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Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:32

Le président Macron a décidé  la suppression de l’Ecole nationale d’administration . 

« Pas ça , pas lui » serait t-on tenté de dire : qui, mieux que lui, représente les travers de l’institution : a priorisme, arrogance , inaptitude à une vraie écoute, indifférence hautaine à l’intérêt national ?   

Il vient même de l’Inspection des finances qui constitue à peine 5 % des anciens élèves et 90 % de leur pouvoir.

Même si on pense que cette institution avait besoin d’âtre réformée , et d’abord dans le contenu des études, on peut craindre que cette initiative ne confirme la maxime du philosophe marxiste  Guy Debord : « la société de spectacle  ( nous dirions de communication) dans son stade avancé ne sait se  réformer  qu’en pire ». Et il s’agit bien d’une mesure de pure communication destinée à servir sur un plateau à l’opinion une victime expiatoire de tous les sujets de mécontentement.

Il est vrai qu’il y a un  grand malaise entre cette institution et la société  française. Ce malaise touche en fait toute la haute fonction publique :   aussi bien les médecins qui ont organisé le plan de confinement contre le Covid que les pédagogues  qui décident des programmes et des méthodes de l’éducation nationale :  tous sont  indistinctement englobés dans le même opprobre  attaché aux énarques.  Ne sont épargnés que les corps de terrain  : ingénieurs, militaires, policiers , gendarmes, soignants.  Ce malaise  touche aussi  les politiques – en dehors des maires – auxquels on peut reprocher surtout de n’avoir aucune prise sur la technostructure.

 

De mal en pis

 

Mais au vu de toutes les idées reçues qui circulent  depuis des années au sujet de l’ENA , il y a fort à craindre que la réforme , partant d’une mauvaise analyse,  ne conduise à une situation  encore plus mauvaise, ce qui est presque toujours le cas des réformes d’aujourd’hui.

Parmi ces poncifs, l’idée que le mal viendrait du recrutement de l’ENA  jugé  trop bourgeois , trop endogame,  donc faisant émerger des administrateurs inaptes à comprendre le peuple.  On entend cela   depuis cinquante ans ; un des effets les plus fâcheux de cette idée  fausse  a été la réforme de l’ENA qui a eu lieu en 1968  à partir des idées de Bourdieu   : élimination de la culture générale, discrédit des connaissances , généralisation des  notes de synthèse aptes à sélectionner plutôt des administrateurs  de petit niveau que des agents supérieurs de l’Etat. Contrairement à ce qui se dit, la démocratisation n’a pas reculé si on considère  la situation  non seulement des parents, mais des grands parents :  il va de soi  en effet qu’une famille donnée ne peut pas connaître une promotion sociale à chaque génération. L’exercice quotidien du pouvoir montre d’ailleurs que c’est moins l’origine sociale que le génie individuel qui fait l’aptitude à comprendre les  humbles. Combien de fonctionnaires issus du rang  s’avèrent des bureaucrates étroits , caricatures de ce qu’on imagine être un énarque. Jacques Delors , issu du syndicalisme fut -il moins technocrate  que ses collaborateurs , presque tous venus  de l’inspection des finances ?

La vérité est que ce qui sépare les décideurs du peuple, c’est le mode de pensée idéologique. Les fonctionnaires sont souvent portés à l’idéologie  car il leur faut des rails pour  guider leur action  , surtout quand  le pouvoir politique est défaillant. Et l’idéologie, c’est l’action ramenée à quelques idées simples : par exemple réduire à toute force le nombre des communes en France  . Les fonctionnaires ont aussi besoin de sentir qu’ils sont les agents, même modestes,  du progrès de l’humanité.  Quelques idées simples, trop simples,  le sentiment qu’ils sont les agents du bien et voilà les fonctionnaires incrustés dans un système de pensée dont ils ne sortiront pas. Les contestations  de leurs idées et des réformes qu’elles inspirent sont  alors tenues pour irrationnelles,  le  fait de gens qui n’ont pas compris ou qui sont égoïstement accrochés à leurs intérêts particuliers. Contrairement à ce que les gens croient, les  hauts fonctionnaires entendent le peuple mais récusent  a priori sa parole car  il n’y a pas dans le logiciel de la plupart une  case où ils puissent l’intégrer.

Ce mal a même atteint un corps connu jadis connu pour son pragmatisme, le corps préfectoral, qui poursuit depuis trente ans avec obstination l’absurde projet de réduire le nombre des communes françaises,  sans autre résultat que d’ introduire une immense complication.

L’Europe, ou plutôt l’idée qu’on s’en fait à Bruxelles,  est une idéologie – ou plutôt  la version continentale de l’idéologie mondialiste.  Qu’il faille aller vers de plus en plus d’internationalisation, de  plus en plus de   libre échange, de moins en moins d’Etat national, ce sont des idées qui  n’ont rien d’évident  en soi mais qui s’imposent par le double caractère de la  (fausse) simplicité et de l’idée de  progrès.  En 2005, 55 % des Français ont rejeté le projet de constitution européenne  tel qu’il  leur avait été proposé par référendum; on  le leur a quand même imposé… au nom des « valeurs démocratiques » . Or il est probable que 75 % des anciens élèves de l’ENA au moins lui étaient favorables : la plupart expliquent ce décalage par le fait qu’ils sont  plus éclairés, plus intelligents .  Mais ils se trompent : ce décalage vient de leur plus grande propension à l’idéologie ,  propension qui est le  propre de tous les clercs , autre  nom des technocrates. L’idéologie donne l’air intelligent  et  , surtout, elle donne le sentiment de l’être,  mais en fait elle rend les dirigeants  inaptes  à comprendre les peuples.

Les apparatchiks communistes de l’ancienne Union soviétique connaissaient ce décalage mais moins que nous car ils ne croyaient plus au communisme alors que la majorité des énarques croient encore  à la construction européenne et à la mondialisation.

 

« Pas assez savants… »

 

Les peuples, eux , sont naturellement rétifs à l’idéologie. Ils ne sont , comme dit Montesquieu, « pas assez savants  pour raisonner de travers. »          

Au fil des ans, les anciens élèves de l’ENA, surtout  ceux qui étaient dans les positions  les plus élevées, ont perdu l’habitude de défendre les intérêts de la France, c’est-à-dire du peuple  qu’ils avaient le devoir de protéger , pour défendre la construction européenne et les quelques idées qui vont  avec. Cette dérive  a été particulièrement sensible en  France où on s’emballe plus qu’ailleurs pour  les idées abstraites. Gageons que les Allemands – et encore moins les Anglais quand ils y étaient , n’ont pas vu les choses de cette  façon.  Sait-on que parler de l’intérêt national aujourd’hui dans une réunion interministérielle vous fait  regarder avec condescendance comme le Huron de service  ?    Non seulement les  énarques – et assimilés - sont enfermés dans un système que les gens ne comprennent pas, parce qu’il est idéologique,   mais le peuple a  le sentiment qu’ils ne défendent plus les intérêts des Français.  Lors de la négociation du récent plan de relance européen , Macron était tellement désireux que ce plan aboutisse , car il représentait le  premier emprunt proprement  européen, et donc  une avancée  idéologique,  qu’il a accepté, malgré l’état lamentable de nos finances de sacrifier les intérêts financiers de la  France à hauteur de plusieurs dizaines de milliards.

En ce sens ,  il y a eu  comme une  grande trahison de la majorité des  anciens élèves de l’ ENA – comme de toutes les  élites françaises -   à l’égard du peuple. D’une certaine manière on peut l’imputer à un recrutement trop petit-bourgeois :  trop de familles peut-être aisées  mais sans traditions où on ne sait pas ce que les élites doivent à leur peuple.

Trahison n'est pas un vain mot : quand le général de Gaulle fonda l'ENA en 1945, il voulait redresser la France , abîmée en 1940, en commençant par l'Etat. Quand Bruxelles s'attache à détricoter les Etats, c'est parmi les Etats européens, c'est l' Etat français, jugé le plus résistant au mondialisme , qui est visé en premier. Servir ce dessein , comme le fait  la grande majorité des anciens élèves de l'ENA, depuis quarante ans, c'est trahir le dessin originel de l'école.

Et si on fait une nouvelle  école manière Macron,  fondée sur la même idéologie et recrutant  sur des critères sociaux, allant jusqu’à la discrimination positive par quotas,  si on continue à y mépriser  la culture générale,  rien ne sera  réglé. Il est probable même que le fossé s’aggravera . Plus que jamais  il s’agira d’une  école idéologique, plus que jamais  le fossé se creusera avec la population.

Il est probable que s’il n’y avait pas eu une entreprise  comme la  construction européenne, l’ENA serait restée plus  près du peuple français et n’aurait pas au même degré connu  le discrédit actuel.

Nous ne confondons bien entendu pas cette admirable réalité qu’est l’Europe , riche de la  diversité  inégalée  de ses cultures et l’Europe institutionnelle, celle de Bruxelles,  qui s’attache jour après jour à noyer  l’Europe charnelle dans  une ennuyeuse désolation   bureaucratique . De moins en moins cultivés, beaucoup d’énarques  ne connaissent que la seconde. 

 

Le mondialisme est bien ingrat

 

Le grand paradoxe est que les forces internationales   dont l’ENA est devenu l’agent le plus dévoué,   ce sont en fait elles qui voulaient sa mort. En ce sens l’école est deux fois victime du mondialisme.

Malgré ses dérives récentes,  l’ENA incarnait encore , surtout aux yeux de l’étranger, la réputation de  solidité séculaire de l’Etat français , celui de Richelieu,  de  Louis XIV, de Napoléon, de la République radicale . Malgré ses défauts, cet Etat était tenu pour une des forces de la France par la compétence , l’objectivité , le  sens du service public  de ses agents.

Or le projet mondialiste, comme le projet européen implique l’attrition des Etats , voire leur arasement . C’est particulièrement vrai de l’Etat   français, hériter de la « grande nation » et tenu  à l’étranger , spécialement dans  le monde anglo-saxon,  comme la structure la mieux  à même , en raison de sa solidité, de résister aux projets mondialistes. Cet Etat, il faut lui briser l’échine. Personne sans doute  n’a donné  l’ordre à Macron de liquider l’Etat français, mais  on sait combien le président est imbibé de l’idéologie internationale dominante. Il y adhère par conviction certes mais aussi par une facilité particulière de sa personnalité  à s’imprégner de l’atmosphère  du  milieu où il évolue,  en l’occurrence la sphère mondialiste et rien que celle là.  Il sait sans doute  aussi jusqu’à quel point il doit  à cette sphère son  élection.

Ajoutons que la baisse d’attractivité sociale et de niveau qu’il faut attendre d’une institution prenant le relais  de l’ENA , recrutant dans la « diversité »,  où la conformité idéologique prendra le pas  sur la culture générale et les compétences , favorisera l’émergence d’une nouvelle classe de  fonctionnaires , grisaille au service de la grisaille, plus apte à se conformer aux ordres de la gouvernance mondiale que de faire entendre la voix de la France.

Casser ces symboles forts que sont , tant pour les Français que pour les étrangers, l’ENA et le corps préfectoral – bien plus que l’Inspection des finances dont on peut  se passer , c’est concéder une  belle victoire au projet mondialiste. La suppression plus récente  du corps diplomatique est venue parachever ce que le président lui même a appelé la "déconstruction de la France" . On peut  dire que les énarques –  au moins la majorité d’entre eux, l’ont bien cherché !  Mais compte tenu de la gravité de l’enjeu national et civilisationnel, ce serait là  une piètre consolation.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:31

Le succès de la  récente tribune des généraux, approuvée par 58 % des Français  et dont 73 % partagent la crainte d’un « délitement » de la France,    laisse apparaître ce que les intéressés eux-mêmes  ne mesuraient pas : la popularité des militaires en France.

Cette popularité contraste avec leur situation d’il y a cinquante ans où la gouaille antimilitariste de gauche avait contaminé une large part de l’opinion. Les guerres coloniales, le service militaire, jugé souvent du temps perdu, l’avaient nourrie. La professionnalisation de  l’armée est  donc , paradoxalement, une des raisons de ce regain de popularité.  Le temps de l’antimilitarisme à la française semble en tous cas  révolu.  

 

Une réputation d’intégrité

 

Il est vrai que, opération extérieures aidant, les soldats français sont presque toujours sur le terrain ; on annonce régulièrement des pertes qui  émeuvent l’opinion.  Surtout quand ils se battent pour  des causes peu contestées, comme la  lutte contre les djihadistes au Mali.  

Ils sont aussi mobilisés dans l’opération Sentinelle : la surveillance des rues, peu valorisante et d’une utilité douteuse,  qu’on leur impose, est d’abord une opération de communication pour le pouvoir politique, mais globalement, elle profite aussi à l’image de l’armée.

La popularité des militaires contraste  avec l’impopularité de tant d’autres corps : les « énarques » ( cette appellation  désigne  l’ensemble des hauts fonctionnaires, qu’ils soient passés par l’ENA ou pas), les journalistes, les juges , et naturellement les hommes politiques – sauf les maires. Si les enseignants sont en partie épargnés, ce n’est pas le cas de l’Education nationale .

Une des raisons de ce contraste : le sentiment que les militaires restent intègres. Ils ne  passent en tous les cas pas pour corrompus. Le pantouflage de certains officiers généraux à la fin de leur carrière, tel le général Pierre de Villiers au Boston consulting group , phénomène encore limité en France,  ne fait pas scandale.

 

L’idéologie contre le  réel

 

Le fait que ce dernier se soit opposé publiquement à un président rejeté par beaucoup  a suffi à le rendre populaire.

Mais un  autre facteur nous parait encore plus décisif. Dans un univers politico-administratif  qui ressemble de plus en plus à l’Absurdistan, les militaires, eux, ne semblent pas délirer, au moins dans la partie visible de leur action : la guerre. Il en est de même de deux autres corps de terrain, chargés de missions régaliennes  : la gendarmerie et la police et bien entendu du personnel hospitalier   surtout depuis le covid. 

Si les autres corps  de direction ( qui bien souvent  ne commandent  plus rien du tout ! )  sont devenus si impopulaires, c’est qu’ils semblent avoir complètement perdu le contact avec le réel – et avec la population . Ils appliquent des  milliers  de règlementations que personne ne comprend et dont   beaucoup apparaissent comme nuisibles. Les sphères supérieures de la politique et de l’administration  sont sourdes aux messages venus de la base. Par exemple, malgré le scepticisme de l’immense majorité des maires, l’administration du ministère l’intérieur ( pourtant supposée plus proche du terrain ) poursuit inexorablement  le laminage des communes au nom d’une intercommunalité lourde et coûteuse.

La raison : c’est que la gouvernance publique a largement perdu le sens de sa mission : la solution des problèmes, le bien commun, pour ne plus faire qu’appliquer des schémas.  Des schémas qui semblent issus de la technocratie nationale mais qui , la plupart du temps, viennent  de beaucoup plus haut, l’Union européenne, principal prescripteur ne faisant que répercuter les consignes de l’OMS, du GIEC, de l’OMC , bref d’une gouvernance mondiale complètement déconnectée .  Ces schémas , il ne faut  pas hésiter à les qualifier d’idéologiques car ils  sont abstraits et simplificateurs  et qu’ils sont supposés aller dans le sens du progrès.  

Un chef d’entreprise qui perd le sens du réel, voit très vite son  bilan se dégrader : le banquier le rappellera à l’ordre.  Le retour du réel est  beaucoup plus lent et plus diffus en matière de gouvernance publique. Les dirigeants imbus de l’idéologie dominante tiennent les résistances de la base pour du poujadisme irrationnel , on l’a vu avec les gilets jaunes marginalisés   avant même de s’être exprimés.

Quand une armée va au combat , le retour du réel est  beaucoup  plus rapide encore que dans l’entreprise. Les militaires de tout rang sont , pour cela,  obligés d’avoir le sens du réel . Un vieux proverbe militaire dit « quand le canon tonne, les cons se taisent ». Et  s’ils  continuaient à commander , la bataille serait perdue.

Sous cette appellation un peu rude,  voyons les agents actifs ou passifs de tous les systèmes administratifs qui gouvernent notre monde et  dont le bon peuple a le sentiment qu’ils ont complètement perdu  le contact avec les réalités , ce qui n’est pas  le cas des militaires d’aujourd’hui.  

 

Roland HUREAUX

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:29

 

            http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Mourir-dans-la-dignite2

 

  La question, de l’euthanasie revient à l’ordre du jour.

Comme il arrive souvent, les défenseurs des bonnes  causes ne trouvent pas toujours les bons arguments.

 

Tu ne tueras pas ?

 

  Il est sans doute plus que jamais nécessaire de rappeler  que la vie humaine est sacrée, que, sous aucun prétexte, on ne saurait y mettre un terme ou aider un malade à y mettre un terme volontairement. «Tu ne tueras pas »  est tenu pour un absolu de l’héritage judéo-chrétien. Sous le serment d’Hippocrate,  les  futurs médecins disent  à peu près la même chose.

  Mais si c'était là le seul argument des adversaires de l'euthanasie, comment se cacher les objections auxquelles il se heurte : toute l’histoire de l’Occident n’a-t-elle pas consisté, quoiqu’on dise,  à organiser des exceptions à ce principe qui en principe n’en souffre pas ?  La légitime défense,  le droit de la guerre qui en procède, la peine de mort, incontestée pendant des siècles, sont de ces exceptions. Sans doute les condamnés à mort n'étaient-ils pas innocents, mais ils n'étaient pas non plus volontaires !

 

Des limites difficiles à fixer

 

C'est pourquoi il convient de compléter cet argument par d'autres :  même si le droit a toujours admis des exceptions au précepte « Tu ne tueras pas », au moins faut-il que ces exceptions soient bornées par une limite claire.  Il est douteux que la légalisation  de l’euthanasie  permette de marquer une telle limite. Si le droit d’accélérer la fin de moribonds qui le demandent ( ou  paraissent le demander) était admis, comment éviter les abus  dans une société où les progrès de la médecine aidant , le nombre de grands vieillards en état de dépendance ne cesse de s’accroître. La crise du COVID a déjà ouvert la porte à de tes abus sous la forme hypocrite de « sédation profonde ». Il n’est pas toujours facile de savoir ce que veulent ces personnes (dont beaucoup sont privées de la capacité juridique par  la mise sous tutelle) mais la tentation est de les tenir pour  encombrantes. Comment dès lors  éviter que, une fois l’habitude prise d’abréger leurs jours à leur demande,  on n’en arrive vite à le faire avec un semblant de consentement ou pas de consentement du tout . Surtout si notre société s’appauvrissait au point de ne plus supporter le poids des dépenses sociales les plus lourdes. C’est ce qui arriva en Union soviétique à la fin du communisme où le taux de mortalité s’éleva très vite au milieu de la dégradation générale des systèmes de santé. L’expérience de pays comme  la Belgique ou les Pays-Bas qui  ont légalisé l’euthanasie n’est pas pour nous rassurer sur le risque de telles dérives. Parmi les défenseurs de la proposition de loi  en cours de discussion, qui  voudrait être admis dans une maison de retraite belge ?

Si la ligne rouge venait ainsi à être fréquemment transgressée, on n’ose imaginer ce que serait l’état d’esprit des malades hospitalisés, toujours aux aguets de crainte d’être « euthanasiés ». Le  souci peu éclairé d’adoucir les derniers jours des grands malades  plongerait au contraire ceux-ci  dans une angoisse dramatique. Cette inversion des résultats est  le destin, désormais bien connu,  de tous  les  partis  pris  idéologiques.

 

Lutter contre la mort est au cœur de la condition humaine

 

Mais nous pensons qu’il faut prendre aussi la question sous un autre angle. Même si la fin de vie se traduit par de grandes souffrances, toute la noblesse de la condition humaine historique n’est-elle pas dans ce combat sans espoir contre la mort ? Cela est vrai au niveau de l’espèce laquelle a traversé dans des conditions de précarité incroyable des centaines de milliers d’année, luttant avec acharnement contre la menace de l’extinction.   S’il est vrai que le commandement « Choisis la vie » (Dt 31,19) par lequel se termine le Pentateuque est, aux dires de Pierre Chaunu, le plus important de la Bible, il faut croire qu’il fut ardemment mis en œuvre tout  au long de l’histoire humaine pour que celle-ci malgré les multiples menaces qui pesaient sur les hommes se prolonge jusqu’à nous.

Le confort exceptionnel dont jouissent nos contemporains (au moins la majorité d’entre eux dans les pays développés), bien qu’il ne soit que le fruit de ces luttes  multiséculaires,   amortit  la perception que  la vie est une lutte acharnée contre la mort, que celle-ci prenne le visage de la guerre, de la famine ou  de la maladie. A ces menaces  de toujours, il faut sans doute ajouter celle du    désespoir, de la perte de sens individuelle ou collective. .

Il s’agit d’une une lutte sans espoir. Car à la fin, au moins en ce bas monde, c’est la mort qui gagne. Comme dit Heidegger, l’homme est dès le départ un « être pour la mort ». Même sains de corps et d’esprit,  nous sommes tous des morts en sursis, au même titre que ceux qui sont frappés d’une maladie mortelle à évolution lente. Cela n’a jamais été une raison pour ne pas combattre.

Le combat contre la mort porte sa part de souffrances : le travail,  l’  accouchement, la   lutte contre la maladie, parfois la guerre. Pourquoi ce combat ne se prolongerait-il pas dans un ultime affrontement contre la mort ? L’agonie, étymologiquement, ne signifie-t-elle pas le combat ? Combattre jusqu’au bout, n’est-ce pas en définitive cela,  « mourir dans la dignité » ?

Vouloir faire l’économie  de cet ultime combat  (nous ne remettons évidemment pas en cause la légitimité et la nécessité des soins palliatifs), n’est ce pas risquer de briser le ressort par lequel notre espèce a traversé les siècles, en tous les cas mettre la mettre dans un engrenage  allant à contre-sens ?

Cette perte de ressort  n’est-ce pas ce dont souffrirent des civilisations déclinantes, comme l’Empire romain ou d’autres où, au moins dans les hautes classes,  le recours au suicide se banalisa ? Heureusement pour l’espèce, d’autres civilisations prirent le relais.

On dira que cette vision héroïque de l’existence humaine ne saurait s’appliquer  à tous,  et aussi  qu’il existe des souffrances si grandes que, devant elles, de tels propos ne tiennent pas. Notre société a certes beaucoup fait pour limiter les souffrances. Elle supporte d’autant moins celles qui restent.  La compassion pour ceux qui souffrent encore, notamment  certains grands malades, est plus forte que dans les sociétés plus aguerries d’autrefois.

Nous ne supportons pas davantage la souffrance des animaux à l’égard desquels la pratique de l’euthanasie est généralisée.

Cette compassion « animale » que nous éprouvons envers nos frères inférieurs peut-elle être étendue à des moribonds qui  demanderaient qu’on abrège leurs souffrances? Non,  l’homme n’est pas un   chat ou un chien. Plus important que la compassion, il y a  le respect, non point seulement le respect de la vie mais le respect de cette éminente dignité qui est le propre de l’homme, le droit pour chacun, même les petits et les sans grade, de mener jusqu’au bout le combat qui fait la grandeur de leur destinée.  Éventuellement contre lui-même, contre les demandes que le désespoir ou des souffrances trop aiguës pourraient le conduire à formuler.

Si la morale chrétienne - la morale tout court - n’étaient que  ce que disait Nietzsche, une pitié animale, une compassion primaire, une sorte de  sensiblerie   , rien ne devrait s’opposer à l’euthanasie. Mais la morale  est justement plus que cela : la reconnaissance de l’éminente noblesse de tout homme  - de  toute femme -, quelle que soit sa condition.  Ce n’est pas seulement  la vie qui doit être respectée, c’est la personne vivante.

 

Le risque de l’acharnement thérapeutique

 

Reste à trancher la question de l’euthanasie dite passive, ou plutôt de l’acharnement thérapeutique. Bien que  la distinction entre euthanasie active (donner la mort par un acte positif) et passive (laisser advenir la mort par la cessation de certains soins devenus déraisonnables) soit à peu près claire, les partisans de l’euthanasie active cherchent à mêler les deux problèmes.

 Les progrès de la médecine, s’ils ont permis le développement des soins palliatifs qui, dans la plupart des cas, permettent d’atténuer les souffrances des grands malades, ont aussi donné les moyens de prolonger   la vie par des soins sophistiqués et lourds, lors même qu’il n’y a plus  d’espoir de guérison ou de retour à la conscience. Cela pose un problème  nouveau. Le zèle médical aidant, la tentation de ce qu’il est convenu d’appeler l’ « acharnement thérapeutique » est grande. N’est-ce pas d’ailleurs le même esprit technicien qui inspire  l’euthanasie active et  l’acharnement  thérapeutique ? L’homme moderne, fort de sa technique,  veut être maître absolu de la vie et de la mort.

Si, parait-il, une large majorité de nos compatriotes sont favorables à l’euthanasie, c’est surtout par crainte de l’acharnement thérapeutique.

Indépendamment de son coût qui ne saurait entrer en considération, l’acharnement  thérapeutique est aujourd’hui un vrai problème de société. Nous connaissons des personnes qui se sont suicidées non point par crainte de  la maladie et de la mort, mais de l’acharnement thérapeutique. Un brave homme de nos provinces nous dit une fois: « Heureusement, l’ambulance est arrivée trop tard : ma mère a pu mourir dans sa maison ». Cet homme, n’en doutons pas,  aimait beaucoup sa mère. La maison dont il parlait, ses ancêtres y avaient vécu et y étaient morts, de génération en génération, depuis trois siècles. A une époque où , en France, 80 % des gens meurent à l’hôpital, généralement dans les services dits de réanimation, ne faudrait-il pas reconnaître aux grands vieillards le droit de mourir chez eux , quitte à les y mieux soigner ? En Italie, pays de développement comparable, 80 % des décès ont lieu au contraire au domicile.  Le matin de sa mort, le pape Jean Paul II refusa  une ultime hospitalisation   pour rendre son dernier soupir au Vatican: n’y a-t-il pas là un exemple à méditer ?

Cela ne veut pas dire que les soins intensifs soient illégitimes. D’autant que, ainsi que le rappelle  le beau film de Pedro Almodovar  Parle avec elle (2002),   le destin du  comateux le plus lourd peut encore s’inscrire dans une socialité. En outre, des retours à la conscience quasi-miraculeux ont été observés. 

Mais si la  césure entre euthanasie active et passive est à peu près claire, il faut bien admettre que la frontière entre soins intensifs légitimes et acharnement thérapeutique ne l’est pas toujours. Nous entrons là dans le domaine prudentiel. Les moralistes comme les médecins qui  voudraient trouver  une règle parfaitement logique auront du mal: en toutes choses,  la logique conduit aux excès. La vertu de prudence est, en la matière, plus que jamais nécessaire. 

La  loi Léonetti légalisant la sédation lourde a paru un moment résoudre le problème . Elle a cependant montré à l’usage ses dangers . Tant l’affaire Vincent Lambert où on  a pu mettre à mort un patient par inanition, dans le respect littéral de cette loi,  que le Covid où la sédation lourde de personnes âgées a servi de prétexte à leur élimination massive,  ont  montré les risques de cette loi. Il reste qu’elle  vaut mieux que  l’euthanasie pure et dure que le présent gouvernement voudrait faire adopter.    

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:27

A un an de l’élection présidentielle,

 

https://www.bvoltaire.fr/a-un-an-de-la-presidentielle-macron-brule-t-il-ses-vaisseaux/

 

A moins d’un an de la prochaine élection présidentielle, on pouvait s’attendre à ce que Macron,  que l’on dit candidat à sa propre succession,  ne fasse plus rien d’autre que ce qui peut lui permettre d’être réélu.

Par rapport à cette règle, on voit pourtant d’étonnantes étrangetés de comportement.

 

L’ENA

 

D’abord la suppression, coup sur coup de l’ENA, des grands corps, notamment l’Inspection des finances dont il vient et du corps préfectoral. Il est classique que, depuis la nuit de temps, les rois, confrontés à des revers, coupent les têtes de leurs « mauvais conseillers » pour les donner en pâture au peuple qui veut qu’on punisse les responsables. Mais ce projet va bien plus loin.  Ce n’est pas à tel ou tel ministre, c’est à la substance même de l’appareil d’un Etat multiséculaire que Macron s’en prend.  Décision d’autant plus étonnante qu’il   est lui-même, jusqu’à la caricature, le produit de ce système incarné par l’ENA et l’Inspection des finances, y compris dans ses pires   travers : apriorisme, arrogance, mépris secret du peuple français, voire de France.

Mais tout stratège électoral sait qu’on ne  touche pas impunément à un groupe aussi nombreux : plus de 5000 personnes en position décisionnaire, politisées et influentes, sans compter tous ceux qui l’on assimile à des énarques parce qu’ils ont les mêmes défauts et qui n’en sont pas : les médecins qui ont organisé la lutte contre le covid ou les pédagogues qui font les programmes scolaires.   Il est clair que la plupart d’entre eux voudront à n’importe quel prix se débarrasser de Macron dans l’espoir que ces réformes seront rapportées. Pour un effet d’annonce vite oublié, Macron se fait beaucoup d’ennemis.

 

Le Rwanda

 

Le Rwanda est une autre énigme. Macron doit faire prochainement  une visite au président-dictateur Kagame qui ne correspond à aucune nécessité et qui ne peut conduire qu’à déposer de nouvelles repentances au pied de cet homme qui ne cesse depuis 25 ans d’attaquer et d’humilier la France. Cela par des accusations de complicité de crimes imputées à notre armée qui sont totalement fausses. Kagame a la mentalité d’un seigneur de la guerre sans pitié pour ceux qui se couchent. Macron ne récoltera de cette visite qu’un peu plus de mépris. Mais la question est pourquoi ? La plupart des Français ne savent pas où est le Rwanda et électoralement (à la différence des Algériens), les Rwandais ne pèsent rien. Macron est au contraire sûr, par cette visite, de mécontenter un peu plus   une armée déjà à cran en confortant les accusations du dictateur, sans que personne en haut lieu, ne la défende.

Le comportement du président est incompréhensible. A moins de se dire qu’il sait déjà que, de gré ou de force, il ne fera pas un second mandat. Il   tient dès lors à achever une « œuvre », qui est plutôt une œuvre de destruction, qui figurait à l’agenda. L’agenda de qui ? De lui ou d’autres, de ceux qui, en France et à l’étranger, avaient permis son élection de 2017 et dont l’abaissement de la France est un objectif en soi ?  L’ENA et le corps préfectoral sont plus que des symboles, ils sont la figure actuelle de ce qui a fait la force de la France, son Etat, avec ses bons et ses mauvais côtés. Avec le Rwanda, c’est l’honneur et la fierté de notre pays qui sont en jeu. Dans les deux cas, c’est la France. Pour Macron, brûler ses vaisseaux, c’est s’en prendre à elle.

 

Roland HUREAUX

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:26

https://www.bvoltaire.fr/mise-en-examen-de-renaissance-catholique-le-danger-totalitaire/

Que Renaissance catholique soit poursuivi en justice pour avoir rappelé la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur l’homosexualité, doctrine venue tout droit de la Loi de Moïse, montre à quel point de graves dérives menacent notre démocratie.

Dérive,  l’idée qu’un tel rappel serait une incitation à la discrimination, voire à ne pas  célébrer de  mariage homosexuel. Ce ne l’est pas : le penser est confondre comme beaucoup le font la morale et la loi : s’imposer ou prôner une règle morale est une chose, l’inscrire dans la loi en est une autre ; avoir une morale plus exigeante que la loi civile est parfaitement légitime.  Quant à parler de discrimination, rappelons que ce mot   a un sens précis : il désigne le fait d’appliquer un traitement différent (dont l’un est plus avantageux) à des personnes distinctes sur la seule considération de critères étrangers à l’objet de l’avantage en cause :  ainsi permettre l’accès à tel lieu public aux blancs et pas aux noirs, dans la mesure où l’accès à ce lieu n’a, intrinsèquement, rien à voir avec la couleur de la peau. De même, donner la préférence dans les promotions professionnelle  à un homme par rapport à une femme  alors que leurs titres et leurs résultats sont exactement les mêmes etc.

Les opposants au « mariage » des homosexuels partent, eux, du principe que le mariage est, de manière intrinsèque, l’union d’un homme et d’une femme et que donc marier deux hommes ou deux femmes n’a pas de sens par rapport à l’objet même du mariage. C’est un raisonnement qui n’a pas été suivi par le pouvoir politique mais qui n’est pas absurde : de la même manière ont peut dire que, par définition, conduire une voiture est réservé à ceux qui ont le permis de conduire ; ceux qui ne l’ont pas ne peuvent  exciper d’une discrimination si on leur refuse le droit de conduire.

 

Le vote d’une loi ne saurait priver de liberté d’expression des opposants 

 

Nous savons qu’en France et dans la plupart des pays occidentaux, le pouvoir politique a refusé ce raisonnement, mais est-il pour autant interdit de le tenir ? Le vote dune loi met fin au débat politique, mais doit-il mettre fin à la discussion, comme si la société était devenue une armée en campagne, où on ne discute plus les ordres une fois qu’ils ont été donnés. Une réforme du droit du travail a été adopté par ordonnance par Macron, affaiblissant notablement les droits des salariés : est-il illégitime de continuer à en discuter – pas au Parlement évidemment, mais dans tout autre lieu public ou privé - une fois qu’elle est entrée dans le droit ? La vitesse limite sur les routes départementales a été abaissée de 90 à 80 km/h. N’aurait-on plus le droit de le déplorer ?  Non, évidemment, ce serait absurde.

Pourquoi en irait-il différemment dans une question de mœurs ?  Dans un pays libre, le vote d’une loi ne saurait être mettre fin à la discussion. Quitte d’ailleurs à ce que cette discussion aboutisse un jour à la remise en cause de la loi elle-même, comme cela arrive parfois.

Prétendre le contraire : que le vote d’une loi non seulement interdit telle ou telle pratique mais interdit toute discussion ultérieure de son bien-fondé, serait une dérive grave qui nous ramènerait aux temps sombres des dictatures totalitaires : quand, sous Staline, la ligne du parti avait été arrêtée, il était interdit à tous les échelons de la discuter. A fortiori quand la prétendue remise en cause, ne fait que  rappeler le contenu d’un texte les plus fondamentaux de la cuture universelle.

 

R

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:23

DISCIPLINE SANITAIRE : L’INVERSION DES POLES

Quand l’indiscipline est à droite.

 

https://www.bvoltaire.fr/discipline-sanitaire-linversion-des-poles/

 

L’incident qui a eu lieu à l’Eglise Saint-Eugène de Paris le soir du Samedi saint est significatif de certaines évolutions de l’opinion française.

Tout en étant rattachée au diocèse, cette église se caractérise par l’emploi fréquent du rite « extraordinaire » à base de chant  grégorien.

Lors de la veillée pascale, un quidam infiltré  a filmé l’assistance et est ensuite allé, de manière assez vile, rapporter à la police que  beaucoup  de pratiquants ne portaient pas le masque.

Ce qui  est significatif :  face à ce que certains n’hésitent pas à appeler une « dictature sanitaire »,  c’est à droite que l’on trouve les plus récalcitrants , en particulier ceux qui doutent de l’utilité des mesures gouvernementales

Au contraire, ceux qui portent le masque avec scrupule - et sans doute  crainte et tremblement -, sont souvent des gens du centre et de la gauche, en phase avec le président actuel . En tous les cas, ceux qui soutiennent Macron sont généralement  respectueux des règles.

La tradition française voulait  pourtant que la droite soit  le parti de l’ordre et de la  discipline : Thiers, Maurras, Pétain ,  et que la gauche soit au contraire celle de la fronde, de l’individualisme, de l’indiscipline :  l’idéologie aujourd’hui dominante à gauche, sous ses  trois  variantes : En marche, socialiste, écologiste, vient de mai 68  où on écrivait sur les murs : « il est interdit d’interdire ». Il y a bien  en France une tradition   « anarchiste  de droite », mais elle  pesait peu[1].

Aux Etats-Unis, c’est pareil : les Etats qui ont décidé d’abandonner toute discipline sanitaire et refusent la vaccination de masse sont le Texas et les autres états du  Sud qui ont voté Trump. Biden, lui, se laisse voir en toutes  circonstances masqué comme les Dalton à la banque.  

Il y a certes l’exception de la Suède, de tradition de gauche et rebelle à la discipline internationale du confinement :  que ses chiffres  de contamination sont plutôt meilleurs  pourrait prouver que les  Suédois sont   intelligents .

Je ne sais s’il reste des  rebelles à la discipline sanitaire à l’extrême- gauche : les insoumis semblent se soumettre ; nous en connaissons qui expriment leur dissidence à titre privé  mais aucune grande voix issue de ce côté-là ne s’est, à notre connaissance, élevée pour la  contester.

La discipline à gauche, l’esprit de révolte à droite : nous assistons à ce que les physiciens appellent une inversion des pôles. Elle n’est pas pour rien dans le trouble qui règne aujourd’hui dans les esprits .

A la rigueur pourrait on l’expliquer par le fait que, la gauche mondialiste étant au pouvoir dans tout l’Occident, l’indiscipline  ne peut venir que des opposants, donc de la droite  ; quand la droite bourgeoise était aux commandes, il y a bien longtemps, c’était l’inverse.   

Il semble cependant que l’on assite à un phénomène plus profond.

L’actualité nous offre d’autres exemples de cette  inversion : ainsi à la dernière  élection présidentielle   américaine, l’électorat blanc riche a voté à gauche, le pauvre a voté à droite. Une nouvelle donne socio-politique qui commence  à traverser l’Atlantique.

La conclusion, au moins  provisoire,  est que si l’on veut  comprendre  ce qui se passe aujourd’hui dans le monde ci-devant libre, il faut résolument abandonner les schémas du passé.  A droite comme à gauche, il est temps de mettre les pendules à l’heure.  A quand un mai 68 de droite ?

 

Roland HUREAUX

 

[1] Il y avait aussi sous Staline des gens de gauche disciplinés mais c’était autre chose.

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:20

NON A UNE CONSTITUANTE

Publié dans Causeur

Il est fréquent d’entendre aujourd’hui demander la réunion d’une constituante. Ce slogan avait il y a quelque temps  déteint chez les  Gilets jaunes à la recherche  de projets et poursuit son chemin à son rythme. Dans le chaos ambiant, on comprend qu’il signifie  le désir d’une rupture radicale et d’un retour à une vraie démocratie.  Nous croyons pourtant  que cette revendication débouche  sur  une impasse.

Les raisons pour la  récuser sont nombreuses. 

D’abord l’histoire : en France les constituantes n’ont  jamais conduit qu’à  des échecs.  Les Etats généraux s’érigèrent  en Assemblée constituante  dès le 17 juin  1789. Après deux ans pleins de travaux , il  en sortit  une monarchie constitutionnelle , dominé par une « Assemblée législative » qui ne dura que neuf mois.  La Convention  nationale (1792-1795) était, elle aussi, formellement  une constituante, celle de la Première  République : il en sortit le Directoire ,  rarement tenu pour une réussite  et qui ne dura que cinq ans . La Constituante de 1848 déboucha sur une régime présidentiel   à l’américaine  dont on sait à quoi il aboutit. Les deux constituantes  de 1945 et 1946 conduisirent à la IVe République qui tint à peine douze ans.

Les deux seuls régimes durables de la France contemporaine : la IIIe et la Ve République n’émanèrent ni  l’un ni l’autre  d’une constituante  : le premier dura 70 ans,  l’autre dure depuis déjà 62 ans. Les lois constitutionnelles de 1875 étaient un expédient provisoire , la Constitution   de 1958 émana d’abord de volonté d’un homme.

A l’étranger, le constitutions de  la République de Weimar (« la plus démocratique du monde », disait-on ) et celle la IIe République espagnole    émanèrent elles aussi de constituantes. Qui  en ignore le destin fatal ?

A la rigueur peut-on tenir la Convention de Philadelphie de 1787 , qui aboutit à la  Constitution des États-Unis  pour une constituante qui a réussi ;  elle tenait cependant plus d’une réunion d’ambassadeurs que d’une assemblée élue.  

 

Une constitution vaut d’abord pour son ancienneté

Mais ce qui fait la réussite de la constitution  américaine, c’est moins sa perfection ( elle révèle aujourd’hui de graves défauts) que sa patine. Une constitution  vaut d’abord par son ancienneté. Longtemps   on tint pour une malédiction de la France de changer sans cesse de régime  ( quinze au total depuis  1789). Le Ve République a paru nous guérir de cette fatalité . Il serait  fort imprudent de nous y ramener.    La  nouvelle constitution   aurait des défauts qui en appelleraient   une autre et ainsi    de suite.  Vouloir revenir à l’instabilité  serait manquer à la vertu de prudence, la plus nécessaire aux constituants  depuis le vieux Solon.

Autre raison de se méfier :   dans la plupart des cas  à commencer par celui  de 1789 , il existait   avant la réunion de l’  assemblée constituante ou   au moins pendant , un noyau de personnalités, ouvert ou  occulte ,  sachant à peu près  où ils voulaient en venir. Ceux qui revendiquent  bruyamment la réunion d’une constituante ont-ils aujourd’hui la moindre idée   du genre de régime qu’ils veulent instituer   ? Il ne semble pas .

Comment ne pas soupçonner dès lors les promoteurs d’un nouveau régime de vouloir  revenir  à  la IVe République ? Dans le tableau de Mendeleïev des constitutions possibles, il n’y en a pas beaucoup en  France : soit un régime  semi-présidentiel comme aujourd’hui ( qui est en réalité plus présidentiel  que celui des Etats-Unis ) , mais évite ,  pour le meilleur  et pour le pire, tout blocage du processus  décisionnel , soit   un régime comme les IIIe et IVe Républiques , centrés sur un président   du conseil de ministres ou un premier ministre, surveillés de près par les assemblées.  Il ne serait d’ailleurs  pas nécessaire de changer de  constitution pour en arriver là : en passant d’un scrutin majoritaire  à un scrutin   proportionnel , on n’en serait   pas loin. Ce serait le régime des centres , unis contre le « populisme » c’est-à-dire du statu quo national et international. C’est ce que réclame  étourdiment Marine Le Pen qui , élue, serait avec un tel  système une présidente réduite à l’impuissance. 

On dira : mais vous voyez  où nos mène le régime actuel :  la déliquescence  de l’Etat, le chômage de masse, la baisse du pouvoir d’achat, la lourdeur des impôts, le déclin  de l’Eduction nationale ,  les injustices d’un système social obèse,  les inégalités croissantes, des mouvements de population hors de  contrôle, bref tout ce dont se plaignaient légitimement les Gilets jaunes - et d’autres !

Pour que ce constat, tout à  fait justifié aboutisse à  l’idée d’une  constituante, il faudrait qu’on nous dise  avec précision,  comment tel  ou tel article de la constitution actuelle a conduit à ces dérives .

Il est vrai qu’au fil des temps   nous nous sommes éloignés de la constitution initiale de la Ve République   , version 1958 , amendée 1962. L’instauration  du quinquennat par exemple a profondément dénaturé les institutions   , aboutissant à  un    affaiblissement du Parlement. La primauté du droit  européen n’ était pas non plus prévue, avec  son ampleur  actuelle,  dans la constitution primitive.

 

Le droit est vicié par l’idéologie

Mais  les textes   sont-ils  essentiels ?  Le général de Gaulle a révélé son grand  secret dans des confidences faites à Alain Peyrefitte   : si  les hommes sont mauvais, leur action sera mauvaise quelles que soient les institutions.  S’ils sont bons, il ne faut pas que, le jour venu, ils se trouvent empêchés de bien faire  par des institutions qui leur  lieraient les mains. Il est clair que nous sommes dans le premier cas de figure, ce qui fait que la réunion d’une constituante n’y changerait rien.

La vérité , c’est  que  les réalités juridiques sont aujourd’hui largement vidées  de leur sens par des facteurs extraconstitutionnels. Le plus important est l’idéologie. Du temps de l’Union soviétique, la constitution avait établi  un régime démocratique, fédéral,   décentralisé  : quel sens cela avait-il dès lors que le parti communiste contrôlait  tout par  derrière. Nous n’en sommes pas encore là mais quel sens a encore la démocratie  face à une presse unanime pour soutenir les candidats  et partis  de l’oligarchie et  du politiquement   correct ?  L’idéologie est comme une rouille qui  ronge et dénature les  édifices  juridiques le mieux construits ; or l’idéologie  aujourd’hui est partout .  

Elle est inséparable de la puissance écrasante des instances  internationales, pas seulement  européennes,   souvent occulte , qui vident de leur substance les pouvoirs nationaux.

Est-ce le sens de la revendication d’une constituante : rappeler  la souveraineté  éminente du peuple  français ? Ce serait un détour  bien compliqué et bien aléatoire . On ne sait quel  en serait le résultat :   souvenons-nous de 1945-46 où on voulait , dans l’euphorie de la Libération,  tout changer :  on  revint de fait à la IIIe République,    en pire.

Non,  la constitution  actuelle offre mieux qu’aucune autre les moyens de redresser le  pays. A condition qu’elle ne soit pas dénaturée comme elle l’a été par les réformes    de Giscard, de Chirac et de Sarkozy ( Mitterrand  eut la sagesse de ne pas toucher à un régime qu’il  avait autrefois qualifié de  « coup d’Etat permanent »). Cette constitution est peut-être la pire de   toutes quand la république est en de mauvaises  mains, comme il advient aujourd’hui. Mais plus qu’aucune autre , elle peut, si un bon président  vient à  être élu, lui permette de redresser rapidement le pays.  Est-ce possible ? Ne désespérons pas du  suffrage universel  : les exemples des Etats-Unis , du Royaume-Uni, de l’Italie sont là pour nous en  rappeler  la puissance. 

Pour le donner le jour venu à un bon président  toutes ses chances, nous  ne proposons qu’un seul changement  : abroger   toutes les révisions  qui ont été faites depuis 1962.

Roland HUREAUX

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:18

POURQUOI TANT D’ACHARNEMENT A HUMILIER LA FRANCE ET SON ARMEE ?

 

La technique est toujours la même. Au motif qui y aurait un contentieux à apurer dans le rapport de la  France à son passé, en réalité inventé par nos ennemis, M. Macron nomme une commission d’experts chargée de rédiger un rapport sur la question. Cette commission est présidée et largement composée de gens hostiles aux thèses profrançaises et favorables aux thèses antifrançaises de la partie adverse. Elle rend son rapport qui est, on pouvait s’en douter, non une tentative d’apaisement, mais nouvelle salissure sur la mémoire de la France, et doit être l’occasion de nouveaux actes de repentance, s’ajoutant à d’autres, humiliants pour notre pays.

 

Algérie

 

Avec l’Algérie, on pouvait tout à fait laisser les plaies se cicratiser avec le temps, plaies ouvertes, non par le souvenir d’une guerre vieille de soixante ans, que très peu d’Algériens ont gardé, mais par la propagande antifrançaise insensée du FLN au pouvoir depuis 1962, un parti qui ne représente plus du tout les combattants de l’indépendance, presque tous morts, qui a échoué sur tout et est rejeté par le peuple algérien. Mais M. Macron a cru bon de confier à Benjamin Stora la présidence d’une commission soi-disant paritaire mais dont le président, universitaire d’extrême gauche, épouse entièrement les thèses du FLN, en occultant notamment le souvenir des harkis dont le massacre, en violation des accords d’Evian qui prévoyaient l’amnistie des deux côtés, est de la responsabilité de l’Etat algérien ou d’autres massacres.  En face, un rappel insistant des bavures incessamment reprochées à l’armée francise depuis deux générations. Le résultat, par l’exaspération que ce rapport suscite : non point l’apaisement mais  un  renouveau d’hostilité à l’égard des  Algériens dans une partie de l’opinion. Quant au gouvernement algérien, loin d’être apaisé, il redouble de ressentiment à l’égard de la France. M. Macron est bien le seul qui ignore que les repentances à répétition suscitent le mépris et un surcroit de haine de la partie adverse. A moins que, plus malin qu’on pense, il ne le sache que trop bien.

 

Rwanda

 

Avec le Rwanda, le président a procédé de la même manière : il a installé une commission d’historiens ou prétendus tels, confiée à Vincent Duclert qui a remis, le 26 mars 2021, un rapport sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en avril-mai 1994. Sans aller jusqu’à accuser l’armée française de complicité de génocide, du moins par écrit, ce rapport pointe des "responsabilités accablantes" pour la France. Quelles responsabilités ? Quand le Rwanda a été attaqué en 1990 par une milice sans légitimité venue de l’étranger, la France, par sa coopération militaire avec le gouvernement en place, ni meilleur ni pire que les autres en Afrique quoi qu’on ait dit, a permis à celui-ci de se défendre. La France avait dès les années soixante-dix formé les forces armées rwandaises, notamment la gendarmerie, dans le cadre d’une coopération militaire normale. Nous ne leur avons pas appris le maniement de la machette, principal instrument du massacre. Cette coopération a cessé avec les accords d’Arusha (août 1993), qui devaient mettre fin à toute aide étrangère, accord respecté par la France et le gouvernement en place mais violé ouvertement par les envahisseurs et leurs parrains, principalement anglo-saxons.  Il s’en est suivi des massacres croisés entre les deux ethnies, tutsi et hutu, qui ont fait 5 millions de victimes dans lesquels Paul Kagame, le chef des envahisseurs, grand ami de Macron, porte une responsabilité accablante.  Cette responsabilité a été mise en valeur par des journalistes respectés et indépendants comme Pierre Péan et, plus récemment la canadienne Judy Rever, ou des universitaires comme le belge Filip Reyntjens ou le franco-camerounais Charles Onana, qui n’y avaient aucun intérêt alors que les experts de l’autre bord ont souvent un lien avec le régime de Kagame. Il y a eu, entre 1994 et 1999, si l’on en croit des rapports de l’ONU peu divulgués entre cinq et dix fois plus de morts hutu que tutsi mais l’influence  des alliés de Kagame chef des envahisseurs tutsi et  président du Rwanda à partir de  1994   a permis que l’opinion internationale ne soit sensible qu’au massacre des tutsi . En aucun cas l’armée française engagée pour s’interposer entre juillet et août 1994 n’a, contrairement à ce qu’allègue Kagame, participé à un quelconque génocide ; elle a au contraire sauvé des centaines de milliers de vies au cours d’une mission pacifique qui avait l’aval du Conseil de sécurité.  Or Macron , entièrement acquis à la thèse des Anglo-saxons qui a déjà multiplié les faveurs pour le régime de Kagame, toujours en place 27 ans après, projette un nouveau voyage au Rwanda où il faut s’attendre à une nouvelle couche de repentance pour des griefs inexistants.

Rappelons que l’égyptien Boutros-Ghali qui était alors secrétaire général des Nations unies et donc bien placé pour savoir ce qui se passait, avait dit que la responsabilité de la tragédie rwandaise revenait entièrement aux Etats-Unis, qui ne s’en sont, eux, jamais repentis. En fait, notre pays fut le seul à tenter de faire quelque chose pour arrêter les massacres.  La France est, on le sait, le seul membre du conseil de sécurité à pratiquer la repentance !   

Le résultat de ces excuses à répétition : non point l’apaisement, mais la haine, l’humiliation de la France et de l‘armée française (qu’aucun président depuis 2007  n’a défendue), le ravivage des plaies, la diffusion de mensonges et de points de vue unilatéraux.

 

Pourquoi, mais pourquoi ?

 

On pourrait mettre cet acharnement  de Macron à salir son pays sur le compte du souci électoral : une partie de l’électorat d’origine algérienne pourrait être conduite à  revoter Macron par le gouvernement d’Alger, souvent prescripteur. Mais était-ce bien nécessaire ? Et si cela vaut pour l’Algérie, pourquoi le Rwanda, dont les Français ne savent rien et dont le gouvernement ne pèse nullement dans la politique française ? Et d’ailleurs, quelle famille de militaires votera encore pour un président qui ne cesse d’humilier l’armée française ?

On pourrait dire aussi que le président n’est pas très intelligent. Accepter une thèse unilatérale, celle des partisans de Kagame, malgré les nombreux démentis opposés à cette thèse, sans jamais s’interroger sur sa véracité est le signe d’un aveuglement qui confine à la bêtise.

Un aveuglement qui n’a d’explication que l’idéologie : imprégné à Sciences Po (version Richard Descoings) par l’idéologie décoloniale venue des campus américains, Macron est sincèrement convaincu que la colonisation ne fut qu’une série de crimes, alors que la plupart des anciennes populations coloniales, hors d’Algérie, ne le pensent pas. Lors de sa dernière sortie antifrançaise en Côte d’Ivoire, Benalla lui même rappela les bienfaits de la colonisation au Maroc. Mais mois après mois, Macron s ‘obstine.

Comme il ne faut rien exclure, l’inintelligence de cette posture semble avoir un côté pathologique : comme si le jeune et fringant président se voulait l’interprète d’un masochisme national. “Nous devons déconstruire notre propre histoire” a-t-il avoué à la chaîne américaine CBS. Rien que ça ! Déconstruire, en français, c’est démolir.

Mais dans cette obstination où il a tout à perdre sur  le plan électoral, comment ne pas se demander s’il ne serait pas investi d’un  agenda d‘abaissement systématique de la France, lequel revêt  d’autres aspects comme le démantèlement de nos industries stratégiques ?  Un agenda dicté  par ceux  qui pensent que la mondialisation ne pourra atteindre pleinement ses objectifs que par une disparition du sentiment national, spécialement chez « la grande nation », plus que d’autres à même , par son histoire singulière,  de résister à ce processus. « La France, nous la punirons » disait Condolezza Rice après le refus de Chirac de participer à la désastreuse guerre d’Irak. Apparemment la punition continue.

Roland HUREAUX

 

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:17

LES REPUBLICAINS DOIVENT ORGANISER UNE VRAIE PRIMAIRE 

 

Les Républicains viennent de se doter d’un président , homme de rassemblement certes mais qui, à la différence de ses prédécesseur,  n’a pas jusqu’ici affiché  d’ambition présidentielle.   C’est peut-être l’occasion d’organiser une vraie primaire pour désigner le futur candidat qui portera les couleurs de ce parti à la présidentielle.

Une primaire ? Jamais plus répondra-t-on, avec ce côté expéditif qui caractérise trop de jugements collectifs   ! On en a organisé une en 2016 et on a vu le résultat calamiteux. Ce fut encore pire pour le parti socialiste.

Que nenni !  Disons-le clairement : on n’a jamais organisé en France une vraie primaire, nous voulons dire  à l’américaine, c’est à dire une  primaire étalée sur six  à huit  mois et non bloquée sur un ou deux dimanches.

Quelle différence , dira-t-on ? Elle est considérable. Pour sauter d’emblée aux conclusions,  nous dirons le système utilisé en France était une machine à reconduire « toujours les mêmes ». La primaire à  l’américaine a l’effet inverse : elle a presque toujours fait émerger des hommes  nouveaux.

Et Dieu sait si c’est nécessaire !

La crise des Gilets jaunes a montré la grave perte de légitimité , en France comme dans le reste de l’Europe, des partis politiques classiques.    Il est également significatif que le dernier président élu ait émergé hors de ces partis.

En bloquant le vote sur  deux week-ends, un pour  le premier tour, un pour second, comme on l’a fait en 2016, on instaurait de fait une présélection par la notoriété déjà acquise, c’est-à-dire que l’investiture était   réservée à ceux qui avaient déjà été quelque chose : au minimum président de la République ou premier ministre . Certes Fillon a doublé sur le  fil les deux candidats tenus pour favoris, Sarkozy et Juppé, mais il avait été tout de même premier ministre. Les autres, les « petits candidats » , non dépourvus de  talent  pourtant,  ont été écrasés. En définitive ce genre d’exercice  fut un concours de notoriété déjà acquise.   « Il faudrait , disaient beaucoup de Français, du sang neuf  : pourquoi pas Untel ? ». « Oui , mais qui le connait ? ».   Dans une France qui aspirait   profondément  à changer les têtes, la primaire telle qu’elle a été alors  organisée ne pouvait aboutir qu’à  ne pas les changer . 

 

Une   primaire étalée à l’américaine

 

Les Français ne sont que  trop prompts à imiter l’Amérique quand il ne le faut pas. Autant qu’ils le fassent quand   c’est justifié  : en étalant  les  primaires sur au moins six mois,  en procédant  chaque dimanche   à   une élection partielle   dans un groupe de départements,   on permettra   à des outsiders d’émerger. Gagnant la primaire dans un ou deux départements , ils attirent l’attention des médias et , s’ils sont bons, peuvent continuer  sur la lancée. S’ils ne le sont pas , ils jettent l’éponge. Aux  Etats-Unis les présidents élus, qui avaient au préalable arraché l’investiture d’un  des grands partis,   ont été  presque tous, depuis Carter jusqu’à  Trump,  à l’exception  de  Bush père et fils , des hommes nouveaux.  

Une primaire étalée mettrait en outre en valeur la province , surtout   si  la Région parisienne vient à la fin.

Le parti qui tenterait cette expérience occuperait   le devant de la scène  pendant au moins six mois , ce qui ne  saurait lui nuire. 

Il faut naturellement  faire une primaire ouverte où le vote , voire la candidature,  ne serait pas  réservée aux responsables des partis ni même aux seuls encartés .

Y a-t-il à cette heure  d’autre moyen de   faire émerger des hommes à la mesure des immenses problèmes qui se posent à la France et ainsi de réhabiliter la  politique aux yeux des Français  ?   L’enjeu est encore plus grand : c’est  ni plus ni moins que  de sauver la démocratie qu’il s’agit.

 

 

 

POUR  SAUVER LA DROITE , TENTONS UNE VRAIE PRIMAIRE

 

La crise des Gilets jaunes a montré la grave perte de légitimité des partis politiques français. Les difficultés qu’ils éprouvent   à désigner une tête de liste  aux prochaines européennes témoigne , entre autres signes, de la crise de leadership qui  traverse  tout l’arc politique.

Cela vaut  pour le  parti socialiste mais faut-il parler encore d’un  moribond ?

C’est vaut  aussi pour les  Républicains.

Ce parti a pourtant un chef , Laurent Wauquiez,  qui a reçu   toutes les saintes huiles  qui donnent en France  l’accès  aux hautes fonctions  : Normale Sup, ENA, Conseil d’Etat, un parcours sans faute  qui l’a mené à la présidence de la deuxième   région de France  et de son parti. Ce n’est pourtant pas un secret qu’il a   du mal à s’ imposer tant à sa  formation qu’à l’ opinion :  plus que dans sa personne que beaucoup mettent  en cause , il faut en chercher la cause dans le  travail de sape auquel se livrent  les réseaux   qui veulent rééditer  le coup de 2017 :  Macron   ( ou plus vraisemblablement aujourd’hui une  doublure)   contre Marine le Pen au second tour  de la prochaine présidentielle. Dans cette perspective , Wauquiez est un  gêneur comme l’était  Fillon. Plus ses chances sont grandes, plus il aura du mal à s’ imposer .

La question de la direction des partis ou de la candidature à  la présidentielle   pourrait se régler  par une primaire. Oui, mais voilà : la formule, dit-on,  a déjà été expérimentée  par  les républicains et les  socialistes  en 2016 et  ce fut pour les uns comme pour le autres un fiasco. Comme souvent en France , l’idée est alors  rejetée sans que l’on se donne la peine d’approfondir la question.  

La vérité est que  ce qui a été fait en 2016  n’était  pas  une vraie primaire  -  à l’américaine s’entend.

En bloquant le vote sur  deux week-ends, un pour  le premier tour, un pour second, on instaurait de fait une présélection par la notoriété déjà acquise, c’est-à-dire que l’investiture était   réservée à ceux qui avaient déjà été quelque chose : au minimum président de la République ou premier ministre .  « Il faudrait , disaient beaucoup, du sang neuf  : pourquoi pas Untel ? »  . « Oui , mais qui le connait ? ».   Dans une France qui aspire  profondément  à changer les têtes, la primaire telle qu’elle a été organisée ne pouvait aboutir qu’à  ne pas les changer . 

 

De vraies primaires à l’américaine

 

Les Français ne sont que  trop prêts à imiter l’Amérique quand il ne le faut pas. Autant qu’ils le fassent quand   c’est justifié  : il faudrait pour cela étaler les  primaires sur au moins six mois en procédant  chaque dimanche   à   une élection partielle   dans un groupe de départements  tirés au sort. Seul  un tel système  permettra à des outsiders d’émerger. Gagnant la primaire dans un ou deux départements , ils attirent l’attention des médias et , s’ils sont bons, peuvent continuer  sur la lancée. Aux  Etats-Unis les présidents élus, qui avaient au préalable arraché l’investiture d’un  des grands partis,   ont été  presque tous, depuis Carter jusqu’à  Trump,  à l’exception  de  Bush père et fils , des hommes nouveaux. Rien à voir  avec la France où  les électeurs ont le sentiment  qu’on prend toujours les mêmes. Pour cette raison, la nouveauté désirée, fut-elle illusoire, ne pouvait  venir en 2017 que de l’extérieur des partis classiques qui avaient  organisé une primaire à un seul scrutin.

Une primaire étalée mettrait en outre en valeur la province , surtout   si  la Région parisienne vient à la fin.

Le parti qui tenterait cette expérience occuperait  en outre   le devant de la scène  pendant au moins six mois , ce qui ne  saurait lui nuire. 

Il faut naturellement  faire une primaire ouverte qui ne serait pas  réservée aux responsables des partis ni même aux seuls encartés .

Le choix de la  tête de liste aux municipales de Paris  et de  quelques  grandes  villes où personne ne s’impose : Lyon, Lille,  Strasbourg  pourrait être pour les Républicains l’occasion d’expérimenter le  système.   

Y a-t-il à cette heure  d’autre moyen de   faire émerger des hommes à la mesure des immenses problèmes qui se posent et ainsi de réhabiliter la  politique aux yeux des Français  ?   

 

Roland HUREAUX

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 12:15

Si le but de la réforme des retraites est de conforter  la réputation de réformateur du président Macron auprès d’une certaine  bourgeoisie qui réclame sans se lasser « des réformes, des réformes ! » , qu’importe  lesquelles,  ou des institutions européennes voire des  Allemands qui veulent  aussi que la France est l’air de se réformer, il fallait  en effet faire le plus grand tapage autour de cette réforme , quitte à en rabattre tellement , notamment sur les délais d’application  et qu’elle ne soit plus in fine  que l’ombre d’elle-même.

S’il s’agit au contraire de faire  œuvre utile , le grand  branlebas  qui accompagne la réforme ne pouvait  être que dangereux . Il était en effet extrêmement  maladroit de laisser entendre que  l’on ferait un « big bang » des retraites, que tout le système serait « remis à plat » etc.  C’était on ne peut plus anxiogène  pour des Français légitimement attachés à leur retraite et qui ne savent pas, devant le système complexe qui leur est proposé , s’ils seront gagnants ou perdants, la majorité ayant, à tort ou à raison,  le sentiment de devoir être   perdants. Cela en un temps où l’avenir est particulièrement incertain.

La réforme des retraites   pouvait avoir trois objectifs :

  • Instaurer un système de  retraite par points ;
  • Harmoniser les  régimes ;
  • Alléger le poids des retraites dans l’économie française en retardant l’âge moyen du  départ pour tenir compte du vieillissement de la pyramide des âges  et ainsi   permettre de financer les   retraites  à venir   sans alourdissement  des cotisations.

Un seul objectif aurait suffi

De ces trois objectifs , il eut été plus  habile de n’en choisir qu’un,      . de se concentrer sur celui-là,   quitte à repousser   les autres à plus tard.

L’objectif le plus nécessaire et le plus facile à réaliser  aurait été le passage à la retraite par  points. A condition de  garantir en même temps de la manière la plus formelle la neutralité  financière   pour toutes les catégories.

La retraite par points, bien conçue,  offre plusieurs avantages : le principal est de donner le libre choix de la date de départ aux salariés – et aux autres . L’actuel système comportant  une date seuil  constitue  un préjudice trop lourd pour ceux qui partent trop tôt et rend difficile de partir plus tard.   

Il aurait peut-être permis  de réduire ultérieurement  la disparités de régimes sans  bouleverser les  situations acquises.

Le système de points  permettrait aussi de récompenser ceux et surtout celles qui font le plus pour préparer les retraites de demain : les femmes ayant élevé des enfants , si possible nombreux.  Malheureusement,    ce n’est pas dans cette direction que s’est orienté  le  gouvernement. Le rapport Delevoye faisait entièrement l’impasse sur la question démographique, ce qui est une grave  erreur :

  • Quant au fond car les deux questions , retrait et pyramide des âges , sont intimement liées , comme le savent tous les experts sérieux ;
  • Par rapport à   l’opinion car le calcul de   la retraite par trimestres lui a fait perdre de vue ce rapport  et il aurait été bienvenu que le nouveau système ait à cet égard  une valeur pédagogique que l’ancien n’avait pas. Hélas, ce n’est pas le cas.

En proposant de  fiscaliser tout ce qui n’est pas strictement  financier dans le système par points, Macron  affaiblit d’avance les avantagés  qui pourrait été accordés aux mères de famille et  provoque la suspicion sur le maintien des autres avantages.

Tout cela  montre à quel point la réputation de  Jean-Paul Delevoye est surfaite : il ne  suffit à l’évidence pas d’avoir  été   chef d’entreprise, chiraquien de choc  et à cheval sur la droite et  la gauche pour  être un grand réformateur.

En proposant de  fiscaliser tout ce qui n’est pas strictement  financier dans le système par points, Macron  affaiblit d’avance les avantagés  qui pourraient été accordés aux mères de famille et  provoque la suspicion sur le maintien des autres avantages.

Dernière erreur  :  on a laissé se  répandre dans les hautes sphères patronales et même gouvernementales que le système par points  pourrait  être le moyen de reprendre sournoisement  une partie  de l’argent qui revenait aux  salariés .

La même rumeur  avait circulé sur la TVA sociale. Des patrons y avaient vu le  moyen de « faire suer le burnous »,   de déplacer encore au bénéfice du capital et au détriment du travail le curseur du partage de la plus-value. Résultat : la TVA dite sociale , pourtant nécessaire  et qui demeure le seul moyen , du point de vue français, de sauver l’euro, s’en est trouvée durablement discréditée.  

Il faut espérer que la présente  réforme, si maladroitement conduite,  n’aboutira pas de la même manière  à discréditer  durablement la retraite par points  qui n’est pas en soi un mauvais idée.

 

Roland HURE

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