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Roland HUREAUX

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 18:52

LETTRE PERSANE

Réflexions à la suite d'un voyage en Iran

Arrivant en Iran le lendemain de la décision du président Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, qui avait levé les sanctions à l’égard de l ’Iran en échange du gel de son programme nucléaire militaire, on se serait imaginé trouver un pays en état de guerre, ployant sous le poids des sanctions économiques.

Il n’en est rien.  Dans la ville de Machhad, comme dans celle de Yazd où nous sommes allés, l’atmosphère était tout sauf à la guerre.

 

Les Iraniens sont habitués aux sanctions

 

Les sanctions des Etats-Unis existent depuis bientôt quarante ans.  Celles de l’Europe sont plus récentes (2006), mais ni les unes ni les autres n’avaient pas vraiment été levées depuis 2015 en raison de la frilosité des entreprises et des banques.  L’économie iranienne s’est réorientée depuis longtemps vers l’Asie :  la Chine est le principal client du pétrole iranien et   presque tout peut s’ y acheter. Cela n’est pas forcément conforme à ce qu’auraient souhaité beaucoup d’ Iraniens, très tournés vers l’Occident, mais sur le plan économique, rien ne change pour eux.

Comment pourrait d’ailleurs s’inquiéter pour son avenir un pays qui contrôle   les premières réserves de gaz du monde[1] ?

Le risque pour l’Iran serait plutôt, selon nous, de s’habituer à l’économie   de rente au point de faire   l’impasse sur le développement industriel : cela a été la malédiction de l ’Algérie, des pays de la péninsule arabique, ce pourrait, au gré de certains, celle de la Russie (qui, selon John Bolton n’est qu’une « pompe à essence déguisée en Etat »).  Ceux qui brident sa production d’ hydrocarbures, lui rendent peut-être le meilleur service qui soit à terme.

Au vu des statistiques, la véritable sanction de ces dernières années a été l’effondrement du prix du pétrole – et c’est sans doute pour affaiblir la Russie et l’Iran que les  Etats-Unis l’avaient provoqué en accord avec l’Arabie saoudite. Avec son relèvement actuel, la croissance iranienne a repris.

Le pays est vivant, le commerce très actif, des chantiers se dressent un peu partout : dès lors que de l ’argent rentre dans un pays, la pompe est amorcée et il peut y circuler de mille manières. C’est ce qui se passe en Iran.

Le PIB est de 20 000 $ / habitant en parité de pouvoir d’achat, à rapporter à  42 000 $ pour la France. Les prix à la consommation sont très bas, la monnaie s’étant beaucoup dévaluée. 

 

Des Européens plus embarrassés qu’eux

 

La cible de Trump était sans doute autant Obama, dont il veut détruire l’œuvre que les Iraniens.   Trump avait aussi promis ce retrait à Netanyahou et à ses soutiens pro-israéliens, durant la campagne électorale.   Mais la   principale victime de cette décision pourrait être l’Europe.

40 %  des voitures d’Iran sont encore des Peugeot, mais pour combien de temps ?  Peugeot y avait, après l’accord sur le nucléaire, projeté   la construction d’une nouvelle usine ; pourra-t-elle se faire ?  Total et Engie (GDF), ne pouvaient se désintéresser d’un pays qui possède d’immenses réserves d’hydrocarbures. Engie a déjà déclaré forfait. Airbus avait signé un marché pour 100 avions : que va-t-il devenir ? L’industrie allemande (Siemens, Daimler, les banques) pourrait aussi être très touchée.

Le plus probable est que, formellement, les pays européens ne vont pas dénoncer l’accord avec l’Iran mais que les entreprises européennes seront paralysées par la crainte des sanctions américaines. Seule solution : imposer des contre-sanctions aux entreprises d’outre-Atlantique, à condition de bien les choisir. Certains parlent des Gafsa, mais ce sont les ennemis de Trump ; il vaudrait mieux cibler son entourage. Qui osera ?

 

« Ils n’oseront pas nous attaquer »

 

Sur le plan militaire, l’Iran ne parait pas non plus à la veille d’une guerre. Les Iraniens auxquels nous en avons parlé pensent qu’ « ils » n’oseront pas nous attaquer. « De toutes les façons nous les attendons de pied ferme. »

Le risque le plus grand semble être aujourd’hui  que les Etats-Unis et Israël qui ont en travers de la  gorge leur défaite dans la guerre de Syrie  où ils n’ont pas réussi à changer le régime, s’en prennent encore à  ce malheureux  pays et éventuellement au Liban   avec de gros moyens , en prétextant une nouvelle attaque chimique de Bachar el Assad : la ficelle serait   grosse mais elle peut encore servir  compte tenu  de l’anesthésie  des opinions occidentales auxquelles on peut désormais faire croire n’importe quoi . Un des buts de cette attaque serait la destruction des forces iraniennes ou pro-iraniennes (le Hezbollah) dans les deux pays. La Russie pourrait-elle ne pas réagir ? Et ensuite ?

On peut se demander quelle est l’origine de cette assurance des Iraniens ; il y a bien sûr l’histoire récente : leur succès en Syrie et surtout leur résistance dans la guerre avec l’Irak (1980-1990). Celle-ci est pour eux la « mère de toutes les batailles », comme 14-18 pour nous, et ils ont toujours l’amertume envers la France, plus qu’elle soit  intervenue en appui des djihadistes de Syrie, qu’elle ait soutenu Saddam Hussein dans cette guerre. [2]

N’oublions pas que l’Iran est grand comme trois fois le France -  et montagneux, ce que n’était pas l’Irak -  ni qu’il est peuplé de plus de   80 millions d’habitants. Il s’appuie sur trois millénaires d’histoire. Il   est   difficile de comprendre la « force tranquille » de ce peuple sans se référer ces fondamentaux.

Pour cette raison l’Iran se flatte de n’avoir jamais transigé (au moins depuis le renversement du shah) avec Israël, et à la différence de tous les autres pays musulmans, de n’avoir avec cet Etat ni relations d’affaires, ni alliance occulte (comme l’Arabie saoudite). Cette posture fière n’est pas sans relation avec le passé prestigieux de ce peuple, même si les Iraniens, comme les Israéliens, oublient que les Perses et les Juifs étaient   les meilleurs amis du monde antique, selon la Bible.

Il reste que si ce pays, où on fait peu de cas des Arabes, invoque souvent  le sort des Palestiniens  dans  sa guerre de propagande, il a d’abord en tête ses propres problèmes.  

 

Que pensent les Français ?

 

Obsession de tous nos interlocuteurs : que pense-t-on des Iraniens en France ? Il n’était pas difficile de leur dire que nos deux peuples  ne se sont jamais fait la guerre  et que les Français ont plutôt de la sympathie les Iraniens. La colonie iranienne en France est bien intégrée et d’un niveau social élevé, même si le gouvernement iranien nous reproche de soutenir, en son sein, des terroristes.

Et le régime ? La réponse est moins simple : il est difficile de leur dire que le shah était populaire, plus d’ailleurs par sa présence dans la presse « people »    que par ses accomplissements politiques ; ni que le régime des ayatollahs, lui, ne l’est pas.  J’ai suggéré que la prise en otage des diplomates américains tout au long de l‘année 1980, totalement contraire au droit et aux usages internationaux, n’avait pas été   pour peu dans le discrédit du régime issu de la Révolution de 1979, mais la nature de ce   régime, si contraire   à notre conception de la laïcité n’y est pas étrangère non plus.  

Il reste qu’on peut se demander si sans cette étrange dictature à la fois cléricale et policière, aux antipodes de la sensibilité frnaçaise, sans l’encadrement étroit du pays par des religieux, l’Iran aurait pu   soutenir la terrible épreuve d’un bras de fer avec la première puissance du monde.

 L’ayatollah Khamenei a, parait-il, écrit récemment une lettre à tous les jeunes du monde ; qui le sait ? Est-ce la meilleure communication ? J’ai suggéré à mes interlocuteurs[3]   qu’il y aurait sans doute moyen d’améliorer, sinon l’image du régime, du moins celle   du chiisme qui passe, à tort, dans l’Europe chrétienne pour encore plus étrange que l’islam sunnite. La figure d’Ali, emblématique de l’islam chiite est, par son martyre, bien plus proche de celle du Christ que de celle Mahomet qui est, lui, un vainqueur sans états d’âme. Bien plus que le sunnisme, le chiisme intègre le tragique de la condition humaine et a, par là, plus de profondeur. Comme les chrétiens attendent le retour du Christ, les chiites attendent celui du Mahdi. La valorisation de l’esprit de résistance   est une autre convergence.  Tout cela est peu connu tant par les Européens que par les Iraniens et c’est dommage.  Autant qu’à une commune origine indo-européenne, c’est à ces convergences qu’il faut attribuer le  sentiment de proximité qu’éprouvent les deux peuples[4].  

 

Entre rigorisme religieux et modernité

 

Il reste qu’en définitive le principal problème de ce pays dans les années à venir pourrait n’être ni géopolitique, ni économique, mais social ou plus précisément sociétal.

L’enseignement supérieur est aujourd’hui très développé et de grande qualité. La majorité des étudiants sont des filles. Nous avons pu voir une jeune iranienne passionnée de Proust.  Elles portent le voile noir, ce qui ne les empêche pas de se maquiller et de rivaliser de coquetterie, au-delà même de ce que les usages permettent en France aux jeunes filles « bcbg ».  Le taux de fécondité des Iraniennes, le plus bas du monde musulman, est même plus bas qu’en France : 1,7 enfant par femme. Si ce chiffre fait craindre de sérieux problèmes dans l‘ avenir, beaucoup   y voient, à tort ou à raison, un signe de modernité.

Dans son esprit originel, le voile, symbole de discrétion ou d’humilité, était en cohérence avec une vie domestique semi cloitrée. Il semble contradictoire avec l’omniprésence actuelle   des femmes dans la sphère publique comme   employées, journalistes, professeurs, voire militantes nationalistes, ou dans la rue. Les étudiantes que nous avons vues doivent être prudentes, mais d’autres   nous ont dit combien elles n’aimaient pas le régime.  Beaucoup d’Iraniens sont aujourd’hui incroyants. Certains sont tentés par la conversion au christianisme, dans la discrétion car elle est interdite.

La tension entre la modernisation accélérée du pays et un régime religieux rigoriste constitue une contradiction majeure qui finira par éclater.  Si très peu d’Iraniens veulent ce qu’ils tiennent , non sans raisons, pour le dévergondage occidental, beaucoup aspirent au changement.

Face de telles tensions, le principal ciment du pays demeure l’antagonisme américain. Chaque fois que Trump hausse le ton, les Iraniens n’ont d’autre choix que de se rassembler derrière le régime. Ceux qui ne le feraient pas passeraient pour des traitres.

Il se peut qu’en définitive Trump soit le meilleur soutien du régime des mollahs.

 

Roland HUREAUX

  

 

[1] Ou les deuxièmes après la Russie, on ne sait.

[2] Au cours d’une émission de radio, après notre retour, un auditeur nous a appris que son entreprise avait vendu des armes à l’Iran en 1987. Inutile de parler aux Iraniens de l’Irangate et de l’aide reçue alors d’Israël : ils ne le croiraient pas.

[3] Notamment dans un séminaire de mollahs.

[4] Faut-il mettre au compte de la proximité du chiisme avec l’esprit européen, les succès mondains et économiques de l’Aga Khan, chef d’une branche du chiisme ?

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 17:16

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/348-sanctions_americaines_contre_liran_une_epreuve_de_verite_pour_leurope

 

L'annonce du retrait des Etats-Unis   de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, levant les sanctions à l’égard de l ’Iran en échange du gel de son programme d’armement nucléaire ne saurait nous surprendre dans son principe : il est la réalisation d’une promesse de campagne. On est cependant étonné par sa brutalité et la première victime pourrait en être non l’Iran mais l’Europe.

L’Iran, ou nous nous trouvions le jour de l’annonce par le président américain, prend cette décision avec philosophie. La vérité est qu’elle ne change pas grand-chose à la situation de ce pays.

Il subit les sanctions américaines depuis bientôt quarante ans.  Celles de l’Europe datent de 2006, mais ni les unes ni les autres n’avaient   vraiment été levées depuis 2015 en raison de la frilosité des entreprises et des banques devant l’intimidation du gouvernement américain.   Depuis plusieurs années déjà l’économie   iranienne s’est réorientée   vers l’Asie :  la Chine est le principal client du pétrole iranien et on peut presque tout lui acheter. Cela n’est pas forcément conforme à ce qu’auraient souhaité une partie des Iraniens, au fond très tournés vers l’Occident, mais sur le plan économique, rien ne change pour eux.

Au vu des statistiques, la véritable sanction de ces dernières années a été l’effondrement du prix du pétrole. Les 2/3 des exportations du pays sont composés d’hydrocarbures ou de produits dérivés. Avec le relèvement actuel des cours, la croissance iranienne a repris.

Rappelons-le :  les Iraniens contrôlent   les premières réserves de gaz du monde[1] , réserves qui n’ont été découvertes qu’à une date récente. Ils ont aussi les troisièmes réserves pétrolières de la planète et l’Iran est, malgré les sanctions, le 6e producteur.  

 

Un défi pour l’Europe

 

De fait la première victime des sanctions américaines pourrait bien être l’Europe de l ’Ouest.  Peut-être en était-elle même sa première cible.

40 % des voitures d’Iran sont encore des Peugeot, mais pour combien de temps ?  Peugeot y avait, après l’accord sur le nucléaire, projeté   la construction d’une nouvelle usine ; pourra-t-elle se faire ?  Renault avait un projet identique. Total et Engie (GDF) ne pouvaient se désintéresser d’un pays qui possède d’immenses réserves d’hydrocarbures. Engie a déjà déclaré forfait. Airbus avait signé un marché pour 100 avions : que va-t-il devenir ?

Du côté allemand, Siemens, Daimler et les banques étaient engagés : depuis 2015, les exportations allemandes vers l’Iran commençaient à reprendre.  

Autant que le fond, compte la forme de la décision américaine. Grossièrement unilatérale, elle est assortie de pressions brutales auprès des Européens, comme jamais dans le passé, les Américains n’en avaient exercé vis-à-vis de leurs alliés. Les menaces proférées par le nouvel ambassadeur américain à Berlin ont été très mal prises par les milieux d’affaires allemands. Eric Schweitzer, président de la fédération des chambres de commerce et d’industrie allemande, a déclaré que ces menaces « ont provoqué un profond ressentiment au sein de l’économie allemande ». Le voyage d’Angela Merkel à Sotchi où Poutine l’a très bien accueillie, en a été le premier effet.

Si les Européens sont amenés à renoncer à leurs projets d’investissements, les Iraniens n’y perdront pas grand-chose :   les Chinois pourront prendre la place.    Trump aura   ainsi contribué à renforcer la  Chine et à affaiblir l’Europe de l’Ouest. Il n’est pas sûr que ce soit l’intérêt à moyen terme des Etats-Unis.

Pour l’Europe la décision de Trump constitue une crise, au sens grec du terme : le moment de décider - et de décider sur une manière grave : s’inféoder complètement à Washington ou prendre son indépendance.

Les 27 réunis à Sofia ont été unanimes pour ne pas suivre les Etats-Unis. Mais combien de temps cette belle résolution tiendra-t-elle ?

Sans doute les Européens ne vont-ils pas se retirer de l’accord mais il y a un fort risque que les entreprises européennes, paralysées par la crainte des sanctions américaines, désertent l’Iran, ce qui équivaudrait à une capitulation devant Trump.  

 Les Européens ne devront donc pas se contenter de rester dans l’accord, il faut qu’ils prennent des mesures pour protéger leurs entreprises contre les sanctions américaines au cas où elles se maintiendraient en Iran. Seule solution : être à même d’imposer des contre-sanctions aux entreprises d’outre-Atlantique. 

Par derrière cette question, celle de la compétence extraterritoriale que se sont attribuée les tribunaux américains.  Une prétention exorbitante contre laquelle les Européens n’ont jusqu’ici que peu réagi. Et n’imagions pas que la justice américaine si indépendante que les préoccupations politiques soient absentes de ses jugements !  

L’avenir de l’Europe, comme lieu de pouvoir géopolitique et non pas d’abord comme machine bureaucratique se joue au moins autant sur ce champ que dans les élections italiennes. A quoi servirait le maintien de l’Union européenne et de l’euro s’ils devaient s’accompagner d’un assujettissement devant la puissance dominante. A l’inverse, quel que soit le devenir de l’euro, le rapport des grands pays européens à l’imperium américain demeure un enjeu capital.

Si la pression américaine s’accentuait, les Européens conserveraient une arme ultime : dès lors que la simple utilisation du dollar rend leurs entreprises passibles des foudres de la justice américaine, les encourager à diversifier les devises qu’elles utilisent. Mais qui se risquera à aller jusque-là ? 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Ou les deuxièmes après la Russie, on ne sait.

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 07:28

LES BOMBARDEMENTS DE SYRIE FONT CRAINDRE UNE ORWELLISATION DU MONDE  

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Les-bombardements-de-Syrie-font-craindre-une-orwellisation-du-monde

 

Pour ceux qui ont suivi de près les événements du Proche-Orient au cours des dernières années, il fait peu de doute que la prétendue attaque à l’arme chimique dans le faubourg de la  Ghouta  à Damas  ( 8 avril 2018) soit n’a  pas eu lieu (il est si facile de trafiquer des photos et de leur   faire faire le tour  du monde), soit est une action « sous faux pavillon » fomentée par le dernier carré des djihadistes qui se trouvaient dans ce faubourg,  aujourd’hui entièrement reconquis par l’ armée syrienne.

 

Un prétexte douteux

 

Il en avait été de même le 21 août 2013 : au  même endroit, le gouvernement syrien avait été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques, or  une étude indépendante du MIT[1] et une autre, selon de méthodes différentes,  de Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, ( OIAC, en anglais  OPCW),  basée à  La Haye[2], avaient démontré que l’attaque, bien réelle celle-là,  ne pouvait pas  venir des  forces gouvernementales ,  ce qui conduisait  à imaginer qu’il s’agissait d’une action d’Al Nosra, aidé par des forces spéciales occidentales[3]. On se souvient  pourtant  du tollé que cette attaque avait suscité, le monde occidental en son entier ayant pointé un doigt  accusateur vers Assad : Hollande demandait une intervention immédiate de l’OTAN et, à son  grand regret,  ne fut pas suivi par Obama[4].  La célèbre juge internationale Carla Da Ponte avait également démenti qu’une autre   attaque chimique près d’Alep soit venue de Damas. Doutes aussi  sur l’opération récente de Khan Cheikhoun ( 4 avril 2017)[5].

Dans une interview   à Newsweek[6] du 8 février 2018 , le général James Mattis , pourtant considéré   comme un faucon,  a vendu la mèche en disant que le Pentagone n’avait jamais  eu de preuves certaines que le régime de Bachar el- Assad ait  tenté d’empoisonner son peuple à l’arme  chimique.

Au demeurant, la seule  source de la  dernière attaque, ce sont  les Casques blancs organisation prétendue  humanitaire qui n’est que la  doublure de groupes islamistes ;  un film avait été réalisé à Hollywood sur  cette organisation : mus par un reste  de bons  sens,  les distributeurs  ont refusé de le    projeter en France.

Qui peut dire d’ailleurs l’intérêt que le président Bachar el-Assad et son mentor russe qui le surveille de près auraient  pu trouver à utiliser des armes prohibées, peu efficaces et au retentissement symbolique fortement   négatif au moment précis où ils venaient de gagner la bataille de Damas ?

De toutes les façons, il aurait fallu attendre l’expertise de l’OIAC pour se prononcer, ce qu’on s’est bien gardé de faire. Elle vient seulement de commencer .

Fâcheusement,  les attaques sous faux pavillon sont devenues monnaie courante au cours des dernières années surtout, il faut bien le dire, de la part des Occidentaux. Déjà, le prétexte des bombardements du Vietnam du Nord avait été   l’attaque d’un bâtiment de l’U.S.Navy dans le Golfe du Tonkin attribuée à Hanoï, dont on sait aujourd’hui qu’elle était un montage  américain. La guerre de Yougoslavie a commencé par une  opération de désinformation transformant  l’escarmouche de Rajak  entre l’armée yougoslave et les forces rebelles du Kosovo  ( 15 janvier 1999) en génocide.  Plus récemment, la deuxième guerre d’Irak est partie de  l’accusation des Etats-Unis   à l’encontre de Saddam Hussein d’utiliser des armes  chimiques et bactériologiques et d’avoir un  programme nucléaire, ce qui s’est avéré faux.

 

Salisbury 

 

Les événements qui se sont produits à Salisbury (Royaume-Uni ) le 4 mars   2018  et qui ont contribué à  mettre l’opinion occidentale en condition sont , eux,   rocambolesques.

On nous a dit qu’un espion  russe, Sergueï Skripal, passé à l’Ouest en 2010 et retiré depuis lors aurait été,  avec sa fille,  victime d’une attaque chimique de la part de la  Russie de Poutine, cela « en plein territoire britannique » . Il faut préciser que ces deux personnes  se sont pas mortes, ce qui devrait jeter  quelques doutes  sur l’efficacité du FSB (ex-KGB) . Trouvées sans connaissance dans un jardin public, elles ont été emmenées à l’hôpital où elles se sont   remises  au bout de quelques jours . On fantasme sur une arme secrète qui ne ferait effet que quelque temps après l’injection. Devinette qui circule : quelle est l’ arme biologique   redoutable qui ne fait  d’effet qu’après quelques heures, mortelle si on ne réagit pas mais dont on se sort vite si on se soigne  à temps ?  Réponse : une omelette aux champignons (Amanita phalloïdes ) ! Que Theresa  May  et Boris Johnson aient engagé leur crédibilité  sur une histoire aussi ridicule  en dit long sur le déclin de la classe politique britannique . Macron , lui, a d’abord  fait mine de se poser des questions pour se rallier  sans preuves au bout de 24 heures à la thèse britannique de la culpabilité de Poutine,  Là aussi,  pourquoi Poutine aurait-il  pris le risque de faire assassiner (sans y  parvenir) un comparse de troisième ordre  à quelques jours de sa réélection  triomphale (18 avril)  au risque de gâcher la fête ?

 

Des « frappes » de comédie ?

 

Irréels  les prétextes, irréelles aussi  les « frappes » occidentales  de représailles. 103  fusées projetées sur la Syrie qui ne touchent que des bâtiments  désaffectés et ne font aucune victime. Et ces  projectiles  ne sont  pas des  pétards : une fusée  Tomahawk représente 500 kg de charge. Les sites tenus par les Russes ont été soigneusement évités. Les laboratores et entrepôts   prétendus chimiques visés, étaient aussi fantasmés que l’attaque au gaz de la Ghouta. Du mauvais cinéma.

Les  contributions  britannique et anglaise à l’attaque  ont été faibles :  à peine une vingtaine  de vecteurs.   La France en revendique douze, mais  les Russes prétendent ne les avoir pas vus. Ils affirment en outre que l’armée syrienne, pourtant dépourvue des anti-missiles dernier cri, S 300 et S 400 , aurait intercepté 71 des 103 vecteurs. Tout laisse supposer que les prétendues représailles   ont été organisée en accord avec la Russie, ce qui en un sens est plutôt rassurant.

 

Vérité et liberté

 

Il reste que l’ensemble de l’épisode, du début à la fin, repose sur des mensonges. Sans doute les hommes politiques de premier plan ne sont-ils pas dupes (du moins on l’espère), mais ils s’en ont que mieux menti aux opinions occidentales, persuadées aujourd’hui que Bachar el Assad a utilisé des armes chimiques et que les Alliés l’ont, pour cela,  lourdement sanctionné.

Cette dramatisation tient autant de la démonologie que de la démagogie ; en construisant une image monstrueuse du président  syrien  qui n’est ni meilleur  ni pire que les autres  dictateurs de la région, les dirigeants, en France en particulier,  se donnent  le beau rôle , celui du chevalier blanc qui punit le méchant. Infantile !

Singulière déchéance pour ce qu’on appelait naguère le monde libre , où il était acquis que le liberté et la vérité allaient de pair, le mensonge étant tenu alors pour  le propre des  régimes  totalitaires .    Le plus grave dans cette affaire est  que  nous assistons à une véritable orwellisation du  monde occidental : les  mots n’y  ont plus de sens : « la guerre c’est  la paix » ;  que les puissants  bombardent un petit pays, voilà  un acte  hautement moral. L’Empire ne tient que parce qu’une guerre obscure se  poursuit indéfiniment  quelque part à ses confins.

Par rapport aux idéaux qui semblaient devoir triompher en   1945 et à la longue guerre froide que se sont faite  le camp de la liberté et celui du totalitarisme soviétique, c’est  à une véritable inversion de signes que nous assistons.

Tout cela est grave : comme leurs enfant accros des jeux vidéos, les  dirigeants  occidentaux vivent désormais dans un monde virtuel  – nous disons  occidentaux car il    semble bien que Poutine et ses proches aient, eux,  gardé le sens du  réel   et la tête froide.

Certes par  derrière la scène , les arrangements  entre les états-majors américain et russe pour éviter tout affrontement direct    montrent que, quelque part, un certain réalisme demeure – peut-être grâce à Trump.  Mais pourquoi toute  cette mascarade ?

Pourquoi aussi courir de tels  risques ?    Les grandes catastrophes arrivent par la perte du  sens du réel. Or ceux qui semblent ainsi  vivre dans l’irréalité ou au moins les contre-vérités, ne sont pas n’importe qui : ce sont les dirigeants de la principale puissance mondiale  et de leurs deux principaux alliés, pas moins :  autant dire qu’ils ont , plus que quiconque,   barre sur le monde dans lequel nous vivons.

Et c’est bien ce qui  rend le monde  actuel éminemment dangereux et même  inquiétant :  cette  déraison qui touche  les  dirigeants des  principaux pays occidentaux,  jusqu’où  nous mènera-t-elle ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] Massachussetts Institute of Technology

[2] Cette étude de l’OIAC n’ a pas été publiée,  et pour cause ; elle a cependant fuité par l’agence de presse du Vatican

[3] Selon l’ambassadeur de Syrie aux Nations-Unies, des Français auraient aidé à cette manipulation.

[4] C’est surtout le refus du Parlement britannique qui a bloqué l’attaque. Cette fois il n’a pas été consulté , ce qui est sans précédent  depuis la Magna carta (1215) .

[5] D’autres opérations semblent  avoir été faussement imputées à Bachar el Assad : ainsi l’assassinat de Rafik Hariri ( 2005)

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 07:20

LA VRAIE QUERELLE DU NOTRE-PERE : THEOLOGIENS CONTRE EXEGETES

 

Ou les oreilles d’âne de M.Enthoven

(Novembre 2017)

Le chroniqueur prétendu « philosophique » d’Europe 1  a suscité un tollé en  proférant le 21 novembre que la décision de l’épiscopat français  de remplacer la 7e verset du Notre-Père « ne sous soumets pas à la tentation » par une nouvelle  formule (qui est à peu près un retour à l’ancienne) « ne nous laisse pas entrer en tentation »  cacherait  des arrière-pensées islamophobes , rien que ça,  au moins de manière subliminale :   « Ce qui se joue là sournoisement contre l’islam crève les tympans quand on tend l‘oreille ».  Surtout des oreilles d’âne,  serait-on tenté de dire !  

Le tollé a d’abord porté   sur l’injustice du soupçon l’égard d’une Eglise à qui bien des gens, dedans et dehors,  auraient  plutôt tendance à reprocher  ses complaisances vis-à-vis de l’islam.  Et aussi sur l’incitation à   la haine sinon raciale ( puisque la plupart des musulmans sont de race blanche) du moins interreligieuse à laquelle  ces calomnies incitent. 

Mais le plus  grave  dans cette affaire nous parait  plutôt la montagne d’ignorance des questions religieuses qui se trouve derrière.  Une ignorance  qui n’est elle-même pas innocente :  parler du catholicisme avec la plus totale désinvolture , comme un sujet sur lequel on peut dire n’importe quoi  impunément, sans daigner faire le moindre  effort pour le connaitre  , car il ne mérite pas qu’on se penche  sérieusement  dessus,   est en soi  une sorte de « cathophobie ».

Une ignorance qui pourrait être excusée  si l’auteur  avait aussitôt fait amende honorable.  Mais non, il  a, dans les jours qui ont suivi,  persisté  et signé.

 

Théologiens contre exégètes

 

C’est pourquoi il convient de rappeler le  contexte de la querelle du Notre-Père qui est , si  on ose employer cette formule , une « tempête dans un bénitier ». Ou plus exactement  l’opposition de deux points  de vue : celui du théologien et celui de  l’exégète  .

Tous ceux qui ont reçu leur instruction religieuse il y a plus de cinquante ans auront appris la formule « Ne nous laisse  pas succomber à la tentation ». Après le Concile,  elle a été remplacée par « ne nous   soumets pas à la tentation ».   Cela pour plus de rigueur exégétique, la nouvelle formule étant reprise de la Bible de Jérusalem ( édition 1955) ,  issue des travaux de l’Ecole biblique de Jérusalem , tenue pour  une  référence  scientifique.  

Rappelons en effet que le Notre-Père  n’est pas comme d’autres prières ( le  Credo par exemple)    une création de l’Eglise mais est considérée comme venant de Jésus lui-même ,  au travers de deux Evangiles (Matthieu et Luc).    

Si la, nouvelle formule a rencontré des résistances,  c’est pour une  raison philosophique   : Dieu  étant infiniment bon,  moment pourrait-il prendre un malin plaisir à soumettre les  hommes à la tentation ? Cette formule apparaissant donc comme hérétique puisqu’elle contenait une idée de Dieu qui ne correspond ni à l’enseignement  de l’Eglise ni à l’idée que s’en font  la plupart des  philosophes depuis Platon.

A  ces résistances,  on peut rétorquer que si hérésie il y a, elle est déjà dans le texte de la  Vulgate, traduction latine de la Bible par saint Jerôme (IVe siècle) , tenue par l’Eglise pour canonique : Ne inducas nos in temptationem,    ne nous induis  pas en tentation.  La formule de l’original grec est analogue.  Il est possible qu’antérieurement  à celui-ci, il y ait eu  un original hébreu mais il n’a pas été conservé.

Dieu et le mal : si Enthoven, puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, avait été autre chose qu’un philosophe en peau de lapin, il aurait reconnu   un des grands problèmes   philosophiques de tous les temps sur lequel il y avait sans doute matière à gloser.  

Mais dans le monde   où il évolue, il lui  fallait   donner sans cesse donner des gages de conformité : taper sur l’Eglise, comme on peut le faire aujourd’hui impunément,  et combattre l’islamophobie sont, de manière éminente, politiquement  corrects.

Au risque d’ailleurs de prendre le contrepied de la philosophie des Lumières, en instaurant   la « soumission »  comme une valeur   positive , dont l’Eglise aurait eu  le tort de s’écarter, elle à qui on a si longtemps reproché le contraire.   

Il  reste que ce mélange d’ignorance et d’arrogance dépasse tout ce qu’on  peut imaginer. Ou nous avons encore une presse sérieuse et ce personnage   ne sera    pas reconduit dans ses fonctions ou il est  maintenu   et nous aurons la démonstration qu’ on peut  impunément dire à  peu près n’importe quoi sur n’importe quel sujet , ce qui serait la fin  de la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

24/11/2017

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 08:16

L’INVRAISEMBLABLE CANDIDATURE D’UNE RWANDAISE A LA TÊTE DE LA FRANCOPHONIE

 

Ce n’est difficile à croire que pour ceux qui pensent  encore vivre dans un mode normal : non seulement Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda, s’est portée candidate au poste de secrétaire générale de l’Organisation   internationale de la  francophonie qui est à renouveler à la fin de l ’année, mais elle bénéficierait, selon les meilleures sources, du  soutien d’Emmanuel Macron.

Difficile à croire car la Rwanda a  remplacé en 2008  l’enseignement du  français par celui de  l’anglais à l’école primaire.  Nouvelle langue officielle,  l’anglais est encouragé. A tous les niveaux,  l’usage du français qui avait  été implanté  par le colonisateur belge est découragé. S’il n’a pas formellement quitté l’Organisation internationale de la francophonie, ce pays  a néanmoins rejoint le   Commonwealth.

Difficile à croire parce que cette femme est, sur la scène internationale, le bras droit de Paul Kagame, qui ne cesse depuis son arrivée au pouvoir il y a 24 ans de cracher sur la France, accusant en particulier, de manière tout à fait fallacieuse[1], l’armée française  d’avoir une responsabilité dans le génocide de 1994.

Comment s’étonner  de cette hostilité ?  Kagame a pris le  pouvoir après avoir envahi le pays  à partir de l ’Ouganda , à la tête d’une milice d’exilés, avec le soutien des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la Belgique,  d’Israël et de l’Afrique du Sud ; cette invasion a eu pour effet de renverser le gouvernement de Juvénal Habyarimana, protégé par les Français[2] . Kagame  s’appuyait sur la minorité tutsi ( 8 % de la population à l’indépendance, 2 ou 3 % aujourd’hui), Habyarimana sur la majorité houtou  ( 92 % ). Mais le but de l’ opération était d’ écarter la France de l’ Afrique des Grands Lacs et d’ouvrir la voie à l’exploitation des ressources non seulement du Rwanda – peu doté - mais de  l’immense Congo -Kinshasa, très  riche en matières premières  et qui est aujourd’hui sous  la tutelle de fait de Kagame – et de ses mentors.

Candidature difficile à croire surtout parce que  la responsabilité du  génocide évoqué, indirecte ou directe, est de  plus en plus largement imputée  à Kagame lui-même. Si l’on ajoute les morts du Rwanda (entre 600 000 et 1 million) et ceux du Congo-Kinshasa (entre 4 et  5 millions) on arrive  au quatrième  rang des horreurs du XXe siècle, après  celles de Mao, Lénine/Staline et Hitler,  avant Pol Pot. Les partisans de Kagame diront que son entrée  sur le territoire du Rwanda a  sauvé  la vie de nombreux  Tutsis, mais c ’est bien son invasion  qui  avait provoqué    leur massacre,  l’avancée des Tutsis exilés de Kagame se traduisant par le massacre des Houtous majoritaires  qui , affolés, se vengèrent sur les Tutsis demeurés dans le pays. Le fait déclencheur fut  l’attentat du   6 avril 1994 contre  l’avion qui transportait ensemble les   présidents élus du  Rwanda et  du Bouroundi  ( houtous) :  peu aujourd’hui doutent , au vu du   du témoignage de ses    proches d’alors ( au moins ceux qui n’ont pas été liquidés) que l’actuel président  en porte la responsabilité.  Après sa prise de pouvoir, les milices  de Kagame ont ensuite poursuivi sur le territoire  du  Congo les Houtous en fuite ,  auteurs supposés du massacre des Tutsis , y compris les femmes et les enfants qui n’étaient pas encore  nés au moment des faits ; de nombreux Congolais ayant aussi péri, le nombre de victimes s’est multiplié par quatre ou cinq. Les massacres continuent aujourd’hui dans la province du Kasaï . Deux rapports du Haut-Commissariat aux refugiés ont décrit ces horreurs :  le premier a totalement disparu des archives  des Nations-Unies. Quoique soutenu par le monde dit libre, le régime ultra-minoritaire de Kagame n’a pas grand-chose  à envier à  celui de la Corée du Nord. En tout état de cause, être l’adjointe  de Kagame n’est sûrement  pas   une référence.

La candidature évoquée pose au moins deux questions : comment a-t-on pu , au Rwanda ou ailleurs,  osé présenter une telle candidature au nez et à la barbe de la France et des nombreux pays francophones qui savent à quoi s’en tenir sur le régime de Kagame ?   Certains  osent tout, dit-on, mais ils ne sont pas  nécessairement aussi stupides que l’imaginait Michel Audiard[3]. Nous sommes en tous les cas dans un monde où  l’absurde n’est plus invraisemblable.

Quelle idée se fait-on de la France, à  quel niveau d’abaissement, se figure-t-on qu’elle est parvenue pour penser qu’une telle OPA est possible et pour avoir sérieusement le culot  de solliciter  son appui dans une opération évidemment dirigée  contre elle.

Dernière question : à quel niveau d’indifférence (voire d’hostilité) aux intérêts de la France sont parvenus  les gens qui nous gouvernent pour que le soutien du gouvernement français à Mme Mushikiwabo soit envisageable ? Dans un tel oubli du passé et de mépris de nos intérêts,  quelle est  la part de l’ignorance, de la trahison et de la  bassesse ?

 

Roland HUREAUX

 

 

[1] Cette campagne fondée  sur des arguments absurdes a, hélas,  porté  ses fruits dans la sphère internationale  où tout ce qui salit la France, même de la manière la plus injuste,  rencontre  du succès.

[2] On peut seulement reprocher à la France de n’avoir pas soutenu Habyarimana  jusqu’au bout à la suite des accords d’Arusha (1993) ordonnant la non-intervention des puissances étrangères que seule la France a respecté. .

[3] « Les cons , ça ose tout, c’est même  à cela qu’on les reconnait » ( Michal Audiard)

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 14:54

AFFAIRE BOLLORE :  A QUI PROFITENT LES INITIATIVES DU PARQUET FINANCIER ?

https://www.ndf.fr/politique/08-05-2018/affaire-bollore-a-qui-profitent-les-initiatives-du-parquet-financier/

 La convocation, le placement en garde à  vue et la mise en examen le 25 avril dernier de Vincent Bolloré pour des affaires qui se sont passées sur le continent africain montrent comment, hélas, la France, par le moyen de sa justice ou par d’autres, se tire des balles dans les pieds sur ce continent.

Notons d’abord qu’un juge d’instruction ne peut engager ce genre de procédure sans l’accord du procureur et donc sans que la hiérarchie judiciaire jusqu’au plus haut sommet de l’Etat  en soit avisée. Hasard ? Les deux juges d’instruction désignés avaient déjà sévi dans l’affaire Fillon, dont personne n’entend plus parler après qu’elle ait permis au président actuel de se faire élire. Ces juges   ont-ils au moins quelque connaissance de l’Afrique ? 

L’industriel est soupçonné d’avoir obtenu la concession des ports de Lomé (Togo) et de   Conakry (Guinée), il y a déjà huit ans, de présidents qu’il aurait aidé par ailleurs à se faire élire, notamment par des rabais sur les conseils en communication.  Les chefs d’ inculpation sont   la « corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique », l’ « abus de biens sociaux » et même le « faux et usage de faux ».

Corruption ? Il s’agirait là d’une affaire bien mineure dans l’océan des turpitudes qui caractérisent depuis longtemps les relations   des pays industriels avec beaucoup de pays du tiers monde.   Jusqu’où faudrait-il remonter pour investiguer sur les relations des grandes sociétés pétrolières avec les gouvernements des pays producteurs, pas seulement en Afrique ? Le pacte du Quincy passé en 1945 entre le président Roosevelt et le roi d’Arabie, récemment reconduit, ne prévoyait-il pas l’attribution du monopole de l’extraction aux sociétés américaines en échange d’une protection politique ?

Au moins la gestion d’un port sert-elle   l’intérêt d’un pays.  Il n’en est pas forcément de même des juteux marchés d’armement qui permettent à certains gouvernements « amis » d’approvisionner en armes les   djihadistes de Syrie, les mêmes qui commanditent des    attentats dans nos villes – ou en tous les cas s’en réjouissent impudemment -  ou encore de massacrer les populations civiles au Yémen. Beaucoup de chiffres circulent sur ces marchés et ceux qui, chez nous, en profitent. Loin qu’ils soient le prolongement de la politique de la France au Proche-Orient, il semble que ce soit au contraire cette politique qui est le prolongement de ces marchés.   

Nous encouragerions, dit-on, des chefs d’état corrompus ou non démocratiques. Au moins n’y a-t-il pas mort d’homme. Que dire de tel autre chef d’Etat, en Afrique de l’Est, auquel des rapports officiels du Haut-Commissariat aux réfugiés font porter la responsabilité du massacre de millions de personnes et qui est pourtant tenu à Bruxelles ou à Washington pour un « référent » régional ?  

Trop peu de Français osent encore s’engager sur le continent africain, au moment précis où il semble décoller et où il y a des places à prendre. Bolloré ou un autre : faut-il que notre justice les décourage ?  Une chose est certaine, les concurrents chinois de M. Bolloré, ne risquent pas de rencontrer des problèmes de ce genre.  

Faut-il aussi que ces procédures nous aliènent nos amis africains ? Des questions vitales comme l’immigration ne pourront être maitrisées sans leur collaboration.

 

Les abus de la justice extraterritoriale

 

Aujourd’hui tout le monde se mêle de tout. C’est en 2000 que, à la demande de l’OCDE, a été introduit l’article 435-3 du Code pénal qui permet de poursuivre des faits de corruption commis sur un territoire étranger. Les Etats-Unis ont vite appris à s’en servir, non contre leurs propres ressortissants mais contre des concurrents étrangers qu’ils veulent absorber ou éliminer : voir l’affaire Alstom. Nous nous en servons, nous, pour affaiblir nos positions.

Un autre genre d’action très déplorable, que la justice française ne fait rien pour décourager, est la procédure contre d’autres chefs d’Etat pour « biens mal acquis. » En d’autres termes, la France s’arroge le droit de juger des responsables politiques africains pour les gains illégaux qu’ils auraient tirés de l’exercice de leur pouvoir  sans que cela concerne d’aucune manière la France.   Inutile de dire qu’aucune action de ce genre ne risque d’être engagée contre l’émir du Qatar !  Notre République française, qui se fait inquisitoriale pour les républiques africaines, est pleine de déférence pour les monarchies absolues du Golfe. 

Comme par hasard, on trouve dans ce genre d’action les mêmes avocats qui ont porté les plaintes contre Bolloré - et qui par ailleurs défendent les intérêts de Kagame. Rien de ce qui peut nuire à la France ne leur est étranger.

Il serait temps que nos magistrats – ou nos gouvernants, cessent de se considérer comme les juges de la terre entière ou, s’ils veulent le faire, qu’il n’y ait pas deux poids et deux mesures – ou alors qu’ils poussent, comme les Américains, l’hypocrisie jusqu’au bout en ne visant dans ces procédures que l’intérêt national  !

 

Roald HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 10:54

MACRON CHEZ TRUMP : VALEURS PARTAGEES, VALEURS BAFOUEES

 

Il y a quelques années, pour se faire une idée point trop partiale des événements, il suffisait de croiser Le Monde et le Figaro,  les plus méfiants jetant à la rigueur  un   coup d’œil sur l’Huma et sur Présent.

Aujourd’hui  la grande presse française vante de manière unanime la réussite de la visite de Macron aux Etats-Unis , la chaleur de l’accueil et l’importance de l’événement. Et naturellement,  il ne faut rien en croire.  L’actuel président étant  soutenu par  la quasi-totalité des médias,  ce qui n’était sans doute arrivé à aucun chef d’Etat depuis Napoléon III, ces dithyrambes étaient prévisibles.

Il fallait donc se tourner  vers la presse américaine  pour en savoir un peu plus. Et  là, surprise, le New York Times , grand journal   de référence s’il en est,   ne parle pas de cette visite, sauf une dessin très méchant pour Macron le deuxième jour , les dépêches de Reuter,  très factuelles,  n’étant  reproduites que sur  le site.   Le  reste de la presse anglo-saxonne a été fort discrète. Pour la plupart des Américains, dut notre  fierté nationale en souffrir, cette visite  aura été un  non-évènement. 

Que tout ait été impeccablement  organisé ne fait pas  de  doute. Trump tenait à rendre l’accueil magnifique qui lui avait été fait à Paris  le 14 juillet dernier et Macron aimant la    parade,  il ne manquait pas un   bouton de guêtre,    sauf une pellicule sur son veston que Trump a ôtée en disant que le jeune  président se devait d’ être parfait : cet homme qu’on dit lourd  montrait  ainsi avec finesse combien il  avait perçu  le côté narcissique , ou disons bon élève,  de l’hôte de l’Elysée qui veut toujours rendre une copie parfaite à ses maîtres.   

Il n’était pas  difficile aux deux présidents  de célébrer  la vieille relation  franco-américaine, d’ invoquer Lafayette et  Washington, d’invoquer  surtout une communauté de valeurs  issue de  deux révolutions presque concomitantes    : l’américaine (1776-1787) qui n’a réussi que grâce à l’appui militaire de Louis XVI et la  française (1789) .  Les deux aboutirent à  quelques mois d’ intervalle à des déclarations de droits : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen   du 26 août 1789 d’un côté , le Bill of Rights  devenu en 1791  le 1er amendement à la constitution  des  Etats-Unis, de l’autre.

Ces valeurs communes, sont connues : la démocratie et donc la transparence, la liberté ,  inséparable de la vérité, le respect  du droit.

 

Des principes bafoués

 

Or ce qui  a surtout réuni le deux présidents,  par-delà ces grands principes,  est,  il faut bien le dire, exactement le contraire :  l’expédition conjointe qu’ils viennent  d’accomplir en Syrie pour bombarder les prétendus sites d’armes chimiques, laquelle bafoue frontalement  les valeurs communes invoquées.

Sans qu’il soit  nécessaire d’ en refaire sans cesse la démonstration,  peu de gens sérieux doutent  que les faits reprochés au président  Bachar el Assad, l’usage d’armes  chimiques à la Ghouta le 7  avril 2018 sont sans fondement et constituent  dès lors  des  mensonges d’Etat, exactement le contraire de ce qu’avaient voulu promouvoir les constituants  français et américains de 1787-1789.  Rappelons seulement les déclarations récentes du secrétaire d’Etat  à la défense James Mattis[1], selon lequel le Pentagone n’avait jamais  eu des preuves décisives  des précédentes attaques et l’absurdité qu’il  y aurait à imaginer que le président Assad s’y  livre  , comme par hasard, chaque fois qu’il vient d’être prévenu qu’il s’agissait d’une  « ligne rouge »  à ne pas franchir.

Avec ou sans motif valable, les  « frappes » ,  réalisées au demeurant avant la visite des inspecteurs de l’OIAC, dès lors que les procédures prévues par la Charte de l’ONU n’étaient  pas respectées, [2] constituent   une violation flagrante du droit international, ce que n’a pas manqué de reconnaitre le Bundestag lui-même . Là aussi la  coalition s’inscrit en faux  contre les idéaux universalistes  proclamés  il y a deux siècles des deux côtés de l’Atlantique.

Il est vrai que  sur certains sujets, le climat ou le commerce , mais surtout l’Iran,  Macron n ’a pas  manqué, spécialement  devant le Congrès, de prendre ses distances vis-à-vis de Trump, sans qu’on sache s’il s’agit d’un vrai signe  d’ indépendance ou d’une tentative  de séduire la  moitié de l’Amérique qui rejette le nouveau président, l’Amérique démocrate d’Obama-Clinton dont le président français est bien plus proche idéologiquement – et qui d’ailleurs  l’a appuyé dans sa campagne électorale.  Quand Macron  insiste  pour que le bombardement ait lieu ou qu’il demande à Trump ( sans succès heureusement)  de maintenir des troupes  en Syrie[3], on peut se demander si le président français n’est  pas le simple porte-parole de ce camp.

Il reste que parti pour défendre l’accord de Vienne  avec l’Iran que Trump veut  dénoncer, Macron a dit ,   sans consulter apparemment ses partenaires européens, qu’il fallait envisager sinon de dénoncer, du moins de réviser  ou compléter  l’accord, ce dont ni Téhéran, ni Moscou, ni Berlin ne veulent.

La France de  Macron qui a accompagné l’Amérique de Trump  dans une expédition illégale ,  fondée sur  un  mensonge, et qui se désolidarise des Européens pour faciliter  l’action de Trump contre l’Iran, est  décidément pour  le président américain  un allié bien accommodant.

 

Roland HUREAUX  

 

[2] Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, basée à La Haye .

[3] Mais Macron a fait  savoir à Washington , lui,  qu’il envoyait   de nouvelles  troupes en Syrie.

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 10:45

DANS LA PLUS GRANDE PARTIE DU MONDE, ON NE CROIT PAS  A L’ATTAQUE CHIMIQUE DE BACHAR-EL-ASSAD

 

L’accusation des Occidentaux à l’encontre du gouvernement syrien d’avoir opéré une attaque  chimique à la Douma (quartier de Damas), le 7 avril dernier a été le motif de la campagne de bombardements de la  Syrie par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et  la France du 14 avril, avant même que les inspecteurs de l’OIAC ( Organisation pour l´Interdiction des Armes Chimiques)   soient arrivés sur  place.

La Russie, alliée de la Syrie,  a présenté  le 26 avril au siège  de l’OIAC    des  témoins assurant que la soi-disant attaque était un montage.

Cette présentation  a été violemment récusée , à l’initiative des trois pays précités,  par 17 Etats membres dans un communiqué conjoint.

Le plus remarquable dans cette affaire, ce n’est   pas la véhémence du communiqué, qui n’est dépassée que par celle du représentant de la  France, laquelle passe  les limites de la décence et bafoue les usages diplomatiques.

Le plus remarquable, c’est que sur 192 Etats membres de cette organisation, seuls 14 aient suivi le trio des justiciers autoproclamés.

Ont signé, les grands pays de l’OTAN qui ne pouvaient pas se  désolidariser des Etats-Unis , du Royaume-Uni et de la France  sans risquer l’incident diplomatique : Allemagne, Italie, ainsi que  le Canada et l’Australie (mais pas la Nouvelle Zélande), le Danemark, l’Islande, les Pays-Bas ( mais ni la Belgique, ni la Suède ),  ainsi que les pays antirusses de l’Europe d’Est :  Pologne, Etats baltes, Bulgarie, Tchéquie, Slovaquie, mais ni  la Hongrie ni  la Roumanie.

Autres absents de marque en Europe : l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Autriche.

Aucun pays d’Asie, aucun pays d’Amérique latine.

Israël qui aurait sûrement  signé ne fait pas  partie de l’organisation.

C’est en définitive bien peu. Cela signifie que la version occidentale n’est acceptée que par les gouvernements occidentaux et encore pas tous.

Aux Etats-Unis et au  Royaume -Uni, la puissance des médias  pro-OTAN fait que la majorité de l’opinion semble croire  à la thèse officielle.

En France (et sas doute en Allemagne et en Italie), les contacts quotidiens nous montrent qu’un grande partie de la population, au moins la mieux informée, reste sceptique.

Si on rapporte les pays signataires à la  population mondiale, ils n’en représentent qu’environ 10 % : les auteurs des représailles peuvent  ainsi difficilement  prétendre qu’il représentent  la communauté internationale.

Il est à craindre que si ce genre d’opérations se répétait, elle n’achève d’ôter toute crédibilité aux Occidentaux tout en exaspérant la haine à leur égard.   

 

Roland HUREAUX

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 10:50

MACRON CHEZ LES EVEQUES

 

Des Nourritures terrestres aux Caves du Vatican

 

https://www.causeur.fr/macron-eveques-bernardins-islam-laicite-150520

 

Dans sa photo officielle, le président Macron laisse voir discrètement en arrière-plan Les nourritures terrestres d’André Gide, une profession de foi pour un hédonisme débridé inspiré de de Nietzsche, l’éloge de l’homosexualité en plus.  Le personnage principal porte un nom évangélique, Nathanaël, qui, dans ce contexte, apparait quelque peu blasphématoire.

Un autre livre de Gide s’appelle Les Caves du Vatican : un aigrefin a répandu dans le milieu catholique français que le pape avait été enlevé par les francs-maçons et remplacé par un imposteur. Les fidèles sont appelés à partir en croisade pour faire libérer le vrai pape, en commençant par envoyer de l’argent à l’aigrefin. Cette pochade visait la crédulité de certains milieux catholiques dans le contexte des   rudes batailles que lui imposait la République anticléricale.

C’est à ce second roman que l’on pense en apprenant que le président de la République s’est exprimé aux Bernardins devant la conférence des évêques de France.  Il est question ici, sinon de crédulité, du moins de naïveté devant une rencontre sans précédent et dont on voit   bien l’exploitation qu’en fera l’Elysée.

 

Le cynisme et  la naïveté

 

D’abord pour conforter l’adhésion d’une partie du monde catholique au président, qui s’était déjà exprimée lors du vote présidentiel et qui pourrait, comme d’autres, elle aussi se détourner.  Ensuite   désamorcer par avance   l’opposition que l’Eglise pourrait faire aux projets gouvernementaux de légalisation complète d’euthanasie et de procréation médicalement assistée pour femmes homosexuelles.  Sur ces sujets, le president croit même utile de donner une leçon d’humilité aux évêques (pour qui se prend-t-il ?) : il ne se sont pas là, dit-il, pour faire des « injonctions », mais seulement pour apporter des « questionnements », ce qui est moins dérangeant.  Macron appelle les catholiques à s’engager dans la Cité (c’est très à la mode) mais surtout pas pour dire ce qu’ils pensent. Donc pas de rappel intempestif de la loi naturelle ou de la doctrine chrétienne de tous les temps en matière bioéthique et évidemment pas de réédition de la Manif pour tous ! Les associations catholiques qui, après avoir été consultés, penseraient à résister sont d’avance catalogués, parait-il,  d’ «atroces » à l’Elysée[1].

Une telle rencontre pourra en outre légitimer qu’il  voie  ultérieurement  les imams  de France, le CRIF, la Libre pensée , dans la logique communautaire qui est , on le sait, la sienne. 

Par-delà la dimension politicienne, la démarche de Macron s’inscrit dans une philosophie de l’in-différence : pas de barrière fondamentale entre l’Etat et l’Eglise, le temporel et le spirituel, comme entre l’homme et la femme (théorie du genre), les homos et les hétéros, le public et le privé, les nations d’Europe, bref la subversion de toutes les distinctions qui structurent la vie.  L’Eglise catholique mérite mieux.  Il n’est pas sûr que la protestation d’un Mélenchon, faite au nom de la laïcité pure et dure, ne soit pas, à sa manière, plus respectueuse.   

Il est vrai que les convergences apparentes ne manquent pas et la rhétorique présidentielle, si bien huilée mais souvent creuse, et une certaine langue de bois ecclésiastique très prisée à la Conférence des évêques de France, convergence déjà apparente dans son discours de Versailles[2].  Convergence par le bas : moraline à outrance, politiquement correct à tous les étages : accueil des immigrés, souci des exclus, des   handicapés, solidarité, tout cela très bien dit grâce à une plume de qualité avec force références qui ne sont pas toutes de première main (y compris François Sureau, conseil de Fillon et de Macron durant la présidentielle : tout est dans tout !). Sur le registre humanitaire, le président n’a pas de mal à louer l’action de l’Eglise de France. Hors de question bien sûr  de se demander quelle est la responsabilité de la politique   économique de M. Macron dans le maintien d’un taux élevé de chômage, de la philosophie mondialiste qui est la sienne dans les « fragilités sociales » évoquées ou encore de sa politique étrangère dans l’afflux de migrants en provenance du Proche-Orient.

Que le chef de l ’Etat se rende à une assemblée de l’épiscopat français est sans précédent dans l’histoire de France. Tout fraichement baptisé, Clovis avait laissé les évêques de Gaule se réunir à Orléans sans lui. Les rois capétiens (fils aînés d’Eglise[3]) n’ont jamais présidé ou même été reçus par l’ensemble des évêques. A fortiori les présidents de la République laïque qui, à la différence de M. Macron ne faisaient pas, par rebelles islamistes interposés, la guerre aux chrétiens d’Orient mais qui, fidèles en cela à la tradition capétienne, savaient qu’il était du devoir de la France de les défendre.

Le plus catholique des chefs d’Etat contemporains, Charles de Gaulle, dont la plupart des évêques se méfiaient beaucoup plus qu’ils ne se méfient du président actuel, non seulement n’aurait jamais été invité mais aurait sans doute décliné une telle invitation. La distance   respectueuse à   laquelle il tenait le haut-clergé n’était pas un signe de mépris mais au contraire de l’immense déférence que lui inspirait les ministres du sacré. 

Jacques Chirac, premier ministre, se vit opposer un refus quand il voulut inviter   les plus notoires des évêques à déjeuner : le vent de mai 68 soufflait alors sur le clergé.

Derrière cette étrange démarche de la Conférence des évêques de France, puissance invitante au moins officiellement, qui suscite, il faut bien le dire, un certain malaise chez beaucoup de catholiques et même de non-catholiques, une nostalgie secrète du temps d’avant la Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Quoiqu’ ils célèbrent souvent la laïcité, les évêques   ressentent encore cette séparation comme une blessure : « le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et il nous importe   de le réparer. » dit Macron. Peut-être y a-t-il de bons motifs à ces regrets, mais ce n’est pas une raison pour faire fête à un chef d’Etat qui fait mine de vouloir revenir dessus.     

 

De Pétain à Macron

 

Pétain fut le premier : son projet, ouvertement antirépublicain, les mesures extrêmement favorables qu’il prit d’emblée en faveur de l’Eglise catholique suscitèrent l’adhésion unanime de l’épiscopat. Adhésion d’autant plus paradoxale que le même épiscopat avait condamné treize ans plus tôt avec une véhémence disproportionnée les idées de l’Action française, les mêmes qui inspiraient     la « Révolution nationale ».

Macron est le second.

Il y a bien des affinités entre les deux : pas seulement qu’ils ont tous deux, l’officier hédoniste et le surdiplômé narcissique, négligé d’avoir des enfants. Ni leur rapport très particulier à des pouvoirs étrangers. Plus décisif : tous deux ont exploité le discrédit des partis classiques, ne se prétendant « ni de gauche ni de droite ».

Les motifs qui, dans chaque cas, ont séduit l’épiscopat se devinent assez bien : la même apparence de modération, de raison. Pétain : la sagesse paysanne à l’opposé des combinaisons politiciennes, Macron : la jeunesse, le modernisme, un vision prétendue renouvelée de l’action publique. Dans les deux cas, l’apparente dépolitisation    au bénéfice de la synarchie pour le premier, de l’ énarchie pour le second.  Car  la politique, inséparable de la République, c’est l’affrontement !  L’un comme l’autre s’opposent aux extrémistes, aux fanatiques : les résistants gaullistes de 1940, têtes brûlées, les opposants de droite et de gauche d’aujourd’hui, jugés nauséabonds. L’un laissait espérer un plan secret pour prendre une revanche sur l’Allemagne, l’autre de réformer enfin la France en profondeur.   

Le centrisme raisonnable du premier a fini dans la complicité avec le crime.

Rien ne dit que celui du second ne se terminera pas de la même manière : à peine revenu des Bernardins, ne s’agite-t-il pas sur la scène internationale pour provoquer une intervention armée de l’OTAN en Syrie, contre les intérêts les plus évidents des chrétiens d’Orient, qu’il n’a pourtant  pas eu honte d’évoquer, et en prenant le risque d’une   guerre mondiale ?  

Il faut espérer que l’Eglise de France n’aura pas à regretter autant et si longtemps ses compromissions actuelles avec le pouvoir que celles qu’elle eut avec le régime de Vichy.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] https://www.marianne.net/politique/pma-c-est-important-pour-macron-que-meme-les-assos-catholiques-les-plus-atroces-puissent-s

[2] Liberté politique, février 2018, « En marche vers nulle part… », page 115.

[3] Les historiens rappellent que  le fils ainé de l’Eglise, c’était d’ abord le roi et non la France.

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 10:16

POUR UNE EUROPE A GEOMETRIE VARIABLE (1)

 

Publié dans Liberté politique   

 

Qui ne comprend les angoisses des partisans de l'Europe de Bruxelles quand ils ont pris connaissance des déclarations de Donald Trump dans le Times du 17 janvier dernier[1], où il   affirme que "Le Brexit va s’avérer une grande chose », que "l'Union européenne   est basiquement un véhicule de l'Allemagne « et même que "l'OTAN est obsolète".

Les réactions crispées de Merkel " Les Européens ont leur destin en mains" et de Hollande qui lui fait écho, cachent mal un profond désarroi. Depuis son commencement, après la dernière guerre, l'entreprise dite de "construction européenne" avait reçu presque toujours l’appui des Etats-Unis. Que peut être encore son avenir si cet appui vient à lui manquer ?

 

Aux origines de la construction européenne : le rôle du général de Gaulle

 

Sans doute n' a-t-il pas toujours été aussi total que ce que François Asselineau ou d’autres disent mais il est fondamental.

La Déclaration Schuman du 9 mai 1950   avait été préparée par Jean Monnet en liaison avec l'Ambassade des Etats-Unis. Ce qui   montre au passage que l'inspiration démocrate-chrétienne de la construction européenne est largement une légende : Schuman a signé ce qu'on lui a présenté, Adenauer et De Gasperi, vrais patriotes, songeaient d’abord à remettre leurs pays, vaincus, dans le concert international.  L'inspiration social-démocrate de la construction européenne à ses débuts : Paul-Henri Spaak, Guy Mollet, Jean Monnet lui-même, est au moins aussi décisive. 

Les premières initiatives, la CECA (1951) et la CED (1952), ont été prises en conformité avec la volonté expresse des Américains ; pas plus que   l'Euratom (1956), elles n’ont eu de suite durable.

Seul le traité de Rome (1957) n’a pas eu l'entier appui de Washington :    instituant une union douanière et un marché commun agricole solidement protégés il ne pouvait pas convenir vraiment aux intérêts américains : d'ailleurs, Jean Monnet, fidèle interprète de ceux-ci, le bouda.

C'est peut-être la raison pour laquelle le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, qui n'avait pourtant pas été enthousiaste de cette initiative, poussa très fort pour que le traité soit appliqué, en particulier dans   son volet agricole, alors très favorable aux intérêts français. Or c'est le marché commun agricole (la fameuse Politique agricole commune, première manière), et lui seul, qui est à la base des institutions actuelles. Certes le plan Fouché qui exprimait la vision européenne du général a été refusé par ses partenaires, sur l'instigation de Washington - ou plutôt réduit au seul partenariat franco-allemand.  Il reste que sans l’intervention du général, qui s'est même traduite un moment par la "politique de la chaise vide" (1965-66), ce qui est devenu l’Union européenne aurait fait long feu.

Mais depuis ces commencements l’entreprise européenne a subi une mue.

 

Une mue

 

Ce n'est pas tant l'élargissement qui avait vu passer à partir de 1973 le nombre de membres de 6 à 28   qui constitue cette mue.  Même si  cet élargissement  a renforcé  le pouvoir de la commission  sachant qu' il est plus difficile de s'écarter de  ses  propositions quand on est   nombreux autour de la table,  et entrainé une politique de développement régional au profit de l'Europe du Sud dont l'euro  a presque entièrement annulé les effets, il   ne nous parait pas aussi décisif qu'on le dit : est-ce d'ailleurs aux Français de regretter  l'extension de l'Union   à des   pays comme  ceux  d'Europe centrale, de civilisation européenne authentique et vieux amis de la France et ( Pologne, Roumanie  et même Hongrie et Tchéquie ) ?

Non, ce qui a changé c'est d'abord l'érosion du marché commun, industriel en raison de l'extension du libre-échange mondial sous l'impulsion du GATT et agricole, la politique agricole commune ayant reçu un coup fatal quand Mitterrand céda en 1984 à la vieille exigence des Américains de la faire entrer elle aussi dans la mécanique du GATT. Cela aboutit, d'abord à la réforme de la PAC de 1992 qui en changea complètement le caractère et à l'accord de l'OMC (nouveau nom du GATT) de 1994 qui visait à diluer la PAC dans le marché mondial. De forteresse quelle était au départ, l'Europe communautaire est devenue peu à peu un espace ouvert à tout vent.

Il fallait trouver un nouvel élément fédérateur :  c'est dans la même année charnière 1992 (celle de la réforme de la PAC), que, par le traité de Maastricht, fut instaurée la monnaie unique, entrée en application en 2000.  

 

L'Acte unique : du fédéralisme au centralisme

 

Mais cinq ans avant avait été adoptée, sous l'inspiration de Jacques Delors, une décision peut-être encore plus fondamentale : l'Acte unique de 1987, instaurant non plus un marché commun mais un marché unique, ce qui voulait dire, au-delà de la disparition des barrières douanières, l’unification progressive de toutes les normes de production et des règles professionnelles dans l'ensemble de l’Europe. Le renforcement, jusqu'à l’absurde, de la politique de la concurrence de Bruxelles et le   traité d'Amsterdam (1997), reprenant la Convention de Schengen (1995) instaurant la libre circulation des hommes, en constituaient, de pair avec la monnaie unique, le prolongement, l’objectif final étant un espace européen entièrement homogène.

Tout le monde n’avait   pas saisi sur le moment la portée de l’Acte unique: cette uniformisation généralisée des règlements économiques ou professionnels transformait un projet fédéral en une entité centralisée   puisque c’est désormais au niveau de Bruxelles que se décide n'importe    quelle norme , y compris   la taille des  bouchons de bouteille ou celle des cages à poule. Ce changement est même  de plus grande portée que l'instauration de la monnaie unique dans la mesure où celle-ci serait facilement réversible alors que le travail normatif qui résulte de l'Acte unique ne le sera sans doute pas.

Dès le départ , l'entreprise européenne avait été comprise  comme  la préparation économique d'une entité qui devait in fine être politique   : un Etat unique , unique entité de droit  international , couvrant l'ensemble du continent.  Unique et unitaire , et non pas  fédéral, comme le  répètent de manière mécanique les "souverainistes"  ( autre mot piégé : le plus sûr moyen de perdre les batailles est de ne pas surveiller son vocabulaire !). Un Etat unitaire de grande envergure, ça s'appelle un empire. Barroso  l'a d'ailleurs dit : l'Union européenne  est  un  "empire non impérial",  cet oxymore désignant ce que Delors appelait de  son côté "un objet politique non identifié".

 

De multiples dysfonctionnements

 

Aujourd’hui, cet édifice est en crise. Une crise qui se manifeste par toute une série de dérives.

D'abord le marché unique a conduit à une interprétation dogmatique des règles de la concurrence. La Commission européenne avait, on s 'en souvient, interdit à Péchiney d'acheter le canadien Alcan mais autorisé Alcan à acheter Péchiney (2003) avec le résultat que l'on sait : la fermeture de la plupart de ses sites en Europe. Ce n’était que l'aspect le plus spectaculaire d'une politique dogmatique ayant pour effet, la corruption aidant, l’affaiblissement industriel de l'Europe.

La même interprétation dogmatique a conduit à imposer à EDF de se scinder en plusieurs   branches : une pour la production d'électricité, une autre pour le transport, une troisième pour la distribution avec de multiples complications et aucun bénéfice pour le consommateur. Mêmes complications à la SNCF.

Le transfert vers Bruxelles d'une grande partie des législations nationales (80 % de la législation économique environ) n'est pas pour rien dans la perte de crédit du personnel politique national qui, comme la noblesse à la fin de l'Ancien régime, donne l’impression de ne plus servir à rien, et plus largement de presque toutes les autorités. Comme Bruxelles n'a pas meilleure réputation, l'Union européenne se traduit ainsi en Europe occidentale par une crise du politique sans précédent.

Conçue pour préserver la paix, l'Union européenne - ou à tout le moins les pays qui la composent -  est   responsable (ou coresponsable avec les Etats-Unis) de deux guerres en Europe : celle de Yougoslavie (1999)   puis celle d'Ukraine (2013). C'est Helmut Schmidt lui-même qui, avant de nous quitter, pointait l'incompétence de l'Union européenne dans l’affaire ukrainienne et sa responsabilité dans la guerre qui a éclaté. La Commission européenne, dit-il, «se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine". Il allait, du fait de ces agissements, jusqu'à évoquer le risque d’une troisième guerre mondiale[2]

Il ne s’agit pas seulement d'incompétence mais d 'impérialisme. Alors qu'un Etat défend ses frontières, un Empire, fondé sur une idéologie et persuadé d'incarner le bien, cherche généralement à s'étendre sans limites : les technocrates de Bruxelles ne comprennent pas pourquoi l'Union européenne n’engloberait pas l'Ukraine. Le prolongement de cette intervention en Ukraine, ce sont   les sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie qui ne contribuent pas peu à l'état de tension existant en Europe.

Dans les guerres du Proche-Orient, certains Etats (France, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Pologne) se sont trouvés   plus engagés que l'Union européenne elle-même. Cela dans le cadre de l'OTAN dont le traité de Maastricht a fait le bras armé de l’Union, aucune décision de celle-ci ne pouvant prévaloir sur une décision prise au sein de l'Alliance. Mais l’Union européenne a contribué directement au chaos syrien en prenant des sanctions très dures à l'encontre des populations de ce pays (dont ne sont exonérés que celles qui sont passées sous contrôle djihadiste).  Des sanctions véritablement criminelles dans la mesure où elles appauvrissent des populations déjà durement frappées par la guerre, provoquant leur exode massif. La complaisance inouïe de l'Union vis-à-vis de la Turquie, pourtant fauteur de trouble infatigable en Syrie et en Irak, est aussi à mettre à son passif.

L'euro est en crise du fait de l'explosion du déséquilibre de balances des paiements internes à la zone et des déficits publics. Pas moins de 20 sommets, mettant en place des mécanismes de plus en plus sophistiqués, ont été organisés entre 2010 et 2015 ; l'euro ne survit   que par la politique inflationniste de la BCE (dite quantitative easing), sous la conduite de Draghi, fuite en avant contraire aux statuts. La zone euro, contrainte par une monnaie qui ne convient à vrai dire qu'à l'Allemagne, ne sort pas d'une récession chronique qui se répercute sur l'économie mondiale.

La politique de libre circulation des hommes et de contrôle commun des frontières extérieures communes a révélé sa faiblesse avec la vague migratoire de 2015-2016. Les pays qui appliquent le plus scrupuleusement les règles communautaires de contrôle des frontières externes, comme la Hongrie, sont même stigmatisés par l’Union.

En bref la construction européenne qui avait pour ambition de rendre à l'Europe sa puissance a entrainé son affaiblissement à peu près sur tous les plans.  

 

La sanction d'un projet idéologique

 

Depuis le début, l'Union européenne qui se fondait au départ sur des projets de coopération que nous appellerons naturels comme le marché commun agricole - mise en commun des politiques de soutien des différents Etats -, avait été parasitée par l'arrière-pensée, présente chez un Monnet, de créer un jour un Etat unique, projet qui présente tous les caractères d'un projet idéologique, fondé sur des idées fausses et simplificatrices.

Idées fausses : celle que les malheurs de l’Europe, notamment les guerres du XXe siècles seraient imputables au fait national, une approche un peu courte car c'est le facteur idéologique et non le facteur national qui a joué le plus grand rôle dans la seconde guerre mondiale et la guerre froide. Il est en outre excessivement sommaire de ramener la riche histoire de l'Europe à son seul côté sombre :  les guerres, le "colonialisme" ou la shoah.  

Simplification : penser que la fusion des trente Etats européens en un seul puisse être en soi une bonne chose est terriblement réducteur, autant que pouvait l’être, dans la doctrine marxiste, l’attribution de tous les malheurs des hommes à la propriété privée et le projet de l'abolir.

Réduisant des réalités complexes à des schémas trop simples, les démarches idéologiques se trouvent naturellement inadaptés à la gestion de ces mêmes réalités. 

Il en résulte deux conséquences que l'on retrouve dans toutes les démarches idéologiques :

 

- les effets pervers : c'est ce que Hayek appelle "la loi des effets contraires au but recherché". Ainsi qu'on l'a vu, au lieu de la prospérité ambitionnée, le marché unique et la monnaie unique, ont amené la récession ; la tentative d'unification politique, au lieu de permette au continent de s'affirmer, a abouti à un   assujettissent sans précédent à la puissance américaine, principalement dans le cadre de l'OTAN, menaçant ainsi la paix ; la libre circulation a conduit à faire des frontières de l'Europe une passoire sans équivalent sur la planète.

 

- le rejet par les peuples, qui sont les victimes directes et les témoins de plus en plus lucides des effets pervers auxquels conduisent des politiques inspirées par l'idéologie : ils sont les premiers à souffrir   de réglementations absurdes, et surtout du chômage, d’une immigration non contrôlée, de l'affaiblissement de l’autorité, résultat du développement continu des instances supranationales.

 

Comme les idéologies s'attirent les unes les autres, la mécanique européenne a appelé en plus de tout cela d'autres idéologies, aujourd'hui confondues dans une même idée de "progrès » : libre-échange universel, antiracisme frénétique et ouverture à l’immigration, théorie du genre, ultra écologisme qui conduit, à coups de directives irréalistes sur l’énergie, à couvrir d'éoliennes le sol européen si riche d'histoire et d’héritages culturels variés. Le problème le plus grave de l’Europe : son effondrement démographique est en revanche tabou car, comme il touche à la famille dont il est politiquement incorrect (c’est-à-dire contraire à l’idéologie dominante ) de parler.

Chaque fois que les peuples sont consultés par référendum : France et Pays-Bas (2005), Grande Bretagne (2016), ils rejettent l'Union européenne ; les partis anti européens ne cessant de progresser au point d’être au pouvoir ou à ses portes   en Pologne, en Hongrie, en Autriche, aux Pays-Bas, en France. Il en résulte que les partisans de la construction européenne récusent de plus en plus ouvertement la démocratie :  « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens»[3] ( Jean-Claude Juncker).

Rien ne témoigne davantage de la fragilité grandissante de l'édifice européen que la dernière crise de l’euro, due aux difficultés de la Grèce (juillet 2015). Un accord à même de permette le maintien de l’euro n’a été trouvé qu'au forceps, à la suite de l'intervention directe dans la négociation, du représentant d'Obama, le secrétaire adjoint au Trésor, venu imposer à une Allemagne réticente de garder à tout prix le Grèce dans la zone euro.  Même si seulement 18 pays sont concernés par la monnaie unique, elle est aujourd’hui la clef de voute du dispositif européen et son éclatement   conduirait   à un ébranlement profond de l'ensemble de l'édifice.

 

Deux chocs : le Brexit, l'élection de Trump

 

C'est   cet édifice fragilisé qui s'est trouvé soumis à deux chocs successifs, tout aussi inattendus l'un que l’autre, au moins par les médias : le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Dans les deux cas, c'est le suffrage universel qui s'est exprimé, à l'encontre d'un système médiatique quasi-totalitaire déversant des torrents d'injures sur l’horreur « populiste » que représentaient selon lui   les deux options l'ayant   emporté.

Le propre des édifices idéologiques, on l'a vu avec la fin de l'Union soviétique, est que, comme d<qans un château de cartes, si un des éléments disparait, c'est tout l'édifice qui s'effondre.  La sortie du Royaume-Uni constitue un démenti à l’idée que la construction européenne s’inscrirait sans retour possible dans le sens de l'histoire.  On comprend par là   l'importance symbolique du Brexit et, de ce fait, le fanatisme que s'est exprimé chez ses opposants   au Royaume-Uni et sur le continent, en même temps que leur amertume qu'il se soit produit, allant jusqu'à la dénégation et le secret espoir d'en annuler les effets par des voies judicaires.   Dans une association normale, on entre et on sort sans que cela provoque de drame, il n’en est pas de même dans un projet idéologique supposé porteur d'une refondation de la condition humaine.

L'Europe connait bien d’autres ébranlements :  associée à la politique étrangère d'Obama, elle est gravement affectée par l’échec cuisant qu’elle vient d’essuyer en Syrie après cinq années d'un absurde soutien aux mouvements djihadistes opposés au régime Assad, les mêmes qui commettent des attentats sur le territoire européen.

L'élection de Trump ne menace pas seulement la construction européenne en raison de l'hostilité que ce dernier a semblé au départ lui témoigner[4] ; elle la menace aussi du fait que le nouveau président   veut se rapprocher avec la Russie, ce qui laisse l’Union comme   orpheline.

(à suivre)

 

 

 

 

https://www.theguardian.com/us-news/2017/jan/15/trumps-first-uk-post-election-interview-brexit-a-great-thing

 

“You look at the European Union and its Germany. Basically, a vehicle for Germany. That’s why I thought the UK was so smart in getting out,” he told Gove.

 

[1] http://www.thetimes.co.uk/article/full-transcript-of-interview-with-donald-trump-5d39sr09d

 

[2] [2] Entretien - Bild 16 mai 2014

 

[3] Déclaration faite à la suite de la victoire de Syra aux élections de Grèce, 16 janvier 2015

[4] Aux dernières nouvelles, Donald   Trump aurait   évolué : ses dernières déclarations semblent au contraire favorables au maintien de l’Union européenne.

[5] Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

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