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Roland HUREAUX

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 07:29

Publié dans le Figaro du 24 juin 2018 sous le titre « La fiscalité locale, moins libérale que jamais »

 

Le gouvernement promet un « big bang » en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon.

Elu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par l’Ordonnance travail, Macron mérite-t-il cette réputation ?  

C’est douteux en matière  de   fiscalité locale. Un sujet loin d’ être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85  % des investissements civils del ’Etat (c’est à dire à peu près tous le investissements de proximité).

Or  le programme fiscal de l’actuel  nouveau président  va mettre la France  exactement dans l’état où se trouvait le Royaume-Uni à l’arrivée de Margaret  Thatcher.  

Rappelons où en étaient nos amis britanniques après vingt années dominées par la gauche : en majorité entre les mains des travaillistes, les collectivités  locales étaient devenues très dépensières et pour cause : la fiscalité,  essentiellement foncière,  était concentrée  sur 20-30 % de la population, celle  qui   votait conservateur. La majorité   profitait des services  locaux et de  programmes d’assistance  sans  y  contribuer. Autrement dit, les uns élisaient,  les autres payaient.

Le système n’était pas seulement  ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes    villes industrielles du Nord de l’Angleterre et de l’Ecosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres . Le ressort de l’initiative avait disparu.

Qui ne se souvient de l’aspect  lugubre qu’avaient  les villes britanniques des années soixante-dix, y compris Londres ?

Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales :  considérant qu’une collectivité locale était  une sorte de  club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous.  Elle poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la  poll tax (contribution uniforme  par tête ), rappelant la  capitation d’Ancien régime  . Le tollé qui s’en suivit causa sa perte. Mais le principe d’ un impôt local qui serait  payé par tous , avec des  modulations,  fut maintenu.  On sait  comment les réformes  thatchériennes, celle-là et d’autres,  ont revitalisé le Royaume-Uni en particulier les villes de l’Angleterre noire

Revenons à la France : nous avions depuis toujours un impôt que toute le monde  payait , c’était la  taxe d’habitation, une des « quatre vieilles », héritées de l’impôt sur  les portes et   fenêtres instauré en 1789 . Elle  était proportionnelle la surface occupée, mais aussi fonction de la  pression fiscale de la commune,   s’ajoutant  pour les propriétaires-occupants  à la  taxe foncière .  Certes les  réformes de Jospin en  avaient exonéré les plus démunis mais elle restait  payée par environ 80 % de la population.

Le projet du gouvernement est de supprimer la taxe d’habitation en deux ans , ce qui conduira  à faire porter  l’ensemble  du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires  sera d’autant plus écrasante que les dotations vont diminuer , que la taxe professionnelle , devenu CFE , n’est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme .  Ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l’IFI ( impôt sur la fortune immobilière ) au lieu de l’ISF , forcément plus lourd  pour compenser l’exonération des fortunes mobilières . Ne contribueront  plus en particulier les étrangers  qui sont rarement propriétaires , et d’une  façon générale ceux qui ne payaient déjà pas l’impôt sur le revenu.  Contribueront plus au contraire  les propriétaires fonciers,  les classes moyennes au sens large, presque exclusivement autochtones,  y compris les petits retraités ayant  épargné toute leur    vie pour acheter  un pavillon et qui , dans certaine communes, n’arrivent plus  à payer les taxes.  Un traitement particulièrement  défavorable sera appliqué aux résidences secondaires.   

Même causes, mêmes effets : le  dévoiement de la démocratie qu’avaient  connu  les villes anglaises avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron :  si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la  démagogie et à la dépense.

Il n’y que de mauvaises  raisons  à cette  réforme irresponsable.

La première, la moins grave, témoigne de l’emprise inégalée des logiques purement techniques.  La taxe d’habitation était la  plus lourde à recouvrer : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d’impayés.  Bercy qui compte sur des économies de fonctionnement l’a imposée  au détriment de toute considération  de  citoyenneté et d’équilibre social.

La seconde est plus grave : au motif de dégeler la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on,  ce sont les classes moyennes que l’on veut  laminer un peu plus, au bénéfice  d’un côté des  fortunes financières désormais  libérées  de l’ISF , de l’autre des  classes populaires  bénéficiaires de transferts .

Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme -  et ils ont raison -  ne savent pas qu’il y en a de plusieurs sortes : celui qu’avait incarné  Margaret Thatcher était un libéralisme national,  soucieux d’épargner les  classes moyennes britanniques et , pour cela,  de limiter   les dépenses publiques et les transferts. Celui qu’incarne Macron est à l’opposé :  très favorable au   grand capital international qui trouve son intérêt   dans la réforme du Code du travail   et la suppression de l’ISF, il ne craint   pas  d’écraser un peu plus les classes moyennes, sans doute  coupables au travers de la propriété foncière, même modeste, d’avoir un enracinement , et ne se préoccupe  donc sérieusement   de réduire ni  les  dépenses publiques , ni  les   transferts, pompe aspirante de  l’immigration.

Il y a libéralisme et libéralisme. Celui qu’on prête  à Emmanuel Macron est aux antipodes des attentes des Français  et les  expose à bien  déconvenues.

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 07:35

COMMENT LES EUROPEENS PEUVENT-ILS CRAINDRE LA DETENTE EST-OUEST ?

Quand un grand journal du soir titre après le sommet d’Helsinki, « Donald Trump, meilleur allié de Vladimir Poutine »  [1], ne nous y trompons pas : ce n’est pas  un compliment, c’est une critique : Trump se met du côté d’un  homme que les mêmes médias se sont attachés au fil des mois à diaboliser. Dans un autre quotidien français vénérable, Trump est carrément tenu pour un traitre.

En d’autres temps, en temps normal et avec des gens normaux, par exemple du temps de la guerre froide, tout Européen se serait réjoui que les chefs des deux plus grandes  puissances  militaires du monde, celles qui ont, de loin , plus d’ogives nucléaires que toutes  les autres, Chine comprise, aient l’air de s’entendre et à tout  le moins dialoguent.

On comprendra  à la rigueur que les faucons ultranationalistes américains dont le  plan  explicite est de détruire la puissance russe  , soient insatisfaits des bonnes relations qui semblent s’établir  entre Trump et Macron.  Ils voient dans le sommet d’Helsinki – qu’ils se sont attachés pendant de mois à  retarder – la confirmation  que c’est Poutine et non le peuple américain qui a fait élire Trump.

Mais venant d’Européens, le point de vue devrait être différent. S’il y a un jour un  affrontement majeur entre les Etats-Unis et la  Russie, c’est  l’ Europe qui sera le champ de bataille : des stratèges américains l’ont expressément prévu . C’est elle d’abord qui serait détruite. C’est elle   qui a , plus que quiconque, intérêt à une détente entre ceux que l’on appelait autrefois les « deux grands ». C’est elle qui devrait donc se réjouir la première des prémisses  d’une telle  détente.

Le risque d’un duopole, d’un nouveau Yalta,  est certes réel, mais il pèse peu à côté de celui d’une guerre mondiale.

Un Européen lucide ne peut nier que la paix et la sécurité en Europe sont mieux garanties par de bonnes relations entre Washington et Moscou que par un climat d’extrême tension. Malgré les foucades qu’on lui reproche, contre l’OTAN, contre l’Union européenne, pour un Brexit dur, et donc ce que certains voient comme une marque d’hostilité à l’ Europe, Trump, en tentant de détendre les  relations des Etats-Unis avec Poutine, rend plus service aux Européens  qu’aucun de ses  prédécesseurs.

Comment donc expliquer que la presse française   ne le voie pas comme cela ?

La   raison  en est qu’une grande partie des  médias européens se trouve inféodée au courant  le plus  impérialiste des médias américains. Nous disons impérialiste,   car il faut appeler les choses par leur nom. Cessons  de parler entre autres de néo-conservateurs  s’agissant de gens  qui sont pour la plupart de gauche, voire d’extrême gauche  sur les questions sociétales et qui caressent   des  projets destructeurs tant pour les institutions américaines que pour la paix  du monde.

Le grand secret  que beaucoup  n’ont pas   encore assimilé, c’est que l’impérialisme a muté : il  se situait autrefois à la droite de l’ éventail politique  américain ( et européen) , il est désormais à  gauche.  Il faut nous y habiter ; les puissants de ce monde  sont  aujourd’hui de gauche, aux Etats-Unis pour la plupart démocrates, en France , macroniens . La mutation du système  symbolique s’est effectuée au travers  des droits   de l’ homme : valeur de gauche au départ mais qui,  par sa prétention à l’universalité, sert désormais d’alibi à des interventions militaires de type impérialiste  aux quatre  coins du monde, spécialement en Europe  de l’Est et au Proche-Orient. C’est parce qu’il n’est pas de gauche que Trump peut tendre la main à Poutine.

Le camp impérialiste a connu une défaite humiliante  avec  l’élection de Donald Trump. Toutefois  l’administration américaine ( l’ « Etat profond ») ,  presque entièrement  acquise au camp impérialiste,  a réussi à limiter  suffisamment  la marge de manœuvre du nouveau président pour qu’on puisse considérer qu’elle est  encore largement  au pouvoir.   Et elle trouve désormais ses  meilleurs soutiens en Europe où la problématique des droits de l’homme  continue à faire florès, à Bruxelles, à Berlin, à Paris. Certes les Européens n’ont nullement  l’intention d’accroitre leurs dépenses  militaires  comme le leur demande Washington, mais ils continuent à apporter un soutien politique discret au  clan Obama–Clinton, comme on  l’a vu lors de la visite de Macron au Congrès. Macron qui avait bénéficié d’un très fort soutien de cette mouvance. 

Il reste qu’il faut un singulier aveuglement, celui là seul que produit le mode  de pensée ( ou de non-pensée)   idéologique dans sa phase aigue,   pour que les Européens en arrivent à considérer  comme une  mauvaise nouvelle un rapprochement des puissances  les  mieux armées de planète , surtout si ces Européens sont les  héritiers de Jaurès ou d’un journal qui avait  prôné le neutralisme au temps de  la guerre froide.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Le Monde, 18 juillet 2018

 

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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 07:28

 

Etonnante coïncidence : le jour où était présenté dans la plupart des librairies de France une nouvelle traduction de « 1984 », le chef d’œuvre de George Orwell,  l’Assemblée nationale votait à l’unanimité la révision de l ’article 1er de la Constitution:

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Désormais le mot race a été supprimé et le mot sexe a été rajouté .

Il y a beaucoup à dire sur cette révision .

D’abord la vulgarité de la démarche .  « Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante » (Montesquieu) ; c’est particulièrement vrai des lois constitutionnelles.   Si chaque président nouvellement élu veut la réviser à sa guise,  c’est qu’il n’y a plus de constitution.  La constitution n’est plus un texte sacré :  elle perd son caractère de loi fondamentale au-dessus des autres lois.  Gardien des institutions, le président ne doit y toucher qu’avec crainte et tremblement.  Chirac a procédé à 14 révisions (De Gaulle 2, Pompidou : 0, Giscard d’Estaing : 2, Mitterrand 3) . Sarkozy a , le premier ,  procédé à une révision de grande ampleur touchant un tiers des articles . Macron s’y met à son tour. Si sa rivale l’avait emporté , nous n’y aurions pas non plus échappé : elle avait, elle aussi,  un ample programme de révision constitutionnelle. Ne rien tenir pour sacré, se croire fondé à toucher à tout, c’est cela la vulgarité.

On peut également relever que  les grandes erreurs législatives, les lois  que toute une génération regrette,  ont été généralement votées à l’unanimité : la loi Pleven de 1972 contre l’incitation aux discriminations ,  la loi Giscard de 1973 barrant l’accès de l’Etat aux avances de la Banque de France , la loi Gayssot de 1990, la Loi organique sur les lois  des finances, dite Lolf de  2001 qui a largement contribué à désorganiser  l’Etat et dont Macron se propose de pousser la logique encore plus loin.   Donc méfiance.

Surtout , l’idée de supprimer le mot race pour supprimer le racisme , parfaitement absurde, confirme   l’orwellisation de la société.

L’idée de réformer le vocabulaire pour réformer la société est typiquement totalitaire. Ne nous y trompons pas en effet  :  aujourd’hui, c’est la seule constitution qui est visée ; demain employer le mot race sera passible de poursuites.

Et pourtant elles existent, comme aurait dit Galilée. Il se dit à ce sujet n’importe quoi : « il n’y pas de races, il y a une seule espèce humaine ». Certes nous ne composons qu’une seule espèce , au sens zoologique du terme,  c’est à dire un seul groupe entièrement interfécond. Mais cela ne veut pas dire qu’en dessous   de l’espèce , n’existent pas des subdivisons selon la couleur de la peau ou d’autres critères,  communément appelées, dans l’espèce humaine comme dans beaucoup d’espèces animales, des races. Certes,  il faut en relativiser le contenu : les différentes races étant interfécondes et de ce fait, il y a eu et il y a de nombreux métissages qui font intrinsèquement partie de la réalité humaine. Il se peut même que les différences culturelles soient plus pertinentes que les différences de couleur de peau. N’empêche : les races existent et il est antiscientifique de le nier.

Quand on sait combien les fondateurs de la République étaient attachés à la science, cette attitude antiscientifique , qui conduit à nier des réalités objectives,  peut être tenue pour une atteinte au principe républicain .

A côté de la science,  il y a le droit . La suppression du mot race à l’article 1 signifie-il que les distinctions de race seront désormais autorisées ou alors que leur réglementation ne sera plus du domaine que de la loi ordinaire ?  A la lettre, oui. Un adversaire de l’avortement demandait récemment que le mot avortement disparaisse de la législation   ; c’est ce qu’on a fait au Canada où désormais, contrairement aux attentes de ce monsieur, l’avortement n’est plus soumis à aucune limite.

Changer les mots pour changer les choses , c’était déjà le principe de la loi Taubira instaurant le « mariage » pour tous, de bout en bout inspirée par la théorie du genre selon laquelle les distinctions de genre ne sont pas pertinentes, le sentiment qu’un individu peut avoir de son « genre » étant entièrement de nature culturelle :  mâles et femelles sont   fongibles en tout . Comme les idéologues n’en sont pas à une contradiction près, dans la révision de la constitution,    le mot sexe a au contraire été rajouté.

On pourrait évoquer bien d’autres faits qui tendent à réduire la langue pour maîtriser les esprits. Ainsi toutes les formes de langues de bois :  non voyant pour aveugle, troisième âge pour vieux,  « partir »   pour mourir , frappes pour bombardements, ( comme si les B 52 se contentaient de distribuer des claques !) etc.  En toute choses le virtuel se substitue au réel.

Aujourd’hui,  les races n’existent plus , demain sera-ce-le tour de la liberté ?    

 

Roland HUREAUX

 

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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 07:24

 

Quels que soient les remous de l’actualité, il est fort regrettable  que personne n’ait pensé à célébrer comme il le convenait le centenaire des  batailles de l’été 1918 qui virent l’armée française prendre définitivement  le dessus sur l’armée allemande en Picardie et en Champagne.

Pendant tout le printemps, le commandant en chef allemand, le général Ludendorff,  tente de manière forcenée de percer le front français après avoir reçu le renfort des soldats du front de l ’Est libérés par la défection russe ( traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918) et avant l’entrée en guerre des Américains,  sans y parvenir :  couronnée de succès au début en Picardie ( mars), sur l’Aisne (mai) et en Champagne ( juillet) l’offensive se heurta à la solidité de l’armée française . Paris   vit    s’approcher l’ennemi à   70 km et fut sous le feu de   la   grosse Bertha    à partir de du 23 mars. Devant cette situation critique, Clémenceau promut Foch   :  « Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là ! ».  Le ministre radical choisissait  Foch le catholique contre  Pétain  le sceptique.

Les Allemands laissèrent près de 800 000 hommes dans la bataille.

L’ attaque allemande, bloquée, c’est l’armée française qui, à partir de juillet 1918,  prit l’ offensive au travers des admirables batailles de juillet et août . 200 000 soldats français ont été tués ou blessés du 15 au 30 juillet 1918. Le 28 septembre, Foch ,  déclenchait l’offensive générale.

Des faits d’armes spectaculaires marquent cette contre-offensive, appelée aussi seconde bataille de la Marne. Le 18 juillet , à Villers Cotterêts,  le général Mangin,  déboula  d’une forêt au petit matin sans prévenir avec 320 chars et une nuée d’avions    mettant en déroute les armées allemandes qui avaient fait une percée vers Epernay.  Qui ne reconnait dans ce scénario ce qui advint dans les Ardennes le 10 mai 1940,  mais cette fois ce sont les Allemands qui appliquèrent cette méthode et les Français qui, entretemps’ avaient oubliée !   Officier colonial comme Mangin, le général Gouraud fut également admirable.

Contrairement à ce que beaucoup ont appris à l’école, ce n’est pas l’armée américaine qui a gagné la bataille de 1918 . Très peu d’éléments eurent le temps de monter au front : malgré des faits d’armes courageux ( à Saint-Mihiel par exemple) , les troupes américaines,  habillées, armées et formées par les Français ( comme, rappelons-le,  les troupes françaises devaient être équipées par les Américains en 1944 ) pâtirent de leur inexpérience. Leur principale contribution fut de doper le moral des Français qui savaient qu’ils allaient finir par arriver.  Les Anglais étaient, quant à eux, épuisés.

Ce fut donc essentiellement une bataille entre Français et Allemands ; l’armée allemande , n’ayant plus qu’un seul front était la plus puissante que nous ayons eu à affronter. L’armée française de 1918, forte de l’expérience de 4 ans de guerre, équipée de plus de 2000 chars Renault ( pour une cinquantaine chez les Allemands qui ne croyaient pas à cette arme ) fut la plus efficace que nous ayons eue depuis 1815 .

Une armée galvanisée par Clémenceau, président du conseil depuis le 16 novembre 1916, admirablement commandée par Foch, fait « général en chef des armées alliées en France » le 14 avril et maréchal le 7 août.

Cette victoire résulte de la combinaison heureuse d’une défense méthodique organisée par Pétain qui démultiplie en profondeur les lignes de    repli   et de l’esprit offensif de Foch et de ses hommes , Castelnau, Mangin, Degoutte etc. 

Aussi longtemps que Foch vécut, les deux écoles continuèrent à se compléter au sein des armées.

A partir de sa mort en 1929, Pétain ,  dernier maréchal encore en vie,  devient la seule référence. Prévalut alors l’ esprit défensif incarné par la ligne Maginot. Les leçons de 1918 oubliées, les partisans d’offensive  (tel le colonel de Gaulle) marginalisés , on sait ce qui advint.

Une célébration de ces événements parmi les plus glorieux de notre histoire,  aurait permis de dégonfler , au moins auprès des plus jeunes, certains mythes en rappelant que les Américains ne jouèrent qu’un rôle d’appoint et que les Français l’emportèrent en partie par leur avance mécanique !  

On aurait pu aussi célébrer l’amitié avec l’Italie dont les régiments venus à la rescousse sur    la Marne perdirent 4000 hommes dans la seule journée du 14 juillet 1918.

Que la France de Macron refuse de célébrer de tels événement , qui s’en étonnera ?

On dira qu’il ne faut pas vexer nos amis allemands : mais ce sont eux qui étaient chez nous et non l’inverse ; l’armée française accomplit ces exploits admirables pour défendre son sol et non pour envahir celui des autres. 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 07:16

 

Il se dit qu’entre le président Macron et le pape François, le courant serait bien passé lors de la visite du président français au Vatican le 26 juin dernier.

Ils semblent notamment partager les mêmes idées sur la nécessité d’accueillir les migrants qui se présentent sur les rivages de l’Europe.

Les associations qui défendent les immigrés en France taxent certes le président d’hypocrisie : la France va accueillir, dit-il, des passagers du navire Lifeline mais « pas plus de quelques dizaines. »  Macron déclare la France ouverte mais instaure contre ceux qui aident les clandestins un « délit de solidarité » (bien malheureux oxymore pour une disposition annulée par le Conseil constitutionnel). A l’inverse, d’autres relèveront qu’elle accueillera de nombreux   passagers de l’Aquarius, mais sans le dire et après qu’ils aient transité par l’Espagne.

Hypocrisie toujours : quoique la France n’ouvre son territoire qu’au compte-goutte, Macron se donne le beau rôle en prenant violemment à partie les gouvernements d’Italie, d’Autriche, de Hongrie, de Pologne qui ne veulent plus d’immigrants.  

Il reste que, quoi qu’en pensent les associations humanitaires, le président Macron est immigrationniste ; s’il ne va pas plus loin dans sa politique d’accueil, c’est pour tenir compte d’une opinion publique particulièrement hostile aux nouvelles arrivées.

Ce n’est pas seulement    pour se faire bien voir du pape, c’est pour marquer discrètement où vont ses préférences qu’il a rendu visite à Rome à la congrégation San Egidio, une association catholique qui faisait autrefois   un travail très utile en proposant sa médiation dans certains conflits armés (elle avait fait merveille au Mozambique) et qui fait aujourd’hui un travail nuisible en aidant les passeurs, liés à la Mafia, à conduire à bon port des migrants de Libye.

On peut promouvoir l’accueil des immigrés au nom de la charité chrétienne : c’est, on l’espère, la seule raison qui motive le pape.

 

La tentation mondialiste, de Soros à Sutherland

 

Mais on peut aussi le promouvoir par idéologie : l’idéologie mondialiste prônée par les instances internationales (ONU, Union européenne, Banque mondiale, Bilderberg, Davos, etc.) ou par des associations   comme celles de la galaxie de George Soros subventionnées par son Open Society Foundation : l’immigration, pensent-ils, en assurant le mélange de populations sur le territoire européen, y affaiblira le sentiment national et donc les tensions. Elle facilitera l’abolition des Etats nationaux.

C’est, on peut le craindre, de ce côté que se range Macron.

A l’hostilité  aux nations , s’ajoute dans les instances précitées, une approche purement technocratique des questions  démographiques : il manque quarante  millions de naissances  pour équilibrer la pyramide des âges des pays d’Europe, il faut aller chercher quarante  millions  d’ immigrés pour  combler les vides et permettre en particulier de payer les retraites ;   dans cette approche, seuls le chiffres comptent, les hommes ont une sorte de cheptel fongible, hors de toute  considération ethnique ou culturelle.

Il y a des Soros catholiques : le plus notoire, mort début 2018 , Peter Sutherland, a été   commissaire européen, secrétaire général de l’OMC, secrétaire général adjoint de l’ONU   chargé des réfugiés,  président de la Trilatérale,  dirigeant du Club de Bilderberg , président  de BP  puis de Goldman Sachs : cet homme, pas spécialement venu des  « marges »  chères au pape François, a été de 2015 à 2017, directeur de la Commission Internationale Catholique sur la Migration (ICMC), proche conseiller du Vatican.

L’idéologie mondialiste est une de plus dangereuses qui soit :   elle part de l’erreur anthropologique qui consiste à croire que le cosmopolitisme et le mélange des peuples apaisera les confits intercommunautaires, alors qu’une connaissance tant soit peu fine de l’histoire, y compris récente, conduit à penser le contraire.  L’Europe de Soros et de Sutherland, ce sera celle de la haine généralisée, de la guerre de tous contre tous. Suffit à le démontrer l’expérience de tous les pays multiconfessionnels : Algérie, Palestine, Liban, Bosnie, Sri-Lanka, pour s’en tenir à la période récente. A moins qu’un groupe ne prenne nettement le dessus :   si on prolonge les courbes démographiques, ce ne saurait être que le musulman.

L’erreur est analogue à celle des marxistes qui pensaient que la suppression de la propriété privée rendrait les hommes moins égoïstes ; selon la loi, énoncée par Hayek, du résultat contraire aux buts recherchés, qui s’applique à toutes les idéologies, c’est, comme l’a montré Alexandre Zinoviev, le contraire qui s’est produit : dans le régime soviétique, a régné partout l’égoïsme le plus sordide.

Faire le choix des mélanges de population, en Europe ou ailleurs, serait criminel, tant le plus élémentaire bons sens laisse présager des suites désastreuses qu’ils auraient.

 

L’Esprit Saint ou l’idéologie

 

L’Esprit Saint n’inspire certes les autorités religieuses que dans le domaine strict de la foi et de la morale ; il n’est donc pas assuré qu’il les inspire aussi en politique. Toutefois, la sagesse séculaire des Eglises, le sens pastoral (puisqu’il est dit que « le bon pasteur connait ses brebis ») devraient y suppléer en vue de les garder de la forme moderne du mal que sont les idéologies, parmi lesquelles le mondialisme.

Ce sera plus difficile pour Macron qui a été élu sur un programme de dépassement des nations, tous ses soutiens étant de cette école-là. Il est d’autant plus nécessaire que les opinions publiques maintiennent leur pression pour empêcher une politique migratoire irresponsable qui aurait des conséquences tragiques.

 

Roland HUREAUX

 

 

[1]

 

[1]

ENTRE LE PAPE FRANCOIS ET MACRON, VRAIES ET FAUSSES CONVERGENCES

 

Il se dit qu’entre le président Macron et le pape François, le courant serait bien passé lors de la visite du président français au Vatican le 26 juin dernier.

Ils semblent notamment partager les mêmes idées sur la nécessité d’accueillir les migrants qui se présentent sur les rivages de l’Europe.

Les associations qui défendent les immigrés en France taxent certes le president d’hypocrisie : la France va accueillir, dit-il, des passagers du navire Lifeline mais « pas plus de quelques dizaines. »  Macron déclare la France ouverte mais instaure contre ceux qui aident les clandestins un « délit de solidarité » (bien malheureux oxymore pour une disposition annulée par le Conseil constitutionnel). A l’inverse, d’autres relèveront qu’elle accueillera de nombreux   passagers de l’Aquarius, mais sans le dire et après qu’ils aient transité par l’Espagne.

Hypocrise toujours : quoique la France n’ouvre son territoire qu’au compte-goutte, Macron se donne le beau rôle en prenant violemment à partie les gouvernements d’Italie, d’Autriche, de Hongrie, de Pologne qui ne veulent plus d’immigrants.  

Il reste que, quoi qu’en pensent les associations humanitaires, le president Macron est immigrationniste ; s’il ne va pas plus loin dans sa politique d’accueil, c’est pour tenir compte d’une opinion publique particulièrement hostile aux nouvelles arrivées.

Ce n’est pas seulement    pour se faire bien voir du pape, c’est pour marquer discrètement où vont ses préférences qu’il a rendu visite à Rome à la congrégation San Egidio, une association catholique qui faisait autrefois   un travail très utile en proposant sa médiation dans certains conflits armés (elle avait fait merveille au Mozambique) et qui fait aujourd’hui un travail nuisible en aidant les passeurs, liés à la Mafia, à conduire à bon port des migrants de Libye.

On peut promouvoir l’accueil des immigrés au nom de la charité chrétienne : c’est, on l’espère, la seule raison qui motive le pape.

 

La tentation mondialiste, de Soros à Sutherland

 

Mais on peut aussi le promouvoir par idéologie : l’idéologie mondialiste prônée par les instances internationales (ONU, Union européenne, Banque mondiale, Bilderberg, Davos, etc.) ou par des associations   comme celles de la galaxie de George Soros subventionnées par son Open Society Foundation : l’immigration, pensent-ils, en assurant le mélange de populations sur le territoire européen, y affaiblira le sentiment national et donc les tensions. Elle facilitera l’abolition des Etats nationaux.

C’est, on peut le craindre, de ce côté que se range Macron.

A l’hostilité  aux nations , s’ajoute dans les instances précitées, une approche purement technocratique des questions  démographiques : il manque quarante  millions de naissances  pour équilibrer la pyramide des âges des pays d’Europe, il faut aller chercher quarante  millions  d’ immigrés pour  combler les vides et permettre en particulier de payer les retraites ;   dans cette approche, seuls le chiffres comptent, les hommes ont une sorte de cheptel fongible, hors de toute  considération ethnique ou culturelle.

Il y a des Soros catholiques : le plus notoire, mort début 2018 , Peter Sutherland, a été   commissaire européen, secrétaire général de l’OMC, secrétaire général adjoint de l’ONU   chargé des réfugiés,  président de la Trilatérale,  dirigeant du Club de Bilderberg , président  de BP  puis de Goldman Sachs : cet homme, pas spécialement venu des  « marges » , chères au pape François, a été de 2015 à 2017, directeur de la Commission Internationale Catholique sur la Migration (ICMC), proche conseiller du Vatican.

L’idéologie mondialiste est une de plus dangereuses qui soit :   elle part de l’erreur anthropologique qui consiste à croire que le cosmopolitisme et le mélange des peuples apaisera les confits intercommunautaires, alors qu’une connaissance tant soit peu fine de l’histoire, y compris récente, conduit à penser le contraire.  L’Europe de Soros et de Sutherland, ce sera celle de la haine généralisée, de la guerre de tous contre tous. Suffit à le démontrer l’expérience de tous les pays multiconfessionnels : Algérie, Palestine, Liban, Bosnie, Sri-Lanka, pour s’en tenir à la période récente. A moins qu’un groupe ne prenne nettement le dessus :   si on prolonge les courbes démographiques, ce ne saurait être que le musulman.

L’erreur est analogue à celle des marxistes qui pensaient que la suppression de la propriété privée rendrait les hommes moins égoïstes ; selon la loi, énoncée par Hayek, du résultat contraire aux buts recherchés, qui s’applique à toutes les idéologies, c’est, comme l’a montré Alexandre Zinoviev, le contraire qui s’est produit : dans le régime soviétique, a régné partout l’égoïsme le plus sordide.

Faire le choix des mélanges de population, en Europe ou ailleurs, serait criminel, tant le plus élémentaire bons sens laisse présager des suites désastreuses qu’ils auraient.

 

L’Esprit Saint ou l’idéologie

 

L’Esprit Saint n’inspire certes les autorités religieuses que dans le domaine strict de la foi et de la morale ; il n’est donc pas assuré qu’il les inspire aussi en politique. Toutefois, la sagesse séculaire des Eglises, le sens pastoral (puisqu’il est dit que « le bon pasteur connait ses brebis ») devraient y suppléer en vue de les garder de la forme moderne du mal que sont les idéologies, parmi lesquelles le mondialisme.

Ce sera plus difficile pour Macron qui a été élu sur un programme de dépassement des nations, tous ses soutiens étant de cette école-là. Il est d’autant plus nécessaire que les opinions publiques maintiennent leur pression pour empêcher une politique migratoire irresponsable qui aurait des conséquences tragiques.

 

Roland HUREAUX

 

 

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 11:08

 

https://www.causeur.fr/macron-reformes-lepre-sondages-popularite-152849?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=25d445024a-Newsletter_14_juin_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-25d445024a-57688073

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.  Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.  Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français -  qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et  ne signifie pas non plus qu’il ait des idées.   

L’OPA magistrale[1] qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence.  En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir violé les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous   les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on  !  La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Macron  fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et dès lors les Français à se demander à quoi elle sert.     

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.  

Ses nombreux faux-pas diplomatiques,  tant  à l’égard des Etats-Unis que  de l’Italie ou des pays du groupe de Visegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que  le nouveau président soit  vraiment aussi intelligent qu’on le  dit et qu’il le croit.

 

 

Une vision de l’Europe déphasée

 

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela  n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté   sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris   pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos.   La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement   combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France -   surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés.  Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent    au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme , moderne mais il refuse l’histoire. 

 L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme intelligent ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov[2] !)  que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer  la singularité française ? Beaucoup  se le demandent. 

 

Macron sur les rails

 

Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie :  si le front ukrainien semble un peu calmé - grâce à Trump plus qu’à Macron  - ,  les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près   de l’être et lèsent toujours autant  les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à  célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe,  rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

De tous temps, les changements à la tête de l’Etat ont servi    à corriger la ligne politique d’un pays    quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer.  Or elle l’avait été rarement  aussi mal  qu’en  Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques,  le soutien constant aux milices djihadistes, les  mêmes qui se félicitaient bruyamment des  attentats en France (  quand elles  ne les avaient  pas organisés) , la  diabolisation  hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale, - du gouvernement syrien,  tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient,  nous  ont aliéné inutilement  un pays , ancien mandat français, qui avait été au cours des deux  dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours   en sont pour leurs frais.  Visiblement Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser toujours aussi   stupidement Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères [3],  sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour quoi y faire : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente  les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant.  Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change [4]. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

 

Des réformes sans imagination

 

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le  dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il   donne le vertige par la multiplication des projets de réforme.

Mais    quelles réformes ?  La vérité est que loin d’être originaux, les projets Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

 Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération   au mérite de fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les   effets pervers ?   Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la   promotion (ou prime) canapé, l’ambiance s’ en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les  deux piliers de l’Etat  que sont le ministère des finances et  la représentation locale de l’Etat ont  été gravement désorganisées.  Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances  travail, auxquelles certains trouvent cependant  quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une   mise aux normes européenne ?  Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient      au moment   où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles.   Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt ou la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles   rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. 

Il est vrai que, par exception,  l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs :  il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on   ne la voie pas ailleurs !

 

La communication d’abord

 

De cette réformite sans imagination, deux lectures.  Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire.  Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à   Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « Le société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière »[5] . Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Les réformes de type technocratique   ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons  à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère   qui est le responsable de ces maux ? La   technocratie française   élabore des   projets de réforme   qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la  complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper   les communes, fusionner   les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux   normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac). Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime.  On se contente d’y voir l’effet   de l’archaïsme, de la routine, d’un   conservatisme « bien français ». Nul   n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter.  Penser qu’il pourrait y avoir  de bonnes et de mauvaises   réformes comme il y a de bons et de  mauvais remèdes, est une question hors du champ  épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint »[6] , selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique.  Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à  la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain  (qu’il n’a pas) ou  d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations  que  la plupart du temps, le gouvernement  avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste. 

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent  quelqu’un qui ne   propose   rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire  la dite    technocratie.

Or la France d’aujourd’hui   rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes :  démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’éducation nationale   Il y a là de quoi être inquiet :   Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d ’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute   sur la    capacité de Macron à vraiment réformer la France . Les Français ne vont pas tarder  à comprendre, avant lui sans doute,  qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. 

 

Le bon élève de Sciences po

 

Il  y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite.   Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide    d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire.  La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale–libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers  de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé  qu’il  fréquentait  alors, la criminalisation de la France  coloniale, familière aux   universités américaines,  ce n’était pas une  provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal  parfaitement adapté à un certain   milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détonne dès que l’environnement  change tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui  que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd  programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable.

Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complétement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ?    On peut craindre que non.  

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]Olivier  Piacentini , OPA sur l’Elysée, Editions de Paris, juin 2018

[2] Idéologue marxiste qui représentait dans les années soixante-dix  le conservatisme le plus étriqué au Bureau politique du parti communiste soviétique.

[3] Forces modestes au demeurant, de l’ordre de la centaine.

[4] Hors la nomination récente d’un ambassadeur spécial, qui n’implique pas la reprise des relations diplomatiques.

[5] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

[6] Commentaire, n°158, été 2017

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 07:36

 

https://nos-medias.fr/video/le-gaullisme-principes-et-praxis-entretien-avec-roland-hureaux

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 07:15

 

APRES LA CRISE QUI VIENT : SUR QUOI FONDER UNE NOUVELLE ORGANISATION FINANCIERE  INTERNATIONALE ?

Publié dans la Revue politique et parlementaire n°1087-1088, avril-septembre 2018

Un titre récent d’un grand journal du  matin n’était pas  fait pour rassurer : « Faut-il craindre une nouvelle crise financière ? ». Etats  d’âme passagers comme les marchés en connaissant souvent ? Mais le titre du dernier livre de Jacques de Larosière   n’est pas non plus réjouissant : Les lames de fond se rapprochent[1].

Jacques de Larosière n’est pas n’importe qui : président du FMI (1978-1987), gouverneur de la  Banque de France (1987-1993),  puis de la  BERD ( 1996-1998), il est  un des architectes de l’ordre économique et financier international qui prévaut depuis le tournant des années quatre-vingt, à l’instar des  Trichet, Camdessus, Lamy, Attali. Les Français, faut-il vraiment   s’en féliciter ?  ont joué un rôle clef dans la mise en place de l’ordre qu’on qualifiera d’une formule un peu facile de néo-libéral.

De tous ceux-là, Larosière est à notre connaissance, et c’est tout à son honneur, le seul à exprimer des doutes sur les  choix qui ont été imposés au monde depuis quarante ans. Dans ses conférences, il n’hésite pas à se demander même  si la libre  circulation généralisée des capitaux, instaurée vers 1987,  était vraiment une bonne chose. Venant de tout autre,  une telle opinion, aurait relégué son auteur dans les ténèbres de l’obscurantisme protectionnisme et de  l’archaïsme. Venant de lui, elle mérite attention.

 

Le système néo-libéral de la fin du XXe siècle

 

Les choix en cause,  devenus des  dogmes depuis trente ans,  sont, outre la libre circulation des capitaux, la libre circulation de marchandises, sous les auspices de  l’OMC longtemps présidée  par Pascal Lamy, et le choix fait par toutes les   banques  centrales   de donner la priorité sur toute autre considération, à la stabilité des prix. On peut y ajouter, pour ce qui est des pays européens, le choix de l’euro  dont  la charte est exclusivement  orientée vers la lutte contre l’inflation.

Pourquoi donc tant d’inquiétudes ? C’est que ces principes, établis pour maitriser entièrement la sphère financière, n’ont pas  empêché le gonflement  démesuré de la masse monétaire mondiale, estimée aujourd’hui par  certains à 800 000 milliards de dollars, soit beaucoup plus que ce qui est nécessaire   pour assurer la marche de l’économie modale (environ 200 000 milliards pour un PIB mondial de 80 000 milliards de dollars). L’inflation est un mot qui a deux significations   : la hausse des  prix et des salaires (la fameuse « spirale » où l’une entraine l’autre), le gonflement de la  masse monétaire. Alors que depuis l’origine des temps, les deux allaient ensemble : la multiplication des signes et la hausse des prix, il n’en va plus de même dans le monde  actuel : malgré une masse monétaire explosive, les prix (au moins ceux des biens de consommation) et les salaires restent stables.

Loans make deposits : les prêts font les dépôts, le crédit fait la monnaie. Si la masse monétaire mondiale s’est ainsi développée, c’est que les prêts ont été abondants : prêts aux Etats, prêts à des  débiteurs insolvables (subprimes). L’inflation de la masse monétaire mondiale repose sur la multiplication des crédits un peu partout dans le monde mais singulièrement  aux Etats-Unis et dans la zone euro où la Banque centrale européenne pratique depuis quelques années (à peine un peu moins depuis quelques mois ),   le quantitative easing, autre nom de l’inflation, destiné à maintenir, voire relancer l’économie.

C’est grâce à  ce « QE » et à rien d’autre que l’économie européenne  - et internationale – parait  aujourd’hui sur la voie de la relance, ce qui profite à la popularité de  Macron.

Cette immense pyramide de crédits, élevée au-delà de ce qui est nécessaire pour faire marcher l’économie mondiale, a toujours  dans  histoire pour effet de  se terminer par une crise financière et économique. Il est commun de  l’assimiler à une bulle :   plus elle gonfle, plus elle risque d’éclater.  C’est alors l’épreuve de vérité pour le tissu économique : les plus aventurés disparaissent, les plus solides résistent. La masse monétaire se réduit, l’économie se ralentit pour repartir plus tard sur de nouvelles bases, mais au prix d’immenses dégâts économiques et sociaux.

Ce qui s’est passé  en 2008 était  une première alerte   qui aurait  dû conduire à un assainissement. Mais le souci d’éviter un cataclysme mondial,  de contrôler les possibles effets systémiques des faillites  a amené  les banques centrales à consolider un peu partout  les actifs douteux, voire « pourris », lesquels sont en partie  restés dans les bilans des banques.

Non seulement  l’excès de liquidité n’aura  pas été résorbé  mais il a alimenté une nouvelle hausse de la  bourse qui a atteint des records au cours des  derniers mois, hausse dont la fragilité inquiète.

Il y a certes toujours eu des cycles dans l’économie mondiale mais depuis  la grande dépression de 1929 jusqu’à 2008, ces crises avaient été contenues.  Beaucoup doutent, au vu  de l’envol de la masse monétaire auquel nous assistons, qu’il en sera  toujours ainsi.

 

La conséquence : des dérives aujourd’hui incontrôlables

 

En quoi ces dérives sont-elles l’effet de l’ordre néo-libéral tel qu’il a  été mis en place au cours des années  80 ?

D’abord, la stabilité des prix  empêche  d’éponger  les liquidités supplémentaires injectées dans l’économie  mondiale .Une inflation modérée (disons entre 4 et 15 %) avait permis durant les Trente Glorieuses d’éponger  les liquidités en excès . Nul mécanisme de ce type n’existe   aujourd’hui.  L’abondance de l’épargne  face à des occasions d’investissements réels limités tire vers le bas les taux d’intérêt. L’inflation des signes monétaires  n’ayant plus de prise sur les prix et salaires,  se répercute sur les biens d’investissement plus ou moins spéculatifs (actions, objets d’art, titres douteux) au risque d’en  gonfler artificiellement la valeur et d’alimenter les bulles.

Ensuite, la multiplication  des déséquilibres  gonfle l’endettement d’une partie des agents et  donc la croissance de la  masse monétaire,  le crédit  appelant le crédit  pour combler les déficits. Or un mécanisme comme l’euro est intrinsèquement générateur de déséquilibres de la balance des paiements des Etats membres et même des budgets publics. Dès lors que le rythme d‘inflation « naturel » et relatif  des différents pays de la zone euro, du fait des différences historiques et sociologiques entre eux, est inégal,  et cela quel que soit le volontarisme   déployé, les uns seront de plus en plus créanciers   (essentiellement l’Allemagne), les autres de plus en plus débiteurs (tous les autres dont la France).  La zone euro est ainsi  privée  du  moyen  de rétablir les équilibres entre ses membres par des  ajustements de parité, solution qui avait prévalu sans inconvénient majeur après la guerre.

L’autre grand facteur de déséquilibre est le  couple Etats-Unis – Chine. Les Etats-Unis ont pris l’habitude, grâce au rôle international du dollar,  d’être déficitaires ; la Chine qui veut rattraper le train des grands pays industriels fonde sa croissance sur l’exportation et se trouve donc  excédentaire.  Il a  là des stratégies géopolitiques qui  échappent   aux autorités monétaires nationales  ou internationales  mais n’en sont pas moins, elles aussi,  un facteur de déséquilibre. En faisant entrer la Chine à l’OMC en 2000, les Etats-Unis ont renoncé au seul  moyen de la contraindre à un rééquilibrage (passant par une réévaluation du yuan) :  la menace de  droits de douanes. 

La liberté de circulation des  capitaux jointe aux nouveaux moyens électroniques d’opérer des transactions ont abouti, à partir de ces déséquilibres de base, à une spéculation mondiale qui a eu un effet multiplicateur.   

Enfin le libre-échange généralisé  a, comme l’avait bien vu Keynes, un effet dépressif  en coupant le moteur keynésien de la plupart des  pays ( les plans de relance y  stimulant  surtout les importations ! ) et ne laissant d’autre voie de développement que le mercantilisme (Allemagne, Chine) que seuls les plus compétitifs peuvent choisir , avec des effets destructeurs  sur les autres économies.

Le principal  problème des économies  modernes depuis le XIXe siècle est la difficulté d’ajuster l’offre et la demande, difficulté qui est la cause de crises périodiques (cycles Juglar) qui marquent l’histoire économique : il est clair  que, plus grand est  l’espace  à gérer, plus difficile sera cet ajustement. L’intérêt du protectionnisme – ou à tout le moins  d’une flexibilité monétaire  assurant les rééquilibrages au jour le jour -, est de  faciliter, au travers un certain cloisonnement,  la constitution d’alvéoles où la réalisation des équilibres  est plus facile. Comme dans un engin  sous-marin, l’addition de caissons autonomes assure la stabilité de l’ensemble.

Déséquilibres grandissants, expansion du crédit et donc de la masse monétaire : le mécanisme de la crise à venir est en place.

Comment se déroulera-t-elle ? Quelle en sera la gravité ? Quels en seront les effets ?  Il est difficile de le dire à ce jour.  Ce qui est certain, c’est qu’un certain ordre financier  international aura vécu. 

 

Quel système financier pour l’avenir ?  

 

Peut-on, à partir des considérations qui précèdent, esquisser les principes  sur lesquels devra  être fondée l’économie mondiale après la crise ? On peut le dire : en gros le contraire de ceux qui prévalent depuis quarante ans.

Le but étant de contrôler la masse monétaire, la première chose à faire pour cela est de ne pas se fixer comme un objectif  absolu  une inflation la plus basse possible. Une inflation modérée n’a rien à voir, quoi que prétendent certains idéologues,  avec une inflation galopante ;   elle doit permettre cependant d’éponger en continu les liquidités excessives, du simple fait de leur dépréciation par rapport  à la valeur de la production.  Ajoutons qu’elle peut faciliter  les ajustements structurels que l’on cherche en vain depuis des années à réaliser   à froid  dans un  pays comme la France.

Il importe ensuite de contrôler les sources de déséquilibre  par un éclatement de la sphère économique internationale en « zones monétaires optimales »   (ce que n’est manifestement pas la zone euro)  régulées  par le marché, c’est-à-dire par des changes flottants.  Les dragons d’Asie montrent que l’on peut très bien affronter  la compétition internationale avec de « petites monnaies ».    Le développement des marchés à terme et des transactions électroniques  limite les inconvénients du pluralisme monétaire.  L’euro est à cet égard, un archaïsme qui aura bientôt vécu. 

La flexibilité des changes devrait rendre inutile le retour du protectionnisme sauf pour protéger des secteurs  stratégiques en nombre  limité. La gestion de ces exceptions pourrait être l’objet d’une OMC libérée du dogme du  libre-échangisme absolu.

Enfin la régulation internationale de la circulation des  capitaux selon des modalités qui restent à définir,  devrait limiter l’effet multiplicateur pour garder à la masse monétaire  une taille raisonnable. Des milliards ne devaient pas pouvoir s’échanger en quelques nanosecondes.

Un tel schéma ne préjuge évidemment pas  de l’évolution des politiques de ces deux grands acteurs mondiaux que sont les Etats-Unis et  la Chine, dont on peut seulement espérer que l’égoïsme sacré qui  en est le  principe aura des effets  en cohérence avec les exigences d’un ordre financier mondial minimal  qui est aussi , bien évidemment, dans leur intérêt.

 

Roland HUREAUX   *

 

 

*Auteur de D’une crise à l’autre, Mondialisation, euro, France, Allemagne , Ed Libres, 2017

 

 

[1] Odile Jacob, mai 1917

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 08:04

 

Au moment où le gouvernement prépare une révision des lois bioéthiques en vue notamment de permettre la PMA  ( insémination artificielle ) pour personnes seules, voire la GPA, l’équipe de Mouvance France vous convie à une réflexion de fond sur ce sujet sous la forme d’une table ronde :

 

Lois bioéthiques, PMA, GPA, intelligence artificielle, idéologie transhumaniste : quel avenir nous prépare-t-on ?  Comment réagir ?

 

autour de

Hervé JUVIN , essayiste et consultant , auteur de  Le gouvernement du désir, Gallimard, 2016 et  France, le moment politique: Pour que la France vive !, Édition du Rocher, 2018 

Virginie TELENNE, présidente de l’Avenir pour tous, auteur de L’Humain plus fort que le marché, Salvator, 2015.

Le mardi 3 juillet à 19H au Café du Pont-Neuf (salle du 1er étage),   14, quai du Louvre,  75001 Paris (près des métros Pont-neuf et Louvre-Rivoli )   

 

Cette conférence s’inscrit dans le cycle de travaux qui constituent l’objet principal de l’association Mouvance France : préparer un programme d’alternance.

Elle est ouverte au public ; il est préférable de signaler sa venue à mouvance.france@gmail.com

 

Roland HUREAUX

Président de Mouvance France

 

 

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 06:09

Publié dans Le Figaro du 25 juin 2018 sous le titre "La fiscalité locale moins libérale que jamais"

Le gouvernement promet un « big bang » en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon. Elu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par l’Ordonnance travail, Macron mérite-t-il cette réputation ?  

C’est douteux en matière  de   fiscalité locale. Un sujet loin d’ être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85  % des investissements civils de l ’Etat (c’est à dire à peu près tous le investissements de proximité).

Or  le programme fiscal de l’actuel  nouveau président  va mettre la France  exactement dans l’état où  se trouvait le Royaume-Uni à l’arrivée de Margaret  Thatcher.  

Rappelons où en étaient nos amis britanniques après vingt années dominées par la gauche : en majorité entre les mains des travaillistes, les collectivités  locales étaient devenues très dépensières et pour cause : la fiscalité,  essentiellement foncière,  était concentrée  sur 20-30 % de la population, celle  qui   votait conservateur. La majorité   profitait des services  locaux et de  programmes d’assistance  sans  y  contribuer. Autrement dit, les uns élisaient,  les autres payaient.

Le système n’était pas seulement  ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes    villes industrielles du Nord de l’Angleterre et de l’Ecosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres . Le ressort de l’initiative avait disparu.

Qui ne se souvient de l’aspect  lugubre qu’avaient  les villes britanniques des années soixante-dix, y compris Londres ?

Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales :  considérant qu’une collectivité locale était  une sorte de  club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous.  Elle poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la  poll tax (contribution uniforme  par tête ), rappelant la  capitation d’Ancien régime  . Le tollé qui s’en suivit causa sa perte. Mais le principe d’ un impôt local qui serait  payé par tous , avec des  modulations,  fut maintenu.  On sait  comment les réformes  thatchériennes, celle-là et d’autres,  ont revitalisé le Royaume-Uni en particulier les villes de l’Angleterre noire

Revenons à la France : nous avions depuis toujours un impôt que toute le monde  payait , c’était la  taxe d’habitation, une des « quatre vieilles », héritées de l’impôt sur  les portes et   fenêtres instauré en 1789 . Elle  était proportionnelle la surface occupée, mais aussi fonction de la  pression fiscale de la commune,   s’ajoutant  pour les propriétaires-occupants  à la  taxe foncière .  Certes les  réformes de Jospin en  avaient exonéré les plus démunis mais elle restait  payée par environ 80 % de la population.

Le projet du gouvernement est de supprimer la taxe d’habitation en deux ans , ce qui conduira  à faire porter  l’ensemble  du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires  sera d’autant plus écrasante que les dotations vont diminuer , que la taxe professionnelle , devenu CFE , n’est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme .  Ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l’IFI ( impôt sur la fortune immobilière ) au lieu de l’ISF , forcément plus lourd  pour compenser l’exonération des fortunes mobilières . Ne contribueront  plus en particulier les étrangers  qui sont rarement propriétaires , et d’une  façon générale ceux qui ne payaient déjà pas l’impôt sur le revenu.  Contribueront plus au contraire  les propriétaires fonciers,  les classes moyennes au sens large, presque exclusivement autochtones,  y compris les petits retraités ayant  épargné toute leur    vie pour acheter  un pavillon et qui , dans certaine communes, n’arrivent plus  à payer les taxes.  Un traitement particulièrement  défavorable sera appliqué aux résidences secondaires.   

Même causes, mêmes effets : le  dévoiement de la démocratie qu’avaient  connu  les villes anglaises avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron :  si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la  démagogie et à la dépense.

Il n’y que de mauvaises  raisons  à cette  réforme irresponsable.

La première, la moins grave, témoigne de l’emprise inégalée des logiques purement techniques.  La taxe d’habitation était la  plus lourde à recouvrer : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d’impayés.  Bercy qui compte sur des économies de fonctionnement l’a imposée  au détriment de toute considération  de  citoyenneté et d’équilibre social.

La seconde est plus grave : au motif de dégeler la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on,  ce sont les classes moyennes que l’on veut  laminer un peu plus, au bénéfice  d’un côté des  fortunes financières désormais  libérées  de l’ISF , de l’autre des  classes populaires  bénéficiaires de transferts .

Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme -  et ils ont raison -  ne savent pas qu’il y en a de plusieurs sortes : celui qu’avait incarné  Margaret Thatcher était un libéralisme national,  soucieux d’épargner les  classes moyennes britanniques et , pour cela,  de limiter   les dépenses publiques et les transferts. Celui qu’incarne Macron est à l’opposé :  très favorable au   grand capital international qui trouve son intérêt   dans la réforme du Code du travail   et la suppression de l’ISF, il ne craint   pas  d’écraser un peu plus les classes moyennes, sans doute  coupables au travers de la propriété foncière, même modeste, d’avoir un enracinement , et ne se préoccupe  donc sérieusement   de réduire ni  les  dépenses publiques , ni  les   transferts, pompe aspirante de  l’immigration.

Il y a libéralisme et libéralisme. Celui qu’on prête  à Emmanuel Macron est aux antipodes des attentes des Français  et les  expose à bien  déconvenues.

Roland HUREAUX

 

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