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Roland HUREAUX

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 14:48

 

On croit connaître déjà  la réaction du président de la République  au lendemain des élections régionales, annoncées  comme   une défaite retentissante pour le pouvoir :  « Ce scrutin  à  caractère  purement  local  n’est qu’un épisode qui ne saurait nous ébranler :  il ne  nous détournera  pas  de notre   «  travail » :  continuer sur le voie des réformes, poursuivre inlassablement  la  modernisation  la France. »

« Travail » : le président travaille, paraît-il, beaucoup. Un  patron sarkoziste des Hauts-de-Seine, nous disait il y a quelques mois : « Au moins, ce n’est  pas un fainéant : il bosse et   il connaît ses dossiers ». Laissons pour le moment de côté nos  doutes sur la connaissance des dossiers, la vraie  qui est, par-delà les notes administratives, la perception  des réalités humaines sous-jacentes.  Produire des lois, de plus en plus de lois,  au point d’engorger  la procédure parlementaire, ouvrir  de plus en plus de « chantiers »,    faire de plus en plus de réformes,  de manière obsessionnelle, cela peut passer en effet  pour les travaux d’Hercule.

Ne pas dévier du cap à la suite d’un revers électoral,  pas même pour changer un ou deux ministres, cela peut passer pour du courage : « Nos réformes sont impopulaires, donc elles sont  nécessaires et courageuses. Nous  ne nous laissons pas ébranler par l’impopularité,   nous persévérons sur la voie tracée. »

Que ces réformes soient  tout simplement mauvaises  n’est nullement   envisagé.

Il faut le dire : une  telle démarche se heurtera cette fois  à des difficultés considérables.  Le hasard du calendrier   fait qu’un gouvernement particulièrement délégitimé  aura    en « chantier », après les élections  régionales,  les projets   les plus foireux,  les plus douteux  et  les plus contestés qui soient depuis le début du  quinquennat.

Nous ne parlons pas de la  réforme  des  retraites, dont seul   l’aveuglement sur les questions démographiques peut  occulter la nécessité, mais qui précisément parce qu’  elle est urgente et exige du courage,     a été reportée à  l’automne.

Nous  perlons de  la réforme judiciaire et de celle des collectivités  territoriales.

Sur chacune pèse un lourd soupçon d’arrière-pensées politiques  :   pour la première ,celle de vouloir,  en supprimant le juge d’instruction,  mieux  contrôler les dossiers   politiques ; pour la seconde,  en réformant totalement les scrutins  régional  et départemental , celui de  remettre en cause le résultat des élections locales que l’on viendra de perdre.

Toutes deux sont inspirées par des modèles étrangers -  ou plutôt par  l’idée qu’on s’en fait :   la procédure  contradictoire à l’anglo-saxonne,  jugée  on se demande pourquoi ,  plus moderne ,  une géographie des pouvoirs locaux supposée plus simple ailleurs . En réalité,   on s’interroge dans  les  pays anglo-saxons pour  savoir s’il ne serait  pas utile d’y introduire quelque chose comme un  juge d’instruction.  Le « mille feuilles  territorial », que l’on dénonce n’est pas  propre à la France : on le retrouve    en Allemagne ou    en Italie.  Les 36 000 communes que les auteurs du projet de loi ont aussi  dans le collimateur  sont  certes   une spécificité française mais dont personne n’en  a, à ce jour, démontré sérieusement  les inconvénients.    Loin de témoigner d’une vraie  « connaissance des dossiers »,  ces projets reflètent les préjugés sommaires de l’establishment français :  haut-fonctionnaires  mais aussi chefs d’ entreprise   ou journalistes,  toujours persuadés que  ce  qui  se fait ailleurs est mieux ,  préjugés jamais remis en cause, tant il est vrai qu’en France,   ceux qui se croient le plus ouverts  à l’international sont généralement  ceux qui  le  connaissent le moins. 

Mais  cette volonté de persévérer  sans « faiblir », dans un processus de réformes  très  mal engagé est  aussi le signe d’une grave faiblesse : l’absence totale,  non seulement d’une équipe de rechange mais d’une politique de rechange.  Les présidents de la Ve République avaient  toujours veillé,  en début de mandat, à avoir au moins deux fers au feu ,  deux politiques non pas contradictoires mais  qui soient comme   des  variations sur le même  thème , suffisamment proches pour ne pas donner l’impression du reniement,   suffisamment  démarquées  pour que l’une succédant à l’ autre fasse   l’effet de la nouveauté.  En 1959, De Gaulle choisit Debré, mais tenait Pompidou   en réserve. Chaban-Delmas et Chirac incarnèrent  chacun à son tour la réforme sociale   mais     Messmer et Barre    revinrent  à une certaine orthodoxie. Mauroy dut appliquer le programme commun  de la  gauche,  Fabius réhabilita le  libéralisme   etc.  Deux politiques, deux équipes, cela    suppose un minimum de réflexion, cela implique  des équipes qui se préparent dans l’ombre, cela suppose surtout    un vivier suffisamment riche pour qu’on puisse, tout en gardant une partie des ministres,  donner,  le jour venu,   l’impression   d’un certain   renouvellement des hommes et des idées.  Or nous touchons là  une des graves   faiblesses du pouvoir actuel :   l’absence d’équipes  de rechange, reflet lui-même   de l’assèchement    des  talents dans les hautes sphères de l’’Etat.  Un Etat, où  il n’était  pas possible, parait-il,  de trouver  à EDF un patron   moins exigeant qu’Henri Proglio, ou   un premier président de la Cour  des comptes issu de  la majorité !   Un Etat où ont triomphé le conformisme,   l’esprit courtisan  et   la pensée  unique et qui a éliminé au fil des ans toutes  les formes d’originalité  - et donc les vrais talents.  Dans la grisaille généralisée,  les nominations dites d’ouverture,  autant que l’effet d’un dessein politique,  ne sont-elles pas   le moyen de  donner un semblant de couleur  aux promus ?

Ce n’est pas parce que Fillon est populaire qu’on ne le remplacera pas.  En 1968,  Pompidou   , pourtant  soutenu par l’opinion,   fut remplacé par Couve de Murville.  De même  Chaban par Messmer en 1972. Marie -France Garaud  qui suivit cette dernière affaire de près, dit une fois que c’est  précisément  parce que le premier ministre était devenu trop populaire qu’il fallait le remplacer,  pour préserver le président de la République.  Chaban était populaire par son action.  Il se peut que  Fillon le soit pour son inaction.  François Fillon est sans doute plus  populaire que Nicolas Sarkozy pour la même raison que René Coty l’était plus  que Guy Mollet.   Dans le « couple » exécutif,  l’un décide de tout, l’autre de rien ,  sauf que  les rôles ont été inversés.

Faute de capacité de renouvellement , il ne  faut, hélas,  s’attendre à  aucune interrogation en profondeur sur la pertinence des réformes engagées au cours des derniers mois.   A aucun moment on ne se demandera si l’impopularité du   président   ne viendrait pas   du fait , non   qu’il réforme mais qu’il réforme mal ,  de manière bouillonne  et  sans suivi : combien de réformes contre-productives , qui compliquent au lieu de simplifier, brouillent au lieu de clarifier, renchérissent au lieu de faire faire des économies,  combien de lois annoncées avec fracas jamais suivies de décrets  d’ application ? Combien de lois où on  s’est contenté d’apposer le tampon  politique sur de vieux invendus   sortis des  remises   technocratiques ?

Le problème est  que beaucoup de  ces réformes sont  mauvaises pour  la France. Le lycée à la carte   y    relâche  encore les disciplines,  la « modernisation des politiques publiques »   fait faire un peu d’économies  (et encore pas toujours)  et  démobilise  gravement  les fonctionnaires, la fusion des universités ( au nom du classement de Shanghai, autre leurre bien français)  les rendra encore plus inhumaines et massifiées,  le rapprochement de la police et de la gendarmerie les rend plus coûteuses et plus hostiles  l’une et l’autre ,  la réforme annoncée de l’administration territoriale, va encore  accroître la confusion des pouvoirs  locaux etc.

S’il ne remet pas en cause complètement le processus réformateur dans lequel il est engagé, sinon dans son principe, du moins dans sa méthode,   non seulement Nicolas Sarkozy risque   d’atteindre 1992,   mais il laissera   un champ de ruines.     

 
                               Roland HUREAUX

 

 

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