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Roland HUREAUX

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:21

 

Augustin Cochin, La machine révolutionnaire, Œuvres , préface de Patrice Guenifey , textes réunis, présentés et annotés  par Denis Sureau,  Tallandier.

Paru dans la revue Commentaire n°164, hiver 2018-2019

 

Ce n’est évidemment pas l’histoire officielle  laquelle,   de Michelet  à  Soboul en  passant par Aulard et Mathiez , a célébré  la gloire de la Révolution française, qui pouvait  nous aiguiller vers les études d’Augustin Cochin sur le même sujet.  Pas davantage les historiens contre-révolutionnaires   qui , tel Gaxotte, en sont restés à une approche  littéraire  de l’histoire.

C’est François Furet qui l‘a tiré de l’oubli  où il était tombé. C’est  Taillandier qui s’est récemment risqué à publier ses œuvres  principales .

Une des grande originalités d’Augustin Cochin, mort prématurément  en 1916, c’est que tout  en ayant un point de vue clairement contre-révolutionnaire, il étudie la Révolution avec une culture « moderne » :  il est  chartiste certes  mais aussi philosophe et sociologue .  Il n ’hésite pas à faire   appel à Durkheim ou Lévy-Bruhl pour comprendre ce qui  s’est  passé. Bref un homme de droite  intelligent, apte à croiser les cultures,  ce qui n’est  pas si fréquent. Comme son père, il s’est tenu à l’écart de l’Action française, peut-être parce qu’il était  plus subtil  que Maurras. 

Fils d’un député de centre-droit de la IIIe République ,  vivant dans une honnête aisance , il était,   avec beaucoup de  conviction mais dans la discrétion,  catholique.  Il en est mort : de multiples blessures l’auraient fondé à rester chez lui comme le lui conseillait sa famille. Il demanda au chauffeur de  son père de le conduire une dernière fois au front  car il considérait qu’ il  était du devoir de la bourgeoisie  de partager jusqu’au bout   les épreuves du peuple. Il n’en revint pas. Il fut incontestablement    un chercheur , parcourant la Bourgogne avec son automobile – à une époque où il n’y avait évidemment pas de routes goudronnées -  allant de village en village à la recherche des  sources. Il était en même  temps un philosophe de l’histoire.  

Parmi ses idées les plus originales, le rôle de sociétés de pensée ( maçonniques ou pas) dans  l’avènement et le développent de la Révolution  française. Analyse  sociologique d’abord :  il montre comment ces sociétés  qui se multiplièrent à partir de 1770, préparèrent – pour ne pas dire manipulèrent -  les élections aux Etats-généraux, puis se trouvèrent être  par  épurations successives le moteur principal de l’accélération du processus révolutionnaire jusqu’à  thermidor. Pour Cochin, comme pour Burke, 1794 est déjà en puissance  dans 1789 et même 1788.

Analyse philosophique surtout .  Cochin récuse toute théorie du complot ; il démonte le fonctionnement  de   ces sociétés ,  fondées au départ sur une libre  discussion sans prétention à l’application pratique,  ce qui les  conduisit à l’abstraction théorique,  et qui se trouvèrent  amenées peu à peu à mettre  ces idées en œuvre  sans renoncer  pour autant à leur abstraction.  La résistance du réel , nécessairement complexe, aidant , les hommes de ces sociétés  , la principale étant le Club des Jacobins,  en  tous les cas ceux qui n’avaient  pas été jetés du train  en route,    furent   conduits à imposer leurs schémas abstraits  par la terreur.

Augustin Cochin n’ emploie pas le mot idéologie, mais c’est  très précisément le processus idéologique qu’il décrit avec une rare sagacité  quarante ans avant Hannah Arendt . En étudiant cet évènement  emblématique que fut la Révolution française, Cochin nous initie à un de phénomènes les plus pervers qui aient marqué la modernité, phénomène dont  nous ne sommes peut-être pas autant sortis que nous pensons.

 

Roland HUREAUX

 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:19

INQUIETANT MACRON

           05/10/2018

Il est permis de considérer que  les difficultés internes de la présidence Macron portent  sur de sujets d’une gravité relative. L’affaire Benalla pose la question d’un favori promu à des responsabilités disproportionnées par rapport à son âge et à  ses capacités, celle d’ anomalies de procédure dans l’enquête qui est menée sur lui  et  de  l’affleurement de  connexions  équivoques. A côté de cela, la CSG de personnes âgées, l’alourdissement des impôts sur les classes moyennes, le ralentissements économique, principales sources du mécontentement, tout comme  les excentricités du président  ( Fête de musique, visite à Saint Martin )  qui portent atteinte à l’image de sa fonction  n’ont rien de bouleversant .

N’oublions pas cependant que  l’affaire Benalla a   commencé  parce que l’intéressé  s’acharnait sur un homme à terre : étranges mœurs.

Mais le plus inquiétant dans le personnage touche aux affaires étrangères et n’est pas forcément connu du grand public ; c’est sur ce champ que l’on peut déceler  un curieux attrait pour ce qui touche  à la mort.

Le signe le plus flagrant est la nouvelle amitié de Macron avec  Kagame , le dictateur  du Rwanda . En termes d’ intérêt national, rien ne justifie que  le président français  soutienne la candidature de la ministre des affaires étrangères de ce pays au poste de secrétaire général de la francophonie.  Kagame a amplement montré à quel point il détestait la France.  Depuis 25 ans , il charge à jet continu , sans nul fondement, l’armée française des crimes qu’il a commis , lui. Il remplace le français comme langue d’enseignement  et officielle par l’anglais, il adhère au   Commonwealth.

Sa tyrannie est effrayante , ce qui n’empêche pas beaucoup de fonctionnaires internationaux, naïfs ou   voulant l’être,   d’admirer la gouvernance d’ un pays où les rues sont aussi propres qu’en  Corée du Nord.

Il est surtout   aujourd’hui de mieux  en mieux  établi  que le tyran Kagame n’est pas seulement, comme il l’a longtemps fait  croire,  l’ homme qui a sauvé  l’ethnie tutsi à laquelle il appartient d’un génocide  opéré  par les milices  de l’ancien président  hutu, Juvénal Habyarimana. Il  est d’abord  celui qui a déclenché les massacres du Rwanda en envahissant sans légitimité ce pays en 1990. Il est ensuite celui qui  a   fait  abattre l’avion qui   transportait le même  Habyarimana et le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira , deux hutus , le  6 avril 2014, attentat qui a marqué le point de départ des massacres les plus connus.  Il est surtout celui qui, une fois vainqueur, a engagé des représailles de masse contre les  Hutu    ( 93 % de la population  ) .  Massacres des Tutsi  proches de Kagame : entre 300 000 et 400 000 victimes ; massacres de Hutus et aussi de Congolais par les soldats de Kagame :  entre 4 et 8 millions .

Que le Rwanda sente la cadavre, qui le sait mieux que nos militaires de l’opération Turquoise , envoyée en interposition à l’été 1994 et  qui ont dû , dans des conditions effroyables,  évacuer et  enterrer  de milliers de cadavres ?

Kagame est pourtant  le nouvel ami de Macron :  il lui a déroulé le  tapis rouge  à l’Elysée, le 23 mai dernier l’Elyse, il l’a à nouveau  rencontré à l’ONU fin septembre,  tout cela pour préparer  l’élection de sa candidate  francophobe  à la tête de la francophonie.

Autre terrain miné : le frégate française Auvergne bombardait il y a quelques jours la Syrie du côté de Lattaquié ; il semble que cela se soit fait dans le cadre d’une opération conjointe avec des avions israéliens et  des forces britanniques. Dans quel but ? Pour soutenir les derniers djihadistes retranchés à Idlib que le gouvernement syrien d’apprête à réduire ?  Pour les faire gagner  ? C’est évidemment trop  tard . Seule explication : cet engagement   a pour but de  prolonger la guerre  et par là les souffrances  du peuple syrien.  Au risque de déclencher un conflit majeur avec la Russie : lors de l’opération évoquée,  un avion russe a été touché  - sans doute par une riposte syrienne mal ciblée mais qu’importe , pourquoi  jouer avec le feu   ?  Macron est cohérent avec cette ligne mortifère  quand il s’oppose au retour des réfugiés   syriens du Liban.

Inutile de dire que, pas davantage que dans l’ affaire rwandaise, il ne sert les intérêts de la France qui ferait mieux  de jouer l’apaisement et mettre ses entreprises   en ordre de bataille pour  reconstruire le pays.

Au vu de ces agissements  inquiétants , on se prend à dire : heureusement    que la France n‘est  plus qu’une  puissance moyenne qui ne peut  influer sur le destin du monde, heureusement qu’elle n’est dirigée que par  un personnage d’envergure moyenne qui , malgré ses goûts macabres, n’a pas les moyens de faire seul beaucoup de mal -  mais qui sait ?  Heureusement  en tous les cas que Trump et Poutine semblent, eux, rechercher    l’apaisement.

Macron n’en est  pas moins un homme inquiétant.  

 

Roland HUREAUX

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:17

 

Publié dans le Figaro du 24 juin 2018 sous le titre « La fiscalité locale, moins libérale que jamais »

 

Le gouvernement promet un « big bang » en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon.

Elu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par l’Ordonnance travail, Macron mérite-t-il cette réputation ?  

C’est douteux en matière  de   fiscalité locale. Un sujet loin d’ être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85  % des investissements civils del ’Etat (c’est à dire à peu près tous le investissements de proximité).

Or  le programme fiscal de l’actuel  nouveau président  va mettre la France  exactement dans l’état où se trouvait le Royaume-Uni à l’arrivée de Margaret  Thatcher.  

Rappelons où en étaient nos amis britanniques après vingt années dominées par la gauche : en majorité entre les mains des travaillistes, les collectivités  locales étaient devenues très dépensières et pour cause : la fiscalité,  essentiellement foncière,  était concentrée  sur 20-30 % de la population, celle  qui   votait conservateur. La majorité   profitait des services  locaux et de  programmes d’assistance  sans  y  contribuer. Autrement dit, les uns élisaient,  les autres payaient.

Le système n’était pas seulement  ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes    villes industrielles du Nord de l’Angleterre et de l’Ecosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres . Le ressort de l’initiative avait disparu.

Qui ne se souvient de l’aspect  lugubre qu’avaient  les villes britanniques des années soixante-dix, y compris Londres ?

Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales :  considérant qu’une collectivité locale était  une sorte de  club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous.  Elle poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la  poll tax (contribution uniforme  par tête ), rappelant la  capitation d’Ancien régime  . Le tollé qui s’en suivit causa sa perte. Mais le principe d’ un impôt local qui serait  payé par tous , avec des  modulations,  fut maintenu.  On sait  comment les réformes  thatchériennes, celle-là et d’autres,  ont revitalisé le Royaume-Uni en particulier les villes de l’Angleterre noire

Revenons à la France : nous avions depuis toujours un impôt que toute le monde  payait , c’était la  taxe d’habitation, une des « quatre vieilles », héritées de l’impôt sur  les portes et   fenêtres instauré en 1789 . Elle  était proportionnelle la surface occupée, mais aussi fonction de la  pression fiscale de la commune,   s’ajoutant  pour les propriétaires-occupants  à la  taxe foncière .  Certes les  réformes de Jospin en  avaient exonéré les plus démunis mais elle restait  payée par environ 80 % de la population.

Le projet du gouvernement est de supprimer la taxe d’habitation en deux ans , ce qui conduira  à faire porter  l’ensemble  du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires  sera d’autant plus écrasante que les dotations vont diminuer , que la taxe professionnelle , devenu CFE , n’est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme .  Ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l’IFI ( impôt sur la fortune immobilière ) au lieu de l’ISF , forcément plus lourd  pour compenser l’exonération des fortunes mobilières . Ne contribueront  plus en particulier les étrangers  qui sont rarement propriétaires , et d’une  façon générale ceux qui ne payaient déjà pas l’impôt sur le revenu.  Contribueront plus au contraire  les propriétaires fonciers,  les classes moyennes au sens large, presque exclusivement autochtones,  y compris les petits retraités ayant  épargné toute leur    vie pour acheter  un pavillon et qui , dans certaine communes, n’arrivent plus  à payer les taxes.  Un traitement particulièrement  défavorable sera appliqué aux résidences secondaires.   

Même causes, mêmes effets : le  dévoiement de la démocratie qu’avaient  connu  les villes anglaises avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron :  si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la  démagogie et à la dépense.

Il n’y que de mauvaises  raisons  à cette  réforme irresponsable.

La première, la moins grave, témoigne de l’emprise inégalée des logiques purement techniques.  La taxe d’habitation était la  plus lourde à recouvrer : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d’impayés.  Bercy qui compte sur des économies de fonctionnement l’a imposée  au détriment de toute considération  de  citoyenneté et d’équilibre social.

La seconde est plus grave : au motif de dégeler la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on,  ce sont les classes moyennes que l’on veut  laminer un peu plus, au bénéfice  d’un côté des  fortunes financières désormais  libérées  de l’ISF , de l’autre des  classes populaires  bénéficiaires de transferts .

Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme -  et ils ont raison -  ne savent pas qu’il y en a de plusieurs sortes : celui qu’avait incarné  Margaret Thatcher était un libéralisme national,  soucieux d’épargner les  classes moyennes britanniques et , pour cela,  de limiter   les dépenses publiques et les transferts. Celui qu’incarne Macron est à l’opposé :  très favorable au   grand capital international qui trouve son intérêt   dans la réforme du Code du travail   et la suppression de l’ISF, il ne craint   pas  d’écraser un peu plus les classes moyennes, sans doute  coupables au travers de la propriété foncière, même modeste, d’avoir un enracinement , et ne se préoccupe  donc sérieusement   de réduire ni  les  dépenses publiques , ni  les   transferts, pompe aspirante de  l’immigration.

Il y a libéralisme et libéralisme. Celui qu’on prête  à Emmanuel Macron est aux antipodes des attentes des Français  et les  expose à bien  déconvenues.

Roland HUREAUX

 

 

 

 

Le gouvernement promet un « big bang » en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon.

 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:14

MACRON EST-IL VRAIMENT INTELLIGENT ?

 

https://www.causeur.fr/macron-reformes-lepre-sondages-popularite-152849

29/07/2018

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.  Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.  Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français -  qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et  ne signifie pas non plus qu’il ait des idées.   

L’OPA magistrale[1] qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence.  En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir violé les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous   les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on  !  La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Macron  fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et dès lors les Français à se demander à quoi elle sert.     

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.  

Ses nombreux faux-pas diplomatiques,  tant  à l’égard des Etats-Unis que  de l’Italie ou des pays du groupe de Visegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que  le nouveau président soit  vraiment aussi intelligent qu’on le  dit et qu’il le croit.

 

 

Une vision de l’Europe déphasée

 

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela  n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté   sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris   pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos.   La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement   combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France -   surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés.  Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent    au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme , moderne mais il refuse l’histoire. 

 L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme intelligent ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov[2] !)  que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer  la singularité française ? Beaucoup  se le demandent. 

 

Macron sur les rails

 

Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie :  si le front ukrainien semble un peu calmé - grâce à Trump plus qu’à Macron  - ,  les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près   de l’être et lèsent toujours autant  les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à  célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe,  rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

De tous temps, les changements à la tête de l’Etat ont servi    à corriger la ligne politique d’un pays    quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer.  Or elle l’avait été rarement  aussi mal  qu’en  Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques,  le soutien constant aux milices djihadistes, les  mêmes qui se félicitaient bruyamment des  attentats en France (  quand elles  ne les avaient  pas organisés) , la  diabolisation  hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale, - du gouvernement syrien,  tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient,  nous  ont aliéné inutilement  un pays , ancien mandat français, qui avait été au cours des deux  dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours   en sont pour leurs frais.  Visiblement Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser toujours aussi   stupidement Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères [3],  sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour quoi y faire : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente  les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant.  Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change [4]. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

 

Des réformes sans imagination

 

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le  dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il   donne le vertige par la multiplication des projets de réforme.

Mais    quelles réformes ?  La vérité est que loin d’être originaux, les projets Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

 Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération   au mérite de fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les   effets pervers ?   Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la   promotion (ou prime) canapé, l’ambiance s’ en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les  deux piliers de l’Etat  que sont le ministère des finances et  la représentation locale de l’Etat ont  été gravement désorganisées.  Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances  travail, auxquelles certains trouvent cependant  quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une   mise aux normes européenne ?  Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient      au moment   où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles.   Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt ou la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles   rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. 

Il est vrai que, par exception,  l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs :  il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on   ne la voie pas ailleurs !

 

La communication d’abord

 

De cette réformite sans imagination, deux lectures.  Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire.  Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à   Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « Le société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière »[5] . Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Les réformes de type technocratique   ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons  à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère   qui est le responsable de ces maux ? La   technocratie française   élabore des   projets de réforme   qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la  complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper   les communes, fusionner   les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux   normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac). Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime.  On se contente d’y voir l’effet   de l’archaïsme, de la routine, d’un   conservatisme « bien français ». Nul   n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter.  Penser qu’il pourrait y avoir  de bonnes et de mauvaises   réformes comme il y a de bons et de  mauvais remèdes, est une question hors du champ  épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint »[6] , selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique.  Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à  la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain  (qu’il n’a pas) ou  d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations  que  la plupart du temps, le gouvernement  avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste. 

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent  quelqu’un qui ne   propose   rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire  la dite    technocratie.

Or la France d’aujourd’hui   rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes :  démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’éducation nationale   Il y a là de quoi être inquiet :   Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d ’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute   sur la    capacité de Macron à vraiment réformer la France . Les Français ne vont pas tarder  à comprendre, avant lui sans doute,  qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. 

 

Le bon élève de Sciences po

 

Il  y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite.   Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide    d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire.  La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale–libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers  de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé  qu’il  fréquentait  alors, la criminalisation de la France  coloniale, familière aux   universités américaines,  ce n’était pas une  provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal  parfaitement adapté à un certain   milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détone dès que l’environnement  change tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui  que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd  programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable.

Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complétement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ?    On peut craindre que non.  

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]Olivier  Piacentini , OPA sur l’Elysée, Editions de Paris, juin 2018

[2] Idéologue marxiste qui représentait dans les années soixante-dix  le conservatisme le plus étriqué au Bureau politique du parti communiste soviétique.

[3] Forces modestes au demeurant, de l’ordre de la centaine.

[4] Hors la nomination récente d’un ambassadeur spécial, qui n’implique pas la reprise des relations diplomatiques.

[5] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

[6] Commentaire, n°158, été 2017

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:13

FISCALITE LOCALE : MACRON, L’ANTI-THATCHER

 

Une politique fiscale régressive

 

Revue politique et parlementaire

24/5/2018

Elu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par l’assouplissement du Code du travail, Macron mérite-t-il cette réputation ?  Elu sur une image d’homme moderne, l’est-il vraiment ? 

On peut en douter en matière de   fiscalité locale. Un sujet loin d’être négligeable puisque les collectivités dépensent 11 % du PIB et assument 85 % des investissements civils del ’Etat (c’est à dire à peu près tous les investissements qui conditionnent la vie quotidienne des Français).

Si l’on considère que Margaret Thatcher constitue encore une référence en matière de libéralisme, il faut savoir que le programme fiscal d’Emmanuel Macron va mettre la France exactement dans l’état où se trouvait le Royaume-Uni à l’arrivée de la « Dame de fer ».  

 

 Une réforme libérale de fiscalité locale : l‘exemple de   de Mme Thatcher

 

Rappelons où en étaient les Britanniques après vingt années dominées par la gauche : en majorité entre les mains des travaillistes, surtout les grandes villes du Nord et de l’Est, et de l’Ecosse, les collectivités locales (essentiellement les bourgs ou comtés, les autres niveaux ne pesant guère alors) étaient devenues très dépensières et pour cause : la fiscalité, principalement foncière, était concentrée sur 20-30 % de la population, celle qui précisément votait conservateur. La majorité de la population jouissait des services et de programmes d’assistance locaux sans y contribuer. Autrement dit, les uns élisaient, les autres payaient.

Le système était ressenti comme injuste par une partie de la population ; il constituait aussi une incitation à la dépense. Pourquoi les municipalités travaillistes se seraient-elles   privées d’alourdir la fiscalité locale puisque cela ne gênait vraiment que ceux qui ne votaient pas pour elles ?  Appauvrissant les classes moyennes, elles avaient fait fuir les uns et découragé les autres. Le ressort de l’initiative avait disparu.  Qui ne se souvient de l’aspect sinistre qu’avaient les villes britanniques des années soixante-dix, y compris Londres ?

Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales :  considérant, selon sa vision du libéralisme, qu’une collectivité locale était une sorte de club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, et non un moyen d’opérer des transferts sociaux, elle introduisit un impôt local qui serait payé par tous.  Elle poussa certes le bouchon un peu loin, inventant ce qu’on a appelé la  poll tax (contribution uniforme  par tête ), rappelant la  capitation d’Ancien régime. Cela était évidemment exagéré et injuste,  notamment pour les familles nombreuses. Le tollé qui s’en suivit causa sa perte : elle dut céder sa place en 1992 à John Major. Mais le principe d’un impôt local qui serait payé par tous, avec de légitimes   modulations en fonction du revenu et de la situation familiale, fut maintenu.  Cette réforme, avec d’autres, a contribué à revitaliser le Royaume-Uni, en particulier les villes de l’Angleterre noire (anciennes régions industrielles).

 

La France fait le chemin inverse

 

Avec la réforme Macron, la France va faire le chemin inverse. Nous avions depuis toujours un impôt que toute le monde payait, quelle que soit sa situation de fortune, son revenu ou sa nationalité, c’était la taxe d’habitation, une des « quatre vieilles », héritées de l’impôt sur les portes et   fenêtres instauré en 1789. Au départ impôt d’Etat, elle était devenue au début du XXe siècle un impôt exclusivement local. Elle était proportionnelle à la surface occupée, mais aussi fonction de la pression fiscale de la commune, s’ajoutant pour les propriétaires-occupants à la taxe foncière.  Certes les réformes de Jospin en avaient exonéré les plus démunis mais elle restait payée par environ 80 % de la population.

Le projet du gouvernement est de supprimer la taxe d’habitation en trois ans. Qui va payer à la place des résidents ?  Pas les entreprises, et c’est heureux, puisque la taxe professionnelle, devenue la CFE, n’est plus modulable par les conseils municipaux. Il ne faut bien entendu rien attendre de l’Etat dont les dotations sont chaque année en diminution.  La réforme Macron conduira, de fait, à faire porter l’ensemble du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires sera d’autant plus écrasante que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme.  Ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront, au lieu de l’ISF, l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), forcément plus lourd    pour compenser l’exonération des fortunes mobilières. Ne contribueront plus en particulier les étrangers qui sont rarement propriétaires, et d’une façon générale ceux qui ne payaient déjà pas l’impôt sur le revenu.  Contribueront plus au contraire les propriétaires fonciers, les classes moyennes au sens large, presque exclusivement autochtones. Transfert de la population dans son ensemble vers les seuls propriétaires, des immigrés vers les Français indigènes, des travailleurs et retraités vers les non-travailleurs, rentiers ou assistés, voilà à quoi aboutira la réforme projetée.  N’imaginons pas que l’impôt foncier soit un impôt de riches : combien de petits retraités ayant épargné toute leur    vie pour acheter un pavillon doivent le mettre en vente au moment de la retraite car, dans certaines communes, ils n’arrivent plus à payer les taxes.  Quant aux immigrés, ils contribuaient, dès leur arrivée sur le sol français aux dépenses du pays, au travers de la taxe d’habitation. Ils ne le feront plus désormais. Une partie de la population, celle qui ne paye déjà pas l’impôt sur le revenu, ne contribuera désormais plus d‘aucune manière aux charges de la nation.  Elle ne sera   plus que bénéficiaire de prestations, certaines de ces prestations, comme les allocations familiales ou le logement social leur étant de plus en plus réservées, en application de la vieille ritournelle de l’Inspection des Finances selon laquelle il faut « cibler ceux qui en ont le plus besoin », qui a conduit Macron, d’abord comme ministre des finances, puis comme président, à exclure les ménages de revenu moyen ou supérieur de la politique familiale.

Toujours dans le même esprit « social », un traitement particulièrement défavorable sera, en matière d’impôt foncier, appliqué aux résidences secondaires.   

Comme la barque était déjà chargée, il y a des chances que nous ayons échappé à un autre projet évoqué par Macron dans sa campagne : augmenter le revenu imposable des propriétaires d’un loyer fictif sur le logement qu’ils occupent. Ce serait pour eux la double peine. Triple même pour les retraités touchés par l’alourdissement de la CSG.

 

Des risques économiques et sociaux

 

Même si elle ne touche que la taxe d’habitation, une telle réforme ne pourra qu’approfondir le fossé entre les « communautés ». Les « Français de souche » qui ont tendance à penser qu’ « il n’y en a que pour les étrangers » se verront confirmés dans leurs frustrations avec les conséquences électorales que l’on sait. 

Quant aux étrangers ou Français d’origine étrangère, en dehors des plus dynamiques, encore peu nombreux, qui accèdent à la propriété, ils ne connaitront désormais l’Etat français que comme bénéficiaires de prestations et plus du tout comme contribuables : est-ce bien le meilleur moyen de développer chez eux le sens de la citoyenneté ?  

On peut craindre en outre de la réforme Macron le dévoiement de la démocratie qu’avaient connu les villes anglaises avant Thatcher :  si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la démagogie et à la dépense.

L’impact économique de cette réforme est déjà sensible dans le ralentissement du marché de l’immobilier, reflet des inquiétudes des accédants à la propriété qui peuvent, de proche en proche, s’étendre au reste de l’économie.

 

Contre les classes moyennes

 

Quelles raisons ont pu inciter Macron, d’abord à promettre, puis à réaliser une telle réforme ? Il faut bien le dire : il n’y en que de mauvaises.

La première, la plus simple, est la démagogie pure et simple : en exonérant de tout impôt près de la moitié de la population, sans dire ce qu’on ferait à la place, on ne pouvait évidemment qu’espérer récolter des voix, celles qui ont permis au président actuel de faire la différence.

L’autre raison est le suivisme aveugle par rapport aux propositions du ministère des finances, qui est le commun dénominateur à presque toutes les réformes de l’actuel quinquennat. Il témoigne de l’emprise inégalée des logiques purement techniques.    La taxe d’habitation était la plus lourde à recouvrer : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d’impayés.  Bercy qui compte sur des économies de fonctionnement l’a imposée au détriment de toute considération de citoyenneté et d’équilibre social, lesquelles ne sont visiblement pas son problème.

Mais par derrière ces considérations techniques, se cache toute une philosophie :  au motif de dégeler la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on, ce sont les classes moyennes que l’on veut laminer un peu plus, au bénéfice d’un côté des fortunes financières désormais libérées de l’ISF, de l’autre de la partie des classes populaires qui bénéficie des transferts, et d’abord de celle qui ne travaille pas.

 

Il y a libéralisme et libéralisme

 

Beaucoup appellent avec raison la France à plus de libéralisme. Savent-ils qu’il y en a de plusieurs sortes ? Celui qu’avait incarné Margaret Thatcher était un libéralisme national, soucieux d’épargner les classes moyennes britanniques tenues pour la colonne vertébrale de l’Angleterre et, pour cela, de limiter   les dépenses publiques et les transferts. Celui qu’incarne Macron est à l’opposé :  très favorable au   grand capital international qui trouve son intérêt   dans   la suppression de l’ISF financier, il ne craint   pas d’écraser un peu plus les classes moyennes, sans doute coupables au travers de la propriété foncière, même modeste, d’avoir un enracinement et des repères, et ne se préoccupe donc sérieusement   de réduire ni les dépenses publiques, ni les   transferts, pompe aspirante de l’immigration.

Poursuivre la politique de transferts, ne rien faire pour réduire les dépenses publiques, équilibrer les budgets par un alourdissement des impôts qui pèse surtout sur les classes moyennes, actifs et retraités, comment ne pas voir la continuité entre la politique Macron et celle de Hollande - dont il a été le conseiller économique et le ministre des finances ? 

Il y a libéralisme et libéralisme. Celui qu’on prête à Emmanuel Macron se situe clairement aux antipodes des attentes d’une grande partie des Français.

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:06

JUSTICE ET SUCCES TERRESTRES DANS LES PRINCIPALES RELIGIONS

 

https://www.iveris.eu/pdfdn.php?id=349

           24/06/2018

Toutes les religions ayant une dimension morale ont à répondre à une question fondamentale :  les succès terrestres sont-ils le signe que leurs bénéficiaires sont meilleurs et qu’ils ont raison ?   Répondre positivement n’est pas absurde dans la mesure où toutes les morales, pour l’essentiel, ont un fondement anthropologique : elles visent à réguler la nature humaine dans le but de lui faire atteindre le meilleur. C’est ce qu’exprime   par exemple le livre des Proverbes : « Observe mes préceptes, et tu vivras » (Pr 7,2).

Qui doute que la sobriété soit plutôt meilleure pour la santé et même pour la réussite sociale ? Ou le bon ordre des familles pur l’éducation des enfants ?   Il en est de même pour tous les préceptes   largement communs à toutes les religions.

Mais d’autres, observant la réalité de la société, voient que la justice ne profite guère aux justes, que les méchants et les injustes remportent des succès que personne ne semble leur disputer alors qu’au contraire, les bons, les doux sont victimes. Il n’y a donc   pas, dira-t-on,  de justice immanente, en tous les cas en ce bas monde.

Les différentes religions se sont positionnées sur cette question de manière diverse.

 

Religions du succès

 

Au sein de la tradition   judéo-chrétienne, s’observe une évolution. Le Pentateuque (dit aussi la Tora) qui ouvre la Bible est presque entièrement sur le premier positon : les Juifs concluent une alliance   avec Yahvé, le Dieu unique, et ce dernier les assistera dans leurs desseins à condition qu’ils obéissant à ses commandements.

L’islam se situe presque entièrement dans la même lignée. Sa figure emblématique, le prophète Mahomet, n’est pas seulement un homme de Dieu chargé d’annoncer la révélation qu’il a reçue d’Allah, il est aussi un homme de guerre qui finit sa vie au faîte du succès, entouré de richesses, de femmes et de serviteurs. Ces succès doivent être pour tous les croyants le gage de la protection d’Allah.

Faut-il faire une exception pour le cas du guerrier martyr ?  Dans l’islam primitif, il ne s’agissait que de promettre une récompense aux   soldats morts au combat, analogue à celle que promettent les religions nordiques (le « banquet d’Odin »), pas d’encourager le suicide. Le terroriste-martyr apparait comme une déviance récente peut-être influencée   par le chiisme sur lequel nous reviendrons. 

Si, comme nous le verrons, le christianisme se trouve aux antipodes, l’idée que le succès terrestre est le signe de l’élection divine est réapparue, en son sein, chez les protestants, spécialement les calvinistes. Ils en sont venus, à partir d’une lecture littérale de certains passages de saint Paul (Rm 8,29), à penser que Dieu avait   d’avance prédestiné certains au salut et d’autres à la damnation. Pour ces derniers, la peine est double car le signe de l’élection divine, ce sont déjà les succès terrestres et donc l’enrichissement. L’enrichissement ne dispense nullement de donner une partie de ses richesses aux œuvres, au contraire, mais elle est le signe de la faveur divine. A l’inverse, ceux qui ne réussissent pas sont suspects d’être prédestinés à la damnation. Cette vision raide et inhumaine    portée par  la Réforme à ses commencements, s’est certes assouplie au sein du protestantisme libéral, mais même parmi ceux qui ne croient pas, elle demeure dans le fond culturel d’un pays comme les Etats-Unis.  Max Weber a montré combien elle avait favorisé  l’essor du capitalisme.

 

Religions du martyre

 

La lignée opposée, celle qui n’identifie pas forcement justice et succès est apparue dans le judaïsme tardif :  le Livre de Job, les Psaumes, les prophètes. Il s’est prolongé dans le Talmud.

Job est un juste devant Dieu et devant les hommes et il reçoit toutes les faveurs terrestres dont un homme de cette époque pouvait rêver : des troupeaux féconds, des fils et des filles, la considération générale. Pourtant   les malheurs s’abattent sur lui et il se trouve   réduit à la pauvreté, à la maladie, gisant sur un tas de fumier. Ses proches considèrent qu’il est puni pour un péché caché ; il refuse pourtant de reconnaitre sa culpabilité mais aussi de désespérer de la justice divine ; il finit par être récompensé de sa patience, en étant rétabli, et au-delà, sans sa position.

Plusieurs psaumes (Psaume 22, 73, 88) montrent la même   déréliction du juste. Le livre d’Isaïe (chapitre 53) présente la    figure du serviteur souffrant : un messie qui ne serait pas un triomphateur mais au contraire un homme méprisé de tous et déchu. L’émergence de cette thématique au sein du judaïsme coïncide avec les malheurs du peuple juif qui perd son autonomie politique à partir de la déportation à Babylone (586 av. JC).

La tragédie grecque a vu émerger la figure de l’homme poursuivi par une fatalité    injuste mais il s’agit rarement d’innocents : Œdipe, Oreste, punis pour des crimes bien réels qui résultent eux-mêmes de la   fatalité.

C’est dans la filiation du judaïsme tardif que se situe le christianisme des origines, tel qu’il s’est exprimé ultérieurement dans les Eglises catholique et orthodoxe. Le Christ est à l’opposé de Mahomet : il est le Juste par excellence, le Saint auquel on ne peut rien reprocher, il est un homme promis à être le messie qui doit relever le peuple d’Israël ; mais ses contemporains s’acharnent   sur lui au point de l’amener, non pas au trône mais à une mort ignominieuse, celle de l’esclave sur la croix. Il connait certes une résurrection glorieuse dont ses disciples voient les prémisses, mais sa destinée proprement   terrestre se termine par un apparent échec. L’omniprésence des crucifix en terre de chrétienté, si paradoxale pourtant, a profondément marqué les mentalités. Après le Christ, les martyrs chrétiens, appelés à témoigner de la vérité de l’Evangile, sont mus par le souci de l’imitation du Christ. Et plus leur sainteté est achevée, plus ils risquent eux aussi   le rejet et la souffrance, y compris de la part de leurs coreligionnaires, comme Jeanne d’Arc. Le martyre se trouve au cœur de la tradition catholique au point que les autels sont, comme la plupart des églises, construits sur les reliques ou les tombeaux des martyrs.

Dans cette perspective, la justice n’offre   aucune garantie de succès terrestre et l’échec ne permet nullement de présupposer que celui qui a échoué aurait commis des fautes.

Dans la suite du christianisme, Manès (ou Mani) fonde au IIIe siècle   en Perse, le manichéisme.  Par les  croyances, il s’agit d’une religion dualiste : au lieu que le Dieu unique vainque finalement Satan, sa créature, comme il en va dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, un dieu du bien et un dieu du mal se livrent un combat perpétuel et ce combat ne se termine pas par la  victoire finale du bien. Loin d’être l’héritier d’un supposé dualisme iranien, Mani en est probablement le fondateur.  Mais Mani a lui aussi la destinée du martyr :  arrêté par le roi de Perse, il meurt chargé de chaînes en 277.

Le culte du martyr n’est pas propre au christianisme. Il apparait aussi, dès les origines ou presque, dans une branche minoritaire de l’islam : le chiisme. Les Chiites ont considéré que le seul héritier légitime de Mahomet était son gendre Ali mais les prétentions   de celui-ci étant été  rejetées par ses compétiteurs, il est assassiné en 661, son fils Hussein est battu et tué en 680 à la bataille de Kerbela .  Il apparait dès lors comme un martyr dont la défaite et la mise à mort ne disqualifient nullement la légitimité. Pas davantage elle ne disqualifie celle de ses héritiers : les douze imams qui se succèdent après lui, dont le dernier, supposé mener depuis des siècles une vie cachée   jusqu’à son retour victorieux à la fin des temps.

Il est vrai que le Christ est mort sans combattre alors qu’Ali est mort en combattant mais si le Christ ne se défend pas, ce n’est pas par une non-violence de principe, c’est parce qu’il ne sied pas au Fils de Dieu venu apporter le salut aux hommes de faire obstacle à ce que la logique absurde de ses persécuteurs aille jusque bout. Sa passion et sa mort constituent un sacrifice volontaire tenu par les Evangiles pour une victoire, nécessaire au salut de l’humanité.

Ali est devenu la personnalité emblématique des chiites, au moins aussi important pour eux que Mahomet.

Ressort de ce tableau la parenté entre le christianisme et le chiisme, beaucoup plus proches que le chiisme ne l’est du sunnisme.  Leur histoire fondatrice les conduit, à la différence d’autres traditions religieuses, à un sens aigu de la tragédie inscrite au fond de la condition humaine et par là à une profondeur qui est la même que celle que l’on trouve dans les grandes œuvres d’art.

Le martyre fondateur les mène à d’autres conséquences analogues : d’abord l’attente d’un rédempteur qui doit venir à la fin des temps.

Le manichéisme conduit au pessimisme le plus radical : les élus pourront certes se sauver, mais seulement leur âme et par la fusion dans un grand Plérôme, proche du nirvâna du bouddhisme lequel, à bien des égards, n’est pas très éloigné de ce que fut le manichéisme, et il n’y aura pour eux aucune   revanche du bien à la fin des temps des temps.  Au contraire, le judaïsme tardif, le christianisme et le chiisme espèrent un rétablissement final du monde et même bien plus.  Puisque le monde ici-bas est souvent injuste, ce rétablissement   viendra à la fin des temps   et il sera réalisé par un sauveur, venant ou revenant accomplir toutes choses. Pour le judaïsme tardif, ce sauveur attendu est le Messie qui apparait   progressivement dans le Testament juif. Pour les chrétiens, il est naturellement Jésus Christ mais l’accomplissement plénier de son œuvre terrestre est retardé :   il reviendra à la fin des temps pour   conclure l’histoire.  Les chiites attendent le retour non d’Ali mais de son douzième successeur, qui ne serait pas mort et qui reviendra donner la victoire aux justes, après des  siècles de persécution : cette figure messianique attendue est le Mahdi, descendant d’Ali.

On a vu comment le christianisme fondé sur le culte du Crucifié a pu dévier vers un calvinisme hautain revenant à la sacralisation du succès, y compris matériel. Certains juifs pensent que, au travers du sionisme, ou au moins de son évolution récente, le judaïsme aurait abandonné le vision élaborée  par les prophètes   dissociant  la justice du succès terrestre,  au bénéfice d’une vision qui n’est  pas très différente de celle du protestantisme nord-américain. La mutation de l’Israël contemporain du socialisme des origines, solidaire et égalitaire, en un néo-libéralisme fondé sur le culte du succès pour les individus et sur le recours systématique à la force sur la scène internationale serait le terme de cette évolution que les tenants du judaïsme des origines tiennent pour une    régression.

Si les religions du premier type ont assuré certains  succès terrestres : l’Israël des juges et des rois, l’islam des origines, le capitalisme protestant, seules les religions du second type, assumant pleinement le drame de l’humanité,  ont conduit aux plus hauts sommets de la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 15:01

MACRON CHEZ TRUMP : VALEURS PARTAGEES, VALEURS BAFOUEES

http://www.bvoltaire.fr/macron-chez-trump-valeurs-partagees-valeurs-bafouees/

24/5/2018

Il y a quelques années, pour se faire une idée point trop partiale des événements, il suffisait de croiser Le Monde et le Figaro,  les plus méfiants jetant à la rigueur  un   coup d’œil sur l’Huma et sur Présent.

Aujourd’hui  la grande presse française vante de manière unanime la réussite de la visite de Macron aux Etats-Unis , la chaleur de l’accueil et l’importance de l’événement. Et naturellement,  il ne faut rien en croire.  L’actuel président étant  soutenu par  la quasi-totalité des médias,  ce qui n’était sans doute arrivé à aucun chef d’Etat depuis Napoléon III, ces dithyrambes étaient prévisibles.

Il fallait donc se tourner  vers la presse américaine  pour en savoir un peu plus. Et  là, surprise, le New York Times , grand journal   de référence s’il en est,   ne parle pas de cette visite, sauf une dessin très méchant pour Macron le deuxième jour , les dépêches de Reuter,  très factuelles,  n’étant  reproduites que sur  le site.   Le  reste de la presse anglo-saxonne a été fort discrète. Pour la plupart des Américains, dut notre  fierté nationale en souffrir, cette visite  aura été un  non-évènement. 

Que tout ait été impeccablement  organisé ne fait pas  de  doute. Trump tenait à rendre l’accueil magnifique qui lui avait été fait à Paris  le 14 juillet dernier et Macron aimant la    parade,  il ne manquait pas un   bouton de guêtre,    sauf une pellicule sur son veston que Trump a ôtée en disant que le jeune  président se devait d’ être parfait : cet homme qu’on dit lourd  montrait  ainsi avec finesse combien il  avait perçu  le côté narcissique , ou disons bon élève,  de l’hôte de l’Elysée qui veut toujours rendre une copie parfaite à ses maîtres.   

Il n’était pas  difficile aux deux présidents  de célébrer  la vieille relation  franco-américaine, d’ invoquer Lafayette et  Washington, d’invoquer  surtout une communauté de valeurs  issue de  deux révolutions presque concomitantes    : l’américaine (1776-1787) qui n’a réussi que grâce à l’appui militaire de Louis XVI et la  française (1789) .  Les deux aboutirent à  quelques mois d’ intervalle à des déclarations de droits : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen   du 26 août 1789 d’un côté , le Bill of Rights  devenu en 1791  le 1er amendement à la constitution  des  Etats-Unis, de l’autre.

Ces valeurs communes, sont connues : la démocratie et donc la transparence, la liberté ,  inséparable de la vérité, le respect  du droit.

 

Des principes bafoués

 

Or ce qui  a surtout réuni le deux présidents,  par-delà ces grands principes,  est,  il faut bien le dire, exactement le contraire :  l’expédition conjointe qu’ils viennent  d’accomplir en Syrie pour bombarder les prétendus sites d’armes chimiques, laquelle bafoue frontalement  les valeurs communes invoquées.

Sans qu’il soit  nécessaire d’ en refaire sans cesse la démonstration,  peu de gens sérieux doutent  que les faits reprochés au président  Bachar el Assad, l’usage d’armes  chimiques à la Ghouta le 7  avril 2018 sont sans fondement et constituent  dès lors  des  mensonges d’Etat, exactement le contraire de ce qu’avaient voulu promouvoir les constituants  français et américains de 1787-1789.  Rappelons seulement les déclarations récentes du secrétaire d’Etat  à la défense James Mattis[1], selon lequel le Pentagone n’avait jamais  eu des preuves décisives de des précédentes attaques et l’absurdité qu’il  y aurait à imaginer que le président Assad s’y  livre  , comme par hasard,  chaque fois qu’il vient d’être prévenu qu’il s’agissait d’une  « ligne rouge »  à ne pas franchir.

Avec ou sans motif valable, les  « frappes » , dès lors que les procédures prévues par la Charte de l’ONU n’étaient  pas respectées,  réalisées au demeurant avant la visite des inspecteurs de l’OIAC [2] constituent   une violation flagrante du droit international, ce que n’a pas manqué de reconnaitre le Bundestag lui-même . Là aussi la  coalition  s’inscrit en faux  contre les idéaux universalistes  proclamés  il y a deux siècles des deux côtés de l’Atlantique.

Il est vrai que  sur certains sujets, le climat ou le commerce , mais surtout l’Iran,  Macron n ’a pas  manqué, spécialement  devant le Congrès, de prendre ses distances vis-à-vis de Trump, sans qu’on sache s’il s’agit d’un vrai signe  d’ indépendance ou d’une tentative  de séduire la  moitié de l’Amérique qui rejette le nouveau président,  l’Amérique démocrate d’Obama-Clinton dont le président français est bien plus proche politiquement – et qui d’ailleurs  l’a appuyé dans sa campagne électorale.  Quand Macron  insiste  pour que le bombardement ait lieu ou qu’il demande à Trump ( sans succès heureusement)  de maintenir des troupes  en Syrie[3], on peut se demander si le président français n’est  pas le simple porte-parole de  ce camp.

Il reste que parti pour défendre l’accord de Vienne  avec l’Iran que Trump veut  dénoncer, Macron a dit ,   sans consulter apparemment ses  partenaires européens, qu’il fallait envisager sinon de dénoncer, du moins de réviser  ou compléter  l’accord, ce dont ni Téhéran, ni Moscou , ni Berlin ne veulent.

La France de  Macron qui a accompagné l’Amérique de Trump  dans une expédition illégale ,  fondée sur  un  mensonge, et qui se désolidarise des Européens pour faciliter  l’action de Trump contre l’Iran, est  décidément pour  le président américain  un allié bien accommodant.

 

Roland HUREAUX  

 

[2] Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, basée à La Haye .

[3] Mais Macron a fait  savoir à Washington , lui,  qu’il envoyait   de nouvelles  troupes en Syrie.

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 14:59

 MACRON ET LA CULTURE DE  DE MORT

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/La-candidature-Macron-a-un-gout-de-mort

23/04/2018

Quand Hillary Clinton a appris que Trump, son ennemi juré, avait bombardé l’aéroport de Shayrat (Syrie), elle a applaudi des deux mains. On l’avait vue   aussi, dans une vidéo, sauter de joie d’un air carnassier en apprenant la mort de Kadhafi.

Ce ne sont pas que des symboles. Hillary Clinton est la figure emblématique du clan néo-conservateur aux Etats-Unis (à cheval sur les démocrates et les républicains) qui a déjà mis à feu et à sang sept pays (4 millions de morts au total, selon Michel Onfray).

Macron n’a pas l’air aussi agressif que Hillary mais il est le représentant de ce clan dans la bataille électorale française. Il   partage d’ailleurs avec H. Clinton toutes les options libertaires de ce que Jean-Paul II appelait la « cuture de mort ».

 

Les néo-conservateurs libéraux libertaires

 

Les néo-conservateurs veulent faire régner la démocratie et les droits de l’homme dans le monde, en particulier au Proche-Orient, au besoin par des bombardements massifs de populations civiles (comme en Libye) et un soutien actif aux islamistes. Mais ils sont aussi libre-échangistes en économie, libertaires dans les questions de société, partisans d’immigration aux Etats-Unis et surtout en Europe (Obama a, comme Macron, félicité Merkel pour sa politique d’accueil), partisans de l’euro et de l’Europe de Bruxelles (là aussi Obama a pris parti contre le Brexit). Mais ils sont surtout violemment hostiles à Poutine et tout ce que représente la Russie d’aujourd’hui, notamment son opposition aux surenchères libertaires.  

Cette mouvance mondialiste, dont les ramifications traversent l’Atlantique et qui est soutenue par les grandes banques (Goldman Sachs en tête) est souvent réduite à sa dimension économique :  il s’en faut pourtant de beaucoup qu’elle se contente de défendre les intérêts purement économiques du capitalisme :  démantèlement des systèmes sociaux, liberté des échanges, réduction de l’Etat, privilèges du capital.   Comme disait un de   ses représentants les plus éminents, le milliardaire Warren Buffet, par ailleurs financeur des campagnes   pro-avortement : « Je crois à la lutte des classes, mais maintenant, c’est nous le parti des riches qui la gagnons ». Si le néo-conservatisme libéral se réduisait aux questions économiques, ce serait après tout un moindre mal.  Mais certains de ses membres ont d’autres préoccupations : ils ne préparent rien moins que la guerre contre la Russie de Poutine. George Soros, autre milliardaire philanthrope, s’est juré de l’abattre. Comment ? On se le demande sinon en risquant un affrontement nucléaire. Ils n’acceptent pas non plus que leurs plans de destruction de l’Etat     syrien   aient été mis en échec par Poutine    et veulent y intensifier la guerre.

Pour exécuter ce projet, il leur faut une Europe parfaitement unie derrière l’OTAN :  pas   une tête ne doit dépasser. Il leur faut un alignement total de tous les pays, et d’abord celui qui a si souvent joué les fortes têtes, la France. C’est la raison pour laquelle ce clan a tout fait pour y imposer un président à sa botte :  Emmanuel Macron, entièrement acquis à toutes ses idées, jusqu’à la caricature.

 

Fillon ne suffisait pas

 

Il ne serait agi que d’un projet économique, Fillon aurait fait l’affaire : le candidat des Républicains ne remettait en cause aucune des orientations économiques voulues par les réseaux mondialistes : comment l’aurait-il fait puisque son bras droit, Henri de Castries préside le club de Bilderberg, un des lieux emblématiques de cette mouvance ? Il ne contestait ni le libre-échange, ni l’euro et proposait même un programme de réduction du pouvoir d’achat    populaire qui avait tout pour leur plaire. Mais ça ne suffisait pas : l’élection de Fillon aurait rapproché la France de la Russie et donc rompu le front euro-atlantique dont ils rêvent.

Il se peut même que cette obstination à éliminer Fillon et à imposer Macron soit lié à ce projet de guerre. 

Un projet qui a un adversaire : Donald Trump dont l’élection a été pour ce clan un sérieux revers et qui avait fait campagne en promettant de mettre un terme aux opérations de renversement de régime (régime change) au Proche-Orient et de chercher un terrain d’entente avec la Russie. Mais Trump fait face à d’énormes difficultés pour imposer ses vues à un Etat   américain acquis dans sa majorité aux thèses des bellicistes. Le bombardent évoqué plus haut était sans doute un gage qu’il a dû donner à ses opposants[1].

Dans ce contexte, la France est rien de moins qu’un champ de bataille pour des forces qui la dépassent. L’élection de Macron serait une victoire du clan Clinton (Obama lui a téléphoné son soutien) et une défaite pour le camp de la paix, qui ne se réduit pas à l’entourage de Trump.  Elle pourrait accélérer la mise à l’écart de ce dernier   que les néo-conservateurs attendent pour reprendre leur œuvre de mort.

Les chrétiens d’Orient ont par là même tout à craindre d’une victoire de Macron. Sa visite au Liban a montré qu’il était totalement aligné sur la politique menée par l’OTAN depuis six ans dans la région, une politique qui a consisté   à fournir des armes et entraîner les djihadistes   contre le régime Assad mais aussi contre la minorité chrétienne (et d’autres minorités) que, avec ces armes, les djihadistes massacrent. L’élection de Trump leur avait amené un petit espoir de paix. Celle de Macron la ferait envoler.

L’enjeu de la nouvelle bataille de France, c’est donc la paix du monde. Clairement Macron est du côté de tous ceux qui complotent contre elle.  Il serait au minimum leur allié passif. Quels que soient les défauts de sa rivale, elle serait, comme Fillon, du côté de l’ouverture et donc de la paix. 

Avec ses allures de Peter Pan, jeune, immature, aérien, et vaguement irresponsable, par là si séduisant, Macron fait penser à ce joueur de flûte conté par les frères Grimm qui, par son jeu magique, avait entrainé à sa suite les enfants de la ville de Hamelin pour les emmener vers la mort.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Certains pensent que Trump, de guerre lasse, se serait   rallié aux positons des néo-conservateurs. Cela n’est pas certain.  

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 14:57

LES AMBIGUITES DE LA RELATION  MACRON-POUTINE  

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Coup-de-projecteur/Les-ambiguites-de-la-relation-Macron-Poutine

23/04/2018

Les relations qui semblent s’instaurer entre le nouveau président Macron et son homologue  Poutine, quoiqu’ elles marquent un progrès par rapport au temps de Hollande, ce qui n’est pas difficile,  restent marquées du sceau de l’ambiguïté.

On pouvait craindre  le pire : la liste des soutiens de Macron ressemblait  furieusement à  un comité anti-Poutine  ; rien dans les idées du nouveau président qui laissât   espérer un changement par rapport à la ligne Hollande.     

 

Une ouverture aux effets mitigés

 

L’invitation lancée au président russe   à  venir célébrer le 300e anniversaire de la visite à Versailles du tsar Pierre le Grand a été à cet égard une  heureuse surprise -  dont la genèse exacte reste  à éclaircir. Elle a failli être gâchée par l’arrogance du nouveau président français  lors  l’entretien bilatéral où  les leçons de démocratie alternaient, dit-on,   avec les accusations touchant  les questions de l’Ukraine et de la Syrie.   Macron ne semblait pas  s’être libéré de la doxa otanienne selon laquelle  Poutine  est un  dictateur et un agresseur et  les dirigeants de l’OTAN des  démocrates et   des défenseurs du droit, un point de vue qui ne tient évidemment pas compte du fait que la grande majorité des  violations du droit international depuis 20 ans  ont été  commises par l’Occident, ni que la disqualification  judicaire de  concurrents   n’est pas le propre de la Russie.  

Mal venue  aussi ont  paru, lors de la conférence de presse conjointe les critiques  de Macron  contre  les deux médias  sous  influence russe, RT et Radio-Spoutnik, dont 98% des Français ignoraient l’existence. Ils auraient  colporté pendant la campagne des bruits sur son homosexualité…  Une rencontre de ce niveau était-elle bien le lieu  pour une  telle mise en cause ? Gage sans conséquence à la camarilla antirusse qui l’a porté au pouvoir ?

Rappelons aussi que la France participe aux prochaines manœuvres de l’OTAN aux frontières de la Russie ( imaginons que la Russie organise des manœuvres « défensives » au nord du Mexique !)  .

Il semble cependant que , malgré ces accrocs,  les points de vue des partenaires se soient  rapprochés. Qu’ils soient    tombés   d’accord pour  dire que leur ennemi commun était le terrorisme islamiste n‘est pas une révolution  : tout le monde en convient  depuis longtemps même ceux qui le soutiennent en douce.  Sur  l’Ukraine,   chacun reste sur ses positions  . Sur la    Syrie en revanche,  Macron semble avoir renoncé à faire du  retrait du président Bachar el Assad une  condition  préalable au retour à la  paix. Cette exigence maintenue par Obama et Hollande, et même, par intermittence, par Trump, constituait  non seulement une entorse  au principe de non – ingérence mais un blocage absolu au processus de  paix ,  les Russes n’étant  pas prêts  à lâcher Assad, au moins sous la  pression  occidentale.

 

Une ligne encore incertaine

 

Il reste cependant bien  des ambiguïtés dans la position de Macron  : il vient de  s’ associer à Trump pour menacer la Syrie d’une intervention militaire en cas de nouvelle utilisation  d’armes chimiques. Or  les  prétendus recours aux  armes chimiques par Assad se sont  avérés  chaque fois des  provocations de ses adversaires destinées à le discréditer . Elles visent  aussi à offrir   un alibi à  une intervention militaire,  destinée à empêcher   l’Etat syrien  de  consolider sa  position et donc à  faire obstacle au retour de  la paix.  Il y a   tout lieu d’être inquiet de cette déclaration.

Malgré les accrocs   qui ont marqué la visite de Poutine à Versailles,  les diplomates russes ne tarissent pas d’éloges à l’égard  de Macron et considèrent qu’il a réalisé une véritable ouverture. Il semble connaître bien mieux l’histoire franco-russe que ses prédécesseurs et ne pas montrer  une inféodation aussi puérile que celle de Hollande aux Américains.

Durant la campagne électorale française, les Russes avaient tout fait pour ne  pas avoir l’air de vouloir  influencer l’élection, dont leurs observateurs avaient  sans doute anticipé le résultat  .  Rien ne laisse supposer en particulier qu’ils soient derrière  la publication des « Macron leaks » , soit de 15 Giga-octets de courriels échangés dans  son équipe. Venus le vendredi précédent le second  tour et ne    contenant rien de très compromettant, ils ne pouvaient de toutes  façons avoir d’impact  sur l’élection, tout au plus servir d’avertissement  discret. 

Il s’en faut en tous les cas de beaucoup que la ligne de Macron à l’égard des problèmes diplomatiques les plus brûlants , en particulier des questions qui touchent la Russie, soit  encore claire aux yeux du public et peut-être même  dans sa tête. 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 14:54

 

L’INCONSCIENCE DE MACRON

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/L-inconscience-de-Macron

22/04/2018

Il fallait une certaine audace - ou plutôt une certaine inconscience -  à Emmanuel Macron pour dénoncer à Alger la colonisation française comme "un crime contre l’humanité ». Ce n'était pas seulement là une injure aux Pieds-noirs et aux harkis, comme on l'a dit sottement, mais aussi à la France et aux Français à qui l’épopée coloniale appartient tout entière.

Une épopée qui a eu, sans nul doute, son côté sombre mais qui a eu aussi sa grandeur : quand plusieurs chefs d'Etat africains   se cotisent pour élever à Brazzaville un mausolée à Savorgnan de Brazza, le tiennent-ils pour un criminel ? De toute façon, la colonisation dans son ensemble n’a jamais été tenue pour un crime   contre l’humanité, même par les   militants anticolonialistes les plus engagés du côté du FLN algérien

Macron n'a même pas l'excuse de la démagogie. Ces foucades ne lui rapporteront pas grand chose. Si, dans les sphères d'un pouvoir algérien à l'agonie, certaines factions font de la surenchère accusatoire à l'égard de la France, ni en Algérie, ni en France, la population n'apprécie de tels excès. Citons, parmi d’autres, Malika Sorel, française d’origine algérienne : « Au Maghreb, les gens sont consternés par ce qui se passe en France. Pour eux, la situation est liée à cette « repentance » et la responsabilité en incombe aux adultes français qui passent leur temps à se prosterner et être à genoux… »  On a bien lu :  la repentance, cause du terrorisme.

Est-ce alors un gage donné à certains de ses soutiens ? Ou l'espoir que le FLN donne  la consigne aux électeurs d’origine algérienne de voter pour lui ? Le feront-ils seulement ? 

Le même Macron a cru bon de déclarer qu'"il n'y avait pas de culture française" et, pour montrer le peu de cas qu’il fait de la langue française, de prononcer à Berlin un discours en anglais (on eut pu comprendre que par courtoise, il l’ait fait   en allemand, mais il n'en a pas été question).

On est confondu que le même homme prétende être président des Français. Sait-il   que, depuis la tribu paléolithique jusqu'à nos jours, quelques lois anthropologiques élémentaires commandent au chef de ne pas insulter son peuple ou son pays, de lui marquer au contraire son estime, de le valoriser, de le magnifier, de le rendre fier d'être ce qu'il est (Macron qui n'en est pas à une contradiction près affiche dans son programme sa volonté de rendre nos compatriotes "fiers d'être français », de "retrouver notre esprit de conquête" !) ? Il est un mot anglais que visiblement il ignore : leadership.

Le chef doit respecter ce que Mallarmé appelle les « mots de la tribu », à commencer par sa langue et les symboles fondamentaux dans lesquels elle se reconnait. 

Nier l'existence d'une culture   française, quelle que soit la variété des apports étrangers qui l 'ont fécondée, est, non seulement une incorrection à l'égard de nos compatriotes, mais une ânerie qui relève, pour le coup, d’une profonde inculture, et un crime à l’égard des milliers de jeunes issus de l'immigration   à qui on demande de s’intégrer.

Disons-le tout de suite : il serait hasardeux que, ayant tenu de pareils propos, Macron soit finalement choisi par le peuple français, ou alors on n’y comprend plus rien.

 

Pourquoi fait-il injure au peuple français ?

 

Mais la question qui se pose : pourquoi donc a-t-il tenu pareils propos ?

On dira que, vivant dans l'univers de la mondialisation, il ne fait déjà plus grand cas de la France. Cela, il peut le penser, mais en campagne électorale, il doit au minimum sauver les apparences.   

Alors quoi ? Insolence ou naïveté ?

Nous penchons pour la naïveté, mais elle n'excuse rien au contraire.

Macron est un pur produit de sa génération. Une génération très postérieure à mai 68, largement déchristianisée (même si une partie a été baptisée, la culture chrétienne ne lui a guère été transmise) ; une génération où les notions de patrie, de souveraineté, voire d'intérêt national, le respect de la francophonie, sont renvoyés aux vieilles lunes. Ne leur a-t-on pas répété, par une falsification éhontée de l'histoire, que cela était du "pétainisme" ?   Ils tiennent certes De Gaulle pour un grand homme mais sans bien savoir pourquoi. Les totems de cette génération se retrouvent à forte dose dans le programme de Macron : environnement, droits de l’homme, antiracisme, non-discrimination, voire discrimination positive. Que l'anglais soit sa   langue naturelle ne saurait nous étonner.

La quintessence de cette mentalité post-nationale s'est exprimée au travers de l’évolution    de l'Institut d'études politiques de Paris (dit Sciences Po) au cours des vingt dernières années. Macron est à cet égard un pur produit de la génération Descoings -   Richard Descoings qui a dirigé célèbre institut de 1996 à 2008, où Macron a été étudiant   de 1998 à 2001.  Science Po   prépare à l’ENA et donc conditionne l'élite administrative française, dont l'Inspection des Finances d’où vient Macron, est le saint des saints.  L’abaissement de la France est tellement évident dans cette filière que, malgré son énormité, taxer notre aventure coloniale de crime contre l'humanité n'y choque pas. Il est probable que ce genre de formule, excessive mais dans l'air du temps, peut y être proférée sans rencontrer de contradiction, ni obérer, au contraire, les chances de réussir les concours. Les initiés savent qu'on s'en tire à Sciences po et à l’ENA et dans d'autres concours, non point en cultivant l’originalité d’esprit mais en portant au contraire avec énergie et brio, et pourquoi pas en forçant le trait, l’idéologie dominante.

Dans une telle perspective, pour la génération Macron, l'Europe (celle de Bruxelles, pas la culture européenne, largement ignorée), le libre-échange à tout va, l’alignement occidental antirusse, la défense des droits de l'homme tout azimut, la porte ouverte à l'immigration, tout cela fait partie de l'évidence. Une évidence qui ne se discute plus. Une évidence, mais cela les intéressés l'ignorent, totalement en porte à faux par rapport aux sentiments populaires, et qui explique à elle seule que le Front national attire aujourd'hui à lui près du tiers de l'électorat.

Cette idéologie n'est certes pas nouvelle, mais avec Hollande, elle avançait encore masquée sous les oripeaux da la vieille gauche sociale, comme du libéralisme avec Sarkozy. Avec Macron, elle prend une forme exacerbée et s’affiche de manière totalement impudique. 

La veille génération socialiste , celle de Mitterrand, bien sûr, mais même celle qui a suivi, celle de Hollande, avait encore un reste de conscience des fondamentaux qui  faisaient jadis   la France: le souvenir  des guerres de 14-18  et 39-45,  la rivalité du curé et de  l'instituteur pour transmettre  la même morale , l'encadrement populaire par l'Eglise ou par  le parti communiste , le sens du péché - et des plaisirs cachés , les 36 000 communes , bref tous  les  marqueurs qui,  de quelque   manière qu'on on se positionne par rapport eux,  ont structuré  la France.   Tout cela   a disparu dans la dernière génération de la mondialisation, sauf dans quelques vieilles familles où on cultive encore les traditions mais   dont Macron n'est visiblement pas issu.

Macron a-t-il compris que l'ensemble de ses positions le mettent en opposition frontale avec l 'opinion majoritaire des Français (selon tous les sondages), quasiment point par point, même avec ceux qui n'envisagent pas de voter pour Marine Le Pen ? Sans doute puisqu'il les habille d'une rhétorique fumeuse de type "ni gauche ni droite «.

A-t-il compris aussi que cette thématique qu'il croit jeune et moderne, l'était déjà il y a quinze ans et que, depuis le Brexit et l'élection de Donald Trump avec tout ce qu’ils représentent (critique du mondialisme, réhabilitation des frontières, remise en cause des alliances), elle pourrait vite appartenir au passé, faisant de   Macron la figure la plus ringarde qui soit ?

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

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