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Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:34

L'expérience de l'idéologie

La question des relations de la vérité et de la liberté, dont les enseignements de l'Eglise tiennent qu'elles sont indissociables, ne relève pas seulement de la spéculation philosophique ou théologique mais aussi de l'expérience politique.

Soljenitsyne avait l'habitude de dire que le plus pénible à vivre dans un régime totalitaire - le régime communiste, le seul qu'il ait connu - , n'était pas la privation de liberté , l'insécurité personnelle, ou la pénurie mais le mensonge, le fait d'être obligé de vivre dans un mensonge permanent.

Comme premier moyen de résistance au régime, il préconisait, non la rébellion, impossible, ni de dire la vérité , très risqué, simplement de s'engager à ne pas mentir - et donc de ne pas cautionner ou relayer le discours officiel , ce qui était déjà fort courageux.

Les disciples de Machiavel diront que le mensonge est lié à l'exercice de tout pouvoir politique, au moins de manière occasionnelle . Toute vérité n'est pas bonne à dire et le pouvoir, qu'il soit démocratique ou tyrannique, est , à l'occasion, amené à tromper le peuple, fut-ce pour assurer le maintien de l'ordre, ce qui est après tout une bonne cause. Mais cette forme de pouvoir ordinaire n'est pas obligée de mentir tout le temps; bien au contraire, si les dirigeants disent généralement la vérité , ils n'en sont que plus crédibles quand ils ne la disent pas.

Un pouvoir idéologique ( nous ne disons pas encore totalitaire) est lui, fondé sur un mensonge quasi-généralisé. Tous ceux qui se sont penchés sur ce genre de régime , notamment Boris Souvarine, Hannah Arendt, Alain Besançon, Karl Popper ou Alexandre Soljenitsyne lui-même, ont mis à jour ce mécanisme du mensonge intrinsèque à l'idéologie.

Qu'est-ce que l'idéologie ?

Qu'est-ce qu'une idéologie ? Jean Baechler la définit comme « la volonté d’organiser les activités sociales jusque dans le détail à partir d’un principe unique »[1] .

Ce propension à la simplification est également relevé par Hannah Arendt pour qui les idéologies sont « des ismes qui peuvent tout expliquer en le déduisant d’une seule prémisse »[2]

Or le réel est complexe et une bonne politique doit prendre en compte cette complexité, ce que ne saurait faire un idéologue. C'est pourquoi l'idéologie est fausse, fausse parce que trop simple.

Les idées de base de cette simplification idéologique ? Pour Marx et ses épigones "l'histoire du monde est l'histoire de la lutte des classes " et rien d'autre. Tout le reste s'y ramène, en particulier la culture, la politique, la morale. Pour Hitler, l'histoire du monde était celle de la sélection naturelle des races par la guerre. Mais pour d'autres idéologues, pour le moment moins dangereux, le progrès se caractérise par le développement continu du libre-échange , de la liberté sexuelle , l'extinction des nations et, à la fin, la fusion du monde dans un espace économique entièrement unifié.

Pourquoi cette simplification ? D'abord pour des raisons politiques: les idéologues en chef , même s'ils sont par devers eux, conscients de la complexité du monde, en imposent mieux en le simplifiant ,les idées simples pouvant se transformer facilement en slogans .

Elles conduisent aussi à une démonologie, les partisans de l'idéologie étant l'incarnation du bien, ses adversaires, celle du mal.

C'est d'autant plus facile que la simplification débouche sur une métaphysique. L'invention d'une politique fondée sur un principe unique , principe que les hommes du passé ignoraient, permet de rebâtir le monde sur de nouvelles bases , ce qui signifie la péremption, voire l'amnésie du passé , encore plongé dans la barbarie , "la préhistoire" dit Marx, puisque les hommes n'avaient pas encore trouvé le sésame , et l'espérance eschatologique pour l'avenir dès lors qu'ils l'ont trouvé. Après leurs inspirateurs respectifs, Marx et Nietzsche, Staline et Hitler voulurent faire un "homme nouveau" ( ou Surhomme) , non pas comme les chrétiens en référence à l'au-delà, mais sur cette terre et en dehors , voire contre toute référence à une transcendance.

Si le monde est reconstruit à travers une seule - ou deux ou trois - prémisses seulement, l'idée que l'idéologue s'en fera sera de plus en plus fausse au fur et à mesure qu'il étendra la chaîne déductive , une chaîne sans fin car les idéologues sont parfaitement logiques .Popper a montré selon quel mécanisme aucune objection ne les arrête. On reconnait même un idéologue à ce qu'il pousse jusqu'à leur terme le plus absurde les conséquences de ses idées de départ. Etre parfaitement logique, n'est-ce pas un des symptômes de la folie ? C'est en tous les cas celui de l'idéologie.

Que l'idéologie arrive à réinterpréter tout le réel en fait précisément une entreprise totalitaire. Que la lutte des classes soit tenue pour le fond de l'histoire du monde signifie que la religion n'est plus que l'"opium du peuple" et qu'il faut donc l'éradiquer. Si "la propriété, c' est le vol", autre thème marxiste issu de Proudhon, il faut l'abolir, et donc abolir le marché et l'intérêt individuel comme moteurs de l'économie. A partir d'une simplification initiale, l'idéologie est ainsi amenée à s'inscrire en faux contre deux composantes fondamentales de la nature humaine, dont l'histoire a démontré depuis lors la capacité de résistance : l'instinct religieux et l'instinct de propriété.

On pourrait continuer à décliner les caractéristiques de l'idéologie : ainsi ces idées simples - et folles, tiennent généralement pour rien les particularité nationales : elles ont donc une ambition universelle qui conduit, sous une forme ou sous une autre à l'impérialisme, voire à la guerre, chaude ou froide.

Contre la nature

Fausse, l'idéologie veut imposer ses schémas rigides jusqu'à la nature. Rien de plus opposé à toute idéologie que l'idée d'une loi naturelle, même si l'hitlérisme s'est référé à l'idée de sélection naturelle héritée de Darwin.

L'idée d'une permanence de la nature humaine , qui vient de la philosophie scolastique mais qui s'est trouvée confortée par les découvertes d'un contemporain de Darwin ( ils ne se sont , semble-t-il, jamais connus ) le moine tchèque Mendel, inventeur des lois de l'hérédité, exclut l'idée d'une hérédité des caractères acquis, et donc que l'espèce humaine puisse se modifier en fonction de l'environnement, en tous les cas à l'horizon de l'histoire . Elle répugne d'autant aux marxistes : Staline a interdit les idées de Mendel, non parce qu'il était un moine et que son successeur, Morgan, était américain mais parce qu' elles contredisaient sa sotériologie prométhéenne qui promettait l'amélioration rapide de l'humanité. Staline promut donc, contre Mendel et Morgan, une théorie fausse fondée sur l'hérédité des caractères acquis ( et donc la possibilité de perfectionner l'espèce humaine à chaque génération) que deux biologistes asservis, Mitchourine et Lyssenko furent chargés de répandre. On le voit par cet exemple : l'idéologie rejette même la vérité scientifique.

Le mouvement libertaire actuel est lui aussi idéologique et hostile à la nature : la théorie du droit naturel y est violemment récusée au nom du positivisme juridique ; la théorie du genre , aussi peu respectable scientifiquement que la biologie de Lyssenko, tend à nier la pertinence de la différence de sexes et donc à contredire la nature.

Aussi longtemps que les idéologues ne font que répandre leurs idées dans les cercles académiques, ils sont certes dangereux : Dostoïevski a montré dans son roman Les Possédés comment l'enseignement d 'un professeur apparemment inoffensif pouvait conduire des jeunes gens exaltés aux pires crimes. Mais ils le sont bien davantage quand ils accèdent au pouvoir. Un régime idéologique est un régime dirigé par des idéologues et alors il devient terrible.

L'idéologue n'est pas seulement quelqu'un qui veut imposer des idées fausses, c'est aussi quelqu'un qui sait au fond de lui-même qu' elles sont fausses !

Il n'a donc pas la tranquille assurance de celui dont les idées sont vraies et conformes à la nature. Ce dernier, même s'il est au pouvoir, n'a pas besoin d'être sur ses gardes en permanence parce qu'il gouverne en se fondent sur le sens commun des hommes dont il a la charge.

Contre les peuples

L'idéologue, lui, est d' emblée méfiant. Il sait qu'il rencontrera des résistances. Et il en rencontre en effet beaucoup puisque ses idées sont contre nature. Pour contrer ces résistances, il utilise un pouvoir, nécessairement centralisé et très vite antidémocratique car il soupçonne que , le premier engouement passé, ses idées ne passeront pas l'épreuve de l'assentiment populaire. Il peut alors mettre en œuvre sa démonologie : puisque son projet est eschatologique, ceux qui lui résistent ne peuvent représenter que le mal absolu: le capitalisme, la superstition, le fascisme . Tous les moyens sont dès lors permis pour les combattre. Aucune morale ne tient devant l'impérieuse nécessité de vaincre les résistances à l'idéologie. Et ces résistances pouvant se tapir partout, la culture elle-même doit être mise en tutelle et asservie aux besoins de l' entreprise idéologique. La nature, la morale, la culture sont intrinsèquement les ennemis des idéologues, tout comme la liberté , la démocratie, le débat.

Si le pouvoir idéologique aboutit à la tyrannie et à la pire, la tyrannie totalitaire, à l'inverse, révèle la démarche idéologique. De manière intrinsèque, l' idéologie se reconnaît à ses méthodes.

Ne prenant pas le réel en compte et voulant même le refaire, elle coupe tout ce qui dépasse, elle charcute , comme un chirurgien qui n'aurait qu'une idée simplifiée de l'anatomie. D'où les drames que l'on sait.

Certains ont pu être surpris de la dureté de la réponse policière à la Manif pour tous, ou de ce que certains des partisans de la loi Taubira ont pu dire sans faire autrement scandale : qu'ils souhaitaient qu'une bombe tue tous les manifestants (qu'aurait-on dit si au lieu de Pierre Bergé , c'était Frigide Barjot qui avait dit cela ?). Une réponse policière d'une telle dureté ( même si nous sommes encore loin du goulag !) , cette crispation indiquent de manière infaillible que le projet de mariage homosexuel est idéologique, même s'il ne s'agit que d'une idéologie sectorielle appliquée à un domaine donné, la famille. Si un tel projet s'était appuyé sur des idées saines et vraies, ses défenseurs n'auraient pas eu besoin de se crisper autant. Les idéologues rejettent tout débat . L'hystérie haineuse des médias , la plupart acquis au projet Taubira , sont également un révélateur significatif du caractère idéologique de l' entreprise. Nous n'étions parfois pas loin des imprécations du procureur Vychinski dénonçant les "vipères lubriques" au procès de Moscou Les idéologues deviennent toujours haineux à l'exacte mesure de la fausseté de leurs idées et de la résistance que le réel leur oppose et c'est peut-être en cela d'abord qu'ils sont dangereux et qu' il ne faut laisser passer l'idéologie en aucun cas et dans aucun domaine, même s'il parait isolé. Par essence, ceux qui gouvernent avec des idées fausses menacent les libertés.

N'est-il pas significatif que , une fois la loi votée, la contester est devenu passible de poursuites , au chef d'homophobie. A quoi on voit que cette loi n'avait pas pour but de régler un problème ou de créer un nouvel état de droit mais d'instaurer une nouvelle vérité officielle, dont on aura compris de ce qui précède qu'elle n'est pas une vérité dès lors qu'elle a besoin d'être officielle.

Ne nous faisons pas d'illusion, aucun barrage constitutionnel ou moral n'arrêtera les idéologues.

Les régimes idéologiques du passé ont vécu. Mais en a-t-on fini avec l'idéologie ? Le nouvel universalisme libéral-libertaire qui par exemple refuse avec aigreur les décisions du suffrage universel en Grèce[3] - et ailleurs , est-il autre chose qu'une idéologie , universaliste elle aussi comme toutes les idéologies ? La question est ouverte.

Il est hors de doute en tous les cas, que dans le champ politique, il n'est pas de liberté sans respect de la vérité par ceux qui sont au pouvoir et que le principal ennemi de la vérité, et donc de la liberté, est aujourd'hui l'idéologie.

Roland HUREAUX

[1] Jean Baechler , Qu’est-ce que l’idéologie? Idées-Gallimard, 1976, page 95

[2] Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951, trad. fr. Seuil 1972

[3] Et que penser de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, quand il dit qu' "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ?

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:31

Il n'y a peut-être pas de précédent à l'ampleur du rejet qu'expriment les dernières élections européennes ou départementales à l'égard du parti socialiste aujourd'hui en place.

Il faut , pour en rendre compte, aller au-delà des explications habituelles. La crise économique ? Mais on a vu de peuples continuer à faire confiance à leurs dirigeants malgré elle. Tel ou tel scandale ? Les Français en ont vu d'autres.

La vérité nous paraît être que la population a pris conscience d'un fait essentiel et , à ce degré, sans précédent lui aussi : François Hollande et son équipe ne gouvernement pas la France. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne font rien. Ils font autre chose. Ils profitent de leur passage aux affaires, pour imposer, à peu près en tous domaines des vues idéologiques à mille lieues des problèmes réels du pays.

Gouverner, c'est chercher tout simplement le bien commun. C'est donc s'attacher à résoudre les problèmes principaux d'un peuple . Aujourd'hui ces problèmes sont clairs: le chômage, l'érosion du niveau de vie, l'insécurité, l' immigration, l'illettrisme, la perte des repères . Ces problèmes, les socialistes les connaissent mais tout se passe comme s'ils ne les préoccupaient guère ! Sur aucun sujet, ils ne donnent le sentiment de vouloir régler les problèmes réels des Français.

Chacune des réformes lancées par Hollande n'a d'autre but que d'aligner la réalité sur tel ou tel modèle idéologique.

Il ne s'agit certes plus d'un modèle idéologique compact, comme dans la défunte Union soviétique. Mais les socialistes n'ont pas pour autant abandonné toute volonté de transformer la société en profondeur. Ils ne sont pas devenus "pragmatiques" : au contraire , ils le sont moins que jamais. Mais leur projet met l'accent sur le sociétal et est au service d'une vision libérale libertaire de l'homme. Tant pis si cette vison est fausse, qu'elle repose, comme toutes les visions idéologiques, sur une vision tronquée de l'homme.

La Loi Taubira, réforme emblématique

Une réforme idéologique, c'est une réforme que personne ne demande en dehors d'idéologues très peu nombreux : c'est évidemment le cas du mariage homosexuel , principale réforme de Hollande, que personne ne demandait en dehors des groupuscules LGBT ! Et c'est une réforme qui ne résout aucun problème: très peu de gens ont utilisé les procédures ouvertes par la loi Taubira. Mais le but est de faire entrer dans le réel, par la loi, une théorie sans fondement scientifique qui est la théorie du genre.

La réforme des régions est partie elle aussi d'un idée fausse: le culte de la grande dimension dont on se figure à tort qu'elle fait faire des économies alors que c'est le contraire. Partant de là on s'est persuadé que nos régions étaient trop petites, alors que c'était faux : elles avaient peu ou prou la même dimension que dans les autres pays. Voilà encore une réforme que personne ne demandait et qui ne résout aucun problème - qui les aggravera même probablement.

La loi Macron semble au premier abord plus réaliste car elle contient, par exception, quelques dispositions qui contribueront à améliorer certaines choses, comme l'accélération des procédures de passation du permis de conduire . Mais c'est assez limité. Même si elle a une inspiration libérale qui plait à la droite , il s'agit aussi d'un ensemble de réformes idéologiques que personne ne demandait et qui n'amélioreront rien. Ainsi les notaires et les autres professions réglementées faisaient très bien leur travail et personne ne s'en plaignait. Le problème, qui n'est pas un vrai problème : leur mode d'organisation ne correspond pas au modèle d'une économie régie par la concurrence généralisée. Donc il fallait les en rapprocher. Certes, on n'est pas allé loin car les régimes d'aujourd'hui n' ont pas les moyens comme Staline , d'imposer leurs utopies en passant en force, heureusement, mais ils essayent.

La loi Touraine sur la médecine contient , elle aussi, très peu de mesures qui visent en toute simplicité et sérieux d'améliorer notre système de santé.

La volonté de généraliser le tiers payant va même à l'inverse du souci principal de l'Etat, celui de réduire les dépenses de santé. On ne prend cette mesure que pour des raisons idéologiques. Si l'on veut livrer les notaires et les pharmaciens à la concurrence , on veut au contraire fonctionnariser les médecins. Les idéologies sont , on le voit, différentes mais le but recherché est le même : la fin des professions libérales (et sans doute des classes moyennes en général) que les idéologues n'ont jamais aimées car dans libérales, il y a liberté.

Ce qui restait des dispositifs prudents de le loi Veil disparait avec l'abrogation du délai de réflexion avant un avortement. Dès son arrivée , Mme Touraine avait rétabli le remboursement à 100% de cet acte , sans tenir compte des problèmes de financement, ni que les soins dentaires ne sont remboursés, eux, qu'à hauteur de 20 %. Pour les idéologues socialistes, tout ce qui favorise l'avortement est bien , sans aucune considération de la réalité dramatique qui se trouve derrière cet acte, devenu un simple symbole de progressisme, comme les salles de shoot.

Dans le même ordre d'idées, la loi Léonetti avait réalisé un juste équilibre, salué par tous , en matière de fin de vie. Cet équilibre, sans aucune nécessité autre qu'idéologique, est remis en cause par les projets en cours.

On pourrait aussi regarder la loi Taubira de réforme de la justice en préparation. Là aussi , au nom d'une philosophie a priori ( la culture de l'excuse, la subversion de l'idée naturelle du bien et du mal et de la punition ), on tourne le dos aux problèmes des Français très inquiets au contraire de la hausse de l'insécurité.

Les projets de Vallaud-Belkacem sur l'éducation nationale continuent sur la voie fatale du tronc unique et de l'interdisciplinarité dont personne n'attend la solution des vrais problèmes de cette institution.

Malgré les idéologies disparates auxquelles se réfèrent ces réformes ( collectivisme en matière d'éducation nationale ou de médecine, ultralibéralisme en matière de professions réglementées, culte de la dimension en matière territoriale) , toutes ont le même effet de brouiller, voire détruire les repères fondamentaux des Français: la famille, les régions historiques , la commune, le bien et le mal etc. Elles auront l'effet de rendre nos concitoyens encore plus paumés, dans un monde qui leur semble devenu fou. Cela est particulièrement vrai dans le monde rural, plus secoué que le reste du pays par les réformes territoriales. C'est là que le FN progresse le plus même quand il n'y a pas de population immigrée.

La diplomatie , elle même, a été remplacée par une vision naïve de la lutte du bien contre le mal, au risque de douloureux réveils tel le rapprochement , dans notre dos, des Etats-Unis avec Assad.

L'idéologie existe depuis longtemps, il est vrai; mais elle se combine en général avec des considérations réalistes, pragmatiques . Avec le gouvernent Hollande-Vals, l'idéologie est devenue chimiquement pure, ou presque. Cela est sans précédent dans l'histoire, même dans les régimes totalitaires.

Cela tient avec la mentalité des socialistes d'aujourd'hui qui , dans la surenchère des congrès, ont perdu l'habitude de considérer la réalité en tant que telle : ils ne prennent en compte que les mots et leurs valences idéologiques. Grave déformation intellectuelle : certains tiennent même l'idéologie pour une maladie de l'esprit, analogue à la folie. Elle agit comme un virus dans le logiciel de la décision politique.

Sans pousser l'analyse aussi loin, les Français sentent confusément que quelque chose d'essentiel manque à ce gouvernement . Ils sentent très bien qu'il a d'autres préoccupations qu'eux, qu'il suit un autre logique que la recherche du bien commun, de leur bien, de la res publica, qu'il leur tourne le dos pour ne connaître que des lubies idéologiques très éloignées de leurs soucis quotidiens.

Et comme il est dans la nature des idéologues de méconnaitre la réalité, on peut craindre qu'ils méconnaissant aussi le rejet massif qui s'est exprimé lors des dernières élections, qu'ils continuent aveuglément leur politique destructrice.

Si nous étions dans un monde normal, après ces élections départementales calamiteuses pour la gauche , Valls serait renvoyé et Hollande tenterait une autre politique. Mais, sous Hollande, nous ne sommes pas dans un monde normal. Et c'est bien cela qui est inquiétant.

Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:30

Article publié dans Le Figaro

L'élection de Montbéliard a été un avertissement sévère pour l'UMP. Que doit-elle faire pour éviter qu' une telle situation ne se renouvelle ?

D'abord s'opposer.

Comme le disait Chateaubriand, "l'opposition est un absolu". La gauche dans l'opposition fait-elle le moindre cadeau ?

La droite a manqué , à la fin de l'année dernière, une occasion de se démarquer en ne combattant que mollement la réforme régionale, particulièrement au Sénat où elle est désormais majoritaire. Un projet inutile dès lors que nos régions étaient déjà "de dimension européenne ", soit en moyenne aussi grandes que celle des autres pays [1]! Plus de métropole régionale entre la Loire , le Rhône , la Garonne, soit presque un tiers du territoire ! La "France périphérique" de Christophe Guilluy[2] qu' au lieu d'aider on enfonce ! La négation de cinquante ans d'aménagement du territoire !

Etait-il nécessaire de féliciter le présidant Hollande de la manière dont il a géré la crise du 7 janvier ? Sûrement pas . Ce drame témoigne d'un relâchement fâcheux de la vigilance policière . Trois fanatiques , pourtant repérés, sont passés au travers des mailles d'un filet qui avait bien fonctionné durant dix-huit ans : pas de quoi jouer le matamores pour M.Valls.

La récupération de l'attentat par la communication gouvernementale a fait regagner au président vingt points de confiance : à quel prix ? L'exaltation retombée, beaucoup craignent, avec Emmanuel Todd, que cette orchestration n'ait creusé le fossé entre des communautés que La Manif pour tous avait rapprochées.

Il s'en est fallu de peu que la droite n'apporte le coup de pouce nécessaire à M.Valls pour qu'il fasse voter la loi Macron sans engager sa responsabilité.

On dira que l'opposition doit savoir reconnaître ce que le gouvernement fait de bien. Cela ne se justifie pas pour un gouvernement aussi impopulaire que celui de Hollande - le redoux de l 'effet Charlie touche à sa fin - . Les citoyens attendent que les opposants expriment la colère qu'ils ressentent. Sinon d'autres le feront : il ne faut pas se tromper de cible et considérer comme on est tenté de le faire à l'UMP, que le Front national est désormais l'adversaire numéro un. Ce serait lui donner le beau rôle ! En régime parlementaire, la cible de l'opposition ne saurait être que le pouvoir.

Il faut une doctrine

Mais pour s'opposer , il faut à la droite une doctrine claire, distincte de celle du gouvernement. C'est l' absence d'une telle doctrine qui la rend si vulnérable aujourd'hui à la propagande gouvernementale dont on a vu toute l'efficacité avec la loi Macron. Elle a présenté ce projet en forme de pot-pourri ( 106 articles, sans compter les bis et les ter ! ) comme "libéral" et, sans y regarder plus avant, une partie de la droite l'a cru.

Que les communicants de droite soient épatés par ceux de gauche , généralement meilleurs il est vrai, tant pis. Mais au lieu de saluer l'artiste, il faut dénoncer l'imposture !

Car si la gauche, c'est l'esbroufe, la droite, ce doit être le réel: les problèmes réels, les solutions réalistes . A faire la course à la politique spectacle , nul doute qu'elle se fera vite distancer.

Que les réformes de la gauche soient inefficaces par rapport à ce qui devrait être le seule objectif du vrai libéralisme, la diminution des dépenses publiques, cela peut se démontrer. Bien naïf qui croit que la réduction du nombre des régions va entraîner quelque économie que ce soit. Le précédent de l'intercommunalité où pour regrouper les communes, il a fallu embaucher 200 000 fonctionnaires, aurait du servir de leçon. Déjà, certaines régions ont commencé à recruter pour assurer la coordination des nouvelles entités

! Ne venait-on pas d'inaugurer à Clermont -Ferrand un hôtel de région de 80 millions d'euros qui ne servira à rien ! La loi Macron crée un comité d'apprentissage de la route : un de plus ! et n'annonce aucune économie.

Il n'y a pas d'exemple au cours des trente dernières années qu'une réforme de la sphère publique n'ait entrainé un accroissement des dépenses ! La gestion du changement mobilise en elle-même des ressources.

En dehors de mesures ponctuelles utiles( épargne salariale, permis de conduire), cette loi est essentiellement de l'esbroufe . Elle n'en est pas moins dangereuse par se principes.

Les soi-disant sociaux-libéraux (qui sont en réalité des libéraux-libertaires), tiennent pour du libéralisme la destruction de toute institution , surtout celles servent encore de repère à nos concitoyens : entités territoriales , corps d'Etat, famille, calendrier, école, et qu' elles ne posent pas de problème sérieux comme aujourd'hui les professions réglementées. Ce faisant, sans rien apporter au peuple, ils laminent les classes moyennes.

Le réformisme idéologique ne part pas des vrais problèmes (chômage, délinquance) pour leur apporter une solution mais de schémas a priori. Pour lui, le vrai problème n'est pas que notaires et pharmaciens (ou EDF !) fassent mal leur travail , mais qu'ils ne se plient pas au dogme de la concurrence .

Qu'une gauche essentiellement destructrice se reconnaisse dans ce libéralisme perverti ne signifie pas que la droite doive lui emboîter le pas.

Car la vraie droite ne saurait être seulement libérale : dans la ligne du parti Tory, elle conjugue conservatisme et libéralisme : non pas tout casser de manière brouillonne mais conserver ce qui marche et changer, prudemment, ce qui a besoin de l'être. Et par là ménager les classes moyennes. Le vrai libéralisme recherche la liberté des mouvements mais autour d'une barre fixe; il est certes indispensable de décrasser de temps en temps un ordinateur mais sans détruire les logiciels de base.

Malheureusement une partie de la droite est tributaire de la même idéologie que M.Macron. Danger mortel : en faisant de la surenchère sur le social-libéralisme , elle le cautionne tout en élargissant l'espace du Front national qui se nourrit de l''anxiété que crée le remue ménage institutionnel actuel .

La gauche a, au cours des quarante dernières années, délaissé le terrain du social et même celui du simple bon sens , pour ne faire que des réformes idéologiques. Face à cette évolution, aucune indulgence n'est permise.

Donner la priorité au réel sur l'image, à la solution des vrais problèmes sur l'idéologie, même libérale, préserver ou même rétablir les repères fondamentaux des Français : telle doit être désormais la feuille de route de la droite si elle veut éviter de nouvelle déconvenues.

[1] Même en comparaison avec l'Allemagne où 8 des 15 länder sont moins peuplées que la moyenne des régions françaises.

[2] Christophe Guilluy, La France périphérique , Flammarion, 2014

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:24

Publié dans Atlantico

Avec le recul, il est possible de relire, non avec détachement mais de manière un peu moins émotionnelle, les attentats du 7 janvier :

1. Le fait brut , ce sont 3 individus issus de l'immigration et imprégnés de fanatisme islamiste qui ont assassiné 17 personnes ( 8 membres de la rédaction de Charlie, 2 personnes se trouvant fortuitement avec eux, 3 policiers, et 4 clients de religion juive de la superette kasher), auxquelles s'ajoutent plusieurs blessés.

Il n'y a aucune raison de ne pas prendre à la lettre les motifs affichés par les assassins : punir les auteurs de dessins qu'ils jugent blasphématoires pour la figure centrale de leur religion , le prophète Mahomet. Cette action est conforme aux commandements de l'islam, concrétisés ou non par une fatwa ( ordre dune autorité religieuse). Le tout aussi odieux attentat du magasin casher ressemble à une diversion. La notion de blasphème existe dans toutes les religions, y compris les religions séculières, mais seul l'islam permet à tout croyant d'en châtier les auteurs, en dehors de toute justice instituée.

2. On voit autour de ces trois assassins, graviter une petite dizaine de personnes , plus ou moins complices. L'un des assassins a séjourné au Yemen et l'organisation AQPA ( Al Qaida dans la péninsule arabique) a revendiqué post hoc l'attentat; mais il n'y a pas de preuve décisive de ramifications internationales, d'un ordre précis donné de l'étranger ( en dehors de diverses fatwas sans destinataires précis ) . Pour en savoir, plus , il aurait fallu qu'au moins un des assassins soit pris vivant. Mais ni dans ce cas, ni dans celui de Merha en 2012, cela n'a été le cas. On peut le regretter. D'autant que s'il est vrai que ces hommes sont très dangereux, les forces de l'ordre disposent des moyens techniques de les prendre vivants. On notera au passage que cette manière de liquider sur place les assassins qui avait provoqué de fortes réactions de la gauche le 2 novembre 1979 quand il s'était agi de Mesrine, passe aujourd'hui pour normale.

3. Les auteurs des assassinats du 7 janvier ont incontestablement attiré la sympathie d'une partie de la communauté musulmane , comme en témoigne la difficulté d'imposer une minute de silence aux enfants des écoles de certains quartiers, mais cela ne veut pas dire que les sympathisants prêts à passer eux aussi à l'acte soient plus de quelques dizaines, tous individus frustres ayant un passé de délinquance banale ( à la différence des auteurs présumés des attentats de 11 septembre, de famille riche et éduqués).

Ces effectifs réduits sont sans commune mesure avec la dimension de la communauté musulmane de France ( 5 ou 6 millions) . Rien ne dit que si cette communauté avait été beaucoup plus réduite, il ne se serait pas trouvé des individus pour commettre des assassinats analogues. Il y avait dix fois moins de musulmans en France en 1962 et certains ont perpétré, aux ordres du FLN, plusieurs attentats sur le sol métropolitain. Si l'immigration pose de vraies questions, elles sont distinctes de celles que posent les attentats.

4. Les quelques dizaines d'individus qui représentent vraiment un danger sont suivis pas la police depuis des années avec une relative efficacité. Dans la cas d'espèce , les assassins de Charlie Hebdo , quoique repérés, sont passés entre les mailles du filet. Cette défaillance est le résultat de nombreux facteurs parmi lesquels la politique pénale laxiste de Mme Taubira et la réforme du renseignement intérieur qui s'est traduite en 2011 par la fusion de la DST qui marchait très bien et des Renseignements généraux, fusion qui s'est faite contre la volonté de agents et a entrainé une certaine désorganisation.

5. De l'autre côté de la Méditerranée, une guerre se poursuit en Irak et en Syrie. Elle a vu l'émergence courant 1994 d'un Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, DAECH en arabe) qui prétend restaurer le khalifat et peut-être répandre l'islam par la force à travers le monde, comme au VIIe siècle . Quelle que soit l'horreur de méthodes de ce soi-disant Etat, les pays occidentaux pourraient en venir assez vite à bout s' ils y mettaient les moyens. Ces moyens sont soit l'envoi de troupes au sol , soit une alliance avec les ennemis de l'EIIL: la Syrie de Bachar-el-Assad et l'Iran . Il est clair que les Etats-Unis qui ont pris la tête de la coalition rejettent ces deux options car leur adversaire numéro un dans la région , c'est le régime de Bachar-el-Assad. Une raison importante à cela : l'appui que ce dernier reçoit de la Russie de Poutine. Une autre : le fait que la Syrie soit alliée à l'Iran et au Hezbollah. N'importe comment, en dépit de la rhétorique dominante, la lutte contre l'islamisme n'est pas la priorité des Etats-Unis. D'ailleurs n'est-ce pas en apportant leur soutien aux rebelles syriens, que les Etats-Unis (et sans doute Israël) ont contribué à faire émerger l' Etat islamique ?

Cet Etat est en relations avec des forces se réclamant des mêmes principes au Yemen, en Libye et au Sahel, mais l'utilisation du même label ne signifie pas une coordination étroite.

Même si l'EIIL a applaudi l'attentat de Charlie, aucun lien n'est établi entre eux.

6. L'immense manifestation du 11 janvier a eu un mérite: elle a témoigné du refus d'une grande partie des Français de se laisser imposer la loi islamique , contraire non seulement aux traditions chrétiennes , mais encore plus à l'héritage des Lumières. S'il y avait autour de notre continent et en son sein de nombreux acteurs qui , misant sur une apparente décadence, rêvaient de cette éventualité, ils ont sans doute déchanté.

Cette manifestation semble par ailleurs avoir réconcilié une partie de la gauche, qui s'y trouvait majoritaire avec le drapeau français et la police.

7. Mais de nombreuses ambiguïtés font cependant douter de l'impact globalement positif de cet événement.

Ambigüité : le rejet de l'islamisme avait été jusque là la marque du Front national, même s'il se trouvait au tréfonds d'une grand partie de la population , y compris de gauche, inhibé par la bien-pensance officielle, hostile à toute forme d'"islamophobie" ; le 11 janvier 2015, pour la première fois , ce sentiment pouvait s'exprimer librement, qu'on soit de droite ou de gauche, sous le paravent de "Je suis Charlie" et au nom des valeurs républicaines. Le retour du refoulé en quelque sorte !

L' ambiguïté de la manifestation a paru dans un premier temps favoriser le pouvoir socialiste: la cote de François Hollande a repris immédiatement plus de 20 points. Mais cet effet est vite retombé. Il est vraisemblable que , bien qu'exclu de la manifestation du 11 janvier, le Front national , qui était déjà en pole position sur le sujet, se trouve être in fine le principal bénéficiaire de l'opération.

Même si elle ratissait à droite et à gauche, l'immense manifestation du 11 janvier , la plus importante , semble-t-il, que la France ait jamais connue, a paru, de manière subliminale, dirigée contre les musulmans, voire contre toutes les religions. Les immigrés y étaient , de fait, presque absents ,et ce mouvement a sans doute contribué plutôt à approfondir le fossé qui les sépare de la population native qu'à le combler , au contraire de La Manif pour Tous, qui dans ses derniers épisodes avait attiré de plus en plus d'immigrés musulmans .

8. Même ambiguïté au plan international . La tête de la manifestation ressemblait fort à une réunion des puissants de ce monde sous la bannière de l'OTAN .Les chefs d'Etat africains les plus proches de la France ( Mali, Niger) ont été sommés par l'Elysée de se joindre à la manifestation, au risque, prévisible, d'y perdre leur crédibilité. Une partie des habitants de la planète a fort peu apprécié une démonstration qui semblait piétiner les convictions de beaucoup d'entre eux, singulièrement les plus pauvres. Il n'est pas sûr non plus que la France se soit grandie aux yeux du monde en identifiant son génie séculaire aux caricatures de Charlie .

9. On doit avoir la même crainte des effets contraires au but recherché au vu des considérations, propositions ou annonces emphatiques qui ont été faites, dans la majorité comme dans l'opposition, dans la suite des attentats

Dépassant la réalité atroce mais circonscrite de l'évènement, beaucoup se sont lancés dans des considérations géopolitiques ou civilisationnelles ( la guerre des civilisations !) grandiloquentes et démesurées, emportant les conséquences les plus multiples et parfois les plus dangereuses.

L'idée d'un Patriot Act à la française, brandie ici ou là, méconnait la profonde mutation que cette loi a introduite dans l'histoire américaine, autorisant désormais le pouvoir à y violer les droits les plus élémentaires des citoyens (viol des correspondances, écoutes téléphoniques, perquisitions et arrestations, voire "exécutions" hors de tout contrôle judicaire). Quelle victoire posthume pour les frères Kouachi et Coulibaly s'il s'avérait qu'ils aient , à eux seuls, mis fin à la démocratie en France et peut-être ailleurs ! Voilà bien une tentation à laquelle il faut à toute force résister. D'autant que l'appareil législatif et institutionnel qui se trouvait en place avant les attentats , était largement suffisant pour les prévenir, s'il avait bien fonctionné.

10. D'autres proposent que soit instaurée une formation intensive , pour ne pas dire un endoctrinement à la laïcité, de tous les enfants de France dès leur plus jeune âge. On parle d' afficher la loi de 1905 dans toutes les écoles; certains voudraient même la réécrire pour la durcir - au risque de l'ébranler définitivement. Pourquoi pas de camps de rééducation à la laïcité pour les jeunes issus de l'immigration ?

Il est urgent d'oublier toutes ces fariboles. Qui ne voit tous les dangers que représenterait l' endoctrinement envisagé ?

Il serait évidemment inutile pour les millions de jeunes musulmans totalement étrangers à l'affaire Charlie et dont on ne voit dès lors pas pourquoi on voudrait les mettre en garde contre une tentation meurtrière qu'ils n'ont jamais eue. Et si un tel endoctrinement était instauré, comment ne pas penser que, dans la masse des jeunes visés , il ne s'en trouverait pas au moins trois ( le nombre d'assassins du 7 janvier ! ) pour qui cet endoctrinement aurait eu l'effet inverse de celui recherché : l'exaspération de l'opposition à l' ordre dominant au lieu de la soumission. D'autant que les jeunes les plus tentés par le djihad , généralement en échec scolaire, ont la haine de l'école et de tout ce qui en émane !

On ajoutera, dans le contexte actuel, sous l'égide du socialisme "bobo", d'un milieu médiatique et d'un enseignement étrangers voire hostiles à la tradition chrétienne, le risque d'affaiblir encore cette tradition. Un tel affaiblissement aurait le double effet , à redouter, de rendre la société française , devenue plus libertaire et moins chrétienne, encore plus méprisable aux yeux des jeunes musulmans , et d'organiser encore davantage le vide spirituel dans lequel la propagande islamique trouve son meilleur terrain.

Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:20

Publié dans Marianne

Le Parlement ne va pas tarder à adopter l'absurde réforme des régions, le Sénat où la droite est pourtant devenue majoritaire, ne lui offrant qu'une molle résistance.

Parmi les présupposés de cette réforme, on le sait, une idée fausse : que nos régions seraient trop petites par rapport à celles des autres pays d'Europe. Si on ne regarde que l'hexagone, elles sont aussi grandes qu'en Italie, plus grandes qu'en Espagne. La région est embryonnaire en Angleterre.

Mais c'est d'abord de l'Allemagne les promoteurs de la réforme ont voulu s'inspirer L'idée sous-jacente est de faire des länder à la française et pourquoi pas, de transformer la France en Etat fédéral.

Cette démarche est fondée sur une série d'illusions et de malentendus qu'il importe de dissiper, le débat parlementaire ne l' ayant guère fait.

D'abord la taille des länder : leur population moyenne ( 5 millions d'habitants) est tirée vers le haut par quelques grosses entités : la Rhénanie-Nord-Westphalie (17,5 millions ) , la Bavière (12, 5 millions ) ou le Bade-Wurtemberg (10,7 millions ) - à rapporter au passage à notre Ile-de-France (11,8 millions). Mais les autres länder ont une taille comparable à celle de nos régions : sait-on que 8 sur 15 sont plus petits que la moyenne française (2,9 millions d'habitants)

Ce n'est pas, comme on le croit, par goût du kolossal que l'Allemagne a ces puissants Länder, c'est en raison de l'histoire. Avec à peine 15 millions d'habitants, l'ancienne Allemagne de l'Est aurait pu aussi constituer un Land unique ; nos voisins d'outre-Rhin ont préféré en faire six ( 2,5 millions d'habitants en moyenne). Pourquoi ? Parce que la Thuringe n'est pas la Saxe, qui n'est elle-même pas le Brandebourg ! La Sarre, de son côté, autre entité à l'histoire singulière, se contente de son petit million et ne demande à se rattacher à personne.

Ce n'est pas seulement en Allemagne, c'est dans toute l'Europe que les entités régionales ont été découpées en fonction des solidarités historiques, comme la France l'avait d'ailleurs fait remarquablement en 1964 ( seule anomalie regrettable : la division entre Haute et Basse-Normandie ) . En regroupant Bourgogne et Franche-Comté , Nord et Picardie, Auvergne et Dauphiné , provinces dont les caractères sont très différents, notre pays s'écarte donc de la norme européenne qu'il avait suivie jusque là . En mariant Alsace, Lorraine et Champagne , nous aurons la seule région d'Europe qui chevauche une frontière linguistique, ces frontières étant scrupuleusement respectées ailleurs ( Catalogne, Flandre, Wallonie, Val d'Aoste) !

Le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était

En rêvant de Länder, nos dirigeants ignorent tout autant que le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était. Les compétences des Länder se sont rétrécies avec le temps: l'essentiel de la réglementation économique dont ils avaient la charge a été centralisé à Bruxelles. Les Länder pouvaient après la guerre légiférer dans les domaines où le Bund (échelon fédéral) ne l'avait pas fait ; or ces domaines sont aujourd'hui réduits presque rien. Ils ne décident pas librement du montant de leurs dépenses comme les régions françaises mais le négocient à l'échelon fédéral. Si les budgets des Länder semblent plus lourds que ceux de nos régions, c'est qu'ils gèrent de grosses masses comme les salaires des enseignants ou des policiers sur lesquels des accords-cadre conclus à l'échelon fédéral ne leur laissent guère de marge de manoeuvre. La vérité est qu'il n'existe plus en Europe de véritable Etat fédéral, en dehors de la Suisse sont les cantons, beaucoup plus libres, eux, n'ont pas précisément la dimension qu'on voudrait donner à nos régions !

Parce que l'Allemagne supporte mieux la crise , on s'imagine sans bien entendu être jamais allé y regarder de près , que c'est à cause de son système fédéral. Rien ne le prouve. La puissance de l'industrie allemande a précédé le fédéralisme. Bien au contraire, celui-ci contribue à alourdir et complexifier les circuits de décision au préjudice des entreprises. Il a favorisé une surenchère écologique qui a abouti à refuser le nucléaire.

Par derrière la carte des régions, certains admirent que l'Allemagne, au lieu d'avoir une grande capitale écrasant les autres villes, soit polycentrique, qu'elle se structure autour d'une dizaine de villes moyennes-grandes que nous n'avons pas. Force ou faiblesse ? Là non plus on ne sait. Mais quelle naïveté d'imaginer qu'en agrandissant l'Aquitaine, on mettra Bordeaux au rang de Paris ! Les cartes urbaines de la France et de l' Allemagne n'ont pratiquement pas changé depuis le temps de Saint Louis où déjà Paris écrasait les autres villes de France. Qui peut imaginer qu'en redessinant la carte des régions on arrivera à modifier cette donnée de l'histoire longue ?

Maréchal , nous voilà !

On sait bien d'où vient cette volonté d'imiter l'Allemagne à tout prix ! Comment ne pas y voir , encore une fois, les complexes d'une France défaite en 1940 et qui, malgré les efforts du général de Gaulle pour lui rendre sa fierté, ne ne s'en est jamais remise. Pour la bourgeoisie française ( y compris de gauche), comme pour le régime de Vichy, point de salut si la France ne se met pas à l'école de l'Allemagne !

Tout cela est absurde.

En politique , comme dans la vie, il vaut mieux rester soi-même et jouer se propres cartes que singer les autres . Ainsi l'euro fort, continuation du mark fort était adapté à l'Allemagne mais pas à la France: c'est depuis qu'il existe que nous avons décroché de notre grand voisin avec lequel nous faisions jusque là jeu égal.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à tirer de l'exemple allemand. Par exemple les Instituts Fraunhofer : des centres de recherche appliquée puissants à la charge de l'Etat fédéral et des Länder qui permettent de faire financer par la puissance publique l'essentiel de la recherche des PMI ! Mais qui sait en France ce que sont les Instituts Fraunhoffer ? Sûrement pas ceux qui veulent copier le système scolaire allemand lequel ne se distingue du notre que parce qu'il est entré en décomposition plus tôt !

Mais en France, un certain parisianisme aidant , on veut toujours imiter l'étranger tout en n' ayant sur ce qui s'y fait que très peu d'informations et beaucoup d' idées reçues. Qui sait par exemple que l'apprentissage que l'on a longtemps considéré comme une des forces de l'Allemagne n' y attire plus les jeunes ? Au contraire, nos grandes écoles qui n'ont pas d'équivalent ailleurs (et qu'on voudrait pour cela supprimer !) attirent encore de nombreux talents vers l'industrie , ce qui manque ailleurs , même en Allemagne.

La réformée territoriale offre une caricature de ce qu'a chez nos de frivole le processus réformateur. En voulait se faire allemands , Hollande et Valls , ne réussissent qu'a se montrer caricaturalement français !

Publié dans Marianne.fr le 24 novembre 2014

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:19

Le débat sur le protectionnisme a été rouvert en Europe par la crise , singulièrement la crise de l'industrie européenne, laquelle perd chaque jour un peu plus de sa substance.

Deux grands pays s'y opposent : l'Allemagne et la Grande-Bretagne, pour des raisons différentes.

L'Allemagne parce que son potentiel industriel et surtout sa capacité à contenir la hausse des coûts de production, combinés avec la facilité pour sous-traiter dans les pays à bas salaire de l'Est, lui permettent pour le moment de résister, mieux que d'autres, au choc de la concurrence asiatique . Même si certaines de ses branches industrielles, comme la sidérurgie, dépérissent aussi .

Les Allemands se gaussent volontiers des tendances protectionnistes des Français, oubliant qu'au XIXe siècle le grand théoricien du protectionnisme, Friedrich List était allemand et celui du libre-échange, Frédéric Bastiat, français ! L'industrie allemande n'aurait pu connaitre l'essor qui fut le sien au temps de Bismarck sans une solide protection douanière.

Les Anglais, eux ont une vraie tradition libérale et s'opposent au protectionnisme par doctrine; mais il faut savoir que le flottement de la livre leur permet de se défendre mieux que les autres de la concurrence.

Le débat sur le protectionnisme ne serait sans doute pas revenu à la surface sans la contrainte de l'euro: presque tous les pays de la zone euro ( sauf l'Allemagne) n'affrontent pas la concurrence internationale dans des conditions de marché normales du fait que la plupart doivent subir le handicap d' une monnaie surévaluée, un euro fort qui est sans doute à la mesure de l'Allemagne mais pas à la leur. Il est donc vain de les taxer de "frilosité" car ce dont ils pâtissent, ce ne sont pas à proprement parler de l'ouverture internationale et des lois du marché mais d'une situation monétaire artificielle qui précisément échappe aux lois du marché.

En effet, le libre-échange mondial serait beaucoup plus facile à supporter si tous les pays pouvaient le faire en ajustant en permanence ou à intervalles réguliers, leur taux de change à leur compétitivité réelle, cette compétitivité ne résultant pas seulement de leur potentiel industriel et de la qualification de leur main d 'œuvre mais aussi de leur capacité à contenir l'inflation intérieure.

Rétablir l' équilibre extérieur est toujours possible si la variable monétaire est maîtrisée

Dans quelque situation qu'un pays se trouve sur le plan de ses échanges extérieurs, un changement de parité pourra toujours lui permettre de rétablir l'équilibre : une réévaluation de sa monnaie s'il est excédentaire, une dévaluation s'il est déficitaire.

Et de fait, le meilleur taux de change est sans doute celui qui permet tout simplement à chaque pays d'avoir des comptes extérieurs en équilibre

Ces ajustements peuvent certes être douloureux: une dévaluation renchérit le coût des produits importés, en particulier le pétrole, et donc , à très court terme, diminuera le pouvoir d'achat. Mais il ne s'agit là que d'une opération vérité : une monnaie surévaluée donne toujours aux habitants d'un pays une rente imméritée - ayant pour contrepartie le ralentissement de la croissance et le chômage. La dévaluation, dans ce cas, n'est qu'un retour au réel, douloureux mais nécessaire. Et d'autant plus facile à supporter qu'elle se traduira presque toujours à brève échéance ( six mois environ) par une relance de l'économie .

C'est dire que si tous les pays retrouvaient une pleine liberté de fixer leurs taux de change ( nous réservons le cas particulier des Etats-Unis qui ne sont pas tenus, du fait du rôle particulier du dollar, d'équilibrer leurs échanges extérieurs ) , les protections douanières ne seraient pas nécessaires, en tous les cas pour maintenir les grands équilibres. Un glissement de la monnaie leur permettrait de vendre moins cher sur le marché mondial et donc à la fois de vendre plus et de maintenir certains secteurs menacés, au moins ceux qui se trouvent proches du seuil de compétitivité.

Il est fréquent que ceux qui se plaignent du tout-marché, ont en réalité, si l'on regarde bien, à se plaindre en réalité des entorses au marché. La logique du marché exige souvent, pour être pleinement efficace, d' être poussée jusqu'au bout. Les Français trouveraient la mondialisation plus "heureuse" si le taux de change de leur monnaie (qui ne serait donc plus l'euro) était fixé , lui aussi, par le marché , ce qui n'est pas le cas , on le sait, dans le cadre contraint de l 'euro.

Si le protectionnisme n'est pas nécessaire à l'équilibre des échanges extérieurs, il peut l'être en revanche à un Etat qui voudrait protéger certains secteurs stratégiques.

Le rééquilibrage des échanges au moyen d'une dévaluation peut se faire par le dopage de certaines productions de faible niveau technique ( par exemple les produits agricoles ). Mais il n'est pas incompatible, en théorie, avec le sacrifice de certains secteurs prometteurs mais insuffisamment développés qui , même avec une monnaie dévaluée, ne sont toujours pas compétitifs. Il est alors normal que la puissance publique, par souci du long terme, veuille protéger ceux-ci par des mesures adaptées : droits de douane ou contingents .

Un autre motif de protection particulière, dont il faut bien dire qu'il n'a hélas pas beaucoup préoccupé nos gouvernants depuis trente ans, est le maintien de certains savoir-faire qui risquent de disparaître si les branches concernées s'évanouissent complètement. Il ne faut pas insulter l'avenir en passant trop vite à la trappe ces savoirs. Il n' aurait pas été inutile par exemple de conserver , comme témoin du passé et précaution pour l'avenir, une ou deux mines de charbons sur le territoire français. De même qu'on ne saurait imaginer que la France abandonne complètement toute activité sidérurgique, ce qui est aujourd'hui un risque plus que sérieux.

Nous n'ignorons pas que les règles tant de l'OMC que du Conseil de la concurrence de l'Union européenne s'opposent à de telles politiques sectorielles et même à toute politique industrielle, ce qui est regrettable.

Il y a encore d'autres raisons de faire quelques exceptions au libre-échange , par souci d'aménagement du territoire et d'équilibre régional. Malheureusement, la pression internationale et l'impéritie de nos gouvernements tend à ce que ces préoccupations soient aujourd'hui perdues de vue au point que la France, vieux pays agricole s'il en est, pourrait un jour prochain n'avoir plus d'agriculteurs.

Le libre-échange et la protection ne sauraient, quoi qu'il arrive, être tenus pour des absolus. Ce sont les touches d'un clavier sur lequel chaque pays doit jouer la partition qui lui semble la plus propice à son intérêt national, à court terme mais aussi à long terme.

Novembre 2014

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:16

Le rapprochement qui s'est opéré au cours des derniers mois entre la Russie et la Turquie , dont le sommet a été la visite de Poutine à Ankara le 1er décembre dernier, étonne beaucoup d'observateurs occidentaux.

C'est cet étonnement qui est étonnant

De nombreuses raisons justifient, que les Occidentaux soient surpris.

La Russie et la Turquie ont une longue histoire de rivalité : elles furent ennemies lors de la guerre de Crimée puis à nouveau lors de la Première guerre mondiale. La Russie a soutenu au XIXe siècle toutes les minorités orthodoxes dont l'émancipation a réduit a minima la présence turque en Europe: Serbes, Roumains, Bulgares , Arméniens. C'est la collusion entre Russes et Arméniens et qui a servi de prétexte au massacre de ces derniers en 1916.

Si, tout au long de la période communiste, Turcs et Soviétiques ne se sont jamais affrontés, la Turquie était un des membres les plus indispensables de l'Alliance atlantique abritant les fusées américaines pointées sur Moscou. Elle est encore membre de l'OTAN . Elle est candidate à l'adhésion à l'Union européenne qui aujourd'hui traite la Russie de Poutine en ennemie.

Au Proche-Orient, la Russie soutient de manière inflexible le régime d' Assad en Syrie, devenu proche des Kurdes , tandis que la Turquie , hostile aux Kurdes, soutient de manière presque ouverte les islamistes de Syrie et d'Irak .

La Russie est une grand puissance qui revendique ouvertement son héritable chrétien ( malgré une minorité de 16 % de Musulmans) , la Turquie d'Erdogan est un pays musulman revendiquait de plus en plus ouvertement l'islam comme composante de sa politique.

Cela ferait beaucoup de raisons pour que les deux pays se tournent le dos comme ils l'ont fait depuis longtemps . Et autant pour que les Occidentaux s'étonnent du rapprochement diplomatique récent.

Ce rapprochement choque particulièrement les Occidentaux qui ne conçoivent plus de diplomatie qu'idéologique. Il y a les bons, qui pensent comme nous et les méchants qui sont en face. La Turquie, membre de l' OTAN tan a longtemps été tenue pour un "bon", la Russie l'est de plus ne plus comme un "méchant" .

Constatant ces divergences, certains observateurs chercheront entre la Russie et la Turquie des ressemblances, puisque il faut, à leur gré, que seul ce qui se ressemble s'assemble.

On dira ainsi que ce sont deux dictatures et même horresco referens , deux dictatures religieuses.

Vision contestable car Ni Poutine ni Erdogan ne sont à proprement parler de des dictateurs , du moins pas encore. Ils ont été , quoi qu'on dise, élus démocratiquement, même si tous les deux ont bénéficié d'une popularité de type unanimiste auprès d'une population sensible aux sirènes du nationalisme et propre à se rallier au chef. Tous deux se heurtent dans leur capitale, surtout , à une opposition occidentaliste minoritaire. Le caractère religieux des deux régime ne saurait être mis sur le même plan. Nul prosélytisme chez Poutine simplement un attachement à l'héritage de la Russie éternelle, dont l'Eglise orthodoxe, malmenée par le régime communiste, est une composante jugée aujourd'hui essentielle, alors qu'Erdogan a rêvé et rêve peut-être encore de convertir l'Europe à l'Islam. Si l'Eglise orthodoxe est honorée par le pouvoir russe , les Russes conservent une totale liberté religieuse ; on ne saurait en dire autant des minorités chrétiennes de Turquie, pays où des prêtres sont régulièrement assassinés . Sans que la Turquie ait encore adopté la charia , qui punit de mort l'homosexualité, l'islam fait de plus en plus sentir sa férule. Poutine s'est contenté, lui, d'interdire la Gay pride et la propagande homosexuelle auprès des mineurs. Mais nous ne pensons pas que ces convergences que l'on découvre aujourd'hui soient vraiment décisives.

L'étonnement des Occidentaux devant ce rapprochement est d'autant plus étonnant que le comportement de Poutine et d'Erdogan n'a rien de mystérieux : il est tout simplement de la diplomatie la plus classique.

Et c'est cela, bien plus que le régime politique ou religieux, qui rapproche fondamentalement Poutine et Erdogan et les sépare de la majorité des chefs d'Etat occidentaux.
Une diplomatie classique, c'est une diplomatie qui ne se préoccupe que de l'intérêt national, hors de toute considération idéologique ou même de différends anciens qui pourraient subsister ici ou là.

L'intérêt national cela veut dire que les considérations idéologiques sont écartées quand il y a des convergences d'intérêt , même partielles. Et elles sont toujours partielles.

Cela veut dire aussi que le pays ne se trouve lié à aucun partenaire par un système d'alliance exclusif et permanent, qu'il peut s'émanciper à tout moment de ses alliances, partiellement aussi, dès lors qu' un nouvel intérêt est en jeu: en traitant avec Poutine, Erdogan s'émancipe ainsi de son appartenance à l'OTAN.

Cette manière de faire de la diplomatie suppose évidemment que si les circonstances changent, les alliances peuvent changer. Un proverbe arabe ne dit-il pas " Traite ton ennemi comme s'il pouvait devenir ton ennemi ; traite ton ennemi comme s'il pouvait devenir ton ami." ?

Cette conception de la diplomatie fut la dominante jusqu'au milieu du XXe siècle, jusqu'à ce que les Américains, dans le contexte de la guerre froide, imposent une conception purement idéologique et unilatérale, fondée sur des alliances exclusives et pérennes.
Le général de Gaulle , pleinement adepte de la conception classique, se révolta contre l'exigence américaine. Il est également révéré à Moscou et à Istanbul

Entre Moscou et Istanbul, les intérêts communs ne manquent pas , notamment ceux qui viennent de la proximité et de la compémentarité énergétique. La Russie regorge de pétrole et de gaz, la Turquie, en plein développent en manque.

La déception vis à vis de l'Union européenne les réunit aussi : la Turquie voit le perspectives d'adhésion s'éloigner, tandis que la Russie, qui aurait voulu coopérer avec l'Europe de l'Ouest voit , avec amertume , les Européens de l'Ouest, en tous les cas ceux qui prétendent les représenter , de plus en plus hostiles.

Moscou et Istanbul ont également des intérêts communs en Asie centrale où cinq républiques sont à la fois turcophones et anciennes composantes de l'Union soviétique.

Un commun intérêt qui ne risque pas immédiatement de tourner à la rivalité, autant que d'autres puissances ( Chine, Etats-Unis) lorgnent aussi sur elles.

Mais les deux parties savent que les divergences d'intérêt demeurent.

Cette conception de la diplomatie est d'autant plus évidente qu'elle qui a prévalu depuis que le monde est monde. Elle domine en particulier en Europe à l'époque moderne , au temps du "concert des nations" . Elle est bien sûr aussi celle des puissances émergentes de ce monde : Chine, Inde, Pakistan, Brésil , en fait de toute le monde, Etats-Unis compris, saut de l'Europe occidentale.

L'universalité de ce modèle diplomatique fait que le rapprochement de Moscou et d'Ankara ne devrait pas nous surprendre. Qu'il étonne certains Européens est le signe de l'isolement qui est désormais le leur , étroitement prisonniers qu'ils sont d'alliances qui semblent avoir absorbé toute leur liberté de manœuvre . Poutine et Erdogan sont normaux, les Européens de l'Ouest ne le sont plus.

Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 15:23

 

Le président François Hollande devait décider fin novembre s'il livrera  les Mistral à la Russie, la décision peut-être la plus importante de son mandat. Il ne l' a pas fait. Ouf ! Au  gré de ceux qui l'ont   vu à  l'œuvre en Corrèze, décider est  qu'il il déteste le plus !

Les données du problèmes sont connues. La France a déjà  reporté  la livraison de ce   bâtiment prévue en août. La Russie pourrait, en cas de  retard,  tenir   le contrat pour  caduc : il faudrait alors rembourser le prix des deux  porte-hélicoptères, plus d'un milliard d'euros,  et   verser les lourdes pénalités  que prévoit le droit international en cas de défaillance.

Mais de l' autre côté, la France est soumise à une très forte pression des Etats-Unis et de certains de ses partenaires ( Royaume-Uni et Allemagne en particulier) pour ne pas les livrer en raison de la tension qui règne entre l'OTAN et la Russie et en cohérence avec la politique de  sanctions.

S'il exécute le contrat,  Francois Hollande , dont l'alignement atlantiste  a été jusqu'ici sans faille  (plus encore plus  que celui de Sarkozy qui avait signé le contrat), se trouvera livré à la vindicte  d'alliés particulièrement remontés.  Ce fort en thème perdrait son rang de  meilleur élève de la classe atlantique  qu'on  lui reconnait aujourd'hui à Washington.

S'il renonce à  l'exécuter , et il suffirait sans doute du moindre regain de tension en Ukraine,  pour lui offrir un alibi ,  non seulement la France , dont l'économie est déjà affaiblie,  aura à en payer le prix , mais elle apparaîtra comme un  partenaire  peu fiable , ce qui ruinerait toute perspective de vendre des armes  ailleurs   et mettrait en particulier en péril le marché  en négociation de 126 Rafale à l'Inde. L'énorme marché d'Alstom sur le transsibérien serait également plombé.  Pire :  son inféodation aux Etats-Unis apparaitrait de la manière la plus fragrante  à la face du monde. Qui serait alors intéressé à traiter  avec  un pays qui , encore plus que la Grande-Bretagne,  apparaîtrait comme  le  51e Etat des Etats-Unis ? La France subirait une dégradation de sa note diplomatique   aux conséquences au moins aussi  lourdes à terme que   celle  de sa  note économique par   les agences de notation.

Cet alignement apparaitrait d'autant plus humiliant que, n'en doutons pas, il  irait  dans le sens des vrais desseins des Etats-Unis et de nos partenaires,  qui ne sont  pas d'abord en l'espèce d'affaiblir la Russie ( le marché en cause n'est  pas si stratégique qu'on le prétend !) mais la France. Le Royaume-Uni cache à peine sa jalousie  de ne pas avoir bénéficié d'un tel  marché.   L'Allemagne trouve amer, au moment où on l' oblige à prendre malgré elle des sanctions lourdes à l'égard de la Russie,  partenaire commercial essentiel,   qu'  au même moment, la France   livre à ce pays du matériel militaire . D'autres pays européens , contraints  eux aussi aux sanctions, ne pensent pas différemment.  Les Etats-Unis n'ont jamais accepté que la France demeure , malgré le rabotage continu de ses  crédits de défense , une puissance militaire capable de lui faire de temps à autre concurrence sur le marché de l'armement. Tous triompheraient sans nul doute de voir notre pays  rentrer dans le rang. Les Américains  auraient  en sus le bénéfice d'enfoncer  un  coin définitif entre la Russie et la France au moment où les Français se rappellent de plus en plus qu' elle est notre partenaire historique.   C'est parce qu'il est très conscient de cette donnée que Poutine est patient. La rumeur a  couru qu'il avait fixé un ultime délai au 30 novembre; cela a été démenti.

 

La légitimité se gagne à l'international

 

Mais le sentiment d'inféodation que donnerait la renonciation aurait aussi des conséquences très lourdes pour  François Hollande sur le plan intérieur.

Il  s'attirerait ainsi  la rancune et le mépris  des centaines d'ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire à l'œuvre depuis plusieurs  années  pour  exécuter ce marché , dont ils sont fiers.   Mais, par effet de proximité, c'est sans doute tout l' Ouest, la plus récente des conquêtes du parti socialiste  qui se détourerait définitivement de ce parti.

Même si les sondage ne le  disent pas,  car ces phénomènes ne sont pas toujours conscients ,  le ressort le plus profond de la légitimité se trouve  dans la sphère internationale.  De Gaulle le savait  le 18 juin 1940  : il était libre , le maréchal ne l'était pas  ; lui seul  pouvait dès lors parler au nom de la France. Même pour  ceux qui trouvaient bonnes les réformes du régime de Vichy (il y en avait !),   Pétain restait, comme le dit Gaston Fessard, le "prince esclave".

Le contraire de ce qu'était alors  l'alignement sur l'Allemagne, ce n'est pas l'alignement  sur les Anglo-Saxons , c'est  l'indépendance !

De nombreux exemples montrent le lien entre politique internationale  et légitimité .   En  France, la Commune a suivi  la défaite de 1870 ; en Russie, les révolutions de 1905 et celle de 1917 , voire celle de 1990,  suivirent de graves  revers militaires.

Il y a sans nul doute un rapport profond  entre le discrédit général de la classe politique en Europe occidentale et la soumission  de la plupart des gouvernements aux Etats-Unis .

Si malgré les difficultés  économiques de  son pays,   Poutine   jouit aujourd'hui  d' un taux de  popularité de  85 %  ( à comparer aux 15 % de Hollande), c'est parce que les  Russes ont le sentiment qu'il défend la Russie.

Ces 15% ne sont pas un socle   incompressible :  s'il ne livrait pas les Mistral, Hollande tomberait  encore plus bas. La véhémence d'un  Mélenchon,  très remonté par cette affaire, trouverait  beaucoup d' échos à gauche. 

Et   tout pourrait alors  arriver . Si Hollande décidait de ne pas  honorer la commande russe,  on peut penser  qu'il aurait accepté le risque  de ne pas  terminer son mandat. 

 

                                                                                              Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:46

 

Publié dans Atlantico

 

 

 

1) Manuel Valls a donné un discours devant 4000 maires réunis au sein de l'AMF, et François Hollande a d'ores et déjà annoncé vouloir appuyer la démocratie participative locale, une mesure a priori populaire. L'élu local reste, de loin, celui qui a la meilleure estime des citoyens et qui fait office de rempart face à certaines dérives ou à un éloignement excessif des processus de décision. Pourquoi la commune réussit-elle là où les autres ont échoué ?  

 

Il faut se méfier des idées reçues. Le maire :  seul élu ayant une bonne cote, dit-on - et disent les sondages. Oui, mais dans sa ville ou son village, on n'en dit généralement pas du bien tous les jours. Qu'il soit bon ou mauvais, cependant, le fait qu'on le voie crée un attachement affectif. Des gens de Villeneuve-sur-Lot m'ont dit que si Jérôme Cahuzac s'était représenté aux municipales, il serait repassé. Dans son domaine propre , qui lui laisse une vraie marge de manoeuvre, le maire  peut , plus que d'autres, faire prévaloir le bon sens. Je ne vois pas en revanche comment il peut protéger ses concitoyens de la folie bureaucratique qui règne à d'autres niveaux et devant laquelle il se trouve , comme nous tous,  impuissant, voire désemparé.

Je pense aussi qu'il ne faut pas idéaliser le maire. Un peu partout se sont mises en place des bureaucraties municipales. Certains maires médiocres ou peu inspirés sont à leur botte ou à celle de tous les consultants spécialisés qui prolifèrent aujourd'hui autour du pouvoir municipal . La différence du maire avec les autres élus, c'est qu'il peut se faire prendre à partie pour telle ou telle décision, au bistrot ou  dans la rue.   Les moins bons réagissent en technocrates :  " voyez mes services , ou " c'est comme cela, je n'y peux rien".  Certains essayent d'aller au-delà mais le citoyen est quand-même content d'avoir pu parler à quelqu'un.

 

 

 

 

 

 

2) Pourquoi les autres députés "locaux" (comme les conseillers généraux, ou même les députés qui bien que n'étant pas élus locaux sont souvent abusivement considérés comme tels) n'ont-ils plus les moyens de jouer le rôle de contre-pouvoir ? 

 

Je ne crois pas que ceux dont vous parlez aient jamais été des contre-pouvoirs. Mais il est vrai que les logiques technocratiques sont de plus en plus strictes et de plus en plus contraignantes, en matière d'urbanisme par exemple. Pour ce qui est des élus nationaux, les contraintes européennes et la prolifération des autorités indépendantes ( CSA, CRE pour l'énergie, ART pour les communications, Comités d'éthique etc.) auxquels ils ont abandonné leurs pouvoirs, leur lient de plus en plus les mains.

 

3) Médias, syndicats, corps intermédiaires, organes de contrôle, les sondages indiquent tous qu'ils subissent un niveau de défiance élevé. Quels sont aujourd'hui les contre-pouvoirs qui faillissent à leurs missions ? (détailler ici pour les médias, les syndicats, la cour des comptes, l'opposition, etc...)

 

A peu près tous les pouvoirs et contre-pouvoirs sont disqualifiés, en particulier la justice ( le 3e pouvoir ! ) et la presse ( le 4e). La Cour des comptes n'a pas mauvaise réputation mais elle a la partie facile , n'ayant qu'à critiquer ,  et elle  a le sens de la communication. Pour la connaître de près, je pense qu'elle pourrait cependant faire mieux.

Le fond du problème  est double :

- la perte d'indépendance de nos décideurs au bénéfice l'instances internationales, pas seulement européennes : à quoi sert un député que l'on a élu pour commander et qui ne fait qu'obéir  ?

- l'imprégnation générale par des idéologies, non pas globales, mais sectorielles , comme à l'éducation nationale, si puissantes que personne n'ose s'y opposer et qui s'imposent d'un bout à l'autre de la chaîne de commandement si j'ose dire, presse incluse.

Ceux qui gouvernent la cité doivent être libres pour pouvoir servir les intérêts des citoyens. S'ils ne le sont pas, les gens le sentent et les méprisent.

  

4) Dans quelle mesure la "consanguinité" de ces élites et par conséquence son manque de prise avec le réel participe-t-elle de ce phénomène ?

 

Très peu. Depuis les origines de l'histoire, les élites ont été consanguines comme vous dites, ce qui ne les empêchait pas d'avoir du bon sens et du courage. Si vous voulez dire qu'en allant  chercher  des homi novi comme on disait à Rome, des chefs  d'entreprise par exemple, ça sera mieux, vous vous trompez. Ces nouveaux venus sont souvent plus technocrates que les technocrates! Il y a cependant une part de vrai dans ce que vous dites : dans les cercles parisiens dirigeants où se retrouvent des politiques, des hauts-fonctionnaires, mais aussi de grands journalistes, règnent des préjugés très enracinés et faux qu'il est très difficile de changer. Par exemple que les petites communes étaient source de gaspillage et d'inefficacité ou que les länder allemands sont, eux,  source d'efficacité. Ces préjugés sont à l'origine de réformes désastreuses . C'est l'orgueil et la suffisance de ces gens, leur esprit panurgique  aussi,  qui les rend inaccessibles  à des arguments allant en sens inverse.

 

5) Quelles en sont les autres raisons ? 

 

Peut-être le recul d'un héritage culturel, issu aussi bien du christianisme que des Lumières,  qui valorisait l'esprit de résistance, fut-ce sur des posions isolées. Faute de cela, prévalent le conformisme, l'acceptation, la résignation, le manque de courage : tout le monde voit  que le roi est nu mais personne n'ose le dire ! Et dans le même ordre d'idées, il y a la corruption.

 

6) Les communes aussi subissent des travers que l'on peut reprocher aux autres : lutte de pouvoir, potabilisation des élus... Ils ne sont à l'abri ni des affaires judiciaires, ni de la volatilité des électorats. Quelles réponses les maires apportent-ils à ces obstacles pour garder une cote de popularité élevée ? 

 

Nous l'avons évoqué : la proximité qui ne fait pas toujours prendre de meilleures décisions mais qui permet le contact, si j'ose dire charnel.

 

7) Quel est concrètement le pouvoir qu'a un maire aujourd'hui pour changer les choses dans sa commune, à l'époque du regroupement croissant en agglomérations ? 

 

Le maire d'une ville moyenne est en général le président d'une communauté d'agglomération et à ce titre ces deux pouvoirs se conjuguent. En matière d'urbanisme ils sont très grands, à condition qu'il ne se laisse pas enfermer dans les vues des technocrates ou des bureaux d'études.

Les maires des petites communes ont, eux , perdu beaucoup de pouvoirs et je le déplore, d'autant que les structures intercommunales fonctionnent  presque toujours à l'unanimité et donc de manière  peu démocratique.

 

8) François Baroin est devenu le président de l'Association des maires de France. Dans quelle mesure cela pourrait lui être bénéfique d'un point de vue stratégique ? En quoi cela peut-il impacter ses positionnements nationaux (et notamment son soutien à Nicolas Sarkozy) ?

 

Comme président de l'AMF , il sera tenu à une certaine réserve. Aura-t-il plus de poids s'il soutient quelqu'un ? Peut-être mais plus par son prestige que par son influence directe.

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:45

 

Parmi les idées absurdes ayant inspiré la réforme régionale  qui vient d'être votée,  est celle de  la nécessité de construire en France un réseau urbain de type allemand.

Expliquons-nous . La France possède une très grande ville : Paris   qui,  avec son aire urbaine,  atteint les  12,3 millions d'habitants .

L'Allemagne ne possède pas de métropole de cette importance.  Mais longtemps a prévalu l'idée qu'elle avait en revanche   un réseau de villes moyennes et grandes étoffé qui compensait l'absence de grande capitale  : Berlin,  Stuttgart, Hambourg , Francfort , Münich,  Cologne,  Hanovre, Düsseldorf .   Presque toutes ces villes sont à la tête   d'un land . D'où on a inféré l'existence d' un lien entre   réseau urbain,  système des länder et  équilibre régional.   

Au contraire,  la France disait-on, a un réseau urbain déséquilibré : en donnant plus de poids à nos régions, en n'ayant que sept ou huit grandes régions, on le rééquilibrerait. C'est là le point de départ des réflexions très superficielles et inspirées par l'idée néo-vichyste que tout ce qui vient d'Allemagne est exemplaire,  qui ont abouti  à la réforme régionale de 2014.

Nous laissons ici de côté la question de la taille des régions puisque il est avéré que , contrairement à ce qu'on a prétendu, la moyenne des régions françaises continentales ( 2,9 millions d'habitants) est égale à la moyenne italienne ( 2,9 ) et de peu supérieure à la moyenne espagnole ( 2,5 ). Si l'on met  à part les trois Länder allemands exceptionnellement peuplés, pour des raisons historiques et non  par goût du gigantisme : Rhénanie Nord-Westphalie (17,5 millions) , Bavière (12,5 millions) et Bade Wurtemberg (10,8 million),  à rapporter à notre Ile-de-France (11,8 million),  les autres Länder allemands , soit 13 sur 16    ont la même dimension moyenne que nos régions (2,9 millions) .

Mais les comparaisons qui sont faites entre les  réseaux urbains sont elles aussi  biaisées : dans les études qui sont au point de départ de ces comparaisons (Roger Brunet , Les villes européennes, Montpellier, 1993)  les données démographiques ont été corrigées par différents indices de rayonnement nécessairement subjectifs avantageux pour les villes allemandes.

De fait les données démographiques brutes relatives aux aires métropolitaines montrent une relative égalité : la France en compte 7 de plus d'un million d'habitants : Paris 12,3 millions; Lyon 2,2 ; Marseille 1,7 ; Toulouse : 1,2 ; Bordeaux 1,2 ; Lille : 1,2 ; Nice : 1 et l'Allemagne à peu près autant  : Berlin 5 millions d'habitants avec son aire urbaine , Stuttgart  5,3 ; Hambourg   3,5 ; Francfort   2,5  , Münich  2,3 ; Cologne : 1 ; Hanovre  1 ; Düsseldorf 1 . Si l'on descend la barre à  500 000 habitants, la France et l'Allemagne comptent à peu près chacune une quinzaine d'aires métropolitaines de plus de   500 000 habitants ( il est difficile d'être plus précis compte tenu de l'incertitude géographique de la notion de métropole).

C'est pour compenser ce qui peut être, à tort ou à raison , tenu pour une faiblesse de nos pôles urbains  que l'on a demandé à des villes proches , non de se rapprocher physiquement, ce qui serait difficile, mais de constituer des "pôles" pour mettre en commun certains équipements :  le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, si contesté et avec    de bonnes raisons, ne  serait pas compréhensible s'il n'était  situé sur la route de Nantes à Rennes et donc sans l'arrière pensée qu'il serait un jour  l'aéroport du pôle Nantes-Rennes. On avait aussi fait dans le même esprit un aéroport Metz-Nancy qui ne servira  plus à grand chose avec le TGV.

A ce raisonnement, on fera  plusieurs objections:

- d'abord qu'en régime d'économie libérale, les structures territoriales publiques n'ont qu'un impact limité sur le développement économique. Ceux qui rêvent d'un volontarisme français basé sur "cinq ou six pôles de dimension européenne", se font beaucoup d'illusions sur la capacité d'un pouvoir régional à impulser le développement économique. Bien d'autres facteurs interviennent , telles les données macroéconomiques ( si la politique monétaire est aberrante,  réduire le nombre de régions ne servira en aucune manière à relancer la France). Il faut aussi tenir compte des traditions industrielles, des secteurs porteurs  que peut  posséder tel ou tel pays.  A cet égard, l'approche sectorielle est  sans doute plus  pertinente que l'approche régionale, même s'il arrive que les deux se complètent. Depuis 50 ans, l'économie française  pèse, ne serait-ce que pour des raisons démographiques, les 2/3 de l'économie allemande et l'industrie française la moitié, d'autres secteurs ( agriculture , tourisme, services ) venant compléter la panoplie française.  Et ces données n'on pas changé:   la réunification, en augmentant de 5 % le potentiel industriel allemand a à peine  amélioré la situation  de cette dernière. De la même manière, les taux  de croissance sont  à peu près les mêmes tout au long des trente glorieuses avec même un certain avantage pour la France. Ce n'est qu'avec l'entrée dans l'euro que la courbe de croissance française se casse par rapport à la courbe allemande : encore une fois, le réseau de villes n'y est pour rien. - mais l'imitation servile de la politique allemande, si !

- ensuite, parce que la France ne peut pas avoir tous les atouts en même temps. Pas davantage l'Allemagne. Celle-ci n'a pas l'équivalent de la région parisienne, locomotive puissante  qui peut à certains égards compenser l'insuffisance de notre réseau  de villes moyennes.

Que chaque pays ait sa configuration  propre est après tout dans  l'ordre de choses, chacun jouant avec les avantages et  les inconvénients de sa structure propre.

- enfin , il faut rappeler que la configuration urbaine fait partie de ce que Fernand Braudel appelait  l'"histoire longue" . Dès le temps de Philippe Auguste, le royaume de France avait  une structure urbaine qui préfigurait   celle que nous avons aujourd'hui . Avec 200 000 habitants,  Paris surclassait les autres villes d'Europe,  celles d'Italie ( Florence, Gênes, Venise, Milan) , celles de  Flandres   ( Bruges, Gand Anvers) ou d' ailleurs. Les villes de  province françaises étaient loin derrière : c'étaient  Rouen, Orléans, Bordeaux,  Toulouse, Lyon, Montpellier, dont aucune ne dépassait les 30 000 habitants.

Il faudrait des  études à la fois historiques et  géographiques approfondies pour savoir pourquoi la configuration urbaine de notre pays et celle de nos voisins a pris au cours du  temps des  formes différentes.

Mais le fait que  cette configuration puisse se perpétuer pendant presque un millénaire sans changement majeur montre la stupidité qu'il y aurait à vouloir la modifier , pour ressembler à  un modèle allemand dont l'efficacité est largement mythique,    en vingt ou trente ans, cela par un simple changement de découpage administratif. 

 

                                      Roland HUREAUX

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