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Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:50

 

Sur la scène intérieure, un des faits les plus marquants de ces dernières semaines pourrait être le sondage « Pour qui voteriez-vous au premier tour   d’une  présidentielle qui aurait lieu aujourd’hui ? » Laurent Wauquiez apparait à 8 % seulement. Un autre sondage orienté, lui,  vers les européennes le  remet à 14 %, ce qui n’est pas non plus glorieux.

Les nombreux  ennemis qu’il a au sein de LR auraient tort de se réjouir de ces chiffres. C’est l’avenir de la droite classique qui est en jeu,  non celui du président du mouvement.

Certes Wauquiez est encore mal connu des Français. Il n’a pas été comme les deux gagnants  du premier sondage, Emmanuel Macron (32 %)  et Marine Le Pen   (24 %) présent à la dernière présidentielle. (D’ailleurs, compte tenu de la prime  au sortant habituelle dans ce genre d’exercice , 32  %, ce n’est pas  beaucoup pour Macron, cela veut dire que 68 % de Français n’en veulent  pas).

Mais on peut y voir aussi l’effet de la profonde crise d’ identité que traversent  les Républicains ; et pour cause :  ils sont tombés dans tous  les panneaux  que leur a tendu le président  au cours des dernières semaines.

 

Les pièges du président

 

La réforme de la  SNCF n’était peut-être  pas très utile,  d’autant qu’elle n’ aura son plein  effet que dans  trente ans, quand les cheminots déjà recrutés partiront en retraite, mais elle a déjà atteint son  but politique:  en suscitant une grève attendue, exciter les gens de droite , non contre le gouvernement   comme il le faudrait  mais contre la CGT et les grévistes.

Il est une droite dont les réactions   sont aussi prévisibles que celles du  chien du Pavlov. Grève à la SNCF : au dictionnaire  des idées reçues qui la régit :    « être contre. » Pour cette raison , il y a peu de chances que le gouvernement soit pressé d’ en finir avec elle.

L’effet est le même pour  l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame des Landes  (autre projet soit dit en passant d’une utilité  douteuse) , non qu’ elle n’ait pas été  pas nécessaire mais fallait-il qu’elle suscite la sympathie de l’opposition  au point que l’on y  dise que le gouvernement  y avait fait  preuve d’autorité ?

Même mécanisme  avec la réforme de l’Université : la sélection à l’entrée de l’université, on le sait depuis 50 ans, depuis mai 68 déjà où le problème était posé, est un réactif violent dont on sait par  avance qu’il mettra les étudiants dans  la rue. Et comme cette  réforme, pas vraiment nécessaire  non plus   (la sélection existe  déjà largement, au moins en troisième année) fait partie de la culture de droite  et qu’elle agite  les universités, on peut être  sûr de son effet  politique : beaucoup de conservateurs   seront remontés contre les bloqueurs  des facs.

L’UNI qui se veut l’aile marchante de la droite universitaire  s’est  fendue d’une  pétition contre les casseurs.  Force républicaine n’a pas réagi autrement contre les grèves.

Or l ‘ennemi de mon ennemi est mon ami. Si la droite est d’abord remontée conte les grévistes, les syndicalistes étudiants (vrais ou faux) et  les zadistes, l’électeur , binaire, aura compris qu’elle se range derrière le gouvernement. A quoi sert-elle  dans un  tel contexte  ? Comment s’étonner  que certains se le  demandent  si  Macron semble faire son travail aussi bien qu’elle    et qu’elle va à sa rescousse. 

A la rigueur les réactions de la droite eussent  été justifiées si son  message  avait été : avec Macron, tout va à vau l’eau, avec nous l’ordre serait mieux assuré.    Mais quelle crédibilité aurait-t-elle  pour dire cela ? Même le Front national  n’en aurait pas.  

Chateaubriand le disait : « l’opposition doit être entière ».  Celui qui  l’incarne doit s’opposer. Et si  d’aventure le gouvernement  fait quelque chose  qui lui parait juste  ou qu’il a des difficultés sur sa gauche, on ne va pas à sa rescousse, au minimum on se tait. On rappelle en tous les cas que c’est le gouvernement  qui  est en charge des affaires et que s’il y a désordre, c’est d’abord à lui qu’en  revient la responsabilité. Tout cela est le b a ba de la politique.

Heureusement,  Wauquiez a  eu le courage de critiquer la participation de la  France à l’opération contre la Syrie. Mais sur tous les autres dossiers, il ne faut pas que les Républicains  se lassent de critiquer l’imposture Macron. La matière   ne manque pas : le démantèlement de nos industries  de défense, l’augmentation des impôts, une loi en faux-semblant sur l’immigration  à laquelle les criailleries des associations pro-migrants laissent croire qu’elle aurait  du contenu, à côté du légitime retour à   l’apprentissage alphabétique de lecture, la poursuite d’une réforme très contestable  du secondaire, des  projets  bioéthiques inquiétants  ,   une réforme  de la fiscalité locale désastreuse pour les propriétaires  etc.

Laisser encore croire, face à  ces dérives que « Macron au fond est de droite » serait une grave faute, non contre la droite  mais contre la  France.  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:35

   http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Sept-considerations-sur-les-Eglises-d-Europe-et-les-migrations                                                                               

De nombreux Européens sont aujourd’hui exaspérés par les prises de position des autorités religieuses  du continent, aussi bien  catholiques que protestantes, à tous les niveaux, en faveur d’une  large ouverture de l’Europe aux immigrants venus d’Afrique ou d’Asie, réfugiés ou pas.

Or il  y a bien des raisons pour justifier cette réaction. Elles se situent à plusieurs niveaux

1. Il est bien connu que les gens n’aiment pas qu’on leur fasse la morale. L’Eglise catholique a payé assez cher pour le savoir, au point de se trouver  presque réduite au silence en matière de morale  sexuelle où ses positions de toujours vont  à l’encontre du courant dominant de notre époque (comme le culte du Dieu unique allait, dans le peuple juif,   à l’encontre du courant  dominant du Proche-Orient ancien !). Quel évêque s’aventurerait aujourd’hui à rappeler avec insistance que les conjoints  doivent être fidèles, qu’il faut   éviter les relations sexuelles hors mariage  ou que l’homosexualité est un mal ?

Dès lors qui peut imaginer dans  la hiérarchie ecclésiastique  que le rappel réitéré du devoir d’accueil des  immigrants   ne suscite pas  une exaspération  analogue, tout aussi contre-productive ?

Ces rappels sont  d’autant plus mal venus qu’ils s’accompagnent de reproches ressentis comme  injustes. Est-il judicieux de demander ostensiblement pardon à   Dieu pour le manquement supposé  des Européens à leur devoir d’accueil ?  Y  a-t-il sur terre et y  eut-t-il jamais  dans l’histoire des  peuples qui aient été  aussi accueillants  pour des réfugiés que  l’est  l’Europe d’aujourd’hui ? Au moins s’agissant d’une arrivée  en masse.  Il s’agit certes la plupart du temps d’un accueil institutionnel mais n’est-ce pas  les  Européens qui en ont mis en place la logistique et de nombreux volontaires européens qui la servent ?   

 

2. Il n’est jamais bon de prendre les gens pour des imbéciles. Les autorités  ecclésiastiques  ( ou les  associations  qui en sont proches)  dénoncent trop souvent chez les Européens  l’égoïsme,  la « peur » de l’autre , le « repli  sur soi », voire la xénophobie, elles  leur demandent  de  savoir « s’ouvrir » à d’autres cultures . Qui dira combien  ces accusations sont elles aussi exaspérantes ?  S’ouvrir aux autres cultures ? Il y a quatorze siècles que les Européens sont confrontés à l’islam. Beaucoup de  gens du peuple  en font  l’expérience quotidienne  près de chez eux. Quant aux gens plus éduqués, ils connaissent les  données  démographiques (ou ils  les subodorent car  elles sont le plus souvent  occultées) ; leur réaction n’a rien à voir avec un rejet primaire de l’autre ; en privé  beaucoup seront très généreux  mais  ils voient avec lucidité,  dans un esprit de responsabilité,   les risques qu’une politique d’accueil sans frein ferait  courir à la communauté nationale et, au-delà , à  la survie  de la culture européenne  Que leur connaissance soit livresque ou directe, ils ont du mal à admettre que l’islam soit  « une religion d’amour et de paix ». Ressasser  cette idée, que la plupart des spécialistes récusent,  est le meilleur  moyen de perdre toute crédibilité.

 

3. Les peuples d’Europe occidentale ne  sont pas seulement préoccupés par la  cohésion interne de leur société. Ils veulent, au moins pour  une partie d’entre eux,  défendre ce qu’il est convenu d’appeler,  d’une expression sans doute réductrice,  leur identité.  Ils ont le souci  que la terre qu’ils occupent et qu’ils ont reçue de leurs ancêtres soit aussi celle de leur postérité, pas seulement biologique mais culturelle et spirituelle.

Quoi que prétende la doxa nihiliste, voire certaines gens d’Eglise qui voient là un risque d’ « idolâtrie »,   défendre son identité comme peuple est  une préoccupation légitime. Comme le dit Jean-Paul II,  l’amour de la patrie est une manière d’ « honorer son père et sa mère » de qui nous la tenons.    Les chrétiens européens en seraient plus conscients   si beaucoup n’avaient pas relégué au placard l’Ancien testament  qui fait gloire à Abraham d’être « le père d’une multitude de peuples »[1] ou montre la recherche de  la Terre promise comme une aspiration légitime. S’il est vrai que l’Evangile a élargi les préoccupations du peuple juif   aux dimensions du  monde, des siècles d’histoire occidentale, qu’il serait absurde de disqualifier comme des temps de ténèbres, montrent  que  le patriotisme ou le souci de l’identité, dès lors  qu’il ne soient pas exclusifs d’autres préoccupations,  ont toujours accompagné l’expansion du christianisme.

L’Eglise, reprenant la morale naturelle,  fait de l’instinct de conservation, même dans les situations les plus  dramatiques,  non seulement un droit mais un devoir. C’est pourquoi elle récuse le suicide ou l’euthanasie. Pourquoi ce qui est un devoir pour les individus, persévérer dans son être, ne le serait-il pas pour une famille ou pour un peuple ?

Allons plus loin : il existe un pacte multiséculaire entre le christianisme et l’identité des principaux peuples européens.  C’est  même dans la stricte mesure où l’Eglise catholique a  su épouser ce sentiment  qu’elle a prospéré : la Pologne en est un bel exemple. Si le catholicisme polonais n’avait pas été intimement lié à l’identité nationale polonaise, l’Eglise universelle aurait-elle jamais eu un Jean-Paul II ? Au contraire, là où la symbiose s’est mal faite, comme en Europe du Nord, les pays ont versé dans la Réforme, la France se trouvant à mi-chemin[2].  L’alliance intime du fait religieux et du fait national a connu son dernier épisode  dans la résistance au communisme – y compris en Russie. Qui dira que lutter contre une idéologie totalitaire monstrueuse  était de l’idolâtrie ?  

 

4. Admettons  que les considérations purement économiques (et donc égoïstes) soient une raison insuffisante   pour refuser l’afflux d’immigrés, d’autant qu’elles ne sont  pas toujours convaincantes. Il reste qu’on ne saurait dire    que les pays d’accueil  doivent  aux réfugiés un emploi ou  un logement de bon niveau  quand une partie de leurs ressortissants en manquent. Ne leur est dû que le strict nécessaire  pour  survivre,   une assistance médicale  et le respect de leurs droits  fondamentaux : ne pas subir des violences ou des injustices arbitraires,   mais non un certain nombre de droits  dits réels  tels  que le travail,  un compte en banque, un revenu substantiel  et surtout le droit de rester indéfiniment en Europe.  C’est déjà bien plus que ce  à quoi ils peuvent s’attendre dans presque tous les autres pays du monde.

Deux confusions ne sauraient être faites : la première entre les devoirs des individus et ceux des  responsables publics. Un individu isolé peut et même parfois doit sacrifier  son intérêt personnel au  service des autres, selon la logique des conseils évangéliques ; mais tout le monde  n’est pas dans la position du Père Kolbe[3]:   ceux qui ont la responsabilité d’autrui, du père de famille au chef politique,  n’ont nullement mandat pour  prendre ce genre de décision  à la place de ceux qu’ils   doivent d’abord   protéger.

La deuxième confusion porte sur l’obligation de  charité : il y a toujours eu une hiérarchie dans son exercice : le prochain, ce n’est pas l’humanité abstraite, c’est d’abord (après Dieu)  son conjoint et ses enfants, puis ses proches, ses voisins, et en dernier lieu seulement l’humanité en général. On veut bien admettre que le migrant se fait proche et donc prochain en venant jusqu’à nous ;  mais là  aussi, il faut distinguer : si   des  individus  mus par l’esprit évangélique peuvent leur  donner  la priorité à leur propre dépens, les chefs des peuples ont, eux, le devoir de respecter les préséances naturelles. Une France qui a plusieurs   millions de chômeurs ne doit pas un emploi aux réfugiés. Une Italie où  les jeunes couples se réfugient dans les parkings pour faire l’amour (pardon Messeigneurs !), faute d’espace intime chez les  parents qui les hébergent, ne doit pas réserver les logements  sociaux, déjà insuffisants,  aux étrangers. Comment s’étonner que,  face à des choix qui délaissent les normes  multiséculaires du  bon sens,  beaucoup de ces jeunes Italiens aient eu  le sentiment  d’être comme « des brebis sans berger » ? Le dernier scrutin de ce pays n’est-il pas une cinglante sanction de ceux qui les ont jusqu’ici dirigés sans se soucier de leur  situation réelle     ?  

On ne saurait non plus opposer les  exigences de l’Evangile à celles d’une morale supposée  archaïque et   barbare ; si  des individus sans responsabilité peuvent prendre la voie du sublime évangélique, les gouvernants et   autres responsables civils n’ont pas  le droit de  présupposer chez leurs protégés les  qualités évangéliques les plus élevées, ni la mission  de les  leur inculquer. Le péché originel  interdit d’organiser la cité en misant tout  sur la bonté des hommes : on sait ce qu’il   est advenu quand d’autres ont voulu par exemple extirper, au nom des mêmes idéaux, l’instinct de propriété : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles »   (Chesterton). On en connait les suites : « qui veut faire l’ange  fait la bête » ;   hier le totalitarisme,  demain  la guerre civile ?  

5. Le premier devoir vis-à-vis des réfugiés ( les vrais naturellement) est de faire qu’ils n’aient plus besoin de l’être  et qu’ils puissent donc rentrer chez eux. Cela signifie de tout faire pour ramener la paix dans les pays d’où ils viennent. Cela  signifie encore plus clairement de ne pas y mettre la guerre.   

Or si on considère la situation des différents pays d’où ont afflué  les réfugiés: Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, ce sont les  puissances occidentales  qui sont directement  responsables du fait qu’ils sont en guerre, France comprise. Il arrive que les responsabilités dans le déclenchement d’une guerre soient partagées,  mais là,  elles ne le sont pas. Les gouvernements de l’Europe occidentale  membres de l’OTAN,   ont tous collaboré à apporter  une aide militaire aux mouvements  réputés démocratiques, qui étaient en réalité  djihadistes,  dont le but était de renverser le gouvernement légitime de la  Syrie, plongeant  le pays dans une guerre civile épouvantable.  Si l’espoir de  paix revient aujourd’hui, ce n’est pas à ces gouvernements là  qu’on le doit  mais à la Russie de Poutine et, dans une moindre mesure,  à Trump. Face à ces agissements  criminels, que les chrétiens d’Orient  connaissent bien pour en être les premières victimes, on cherche en vain une autorité religieuse occidentale[4]  qui ait élevé la voix pour mettre en cause les  gouvernements des pays chrétiens (ou ex-chrétiens) qui se sont  acharnés  à plonger le Proche-Orient dans la guerre,  ni  pour dire clairement qui était responsable de ces guerres. La postérité jugera peut-être un jour plus sévèrement ce silence que celui que l’on a imputé au pape Pie XII durant  la seconde guerre mondiale[5].

Allons plus loin : ces expéditions qui ont plongé pas  moins de sept pays dans le chaos se sont faites au nom des droits de l’homme  et  de la nécessité d’ « ouvrir » au monde des pays  fermés (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie). Des idéaux souvent applaudis par les gens d’Eglise qui ne semblent pas  avoir conscience de leur aboutissement criminel.  A l’inverse, un Trump qui  s’efforce  d’y  ramener la paix,  sera  suspect parce qu’il  construit un mur à la frontière du Mexique . Ceux qui ont élevé des enfants savent pourtant que pour éviter les disputes entre eux, la sagesse commande parfois de les séparer…

Curieusement les plus ardents partisans de l’accueil sans  frein des réfugiés :   Union européenne, Foundation for an Open society de George Soros, une grande partie des médias, ONG  de tout poil, toutes forces dites  progressistes, sont généralement  les mêmes qui ont applaudi des deux mains aux entreprises de déstabilisation des pays du Proche et Moyen Orient. Sachant  que la plupart   de ces forces sont par ailleurs  ouvertement  antichrétiennes, beaucoup de fidèles sont  surpris de voir les chefs des Eglises faire cause commune avec elles.   

 

6. Il serait possible à l’Europe occidentale d’accueillir beaucoup d’immigrants mais à condition qu’ils se convertissent en masse à la religion historique du continent  qui est le  christianisme. Une telle conversion est sans doute  le seul espoir qui reste, compte tenu des évolutions  démographiques, d’y  maintenir la paix civile. Moins que l’immigration en tant que telle, c’est le différentiel  de fécondité  qui conduit  à terme l’islam en Europe occidentale à une position de force, pas nécessairement majoritaire, face au bloc des héritiers naturels  de la civilisation européenne, qu’il s’agisse des Eglises ou des héritiers des Lumières.  Or il n’y a pas d’exemple qu’une telle situation, celle d’un pays pluriconfessionnel ou multiculturel, n’ait pas conduit à la guerre civile :   le Liban,  la Bosnie, le Sri-Lanka  sont là pour nous le rappeler. Au mieux le multiculturalisme conduit à la dictature, comme le montre l’exemple de la Syrie et comme on en voit déjà les prémisses en Europe, par le développement de la police de la pensée  ou des lois d’exception. La vertu de prudence commande d’être  conscient  de ces risques.

Or il est très peu  question aujourd’hui de conversion dans  les sphères officielles du catholicisme – et du protestantisme en dehors des évangéliques. Tout se passe comme si le même monde ecclésiastique qui  veut que  les Etats ouvrent leurs portes aux migrants, s’attachait à fermer celles  de ses   églises  aux candidats au baptême ; à tout  le  moins beaucoup sont-ils    très réticents pour les  accueillir : les convertis de l’islam qui ont déjà pris beaucoup de  risques dans leur démarche se  plaignent en majorité de ce manque de soutien. La priorité  affichée est  au respect des « diversités culturelles »[6]  de ces nouveaux venus  qui incluent, même si cela n’est pas dit franchement,   le maintien dans  la  religion musulmane.   Une religion qui   est aussi une civilisation très différente de la nôtre et qui comporte des aspects singulièrement aliénants, en particulier pour les femmes. Le prosélytisme, fait sans précédent dans l’Eglise, est découragé, voire blâmé. On n‘a pas assez dit combien une telle attitude qui tend, de manière subliminale à réserver le message du Christ aux Européens de souche contient de racisme inavoué.   Et il faut répéter quels risques mortels elle fait courir à terme  à la paix  civile.

 

7. Les chrétiens d’Orient, de manière  unanime,  déconseillent  aux Européens   d’accueillir en masse des  réfugiés musulmans,  or personne ne  les écoute. Ils ont pourtant la double légitimité de l’ancienneté dans le monde chrétien et du martyre. Ils ont payé cher, bien plus cher que nous,   aux cours de l’histoire,  y compris la plus récente,  pour savoir ce  qu’implique la coexistence avec  l’islam. Ce n’est pas à eux qu’on racontera qu’il est « une religion d’amour et de paix ».  Les évêques d’Afrique noire n’ont pas une position  différente. Quand ils prophétisent que ce qui leur est arrivé hier  nous arrivera demain,  les chrétiens d’Orient expriment , outre l'amour de notre culture, leur crainte de perdre  cette base arrière qu’a longtemps constitué pour eux l’Europe. Comme dans la réticence  à la  conversion des  musulmans,   ne peut-on voir dans ce mépris de l’opinion des  premiers concernés   une forme de racisme ?  Les chrétiens d’Orient sont bons pour alimenter les intentions de prière mais sur le plan géopolitique, leur opinion semble ne pas compter.

Il va de soi que s’il n’y avait pas déjà une minorité musulmane significative en Europe occidentale, s’il n’était question que d’accueillir des individus ou des familles isolés  ou encore d’authentiques  opposants aux régimes en place, on comprendrait que le refus de l’accueil par des chrétiens soit  blâmable. Mais la situation de l’Europe est telle   que l’accueil des  migrants n’ est  plus un problème individuel, une question de pure charité :  il a  un impact sociologique et historique  considérable ; il est devenu une question clef  pour l’avenir de notre continent, celle de  la  concorde qui règne entre ses habitants, et celle de  son caractère de  pays d’héritage chrétien.  Si les autorités religieuses européennes de toutes dénominations,   ne prennent pas très vite conscience  de la manière réelle dont se pose le problème, elles s’exposent à  un grave discrédit  qui risque d’aggraver encore la   désaffection des peuples vis-à-vis des Eglises. « Le bon pasteur connait ses brebis ».  En l’espèce, ça reste  à démontrer.

 

Non seulement les autorités politiques d’Europe occidentale ont le droit de s’opposer à  de nouvelles vagues migratoires  et les populations de les soutenir dans cette attitude, mais elles  en ont le devoir, dès lors que c’est elles qui ont la responsabilité, avant toute autre considération,  de préserver la paix civile. La rupture de la paix civile est  le  plus  grand malheur qui puisse arriver à un peuple, non seulement quant à son bien-être, mais quant à la moralité,  la guerre ouvrant toujours  la porte  à la haine exacerbée  et aux pires atrocités.  Pour qui est en charge de gouverner un peuple, préserver les conditions de la  paix civile est le premier  devoir de la charité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

[1] Gn 15,5

[2] Le patriotisme français a sa dimension catholique : « Catholiques et Français toujours !»   mais elle n’est pas exclusive : il a aussi sa dimension gallicane  puis républicaine.

[3] Le père Maximilien Kolbe donna sa vie en échange de celle d’un père de famille   à Auschwitz-Birkenau  (1941).

[4] Nous en exceptons le pape Jean Paul II lors des guerres, d’Irak et de Yougoslavie et plus récemment une incise discrète du cardinal Sarah dans   Dieu ou rien, Fayard 2015.

[5] A tort selon nous.

[6] Cf. Amoris Laetitia, § 46

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:33

DANS LEUR   CONFLIT AVEC LES AMERICAINS, LES EUROPEENS NE DOIVENT PAS SE TROMPER DE TERRAIN

 

L’Europe s’indigne des mesures protectionnistes que vient de prendre le président Trump,  ou des menaces qu’il profère à son encontre suite à son retrait de l’accord avec l’Iran,  et elle a raison.

Il se pourrait cependant qu’elle ne choisisse pas le bon terrain d’affrontement.

Il est clair que les mesures protectionnistes de Washington,  en particulier celles qui concernent l’acier et l’aluminium,  provoquent un concert de protestations bien plus important que  le diktat qui impose aux entreprises européennes, sous peine de graves représailles , de cesser tout commerce avec l’Iran.

Il nous semble pourtant que ce dernier est plus  scandaleux et que c’est lui    qui devrait  indigner le plus l’opinion européenne.

Il n’y a rien d’illégitime à ce  que les Etats-Unis veuillent pratiquer un certain protectionnisme : certes les accords du GATT, devenu OMC, ont tendu  à le faire reculer depuis 1945 mais il demeure  un des instruments légitimes de souveraineté dont dispose un Etat  pour protéger son économie. Les motivations de Trump sont en l’occurrence  respectables : redonner du travail aux  ouvriers américains, redresser la balance du commerce, maintenir des  secteurs stratégiques (que nous, nous délaissons). L’impact du libre-échange est discutable : de moins en moins d’experts y voient la panacée de la croissance.

Beaucoup moins légitimes sont les  suites du retrait de l’accord nucléaire iranien par les Etats-Unis : décision  imposée unilatéralement à  leurs  partenaires, elle heurte gravement le droit international. L’extraterritorialité de la justice américaine représente  un danger grave pour la souveraineté des autres Etats et leurs intérêts économiques, comme on l’a  vu avec l’affaire  Alstom : cette entreprise stratégique n’a pu passer sous contrôle américain que grâce  à la lourde amende  infligée par un tribunal américain dans une  affaire   qui ne s’était pas passée sur le sol des Etats-Unis.

Une  riposte claire et forte à l’encontre de ces pratiques  nous parait plus urgente  que les criailleries relatives à   l’acier et à  l’aluminium.

 

Une inversion des valeurs

 

Hélas le pays  européens, prisonniers de  l’idéologie mondialiste  en  sont arrivés à  une véritable inversion les valeurs. Les mesures protectionnistes de Trump choquent l’idéal  de libre-échange universel qui se trouve au cœur  de la pensée dominante occidentale depuis des lustres. Elle constitue à leurs yeux une faute grave, une remise en cause d’ordre  mondial. Au contraire, les mesures prises  l’encontre de l’Iran que les Etats-Unis obligent les Européens à suivre  malgré eux,  ne touchent que leur souveraineté ; elles  s’inscrivent au demeurent dans un conflit proche-oriental que  beaucoup, même de ce côté-ci de l’Atlantique,  voient   comme une lutte du bien contre le mal, d’un certain universalisme à l’encontre du particularisme  iranien.  Anesthésiés par le dépassement du cadre national,  européen ou globaliste, ils prennent pour  grave ce qui ne l’est pas et pour  normal ce qui devrait les indigner le plus.

Les intérêts lésés par les sanctions contre l’Iran sont des plus sérieux  : les menaces américaines conduisent à la suspension des projets de   Peugeot et de  Renault, à l’ annulation des commandes d’Airbus, au  retrait de Total et d’Engie, soit  un préjudice considérable pour l’économie française. L’économie allemande est également touchée à travers  Siemens et ses banques. Mais peut-être moins que l’économie française. Au contraire le protectionnisme américain touche plus l’économie allemande.  Cette dissymétrie ne suffit cependant pas à expliquer la réaction européenne.  Il reste qu’il est  dans l’intérêt de la France   de renverser les perspectives pour  mette la question iranienne au centre du débat, quitte à se monter plus flexible sur les mesures protectionnistes prises par Trump.  

 

Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:30

LES ETATS-UNIS ET LEURS ALLIES FONT-ILS VRAIMENT CE QU’IL FAUT POUR DECOURAGER    LA PROLIFERATION NUCLEAIRE ?

 

La rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un qui a eu lieu à Singapour le 12 juin fait apparemment avancer la cause de la non-prolifération nucléaire puisque la Corée du Nord a promis une dénucléarisation d’ici dix ans.

Mais quel honneur pour un si petit pays de pouvoir rencontrer d’égal à égal et avec un tel faste le chef de la première puissance mondial ! Il n’est pas sûr qu’il l’aurait obtenu si elle ne s’était d’abord dotée de l’arme nucléaire.

Il faut aussi mettre la question nucléaire en relation avec l’équipée du 14 avril denier qui a vu les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France se ruer sur la Syrie pour la bombarder en parfaite violation du droit international ?

Certes la raison du plus fort a toujours prévalu. Mais elle ne s’est que rarement affichée de manière aussi brutale depuis une trentaine d’années, années qui voient dans la plus parfaite impunité, les Etats-Unis et leurs alliés se ruer pour bombarder des pays petits et moyens sous des prétextes généralement mensongers ou hypocrites, et la plupart du temps en violation du droit international : Serbie, Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, Yémen.

D’autres types d’ingérence se multiplient un peu partout dans le monde.

La Corée du Nord déclare renoncer à terme à l’arme nucléaire mais elle sait mieux que quiconque que si elle n’a jusqu’ici pas été agressée, c’est parce qu’elle la détenait.

Comment d’autres pays, comme l’Iran, n’auraient-ils pas compris que le seul moyen d’éviter de subir le sort de l’Irak ou de la Libye est d’en disposer eux aussi, même si l’Iran a cru pouvoir signer l’accord de 1995 qui gèle son programme nucléaire militaire ?

Etrange situation où ceux qui combattent avec le plus d’énergie la prolifération font en même temps tout pour l’encourager.

Il est clair que seul un retour au droit international, à rebours de son démantèlement programmé par les John Bolton et autres   faucons de Washington, permettra d’éviter l’extension du fait nucléaire et de rendre la terre plus sûre.

 

Roland HUREAUX

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:26

 

http://comite-valmy.org/spip.php?article10033

 

http://www.bvoltaire.fr/reforme-de-sncf-serait-debut-de-desagregation-de-letat/

 

Beaucoup, en particulier à droite, n’ont pas saisi le danger que représenterait pour notre pays un éventuel succès de Macron dans la réforme du statut des cheminots.  

Si ce statut saute, c’est, dans la brèche ainsi ouverte, le statut de la fonction publique elle-même qui serait  remis en cause.

Les libéraux s’en réjouiront. Ils n’ont pas saisi que cet effacement des statuts sera la porte ouverte à un recrutement massif de contractuels dont on peut d’ores et déjà prévoir les critères, au vu de l’état d’esprit qui règne dans les hautes sphères de l’Etat  :   priorité à la diversité, discrimination positive, haro sur les « mâles blancs » !

L’Etat français, l’Etat républicain, avec ses forces et ses faiblesses - et les faiblesses tiennent bien plus aux reformes hasardeuses qu’on lui a infligées depuis trente ans qu’à un vice congénital, représente le dernier bastion d’une certaine France. Recrutés parmi les nationaux, au travers de concours qui n’ont longtemps pas laissé place à la faveur, les fonctionnaires de l’État assurent la pérennité nationale à travers les générations.

On dénigre aujourd’hui beaucoup le corporatisme mais c’est lui qui a fait la force de la France. Les Ponts et chaussées ont équipé le territoire, les Mines accompagné le développement industriel, le Génie rural celui de l ’agriculture ; instituteurs, postiers, gendarmes avaient d’abord le souci de faire du bon travail jusqu’à ce que des réformes destructrices ne démoralisent ces professions.   

La doctrine dominante, d’inspiration anglosaxonne, veut remplacer l’esprit de corps par un système de primes de type « pavlovien » : quelle régression que de  passer  d’un agent de l’Etat fier d’appartenir à un corps et d’être reconnu par ses pairs à  un employé anonyme courant après le primes, lesquelles sont déjà, là où le système a été mis en œuvre, distribuées dans l’opacité et l’arbitraire !

Au Royaume uni, une gestion entièrement libéralisée est loin de faire l’ unanimité : hausse incontrôlée du prix des billets, trains supprimés et réduction du personnels conduisent près de deux Britanniques sur trois à souhaiter une renationalisation complète[1].   Un rapport récent du Parlement   met en cause les effets délétères tant pour le personnel que pour les voyageurs d’une gestion, selon ces nouveaux principes   d’ une filiale de la SNCF outre-Manche. 

 

Des principes dogmatiques inadaptés

 

La réforme de la SNCF, comme celle qu’on veut appliquer à l’Etat, est la mise en œuvre   des principes dogmatiques de libre concurrence qui inspirent les directives de Bruxelles, lesquelles ne tiennent aucun compte de la spécificité des pays. Peut-être même ont-elles l’ambition sournoise de détruire    celle de la France, d’araser la spécificité de notre pays – pour quelque part  l’affaiblir.

Spécificité particulièrement remarquable de notre pays :  un monde rural vivant, ordonné et diversifié que des forces obscures s’attachent, lui aussi, à normaliser :  l’extension de la logique libérale à la SNCF conduira, n’en doutons pas à un délaissement   supplémentaire des territoires.

Face à ce libéralisme dogmatique, beaucoup d’économistes pensent que la libre concurrence intégrale n’est pas adaptée et que dès lors qu’il n’est pas   question de dédoubler les réseaux, une gestion intégrée est préférable. 

Beaucoup à droite se targuent aujourd’hui de se dire « conservateurs » : eh bien !  Qu’ils le soient jusqu’au bout, qu’ils se soucient donc de conserver cette grande réussite qu’ont été nos « chemins de fer français ».

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1]  https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/au-royaume-uni-la-privatisation-des-chemins-de-fer-deraille-628489.html

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:24

 

https://www.observatoiredeleurope.com/Federalisme-souverainisme-pour-en-finir-avec-les-ismes-trompeurs_a2248.html

 

Jamais on ne  dira assez combien  le choix des mots importe dans les batailles politiques.  Hélas  la paresse intellectuelle  qui règne dans les milieux  de droite  empêche qu’ils s’en rendent compte.

Cela vaut aussi pour les patriotes adversaires de l’Europe de Bruxelles qui ne  sont pas tous  de ce bord.

Cela fait quarante ans  que les intéressés dénoncent comme des perroquets l’Europe  fédérale, l’Europe fédérale. Mais pourquoi  fédérale ? Parce qu’a   apriori  une union de nations  est une fédération. Parce que surtout  les partisans de cette formule se sont  donné  ce qualificatif. Un qualificatif gentil : fédérer, c’est réunir, c’est tisser des liens.

Or non seulement l’utilisation de ce mot est maladroite : on ne donne jamais un nom valorisant  à son adversaire : le général de Gaulle dont  le moindre talent n’était pas  la communication l’avait compris : il ne parlait jamais  d’Europe fédérale mais d’Europe supranationale, ce qui évoque une machinerie lourde et oppressive, beaucoup moins sympathique qu’une fédération.

Le mot de fédéralisme  n’est pas seulement  de la mauvaise communication, il est  faux. C’est  d’ailleurs un principe éthique    méconnu  que la meilleure communication  est , la plupart du temps,  de  dire tout simplement  la vérité,  ce qui ne va pas de soi car beaucoup , faute de réflexion , lui préfèrent des formules toutes faites.

Pourquoi l’Europe de Bruxelles n’est-elle pas  fédérale ? Dans une vraie fédération, les affaires de second  rang sont laissées aux entités fédérées. Or  Bruxelles non seulement ne les leur laisse pas mais ne cesse de les faire remonter   : l’Acte unique de 1987, au motif de   réaliser un marché unique totalement homogène sur le plan réglementaire,   a enlevé aux länder allemands leurs  compétences de réglementation  économique et professionnelle  pour le   transférer  non à  Berlin mais à Bruxelles (alors même qu’aux Etats-Unis, une partie de ces compétences reste aux Etats).    Quant  au principe de subsidiarité, invoqué  à l’ article  5 du traité de Lisbonne ( repris de l’article 3 B du traité   de Maastricht)  ,  il est parfaitement mensonger  car y font exception  notamment les « acquis communautaires », c’est à dite tout ce qui a déjà été transféré au niveau central et ce qui peut encore l’être , soit  « ce qui peut être mieux réalisé au niveau communautaire. »  

On ajoutera que dans une vraie fédération, le niveau central  n’a aucune relation directe avec les niveaux autres que fédéré  (-1) et laisse à ce dernier la tutelle des collectivités locales (- 2, -  3 etc.) C’est ce qui se  passe en Suisse  ou en Allemagne, pas en France.  Mais la France n’a jamais  prétendu être un Etat fédéral. Or  à Bruxelles, on fait comme en France et même pire : au nom d’une fumeuse Europe des régions, l’échelon central  ne cesse de doubler les Etats  pour traiter directement avec les régions, les départements, voire les  communes.

Les amateurs de  théorie  politique verront une autre raison pour laquelle   la  construction européenne  ne saurait    être fédérale. Jean-Jacques Rousseau   l’a dit : plus  une entité politique est vaste  – et diverse  -, plus elle doit être centralisée : un Empire plus qu’un royaume, un royaume plus que de  petites    républiques  comme celles qui composent la  Suisse.  Barroso, ancien président de la Commission qui s’y connait,    qualifiait, on s’en   souvient,  l’Europe d’ « empire non impérial » : empire quand même.

Mais l’Europe est  plus qu’un  empire : c’est une création  idéologique destinée à refaire l’homme européen en vue de  l’arracher aux démons du passé que s’appellent nationalisme, chauvinisme,  protectionnisme. Or les idéologues sont gens méfiants : comme les  dévots  soumis à la tentation, ils se sentent assiégés par  ces  démons du passé qu’ils veulent combattre  mais qui renaissent toujours, qu’ils qualifient de  populismes. Face à cette montée inexorable des oppositions, il est hors de  question  qu’ils laissent, comme on le fait dans une véritable  fédération,   la bride sur le cou aux échelons inférieurs : qui sait ce qui qu’ils pourraient en faire ?  Une  vraie  fédération repose sur la confiance ; or   la construction européenne, dont Jean-Claude Juncker a rappelé qu’elle ne saurait être démocratique, est  fondée, dès le départ, parce qu’idéologique, sur  la méfiance.

 

La souveraineté n’est pas une secte

 

Et les souverainistes ? C’est un peu pareil mais à l’envers. Là aussi De Gaulle se garda  bien d’employer ce mot. Ce  sont   patriotes  eux-mêmes qui l’ont importé du Canada. Généralement   chatouilleux sur la francophonie, ils ont adopté  un mot qui n’était pas du bon  français. Affrontés à tous  les  partisans d’une Europe idéologique qui les accusent d’archaïsme, il leur  fallait encore s’affubler d’un nom qui évoque,  que nos amis Canadiens  ne nous en veuillent  pas, l’  homme des bois. Comme ces victimes affligées du syndrome de  Stockholm tendent  le cou au bourreau, ils ont voulu   faciliter la tâche à leurs adversaires  lesquels  ont eu beau jeu  de disqualifier ce vocable. Bravo la com. !

Mais il y a une autre raison, plus fondamentale, pour  dire que c’est un mauvais mot : la souveraineté n’est  qu’un autre nom de la liberté, collective au lieu d’être individuelle.  Or    la liberté n’est pas une secte, elle est une évidence. Je ne me qualifie pas de libéral du simple fait  que  je suis attaché à ma liberté individuelle. Pas davantage  un Européen légitiment attaché à la souveraineté   nationale n’a pas à se dire souverainiste.  Il est dans l’ordre naturel de choses et cela lui suffit.   Laissons les ismes au camp  adverse.

 

Roland HUREAUX

 

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:21

 

Au sujet de l’accord de Singapour entre Trump et Kim

 

La rencontre de Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un est incontestablement un acte de paix.

Même si on ne sait pas encore quelles en seront toutes les suites,  l’initiative de Trump  a changé la donne dans cette région du monde. Il  a débloqué une situation de tension gelée depuis des années.

Trump est aussi celui qui a décidé de retirer les troupes américaines de Syrie, malgré les efforts aussi pathétiques que ridicules de Macron  pour qu’il les y maintienne.

Et Trump que l’opinion commune  dit être un danger pour le monde, à qui il arrive de parler  avec une violence sans précédent dans les relations internationales, n’a encore déclenché aucune guerre, à la différence de son prédécesseur si policé  Obama – et de sa si intellectuelle secrétaire d’Etat  Clinton  qui en ont déclenché quatre.

Trump est d’autant plus obligé de jouer les durs   qu’il se trouve  en porte à faux comme aucun de ses prédécesseurs  ne l’avait été  : désireux de rencontrer Poutine en tête à tête , comme  il serait normal qu’il le fasse  , il en est empêché par la procédure  lancée par ses adversaires   pour l’aide supposée que la Russie lui aurait apportée dans son élection.   Face à une administration hostile,  il est contraint à des  déclarations violentes – contre la Syrie, l’Iran, voire Russie ( et  hier la Corée du Nord) , ou à des simulacres de terribles bombardements comme celui du 14 avril dernier en Syrie méticuleusement planifié   avec les Russes  pour ne faire de mal à personne. Chemin difficile d’un homme de paix à qui tout soupçon de faiblesse serait fatal.

On dit que Trump veut élever des frontières, notamment avec le Mexique. Ses prédécesseurs néo-libéraux étaient, eux, prompts à les effacer , dans les Balkans ou  au Proche-Orient, quitte à détruire toute structure étatique,  à coup de B 52.

Si vis  pacem , para bellum dit le  vieil adage . Le cas de Trump illustre  bien ce qui s’observe si souvent dans les relations internationales  : ceux qui paraissent les plus durs, les plus menaçants, les plus raides dans la défense de leurs intérêts nationaux   ne sont pas  forcément , quant au fond, les  plus belliqueux.

Le président Nixon passait pour un faucon, un extrémiste de la guerre froide. C’est cependant lui qui a ramené  la paix au Vietnam, tendu  audacieusement  la main  à la Chine de Mao, ouvert avec l’URSS un  dialogue qui conduisit aux  accords SALT et à ceux d’Helsinki.   A l’inverse, le président   Kennedy, bien mieux vu de l’opinion internationale, qui savait si bien jouer de son  charme juvénile , reste celui qui a  commencé le guerre  du Vietnam  laquelle   devait s’avérer un drame majeur pour ce pays et un terrible  échec pour l’Amérique.  Après lui, Johnson, bien vu aussi de beaucoup  pour sa politique sociale et son combat contre les discriminations,  ne sut que s’y enfoncer.

En France, le général de Gaulle réputé  nationaliste ombrageux, mal vu des  bien-pensants de tous bords, a terminé deux guerres et n’en a commencé aucune.  Les démocrates-chrétiens du MRP, si modérés, si bien élevés, si proches de l’épiscopat, ne surent que jeter de l’huile sur le feu au commencement des guerres d’Indochine et d’Algérie. Il fallut faire pour dénouer ces deux conflits où la IVe République s’enlisa faire appel à un juif franc-maçon, Mendès-France,  et  au général qu’on soupçonnait dans les sacristies de ne pas être une vrai catholique, sans doute parce qu’il cultivait trop la vertu de force.     

Ainsi l’habit ne fait pas le moine. Depuis longtemps déjà, ceux qui font la paix ne sont pas les plus onctueux,  ni les  moins  rudes, ceux qui font la guerre ont souvent l’air de gens très convenables.

 

Roland HUREAUX    

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:20

 

 

https://www.iveris.eu/pdfdn.php?id=349

 

Toutes les religions ayant une dimension morale ont à répondre à une question fondamentale :  les succès terrestres sont-ils le signe que leurs bénéficiaires sont meilleurs et qu’ils ont raison ?   Répondre positivement n’est pas absurde dans la mesure où toutes les morales, pour l’essentiel, ont un fondement anthropologique : elles visent à réguler la nature humaine dans le but de lui faire atteindre le meilleur. C’est ce qu’exprime   par exemple le livre des Proverbes : « Observe mes préceptes, et tu vivras » (Pr 7,2).

Qui doute que la sobriété soit plutôt meilleure pour la santé et même pour la réussite sociale ? Ou le bon ordre des familles pur l’éducation des enfants ?   Il en est de même pour tous les préceptes   largement communs à toutes les religions.

Mais d’autres, observant la réalité de la société, voient que la justice ne profite guère aux justes, que les méchants et les injustes remportent des succès que personne ne semble leur disputer alors qu’au contraire, les bons, les doux sont victimes. Il n’y a donc   pas, dira-t-on,  de justice immanente, en tous les cas en ce bas monde.

Les différentes religions se sont positionnées sur cette question de manière diverse.

 

Religions du succès

 

Au sein de la tradition   judéo-chrétienne, s’observe une évolution. Le Pentateuque (dit aussi la Tora) qui ouvre la Bible est presque entièrement sur le premier positon : les Juifs concluent une alliance   avec Yahvé, le Dieu unique, et ce dernier les assistera dans leurs desseins à condition qu’ils obéissant à ses commandements.

L’islam se situe presque entièrement dans la même lignée. Sa figure emblématique, le prophète Mahomet, n’est pas seulement un homme de Dieu chargé d’annoncer la révélation qu’il a reçue d’Allah, il est aussi un homme de guerre qui finit sa vie au faîte du succès, entouré de richesses, de femmes et de serviteurs. Ces succès doivent être pour tous les croyants le gage de la protection d’Allah.

Faut-il faire une exception pour le cas du guerrier martyr ?  Dans l’islam primitif, il ne s’agissait que de promettre une récompense aux   soldats morts au combat, analogue à celle que promettent les religions nordiques (le « banquet d’Odin »), pas d’encourager le suicide. Le terroriste-martyr apparait comme une déviance récente peut-être influencée   par le chiisme sur lequel nous reviendrons. 

Si, comme nous le verrons, le christianisme se trouve aux antipodes, l’idée que le succès terrestre est le signe de l’élection divine est réapparue, en son sein, chez les protestants, spécialement les calvinistes. Ils en sont venus, à partir d’une lecture littérale de certains passages de saint Paul (Rm 8,29), à penser que Dieu avait   d’avance prédestiné certains au salut et d’autres à la damnation. Pour ces derniers, la peine est double car le signe de l’élection divine, ce sont déjà les succès terrestres et donc l’enrichissement. L’enrichissement ne dispense nullement de donner une partie de ses richesses aux œuvres, au contraire, mais elle est le signe de la faveur divine. A l’inverse, ceux qui ne réussissent pas sont suspects d’être prédestinés à la damnation. Cette vision raide et inhumaine    portée par  la Réforme à ses commencements, s’est certes assouplie au sein du protestantisme libéral, mais même parmi ceux qui ne croient pas, elle demeure dans le fond culturel d’un pays comme les Etats-Unis.  Max Weber a montré combien elle avait favorisé  l’essor du capitalisme.

 

Religions du martyre

 

La lignée opposée, celle qui n’identifie pas forcement justice et succès est apparue dans le judaïsme tardif :  le Livre de Job, les Psaumes, les prophètes. Il s’est prolongé dans le Talmud.

Job est un juste devant Dieu et devant les hommes et il reçoit toutes les faveurs terrestres dont un homme de cette époque pouvait rêver : des troupeaux féconds, des fils et des filles, la considération générale. Pourtant   les malheurs s’abattent sur lui et il se trouve   réduit à la pauvreté, à la maladie, gisant sur un tas de fumier. Ses proches considèrent qu’il est puni pour un péché caché ; il refuse pourtant de reconnaitre sa culpabilité mais aussi de désespérer de la justice divine ; il finit par être récompensé de sa patience, en étant rétabli, et au-delà, sans sa position.

Plusieurs psaumes (Psaume 22, 73, 88) montrent la même   déréliction du juste. Le livre d’Isaïe (chapitre 53) présente la    figure du serviteur souffrant : un messie qui ne serait pas un triomphateur mais au contraire un homme méprisé de tous et déchu. L’émergence de cette thématique au sein du judaïsme coïncide avec les malheurs du peuple juif qui perd son autonomie politique à partir de la déportation à Babylone (586 av. JC).

La tragédie grecque a vu émerger la figure de l’homme poursuivi par une fatalité    injuste mais il s’agit rarement d’innocents : Œdipe, Oreste, punis pour des crimes bien réels qui résultent eux-mêmes de la   fatalité.

C’est dans la filiation du judaïsme tardif que se situe le christianisme des origines, tel qu’il s’est exprimé ultérieurement dans les Eglises catholique et orthodoxe. Le Christ est à l’opposé de Mahomet : il est le Juste par excellence, le Saint auquel on ne peut rien reprocher, il est un homme promis à être le messie qui doit relever le peuple d’Israël ; mais ses contemporains s’acharnent   sur lui au point de l’amener, non pas au trône mais à une mort ignominieuse, celle de l’esclave sur la croix. Il connait certes une résurrection glorieuse dont ses disciples voient les prémisses, mais sa destinée proprement   terrestre se termine par un apparent échec. L’omniprésence des crucifix en terre de chrétienté, si paradoxale pourtant, a profondément marqué les mentalités. Après le Christ, les martyrs chrétiens, appelés à témoigner de la vérité de l’Evangile, sont mus par le souci de l’imitation du Christ. Et plus leur sainteté est achevée, plus ils risquent eux aussi   le rejet et la souffrance, y compris de la part de leurs coreligionnaires, comme Jeanne d’Arc. Le martyre se trouve au cœur de la tradition catholique au point que les autels sont, comme la plupart des églises, construits sur les reliques ou les tombeaux des martyrs.

Dans cette perspective, la justice n’offre   aucune garantie de succès terrestre et l’échec ne permet nullement de présupposer que celui qui a échoué aurait commis des fautes.

Dans la suite du christianisme, Manès (ou Mani) fonde au IIIe siècle   en Perse, le manichéisme.  Par les  croyances, il s’agit d’une religion dualiste : au lieu que le Dieu unique vainque finalement Satan, sa créature, comme il en va dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, un dieu du bien et un dieu du mal se livrent un combat perpétuel et ce combat ne se termine pas par la  victoire finale du bien. Loin d’être l’héritier d’un supposé dualisme iranien, Mani en est probablement le fondateur.  Mais Mani a lui aussi la destinée du martyr :  arrêté par le roi de Perse, il meurt chargé de chaînes en 277.

Le culte du martyr n’est pas propre au christianisme. Il apparait aussi, dès les origines ou presque, dans une branche minoritaire de l’islam : le chiisme. Les Chiites ont considéré que le seul héritier légitime de Mahomet était son gendre Ali mais les prétentions   de celui-ci étant été  rejetées par ses compétiteurs, il est assassiné en 661, son fils Hussein est battu et tué en 680 à la bataille de Kerbela .  Il apparait dès lors comme un martyr dont la défaite et la mise à mort ne disqualifient nullement la légitimité. Pas davantage elle ne disqualifie celle de ses héritiers : les douze imams qui se succèdent après lui, dont le dernier, supposé mener depuis des siècles une vie cachée   jusqu’à son retour victorieux à la fin des temps.

Il est vrai que le Christ est mort sans combattre alors qu’Ali est mort en combattant mais si le Christ ne se défend pas, ce n’est pas par une non-violence de principe, c’est parce qu’il ne sied pas au Fils de Dieu venu apporter le salut aux hommes de faire obstacle à ce que la logique absurde de ses persécuteurs aille jusque bout. Sa passion et sa mort constituent un sacrifice volontaire tenu par les Evangiles pour une victoire, nécessaire au salut de l’humanité.

Ali est devenu la personnalité emblématique des chiites, au moins aussi important pour eux que Mahomet.

Ressort de ce tableau la parenté entre le christianisme et le chiisme, beaucoup plus proches que le chiisme ne l’est du sunnisme.  Leur histoire fondatrice les conduit, à la différence d’autres traditions religieuses, à un sens aigu de la tragédie inscrite au fond de la condition humaine et par là à une profondeur qui est la même que celle que l’on trouve dans les grandes œuvres d’art.

Le martyre fondateur les mène à d’autres conséquences analogues : d’abord l’attente d’un rédempteur qui doit venir à la fin des temps.

Le manichéisme conduit au pessimisme le plus radical : les élus pourront certes se sauver, mais seulement leur âme et par la fusion dans un grand Plérôme, proche du nirvâna du bouddhisme lequel, à bien des égards, n’est pas très éloigné de ce que fut le manichéisme, et il n’y aura pour eux aucune   revanche du bien à la fin des temps des temps.  Au contraire, le judaïsme tardif, le christianisme et le chiisme espèrent un rétablissement final du monde et même bien plus.  Puisque le monde ici-bas est souvent injuste, ce rétablissement   viendra à la fin des temps   et il sera réalisé par un sauveur, venant ou revenant accomplir toutes choses. Pour le judaïsme tardif, ce sauveur attendu est le Messie qui apparait   progressivement dans le Testament juif. Pour les chrétiens, il est naturellement Jésus Christ mais l’accomplissement plénier de son œuvre terrestre est retardé :   il reviendra à la fin des temps pour   conclure l’histoire.  Les chiites attendent le retour non d’Ali mais de son douzième successeur, qui ne serait pas mort et qui reviendra donner la victoire aux justes, après des  siècles de persécution : cette figure messianique attendue est le Mahdi, descendant d’Ali.

On a vu comment le christianisme fondé sur le culte du Crucifié a pu dévier vers un calvinisme hautain revenant à la sacralisation du succès, y compris matériel. Certains juifs pensent que, au travers du sionisme, ou au moins de son évolution récente, le judaïsme aurait abandonné le vision élaborée  par les prophètes   dissociant  la justice du succès terrestre,  au bénéfice d’une vision qui n’est  pas très différente de celle du protestantisme nord-américain. La mutation de l’Israël contemporain du socialisme des origines, solidaire et égalitaire, en un néo-libéralisme fondé sur le culte du succès pour les individus et sur le recours systématique à la force sur la scène internationale serait le terme de cette évolution que les tenants du judaïsme des origines tiennent pour une    régression.

Si les religions du premier type ont assuré certains  succès terrestres : l’Israël des juges et des rois, l’islam des origines, le capitalisme protestant, seules les religions du second type, assumant pleinement le drame de l’humanité,  ont conduit aux plus hauts sommets de la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:13

 

A PROPOS DE LA ONZA DE ORO, roman espagnol de Domingo de Silos Manso

 

Je vais vous parler du roman de  Domingo de Silos Manso qui s’appelle La Onza de oro .

Je l’ai lu d’un trait sans jamais m’ennuyer,  voulant sans cesse connaitre la suite.

J’ai connu Silos à l’ENA il y a déjà quarante ans.

Je connaissais sa grande intelligence politique que sa carrière diplomatique  reflète  en  partie.

Je connaissais le regard aigu et souvent plein d’humour qu’il jette  sur les choses  et  les gens.

Mais je en soupçonnais pas son talent  de romancier.

Nous disons en France  :   « Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître »   (Don Rodrigue au Comte dans  le Cid de Corneille.)

C’est bien d’un coup de maître qu’il s’agit.

J’ ouvre une parenthèse : on n’a pas assez souligné combien la pièce   emblématique  du théâtre classique français  , le Cid, le Cid campeador,    se passait en Espagne, comme beaucoup de pièces de théâtre ou de romans français de cette époque , à commencer par Don Juan. Cela témoigne de la forte influence qu’a eue  l’Espagne sur la France à cette époque.

Pourtant ,nous étions  en guerre, mais la guerre n’empêchait pas l’intérêt réciproque , comme la paix n’empêche pas, à d’autres époques,  l’indifférence.

Le roman de Silos est un   coup de maitre par la technique , bien maitrisée  : des chapitres courts,  faciles à lire,  comme le recommandent les éditeurs.

Une langue diversifiée : plus diversifiée que la langue de la télévision  qui nous conditionne aujourd’hui . Ce n’est pas le même genre de diversification qu’Azorin , inspirée  du parler  rural des villages de Castille :   une langue diversifiée aussi mais plus moderne et qui permet à l’auteur de jeter  un regard amusé et amusant sur les choses et les hommes – et les femmes .

L’auteur est très bon  dans la description des ridicules de la petite bourgeoisie   commerçante de la Ville,   en particulier la belle-mère de Cita,   Tina.

Ce roman raconte le succès d’une self-made woman, d’une famille pauvre dans une ville petite ou moyenne d’Espagne (on ne dit pas laquelle) et qui devint une grande industrielle, sans jamais perdre sa simplicité.  Il est assez facile de voir comme l’ont fait déjà les commentateurs qu’elle symbolise   l’histoire de l’Espagne de 1940 à 1990.

Cette histoire m’est personnellement familière,  d’abord parce que j’ai eu le privilège de passer une année en Espagne en 1977, à un moment critique, un an et demi après la mort de Franco.

Ensuite parce que la  vie officielle de la ville dont il est question ressemble terriblement à celle des villes françaises de la même époque  que j’ai connues par la préfectorale :  le préfet ( governador civil) , les autorités officielles, la chambre de  commerce, la Caisse d’épargne ( chez nous le Crédit agricole ou la Banque populaire) , l’Université, l’armée  etc. Avec quelques différences :   l’Eglise et les vieilles familles ont vu leur  rôle diminuer plus tôt chez nous,  mais ce ne sont que des nuances. Dans les deux cas, les religions traditionnelles,  patriotique ou catholique, furent , dans la sphère publique, remplacées après la guerre par celle du développement économique. Une nouvelle religion où le personnage principal, Cita, ne pouvait que jouer un rôle essentiel.  

Cette histoire  illustre l’état de grâce que l’Espagne a connu  progressivement pendant  ce demi-siècle.

Etat de  grâce par une libéralisation politique progressive qui a permis de  passer peu à peu d’une dictature militaire  à une démocratie libérale moderne. Cette libéralisation avait commencé avant le mort de Franco, elle s’est accélérée  après sa  mort, le choix du retour à la monarchie, sous l’égide du roi  Juan Carlos s’est ainsi avéré  bon.

Libéralisation progressive de l’Eglise sous  l’effet du Concile Vatican II auquel Silos est particulièrement attentif dans son roman et qu’il voit de manière positive.

Etat de grâce  qui a permis surtout l’ouverture internationale de l’Espagne  et le développement   économique. Un développement économique spectaculaire qui doit plus, je crois,  au pragmatisme et à  la flexibilité qu’à la technocratie . Franco, qui n’était pas professeur l’économie, ni n’avait été à l’ENA,   eut l’habileté de ne  pas se laisser enfermer dans le dogmatisme monétaire rigide qui fut celui de Salazar au Portugal  et qui est aujourd’hui   celui de la Banque centrale européenne.

L’ouverture d’une  fabrique de  chocolat nationale par   Cita est emblématique de ce développement.

Celle d’une usine d’automobiles espagnole, la Seat, en collaboration avec la Fiat italienne,  le fut aussi  . L’industrie éutaombilé était à cet époque le signe par excellence d’un  pays industriel.

Pour toutes ces raisons, le livre mérite d’être un classique : il est en tous les cas autant un livre d’histoire qu’un roman.

Je m’interroge sur la fin de l’histoire qui est aussi la fin l’état de grâce : la vente quasi forcée de l’usine la Onza de Oro  à une entreprise américaine, Candy’s.

Vente forcée, non par le nécessité économique mais par la pression de toute  la ville. Une pression que j’ai du mal à imaginer : je ne connais pas de cas en France où cela se serait passé  ainsi ; les employés craignent chez nous  que la cession ne  soit le préalable à la fermeture de l’usine, comme c’est généralement le cas.

Un cas de ce genre  s’est  passé   à Nîmes en 2007. A peine vendue, l’usine a été fermée.   L’industriel, déjà âgé de 88 ans,  qui l’avait créée et  lui   avait consacré toute sa vie, s’est suicidé. Tragédie de ce queil est convenu d’appeler la mondialisation.

L’auteur nous laisse-t-il  deviner que l‘usine va être fermée, je ne sais.

Si l’histoire est vraie, on peut se demander s’il n’y a pas eu dans cette vente  une manipulation de l’opinion comme certaines agences spécialisées , extra-européennes, savent l’organiser. 

En tous les cas, ce dénouement réintroduit le drame et la tragédie dans  une histoire qui ressemblait beaucoup à un conte de fées .

Une tragédie presque christique ou qui évoque Jeanne d’Arc, puisqu’elle exprime l’ingratitude de toute une population, toutes  classes sociales réunies  à l’égard de sa bienfaitrice.  

En 1950, il y avait  l’Espagne, mais il n’y avait pas la modernisation.

De 1950 à 1990, il y  la modernisation de l’Espagne.

Depuis 1990, il y a de plus en plus la modernisation mais y a-t-il encore l’Espagne ? C’est la question qu’ on peut se poser après avoir refermé ce livre.

 

Roland  HUREAUX

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 07:08

Au sujet d'un  roman de Domingo de Silos Manso

 

Buenos Días,

Voy a hablar de la novela de nuestro amigo Domingo de los Silos Manso que se llama La Onza del Oro.

La he leída de un tirón, sin que nunca me aburra, siempre queriendo saber la continuación.

He conocido Silos en la ENA hace ya 40 años.

Conocía su gran inteligencia política que su carrera diplomática refleja parcialmente.  

Yo sabía   la mirada aguda y a menudo llena de humor que tenía    sobre las cosas y la gente.

Pero yo no sospechaba   su talento de novelista.

Digamos en Francia: “Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître” «Para una prueba, fue un golpe de maestro» (Don Rodrigo al Conde en El Cid de Corneille.)

Y de verdad esta primera novela es un golpe de maestro. 

Hablamos del Cid ; abro un paréntesis: no se señala suficiente el hecho que el drama  emblemático del teatro clásico francés, el Cid, el Cid Campeador tiene lugar  en España, como muchos otros dramas o novelas franceses de esta época, mientras ellos Don Juan. Esto es un testimonio de la fuerte influenza que tuvo  España sobre Francia en este tiempo.

Sin embargo, los dos países estaban en guerra, pero la guerra no impidió el interés mutuo, ya que la paz no previene la indiferencia en otros momentos.

La novela de Silos es un éxito por la técnica de escritura  bien dominada: capítulos cortos, fáciles de leer, como aconsejan los editores.

Un vocabulario diversificado: más diversificado que la lengua de la Televisión que domina hoy. No es el  mismo tipo de diversificación que Azorín, inspirado   en la lengua campesina de los pueblecitos de Castilla. Es un lenguaje diversificado también, pero más moderno y que permite al autor echar una mirada diversificada y divertida acerca de las cosas, los hombres,  y también las mujeres.

El autor es particularmente bueno en la descripción del ridículo de la pequeña burguesía comercial de la Ciudad, especialmente la suegra de Cita, Tina.

Esta novela nos cuenta el éxito de una self-made woman, venida de una familia pobre en una ciudad pequeña o mediana de España (no se dice cuál) y que se convirtió en una gran industrial, sin perder nunca su sencillez.  Es bastante fácil ver, como lo han dicho los comentarios, como este destino simboliza   la historia de España de 1940 a 1990.

Una historia personalmente familiar para mí, porque tuve el privilegio de pasar un año en España en 1977, en un momento crítico, un año después de la muerte de Franco.

La vida oficial   de la Ciudad de esta novela me parece terriblemente similar a la de las ciudades francesas del mismo tipo que he conocidas por la vida prefectoral: el prefecto (Gobernador Civil), las autoridades oficiales, el alcalde, la Cámara de   Comercio, la Caja de Ahorros ( nuestros Crédit agricole o Banque populaire)  la Universidad, la guarnición, etc. con algunas diferencias: es cierto que la Iglesia y las antiguas familias han visto su   papel disminuir antes de este lado del Pirineo, pero estos son sólo matices. En ambos casos, las religiones tradicionales: patriótica y católica, fueron, en la esfera pública, substituidas después de la guerra por la del desarrollo económico. Una nueva religión donde un carácter como el de   Cita, juega   naturalmente un papel clave.  

Este relato ilustra el estado de gracia que España ha experimentado    en la segunda parte del último siglo. 

Estado de gracia por una liberalización política progresiva que ha permitido pasar poco a poco de una dictadura militar a una democracia liberal moderna. Esta liberalización empezó antes de la muerte de Franco, y se ha   acelerada después. La restauración de la monarquía   bajo los auspicios del Rey Juan Carlos fue una buena opción.     

Liberalización progresiva de la Iglesias con el Concilio   Vaticano II, un fenómeno al cual   Silos es particularmente atento en la novela, y que ve de una manera positiva.

Estado de gracia que ha permitido especialmente la apertura internacional de España y el desarrollo económico. Un desarrollo económico muy espectacular que debe más al pragmatismo, yo creo, que a la tecnocracia. Franco, que no era un profesor de economía, ni tampoco había hecho la ENA, tenía la capacidad de no dejarse encerrar en el rígido dogma monetario que era el de Salazar en Portugal y que es hoy el de la Europa.    

La apertura de una fábrica de  chocolate nacional por Cita es emblemática de este desarrollo.

La de una fábrica de coches españoles, el SEAT, en colaboración con el Fiat italiano, lo fue también.   La Industria automóvil era en ese tiempo el status symbol de un país desarrollado.   

Por todas estas razones, el libro merece ser un clásico: es, en todos los casos, tanto un libro de   historia como una novela.

Me pregunto sobre el final de la historia que es también el final del estado de gracia: la venta cuasi obligatoria por Cita de la fábrica de la Onza de Oro a una empresa americana, Candy’s.  

Venta forzada no por la necesitad económica, sino por la presión de toda la Ciudad. Una presión que tengo dificultad para imaginar: no conozco ninguno caso en Francia donde esto haya pasado así. Los empleados tienen generalmente miedo de que la venta sea el preámbulo al cierre de la planta, como suele ser el caso.

Un caso de este género ocurro en Nimes en 2007. Apenas vendida, la fábrica fue cerrada.   El industrial, de 88 años, que la había creado y   dedicado a ella  toda su vida, se suicidó. Tragedia de lo que se llama la globalización.

El autor deja adivinar que la fábrica va a estar cerrada, no sé.

En cualquier caso, este resultado reintroduce drama y tragedia en una historia que parecía antes a un cuento de hadas.

Una tragedia casi crítica, o como el sacrificio de Jeanne d’ Arc, ya que expresa la ingratitud de toda una población, todas las clases sociales confundidas.  

Si es verdad la historia, podemos sospechar una manipulación como ciertas agencias especializadas de otros continentes saben hacer. Pobre Cita.

En 1950, había   España, pero no hubo modernización.

Del 1950 al 1990, había la Modernización de España.

Desde 1990, hay más y más modernización, ¿Pero hay todavía España? Es lo que se puede preguntar después de cerrar este muy interesante libro.

 

Roland HUREAUX

 

 

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