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Roland HUREAUX

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 20:06

IMPOSSIBLE D’ETRE MONDIAISTE ET LIBERAL

 

Retour à Jean-Jacques Rousseau

 

Article paru dans Front populaire

 

Il était habituel il n’y a pas si longtemps de qualifier quelqu’un de « libéral et européen ». L’association de ces deux qualificatifs positifs allait presque de soi.

Être ouvert sur l’Europe – et par-delà, sur le monde – ne pas faire partie de ces nostalgiques à béret basque et baquette repliés sur le  terroir, était une posture éminemment chic.  L’un allait avec l’autre : européen voulait dire libéral, libéral voulait dire européen (nous dirons européiste car chacun est européen, qu’il le veuille ou non,  par la géographie et par la culture. )

Même aujourd’hui, où l’on parle du retour des nations,  surtout hors d’ Europe, cette formule vaut encore.

 

Le libre-échange contre l’autarcie fasciste

 

Les années trente avaient vu fleurir, sous l’effet de la grande dépression, les politiques autarciques : Allemagne, Italie, l’URSS ayant, elle,  fermé ses frontières dès 1917. Autarcie allait avec dictature, et donc libre-échange avec démocratie.

Cette posture s’est traduite d’abord par une volonté au sortir de la guerre d’instaurer un  libre-échange général , d’abord européen, puis mondial.  Le GATT, créé en 1947,  devenu l’OMC, s’était  fixé dès le départ l’objectif d’établir un espace mondial de liberté économique qui visait certes l’expansion des échanges et la prospérité générale[1]  – nous en voyons les effets avec la crise actuelle, à un moment où les échanges n’ont jamais été aussi libres !
Mais le libre-échange avait aussi une valeur morale. Il était une manière de se positionner contre les dictatures totalitaires.

C’était oublier que le mahatma Gandhi prêchait aussi l’autarcie (d’ailleurs certains ne l’avaient-ils pas taxé  de fascisme ?) , conscient que l’ouverture du marché qu’ avait imposée  la Grande-Bretagne  à l’Inde dans le cadre colonial avait ruiné son industrie [2].

C’était oublier aussi que le libéralisme politique avait connu son essor  dans la deuxième moitié du XIXe siècle, sous  l’égide  du protectionnisme le plus strict, lequel  avait permis entre autres à l’Allemagne et aux Etats-Unis de devenir de grandes puissances industrielles[3].

Il n’était pas  encore question en 1945  de libre circulation des capitaux , instaurée dans le cadre mondial à partir de 1986, ni de libre circulation des hommes, promue  par le traité d’Amsterdam (1995) destiné en théorie à permettre la liberté de mouvement  des ressortissants  de l’UE au sein d’un espace  unique, mais qui a , de fait, favorisé l’arrivée de plus en plus importante d’immigrants.

 

Vers une gouvernance mondiale

 

Les trente dernières années ont vu, en parallèle,  se développer la perspective d’une  gouvernance  mondiale. Jean Monnet  était déjà un mondialiste [4].  , faussement appelé  le père de l’Europe car  il s’est tenu à l’écart du traité de Rome qui a mis  en place les seules  institutions  durables de  la Communauté européenne  et qu’il  a tenté ensuite  de saborder le traité de réconciliation franco-allemand de 1963   Les directives européennes  si souvent mises en cause par les peuples d’Europe, spécialement  en  France, ne sont  pour la plupart que la mise en forme de directives extérieures, de l’OMC, de l’OMS, du FMI, du GIEC. Jacques Attali n’a-t-il pas  dit tout haut que la crise du Covid était l’occasion de créer enfin un Etat mondial ? C’est   aussi ce que dit le président  du Forum de Davos , Klaus Schwab[5],  qui ambitionne un « great reset », ce qui ne signifie nullement un changement de la direction prise  par le monde  au cours des trente dernières années,  mais au contraire une accélération des tendances qui n’entraient jusque-là dans les faits que lentement en raison de résistance de peuples : le plan de relance européen ne représente que 0,7 % du PIB de l’UE mais il est orchestré de telle manière que pression maximale s’exerce sur la Pologne et la Hongrie pour  qu’elles rentrent dans le rang et acceptent plus de supranationalité sur des sujets sensibles : immigration, mœurs , constitutifs de de leur identité.

Dès avant l’épidémie actuelle, des instances anti-fake news, en d’autres termes de  censure, s’étaient mises en place  à tous les nouveaux : public , à Bruxelles, dans les Etats nationaux, mais aussi privé : les hommes les plus riches du monde, patrons des Gafas, soutiens  de l’ordre mondial, s’arrogent le droit  de filtrer les messages dont ils offrent le vecteur : le président Trump s’est vu privé d’accès aux réseaux   dans les semaines qui ont précédé l’élection du 3 novembre . Tout aussi choquante est la quasi-unanimité des médias des deux côtés de l’Atlantique pour soutenir l’idéologie mondialiste. Pas de démocratie sans une presse non seulement libre mais plurielle.  Pendant ce temps, les tribunaux multiplient les procédures contre toute ce qui ne serait pas  politiquement correct, c’est à dire qui n’irait  pas dans le sens de  pensée dominante en matière d’ouverture à l’immigration, de féminisme (ou plutôt hyperféminisme), d’islamophobie, d’homophobie, de climat de libre-échange.

 

The great reset

 

L’épidémie du Covid-19 s’est accompagnée d’un recul sans précédent des libertés à l’initiative de  comités  mondialisés qui imposent leur disciplines aux Etats et aux citoyens : les plan de confinement sont presque partout les mêmes. Le seul pays qui s’en soit exonéré (sans avoir plus de malades), la Biélorussie,  est soumis à de fortes pressions.

La menace du réchauffement climatique   sert aussi de moyen de pression sur les Etats, les entreprises et les individus pur leur imposer une bureaucratie et une réglementation de plus en plus lourdes, l’attrition des industries classiques sans considération de la baisse de revenu et du chômage qui s’en suivront.

Malgré ces pressions quasi unanimes de l’ordre mondial contre les opinions divergentes, le suffrage universel a résisté au Royaume-Uni en imposant  le Brexit ; mais comme il risquait  aussi de passer outre les  pressions de médias unanimes aux dernières élections américaines,  une fraude massive a été organisée, dont nous ne connaissons par l’ampleur réelle  mais dont personne ne conteste le fait, pour assurer la défaite de Trump. Le patron de Facebook, l’homme le plus riche du monde s’était targué d’être celui  qui désignerait le prochain président[6].

 

Le retour du modèle chinois

 

Il est question de rendre obligatoire, selon le vœu de Bill Gates, deuxième fortune mondiale, la vaccination contre toutes sortes de maladies qui serait certifiée par une puce sous la peau. L’immense Chine a déjà établi un contrôle sans égal de sa  population.  Il y a quelques années ce système  totalitaire apparaissent comme un vestige du passé, le signe d’un régime en voie de mutation. Aujourd’hui, loin d’être un cas à part , la Chine pourrait bien être notre avenir. Le principe d’un enregistrement des faits et gestes de chacun, grâce à des caméras omniprésentes, conduisant  à l’attribution  d’une note globale de civisme conditionnant les droits de chacun fait son chemin.

Les disciplines de confinement de plus en plus strictes au fur et à mesure que la pandémie recule, vont habituer les terriens à obéir aveuglement et à oublier ces libertés fondamentales qui constituaient le cœur de notre civilisation même avant la Révolution française.

Autrement dit : à mesure que se profile une gouvernance mondiale, les libertés reculent partout. Cela n’est pas une coïncidence.  Loin d’être libéral, le mondialisme est , de manière intrinsèque, antilibéral et synonyme d’une oppression croissante insidieuse.

 

Relire Jean-Jacques Rousseau

 

Il est un auteur qui avait, à sa manière, prévu cela. C’est Jean-Jacques Rousseau qui, dans le  Contrat social, montre que les états de dimension réduite, comme la république de Genève sont un terrain plus favorable à la liberté et la démocratie que les grandes unités politiques. « Le rapport des magistrats au gouvernement  doit être inverse du rapport des sujets au souverain . C’est à dire que plus l’Etat s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer. » ( Livre III, chapitre II). Un Etat comme le France  nécessitait , selon lui, un pouvoir ferme et centralisé : la monarchie louis-quatorzienne puis la République jacobine. A l’extrême, l’Empire russe ou l’Empire turc, par leur immensité, semblaient voués  au  summum de tyrannie[7].  

De ce texte capital, on peut dégager une loi qui devrait inspirer toutes les réflexions de notre temps, et qui contredit les préjugés répandus depuis 1945 : plus un Etat est grand plus les libertés sont opprimées, moins la démocratie est possible. A fortiori si se construit un état continental comme ambitionne de l’être l’Union européenne ou un Etat  mondial. Ajoutons que la suppression des libertés y est d’autant  plus nécessaire que ces nouveau Etats  sont hétérogènes.

Nous retrouvons la réflexion de Pierre Manent[8] sur l’émergence de démocratie en Europe qui , selon lui, n’a été possible que dans  des Etats nationaux homogènes, grands au départ mais devenus , de fait, plus petits  par les  progrès des moyens de communication.

Qui ne sait d’ailleurs que dans les hauts lieux où s’élabore la pensée politique mondiale : Trilatérale, club de Bideerberg, Forum de Davos, CFR, on   planche depuis des années sur les nécessaires restrictions  à apporter à la démocratie , toujours menacée selon ces gens,  par le  populisme,  en vue d’une meilleure gouvernance de la planète ?

Le mondialisme est un ennemi de liberté, comme à plus petite échelle l’est le   centralisme européen [9]; Il faut que cela se sache et que cela soit dit partout car il en va de notre dignité d’hommes et de femmes libres .

 

Roland HUREAUX

 

[1] Selon la théorie de Ricardo dite des avantages comparatifs, appliquée de manière exclusive et sans nuances.

[2] En 1800, l’industrie indienne est au niveau de celle de l’Allemagne. Un siècle après, elles sont à des niveaux complètement différents.

[3] Comme le montre l’économiste belge Paul Bairoch.

[4] " La Communauté européenne  elle-même n'est qu'une étape  vers les formes d'organisation du monde de demain" (Jean Monnet , Mémoires, LP, 1978, tome II, p. 330)

[5] Klaus Schwab & Thierry Malleret,  Covid19 :  the great reset, Forum publishnig, 2020.

[6] Il n’était que temps qu’une procédure anti-trust soit lancée  contre Facebook.

[7] Cette idée se trouve déjà, en partie , chez Aristote

[8] Pierre Manent, La raison des nations, Gallimard 2006.

[9] Nous ne parlons pas de fédéralisme européen car il y a belle lurette, en dépit de l’invocation du  principe  de subsidiarité, que l’Europe qui se construit est centralisée  – il ne saurait d’ailleurs en être autrement comme nous l’avons démontré.

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