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Roland HUREAUX

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 22:01

 

Le vrai  scandale de sommet du G7 de Biarritz  est qu’on y ait invité Paul Kagame, président du Rwanda,  le chef d’Etat qui a  aujourd’hui sur la planète le plus de sang sur les mains.

Pour parler de la lutte contre les inégalités dans le monde ,    il fallait quelques Africains : comme ancien président de l’OUA, Kagame a figuré  parmi les  élus  admis à côtoyer les grands de ce monde . Macron qui n’a jamais caché sa sympathie pour ce personnage,  semble avoir été à l’origine de cette invitation  mais  les six autres chefs d’Etat  ont accepté qu’il soit là .

Est-il   utile de rappeler les faits amplement documentés par de  grands journalistes  come Pierre Péan que nous venons de perdre  ou la canadienne Judi Rever et  que ne contestent que quelques naïfs victimes de la propagande  de Kagame ?  L’ethnie tutsi  (8% de la population au départ ),  chassée en 1960   du pouvoir qu’elle détenait depuis le Moyen Age  par la règle démocratique au bénéfice de la  majorité hutu (89 %) , tente de le  reprendre, sous la conduite de Kagame à la tête d’une armée d’émigrés qui  envahit le pays en 1990.   Massacrant  tour de bras le Hutus , elle s’ approche de la  capitale en 1994 au moment où le président hutu du Rwanda ( et celui du Burundi  voisin), est victime d’un attentat contre  son avion  le 6 avril , dont personne de sérieux ne  doute aujourd’hui qu’il ait  été  organisé par Kagame lui-même. Affolés,  les Hutus se mettent à massacrer à tour de bras  plusieurs centaines de milliers de Tutsis non émigrés ( ce que Kagame avait  certainement prévu,  ce massacre lui permettant  de légitimer sa prise de pouvoir minoritaire  aux yeux d’une opinion mondiale  qui n’ a pas marché,  mais couru )  . Arrivé au pouvoir Kagame a entrepris en 1997 une chasse aux Hutus réfugiés au Congo voisin qui a fait , elle, plusieurs  millions de victimes  , hutus ou congolais. Le nouveau Prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege , congolais, qui  soignait  les femmes victimes de la soldatesque de Kagame,  a rappelé récemment ces faits.

Kagame a pourtant réussi à  imposer  au monde une version tronquée   qui  ne  retient que le massacre des Tutsis et occulte celui des Hutus qui a fait environ dix fois plus de victimes.   

C’est pourquoi  on peut dire que  Kagame  a tué  au total plus de gens que Pol Pot.  Inviter Pol Pot à un sommet du G7 en 1977 n’aurait pas été plus scandaleux  que d’inviter Kagame à Biarritz. Que Kagame soit néanmoins reçu partout  comme un homme honorable  jette un éclairage singulier sur notre temps, de plus en plus orwellien.

Le plus cocasse est que la philosophie inavouée mais évidente  de Kagame est qu’une ethnie  minoritaire , les Tutsis ,  qui se tient pour  une élite  plus intelligente  que les autres, a  le droit de gouverner une majorité jugée plus bornée, les Hutus , quitte à massacrer plusieurs  millions d’entre eux  et à manipuler l’opinion mondiale pour y parvenir.  Aujourd’hui, cette minorité ne se maintient que par la terreur. Est-ce en raison de cet élitisme que le monde anglo-saxon dans son ensemble a soutenu Kagame alors que la France  de Mitterrand, égalitaire,  appuyait  la majorité hutu  -  mais pas assez  pour arrêter  Kagame ?  Il faudrait le demander à Emmanuel Todd.

 

D’un élitisme à l’autre

 

La présence de Kagame  à un sommer comme le G7   n’est pourtant pas autant qu’on pourrait le croire une incongruité : elle  est  cohérente avec le caractère mondialiste du sommet : sauf Trump, les autres participants , Macron en tête,  sont partisans de la mondialisation, dont l’aboutissement est à terme , par un effet de vases communicants,    d’aligner la richesse des riches de tous les pays sur celle des plus riches du monde et la pauvreté des pauvres de tous  les pays, Européens en tête,  sur celle des plus pauvres du monde,  bref d’accroitre massivement  les inégalités : dans univers ouvert aux quatre vents  , les forts se débrouilleront toujours mieux  que les faibles.

Cette conception darwinienne  ( ou nietzschéenne comme on voudra) est à peine dissimulée  dans les sommets des officines  qui prétendent régir le nouveau monde : Trilatérale, Bilderberg  ,  dont le président français est le poulain.

Elle  n’est pas dissimulée du tout par un ami de Macron,   conférencier à Polytechnique[1],    qui affirme tout de go que les Gilets jaunes repressentent la  classe moyenne inférieure et les gens du peuple   en voie de déclassement que l’intelligence artificielle et l’amélioration de l’humanité par le transhumanisme rendront , selon lui,  bientôt inutiles . La révolte des Gilets jaunes,  présents aux portes de Biarritz,   est selon  lui  la  réaction désespérée   de gens peu intelligents (  on voit que ce monsieur   qui croit l’être n’est jamais  allé discuter avec eux  sur les  ronds-points ! ),  aux abois,  que la mondialisation va inéluctablement  réduire à la misère :  « Dans un capitalisme de la  connaissance, les gens malins ont plus de pouvoir et de revenu  que les gens moins malins » .

Comme  toute idéologie  est menteuse , le mondialisme inclus , le communiqué emphatique de l’Elysée   place cette rencontre sous  le signe de l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen  «  les homme naissent et demeurent  libres et égaux en droits »   , exactement le  contraire de ce que pensent les dirigeants réunis à Biarritz et naturellement leur invité vedette Kagame. 

 

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=kyLysKUMyyU

 

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=kyLysKUMyyU

 

 

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=kyLysKUMyyU

 

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 22:30

LES « CATHOS » QUI ONT VOTE EN MASSE POUR MACRON  ONT UNE  RESPONSABILITE DANS  LA MORT DE VINCENT LAMBERT

 

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Les-cathos-qui-ont-vote-en-masse-pour-Macron-ont-une-responsabilite-dans-la-mort-de-Vincent-Lambert

 

Selon un sondage récent, 43 % des catholiques pratiquants  ( disons plutôt les « cathos », appellation vulgairement sociologique sans  connotation spirituelle) auraient voté aux dernières européennes pour la liste En marche de Mme Loiseau, soutenue par le président Macron.  Deux fois  la moyenne nationale, ce qui montre que l’électorat catholique constitue   désormais , au milieu du discrédit général qui  frappe le président , un ilot de résistance du vote   Macron.

Il était pourtant facile,  dès avant le 26 mai , date de l’élection , de voir que Macron était le premier  responsable de la décision de mettre à mort Vincent Lambert, cela  de la manière la plus sordide,   par privation de boisson et de nourriture .

On a mis en cause sa femme, les médecins , le directeur de l’hôpital.  Mais qui ne voit que le processus de mise à mort n’aurait pu être remis en marche sans l’accord du ministre de la santé ?  Or sous  la Ve république, hors cohabitation, le ministre de la  santé est étroitement subordonné au chef de l’Etat.  Compte tenu de la  médiatisation de l’affaire,  il serait naïf d’imaginer que Macron serait étranger à la décision.

Il a essayé de  se défausser en invoquant l’indépendance de la  justice . Mais la justice , tant administrative que judicaire, s’est contentée de dire que cette mise à mort n’était pas , selon elle,  illégale ;  elle ne l’a pas pour autant  ordonnée.

Au demeurant , c ’est la ministre de la santé  Agnès Buzyn, qui s’est pourvue  en cassation pour faire casser une décision  de la  Cour d’appel de Paris épargnant   Vincent Lambert.

N’en  doutons pas : l’ordre d’effectuer ce pourvoi est venu du président Macron.

Comme le Monsieur Ouine de Bernanos, Macron fait ses coups en douce :  cérémonie musulmane à Saint-Louis-des-Invalides, ambigüités sur le destin  de Notre -Dame , projet de PMA.  Mais si  ses positions  réitérées contraires  la tradition chrétienne  avaient entrainé   une désaffection de l’électorat  catholique , nul doute qu’en bon politique, il aurait mis comme on dit la « pédale douce »   et peut-être épargné Vincent Lambert. Or c’est le contraire   qui s’est passé : l’électorat catholique a montré que les atteintes répétées  à ce qu’il devrait tenir pour sacré  n’avaient aucune incidence sur son vote, bien au contraire .

Comment le président n’y aurait-il pas vu un  feu vert pour mener à son terme    la procédure fatale ?  C’est pourquoi  il est légitime de  dire que cet électorat qui s’est porté massivement sur ses listes   a une  lourde responsabilité  dans la conclusion   tragique l’affaire.

Nul doute que Macron  raisonnera à l’identique  pour la légalisation projetée  de la PMA  pur femmes seules.

Ne nous faisons certes pas d’illusions : pour  une partie   de ces  catholiques  autoproclamés , souvent   les plus influents, la suppression de l’ISF  comptait  plus que la vie de Vincent Lambert.  On ne peut aimer Dieu  et l’argent.

 

Roland HUREAUX

 

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 21:45

 

Les péripéties saugrenues qui ont entouré  le Brexit montrent combien est insatisfaisante la situation actuelle de  l’Union  européenne .

Elle apparait comme un bloc compact  qui ne laisse d’autre choix à un Etat  que d’être dedans  ou dehors.

Cela est absurde au regard de la complexité de l’héritage européen, des relations diversifiées qui se sont tissées au fil des siècles entre les différentes nations ,  grande et  petites,  qui la composent. La Grande-Bretagne ne se sent peut-être  pas aussi européenne que d’autres pays ; elle n’en est pas moins , de manière éminente,  partie prenante à l’histoire de l’ Europe.   Qu’elle n’ait pas supporté le carcan de Bruxelles est une chose, qu’elle soit  tenue pour totalement exclue en est une autre .

Cela est d’autant plus vrai que les principaux acteurs de la négociation du Brexit, la commission de Bruxelles, la France et , au moins officiellement l’Allemagne , veulent  une Europe de plus en plus intégrée qui deviendrait à  terme une seule entité de droit  international . Une  entité qu’on appelle  à tort fédérale car elle  est en fait de plus en plus  centralisée : en de nombreuses matières Bruxelles a plus de pouvoir en Europe que Washington aux Etats-Unis.

Imaginer qu’en constituant un bloc centralisé, elle deviendrait une Europe puissance est un leurre , au moins aussi longtemps  que les décisions seront prises par une majorité de petits Etats dont le politique étrangère est déterminée    à Washington ( et si elle ne l’était pas à Washington, elle  le serait à Berlin !). En 1956, deux grands Etats européens , la France et la Grande-Bretagne pouvaient  se permettre, pour le meilleur et pour le pire,  d’entreprendre une expédition militaire au Proche-Orient contre l’avis des Américains. Les Européens peuvent-il aujourd’hui envoyer ne serait-ce qu’un émissaire diplomatique sans leur feu vert ? Probablement pas. Etonnant aboutissement de 70 ans de construction européenne !   De fait ,  dans son action extérieure, l’Europe , c’est aujourd’hui l’OTAN  et rien d’autre.

 

L’Europe vers la  guerre ?

 

Nous touchons là  un deuxième risque  de l’Europe-bloc : ce bloc, pour se montrer qu’il existe , ne sera-t-il pas  porté, comme jadis  l’Allemagne de Bismarck,  à se chercher des ennemis ? Et lequel sinon  la Russie ? L’hystérie antirusse qui règne aujourd’hui à Bruxelles , pire que dans la plupart des  capitales du continent, sauf peut-être celles de  la Pologne et des pays baltes,  est inquiétante.   Elle  n’est pas pour déplaire à   Washington, au moins aux faucons de l’Etat profond qui interdisent à Trump tout rapprochement avec Poutine et demeurent influents à Bruxelles . La résolution  votée par le Parlement européen le 19 mars 2019 sur l’état des relations politiques avec la   Russie n’est pas  loin de la déclaration de guerre.  

La configuration  géopolitique actuelle de l’ Europe est au demeurant   bien étrange si l’on se réfère à l’histoire récente du continent  :  excluant les Etats-Unis et la Russie , mais aussi le Royaume-Uni , elle est limitée à l’ Ouest par l’Atlantique   mais jusqu’ où va-t-elle à l’Est ? Elle a déjà englobé les pays baltes. Au mépris de mille ans d’histoire commune avec la Russie,  les dirigeants européens  ont   voulu à toute force placer de manière unilatérale  l’Ukraine sous leur influence exclusive, ce qui, selon le regretté Helmut Schmidt[1]  qui n’était pas précisément un extrémiste , fut la principale  cause de la guerre actuelle.   Et au-delà ? Cette Europe  s’étendra-t-elle jusqu’à Stalingrad ? Nous  n’en sommes pas loin ; d’autant    que , le Royaume-Uni parti , l’hégémonie allemande sur les institutions de Bruxelles se fait de plus en plus pesante.  Mais ne forçons cependant pas le trait : s’il est vrai que leurs périmètres sont analogues, l’Europe d’aujourd’hui n’est pas  celle de   1943 !   

La brutalité du choix qu’offre l’Europe-bloc ne gêne pas seulement le Royaume-Uni : au dehors,  la Russie, la Norvège ou la Serbie peuvent aussi se  prévaloir, au moins en partie , de l’héritage  européen. La Pologne et  la Hongrie , à l’inverse, aujourd’hui incluses,   mais dont l’histoire est originale ,  se trouvent  mises  à l’index par les instances de l’Union, comme les mauvais élève de la  classe.

S’il fallait , en dehors de l’héritage  chrétien,  chercher une donnée vraiment spécifique au continent  européen, ce serait justement la complexité ,  effet  du découpage naturel  assez étonnant  de ce petit « cap d’Asie »,   mais surtout  témoin de la richesse  de son histoire et de sa  civilisation. Une complexité qui se trouve  abolie par le modèle aujourd’hui dominant d’intégration , fondé sur l’idée d’Etats-Unis d’Europe , importée d’outre-Atlantique par des esprits simples et manifestement inadaptée à un continent aussi singulier que le nôtre.     

Face à cette dérive que représente l’idée d’une  Europe bloc,  il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la   réalité géopolitique du continent. L'Europe doit "ouvrir ses fenêtres" aux partenaires de son environnement proche et sortir d'une opposition frontale entre les in et les out  , comme on dit à Bruxelles, qui s'avèrera très vite suicidaire.

 

Au lieu d'un trou noir, une galaxie

 

La solution : s'orienter résolument vers un schéma d’Europe à géométrie variable  (qui s'applique déjà d'une certaine manière, tous les membres actuels de l'Union  n'étant pas dans l'euro) ;  remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un « trou noir », par une « galaxie » d’agences thématiques spécialisées, sur la modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR[2]. Les différents sujets d'intérêt européen qui sont aujourd'hui  traités à Bruxelles  pourraient continuer de  l'être , par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait à la carte ,   certains membres actuels pouvant s'en retirer et certains pays aujourd'hui à l'extérieur,  comme désormais  le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie et pourquoi pas  la Turquie ou  le Maroc , pouvant adhérer à  l'agence de leur choix  ou  s’y  joindre  pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’ y associer certains pays tiers en fonction de l'ordre du jour.

Une Europe à géométrie variable permettrait à la fois d'atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la dérive vers l’Asie de l’Organisation de coopération de Shanghai ou encore de la  tentation du duopole Washington-Moscou,  en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau « concert européen »  conforme à ses aspirations profondes. Même perspective pour la Turquie aujourd'hui contrainte à s'inféoder à Moscou.

Telle que nous la présentons, cette formule  ne serait pas incompatible avec un directoire,  qui ne saurait qu’être informel,  des principales puissances et des pays   les plus  engagés dans les diverses  coopérations .

Même s'il ne préjuge pas de l'avenir de l'euro avec lequel il n'est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’une intégration sur le   modèle monnetiste  à  faire leur deuil du  super-Etat qui demeure leur objectif , destiné à périmer  peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres et son équipe de football.

Le  modèle d’une  l'Europe bloc ne contredit pas seulement  la complexité qui est au cœur du génie européen. Comme le dit Jean-Jacques Rosa [3], il s'oppose aux tendances modernes privilégiant, non les constructions monolithiques, mais les   organisations plurielles, souples, interconnectées,  sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu'au moment où la Russie est débarrassée du communisme et les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde    s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix, des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l'après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons n’est pas une option. Qui peut croire que l'édifice actuel (ou ce qu'il en reste) pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York et Londres) et la première puissance énergétique et militaire du continent ? 

Si l'Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, on peut craindre qu'elle ne coure à une cataclysmique dislocation.

 

                                                Roland HUREAUX

 

 

  

 

 

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

 

[2] L'Organisme conjoint de coopération en matière d'armement, basé à Bonn, qui avait  bien fonctionné avant d’être absorbé par l’Agence européenne de défense.

[3] Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:55

 

https://www.bvoltaire.fr/lhostilite-de-macron-a-leglise-se-confirme-mais-les-cathos-votent-pour-lui/

 

Deux  événements  significatifs viennent de se produire.

Le premier : le gouvernement  s’est pourvu en cassation contre la  décision de la  Cour d’Appel de Paris ordonnant la reprise  de l’alimentation  de Vincent Lambert .

Le second : l’ambassade du Kosovo à Paris ayant été autorisée à fêter le 22 mai le 20e anniversaire de l’émancipation de cette province serbe   à la cathédrale  Saint Louis des Invalides, un appel à la prière musulman  a été lancé en chaire , en un lieu tenu pour sacré par  les catholiques. Une centaine d’officiers ont  fait part de leur indignation .

Sur  le premier sujet, la justice est mise en cause, sur le second,  le gouverneur  militaire de Paris. Mais comment imaginer que de telles décisions  aient pu être prises sans que le président de la République Emmanuel Macron  en ait donné  l’ordre ou au minimum les ait   avalisées ?

Compte tenu du bruit  médiatique considérable qui a entouré l’ affaire,  c’est  vrai de la saisine  de la Cour de cassation contre la continuation de la nutrition de  Vincent Lambert   -  rappelons que le ministre de la Santé est  subordonné au   président.

C’est également vrai  de la fête organisée dans la cathédrale Saint Louis  des Invalides. Nos relations avec le Kosovo sont  une question diplomatique importante qui  ne pouvait être arbitrée  qu’en haut lieu.  D’autant que la faveur faite à cet Etat  ( non reconnu par l’ONU)    est cohérente avec  la manière privilégiée dont il avait été traité lors  des cérémonies du 11 novembre dernier , centième  anniversaire de la victoire de 1918. Tandis que le protocole , qui ne dépend nullement des armées, humiliait le président   de la Serbie  relégué au dernier rang  des cérémonies, alors qu’elle  avait été notre proche  allié au cours de la première  puis  de  la seconde guerre mondiale , dont elle a gravement souffert  , le  président du Kosovo  , Hachim Thaci y  figurait en place d’honneur ? Un choix d’autant plus choquant   que ce dernier a été accusé de trafic d’organes de prisonniers durant la guerre de Yougoslavie  par le procureur auprès du Tribunal spécial pour l’ex-Yougoslavie  , Carla Del Ponte puis   par le Conseil de l’Europe. Il ne s’agit donc pas, comme on l’a entendu dire, d’une « erreur diplomatique » mais d’un acte délibéré .

Rappelons que la guerre de Yougoslavie  aboutit  à une victoire des musulmans du Kosovo, appuyés à la fois  par l’OTAN  et par toute la mouvance islamique mondiale , contre le chrétiens orthodoxes de Serbie . Que dans le camp kosovar,  certains aient voulu fêter cette victoire en investissant un symbole chrétien , n’aurait  rien d’étonnant. Que le feu vert à cette cérémonie blasphématoire ait été donné en haut lieu témoigne d’un singulier parti pris.

Ces faits prennent tout leur relief quand nous apprenons   la même semaine que , selon un sondage, 43 %  des catholiques pratiquants ont  voté aux élections européennes pour  la liste Loiseau - En marche.

Au premier tour  des présidentielles,    ce public avait plutôt  voté pour Fillon, mais il a glissé vers Macron  au cours des derniers mois.

Le paradoxe est d’autant plus grand que ces signes  d’une hostilité profonde à l’héritage chrétien au sommet de l’Etat  ne sont pas isolés  : le maintien obstiné  du projet de loi instituant la PMA pour femmes seules, malgré l’hostilité  de l’Eglise, les efforts  heureusement  non couronnés de succès de  prolonger la guerre  de Syrie, si terrible aux  chrétiens d’Orient,  un discours sur l’incendie  de Notre Dame de Paris ne mentionnant ni la   destination religieuse de l’édifice ni les    catholiques – une députée En Marche, Agnès Thill  vient de dénoncer  la volonté du gouvernement  de tenir  l’Eglise à l’écart de la restauration de la cathédrale.   Quand Marlène Schiappa profère des critiques grossières contre le catholicisme, il faut une singulière naïveté,  répandue dans les milieux « cathos »,  pour penser  que le président n’y est pour rien.

Dans le discours qu’il avait fait aux évêques de France aux Bernardins ( suivi d’une scandaleuse standing ovation) , Macron  n’avait  d’ailleurs pas caché ses  positions: au milieu d’une  rhétorique  pieusarde en accord avec le lieu  mais qui ne  relevait que de la forme, il précisait  clairement qu’en matière sociétale, il avait ses idées et  qu’il ne concédait  à l‘Eglise que le droit d’ « interroger », pas de contredire. On espère qu’au  vu de évolutions récentes, les évêques de France  auront un peu ouvert les yeux.

Mais à quel degré d’aveuglement  a pu sombrer le public catholique, celui des paroisses ordinaires, de droite  comme de gauche d’ailleurs,  pour que l’actuel président en  devienne l’homme politique favori ?  A ce degré  d’égarement , il est permis de   penser qu’on n’est pas seulement confronté à un phénomène politique ou sociologique mais   à  une crise spirituelle  profonde.

 

Roland HUREAUX

 

 

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:54

 

https://www.bvoltaire.fr/wauquiez-ne-sera-pas-remplace/

 

Que le responsable du parti  doive , au premier échec,  démissionner  sans délai  est assez caractéristique de la  culture de l’ancien RPR , devenu UMP puis LR.  C’est arrivé à Juppé , puis à Séguin. On y  a la « culture d’entreprise »  ;   on se veut hommes  de décision , dans le style  brusque imprimé par Jacques Chirac  - dont on a pu voir  combien il était décidé pour réformer la France .

Est-il utile de dire que de telles  méthodes ne facilitent  pas la continuité politique, ni  les desseins de long terme  ?

Laurent Wauquiez a résisté quelques jours . Mais  il  a dû  céder  aux pressions des uns et des autres. Un sondage est tombé à pic pour précipiter sa  démission.

Ses opposants  supposent que c‘est la droitisation qu’il a  imprimée, symbolisée par la  désignation de François-Xavier Bellamy en  tête de  liste  des européennes,  qui serait  responsable de l’ échec aux européennes. Rien ne le prouve.

Un parti ne peut subsister  sans une  identité claire . Le moins qu’on puisse dire est  que les Bertrand  ou  les Pécresse, si d’aventure ils venaient à succéder à Wauquiez,  auront du mal à la  rendre aux Républicains .  Beaucoup se demandent d’ailleurs   ce qui les  distingue de Macron  et du macronisme . A la rigueur Retailleau pourrait montrer  un peu plus  de couleur,  mais pas forcément plus que Wauquiez.

Les  Républicains ont certes commis de graves erreurs . Wauquiez a brièvement enfilé un gilet jaune pour aussi tôt présenter des excuses . Il a eu tort – de s’excuser .  Leurs dirigeants n’ont  ,  si l’on décrypte leurs principales déclarations, rien trouvé d’autre à redire à la politique du  gouvernement  sinon qu’il  n’allait pas assez loin  dans les réformes saignantes  qu’il fallait imposer  au peuple, celles-là même qui ont suscité la colère des Gilets jaunes. C’est  là la sanction de l’adhésion à l’euro qui ne laisse en matière économique et sociale , et donc de pouvoir d’achat ou d’emploi,  qu’une marge de manœuvre proche  de zéro. Mais c’est aussi l’effet d’un singulier dessèchement politique.  En leur temps, Chirac, Sarkozy , pris dans le même dilemme,  avaient tenté de sauver les apparences , au risque de paraître  démagogues. Les Républicains   d’aujourd’hui   ne s’en sont  même pas souciés ; comme le dit justement Henri Guano,  perdant une partie de la bourgeoisie, « macronisée » , ils auraient dû aller au peuple ; ils ne  l‘ont pas fait. Les envolées lyriques de Bellamy ne suffisaient pas à cacher l’absence de réponse à l’immense crise sociale qu’a exprimé  le mouvement des Gilets  Jaunes .

L’autre  erreur  de Wauquiez est d’avoir manqué sa cible .  On voit  bien pourquoi il a tenté de temps en temps  de  durcir son discours sur l’ immigration ou la sécurité. Mais  ça ne suffisait pas . Il est une règle en politique :  il  faut toujours  être en pole position sur le terrain qu’ on choisit  ; or  sur ces sujets, c’est le    RN qui  l’était. Ces effets de manche  présentaient  le double inconvénient d’être peu crédibles et de susciter néanmoins l’ire de  l’aile gauche du parti , en osmose  avec les médias .

Les Britanniques qui pratiquent le bipartisme depuis   trois siècles le savent : le rôle de l’opposition  est de s’opposer . A qui ? Au pouvoir et rien qu’à  lui.  Ignorer le reste, RN compris. Concentrer son tir sur Macron présentait  le double avantage  de jouer  son rôle et de rester  politiquement correct.    Wauquiez serait alors  apparu comme ce qu’il voulait être : le chef   de l’opposition .  Il aurait certes perdu en  route les « constructifs »   ( ne les a-t-il pas d’ailleurs perdus  ?) , mais quel que soit leur poids politique  ( quatre  ténors régionaux , en comptant Juppé) , séparés de la  maison mère, ils se seraient  vite  marginalisés, disons  « lagardisés ».  Le  parti,  lui, aurait gardé son identité et , même rétréci, aurait  pu servir de base  à une reconquête .

L’autre inconvénient de ne pas assez s’opposer est d’apparaître  comme le tiers parti entre le pouvoir et le Rassemblement national, bref le nouveau Modem mais la politique est binaire, pas ternaire.  

L’occasion de prendre la tête de l’opposition a été manquée par les Républicains . Dans le contexte actuel, le successeur de Wauquiez quel qu’il soit , aura du mal à rendre une identité au parti.  Comme disait Edgar Faure, Wauquiez était irremplaçable , c’est pourquoi, dans  le  rôle qu’il a malgré tout  tenté  de tenir,  il ne  sera pas remplacé.

 

 Roland HUREAUX

 

  

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:53

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/72-maires-qui-regretteront-d-avoir-rallie-Macron

Une opération bien menée : 72 maires  issus  «  de la droite et du centre »   ont  décidé  de se rallier à Macron. Parmi eux ceux de  villes importantes : Nancy, Tours,  Orléans, Angers, Roubaix, Tourcoing, Vesoul,  Fontainebleau.  Plus des hommes comme l’ancien ministre François Goulart.  Beaucoup plus de gens du Nord que du Sud.

Ils viennent ainsi apporter un utile  renfort à un parti , En Marche, qui n’a pas vraiment réussi à s’implanter sur le terrain. 

Pris un à un , certains de ces choix sont peu surprenants :  Hénart , le maire de Nancy est  radical, Branchu, celui d’Angers , membre du Bilderberg.

Nous pensons néanmoins que ce faisant, ils manquent de  jugement politique. 

Ils semblent ignorer que la politique est faite  de hauts  et de bas.  Que la droite classique dont ils viennent ait essuyé un sérieux revers aux élections européennes  - sur la base de 50 % d’abstentions qui en diminue la signification -   est une chose.  Que l’étiquette Macron soit  une valeur d’avenir  notamment pour les   prochaines  élections  municipales en est une  autre .

Rappelons que seulement 11 % des inscrits  ont , en votant Renaissance, décerné un satisfecit à Macron. Et encore ce chiffre comprend-t-il un fort  vote  légitimiste de personnes  âgées ou très âgées  qui votent toujours  pour le pouvoir en place ; tout le contraire  de forces vives . Clamer que c’est une victoire pour le pouvoir, c’est de la communication,  pas de l’analyse.

Néanmoins,  illusionné par cette  fausse victoire aux européennes,  enfermé dans un autisme idéologique  désolant, lié par ses  engagements européens,    le président  imagine qu’il peut désormais ne rien  céder .  Il a tort.

Il ne  faut pas enterrer trop vite le mouvement de Gilets jaunes. Quoiqu’ il   paraisse  s‘étioler, il a  exprimé un mécontentement au sein de la société française d’une profondeur inégalée  . Même s’il prend d’autres formes,  rien ne laisse  supposer que ce mécontentement va s’apaiser, au contraire.

La situation  économique ne va pas  s’améliorer.

L’affaire Alstom , relancée par Olivier Marleix , un des rares députés de l’opposition qui fasse son travail, pourrait bien déboucher sur une grave crise . D’autres scandales peuvent éclater.

Nous  faisons là plus qu’un pronostic. Face au désastre de 1940, beaucoup  de Français, accablés,   se sont précipités dans les bras de Pétain.  Quand De Gaulle est entré en résistance , il a   au contraire  prédit que l’Allemagne allait perdre : ce n’était   ni de la divination , ni de l’intuition,  ni un pari, mais une prévision rationnelle. Nous faisons de même.

Il est aujourd’hui probable que les 72 maires transfuges ( qui,  soit dit en passant, donnent une déplorable image de la classe politique )   voudront  faire oublier ce choix  au printemps prochain.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:51

http://www.politique-actu.com/dossier/traite-chapelle-mauvais-coup-porte-relations-franco-allemandes-roland-hureaux/1762336/

 

https://www.atlantico.fr/decryptage/3564688/pourquoi-le-traite-d-aix-la-chapelle-aggravera-le-desequilibre-entre-la-france-et-l-allemagne-roland-hureaux

 

 

2e partie :

Responsabilités allemande et française

 

Responsabilité allemande

 

Sans doute les Allemands ont-ils  leur part de responsabilité dans ces dérives. Alors que  l’idéalisme européen des Français est souvent sincère, allant jusqu’à sacrifier  leurs  intérêts nationaux,  par vanité ou légèreté d’ailleurs plus que par vertu, celui des Allemands ne perd jamais de vue les intérêts allemands. Combien de chefs d’entreprise français appelés à coopérer avec des partenaires outre-Rhin  ont fait l’expérience de ce double jeu sournois ?  A deux reprises la France a volé  au secours des Allemands en difficulté : en 1969, elle  a  concédé les montants compensatoires , sorte de droits  de douane  à l’envers , à une agriculture allemande déstabilisée par  la dévaluation  française de 1969. En 1992, elle a  restreint sa  masse monétaire et donc sa croissance pour que l’Allemagne unie puisse absorber la masse des marks de l’Est , prenant ainsi sa part du fardeau de la réunification. Aucun geste analogue bien évidemment à l’égard de la France aujourd’hui en difficulté depuis son entrée dans l’euro.

 

Responsabilité française : la politique du  mépris  

 

Mais il serait injuste de faire  porter   aux Allemands seuls la responsabilité     du déséquilibre grandissant entre les deux pays.  Souvent les Allemands n’avaient  rien demandé : ce sont les prétendues élites françaises qui sont allées, sur bien des dossiers,   au-devant de leurs  souhaits. C’est  le cas pour le facteur   essentiel de ce déséquilibre ,   l’euro, lequel demeure , ne l’oublions pas,  une initiative française, témoin d’une  inculture économique unique au monde   de ses dirigeants  et de l’idée  sournoise, aux relents  vichystes,  qu’il faut imposer aux Français la  discipline allemande.  Pour le reste, les Français ont  au moins eu  le tort de ne pas s’être opposés    à des décisions clairement défavorables  pour eux : la politique économique  de Schröder, l’ouverture  migratoire de Merkel, la disqualification du nucléaire [1], notre carte forte, orchestrée par l’Allemagne,  la cession d’Alstom à Siemens, le glissement  progressif du pouvoir au détriment des Français  au sein d’Airbus.   Les bons comptes font les bons amis : loin de renforcer l’amitié entre les    deux pays, ces  complaisances l’ont peu à peu minée.

Que les Allemands ne s’y trompent  pas : la germanomanie des élites françaises relève moins  d’un intérêt pour l’Allemagne réelle que la plupart du temps ils ignorent,  que de leur   mépris pour le peuple français. Il est une catégorie de Français pour lesquels tout ce qui se fait ailleurs, singulièrement outre-Rhin est toujours mieux. Nombre de réformes désastreuses  ont été faites chez nous  par imitation servile de l’Allemagne   comme   la réforme régionale ou la réorganisation du temps scolaire .    En revanche personne  ne connait  en France  ce qui aurait pu  être utilement  transposé comme  les  Instituts Fraunhofer.

Un signe qui ne trompe pas : de moins en moins de Français parlent l’allemand et de moins en moins d’Allemands  parlent  le français . Macron lui-même, si fier de son anglais,  n’a jamais fait  l’effort d’apprendre la langue de Goethe.

Le mépris des classes dirigeantes pour les Français, quelque fois leur haine,  a un caractère pathologique. Quand elle va jusqu’à la servilité vis à vis de l’étranger, elle tient  de la bassesse ,  propre à une classe de parvenus qui n’a jamais appris  que le premier devoir d’une authentique élite est de servir son peuple et au minimum de l’estimer. 

Le général de Gaulle avait tout fait pour  que, par l’exaltation de     la France    libre , les Français retrouvent leur confiance en  eux-mêmes et se débarrassent des    complexes nés de la  défaite de 1940. Mais depuis 50 ans , son œuvre a fait l’objet d’un travail incessant de sape , remettant à nu les vieilles blessures . La magnifique victoire remportée en 1918 par notre armée presque seule[2] a été délibérément occultée.   La germanomanie obstinée de  Macron résume   l’attitude  honteuse des classes dirigeantes françaises depuis  des décennies.

 

Quand la France s’éveillera…

 

Il  faudrait une  forte ignorance de notre histoire pour imaginer que les Français continueront longtemps à accepter ce déséquilibre destructeur   qui leur est  imposé  par leurs élites.  Ils sont comme le cheval auquel son propriétaire  imposerait  un lourd handicap dans les courses pour lui cracher ensuite   dessus. Nul doute qu’ils vont  se réveiller  un jour  . Et mieux vaut tôt que tard. Le jour où  ils ouvriront les yeux sur ce qui leur a été infligé, ils auront   de bonnes raisons d’en vouloir à leur  oligarchie  . Mais ils risquent aussi d’en rendre responsable le peuple allemand  qui n’en demandait peut-être pas tant.

Les Gilets jaunes sont une forme de réveil. Sans doute perçoivent-ils mal l’impact  des relations franco-allemande sur leurs misères quotidiennes  . A tout le moins peuvent-ils voir que le président  Macron, en renforçant l’engagement de la France dans l’euro, se prive de toute marge de manœuvre et qu’il n’a donc  l’intention de rien concéder dans le grand débat national qu’il vient de lancer.

Négocié dans le secret , le  traité   d’Aix-la Chapelle a  été  conclu entre    deux chefs d’Etat  et de gouvernement en grave déficit  de légitimité :   Emmanuel Macron empêtré  dans la crise des Gilets jaunes, dont   la cote est au plus bas  , Angela Merkel en fin de course,  gérant les affaires courantes . Il est en   rupture complète avec les aspirations du peuple français. Il va au  rebours du sens de l’histoire   qui voit partout le retour de nations soucieuses de maintenir leur souveraineté et de défendre leurs intérêts   : Etats-Unis,  Royaume-Uni, Italie, Europe de l’Est, Russie, Chine. De quelque manière qu’on le considère, il portera gravement  atteinte   aux relations entre la France et l’Allemagne. Caricature du traité de 1963, il sera, au mieux, mort-né.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

[1]  Dont les absurdes  éoliennes , fabriquées en Allemagne, sont le symbole.

[2] Le  choc décisif a eu lieu de mars à juillet 1918 : les armées anglaise et italienne étaient épuisées, l’armée américaine  n’a été pour l’essentiel, opérationnelle qu’  après, l’armée allemande seule était, comme l’armée française,  au complet.

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:49

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https://www.atlantico.fr/decryptage/3564688/pourquoi-le-traite-d-aix-la-chapelle-aggravera-le-desequilibre-entre-la-france-et-l-allemagne-roland-hureaux

 

1e partie : Un déséquilibre qui s’aggrave

 

Le mieux est l’ennemi du bien .

Le bien : la réconciliation franco-allemande voulue par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer , solennisée par le traité de l’Elysée du 22 janvier 1963.

Le supposé mieux  qui menace  cette réconciliation  : le traité d’Aix-la-Chapelle, singerie du premier qu’ Emmanuel Macron et d’Angela Merkel ont signé    le 22 janvier 2019   et qui vise à terme une « intégration », notamment militaire,  franco-allemande d’abord,  européenne ensuite . Il pourrait avoir au contraire l’effet de  raviver la rivalité franco-allemande, selon ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires au but poursuivi ».

Pour le général de Gaulle, le partenariat franco-allemand ne pouvait être qu’ équilibré.  Aujourd’hui il ne l’est plus. Le nouveau traité consacre une situation que de plus en plus de Français jugent trop avantageuse pour  l’Allemagne.

 

Le rôle de l’euro

 

Cette situation  a une cause majeure : l’euro. On peut débattre  pour savoir si , dans son principe,   une monnaie unique  pouvait réussir. Plus de dix  Prix Nobel d’économie ont émis des doutes là-dessus. En tous les cas,  elle a entrainé un déséquilibre  grandissant entre les pays d’Europe et singulièrement  entre la France et l’Allemagne . De 2000 à 2018, la production industrielle allemande a progressé de  42 % , celle de la France a  reculé de 3 %, celle de l’Italie de 15 %, celle de l’Espagne de 16 % ( alors que  leur évolution avait été jusque-là parallèle ) . La balance du commerce de l’Allemagne affiche   aujourd’hui un  surplus  de 248  milliards d’euros, celle de la France   un déficit   de 67 milliards, sans que rien ne  laisse espérer un rééquilibrage. 

La première raison de ce déséquilibre tient aux conditions dans lesquelles les deux  pays sont entrés dans l’euro. Les Allemands ont mis au pot un mark à prix réduit , ce qui a  fait baisser  le coût de   leur produits exprimé en euros et les a rendus hyper-compétitifs, tandis que les Français, la vanité de nos dirigeants aidant, ont mis au pot un  franc  déjà surévalué, ce qui renchérit nos  produits. S’y ajoute la réforme économique du chancelier  Schröder opérée sans concertation  dès  l’entrée dans l’euro  tendant à réduire encore les  coûts allemands par rapport aux    autres pays  de la  zone afin  d’assurer un avantage décisif à l‘Allemagne.    Si la France avait eu depuis l’entrée dans l’euro la même croissance que l’Allemagne, comme elle l’avait eue  de 1950 à 2000, elle aurait 40 % de production industrielle en plus , soit 40 % de pouvoir d’achat, précisément  ce qui manque aux Gilets jaunes pour boucler leurs  fins de mois et au gouvernement pour satisfaire leurs revendications.

La seules solutions  préconisées   par les dirigeants  français : baisser les salaires et diminuer les charges sociales ,  mesures   tardives et timides,  inefficaces mais   suffisantes pour entrainer le mouvement  des Gilets jaunes ; il est  clair qu’il ne faut chercher aucune solution de ce côté-là.  La seule issue  est un changement de parité  monétaire entre les deux  pays . Elle    passe par    l’éclatement de la zone euro, lequel    se produira de toutes façons un jour ou l’autre. En  attendant,   les usines française ferment les unes après  les autres et les éleveurs se suicident . L’agriculture française , longtemps  exportatrice par rapport à l’Allemagne est devenue importatrice.

Cet appauvrissement de la France touche plus particulièrement nos fleurons industriels . Comme s’il y avait un plan concerté d’affaiblir la puissance française   , le contrôle de nos  entreprises stratégiques , produits du génie national : Alstom , Nexter (ex-GIAT)  ,  bientôt peut-être Naval-Group ( ex DCN)  et d’autres   est  transféré outre-Rhin – ou ailleurs. Airbus, issu de l’effort de  générations d’ingénieurs  français,  échappe aujourd’hui à  tout contrôle français. 

Le déséquilibre économique aurait pu être compensé par  une volonté politique active  faisant jouer les avantages dont  la France dispose par ailleurs : son  immense domaine maritime, sa  présence en  Afrique, son  statut de puissance nucléaire . Mais les dirigeants français font au contraire tout pour l’aggraver par leur désintérêt pour ces avantages  qu’ils sont prêts à brader et  leur servilité vis-à-vis du  partenaire d’ outre-Rhin. En France et dans  le monde , prévaut de plus en plus le sentiment   que  la France  est tenue en laisse par une Allemagne dominante, qu’en tout, c’est Berlin qui fixe la ligne prétendue commune.

Une  relation saine entre la France et l’Allemagne impose que la France, qui ne peut pas  rattraper l’industrie allemande, veille avec soin  à la préservation de ses atouts propres. Elle  implique au minimum   la rupture de la monnaie unique si désastreuse pour elle .  Plus on attend, plus le déséquilibre entre  les deux économies s’aggravera,  moins il subsistera d’agriculture  et d’industrie en France,   plus il sera difficile de revenir à  l’équilibre. Et probablement plus la rupture sera saignante.

Les relations « spéciales » franco-allemandes n’ont jamais plu aux pays du  reste de l’Europe . Ce traité ne leur plaira pas davantage.  Ils attendent   confusément que la France joue sur le continent son rôle multiséculaire , celui de contenir  la démesure  germanique telle qu’elle s’exprime par exemple par la politique économique restrictive que Berlin impose au reste du  continent. Une politique que le Prix Nobel Josef Stiglitz n’a pas hésité à qualifier  de « criminelle ».  Notre lâche  suivisme  laisse les pays concernés, souvent vieux amis de la France, loin du compte.

 

La paix repose sur le statu quo  

 

Ce  déséquilibre, qui irrite de plus en plus de Français,  le nouveau  traité franco-allemand, signé en Allemagne , l’aggrave.  Non seulement il consolide l’euro mais  il  engage la France à soutenir la revendication  allemande de disposer d’un  siège permanent au Conseil de sécurité. Cette revendication  a certes peu de chances d’être satisfaite  car   au moins dix pays , à commencer par l’Inde et le Japon,  voudraient aussi un siège.   Mais   cette clause,  qui n’a rien à faire dans un traité,  envoie au monde un nouveau signal d’allégeance de la France à  l’Allemagne. Plus grave : la question du siège permanent au Conseil de sécurité   est, de manière officieuse, liée à la possession de  l’arme nucléaire que certains milieux  allemands revendiquent aussi de façon de moins en moins discrète.    

Soyons clair :   la paix relative qui règne en Europe depuis 75 ans  ne résulte pas,  comme on le dit,   de l’Union européenne , qui en est plutôt une conséquence et qui d’ailleurs  porte une  une part de responsabilité  dans les conflits apparus récemment sur le continent : Balkans, Caucase, Ukraine, comme le reconnaissait pour ce dernier l’ancien chancelier Helmut Schmidt.  La paix règne parce que deux puissances continentales et deux seulement    disposent de l’arme   nucléaire. En remettant en cause  cet équilibre, le  traité menace la paix en Europe.

Dans son premier discours à Versailles, Macron appelait déjà à un renforcement de l’effort d’armement  allemand.  En organisant les transferts industriels évoqués ci-dessus, Macron concourt à un dangereux renversement du rapport des forces. Comment comprendre qu’un pays qui a été  envahi   trois fois en  un siècle par son voisin , veuille à toute  force lui transférer son savoir-faire  militaire  ? Certains diront que ces craintes  sont dépassées :  l’Allemagne s’est aujourd’hui assagie . Voire ! Dans un continent où Léningrad est redevenue Saint Pétersbourg,  qu’est-ce qui est dépassé ?  Dans le contexte d’extrême instabilité qui règne dans ce pays profondément  bouleversé par la décision folle de Merkel de faire entrer plusieurs  millions de réfugiés  -  à la demande du patronat demandeur  de main d’œuvre pour une économie en surchauffe à cause de l’euro    -     tout est possible. Qui sait ce qui peut arriver dans une Allemagne  au tempérament  bipolaire , passée jadis  en trois ans de « la constitution  la plus démocratique du monde »   (la république de Weimar) à ce que  l’on sait  ? L’Allemagne actuelle   a déjà  plus que  sa   part de responsabilité dans le déclenchement  de la  guerre  des Balkans de 1999 qui a conduit  à l’humiliation de la Serbie,  un  ennemi    historique du  Reich, avec la complicité honteuse de la France, déjà prompte à jouer contre son camp[1]. Elle l’a aussi à un moindre degré dans celle  de la guerre d’Ukraine où l’Europe continentale retrouve son extension de 1942.   Quand, pour justifier le  traité d’ Aix-la-Chapelle,   Macron appelle à la constitution d’une défense européenne contre la Russie, pense-t-il à la Division Charlemagne ?  Qui sait   que de  jeunes officiers  de la  Bundeswehr se retrouvent tous les ans pour fêter l’anniversaire d’Hitler ?

 

Promiscuité

 

Ajoutons que les  peuples , comme les   individus,  n’aiment pas la promiscuité.  Les Allemands qui ont toujours refusé la notion de couple franco-allemand , trop familière  à leur gré ( ce dont  les médias français qui répètent à tout va cette expression ne se sont jamais aperçus ! ), le savent bien. Deux  voisins  qui s’entendent bien se détesteront vite si  les cloisons qui les séparent   sont abattues.    La réconciliation franco-allemande semblait  acquise . En    nous obligeant à partager le même  lit , Macron et Merkel la remettent en cause : les mariages forcés se terminent en général mal. 

 

 

Roland HUREAUX

 

[1] L’humiliation odieuse  infligée au président  serbe lors des  cérémonies du 11 novembre exprime le mépris des dirigeants français actuels pour les allégeances traditionnelles de la France.

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:47

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/L-avortement-entre-l-ideologie-et-le-reel

 

La campagne pour retirer le droit à l’objection de conscience des médecins, la proposition d’inscrire le droit à l‘avortement dans la constitution ou encore les débats sur la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême montrent , s’il en était besoin,  que la question   l’avortement provoqué n’est pas close. Une question où l’enjeu idéologique occulte largement la réalité vécue  par les premières concernées.

 

Une jeune femme qui se trouve enceinte confrontée aux pressions de son employeur ou de son chef de service qui lui laissent entendre ou font dire qu'encore un congé de maternité, ce n'est plus supportable pour l'entreprise :  gare au prochain "plan social".

Une autre menacée par son compagnon que la paternité affole    d'être plaquée si elle garde l'enfant.

Une troisième, lycéenne mineure que ses parents veulent à toute force faire avorter :  "Tu es trop jeune pour te charger d’enfant. Ce n'est pas raisonnable". Tout le monde lui dit qu'elle risque de gâcher ses études et donc son avenir.  Les professeurs, au moins ceux qui sont au courant, aussi.   Elle n'avait d'ailleurs pas osé au départ avouer sa grossesse.

Ces pauvres femmes se retrouvent seules ; elles ne savent, face à tous ces gens qui les poussent à avorter, à qui se confier.  Les collègues de bureau sont de l'avis de tout le monde, à l'hôpital on ne "juge" pas et donc on ne fait rien pour la dissuader, au contraire. Heureusement la lycéenne   a quelques copines de classe, secrètement admiratives de   sa promotion de fille en femme, pour comprendre son désir de garder l'enfant. Mais feront-elles le poids ?  

Ces cas ne sont pas isolés. Tous ceux qui connaissent la "vrai vie" savent qu’ils sont très répandus, probablement majoritaires.

Le drame des avortements sous pression laisse parfois des traces, intermittentes, dans la rubrique des faits divers. Il y a quelques années, du côté de Bordeaux, un   adolescente était allé voir un avocat pour attaquer en justice ses parents qui l'avaient forcée à avorter. En Bretagne, le petit ami de la fille assassine ses beaux-parents après l'avortement auquel ils l'avaient contrainte et qui avait entraîné leur rupture[1].

N'y a-t-il pas là une bonne cause à défendre pour les associations féministes ?  Ces femmes subissent dans ce qu’elles ont de plus intime des pressions extérieures qui constituent une forme de violence. Des pressions qui, pour la plupart, viennent d’hommes, d'hommes qui, en la circonstance, refusent d'assumer leur rôle de père et   font la preuve de leur lâcheté, n'illustrant ainsi que trop bien une certaine imagerie féministe.  

Ceux qui exercent ces pressions sont presque tous en position hiérarchique : les parents, l'employeur, le médecin, on n’ose plus dire le chef de famille.

 

La Barbe et ivg.net, même combat ?

 

A quand donc l'union sacrée de La Barbe ou des Tumultueuses avec   IVG.net ?

Ce serait possible si les réalités avaient encore une place en politique. Hélas les idéologies on tout envahi.

Loin de défendre les femmes victimes de ces pressions bien réelles, bien plus réelles aujourd’hui que les inhibitions ou interdits qui viendraient de la vieille morale (un fantôme évanoui depuis longtemps), les mouvements féministes ont obtenu du  gouvernement pour qu'il   confère un caractère délictueux aux publications des sites qui tenteraient de donner aux femmes des raisons pour résister à ces pressions. En les informant par exemple à la fois des risques de l'avortement, bien réels eux aussi, et des solutions alternatives (accouchement sous X par exemple). Le délit   d'entrave à l'IVG   instauré à la sauvette en 1992 a été étendu "en urgence" en décembre 2016 aux sites, principalement catholiques, dédiés aux femmes qui s’interrogent. Parlons d'une urgence !

Les pressions que nous évoquons sont d’une légalité douteuse, mais comme elles ne sont jamais sanctionnées, personne ne se gêne pour les exercer. Inciter la femme qui hésite à résister à ces pressions est au contraire puni très sévèrement par la loi. Pire : avec la nouvelle loi  , une femme pour qui l’avortement aura été une expérience douloureuse (et il y en a tant !)    n’a  même pas   le droit de s'exprimer publiquement, par exemple sur Youtube. Elle doit garder sa souffrance pour elle.

La douleur est censurée comme a été censurée par le CSA, puis par le Conseil d'Etat la joie d'une mère qui avait gardé son enfant trisomique.

Car ce n'est pas le réel qui compte, c'est l’idéologie ; ce ne sont pas les souffrances des femmes soumises à des pressions de leur entourage, c'est la symbolique, une symbolique figée, schématique : plus d’avortements, de gauche ; moins d’avortements, de droite et même très politiquement incorrect:  la Marche pour la vie est plus compromettante qu'une manifestation néo-nazie.

On peut aussi bien dire : pour la méthode globale, de gauche ; pour les méthodes classiques :  de droite. Pour Castro, de gauche, pour Poutine, de droite etc.  Tout aujourd’hui n’est plus que symbole.

 

Un champ symbolique simplifié

 

Cette sémiologie simplifiée à l’extrême a envahi tout le champ politique   au point d'interdire non seulement le débat, mais le réel.

La victime de la dégénérescence idéologique, c’est en effet le réel. Le réel qui se trouve forclos (verwerft), selon l'expression de Jacques Lacan, comme le sont   les souffrances de femmes ayant été contraintes à avorter - une souffrance si   politiquement incorrecte que non seulement elle ne doit pas s'exprimer mais que, pire, elle n’est pas supposée exister.  

Les opposants à l'avortement ne sont pas exempts non plus de ce déni du réel :  quand fut abrogée l'obligation de l'autorisation parentale, ils poussèrent des hauts cris, ignorant apparemment que dans la majorité des cas, ce sont les parents qui poussent leurs filles mineures à avorter et elles qui résistent.  

En ce domaine, comme dans d’autres, c’est le réel qui se trouve perdant à ce jeu absurde.

L 'autre nom de l'idéologie est l’absurdité. Mais par derrière, beaucoup de souffrances comme celles que nous évoquions au début de cet article. 

Les féministes se mettront-elles à défendre les femmes vraiment en détresse ? Les changements de pied sont déjà arrivés en politique : la défense des langues régionales était cataloguée autrefois à l'extrême droite :  Mistral était un ami de Maurras. Quand l'auteur de cet article s'était    pointé il y a quelques années à un gala de poésie occitane, il fut pris à partie   par des écolos barbus selon qui, étant de droite, il n’avait rien à faire là !  

L’homosexualité était au temps de Proust associée à une vieille aristocratie décadente et réactionnaire. Encore en mai 68, qui s'en souvient ?  les homosexuels ou ceux qui en avaient l’air étaient catalogués à droite : ils étaient tenus pour des « esthètes », amateurs d'une culture raffinée donc bourgeoise. Les groupuscules de gauche (PC) ou gauchistes (Ligue communiste, UJCML etc.) cultivaient au contraire un style macho, à l’imitation de l'idée qu’ils se faisaient de la virilité ouvrière genre Stakhanov. Comme on voit, les choses ont bien changé. Tout est donc possible.

 

                                                Roland HUREAUX

 

 

[1] Ces faits, déjà anciens, ont été mentionnés le premier dans Marianne, le second dans Ouest-France.  

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 20:45

Aussi bien dans les sphères gouvernementales que chez certains Gilets jaunes,   se répand l’idée que la crise  sociale en cours et le grand débat national pourraient  déboucher sur une large réforme des institutions . Parmi les manifestants , s’est répandu  le  mot d’ordre du référendum d’initiative citoyenne  (RIC) , porteur de tous les espoirs.   

Cela nous parait une dangereuse illusion.

Il est évident par exemple que le retour à la proportionnelle ou la simple introduction d’une dose de proportionnelle  dans les élections législatives non seulement ne serait pas une solution à la crise mais  nous éloignerait  au contraire de toute solution.

Pour le général de Gaulle ,  que les institutions  soient bonnes  ou mauvaises, si les hommes étaient mauvais -  incompétents , corrompus ou   mal intentionnés - , la politique menée  serait de toutes les façons mauvaise.   Mais si les hommes appelés à diriger  le pays étaient  bons,  il ne  fallait pas  alors  que les mécanismes institutionnels  les empêchent d’agir avec détermination et efficacité . Dans le cadre où elles  ont    fonctionné  jusqu’ici,  grâce en particulier au droit de dissolution et   au scrutin majoritaire , les présidents qui voulaient faire des  réformes  de rupture,  De Gaulle lui-même,  puis Mitterrand,  ont  pu les faire. Que certains présidents aient été animés de mauvaises idées ou encore qu’ils  n’aient pas voulu user de leurs pouvoirs est une autre affaire : ils n’auraient pas fait mieux sous un autre régime. Sans doute les entraves à l’action du gouvernement  ont-elles été  multipliées depuis plusieurs décennies  au point d’altérer les vertus primitives de la Ve République  :   extension des pouvoirs du conseil constitutionnel,   élargissement de la possibilité de saisine,   quasi-suppression du vote bloqué,  mais l’essentiel demeure : un président assis sur une forte  majorité peut encore  agir.

Tel ne serait  plus le  cas si la proportionnelle était  réintroduite. Elle rend, on le sait, difficile la constitution de majorités. Elle ouvrirait la porte aux combinaisons de partis , aux compromis qui rendraient impossible  de prendre à bras le corps  les  problèmes graves ressentis par  les Français.   Tout inclinerait les partis à se mettre d’accord sur les propositions de la technocratie, française ou européenne,  qui sont précisément celles que, depuis longtemps, les  Français rejettent .

La solution des  problèmes passe au contraire par une action gouvernementale résolue qui implique  le maintien des institutions actuelles. Nul doute en effet que pour résoudre la crise que traverse le pays ,  il faudra  opérer en de  multiples matières, économie,  justice, éducation , gestion migratoire, des réformes profondes, mais pas toujours politiquement correctes et , dans bien des domaines, en rupture avec la culture dominante dans les principales  administrations.   

S’il est vrai que beaucoup de partis, Rassemblement national en tête,  revendiquent  la proportionnelle ,  n’est-ce pas le  signe qu’ils ne se préparent pas sérieusement à exercer le pouvoir  - ou en tous les cas à  changer en profondeur le pays ?    

La réduction  du nombre de parlementaires, comme la proportionnelle , affaiblirait la strate politique face à l’administration.   Elle était  déjà  dans le programme de Macron  qui avait, lui aussi, joué  sur le rejet  des politiques qui s’exprime dans le mouvement des Gilets jaunes.   

 

Et le référendum d’initiative citoyenne ?

 

Quant  au fameux référendum définitive citoyenne ,  ceux qui le demandent avec tant d’insistance n’ont aucune chance de l’obtenir : tout au plus leur concèdera-ton un simulacre  limité par de nombreux verrous   ou excluant  les sujets les plus litigieux :  Europe, immigration, fiscalité .

Pourquoi ? Parce que le problème bien réel de  communication qui se pose aujourd’hui  entre  le gouvernement et la population  ne relève  nullement des  institutions.  Il tient aux présupposés idéologiques du pouvoir en place lequel tient pour des acquis définitifs  toute une série de principes : le maintien de l’euro  et donc la règle d’équilibre  budgétaire qui en découle , la  transition énergétique, la priorité au développement des métropoles  et d’autres qui , combinés, ne lui laissent  que très peu de marge de manœuvre et donc de capacité de dialogue. Un pouvoir aussi corseté  ne se risquera jamais  à  mettre en  danger ces principes par la démocratie directe.

Et si tel n’était pas le cas , si un gouvernement, celui-là ou un autre, se libérait par on ne sait quel miracle – ou quelle révolution ( comme celle dont Gorbatchev prit l’initiative ),  on pourrait certes  instaurer un RIC,  mais serait-il   encore utile ? Un gouvernement  libéré de tous les a priori idéologiques , qui n’aurait d’autre ligne de conduite que la défense de l’intérêt  national,   pourrait bien plus facilement , avec ou sans référendum,   ouvrir un vrai dialogue avec la population et ainsi  satisfaire,  au moins en partie,  les  revendications des  gilets jaunes . Il   retrouverait  ainsi sans difficulté   les voies  de la confiance.

La principale revendication des gilets jaunes est économique : une rattrapage  du pouvoir d’achat , un abaissement des impôts pour ceux qui en payent, une plus grande justice dans la distribution de richesses : il est clair que cela relève de la politique   classique et  non point  de changements  institutionnels, qui, en l’état, ne sauraient être que des leurres.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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