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Roland HUREAUX

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:32

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Verdun-fut-d-abord-une-victoire-francaise

Dans le flot de rhétorique convenue qui accompagne le centenaire de la bataille de Verdun, toute orientée vers la dénonciation de la "boucherie" et de l'inutilité du sacrifice tant des Allemands que des Français ( dans cet ordre sur la plaque apposée par Merkel et Hollande à Verdun ! ) , on en oublierait que Verdun fut d'abord une bataille, la plus grande de l'histoire avec Stalingrad, et que ce fut une victoire française.

Plus importante que Stalingrad par le nombre d'hommes engagés : 2 400 000 pour 1 500 000, elle fut , si on ose dire , un peu moins meurtrière : 163 000 Français et 143 000 allemands, soit au total 306 000 morts ( mais autant de blessés, souvent handicapés à vie) contre 1 million à Stalingrad ( 750 000 soldats et 250 000 civils, 450 000 soldats russes, 300 000 soldats allemands, sans compter les prisonniers dont la plupart ne sont pas revenus) .

Ne pas oublier la bataille de la Somme

Les Français s'honoreraient en faisant davantage mémoire d'une autre très grande bataille, concomitante de celle de Verdun: la bataille de la Somme (1916) où les pertes totales furent encore plus lourdes : 442 000 morts, bataille où les Anglais furent particulièrement à la peine ( parmi les morts, 205 000 Britanniques, 170 000 Allemands, 67 000 Français) . La mémoire de cette bataille, très vive en Grande-Bretagne est obscurcie chez nous par celle de Verdun, ce qui est dommage. Les deux batailles furent symétriques : sur la Somme, les Français et les Anglais espéreraient faire une percée et n'y parvinrent pas. A Verdun , les Allemands espéraient désorganiser le dispositif français en prenant la ville et ils y échouèrent. Mais au total l'échec allemand fut plus important à Verdun que celui des Alliés sur la Somme.

On peut certes, par courtoisie pour nos partenaires européens qui d'ailleurs n'en demandent peut-être pas tant, mettre en sourdine la dimension victorieuse de Verdun pour n'en retenir que le caractère sanglant. Mais quand il est question de la bataille de France de juin 1940, personne se prive , en France ou ailleurs , de rappeler que ce fut un désastre français. Or cette bataille d'un mois fut particulièrement meurtrière pour les Français : 59 000 soldats morts, 80 000 avec les alliés en un mois seulement, 63 000 du côté allemand ( un degré d' intensité jamais atteint dans celles que nous venons d'évoquer qui s'étalèrent sur plusieurs mois ). Français morts face à l'ennemi, pas en fuite ! Les Anglo-Saxons se plaisent à ironiser sur la débandade française ( qui fut aussi celle des Anglais) , les Allemands qui savent combien les Français , très mal commandés hélas, y furent courageux, ne s'y risquent pas.

A ne parler que de ses désastres ,et à glisser sur ses victoires, y compris la plus grande de toutes, la France risque d'apparaitre aux yeux du monde mais surtout aux yeux de sa jeunesse comme une nation vouée à la défaite, ce qui est inacceptable.

Au même moment la Turquie, que beaucoup voudraient faire entrer dans l'Union européenne , célèbre avec faste le 563e anniversaire de la prise de Constantinople en 1453 qui se traduisit par un terrible massacre de la population grecque. Là pas de remords, pas plus que pour le génocide des Arméniens de 1916. La preuve que la Turquie n'appartient pas à l'Europe , ce n'est pas son caractère musulman , c'est qu'on y ignore , comme d'ailleurs dans tout le reste de la planète, la repentance.

Victimes d'un immense conflit, les morts et les blessés de Verdun n'ont pas besoin qu'on leur fasse injure à titre posthume en répandant à satiété que leur sacrifice fut, en fin de compte, inutile. Verdun fut un tournant de la Première guerre mondiale . Si les soldats français n'avaient pas tenu bon, elle aurait été perdue et l'Europe aurait connu pour longtemps la botte allemande. Les Français doivent être fiers de Verdun.

Roland HUREAUX

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:29

http://www.atlantico.fr/decryptage/otan-art-provoquer-russie-sans-proteger-pologne-roland-hureaux-2772669.html

Le sommet de l'OTAN qui s'est tenu en Pologne les 8 et 9 juillet ne signifie pas encore la guerre mais il n'en constitue pas moins une provocation à l'égard de la Russie dont la nécessité apparait moins clairement que les risques : ce n'est pas impunément que l'on va organiser une réunion aussi large et au plus haut niveau aux portes de la plus grande puissance nucléaire de la planète. Il ne s'agit pas certes de sombrer dans la crainte révérencielle de cette puissance mais que diraient les Américains si la Russie organisaient ce genre de rassemblement au Mexique ?

Le communiqué final du sommet de l'OTAN dénonce d'une manière qui serait risible si elle ne touchait à des questions aussi graves "les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'OTAN " . Où se situe donc cette périphérie de l'OTAN : dans Caraïbes ? Non "dans la région de la mer Baltique et de la Mer noire" !

Déclarations d'autant plus inquiétantes qu'au mois de juin a été organisée en Pologne et dans les pays baltes , à la frontière russe , une manoeuvre portant le nom peu amène d'Anaconda à laquelle pas moins de 24 pays étaient associés . Malgré les déclarations apaisantes de Hollande à Varsovie qui, a-t-il dit, ne considère la Russie "ni comme un adversaire , ni comme une menace" ou du ministre des affaires étrangères de l'Allemagne Frank-Walter Steinmeier appelant l'OTAN à la modération, seules voix discordantes, les deux pays ont finalement signé le communiqué final et sont représentés à la manœuvre. La France envoie 150 hommes seulement, ce qui est bien peu sur le plan militaire mais exprime sa solidarité politique avec une entreprise pour le moins douteuse.

31 000 hommes , c'est suffisant pour une provocation, c'est dérisoire face à la Russie qui peut aligner instantanément trente fois cet effectif de l'autre coté de la frontière.

Pour cacher une faiblesse ?

Quel intérêt alors ? Au dire de plusieurs spécialistes, la Russie détient aujourd'hui une supériorité claire sur les Etats-Unis dans la guerre classique . A quoi s' ajoute sa capacité avérée de brouillage et la récente disposition d'un missile balistique volant à une vitesse qui défie toute contre-mesure ( et rend obsolète, soit dit en passant, toute idée de bouclier antimissile).

Au temps de Staline, l'URSS est restée quatre ans sans disposer de l'arme nucléaire face à une Amérique qui l'avait déjà . Elle s'était alors comportée avec le maximum d'agressivité, notamment par le blocus de Berlin, pour faire oublier son infériorité stratégique. Il n 'est pas impossible que la manœuvre de l'OTAN relève de la même logique. Mais il est alors douteux que Poutine soit dupe !

Une autre explication serait le souci de rassurer la Pologne et les Pays baltes , toujours prêts à faire de la surenchère contre la menace russe. On comprend certes au vu de l'histoire qu'ils aient quelques inquiétudes . Mais sont-elles aujourd'hui fondées ? Le sommet de l'OTAN dénonce l 'annexion de la Crimée et l'aide apportée par la Russie aux rebelles du Donbass . Les néoconservateurs américains, Hillary Clinton en tête, y voient le début d'un processus de conquête qu'elle compare à celui d'Hitler. N'oublions pourtant pas que ces actions que l'on reproche à Poutine sont venues en riposte à ce que Valéry Giscard d'Estaing a lui-même appelé un coup d'état de la CIA ( les fameux événements de la place Maidan en février 2013) destiné à renverser à Kiev un pouvoir légitime régulièrement élu pour le remplacer par un gouvernement hostile à la Russie. La base de Sébastopol , qui constituait la seule ouverture maritime de la Russie vers le Sud et que le hasard des découpages soviétiques avait rattachée à l' Ukraine, risquait de lui échapper, ce que , compte tenu de la géographie, elle pouvait difficilement accepter.

Poutine a jusqu'ici joué en défensive, même en Syrie, seul point d'appui russe au Proche-Orient que les Etats-Unis ambitionnaient ouvertement de faire basculer en soutenant les rebellions djihadistes contre le gouvernement Assad. Il n'a nullement exprimé d' intention hostile vis à vis de la Pologne et des Pays baltes, bien que la réciproque soit loin d'être vraie.

Une protection illusoire

Mais à supposer qu'un risque existe pour ces pays, comment ne pas voir ce qu'a d'illusoire la protection que semble leur assurer la gesticulation de l'OTAN ?

Au cours des années soixante, les Européens de l'Ouest en vinrent à douter légitimement de la valeur de la protection militaire américaine face à une Union soviétique encore virulente. La doctrine de la riposte graduée venait de se substituer à Washington à celle des représailles massives, ce qui signifiait , comme le général de Gaulle l'avait vu , que le Etats-Unis n'étaient pas prêts à risquer un affrontement nucléaire direct avec l'URSS pour protéger l'Europe occidentale . Il en avait déduit la nécessité pour la France de se doter de l'arme nucléaire. Qui peut croire sérieusement que ce que les Etats-Unis n'étaient pas prêts à faire alors pour la France et le Royaume-Uni, ils le feraient aujourd'hui pour la Pologne et la Lituanie ?

D'autant qu'on se souvient des efforts que le présidant Roosevelt avait déployés en 1938 pour faire accepter par les Français et les Anglais les accords de Münich où la Tchécoslovaque avait été sacrifiée.

C'est dire que ces pays n'ont pas vraiment intérêt à jouer avec le feu. La surenchère à laquelle ils se livrent face à la Russie est aussi coupable que la promesse illusoire des Etats-Unis de les protéger. La Pologne est certes un pays sympathique mais chroniquement irresponsable , comme on l'avait vu entre les deux guerres. L'autorité du pape Jean Paul II avait un moment calmé ses dirigeants. Mais il n'est plus là et il n'est pas sûr que son successeur qui se rend à Cracovie à la fin juillet ait autant d'autorité sur eux.

Après beaucoup de manœuvres maladroites de leur part , Polonais et Baltes furent finalement les dindons de la farce tragique de 1939 . Ce furent alors la France et la Grande-Bretagne, pas les Etats-Unis, qui mirent en jeu leur survie pour leur venir en aide. En vain. Il faut espérer pour eux qu'un tel scénario ne se reproduira pas.

Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:44

http://www.causeur.fr/attentats-loi-travail-dgsi-dst-rg-renseignement-39215.htm

Parmi les nombreux facteurs de tension qui pèsent aujourd'hui sur l'opinion française, il faut faire un sort à part aux actes terroristes de 1995 et au désordre qui a entouré les manifestations contre la loi Travail.

Même si les menaces terroristes ont aussi d'autres causes, il n'est pas inutile de les mettre en relation avec la réforme des services de renseignement qui a été opérée en 2008.

Il y avait jusque là deux services de renseignement intérieur ( outre la gendarmerie qui a toujours fait du renseignement sans avoir de service dédié): la Direction de la surveillance du territoire ( contre-espionnage) et les Renseignements généraux ( renseignement politique et social pour le compte du gouvernement ). Tous les deux dépendaient de la Direction générale de la police nationale.

Ils ont été fusionnés pour ne plus former qu'un seul service , la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) , laquelle a été en 2014 séparée de la Direction de la police nationale, prenant le nom de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ? L'antiterrorisme lui est rattaché .

Une fusion contestable

La fusion de 2008 s'est avérée catastrophique pour chacun des services, comme d'ailleurs presque toutes les fusions de services administratifs .

La DST fonctionnait bien: grâce à elle , les attentats terroristes avaient été prévenus et déjoués sur le territoire métropolitain entre 1996 et 2012. Corps de fonctionnaires de qualité, suffisamment réduit pour que ses agents se connaissent et coopèrent efficacement , ils n'avait pas besoin d'être réformé, sinon à la marge, si le génie national ne s'attachait presque systématiquement à réformer ce qui marche bien tout en délaissant le reste. Les intéressés ont mal pris la fusion avec le corps des Renseignements généraux dont ils n'avaient que faire et dont la culture était différente. Sans doute la menace terroriste s'est elle aggravée au cours des années 2010 : le nombre de suspects à suivre ne se compte plus en centaines mais en milliers. Mais beaucoup pensent que les attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015 auraient été prévenus si la DST n'avait été mise sens dessus-dessous par la réforme, aggravée par une réduction d'effectifs.

Les Renseignements généraux ne faisaient pas que du renseignement politique. Ils n'en faisaient même parfois qu' accessoirement , les préfets étant généralement mieux informés qu'eux grâce à leurs contacts politiques et mondains; ils faisaient en revanche du renseignement social, se rendant dans les usines , connaissant les dirigeants syndicaux , servant non seulement d'informateurs mais de relais , voire de médiateurs; ils pouvaient voir venir la montée du mécontentement , en informer l'autorité, faire passer des messages, négocier des compromis sur le déroulé d'une manifestation, prévenir les débordements. Réorientés vers la lutte antiterroriste qui n'était pas dans leur culture, ils n'assurent plus guère cette fonction éminemment utile d'huilage social.

On peut légitimement penser que les incidents d'Air France auraient été évités si les Renseignements généraux avaient été présents dans le conflit . Il est aussi vraisemblable qu' avec l'ancien système, les luttes sociales ne se seraient pas envenimées autant qu'elles l'ont fait depuis quelques semaines. Est-ce la CGT qui a changé ou les relais de l'Etat sur le terrain social qui se sont affaiblis ? On peut en débattre.

L'application de schémas mécaniques

Il ne faut pas jeter la pierre à Nicolas Sarkozy qui a opéré la réforme de 2011. Il n'a fait qu'appliquer le schéma a priori prescrit par la loi organique sur les lois des finances du 1er août 2001 qui prévoyait pour l'ensemble de l'Etat la fusion de tous les services ayant à peu près les mêmes fonctions. A peu près, pour l'œil distant des financiers de Bercy ou pour les journalistes mais pas exactement pour les agents concernés. Ces schémas technocratiques n'intégraient ni les différences subtiles de méthode , ni les chocs de culture prévisibles; dans bien des domaines ( Pôle emploi , services locaux de l'Etat) , les fusions ont désorganisé de manière durable des services qui marchaient. Des réformes mal acceptées et mal comprises entrainent une démoralisation du personnel et donc une baisse d'efficacité qui n'est pas le moindre de leurs effets fâcheux.

Mais , dira-t-on, ne faut-il pas faire économies ? Certes, mais la fusion n'est pas nécessairement la meilleure voie pour cela : des fonctions communes peuvent été mutualisées sans aller jusqu' à la fusion; il est possible de réduire les effectifs d'un service sans qu'il soit nécessaire de le fusionner avec un autre. Surtout si on s'évertue en parallèle à simplifier les procédures , ce qui n'a guère été le cas depuis 2000.

Il est probable que lorsqu'on fera le bilan des réformes administratives des années 2000, supposées introduire les "méthodes managériales" dans l'administration, particulièrement en matière de sécurité, on prendra la mesure du désastre.

Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:41

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/08/05/31003-20160805ARTFIG00198-le-pere-jacques-hamel-ou-l-heroisme-discret-de-la-generation-vatican-ii.php

Le public n'a pas été seulement ému par les atroces circonstances du meurtre du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il l'a été aussi par le caractère de ce prêtre ou plutôt par son absence apparente de caractère distinctif, par sa simplicité au sens le plus ordinaire du terme.

Meurtre atroce. Les chrétiens n'ont pas l'habitude de gémir sur les misères qu'on leur fait car ils ont la culture du martyre. Le Christ les a prévenus : "Vous serez haïs de tous à cause de mon nom" ( Mt 10, 22), "Si le monde vous hait , sachez qu'il m'a haï avant vous (…) Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi "(Jn 15, 18, 20) . Et ils connaissent ce mot de Tertullien : " le sang des martyrs est la semence des chrétiens". En un sens, la mort du père Hamel est pour lui une apothéose : égorgé en pleine messe , dans son église, sur l'autel, comme l'Agneau de Dieu dont il célébrait le sacrifice, à 85 ans, après une vie de prêtre accomplie !

Un prêtre parmi d'autres

Mais le plus émouvant est que, à ce que l'on sait, le père Hamel est un prêtre comme il y en a eu des centaines dans sa génération. Une génération qui a vu, sans doute avec douleur, la déchristianisation massive de la France , le raréfaction des vocations, des charges de plus en plus lourdes pour une population de plus en plus indifférente. Qui a vu aussi, à la suite du Concile Vatican II, la simplification du culte que certains tiennent pour un appauvrissement ou une banalisation. La paroisse de Saint-Etienne-du-Rouvray est assez emblématique de la déréliction d'une grande partie de cette France qui fut chrétienne . C'est une paroisse de banlieue ouvrière, déchristianisée , dominée d'abord par le parti communiste, puis par l'islam. Les catholiques n'y sont qu'une faible minorité. Le statut social des prêtres n' est plus ce qu'il était . La société leur demande de garder profil bas , de dire la messe "en faisant vite, en se cachant, pour ne pas déranger les gens "selon le mot de Georges Brassens , ce "bouffeur de curés" que le sort du père Hamel aurait sans doute ému. On demande seulement à ces prêtres d'être des braves gens, ce qu'ils sont , pas toujours reconnus à leur juste valeur. Le père Hamel disait une messe habituelle de semaine avec six fidèles dont trois bonnes sœurs, âgées elles aussi. Une messe en français , sans pompe, sans chants extraordinaires, sans extase pendant l'eucharistie comme on en a prêté au Padre Pio. Bref , selon l'expression consacrée, l'"ordinaire de la messe".

De cette routine postconciliaire dépourvue d'éclat, le père Hamel ne se sera écarté que sur un point : il n'avait pas voulu prendre de retraite. Au motif que les prêtres seraient des "travailleurs comme les autres", les évêques de France ont pris l'habitude de les mettre à pied ou à en maison de retraite passé un certain âge. Comme si les règles syndicales s'appliquaient aussi aux hommes de Dieu. Le père Hamel , lui, a voulu servir jusqu'au bout , même dans un rôle subalterne : c'était sa gloire , fort modeste au demeurant. Il n 'oubliait sans doute pas que prêtre, presbyteros, signifie en grec l'"ancien".

Signe paradoxal

C'est un signe paradoxal de la Providence que l'immense honneur du martyre soit tombé sur un prêtre aussi simple. On peut penser que du haut de sa toute puissance, Dieu a vu ce qu'avait eu d'héroïque cette génération postconciliaire que tant d'esprits forts prennent de haut. Une génération qui n'a sans doute pas fait d'éclat, qui n'a renversé aucune tendance de fond, mais qui a tenu le poste dans des temps qui furent peut-être parmi les plus difficiles de l'histoire de l'Eglise.

Un signe pour les mauvais chrétiens que nous sommes , trop souvent portés à l' arrogance et au mépris devant la grisaille. Un signe aussi pour une population qui s'était habituée à ne pas remarquer ces curés devenus si discrets, les prenant au mieux pour les derniers des Mohicans.

Or si le djihadistes se sont attaqués à un prêtre de ce profil, en fin de course et qui ne sera probablement pas remplacé, dans un quartier où l'Eglise catholique gardait profil bas , c'est que, malgré son absence d'éclat, ce mince filet d'une Eglise catholique en crise signifiait bien plus que ce qu'elle croyait elle-même. Les djihadistes ont vu , eux , qu'il y avait là une réalité métaphysique redoutable, un symbole pour eux insupportable. Malgré sa bénignité, le père Jaques faisait encore peur à certains.

Or faire peur, c'est exister. N'en déplaise à Emmanuel Todd, l'Eglise n'est pas encore morte en France.

Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:40

http://www.atlantico.fr/decryptage/popularite-artificielle-idees-stereotypees-pauvrete-propositions-et-macron-etait-qu-illusion-roland-hureaux-2762716.html

Emmanuel Macron tient son premier meeting à Paris . Depuis qu'il a lacé son mouvement "En avant" qui affiche 60 000 adhérents, pas de semaine sans qu'un organe de presse ne mette en vedette le ministre de l'économie et des finances, lequel est passé en peu de temps parmi les premiers des classements de popularité, suivis de près en ces temps de pré-élection présidentielle.

Pipolisation ? On le voit même à l'anniversaire de Line Renaud entre Johnny Hallyday et Vanessa Paradis .

Que cela agace prodigieusement ses collègues du gouvernement, et d'abord Manuel Valls ne fait pas de doute. Les socialistes de gauche sont, eux, furieux de la montée de ce traître qui n'est même pas social.

Il reste que Macron est aujourd’hui la coqueluche d'une partie de l'opinion : socialistes modérés qui comptent sur sa popularité pour échapper au désastre annoncé du PS , patronat (M.Gattaz ne tarit pas d'éloges), centristes, hommes de la droite modérée qui veulent montrer qu'ils ont l'esprit large en ralliant un ministre de Hollande et même...électeurs du Front national toujours à la recherche d'"autre chose"...

Or rarement on a vu un emballement aussi illusoire.

Un emballement illusoire

Il tient certes pour une part à la popularité artificielle de ceux qui sont aux lisières de la droite et de la gauche et recueillent des suffrages des deux bords: Simone Veil, Bernard Kouchner, Jean-Louis Borloo en profitèrent sans que cela ait eu jamais le moindre débouché politique.

Il plait certes à la droite. Il en gagnerait même, dit-on, la primaire ! Il est vrai qu'il fut le rédacteur du rapport Attali, commandé par Sarkozy , où la Grèce était présentée comme un modèle de bonne gestion...

Tout enflé de termes comme élan, audace, réformes radicales, clarification, levée des blocages dont il ne précise presque jamais le contenu, son discours peut illusionner. Mais espère-t-il vraiment conquérir le peuple en promettant plus d'Europe, au moment où les Anglais et Néerlandais viennent de quitter le navire ? Il ne s'est jamais présenté à une élection, cela se voit.

Par derrière ce succès, une idée aussi répandue que fallacieuse : si les choses vont si mal, c'est que la droite et la gauche se chamaillent. Qu'elles s’endentent donc pour nous faire une bonne politique ! Mais pourquoi espérer qu'une droite et une gauche qui n'ont pas résolu les problèmes le feraient mieux ensemble que séparément ? Cela marque les limites d'une opération comme celle de Raffarin qui se dit d'accord à 99 % avec Macron[1] et qui rêve d' un plan UMP-PS contre le chômage !

Allons plus loin : ce que le peuple refuse avec le plus de véhémence, sans toujours s'en rendre compte, c'est précisément ce qui constitue la zone de recouvrement de l'UMP et du PS : alignement sur l'Europe jusqu'à l'oubli des intérêts français , mondialisation "heureuse", rigueur budgétaire à l'allemande, politiquement correct à tous les étages. Les sujets consensuels sont, à y regarder de près, les plus inquiétants. On se rapprocherait davantage des aspirations populaires avec les franges des grands partis qui ne se recouvrent pas : Jacques Myard ou Dupont-Aignan[2] d'un côté, Mélenchon de l'autre, ouverts à des thèmes comme la remise en cause du libéralisme ou de l'Alliance atlantique, le souci de tempérer le mondialisme et de protéger les travailleurs français. Il y a une droite populaire, une gauche populaire, mais guère de centre populaire , en dehors du singulier et sympathique Jean Lassalle, l'antithèse absolue de Macron.

Comment s'étonner, au vu de ce positionnement, de la pauvreté des propositions de Macron ? Il a récemment fait un tabac en disant qu'il fallait rémunérer les fonctionnaires aux résultats ; il aurait pourtant du savoir qu'une grande loi a été votée en 2001, celle que les technocrates comme lui appellent la LOLF (Loi organique sur les lois des finances) qui prévoit précisément cela. En dix ans d'application, elle a montré toute sa nocivité : difficulté de trouver de bons indicateurs de résultats, tricheries, découragement et démobilisation sans précédent des services.

L' action d'Emmanuel Macron est de la même eau. La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite loi Macron du 6 août 2015 n'est pas inutile ; avec ses 316 pages, contribue-t-elle vraiment à simplifier notre législation ? A vrai dire, dans ce qu'elle a d'utile, elle est essentiellement une loi administrative : notre législation est devenue tellement compliquée qu'il y a toujours à la marge des améliorations techniques à y apporter. C'est le cas en matière d'urbanisme, de permis de conduire, ou d'épargne salariale. Mais elle a aussi une dimension idéologique : ouverture des magasins le dimanche (pour un pouvoir d'achat en stagnation), tentative de libéraliser le statut des notaires, volonté d'ouvrir grand le transport ferroviaire à la concurrence de la route au risque d'affaiblir la SNCF - ce qui réjouit une certaine droite hostile au rail , plus par réflexes que par réflexion, mais quelle vision stratégique derrière, sinon d'américaniser un peu plus notre territoire entre un rail étiolé et des lignes de type Greyhound ?

Bien que le projet de loi El Khomri soit dans sa ligne politique, Macron l'a critiqué pour son manque d'audace avant de faire machine arrière devant la montée de la protestation. Ce projet est inspiré par une vision libérale du marché du travail où, mondialisation oblige, les garanties des salariés doivent céder la place à la flexibilité. C'est la politique de l'offre que préconisent à l'unisson Bruxelles, Gattaz et les principaux candidats des Républicains. L'emploi s'en portera-t-il mieux ? Ne dépend-t-il pas davantage des variables macroéconomiques que de la fluidité de la main d’œuvre ?

Des idées stéréotypées

Ce qui frappe dans les idées de Macron, dans la prétendue audace de Macron, c'est leur caractère stéréotypé à l'image de son profil de bande dessinée : sa première source d'inspiration est le rapport Rueff-Armand de 1958 qui préconisait de faire sauter tous les obstacles à la concurrence existant dans la société française (taxis, professions réglementées, pharmacies etc.) par l'application mécanique des principes du libéralisme pur et dur . Si une grande partie de ces dispositions n'a jamais été appliquée, c 'est peut-être qu'il y avait à cela de bonnes raisons. Cela n'a pas empêché les trente glorieuses. Mais pour deux générations d'énarques, déplorer le manque de courage des gouvernements français à appliquer ces recommandations a été le sésame des premières places. Il ne fallait pas être très intelligent pour cela. Manque de courage ou sens des réalités ?

L'autre source d'inspiration de Macron, dont l’orientation idéologique est analogue, ce sont les directives européennes . Là où un pouvoir national pourrait tempérer l'esprit de système au contact du réel , rien n'arrête l'Europe de Bruxelles. Là aussi il ne faut pas être très subtil pour transposer de manière systématique, voire bestiale, ces directives en droit français. Notre administration ayant cessé d'être indépendante, a aussi cessé de réfléchir. Quand un haut fonctionnaire doit préparer un projet de loi, il ne cherche plus les meilleures solutions, il "transpose".

Comme le rapport Rueff, le droit européen issu de l'Acte unique de 1987 prescrivant l'uniformisation de toutes les normes de tous les pays européens, obéit à un principe simple : la loi de la libre concurrence entendue sans aucune nuance. Mais sournoisement, elle répond aussi à un projet de gommer les spécificités européennes ou françaises : entreprises publiques puissantes, labels de qualité, poids historique des classes moyennes (leur laminage au nom de la lutte contre le corporatisme va de pair avec leur écrasement fiscal).

L'introduction de méthodes managériales dans la fonction publique, prônée par Macron - et comme on le sait, déjà introduites - , suit les mêmes modes européennes, relais de l’idéologie mondialiste pour qui tout ce qu'a de spécifique la sphère publique est obsolète.

L'inspiration de Macron est idéologique, c'est à dire simpliste. Toute idéologie part de la simplification du réel . Cette idéologie était à l’œuvre quand il tenta de dissuader , avec le succès que l'on sait, les Britanniques de sortir de l'Union européenne, la menaçant de manière assez grossière d'ouvrir la porte aux migrants.

Nul doute qu'il est favorable au TAFTA voulu par les Américains pour les Européens, passivement négocié par Bruxelles et qui aboutira à subordonner la législation des États à des arbitrages habituellement réservés au droit privé, sans doute pour en finir avec la démocratie.

Cette idéologie n'avait pas attendu que Macron soit ministre de l’Économie, pour marquer la France de son empreinte et, point par point, on pourrait démontrer qu' à peu près tout ce que rejettent les Français résulte des politiques qu'elle inspire : chamboulement du cadre administratif, délocalisations, désindustrialisation, crise de l'éducation, dépérissement d'une partie de notre agriculture, ouverture sans limites des frontières, insécurité croissante de l'emploi.

Mais qui incarne mieux tout cela que Macron, issu du sérail le plus classique : l'ENA, le prestigieux corps de l’Inspection des finances qui a inspiré à peu près toutes les réformes depuis trente ans ? Ajoutons y la haute banque pour pénétrer le saint du saint de ce que les Français rejettent.

Dans une France gravement en perte de repères et de ressort, Macron, jeune avec des idées vieilles, est, de manière emblématique, et même caricaturale, celui dont il ne faut rien attendre. La popularité transitoire d'un tel personnage représente l'illusion parfaite.

Roland HUREAUX

[1] La Croix, 31/03/2016

[2] Pour ne pas parler de Marine Le Pen qui ne fait pas partie de ce cercle

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:38

Que le Saint Père aille dans l'île de Lesbos rencontrer des refugiés - ou simples migrants - du Proche-Orient , qui le lui reprocherait ? N'est-il pas dans son rôle de témoin de la miséricorde ?

Le pape François se veut par là prophète . Etre prophète , c'est dire la vérité, y compris quand elle déplait.

Mais c'est aussi dire toute la vérité.

Il ne suffit pas de reprocher aux Européens leur peu enthousiasme à accueillir ces réfugiés, il faut aussi dire pourquoi il sont là.

Ils sont là parce que l'Occident, Etats-Unis , France, Angleterre, Allemagne et leurs alliés orientaux, Turquie en tête, ont fomenté la guerre depuis de nombreuses années en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yemen et cela avec le monstrueux alibi d'aller y défendre les droits de l'homme - ce explique par parenthèse que les Européens commencent à se méfier des bons sentiments, tant ils ont couvert de crimes au cours des dernières années.

Faut-il laisser à un militant athée, Michel Onfray, le soin de dire haut et fort que les Occidentaux ont tué près de 4 millions de personnes au Proche-Orient depuis 1990 ?

Les réfugiés sont là où ils sont à cause de ces guerres, mais aussi parce que les mafias, principalement turque, organisent leur transit en avion depuis l'Irak et la Syrie , via le Liban, puis, au lieu de leur permettre de continuer en avion - le vol Istamboul-Berlin coûte 170 € - leur font payer 10 000 € par personne pour prendre le bateau, les dites mafias étant notoirement proches du gouvenrment turc.

Si le pape François osait proclamer tout cela, il remplirait de joie et d'espérance les chrétiens d'Orient qui le savent depuis longtemps et instruirait les chrétiens d'Europe qui ne le savent généralement pas . Si le pape François osait dire ce que Mme Merkel n'ose pas dire : l'écrasante responsabilité de M. Erdogan , tant dans le déclenchement et la poursuite des guerres de Syrie que dans le transfert organisé des réfugiés vers l 'Europe, dans un but explicite d'islamisation, il rendrait service à l'Europe aujourd'hui tétanisée par le nouveau sultan . Si les musulmans doivent être tenus pour des hommes comme les autres quand il s'agit de les accueillir, ils sont aussi des hommes comme les autres quand il s'agit de mettre en cause la responsabilité de certains d'entre eux.

Aller jusqu'au bout de son rôle prophétique, c 'est aussi pour François aimer jusqu'au bout les refugiés. Les aimer jusqu'au bout, c'est vouloir pour eux ce qu'il y a de meilleur, le Christ, c'est donc dire qu'ils ont eux aussi le droit de connaître le Christ. C'est rappeler aux épiscopats nationaux qu'ils ont le droit et même le devoir d'évangéliser les migrants. Trop de musulmans que le christianisme intéresse ont le sentiment que les évêques d'Europe, au moins ceux de France , tout en pressant les gouvernements d'ouvrir les portes de leur pays aux musulmans , ne semblent guère pressés de leur ouvrir les portes de leurs églises.

L' exhortation apostolique Laetitia amoris cite la relation synodale qui dit que

L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique. (ibid.)

Le "respect de cultures", de "la formation religieuse et humaine" , "la richesse spirituelle" supposée des rites et des traditions des migrants signifieraient-il qu'ils n'aient pas à connaître le Christ ? A moins que ce passage ne concerne que les seuls chrétiens d'Orient dont le respect des rites va évidemment de soi ?

La récente vague de migrations a suscité en Europe une immense crise morale dont nous ne connaissons sans doute que le commencement . Ce serait faire injure aux Européens que de tenir leur réticence à accueillir les migrants pour de l'égoïsme.

Dès qu'il s' agit d' accueillir des individus ou des familles isolées, les chrétiens d'Europe sont , n'en doutons pas, plus généreux que quiconque . Mais si l'accueil doit porter sur des populations entières, l'enjeu est tout autre. Ce n'est plus d'égoïsme qu'il s'agit mais d'une immense et douloureuse inquiétude identitaire , le souci de préserver leur identité collective, lequel, quoi qu'on prétende, est un sentiment noble . Comme l'avait montré le pape Jean Paul II, le patriotisme , autre nom du sentiment identitaire, se rapporte au 5e commandement, "Honore ton père et ta mère". Il est le souci de transmettre à ses enfants l'héritage reçu de ses parents et ancêtres, une Europe chrétienne en l'occurrence.

Les Européens, spécialement les catholiques, ont l'inquiétude légitime que leur continent ne bascule dans une autre civilisation, dont ils seraient un jour exclus, comme c' est arrivé au Proche-Orient et à l'Asie mineure.

Cette inquiétude va de pair avec une immense souffrance. Ce serait manquer gravement à la miséricorde que d'ignorer cette souffrance et d'accabler ce peuple en détresse en le taxant d'égoïsme. Là encore , c'est un philosophe juif et athée, Alain Finkielkraut qui a le mieux fait preuve de miséricorde et d'empathie quand il a parlé de l'"identité malheureuse" de nos compatriotes.

Cette identité malheureuse, ce ne sont pas des leçons de morale qui l'apaisera , c'est le sentiment que l'accueil des migrants s'inscrit dans une dynamique d'évangélisation.

En effet, l'inquiétude identitaire des Européens est d'abord due à la déchristianisation et à son corollaire, la dénatalité . Plaie envenimée par les récentes vagues migratoires . Tout ce qui peut rendre cette inquiétude plus aigue ne peut qu'aggraver les réactions de rejet vis à vis des nouveaux venus. D'autant que la condamnation du sentiment identitaire par des autorités d'Eglise semble rejoindre , pour le plus grand désarroi des fidèles, celle de médias généralement hostiles à l'héritage chrétien et acharnés à détruire ce qui reste de la civilisation européenne. Quelle détresse pour un troupeau qui se sent en perdition , d'entendre ses pasteurs tenir le même langage que les loups qui veulent sa mort ! Le même langage que Grorgrs Soros, parrain des fémens.

Le souci de l'identité est non seulement un sentiment noble, valorisé dans toutes les sociétés antiques, en particulier dans les cités grecques mais il est dans l' histoire le plus fondamental qui soit. Les pays d'Europe où l'Eglise catholique a le mieux prospéré sont ceux où elle a pu s' identifier au sentiment national comme la Pologne ou l'Irlande. Elle s'est bien moins enracinée partout ailleurs.

Chaque fois que, dans l'histoire, le sentiment identitaire et le catholicisme se sont trouvés au contraire en contradiction, comme par exemple dans l'Europe du Nord au temps de la Réforme, le sentiment identitaire l'a toujours emporté. Il ne faudrait pas qu'il en aille de même dans l'Europe de demain.

Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:37

Le général de Gaulle , qui était d'un naturel pessimiste, dit une fois qu'il n'excluait pas que son œuvre soit un jour entièrement détruite.

C'est presque fait aujourd'hui avec François Hollande. Non que ses prédécesseurs n'aient pas contribué à la déconstruction progressive de l'œuvre du général, mais parce que l'actuel président a , sur le sujet essentiel de la défense , parachevé cette déconstruction à un degré jamais vu jusque là.

Certes la constitution de la cinquième République est toujours là mais altérée de tant de manières qu'on la reconnait à peine. Pas seulement du fait des réformes ( dont le quinquennat instauré par Chirac ou la réforme Sarkozy du 21 juillet 2008 ), mais aussi par la jurisprudence de plus en plus étendue du Conseil constitutionnel et la reconnaissance de la supériorité absolue du droit européen, dont , pour sa part, l'Allemagne s'est bien gardée .

Mais la déconstruction est allée plus loin encore sur le plan militaire et diplomatique.

Le fondement de la pensée du général de Gaulle était l'indépendance nationale, non point comme une fin en soi ni pour que le pays vive dans l'isolement, mais pour qu'il soit au contraire libre de déployer dans le monde entier une diplomatie de la main tendue sans la contrainte d' alliances exclusives.

Il y a à cette attitude une raison essentielle: le but du "prince" ( au sens large : tout gouvernant) étant la poursuite du bien de la communauté dont il a la charge, toute autre considération que la poursuite de ce bien, que ce soit la pression d'une puissance étrangère , une idéologie poursuivant des objectifs propres ( construire le socialisme , construire un ordre mondial supranational ou tout autre utopie) ne saurait que fausser cette recherche et donc se traduire par un désavantage pour le pays considéré.

Si les attributs cardinaux de la souveraineté sont la monnaie, le droit, la défense et la diplomatie , il faut bien dire que les pronostics du général de Gaulle selon lequel leur abandon aboutirait à un préjudice pour l'intérêt national sont largement réalisés.

Le coût de la dépendance

Sans revenir sur le principe de l'euro , on notera que sa gestion par une banque centrale européenne échappant largement à tout contrôle n'est pas , il s'en faut de beaucoup, la solution la plus favorable aux intérêts français. Il n'y a d'ailleurs a priori aucune raison qu'elle le soit.

Mais la question fondamentale est celle de la défense et par là de la diplomatie.

En faisant voter selon une procédure accélérée , pratiquement sans débat, la loi du 20 avril 2016 autorisant l'adhésion de la France au protocole sur les quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu du traité de l'Atlantique Nord, François Hollande a entériné la mise sous dépendance presque totale de notre défense vis à vis de l'Alliance atlantique ( on peut supposer que le nucléaire en demeure exclu mais est ce sûr ?). Il est allé plus loin encore que Sarkozy qui , tout en revenant dans le dispositif militaire intégré, avait su garder une marge de manœuvre. Il n'y pas , est-il nécessaire de le dire ? de défense européenne, l'expression militaire de la construction européenne étant désormais l'OTAN.

Au même moment , la France se trouve engagée dans une politique de renforcement des forces occidentales aux frontières de la Russie et de soutien actif au gouvernement actuel de l'Ukraine . Cela correspond à une stratégie de tension qui suit peut-être les intérêts de notre allié américain, encore que ce ne soit pas l'avis d'un Donald Trump, mais pas forcément à celui des Européens, singulièrement des Français, alliés historiques des Russes. L' "agenda" ouvertement affiché des néoconservateurs américains , dont l'influence est toujours prédominante, est de creuser un fossé, le plus profond possible, entre l'Union européenne et la Russie. Beaucoup croient qu' au contraire l'intérêt de l'Europe occidentale et singulièrement de la France est de développer des liens avec la Russie. Se jetant les yeux fermés dans le piège, l'Union européenne, et la France avec elle, ont été conduits , sous l'instigation de Washington , à prendre des sanctions qui nuisent gravement à leur économie.

Ainsi tout risque de se passe exactement comme De Gaulle l' avait prévu dans sa conférence de presse du 21 février 1966 :

"Et voici que des conflits où l'Amérique s'engage (...) risquent de prendre, en vertu de la fameuse escalade, une extension telle qu'il pourrait en sortir une déflagration générale. Dans ce cas, l'Europe dont la stratégie est dans l'OTAN celle de l'Amérique serait automatiquement impliquée dans la lutte , lors même qu'elle ne l'aurait pas voulu. Il en serait ainsi pour la France si l'imbrication de son territoire, de ses communications , de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tel ou tel de ses ports dans le système militaire sous commandement américain devait subsister plus longtemps. "

De même au Proche-Orient, la France , Sarkozy d'abord, Hollande ensuite, s'est laissé aller, très au-delà de ce qu'exigeait la fidélité à l'OTAN, à suivre une politique néoconservatrice visant à démocratiser de force tous les pays arabes - et de fait à détruire tous les Etats organisés autres que les monarchies les plus rétrogrades. Une politique déshonorante car elle était directement contraire aux intérêts des chrétiens d'Orient , protégés par ces Etats, et que la France avait la mission immémoriale de soutenir, une mission que même les gouvernements les plus anticléricaux de la IIIe République s'honoraient de remplir. Une politique directement contraire à nos intérêts puisque les guerres que nous avons contribué à susciter se sont traduites par l' afflux de réfugiés en Europe et que les mouvements islamistes que nous avons soutenus sont responsables de la vague terroriste qui nous touche au premier chef.

La doctrine de Hollande, si tant est qu'on puisse parler de doctrine, est à l'opposé de celle du général de Gaulle : pour lui, la France n'a plus de rôle propre à jouer . L'avenir est qu'elle s'intègre à l'Union européenne d'un côté et à l'OTAN de l'autre : au diable ses amitiés historiques ! Si elle est intervenue au Sahel, malgré les réticences très fortes du président français qui avait juré qu'il ne le ferait pas , c'est moins comme un acteur autonome que comme un sous-traitant de l'Alliance atlantique dans une zone que les Français maîtrisent mieux que d'autres - et d'ailleurs à la suite des désordres que l'intervention de l'OTAN en Libye avait mis sur le continent africain.

Autant la politique d'indépendance du général de Gaulle avait valu de prestige à la France sur tous les continents ( même aux Etats-Unis si l'on considère les égards qu'eut Nixon pour lui) , autant celle de Hollande vaut aujourd'hui à notre pays un mépris universel, les uns le tenant désormais comme quantité négligeable, les autres déplorant tristement qu'il se trouve indigne du rôle qu'ils attendent de lui.

Il ne faut pas s'étonner que les intérêts fondamentaux de la France se trouvent mis à mal du fait d'une telle politique . Le voyage de Hollande à Colombey ressemble, dans un tel contexte, à une imposture dont, en réalité, personne n'est dupe.

Roland HUREAUX

Forum sur la politique étrangère de la France

18 juin 2016

Espace Varenne - 18 rue de Varenne - 75007 Paris

PEUT-ON ENCORE LIBÉRER LA FRANCE ?

Le coût de la dépendance , les moyens de l'indépendance

Avec Roland Hureaux, Hervé Juvin, Richard Labévière, David Mascre, Francis Choisel, Jean-Michel Quatrepoint , Amiral Jean Dufourcq, Alfred Gilder, animé par Eric Branca.

S'inscrire par courriel à : forum18juin@gmail.com

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:33

http://www.bvoltaire.fr/rolandhureaux/pendant-ce-temps-la-france-continue-daider-les-djihadistes,275132

Les gesticulations de toutes sortes de nos officiels "atterrés", "horrifiés", "pleinement solidaires des victimes" (au point que le mécréant Hollande se soit rendu à Notre-Dame à la suite du meurtre du père Hamel ), leurs mouvements de menton pour durcir l'arsenal antiterroriste ou, s'ils sont opposants, appeler le gouvenrment à le faire , la rhétorique de la guerre totale que l'on assène à longueur de journée sur les petits écrans , tout cela prend un tour singulièrement amer quand on sait que les gouvernements occidentaux en général, et le français en particulier ( ce dernier avec un rare acharnement) , apportent depuis cinq ans un soutien constant en armes, en entrainement et en logistique aux djihadistes qui combattent en Syrie .

On ne le répétera jamais assez : le terrorisme, nous sommes allés le chercher nous-mêmes au Proche-Orient par une politique absurde , fruit d'une idéologie droit-de l'hommiste devenue folle et de la corruption qui entoure les commandes d'armement réglées par les monarchies du golfe, soutiens constants du djihadisme . Il faut ajouter notre lamentable suivisme vis à vis de la politique néoconservatrice ( "néo-cons, faucons et vrai cons", dit -on ! ) qui a inspiré au cours des dernières années les présidents américains successifs, dans la continuité d'une politique américaine, jamais démentie, de soutien à l'islamisme le plus radical.

Les attentats n'ont pas fait cesser le soutien français aux djihadistes

On aurait pu penser que cette politique aurait cessé après les attentats du Bataclan et de Nice . Il n'en rien été : un général français déclarait le 15 juillet [1] ( selon Georges Malbrunot, un de nos meilleurs spécialistes) qu'il fallait à tout prix éviter une défaite trop rapide de Daesh . Pourquoi ? Il ne le dit pas mais on le devine : parce que cela profiterait au gouvernement Assad, toujours tenu pour l'ennemi numéro alors qu'il ne nous a jamais menacé sur notre sol[2]. Il faut donc laisser Daesh en vie en attendant une relève hypothétique qui ne soit pas dans la mouvance gouvernementale . Laquelle ? De mythiques rebelles modérées se situant entre Daesh et le gouvernement Assad que les Occidentaux n'ont cessé depuis cinq ans de tenter de susciter en entrainant des mercenaires dans les camps de Turquie et de Jordanie. En vain : ou les intéressés rejoignent les islamistes avec armes et bagages ou ils disparaissent dans la nature après avoir empoché la solde. Il faut se rendre à l'évidence: il n'y a rien entre Assad et les différentes formations islamistes . Le tenir le premier pour l'ennemi numéro un, c'est soutenir des islamistes. Daesh est certes aujourd'hui mis au ban ( du moins on l'espère ) , et les Occidentaux ont enfin entériné la mise au ban d' Al Nosra (alias Al Qida) , dont Fabius disait, au moment où il martyrisait la ville chrétienne de Malula, qu'il "faisait du bon boulot" . Mais il y a tous les autres, répondant aux doux noms de Ahrar al-Cham, Jaïch al-Islam, Jaïch Mouhammad, Liwa’ al-Tawhid, Al-jabhat al-Islamiya, Jaïch al-Fath , autant de viviers de fondamentalistes prêts à poser des bombes chez nous . Un de ces mouvements tenu pour modéré, Harakat Nour al-Din al-Zenki, a récemment égorgé près d'Alep un enfant palestinien de douze ans. Le 25 juillet, l'ambassadeur de France aux Nations -Unies, ne trouvait à critiquer que l'armée syrienne et la Russie pour le bombardement d'Alep, prenant de fait le parti des islamistes qui l'avaient si longtemps assiégé. Comme le demandait avec humour son homologue syrien : "Pourquoi ne qualifie-t-on pas d’opposition armée modérée ceux qui ont attaqué le Bataclan, Nice ou Charlie Hebdo ? "

Il y a deux jours, commençait un stage d'entrainement des forces spéciales du Qatar organisé par l'armée française. Si celles-ci ont la même origine que l'équipe de football, nul doute qu'il s'agit de mercenaires tout prêts pour le djihad que ce pays "ami" soutient autant qu'il le peut.

Et rappelons que pendant que le terrorisme frappe à Bruxelles, l'Union européenne maintient des sanction très dures ( allant jusqu'à interdire la vente de médicaments ) à l'égard des territoires syriens de la zone gouvernementale alors que ces mêmes sanctions sont levées dès que les djihadistes s'en emparent !

Un pareil aveuglement est peut-être sans précédent dans l'histoire. Errare humanum est, perseverare diabolicum. Il y a bien quelque chose de diabolique dans ce refus de reconnaitre qu'on s'est gravement fourvoyé en soutenant des djihadistes avec le but affiché de faire régner en Syrie un régime supposé plus respectueux des droits que celui d'Assad, cela au prix d'immenses souffrances du peuple syrien, particulièrement des chrétiens qui comptaient au contraire sur notre protection .

On dira que nos djihadistes ont poussé sur le sol français. Voire. Daesh revendique la plupart des attentats , Al Nosra les approuve. Si les auteurs sont des allumés sans doute aux ordres, c'est l'émergence de l'Etat islamique et sa terreur médiatisée qui ont échauffé l'esprit de nos terroristes nationaux, ayant fait ou pas un séjour là bas.

Il est important de chercher des solutions nationales mais on n'en trouvera pas de sérieuse tant que n'aura pas cessé cet encouragement au terrorisme que constitue la politique absurde et criminelle que nous menons au Proche-Orient.

Roland HUREAUX

[1] Le Figaro, 12 juillet 2016

[2] Il nous a même propos une collaboration contre le terrorisme que nous avons refusée.

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:32

Après la vague d'attentats qui frappe les Etats-Unis et l' Europe depuis quelques mois , on peut se demander si Bachar-el-Assad est toujours l’ennemi principal des Etats-Unis au Proche-Orient. Hélas, la réponse est claire : c'est oui.

Que juste après l'attentat d'Orlando, les plus hauts fonctionnaires du département d'État se soient plaints dans un manifeste[1] que le président n'en faisait pas assez contre le chef d'État syrien en dit long sur l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Washington. Le président Barack Obama a beau condamner avec emphase comme "un acte de terreur et de haine " ce qu'il qualifie de "la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis", qui a fait 50 morts et 53 blessés, il sait très bien que la politique américaine ne changera pas pour autant.

Les présidents américains successifs ont clamé les uns après les autres au son des trompettes qu'ils partaient en guerre contre le terrorisme, principalement islamique . Mais il n'en ont jamais tiré les conséquences : on ne comprend rien au Proche-Orient si on n'a pas intégré que l'alliance entre les Etats-Unis et l'islamisme radical est une des données géopolitiques les plus fondamentales des 70 dernières années. Une alliance qui s'est même renforcée au cours de la toute dernière période.

L'attentat du 11 septembre, revendiqué par l'organisation Al Qaida, avait semblé la remettre en cause . Le golem islamiste avait échappé des mains de son artisan. Il a donné lieu à des torrents de littérature emphatique sur la guerre planétaire sans merci que le "monde libre" devrait désormais livrer au terrorisme, proclamé ennemi mondial numéro 1. Mais il n'en a rien été : comme le chien retourne à ses vomissements, les États-Unis ont très vite délaissé ces bonnes intentions pour déclarer la guerre à un ennemi qui n'avait qu’un lointain rapport avec l'attentat, si tant est qu’il en ait eu vraiment un, le régime de talibans en Afghanistan, et surtout un autre qui n'en avait strictement aucun, et qui constituait même dans sa zone un rempart contre l'islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.

L'attentat d'Orlando ne changera pas la donne

Pour horrible qu’il soit, l'attentat d’Orlando risque encore moins de changer la donne , en tous les cas tant que le clan néoconservateur imposera ses vues à Washington.

L'alliance américano-islamique a commencé avec le pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur américain Quincy, au large de la péninsule arabique, entre le président Roosevelt et le roi Ibn Séoud . Quand on sait comment le riche royaume saoudien, Etat ayant pignon sur rue mais adepte de la doctrine fanatique du wahhabisme, a financé année après année les mouvements islamistes, y compris terroristes, on mesure la portée de l'engagement américain.

On retrouve les États-Unis soutenant les Frères musulmans contre l'Egypte de Nasser au cours des années cinquante et soixante. Quoique rivaux des wahhabites, ces derniers professent la même doctrine, ayant pour objectif final le règne de l’islam sur le monde entier. Ils ont bénéficié des mêmes complicités occidentales équivoques : les Frères n'étaient-ils pas nés en 1928 dans le giron de la colonisation britannique ?

Les tenants de l'islam pur et dur n'ayant pas de doctrine économique s'accommodent facilement du libéralisme : cela suffit au Américains.

A partir de 1979, les États-Unis se sont appuyés sur l'Arabie saoudite et sur les rebelles islamistes pour rendre la vie impossible aux Soviétiques qui avaient envahi l'Afghanistan. Ils fournirent en particulier à ceux-ci des missiles Stinger terriblement meurtriers pour l'aviation russe. Au moins l'alibi de la lutte contre le communisme était-il défendable.

Quand le Front islamique du salut ( et le GIA ) algérien tentait de prendre le pouvoir à Alger et commettait des attentats sanglants à Paris, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir à Washington un bureau qui ressemblait fort à une représentation diplomatique. La répression de l’islamisme en Algérie (1990-2000) a fait plus de 200 000 morts (Il est étonnant que personne n'osa alors faire des reproches au gouvernement algérien, alors qu’on s'acharne sur celui de Bachar el Assad dont la position, face à une rébellion également islamiste, est analogue.)

Gulbuddin Hekmatyar, un protégé de Washington qui contrôlait le sud-est de l'Afghanistan, s'étant trouvé impliqué de loin dans le premier attentat du WTC (1993), les Américains, par Pakistanais interposés, suscitèrent pour le punir et pour le remplacer le mouvement taliban, le plus radical qui ait existé, quitte à le combattre à son tour à partir de 2001.

Dans les Balkans entre 1990 et 1999, l 'OTAN a pris parti pour les musulmans (Bosnie, Kosovo), aidés par des djihadistes, contre les chrétiens orthodoxes.

La destruction du régime de Saddam Hussein en 2003 ne pouvait que plaire aux islamistes qui détestaient ce dictateur trop tolérant pour les minorités et, quoique musulman sincère, aux manières de mécréant. Il menaçait les monarchies du Golfe protégées par les États-Unis et adeptes d'un islam bien plus radical. La nature ayant horreur du vide, sa chute attira en Irak les islamistes de tout poil qui s'implantèrent dans le nord de la Mésopotamie. Servi par des complaisances anglo-américaines, turques, saoudiennes, qatari et autres, ce mouvement conduisit en 2013 à la création de Daesh.

Les printemps arabes : de la démocratie à islamisme

Depuis son accession à la tête de la Turquie en 2003, Recyp Erdogan, frère musulman lui aussi, a bénéficié de toutes les faveurs de Washington. Sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne l'a protégé d'un coup d'Etat militaire kémaliste (c'est-à-dire laïque) et lui a permis de renforcer l'islamisation du pays, tout en lui offrant une base arrière à la rébellion islamiste en Syrie et en Irak. Daesh n'a pas d'allié plus solide aujourd'hui que la Turquie, membre de OTAN. Il suffirait que ce soutien lui soit retiré pour qu'il retourne dans les sables, mais personne n' exige d'Erdogan qu'il le retire.

Ce soutien aux islamistes s'est déchainé à partir de 2011, notamment sous l’influence d'Hillary Clinton. On savait depuis toujours que démocratiser un pays arabe, c’était donner le pouvoir aux Frères musulmans, non que le peuple adhère à leurs doctrines mais parce que, seuls, ils sont présents sur le terrain pour soulager sa misère. L'Occident se prit néanmoins d'enthousiasme pour les "printemps arabes" au point d'appuyer tantôt politiquement, tantôt militairement l'émergence de pouvoirs islamistes en Egypte, en Libye, en Tunisie, au Yémen avant de tenter de le faire en Syrie. Morsi et Erdogan, frères musulmans tous les deux, étaient les favoris d'Hillary Clinton.

Cette politique a failli réussir en Syrie où la dynastie Assad, pouvoir laïque fort, adapté à un pays religieusement pluraliste , se trouvait confrontée depuis des années à une opposition islamiste. Sans l'aide massive apportée aux opposants à Assad , il n'y aurait sans doute pas eu de guerre en Syrie. Ces opposants sont, quoi qu’on dise, idéologiquement proches de Daesh, même quand on feint , comme c'est le cas d' Al Nosra, branche syrienne d'Al Qaida ou d'Ahrar-el-Sham, de leur trouver des vertus démocratiques. Cette offensive anti-Assad s'est heurtée à la détermination des Russes à garder le seul point d'appui qu’ils avaient encore dans la région et à celle de la minorité alaouite dont sont issus les Assad, laquelle n'avait d'autre alternative que de rester au pouvoir ou d'être exterminée.

Pas plus que les attentats du 11 septembre, cette politique n'a été infléchie par les attentats de Paris et de Bruxelles ; seule la France semble s'être mise à l'écart . Et encore : il y a quelques semaines, l'armée syrienne aurait capturé des soldats d'Al Qaida encadrés par des conseillers techniques américains, anglais, français et saoudiens. Washington ne décolère pas que les bombardements russes n'épargnent pas Al Qaida . Al Qaida ! [2]

Contre qui cette alliance entre Washington et la mouvance islamiste ? Au Proche-Orient même contre tout ce qui avait encore apparence d'État sous la seule forme que l'on connaisse dans cette région : une dictature militaire plus ou moins laïque, fondée sur un parti unique de type baasiste ou nassérien. Bien que fort peu agressifs à l'extérieur ( la Syrie a certes tenté de faire valoir ses droits sur le Liban et l'Irak sur le Koweït mais il ne s'agissait que d'objectifs limités ), n'ayant jamais sérieusement menacé Israël, ces régimes furent pris en grippe par les néo-conservateurs, qui pensaient que pour faire un Etat de droit, il fallait s'abord détruire l'État et qui auraient voulu redécouper (reshape) le Proche-Orient selon des lignes ethnico-religieuses, mieux à même d’entretenir le chaos.

Contre la Russie

Mais cette politique est surtout dirigée contre la Russie instaurée en ennemie historique quand bien même elle n'est plus communiste ; une Russie plus vulnérable à l'islamisme par sa proximité et la présence de 15 % de musulmans sur son sol, alors que, malgré les Twin Towers et Orlando, la menace islamique est beaucoup plus lointaine en Amérique. Que l'islamisme qu'elle nourrit doive pourrir la vie aux Russes et aux Européens lui importe peu. Bien que menacée en première ligne, l'Europe s'est laissé entraîner avec une rare inconscience à soutenir les États-Unis dans cette entreprise de déstabilisation contraire à ses intérêts. La France l'a fait au mépris d' alliés historiques qui avaient toujours bénéficié de sa protection comme les chrétiens d’Orient, premières victimes de l'appui apporté aux islamistes. La question proche-orientale est un moyen d'arrimer l'Europe occidentale au char américain, contre la Russie. Que le terrorisme et les flux de migrants déstabilisent les États d'Europe est plutôt bien vu dans certains cercles washingtoniens, où l'on compte que ces États, une fois affaiblis par le multiculturalisme, seront plus dociles à l'instauration d'un espace euro-atlantique unifié.

Au vu de ces collusions , nous ne cèderons pas à la tentation de dire des attentats : "les Américains les ont bien cherchés". Ce serait indécent : les victimes d'Orlando ne sont pas les mêmes que ceux qui élaborent à Washington les politiques de déstabilisation. D'ailleurs, il ne faut pas imaginer que le terrorisme soit tenu pour un grave problème par les grands qui dirigent le monde. Malgré la rhétorique dont ils usent à l'usage du peuple, les attentats terroristes sont d'abord pour eux un moyen de déstabiliser l'adversaire (le seul qui compte, la Russie) ou de coaliser les opinions publiques autour d'eux , éventuellement de restreindre les libertés. Orlando, à cette échelle, est un non-évènement.

Aujourd'hui alliée à l'islamisme contre la Russie, l 'Amérique aurait l'option alternative de s'allier à la Russie contre l'islamisme. C'est plus ou moins le programme de Trump. Le laissera-t-on faire ? En tous les cas ce serait là une rupture avec 70 ans de politique pro-islamiste : on comprend qu’elle suscite des inquiétudes à Washington.

Roland HUREAUX

[1] Le Monde, 20/06/2016

[2] Al Qaida ( dont la branche syrienne s'appelle Al Nosra) est désignée comme une organisation terroriste à combattre dans la Résolution de l'ONU du 18 décembre 2015 et a sinon revendiqué, du moins approuvé l'attentat du Bataclan, ce qui n'est pas le cas d'Ahrar-el-Sham. Voilà ce que les forces spéciales françaises continuent à soutenir !

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:31

http://www.causeur.fr/airbus-eads-tom-enders-paul-eremenko-39318.html

En ce mois de juillet , un nouveau directeur technique a pris ses fonctions au sein d' Airbus Group . C'est un Américain de 36 ans, Paul Eremenko , qui a fait jusqu'ici l'essentiel de sa carrière dans une annexe du Pentagone , la DARPA (Defense advanced research program agency ), chargée des techniques de pointe en matière d'armement: robotique, drones, satellites.

Cette nomination appelle plusieurs questions :

- n'y a-t-il en Europe aucun ingénieur qualifié pour occuper ce poste ?

- la réciproque est-elle concevable : Boeing nommant un directeur technique ayant travaillé dans son pays dans le domaine de la défense ? Rappelons que l'armement est dans le périmètre du groupe Airbus, comme de Boeing.

On peut douter de cette réciprocité au vu d'une récente loi américaine qui prescrit qu'en cas de prise de contrôle d'une entreprise stratégique par un groupe étranger ( même venu d'un pays de l'OTAN, bien évidemment) , le gouvernement américain se réserve de nommer l'ensemble des membres du conseil d'administration et de la direction, les nouveaux actionnaires n'ayant d'autre droit que de connaître les comptes et de percevoir des dividendes .

Voilà un pays où l'"intelligence économique" est un vrai souci, pas un sujet de colloques !

Mais le fait le plus remarquable est qu' avec cette nomination, aucun Français n'occupera désormais une des cinq fonctions majeures de la direction du groupe Airbus :

Direction générale : un allemand ( Tom Enders ), Finances: un autre allemand ; Affaires juridiques : un britannique ; Marketing : un américain , Technique, désormais un autre américain.

Les postes de directeur de la stratégie et de président d'Airbus Industrie , encore détenus par des Français , ont perdu beaucoup de leur contenu depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014 .

Cette réorganisation comprenant la fusion de la direction générale d' EADS et de celle d' Airbus industrie au sein d'Airbus Group , s'est accompagnée du transfert du siège à Toulouse, ce qui a fait illusion aux Français , toujours plus sensibles aux symboles qu'aux réalités et qui n'ont pas vu que les deux postes évoqués passaient désormais sous le contrôle étroit du PDG.

Dans la foulée, le même Enders a créé Airbus Defense & Space (ADS) , réunion d’Astrium et Cassidian dont le siège a été installé à Munich avec un management presque 100% allemand. Décision d'autant plus étonnante , elle aussi, que les poids lourds dans le domaine considéré sont la France et la Grande Bretagne. La partie électronique de cette entité vient d'être cédée, sans que personne en France ait eu son mot à dire, au fonds KKR, notoirement proche de la CIA ( alors même que Thalès était candidat) .

Une telle situation est d'autant plus paradoxale que l'Etat français est encore actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et surtout qu'Airbus est historiquement une création française qui doit son essor, au sortir de la guerre et pratiquement jusqu'à la privatisation, à des investissements publics très importants, payés par le contribuable français.

Rien non plus pour l'Espagne actionnaire à 4 %.

Ne nous étonnons pas qu'aujourd'hui en Chine, on tienne l' Airbus , créé en France par des ingénieurs français pour un avion allemand !

Il est aujourd'hui politiquement incorrect dans les sphères dirigeantes françaises et au sein du groupe, "à l'heure de la mondialisation", d'entrer dans ce genre de considérations jugées chauvines et reflétant un nationalisme dépassé.

Pourtant, savoir qui a le pouvoir dans le groupe Airbus intéresse au premier chef notre pays : la désindustrialisation aidant, l'aéronautique représente aujourd'hui, avec ses sous-traitants, le tiers de l'emploi industriel civil.

Par ailleurs les opérations d'internationalisation du groupe semblent s' être traduites par une diminution continue de la part de l'emploi français ( à périmètre constant , c'est à dire sans compter les apports initiaux allemands ou autres) dans l'emploi total du groupe. Une voix syndicale autorisée nous dit que depuis quinze ans les plans sociaux touchent principalement la France et le Royaume-Uni, très peu l'Allemagne.

On aimerait que ces considérations , jugées chauvines et déplacées dans la classe dirigeante française , soient jugées aussi dépassées à Washington et à Berlin. Mais , entre le nationalisme implacable de l'un et celui, plus rampant de l'autre, on en doute.

Peut-être serait-il temps que la France fasse valoir ses intérêts au sein d’Airbus Group ?

Roland HUREAUX

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