que celui de membres d’ OTAN, et qui , tout en dénonçant outre-mesure les méfaits du colonialisme , tance les anciennes colonies avec une arrogance dont le colonisateur n’a jamais fait preuve. L’idéologie rétrécit l’esprit, on en a là  encore la preuve.

Dans tous les pays où il est passé , Macron  a condamné avec véhémence la Russie, dont on sait qu’elle avance ses  pions dans tous les pays que les maladresses et l’esprit d’abandon des Français ont ouverts  à d’autres influences :  Centrafrique, Mali  notamment.

Jusqu’à quel  point la dernière tournée africaine  et ces sorties malencontreuses, répondent-elles   à une commande du département d’ Etat qui pense que la  France reste le  partenaire le plus à  même de faire rentrer  les Africains dans l’espace otanesque ?

Mais la parole de la France , et singulièrement la sienne,  sont si discréditées sur  ce  continent  qu’en attaquent si vivement Poutine, il le reconnait implicitement comme un acteur désormais important de la politique de cette région , ce qu’il n’était pas au départ.

Et comme ces attaques viennent de lui qui a multiplié les maladresses , les signes de mépris, les repentances déplacées, pour ne pas dire les frasques, dans un continent où on aime les forts , elles risquent d’être , pour la France et pour l’OTAN , contre-productives.

Pour qui connait le tempérament africain , il y a rarement eu des hommes qui se soient trouvés  autant aux antipodes psychologiques, de leur sensibilité qu’Emmanuel Macron ; nous qui  aimons  l’Afrique et les Africains ne voyons jamais  sans appréhension le président français entreprendre un voyage sur ce continent : il arrivera chaque fois à y faire détester un peu plus la France !

Sa dernière tournée couvrait le Cameroun, le Bénin la Guinée-Bissau , ancienne clonie portugaise , rappelons-le .

Il était juste qu’un président français – mais pas lui, se rende au Cameroun, belle terre   francophone, dont les liens avec la France , pas seulement au travers de Yannick Noah sont nombreux,  modèle de stabilité grâce au président Biya , injustement délaissé par notre diplomatie.  

Mais pourquoi ? Pour leur faire la leçon sur la Russie ?  Bien inutile, Biya connait la géopolitique au moins aussi  bien que lui. Pour évoquer les  violences qui ont eu lieu au moment de l’indépendance, sur le mode habituel de la repentance ? Est-ce bien utile ?  Macron propose qu’une commission d’historiens se penche dessus. Rien à dire s’il  n’invoquait les précédents calamiteux de l’Algérie et du Rwanda , beaucoup plus tragiques : des commissions entièrement orientées pour conclure à la culpabilité de la France, particulièrement au Rwanda où elle n’a rien à se reprocher, des actes de résipiscence qui cautionnent les attaques les plus extrémistes contre la France , de nouvelles repentances où la France apparait , aux yeux  des pays africains,  dans  une position humiliée , ce qu’il en faut jamais faire, ni là ,ni ailleurs.

Pour restaurer les liens franco-africains plus nécessaires que jamais face à l’offensive chinoise, Macron n’a qu’une chose à faire : ne plus y aller et ne plus s’en  occuper.

 

Roland HUREAUX

Août 2022

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:15

LIBERAL, LIBERALISME

Dire qu’un homme est libéral a rarement été tenu pour une injure. Cela veut généralement dire qu’il est généreux. Au Moyen âge, les arts libéraux étaient les plus prisés. Les sept arts libéraux étaient  le trivium  , grammaire  , dialectique ,  rhétorique et le quadrivium,  arithmétique ,  musique , géométrie , astronomie. Ils prétendaient représenter l’universalité du savoir abstrait par rapport aux arts artisanaux, d’où le mot université.

Comment se fait-il alors que pour beaucoup de ceux qui s’autodésignent comme « souverainistes » tiennent les libéraux pour des ennemis et le libéralisme pour une tare ?  C’est ainsi que ceux qui voulaient disqualifier Éric Zemmour dans son propre camp, le qualifiaient de libéral ou ultra-libéral, sans vraie raison d’ailleurs.

Cette opposition s’inscrit dans un clivage idéologique bien précis apparu depuis environ 1950 : dès que la construction européenne a commencé, les libéraux lui étaient favorable. Il était à la mode de se dire « libéral et européen ». Ceux qui étaient eurocritiques tenaient au contraire au maintien d’un Etat régulateur, colbertiste, disait-on, et des frontières douanières entre ces états. Dans la confusion habituelle des esprits, vouloir préserver un Etat fort qui ne plierait pas devant les directives européennes et voudrait impulser l’économie, laisse encore aujourd’hui   soupçonner qu’on est peu favorable aux libertés individuelles, partisan de « la loi et de l’ordre ».

Cette confusion s’est renforcée vers 2000 quand tentèrent de se rejoindre les « républicains des deux rives », de droite et de gauche, chevènementistes ou séguinistes, communiant les uns et les autres dans le culte d’un Etat fort. Ni les uns ni les autres ne remettaient   en cause des prélèvements obligatoires représentant 60 % du PIB. D’une façon générale un Etat hypertrophié, souvent paralysé,  était confondu avec l’efficacité d’un Etat stratège qui n’a pas besoin d’être lourd.

L’image du souverainiste ronchon, attaché à l’Etat et réservé sur l’économie de marché a été évidemment répandue par les prétendus libéraux attachés à donner une image antipathique des adversaires du processus européen.

C’est ignorer ce qu’a montré le philosophe Pierre Manent : l’émergence de la démocratie libérale est inséparable de celle des Etats-nations. Ceux-ci émergent à la fin du Moyen-Age de la broussaille   féodale, d’abord sous la forme de la monarchie absolue, puis de celle de la démocratie élective, spécialement en France et en Angleterre. En Angleterre, les deux phénomènes sont même concomitants.  Il est clair que dans un Etat qui ne serait pas assez homogène sur le plan religieux, racial ou culturel, les clivages électoraux seraient des clivages ethniques, comme il arrive en Afrique . Il faut une certaine homogénéité nationale pour que les clivages nationaux prévalent, pour qu’un alsacien de gauche préfère voter pour un gascon de gauche que pour un alsacien de droite.

Le second argument commence juste à être perceptible et il s’impose déformais très fort : comme l’avait bien vu Jean-Jacques Rousseau, il faut un Etat de petite ou moyenne dimension pour que les libertés y soient préservées. Plus sa circonférence s‘agrandit, plus les libertés y régressent au bénéfice d’un système autoritaire, voire totalitaire. D’où la contradiction de ceux qui se disent « européen et libéral » car on ne peut être l’un et l’autre. Si on penche pour un Etat européen de taille continentale, cet Etat ne pourra être qu’autoritaire. A fortiori un Etat mondial, qui ressemblera plus au 1984 d’Orwell qu’à autre chose. Les évolutions récentes, en matière de restriction des libertés se voient à la censure des Gafam, de l’Union européenne et des Etats, au contrôle de la presse par des magnats partageant la même idéologie :  sous la IIIe République, la presse était diverse et libre, aujourd’hui elle est, sur tous les sujets majeurs, parfaitement monolithique.

Le clivage véritable de notre temps n’est plus celui des nationaux contre les libéraux, il est celui des défenseurs des libertés, tant celles des individus que celles des nations contre  des mondialistes qui rêvent d’un étouffement de toutes les libertés individuelles et collectives et qui se prétendent, de manière fallacieuse,  libéraux. 

Le mouvement espagnol Vox qui passe pour hostile à l’Europe supranationale, revendiquait récemment de défendre les libertés nationale, régionale et individuelle. Qu’attendent nos « souverainistes » pour dire des choses aussi intelligentes ?

La défense des libertés individuelles et de celles des nations sont aujourd’hui inséparables.

                                              

Roland HUREAUX

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:14

 

 

Il est difficile de comprendre le rétrécissement de la   liberté de penser et d’expression auquel nous assistons aujourd’hui en Occident, sous la forme de la « pensée unique », du « politiquement correct », sans se référer à la notion d’idéologie.

Face aux désastres totalitaires du XXe siècle, le communisme principalement, et aussi le socialisme national (nazisme), nous pensions savoir ce qu’était l’idéologie.

Toute une série de penseurs libéraux : Souvarine, Orwell, Arendt, Popper, Hayek, Aron, Kriegel, Papaioannou, Besançon, Baechler, etc. avaient analysé le fait idéologique dans sa version totalitaire, à l’origine des tyrannies et des crimes que nous savons.

 

L’utopie au pouvoir

 

Retenons en deux définitions : « l’utopie (notion proche de l’idéologie) se caractérise par la volonté d’organiser les activités sociales jusque dans leur détail   à partir d’un principe unique » (Jean Baechler) « les idéologies sont des ismes qui peuvent tout expliquer en le déduisant d’une seule prémisse » (Hannah Arendt). Une ou deux ou trois prémisses : l’universalité de la lutte des classes, la suppression de la propriété privée et de la religion, le primat de la race etc.

Hannah Arendt dit aussi que l’idéologie est la « logique d’une idée ». Le mot important, c’est « une ». Là où un esprit bien conformé analysera une partie   du réel en tentant d’y vérifier une ou deux hypothèses , et, une fois transplanté dans une autre partie du réel, refera l’opération avec des hypothèses différentes, l’idéologue, lui,  part d’une idée, parfois opérationnelle dans un segment limité de la réalité, et encore pas toujours, et, une fois qu’il l’a transplantée ailleurs, ne regarde plus la réalité : il continue de  lui appliquer l’idée unique  choisie  une fois pour toutes ou les déductions faites à partir de cette idée  unique.

Le savoir, comme l’action, ont certes besoin de principes simples ; mais il ne faut pas confondre la fausse science qui détermine ces principes a priori et la vraie qui les tire laborieusement du réel par une série d’essais et d’erreurs, considérant que toute généralisation n’est pas a priori opérationnelle, seulement celles que l’expérience vérifie. Et encore, avons-nous le cas de la théorie quantique qui explique tout ce qui se passe au niveau des particules élémentaires, mais sans jamais se réduire à des principes simples aisément formulables.

L’autre caractère d l’idéologie est le messianisme, appelé dans sa forme tempérée le progressisme, l’idée, religieuse, qu’il y a un sens d’histoire, généralement vers le meilleur et que tenter de s’y opposer est criminel.

Nous avons longtemps pensé que les régimes libéraux, les Etats-Unis en tête, qui luttèrent contre les utopies totalitaires, étaient, eux, exempts de cette folie de l’idéologie, qu’ils faisaient droit, au contraire, à la politique empirique, à la nature, à la complexité du monde et donc à la liberté.

L’emprise qui s’est exercée de plus en plus au sein de la sphère dite libérale par la pensée « politiquement correcte » amène à considérer qu’elle aussi pourrait être tombée dans l’ornière idéologique qu’elle se targuait d’éviter. De fait, une série de prémisses simples dictent aujourd’hui l’essentiel de la politique au niveau international, européen et national : la liberté du commerce tenue pour un absolu, la suprématie du marché, l’idéal de la concurrence pure et parfaite, la péremption du fait national conçu comme une menace totalitaire (cette péremption ne valant que pour l’Europe de l’Ouest) etc.

Du fait que cette idéologie ne pratique pas l’emprisonnement arbitraire (sauf à Guantanamo), n’ouvre pas de camps de concentration, ne pratique pas la terreur de masse, il faut la considérer comme différente des idéologies totalitaires. Si l’on assimile l’idéologie à une forme de folie, il ne s’agit plus de folie furieuse, seulement de folie douce (disons relativement douce puisqu’il lui arrive de plus en plus de trainer en justice des citoyens en raison de leur seule opinion).  L’idéologie douce qui nous submerge peu à peu    exerce son empire de manière plus sournoise mais non moins efficace que l’idéologie totalitaire : ceux qui lui résistent sont menacés de marginalisation, de diabolisation ; tels les partisans de la nation qui subsistent dans l’espace européen ou ceux qui clament leur refus de l’islamisation de l’Europe. A la pression violente, s’est substituée la pression indolore.  C’est donc à une tout autre sorte de régime idéologique que nous avons affaire mais la plupart des traits de l’idéologie n’en sont pas moins présents dans cette nouvelle forme de normalisation de la pensée.

Le point de départ est le même : la simplification, le fait de reconstruire toute une politique sur des principes généraux tenus pour des absolus, tels ceux que nous venons d’évoquer.

Le point d’arrivée est dans les deux cas   l’intolérance et la contrainte qui s’exerce sur la pensée, même si elle n’use pas des mêmes méthodes et n’atteint pas le même degré.

Quel est le rapport entre le principe de l’idéologie, la simplification, et son effet, l’intolérance ?

 

De la simplification à l’intolérance

 

Il est loin d’être évident.  Seule une analyse approfondie du fait idéologique permet de comprendre ce lien.

En simplifiant la réalité politique par le recours à des principes simples, trop simples et donc faux, la démarche idéologique ne trahit pas seulement la complexité du réel, elle va à l’encontre de toute une histoire antérieure qui prenait au contraire en compte cette complexité.

En disant que la clef du progrès économique est la généralisation du libre échange – telle est la doctrine officielle de l’Organisation Mondiale du Commerce –, l’idéologie ne se contente pas   de simplifier une réalité où le libre échange est non pas mauvais en soi (être aussi systématique relèverait aussi de l’idéologie !) – mais tantôt bon, tantôt mauvais. Elle tend à considérer tous ceux qui, dans le passé, ont fait une autre politique que celle du libre échange comme des barbares, des hommes dépassés. Plus l’idée qui inspire les politiques idéologiques est simpliste, plus elle apparaît    en    rupture avec un passé de civilisation où était préservé le sens de la complexité.

L’idéologie est ainsi non seulement un rapport au réel, extraordinairement biaisé puisqu’il tend à en ignorer la complexité, mais encore un rapport au temps, désormais divisé entre l’avant – où l’humanité n’avait pas encore conçu l’idée géniale et simplificatrice qui doit faire son bonheur -, et l’avenir qui s’organisera sur la base de cette idée. Marx lui-même disait que la préhistoire de l’humanité ne cesserait qu’avec le socialisme.

Ce n’est pas seulement tel ou tel trait du passé qui se trouve ainsi disqualifié dans le mode de pensée idéologique, mais le passé en général. A partir du moment où elle prétend organiser l’Europe en gommant le fait national, la démarche européenne  tend à considérer les siècles où les nations existaient comme des siècles barbares, où presque tout était mauvais : des siècles de guerre, d’obscurantisme, de haine, marqués par la traite des noirs, le colonialisme, le racisme, l’intolérance etc. C’est pourquoi, pour l’idéologue, la mémoire ou les racines – en particulier les racines chrétiennes – sont toujours disqualifiées puisqu’elles renvoient à une époque où la politique n’était pas encore animée par l’idée formidable qui désormais l’inspire : la suppression de la propriété privée et de la religion pour le communisme, la suppression des nations et l’ universalité du marché pour l’idéologie moderne.

Il est probable que l’idéologue pressent au fond de lui, même s’il ne veut pas se l'avouer ou l’avouer, que son idée est fausse, fausse parce que trop simple et, quelque part, en porte à faux avec le réel. Il a l’intuition qu’à cause de cette fausseté, il rencontrera des oppositions de toutes sortes, en particulier dans cette partie de la population qui est moins sensible à la logique des idées qu’est le peuple.

En même temps, il a le sentiment de tenir une idée si neuve, si radicale qu’elle ne peut être que salvatrice, qu’elle doit permettre à l’humanité de franchir une nouvelle étape.

Porteur d’une idée extraordinaire, salvatrice mais qui rencontre des résistances, qui ne « passe » pas, l’idéologue sera nécessairement à cran. Et c’est ce qui le rend méchant : non seulement il n’a pas raison, mais il le sent confusément.

La simplification opère en tant que vision du réel, offrant une vision du monde à bon marché qui permet de le réduire à quelque principe simple.

La simplification opère aussi en tant que doctrine du salut. Puisqu’elle est entièrement nouvelle, l’idée géniale qui inspire l'idéologie, par exemple la suppression de la propriété, est supposée porteuse d'un immense progrès, d’une forme de rédemption de l’humanité, ce qui place l’enjeu du combat contre les adversaires tellement haut qu’ils ne méritent aucune mansuétude.

La simplification répond ainsi à un besoin ancestral : celui de distinguer facilement le bien et le mal, les bons et les méchants. Les bons seront ceux qui adoptent l’idée, les méchants ceux qui y résistent, autre forme de simplification, et ils sont nombreux puisque cette idée viole la nature, ce que l'idéologue se refuse à reconnaitre mais qu’en son for intérieur, il sait.

Le clivage entre les bons et les mauvais ne résulte pas seulement des résistances à l’idéologie. Le plus souvent, il est déterminé à l’avance par l’idéologie elle-même : dans le marxisme léninisme, les mauvais sont d’emblée les bourgeois et fils de bourgeois, les prêtres, les paysans, même s’ils n’opposent aucune résistance au régime, dans le nazisme, ce sont les Juifs, les Gitans même s’ils ne font rien de subversif.

Rapport au réel, rapport à l’histoire, rapport au salut, l’idéologie est aussi, la plupart du temps, porteuse d’une histoire mythique, également simplifiée. L’expérience de la Seconde guerre mondiale a laissé croire à une partie des élites européennes, persuadée à juste titre que la cause de la guerre était l’idéologie nazie, que le nazisme n’était qu’une forme exagérée du fascisme, ce qui était déjà en partie faux, que le fascisme était une forme exacerbée du nationalisme, le nationalisme, une hypertrophie de l’esprit national et donc du patriotisme.  C’est sur ce raisonnement, dont à peu près tous les maillons sont contestables, qu’a été pourtant entreprise la construction européenne. Pour les porteurs de l’idéologie européiste, ou du mondialisme qui en est difficilement séparable, ou encore des formes les plus frénétiques de l’antiracisme, une fois qu’ils ont admis que la cause de toutes les guerres c’est la nation, aimer sa patrie, un sentiment qui, dans toutes les civilisations est, ainsi que le rappelle Léo Strauss, le plus moral qui soit, c’est être nationaliste, donc fasciste, donc nazi, donc, en puissance, kapo dans un camp de concentration. D’où la haine qui anime ces gens là   vis-à-vis de toute affirmation identitaire, pour timide quelle soit. Pour eux, elle ne saurait être que la manifestation des forces du mal, forces d’autant plus puissantes que, fondées dans la nature, elles résistent de toute part à l’Idée

Et c’est ainsi que l’idéologie, partie d’une opération intellectuelle de simplification, conduit à l’intolérance, au refus absolu du dialogue et à la haine.

Les porteurs de l’Idée trop simple qui va bouleverser l’humanité ne se trouvent pas seulement en rupture avec le passé ; ils sont aussi en rupture avec la majorité de leurs contemporains qui résistent à la puissance lumineuse de l’Idée.

Le principal motif de cette résistance tient au caractère artificiel de l’Idée : quoi qu'en pensent les idéologues, le sens de la propriété existe, le fait religieux existe, le marché (sans en faire un absolu) existe, le fait national existe , la division des sexes existe ; et ils résistent sourdement à ceux qui voudraient les abolir.

Parmi ceux qui résistent plus particulièrement, les classes populaires en tout temps et en tous lieux : elles résistent parce qu’elles sont plus près des réalités, parce qu’elles sont plus près des sentiments naturels, parce qu’elles éprouvent moins le besoin d’une vision logique des choses ou de la politique. Même si, la propagande aidant, le peuple peut se laisser séduire un moment par l’idéologie, il s’en détache vite. La haine des idéologues pour le peuple, au nom de la lutte contre les « koulaks » ou contre le « populisme » est une constante de l’idéologie.

L’autre motif de résistance peut être à l’inverse une grande culture et donc la conscience d’une dimension historique qui interdit de dévaloriser sommairement le passé. Une   culture approfondie conduit à éprouver la complexité des choses et donc à se méfier d’une simplification exagérée du réel telle que l’opèrent les idéologues.

L’idéologie prospère, dit Jean Baechler, chez les demi-intellectuels, assez évolués pour   subir la séduction de la logique, mais pas assez pour avoir développé le sens de la complexité et le sens   critique.

Les résistances populaires qu’ils rencontrent conduisent les idéologues à se considérer comme une élite, plus éclairée, plus lucide, une avant-garde, voire une secte d’initiés. Lénine a fait la théorie du parti avant-garde. Les SS se voulaient aussi une avant-garde idéologique. La Commission européenne se veut explicitement une avant-garde destinée à détruire peu à peu chez les peuples le sens national et son expression économique, le protectionnisme, et à faire entrer les nations d’Europe dans ses schémas nolens volens.   Les idéologues s’impatientent d’autant plus des résistances qu’ils rencontrent qu’elles ne rentrent pas dans leurs schémas a priori. Au terme de cette démarche, le viol de la volonté populaire tel qu’il a eu lieu par exemple à la suite du référendum du 29 mai 2005 au travers de l’adoption d’un traité par les Parlements (l’élite éclairée), reprenant point par point ce qui avait été refusé par le peuple.  

Les idéologues sont d’autant plus intraitables que l’idée qu’ils véhiculent est porteuse d’une perspective de salut : le socialisme, le dépassement des nations, la paix universelle, la prospérité générale.

Ainsi imbus de certitudes salvatrices, ils remplacent le débat par une démonologie. Ceux qui leur résistent sont les prisonniers ou les complices des forces du mal.

La haine antiraciste qui prospère aujourd’hui n’a ainsi rien à voir avec la volonté d’aider les minorités que l’on prétend défendre, Noirs, Arabes, Roms, elle est la haine d’idéologues ayant décrété que le sentiment d’identité était dépassé, qu’il faut à tout prix l’extirper comme on extirpait autrefois la sorcellerie et qui sentent confusément combien leur doctrine est artificielle.

De la même manière, on se tromperait lourdement en réduisant la barbarie nazie à l’antisémitisme ancestral, même exacerbé : pour en comprendre la dimension apocalyptique, il faut faire entrer dans l’équation le fantastique multiplicateur de l’idéologie.

 

La haine de soi

 

On n’aurait pas fait le tour de la dimension idéologique de l’intolérance contemproaine si on ne faisait sa part à la haine de soi.  Celui qui s’accommode du monde tel qu’il est et qu’à bien des égards il a toujours été, n’éprouve pas le besoin de trouver une clef qui permettra sa transformation radicale. Cette philosophie simpliste qui doit permettre de transformer le monde existant en un monde meilleur implique un regard largement négatif sur le monde tel qu’il est. Il implique la haine du réel, la haine de la société et même, à bien des égards, la haine de soi puisque c’est non seulement le monde mais l’homme, tous les hommes, y compris lui-même, que l’idéologue veut transformer en éradiquant le sens de la propriété ou le sens national.

Qui dit haine de soi, dit haine des autres.  Comment aimer autrui comme soi-même si on se hait et si on hait le monde ? C’est pourquoi les idéologues ont si souvent le cœur rempli de haine, ils voient partout des « vipères lubriques ». Ils en voient d’autant plus qu’ils en portent en eux-mêmes.   Observons un procès pour « incitation à la haine raciale » et regardons le ton des parties en présence : qui, généralement sue le plus la haine sinon les antiracistes ?  Ce n’est pas sans raison que le regretté Philippe Murray a décrit, dans son style inimitable, les « parties civiles » (les parties civiles de profession, organisées en associations, pas les victimes de crimes ou d’accidents) comme des chacals agressifs désireux de dépecer un cadavre. En face, les prétendus supposés racistes sont souvent des gens gentils, amoureux de la vérité, de bonne compagnie. Etonnant renversement des valeurs !

La haine précède-t-elle ou suit elle la posture idéologique ? Les deux sans doute. Il est vrai que pour devenir un idéologue, il ne suffit pas d’être inculte, il faut aussi avoir un tempérament aigri ou frustré. Mais on a vu bien des honnêtes gens entrés en religion idéologique sous l’effet de la générosité et s’y dévoyer. On a vu des amis de l’humanité entrer au parti communiste par amour des « damnés de la terre » et finir par approuver  les pires crimes du stalinisme. Céline commença sa carrière comme médecin des pauvres, philanthrope donc. Par quels cheminements en est-il arrivé aux pires invectives antisémites, voir aux appels au meurtre ? C’est sans doute là le mystère de l’idéologie.

 

Idéologie et intérêts

 

Bien entendu les idéologies sont sous-tendues par des intérêts. Il est probable que l’intérêt et l’idéologie sont aussi inséparables que l’onde et la particule dans la mécanique quantique.  Là où il y a l’un, il y a l’autre.  Le communisme était sous-tendu par les intérêts de la nouvelle classe bureaucratique dont parlait Milovan Djilas. Le mondialisme sert de manière tellement évidente les intérêts les plus étroits de l’oligarchie financière internationale, en élargissant partout l’échelle des revenus et de la richesse, qu’on comprendra qu'elle soit soutenue avec force par les grands médias qui appartiennent presque tous à cette oligarchie. Mais ce serait une grave erreur de réduire les attitudes idéologiques à des logiques d’intérêt. L’idéologie prolonge et sert les intérêts, mais elle a sa rigidité, sa logique propre. Il n’est pas vraiment besoin d’une eschatologie intolérante pour défendre des intérêts. Or, une fois déchaînée, la logique idéologique dépasse largement les intérêts qu’elle prétend servir. Le communisme ne servait que jusqu'à un certain point ceux de la nouvelle bourgeoisie russe ; il était en même temps une terrible contrainte pour elle et un frein au développement de l’économie russe. Cette bourgeoisie a fini par s’en apercevoir mais   avec   plusieurs dizaines d’années de retard qui furent du temps perdu. Le nazisme fut une catastrophe autant pour la grande industrie allemande, qui, paraît-il, l’avait favorisé, que pour le peuple allemand.  Le mondialisme est, au dire de la plupart des experts, la cause de la crise mondiale qui sévit depuis 2008.

Non seulement les idéologies n’ont pas disparu avec la chute des régimes totalitaires, mais elles sont revenues sous d’autres formes. Comme dans un feu d’artifice, après une explosion initiale, on assiste à la retombée d’une gerbe d’étincelles, après l’explosion fantastique du régime totalitaire, l’idéologie revient sous une forme édulcorée et dispersée comme retombent de toutes parts des brandons. Même s’il n’y a plus ni terreur, ni système global, le mode de pensée idéologique pénètre partout. Un de ses effets est de réformer à partir de schémas simples, dans le seul but de mise aux normes, des matières qui n’avaient pas besoin de l’être et où donc, au lieu de résoudre des problèmes, elle en crée. Les exemples foisonnent. Il faudrait tout un ouvrage   pour les passer en revue. Deux ou trois cas :  lors d’un hiver récent , la neige a posé un problème grave, alors qu’elle n’en avait presque jamais été un   dans notre pays ; que l’application mécanique de la décentralisation ait conduit à démanteler les directions départementales de l’équipement, services d’Etat qui fonctionnaient parfaitement, n’est pas sans responsabilité dans    cette désorganisation. Des voyageurs ont été bloqués pendant plus de 12 heures à Belfort : le démantèlement de la SNCF, prescrit par Bruxelles au nom de la libre concurrence, n’y est pas étranger. De la même manière, on veut fusionner la police et la gendarmerie au nom de la théorie, ô combien simpliste, que la concentration accroît l’efficacité. Un officier de gendarmerie qui avait exprimé son désaccord dans un article s’est vu infliger immédiatement la sanction la plus lourde qui soit : la révocation. Ce n’est certes pas le goulag, mais la violence de cette réaction est dans la ligne de ce que nous disions des idéologues qui, sachant confusément qu’ils ont tort, sont à cran.

Il y aurait beaucoup à dire encore sur les racines idéologiques de l’intolérance contemporaine. Il y aurait encore plus à dire sur les moyens de lui résister. A ce stade, nous nous sommes contentés d’appeler l’attention sur un de ses ressorts les plus fondamentaux. Cette approche ne saurait nous conduire à baisser les bras, au contraire. La seule issue est la résistance. Mais pour résister, la première chose à faire est de bien connaître l’adversaire, de bien comprendre la manière dont il fonctionne. Les victimes des procès de Moscou, en 1937, furent complètement décontenancées par une mécanique dont elles ne comprenaient pas les ressorts. Si Zinoviev avait lu Hannah Arendt, peut-être eut-il été mieux à même, sinon de sauver sa peau, du moins de résister à la machine infernale qui l’avait pris entre ses griffes ; mais le travail de compréhension et d’analyse du phénomène totalitaire commençait alors à peine. Nous sommes aujourd’hui déroutés par la nouvelle intolérance – qui, répétons-le , n’est pas une nouvelle forme de totalitarisme, mais un phénomène sui generis, à analyser en tant que tel.  Quand ses ressorts cachés seront entièrement démontés et mis sur la place publique, alors serons nous mieux à même de gagner le combat glorieux que tant d’entre nous ont engagé pour la liberté.     

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:07

Quand j’ai appris que le président Macron allait nommer un ambassadeur dédié aux droits lgbt + , j’ai d’abord cru à une plaisanterie. Mais non , c’est vrai . Le premier ministre l’a annoncé le 4 août. Les idéologues ne s’arrêtent jamais,  car  c’est d’idéologie qu’il s’agit , pas d’un quelconque sentiment humanitaire.

Discriminations envers les homosexuels :   qui peut y croire aujourd’hui ? Certains disent, à tort ou à raison,  que c’est le contraire, que dans de nombreux milieux, comme les médias audiovisuels, c’est d’ une discrimination positive qu’ils bénéficient. Mais chut. Cela vaudrait à ces gens des poursuites. Comme le dit une fois un observateur lucide que je connais  : « quand une minorité peut revendiquer bruyamment ses droits, c’est qu’elle est déjà privilégiée ».

Que signifie d’ailleurs « ambassadeur » au moment où le corps diplomatique est abrogé ? Un indice de rémunération  ?

Il n’est pas sûr que Macron trouve quelqu’un qui accepte cette curieuse ambassade. Nous imaginons que la feuille de paye de cet homme sera immédiatement scrutée et rendue publique. Qui courra le risque ?

On nous apprend que dans la foulée, dix centres anti-discrimination seront créés pour un budget total de 30 millions d’euros.  De belles sinécures en perspective . Pour qui donc ?

L’autre étrangeté de cette institution est qu’ elle ne concernera pas d’abord la France, mais toute l’Europe, voire le reste du monde : « cet ambassadeur coordonnera l’action des   ministères des affaires étrangères et de l’Europe pour la protection contre les discriminations et la promotion des droits LGBT et portera la voix de la France,  notamment pour défendre « la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de la transidentité ». 

La France, en avance sur certains « droits »,  est, selon Macron,  investie de la mission de les promouvoir chez ses voisins, en houspillant si nécessaire la commission européenne , voire les autres pays . Singulière dégénérescence de l’idée que la France doit être la lumière du monde en matière de libertés. L’arrogance de cette posture, bien digne de l’intéressé, risque de nous rendre un peu plus insupportables à nos partenaires, spécialement ceux qui sont soupçonnés de ne pas s’abandonner aux mêmes délires que les autres : Pologne,  Hongrie.  Arrogance et ridicule.

On peut imaginer qu’une telle décision ait le but, éminemment politicien, de compenser le maintien au gouvernement de Caroline Carrieux qui vient de faire l’objet d’un odieux lynchage médiatique pour avoir il y a dix ans  participé à la « Manif pour tous ».  Lynchage qui l’a contrainte à une piteuse repentance digne de la révolution culturelle chinoise. Comme si une fois qu’une loi est votée  ( si tant est que la loi Taubira ait été jamais vraiment votée par le Sénat ! ) , il devenait criminel de s’y être opposé ou même de soutenir encore que cette loi, entrée en application,   n’est pas bonne. Comme si un vote abrogeait ipso facto la liberté d’opinion sur tel ou tel sujet. On a là l’exemple de l’inacceptable restriction de libertés qu’entraîne le terrorisme woke sous toutes ses formes.

Pourquoi tant de haine ? 

Mais nous n’avons pas encore dit le plus grave.  A la suite de l’entrée des troupes russes en Ukraine, violation incontestable du droit international pourtant, les pays de l’OTAN, Etats-Unis et France en tête se sont étonnés que l’immense majorité des pays du monde ( en termes de population ) ne les suivent pas pour condamner ou sanctionner la Russie. Macron a même traité de lâches les pays africains !  Les plus lucides auront compris à quel point 80 % de la population de la planète ne nous aime pas. Au temps où on parlait encore de Tiers monde, les griefs à l’égard de l’Occident étaient d’abord économiques : l’exploitation capitaliste sans vergogne par les pays riches des ressources et de la main d’œuvre des pays pauvres. Aujourd’hui, cette problématique n’a plus guère cours. La principale raison pour laquelle nous sommes détestés, c’est une certaine dérive sociétale ,   « droits » des  LGBT en tête. Ces derniers ont obtenu en France que l’état-civil ne mentionne plus père et mère mais parent 1 et parent 2. Poutine s’est publiquement gaussé de cette manière de faire . Gageons que d’autres rient avec lui sur la planète. Refuser ces néfastes innovations qui donnent , faute de fondement scientifique,  un statut officiel à la très contestable théorie du genre, ce n’est pas là de l’homophobie.  La détestation atteint son comble quand les Etats-Unis, l’Union européenne et toute une série d’organisations internationales sous contrôle des Etats-Unis font pression sur les pays petits ou moyens d’Amérique latine, l’Afrique ou d’Asie, pour qu’ils reconnaissant les mêmes « avancées » sociétales. Ces pays ont le sentiment que les riches viennent piétiner leurs fondamentaux naturels et spirituels.  Même le pape François, généralement proche de la sphère mondialiste, qualifie ces politiques de « colonialisme culturel ».  Pauvre Macron qui passe son temps à dénigrer   le passé colonial de la   France et qui fait pire !  

Nous ne sommons pas seulement détestés, nous sommes   méprisés. Les pays que nous mentionnons, Russie et Chine en tête,  voient dans ces « avancées » le signe d’une décadence profonde et, longtemps humiliés par l’arrogance coloniale ou néocoloniale , ils attendent tranquillement que le monde occidental tombe de l’arbre comme un fruit mûr , voire corrompu,   qu’ils n’hésiteront pas alors à piétiner.

Macron, par ses initiatives incongrues et inutiles,  sera donc détesté , non seulement par nos voisins européens, mais par le reste du monde.  Il serait temps qu’il atterrisse.

 

Roland HUREAUX

 

13/8/2022

 

 

   

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:06

L’INVERSION DES POLES

ou les dangers de l’extrême-centre

Nous avons entendu à satiété depuis quelque temps, pendant la campagne présidentielle en particulier, dans les médias transformés en un média unique comme il en va en dictature, que les candidats comme Marine Le Pen et Eric Zemmour seraient des « fascistes », voire pire. Nous pensons au contraire qu’ils seraient les meilleurs garants de la paix. Les « bellicistes » sont aujourd’hui presque toujours des « centristes ».

Les deux candidats incriminés n’ont ni l’un ni l’autre jamais milité dans un parti fasciste marchant au pas dans les rues ou professé des idées fascistes. Pourquoi donc ce procès injuste ?

Outre les accusations mensongères qui fusent habituellement dans les débats politiques – mais pour le coup à sens unique, cette assimilation témoigne de l’immense sclérose intellectuelle qui touche la classe politique et les médias dominants.

Ces gens là en sont restés aux années trente, « la période la plus sombre de notre histoire ». Ils n’ont pas perçu la mutation gigantesque qu’a subi l’espace politique occidental depuis vingt ou trente ans : les camps s’y sont inversés.

Prophète, Churchill avait prédit le temps où « des régimes autoritaires s’installeraient au nom du libéralisme ». Nous y sommes.

Ne considérons que la politique étrangère.

Sous la IIIe République (années trente), la menace de guerre venait des extrêmes : extrême-gauche, extrême -droite, qui, tout en se détestant, n’étaient d’ailleurs pas sans parenté : Mussolini venait de l’aile gauche du parti socialiste, le socialisme-national d’Hitler à ses débuts se référait avec violence à la lutte des classes, ses théories raciales folles au scientisme du XIXe siècle, spécialement le darwinisme. Les gens du centre au contraire : libéraux, républicains modérés, démocrates-chrétiens et même, de plus en plus, socialistes, étaient réputés hommes de paix : raisonnables, modérés de bon ton.  Incontestablement la seconde guerre mondiale fut provoquée par des extrémistes.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous vivons depuis quelques années ce que les physiciens appellent une inversion de pôles : les guerres les plus meurtrières depuis la fin de la guerre froide   sont causées par des gens du centre, de l’extrême centre si on peut dire, et que   s’y sont toujours opposés ceux que l’on qualifie d’extrémistes.

Nous nous référons d’abord aux cinq guerres qui ont ensanglanté le Proche-Orient depuis 1990 et fait toutes ensemble plusieurs millions de morts (Afghanistan 2001, Irak, Syrie, Libye, Yémen). Nous laissons à part le cas de l’Ukraine qui vivait paisiblement jusqu’au coup d’Etat de la place Maidan (2014) que Giscard d’Estaing, autre centriste mais lucide, attribua à la CIA. La situation s’y est beaucoup aggravée depuis l’invasion russe.

Les guerres du Proche-Orient sont toutes de l’initiative des néo-conservateurs persuadés de la destinée impériale des Etats-Unis, proches du parti républicain au début, mais depuis les années quatre-vingt, passés au parti démocrate (Hillary Clinton en tête), plus précisément à son aile droite, ce que nous appelons le centre.

Et si on regarde qui, en Europe, a applaudi ou concouru à ces guerres, on trouve les partis modérés : les Républicains, le Modem, le parti socialiste, le fameux UMPS qui occupe le devant de la scène politique depuis trente ans. Blair, Sarkozy, Hollande, Macron furent les principales figures de ce centrisme belliciste.

Au contraire, se sont opposées à ces guerres, principalement la droite forte et la gauche forte : Marine Le Pen et Mélenchon mais aussi l’amiral de Gaulle (pour la première guerre du Golfe) et d’autres gaullistes de la vieille école.

Aux Etats-Unis, un homme aussi vilipendé (peut-être pour cela) que Donald Trump n’a commencé aucune de ces guerres et en a terminé deux : Irak et Syrie, notamment en liquidant Daech qui était une fabrication américaine au départ.

Au contraire, Obama, incarnant le centre-gauche, Prix Nobel de la paix a commencé quatre guerres : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen. C’est lui qui a autorisé la construction d’une trentaine de laboratoires d’étude des armes bactériologiques à la frontière russe de l’Ukraine, tournés vers la Russie, une des causes de la guerre actuelle. 

On ne comprend rien à la scène mondiale si on n’a pas intégré cette mutation fondamentale qui donne la clef de   ce qui arrive aujourd’hui.

Dans le contexte hautement électrique où nous plonge la guerre en cours, les Français qui veulent la paix ne doivent pas se tromper : ils ne doivent pas prendre la brebis pour le loup, au nom de schémas dépassés,  ni le loup pour une brebis.

Roland HUREAUX

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:02

 

Eugénie BASTIE , La guerre des idées, Robert Laffont, 2021

 

Eugénie Bastié a fait dans ce livre un gros travail que reflète sa bibliographie : dresser un inventaire de la vie intellectuelle française depuis environ trente ans , en évitant de l’orienter vers une thèse univoque.

Elle ne tombe pas dans un travers de beaucoup de gens de droite : considérer que c’est gagné . On craignant le pire avec un chapitre intitulé « Les réacs ont-ils gagné la bataille des idées ? » . Mais non,  Eugénie Bastié reste lucide. Il est vrai que des gens issus de la gauche dont la liste est longue reprennent des ides généralement classées à droite : Finkielkraut, Marcel Gauchet ( qui souligne à juste titre le caractère toxique des idées de Bourdieu), Régis Debray ( rallié au gaullisme certes, mais pourquoi évoquer à propos de de Gaulle  la terre et les morts qui n’ont rien à voir , sauf à relayer les pires stéréotypes antinationaux de la gauche ? ) , Jacques Sapir ,  Jean-Pierre Le Goff, Jacques Julliard etc. Mais si ces intellectuels défendent des idées de droite,  ils  mettent un point d’honneur à se dire encore de gauche .  Et des journaux comme Le Figaro préfèreront toujours, sauf exceptions, donner la parole à ces demi-repentis . Un homme de droite jamais passé par la gauche est supposé moins intelligent. Certes « il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent… » mais la presse dite « conservatrice » doit-elle être une maison de retraite pour utopistes déçus ? Ce n’est en tous les cas pas là pas la meilleure manière d’encourager une pensée conservatrice indépendante . S’ils prenaient sérieusement en compte tous les échecs et de la gauche depuis un siècle , ces repentis ne s’en réclameraient plus, ils auraient honte !  

La montée des idées de gauche , comme jadis la Révolution française,  aurait permis , suggère l’auteur, à la droite   de mieux se définir . On en cherche les résultats. Entre le retour poussif à Maurras ou Bonald , une loi naturelle mal comprise,  le durcissement réactionnaire un peu aveugle,  on  cherche en vain de quels progrès on parle.  Depuis deux siècles , la droite n’a cessé de se  définit dans les cadres intellectuels posés par la gauche. Chateaubriand le lui reprochait déjà.   

Des gens de gauche ont soutenu le plan Juppé en 1995 : mais n’est-il pas à l’origine de la bureaucratisation de la santé et de la crise hospitalière actuelle? Tant qu’à faire nous préférons les « intellos populistes »   qui ont soutenu, eux,  les gilets jaunes :  Onfray, Michea, Guilluy, sous le haut patronage d’Emmanuel Todd. 

 

  

Mais qui parle de gauche et de droite ? Se laisser enfermer dans cette opposition n’est-ce pas être   déjà sous l’hégémonie de la gauche qui l’a inventée   en 1789 ?   

Il y a aujourd’hui d’autres césures plus pertinentes et   qui se recouvrent: par exemple les mondialistes et les antimondialistes    , les idéologues et les non-idéologues, c’est-à-dire les gens normaux ,  en incluant dans les idéologues presque toute la gauche d’aujourd’hui , les ultralibéraux mais aussi, s’il en reste, les socialistes nationaux ( en allemand : Nazional sozialismus).

Pourquoi cette hégémonie persistante d’une   gauche qui n’a plus   aucun projet , aucun message , sauf le démontage libertaire de ce qui reste de culture et de mœurs ? N’est-ce pas d’abord qu’étant idéologue , elle est plus intolérante, plus  sectaire, et donc plus intimidante, plus terrorisante que ce qui reste de la droite ? Le troupeau en a plus peur . On en voit tous les jours les effets.

A quoi j’ajouterais un point fondamental  qu’ E. Bastié n’évoque pas : cette gauche libertaire et sectaire est passée du côté du manche. La gauche, c’était au XIXe siècle déjà l’idéologie mais hors des lieux de pouvoir occupés , eux, par une bourgeoisie pragmatique.  Aujourd’hui l’idéologie de la gauche libertaire   est devenue celle du grand capital international  ( Gafam, Gates etc.) Elle tient 99 % des médias.   Hors des questions d’argent,  elle épouse toutes les positions de l’extrême gauche woke . Exemple : Macron que des attardés croient au centre ou même  Biden.  La force intrinsèque de l’idéologie conjuguée à la domination sociale :  tout cela fait une immense chape de plomb, celle que nous connaissons.

N'oublions pas non plus, dans l’ordre subliminal , le relent moral , hérité d’un christianisme dégénéré , dont bénéficie encore, on se demande pourquoi,  la gauche, malgré les régimes totalitaires, les effets de la mondialisation , une idée de gauche : « si tous les gars du monde… », les dégâts de toutes sortes ( à l’Education nationale, par exemple). Corruptio optimi pessima : ce que Chesterton appelait le christianisme devenu fou continue à faire des ravages, y compris dans l’Eglise.

Eugénie Bastié note que tous les think tanks économiques sont entre les mains de libéraux et d’ultralibéraux. Le premier blanc-bec venu qui veut se faire un nom publiera à 25 an un pamphlet ultra libéral . Mais le pathétique   est que tout cela ne sert à rien :  ces gens n’ont pas empêché que la hausse des dépenses publiques , spécialement sociales continue depuis trente ans. Il est vrai que certains ont pris Macron pour un libéral, les pauvres.

Le deuxième caractère de l’époque contemporaine   n’échappe pas non plus à Eugénie Bastié : l’ intolérance sans précédent qui règne entre les deux camps ou plus exactement de la gauche pour la droite . Elle s’exprimait déjà dans le dérisoire  Rappel à l’ordre de Daniel Lindenberg (2002), coup éditorial de Pierre Rosanvallon, tenu à tort pour un  modéré, désignant au lynchage tous les penseurs qui pouvaient inspirer la droite . Les principaux évènements qui  témoignent de la montée de l’intolérance sont rappelés  par  Eugénie Bastié : les femens chères à  Caroline Fourest,   le chahutage de Marcel Gauchet aux  rendez-vous de l’histoire à Blois  (2014) , l’expulsion d’Alain Finkielkraut des Nuits debout, l’interdiction par des groupes violents, pas si marginaux que ne le dit l ’auteur,  d’une  conférence de Sylviane Agacinski ( qu’aurai-ce été  s’il s’était agi d’une philosophe de droite ? ) et ça continue : l’appel à la mise au rancart de  tous  ceux qui ont  soutenu     la Manif pour tous,   de tous ceux  qui ne condamnent pas absolument Poutine , les incessantes procédures judiciaires contre tous ceux  que l’on soupçonne de « propos haineux » parce qu’ils ont des idées différentes etc.  Jadis Jaurès et Barrès , Drieu et Malraux pouvaient déjeuner ensemble. Aujourd’hui la gauche dominante, très minoritaire dans l’opinion mais qui donne le ton dans la classe dirigeante par la crainte qu’elle inspire, exècre tellement tout ce qui n’est pas elle que ce genre de fraternisation   n’est plus possible.

Ceux qui l’incarnent, Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et tutti quanti sont-ils vraiment lus en dehors de leur secte,  comme un authentique écrivain de droite mais qui constitue une exception,  Houellebecq, est lu par tous ?   L’extrême gauche prospère dans ce que Dominique Reynié appelle la « basse intelligentsia » ,  milieu de plus en plus fermé.  Tout se passe comme si deux groupes culturels qui s’ignorent plus que jamais   fonctionnaient chacun dans son pré carré . Jusqu’à mettre le village intellectuel, en attendant le pays,   au bord de la guerre civile comme le sont déjà les Etats-Unis ? Des amis Anglais nous disent qu’il reste plus de liberté d’expression   en France que chez eux . Bonne nouvelle mais on ne s’en rend pas compte tous les jours .

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 08:52

Eugénie BASTIE , La guerre des idées, Robert Laffont, 2021

Eugénie Bastié a fait dans ce livre un gros travail que reflète sa bibliographie : dresser un inventaire de la vie intellectuelle française depuis environ trente ans , en évitant de l’orienter vers une thèse univoque.

Elle ne tombe pas dans un travers de beaucoup de gens de droite : considérer que c’est gagné . On craignant le pire avec un chapitre intitulé « Les réacs ont-ils gagné la bataille des idées ? » . Mais non,  Eugénie Bastié reste lucide. Il est vrai que des gens issus de la gauche dont la liste est longue reprennent des ides généralement classées à droite : Finkielkraut, Marcel Gauchet ( qui souligne à juste titre le caractère toxique des idées de Bourdieu), Régis Debray ( rallié au gaullisme certes, mais pourquoi évoquer à propos de de Gaulle  la terre et les morts qui n’ont rien à voir , sauf à relayer les pires stéréotypes antinationaux de la gauche ? ) , Jacques Sapir ,  Jean-Pierre Le Goff, Jacques Julliard etc. Mais si ces intellectuels défendent des idées de droite,  ils  mettent un point d’honneur à se dire encore de gauche .  Et des journaux comme Le Figaro préfèreront toujours, sauf exceptions, donner la parole à ces demi-repentis . Un homme de droite jamais passé par la gauche est supposé moins intelligent. Certes « il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent… » mais la presse dite « conservatrice » doit-elle être une maison de retraite pour utopistes déçus ? Ce n’est en tous les cas pas là pas la meilleure manière d’encourager une pensée conservatrice indépendante . S’ils prenaient sérieusement en compte tous les échecs et de la gauche depuis un siècle , ces repentis ne s’en réclameraient plus, ils auraient honte !  

La montée des idées de gauche , comme jadis la Révolution française,  aurait permis , suggère l’auteur, à la droite   de mieux se définir . On en cherche les résultats. Entre le retour poussif à Maurras ou Bonald , une loi naturelle mal comprise,  le durcissement réactionnaire un peu aveugle,  on  cherche en vain de quels progrès on parle.  Depuis deux siècles , la droite n’a cessé de se  définit dans les cadres intellectuels posés par la gauche. Chateaubriand le lui reprochait déjà.   

Des gens de gauche ont soutenu le plan Juppé en 1995 : mais n’est-il pas à l’origine de la bureaucratisation de la santé et de la crise hospitalière actuelle? Tant qu’à faire nous préférons les « intellos populistes »   qui ont soutenu, eux,  les gilets jaunes :  Onfray, Michea, Guilluy, sous le haut patronage d’Emmanuel Todd. 

 

  

Mais qui parle de gauche et de droite ? Se laisser enfermer dans cette opposition n’est-ce pas être   déjà sous l’hégémonie de la gauche qui l’a inventée   en 1789 ?   

Il y a aujourd’hui d’autres césures plus pertinentes et   qui se recouvrent: par exemple les mondialistes et les antimondialistes    , les idéologues et les non-idéologues, c’est-à-dire les gens normaux ,  en incluant dans les idéologues presque toute la gauche d’aujourd’hui , les ultralibéraux mais aussi, s’il en reste, les socialistes nationaux ( en allemand : Nazional sozialismus).

Pourquoi cette hégémonie persistante d’une   gauche qui n’a plus   aucun projet , aucun message , sauf le démontage libertaire de ce qui reste de culture et de mœurs ? N’est-ce pas d’abord qu’étant idéologue , elle est plus intolérante, plus  sectaire, et donc plus intimidante, plus terrorisante que ce qui reste de la droite ? Le troupeau en a plus peur . On en voit tous les jours les effets.

A quoi j’ajouterais un point fondamental  qu’ E. Bastié n’évoque pas : cette gauche libertaire et sectaire est passée du côté du manche. La gauche, c’était au XIXe siècle déjà l’idéologie mais hors des lieux de pouvoir occupés , eux, par une bourgeoisie pragmatique.  Aujourd’hui l’idéologie de la gauche libertaire   est devenue celle du grand capital international  ( Gafam, Gates etc.) Elle tient 99 % des médias.   Hors des questions d’argent,  elle épouse toutes les positions de l’extrême gauche woke . Exemple : Macron que des attardés croient au centre ou même  Biden.  La force intrinsèque de l’idéologie conjuguée à la domination sociale :  tout cela fait une immense chape de plomb, celle que nous connaissons.

N'oublions pas non plus, dans l’ordre subliminal , le relent moral , hérité d’un christianisme dégénéré , dont bénéficie encore, on se demande pourquoi,  la gauche, malgré les régimes totalitaires, les effets de la mondialisation , une idée de gauche : « si tous les gars du monde… », les dégâts de toutes sortes ( à l’Education nationale, par exemple). Corruptio optimi pessima : ce que Chesterton appelait le christianisme devenu fou continue à faire des ravages, y compris dans l’Eglise.

Eugénie Bastié note que tous les think tanks économiques sont entre les mains de libéraux et d’ultralibéraux. Le premier blanc-bec venu qui veut se faire un nom publiera à 25 an un pamphlet ultra libéral . Mais le pathétique   est que tout cela ne sert à rien :  ces gens n’ont pas empêché que la hausse des dépenses publiques , spécialement sociales continue depuis trente ans. Il est vrai que certains ont pris Macron pour un libéral, les pauvres.

Le deuxième caractère de l’époque contemporaine   n’échappe pas non plus à Eugénie Bastié : l’ intolérance sans précédent qui règne entre les deux camps ou plus exactement de la gauche pour la droite . Les principaux évènements qui en témoignent sont rappelés : les femens chères à  Caroline Fourest,   le chahutage de Marcel Gauchet aux  rendez-vous de l’histoire à Blois  (2014) , l’expulsion d’Alain Finkielkraut des Nuits debout, l’interdiction par des groupes violents, pas si marginaux que ne le dit l ’auteur,  d’une  conférence de Sylviane Agacinski ( qu’aurai-ce été  s’il s’était agi d’une philosophe de droite ? ) et ça continue : l’appel à la mise au rancart de  tous  ceux qui ont  soutenu     la Manif pour tous,   de tous ceux  qui ne condamnent pas absolument Poutine , les incessantes procédures judiciaires contre tous ceux  que l’on soupçonne de mal penser etc.  Jadis Jaurès et Barrès , Drieu et Malraux pouvaient déjeuner ensemble. Aujourd’hui la gauche dominante, très minoritaire dans l’opinion mais qui donne le ton dans la classe dirigeante par la crainte qu’elle inspire, exècre tellement tout ce qui n’est pas elle que ce genre de fraternisation   n’est plus possible.

Ceux qui l’incarnent, Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et tutti quanti sont-ils vraiment lus en dehors de leur secte,  comme un authentique écrivain de droite mais qui constitue une exception,  Houellebecq, est lu par tous ?   L’extrême gauche prospère dans ce que Dominique Reynié appelle la « basse intelligentsia » ,  milieu de plus en plus fermé.  Tout se passe comme si deux groupes culturels qui s’ignorent plus que jamais   fonctionnaient chacun dans son pré carré . Jusqu’à mettre le village intellectuel, en attendant le pays,   au bord de la guerre civile comme le sont déjà les Etats-Unis ? Des amis Anglais nous disent qu’il reste plus de liberté d’expression   en France que chez eux . Bonne nouvelle mais on ne s’en rend pas compte tous les jours .

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 08:49

Quel singulier paradoxe de voir que, dans la guerre d’Ukraine, le fer de lance du « libéralisme » occidental lequel prétend repousser l’autoritarisme russe, est composé de miliciens qualifiés de néo-nazis.

On a mis en doute leur existence : ceux qui ont voulu les voir de près ont pourtant  vu des militaires ou paramilitaires, troupes de choc bien entrainées, dont les insignes ou les tatouages faisaient une référence claire aux symboles hitlériens.

Des néo-nazis dans le « camp de la liberté »

Autant qu’on le sache, ces milices étaient au départ composées de gens originaires de l’Ouest du pays où était resté le souvenir que les horreurs du stalinisme avaient été, pour eux,  pires que celles du socialisme national et même celui des tentatives de collaboration avec le régime hitlérien entre 1940 et 1944, découragées par le racisme allemand . Ils cultivent les symboles nazis comme le svastika. Mais ces forces ont évolué. Elles ont bénéficié d’une formation particulière de l’armée américaine et d’autres, ont reçu à partir de 1994 des avalanches d’armes. Le président ukrainien Zelenski les a intégrées à l’armée où elles jouent un rôle de troupes d’élite, comme les bataillons Azov, Aïdar, Secteur Droit [1] .  Des volontaires issus de tous les pays veulent les rejoindre.  Mises ainsi en valeur au sein de l’armée et de l’Etat, ces forces pourraient, si l’Ukraine l’avait emporté,  faire rayonner un modèle de soldat et une idéologie que l’on croyait révolus.

Le fondateur du régiment Azov, Andreï Bielinski , s’est fait élire au Parlement.

Apparemment, aucun des pays qui envoient des armes à l’Ukraine – et donc aux milices néo-nazies - n’a émis des réserves à l’idée de soutenir ce genre d’unités. Ls Américains semblent même les avoir favorisées. Les extrêmes se rejoignent.

Les extrêmes se rejoignent aussi à Davos. Klaus Schwab, le pape du mondialisme, dont les instructions sur l’économie mondiale sont indiscutées,  en tous les cas en Europe, est le fils d’un chef d’une entreprise métallurgique suisse, venu travailler en Allemagne à l’avènement d’Hitler. Il aurait utilisé de la main d’œuvre concentrationnaire.  Il est reparti en 1945. Le jeune Klaus a mis la même entreprise au service du régime d’apartheid en Afrique du Sud : il semble qu’il l’ait aidé à construire sa propre bombe atomique. Il a bien sûr quitté ce pays à la fin du régime d’apartheid.

Davos d’un eugénisme à l’autre

Le mondialisme auquel se réfère Schwab prétend s’inscrire dans la tradition libérale. Son livre The Great reset, tout en promettant la continuation des contraintes nées du covid, la baisse de la consommation, en particulier d’énergie, promeut le libre-échange universel et préconise même pour les gens du bas de l’échelle une sorte de socialisme qui réduirait par exemple la propriété foncière au strict minimum (sauf pour les très riches). Parmi les magnats qui soutiennent l’entreprise de Davos ( Gates, Soros et d’autres) , presque tous sont malthusiens : ils pensent que la population mondiale est trop nombreuse et qu’il faut la réduite – pas forcément par un génocide ouvert mais par différents biais, comme les vaccins si ardemment préconisés par Bill Gates. Que la vitesse de croissance de la population mondiale soit en baisse continue semble ignoré par eux. Gates a vendu en Afrique des vaccins destinés à prévenir certaines maladies infectieuses mais qui contenaient des stérilisants pour les femmes sans qu’elles en aient été averties.  Certains opposants au vaccin contre le Covid prétendent qu’il en est de même de ces derniers,  les effets ne devant se manifester que progressivement. En tous les cas, qui dit réduction de la population, dit sélection : quel genre d’hommes va-t-on conserver sur la planète, en priorité ?  Les malthusiens presque tous rattachés au parti démocrate et donc à la gauche américaine, engagés dans l’antiracisme, se gardent de préciser.

Hitler était nataliste pour ce qui était des Allemands mais lui aussi voulait réduire la population des autres groupes ethniques : pas seulement les Juifs mais aussi les Slaves et pratiquement tous les non-aryens. 

Le Führer ambitionnait de créer une surhumanité fondée sur la race aryenne (allemande), race d’élite,  selon lui appelée à dominer le monde. Les moyens de la créer étaient d’abord la sélection naturelle au sein de centres ouverts à des géniteurs et des femmes de pure race allemande , mais aussi la guerre qui par le moyen de la « lutte pour la vie » fait émerger les plus forts.  Il commença ses massacres par celui des handicapés mentaux.

Généralement associé à l’eugénisme est le transhumanisme, l’idée que les manipulations génétiques aux premiers commencements de la vie pourraient améliorer l’espèce humaine au point que l’on puisse créer une nouvelle classe d’hommes « augmentés » ou surhommes qui aura vocation à dominer les autres. Les autres pourraient, avec le progrès des techniques, devenir inutiles. C’est cette angoisse de devenir inutiles qui aurait motivé les Gilets jaunes, selon le Dr Philippe Alexandre, proche de Macron, élitiste et transhumaniste affiché[2].

On peut se demander ce qui sépare   ce genre d’élucubrations des théories de la gauche libertaire. Les lois dites de « bioéthique » introduites récemment en France par le gouvernement français, qui ouvrent très largement le marché de la fécondation artificielle, ont pour but , au travers de la sélection des embryons, de permettre ce genre d’ eugénisme.

Autres signes de la faveur de l’inégalité : les différences de revenus ne cessent de croître au sein des pays développés, ce qui serait au gré de certains économistes, l’effet de l’ouverture internationale des échanges. C’est peut-être cette situation qui a permis à un Biden de passer de l’extrême-droite ségrégationniste à l’extrême gauche woke

Nous nous contenterons d’un autre exemple de la propension inégalitaire et eugéniste présente au cœur de l’ultralibéralisme contemporains. Nous disons ultralibéralisme pour nous adapter au langage commun : il faut cependant se souvenir que ce courant qui aujourd’hui gouverne le monde,  a introduit une censure généralisée au travers des Gafam ( les grandes entreprises du numérique) , il s’est servi du covid pour imposer un contrôle étendu des mouvements de population, entamer un fichage généralisé. Les prochaines étapes seront la monnaie numérique qui devrait permettre de suivre le moindre achat d’un individu, la vaccination obligatoire dès le premier âge et l’institution d’une identité numérique.  Le modèle chinois fascine certaines élites occidentales. 1984 n’est pas loin.

 

Le Rwanda : où l’Occident se fait le champion de l’inégalité

Après la Chine, l’Afrique. Il ne faut pas idéaliser l’Afrique précoloniale : il y avait les dominants et les dominés. Au Rwanda et au Burundi, une minorité de dominants, les Tutsi (10%), dominaient une majorité de dominés, les Hutus (90 %). Au Rwanda,  l’introduction du suffrage universel à l’indépendance (1959) , permit à la majorité hutue de prendre le pouvoir. Une partie des Tutsis s’exila. Certains de ces exilés tentèrent de reprendre le pouvoir à partir de 1990 avec l’appui de la finance anglo-saxonne. Ils y parvinrent en 1994. Ces turbulences entrainèrent d’immenses massacres : celui des dominants tutsi (environ 400 000 victimes en 1994), puis celui des dominés hutu, en fuite au Congo (4 millions de victimes à partir de 1997). La communauté internationale, sous l’impulsion des puissances anglo-saxonnes n’a pas voulu reconnaitre comme victimes de génocide que l’aristocratie tutsi, jamais le peuple hutu où le nombre de morts est pourtant dix fois supérieur. La philosophie élitiste propre aux libéraux anglosaxons les a amenés à penser que la vie des Hutus ne valait rien. Les Tutsis, en revanche, étaient dans l’air du temps.

Le chef de la révolte tutsi, Paul Kagame, parvenu au pouvoir en 1994, est la coqueluche dela sphère internationale, tenu pour un chef d’Etat modèle. Personne ne veut entendre parler des immenses massacres dont il est la cause, directe ou indirecte. Il est régulièrement invité comme observateur au G 20.

Que toute la sphère mondialiste ait soutenu la minorité tutsi est assez extravagant compte tenu des idéaux égalitaires qui sont, en principe, ceux du monde actuel, a fortiori si on considère les massacres épouvantables commis par les vainqueurs.  On peut y voir l’effet d’une conjoncture locale – à vrai dire assez exceptionnelle, ou de l ‘intérêt économique. Comment ne pas y voir aussi l’effet d’une secrète connivence entre les cercles qui dominent le monde avec une société africaine élitiste et inégalitaire ? Donc avec l’homme qui l’incarne, Kagame.  On trouverait sans doute d’autres exemples d’inégalités flagrantes, en Afrique ou ailleurs, admises par la communauté internationale au nom de la sélection naturelle.

Nous revenons au paradoxe de départ : cette gouvernance,  qui centralise de plus en plus, au moins en Europe et en Amérique, le pouvoir, qui contrôle l’opinion publique par la presse, se réclame des idéaux de liberté et d’égalité, promouvant un égalitarisme radical  (antiracisme, ultra-féminisme) exprimés notamment par le wokisme rageusement hostile à toute discrimination,  ne ne se maintient , on vient de la voir en France , qu’en identifiant ses adversaires au fascisme ou au socialisme national et donc à une idéologie de l’inégalité, de la sélection naturelle. Pourtant, au motif de   transgresser  toutes les normes issues de vingt siècles de judéo-christianisme et qui préconisent le respect de l’homme, elle se retrouve sur des positions contraires à ces traditions humanistes.   L’ opposition de ces deux camps avait encore un sens il y a trente ou quarante ans, au temps où on pouvait parler sérieusement du « monde libre », du camp de la liberté. Aujourd’hui, ce monde libre semble, par une étonnante mutation, en train de changer son système de valeurs et d’adopter celui , inégalitaire et transhumain ( c’est-à-dire antihumain),  qui  avait été si longtemps celui de ses adversaires.  

 

                                                                       Roland HUREAUX

Juillet 2022

 

[1] Et aussi Dnipro, Safari, Svoboda, Pravy Sektor, C14 ,  Corps national. 

[2]  Cela montre qu’il n’a jamais vu de près des Gilets jaunes dont certains étaient très intelligents et informés.

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