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Roland HUREAUX

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 13:04

https://www.causeur.fr/gouvernement-bayrou-sarnez-goulard-remaniement-145102

 

Il n’est pas dans les habitudes de l’auteur de ces lignes de prendre la défense des  centristes, surtout depuis qu’ils se sont  ralliés  avec armes et bagages à Macron.  Mais enfin, le retrait du gouvernement de trois figures du Modem : Francois Bayrou, Marielle  de Sarnez et Sylvie Goulard a un motif bien léger. Ils sont accusés tous trois, comme Marine Le Pen d’ailleurs dont l’immunité parlementaire a été levée pour la même raison par le Parlement européen, d’avoir utilisé des collaborateurs parlementaires pour faire fonctionner leur parti politique. Mais quelle différence y a-t-il entre le cabinet d’un élu et le personnel d’un parti ? La vérité est qu’ils ont à peu près la même mission : aider les élus de leur parti à produire des idées, à proposer des textes ou à se positionner sur eux, éventuellement à faire des programmes, et de manière inséparable, faciliter leur réélection, conséquence naturelle d’un travail bien fait.  Bien malin qui pourra tracer une ligne stricte entre les activités des uns et des autres   en pratique  parfaitement fongibles. Même un chauffeur   peut conduire aussi bien un élu qu’un président de parti :  il permet à l’homme politique, généralement surchargé de travail, de gagner du temps, et on suppose que ce dernier   fera de ce temps bon usage.

 

Juste retour de bâton 

 

Ces   accusations n’en sont pas moins  un juste retour de bâton pour une équipe qui n’est aujourd’hui au pouvoir que parce qu’elle a bénéficié du tout aussi injuste procès qui   a été fait à François Fillon pour avoir employé son épouse comme attachée parlementaire, ce qui était pourtant parfaitement légal (plus d’une centaine de parlementaires le font ! ). L’emploi de proches dans ce genre de fonctions, que l’on veut proscrire, est tout aussi légitime, comme le rappelait Jacques Bichot [1], que l’emploi de sa femme ou de ses enfants par un agriculteur ou un artisan. C’est à tort qu’on assimile cette pratique au népotisme qui consiste, lui, à conférer de hautes responsabilités à des parents sans que rien, dans leurs aptitudes ou leur parcours, le justifie ; mais attaché parlementaire n’est pas une haute fonction et, quant à savoir si Mme Fillon a travaillé assez ou pas assez  à ce titre, qui le dira ?

Certes, il y a peut-être d’autres raisons à ce retrait : s’agissant de Sylvie Goulard, on croit savoir que ses déclarations intempestives où elle    se montrait prête à sacrifier sur l’autel de l’Europe nos industries stratégiques, voire une partie de nos moyens de défense, ont exaspéré les états-majors au point de rendre son maintien problématique. Le ministère des armées n’est assurément pas fait pour une idéologue d’Europe supranationale, surtout si elle   semble oublier que même dans une fédération, telle l’Europe à laquelle elle aspire, chaque entité fédérée a le droit et le devoir de défendre âprement son intérêt, comme le  font par exemple les grandes villes françaises au sein de la République une et indivisible  . Quant à Bayrou, il évite par avance le déshonneur qu’il aurait essuyé à avaliser ce que Macron a promis de faire :   conférer aux couples de lesbiennes le droit de recourir à la procréation artificielle , voire, à terme, reconnaître la gestations pour autrui. Cette démission collective ne fait ainsi que souligner ce qu’avait de contre-nature l’alliance de Bayrou avec Macron, des derniers représentants de la démocratie chrétienne avec les plus extrêmes des libertaires, déconstructeurs résolus de l’héritage occidental.  Car s’ils ne sont plus vraiment démocrates (n’est-ce pas un des leurs Jean-Claude Juncker qui déclarait qu’ « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens»[2] , on suppose que les centristes sont encore un petit peu chrétiens.

 

Nous épargnera-t-on une  loi de moralisation de la vie politique ?

 

Un des grands bienfaits de cette démission aurait pu être de nous épargner une loi sur la moralisation de la vie politique qui ne pourra qu’être parfaitement contre-productive. Non seulement parce que, à l’heure de ce que le regretté Guy Debord appelait le « société du spectacle », dont le phénomène Macron constitue sans doute l’expression  la plus achevée, la plupart des lois, devenues  le plus souvent des moyens  de communication, ont l’effet d’aggraver les maux auxquels elles prétendent porter remède (l’éducation nationale en offre un bel exemple)[3]. Et pour ce qui est d’une loi de pure communication, en voilà bien une !    Mais aussi parce que, sur ce genre de sujet, on veut  donner satisfaction à une opinion qui n’a qu’une compréhension très imparfaite des questions morales et politiques, biaisée par une justice et des médias eux-mêmes loin d’en avoir une perception exacte . Non que la morale et la politique n’aient rien à voir ensemble, mais parce que juger de leurs relations exige un sens casuistique que ni eux ni le grand public n’ont forcément. Selon la cible qu’ils veulent atteindre, les médias feront facilement passer pour très grave ce qui ne l’est pas et pour bénin ce qui est très grave. Allez faire des lois avec ça !

Il existe d’autres erreurs de jugement répandues dans le public. Par exemple le cumul des mandats passe pour immoral : on oublie que la loi limite les cumuls de rémunération, et que donc on ne saurait faire grief à  quelqu’un de vaillant de faire au même prix le travail de deux ou trois personnes. On oublie aussi  que le leadership, principe au centre de la vie politique, ne se divise pas :  le disperser conduit à diluer les responsabilités .    Le cumul des mandats évite bien des réunions de coordination et fait donc gagner du temps. Le cumul ne préjuge pas non plus du tout de la qualité du travail. La complexité croissante des procédures l’a certes rendu difficile mais pas au bénéfice de l’efficacité : ces procédures que les élus ont eu tort d’instaurer au fil des ans  leur font perdre un temps précieux et les privent de cette capacité si nécessaire de décoller du guidon pour réfléchir à ce qu’ils font.

 

Une élection particulièrement immorale

 

Il serait au demeurant paradoxal qu’une loi de moralisation la vie publique émane d’un gouvernement issu d’une élection parmi les plus immorales qui aient été : tant l’instrumentalisation éhontée de la justice que la  prise de parti  à sens unique  d’une presse, largement aux ordres des puissances financières, ont, seules, permis l’élection du nouveau président. Personne, ni juge, ni journaliste, ne s’est intéressé de près aux obscurités des déclarations de patrimoine de Macron ; le nouveau premier ministre lui-même a pu se dispenser impunément de l’obligation de transparence comme député. Et ceux-là voudraient faire une loi de moralisation !    

Tout est contre-productif dans le projet de loi annoncé :  on veut interdire à un élu d’embaucher sa femme ou ses enfants, mais quid des maîtresses ou des compagnes ? Pourquoi défavoriser les gens mariés ? La multiplication des contraintes (fiscalisation des  indemnités, limitation des activités annexes, interdiction de plus de trois mandats successifs, manière de reconnaître que ces sont des prébendes ou des privilèges dont il ne faudrait pas profiter trop longtemps , alors qu’en leur essence, il s’agit de fonctions utiles ) et des contrôles de toutes sortes sur les élus éloignera un peu plus les gens de qualité des responsabilités politiques   et, au contraire, y attirera davantage  les médiocres – et les aigrefins –[4]. Selon un mot de Jean-Pierre Gérard[5], ce genre de lois a le même effet que les antibiotiques sur les bactéries :  seules les plus résistantes, généralement   les plus nocives, y survivent et prolifèrent.

Ces règles ne changeront pas la nature humaine et ce n’est pas en raison de tel ou tel abus ponctuel qu’il faut chaque fois chambouler la loi,   généralement pour le pire. Renforcées, les règles n’en seront pas moins, n’en doutons pas, à leur tour, tournées.  Français, encore un effort pour être vraiment libéraux, et cesser de vouloir tout réglementer au moindre écart !  Ne nous avait-on pas dit que   Macron était un libéral !

Quant à l’obligation de produire un casier judiciaire vierge pour se présenter aux élections, c’est, comme la parité, une nouvelle atteinte à la démocratie : que ne se contente-t-on de le rendre public, laissant aux électeurs le soin d’en tirer ou non les conséquences ?

Si une seule loi de moralisation était nécessaire, ce serait pour  compléter le dispositif qui, depuis 1789 interdit à la justice d’interférer avec le processus politique et administratif.  Les lois des 16 et 24 août 1789, du 16 fructidor an III, du 31 mars 1914 (article 110 du Code électoral), du 2 mars 1982 (sur les Chambres régionales des comptes), dont l’esprit est pourtant clair, n’ont pas suffi à empêcher la malheureuse affaire Fillon. Si l’on veut encore préserver une ceraine idée de la République, il est urgent de compléter ce dispositif.    

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Causeur, 13 février 2007 : Vive le travail en famille !

[2] Déclaration faite à la suite de la victoire de Syriza aux élections de Grèce, 16 janvier 2015

[3] Cf. Roland Hureaux, La grande démolition, la France cassée par les réformes , Buchet-Chastel 2012.

[4] Ce que l’on croit savoir de la nouvelle vague d’élus – et du filtrage qui a été opéré dans les vieux partis, pourrait en apporter une confirmation.

[5] Président du G21

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 21:19

 

Ceux qui veulent se donner un air d’expert  dans les affaires du Proche-Orient ne manquent pas d’invoquer, pour expliquer les conflits actuels, l’opposition millénaire des sunnites et des chiites.

Ce disant, ils font reposer la responsabilité des conflits qui ensanglantent cette région sur les indigènes, tenus pour des « sauvages », exonérant celle des puissances occidentales, dont les ingérences ont pourtant joué un rôle déterminant à l’origine de la plupart des conflits.

Ils donnent aussi une importance qui nous semble exagérée à l’opposition des sunnites et des chiites.

Sans doute cette opposition entre  les deux versions historiques de l’islam joue-t-elle un rôle important dans des pays comme le Liban, l’Irak ou le Yémen. 

 

La même religion

 

Il reste qu’il s’agit d’un clivage qu’il ne faut pas forcer : sunnites et chiites sont d’accord sur l’essentiel : le Coran, la révélation, les prescriptions morales. Les uns et les autres vont en pèlerinage à la Mecque. Ils ne divergent pas sur des questions théologiques ou éthiques, seulement sur des questions généalogiques et politiques, s’agissant de déterminer quels furent les successeurs les plus légitimes du prophète à la tête du nouvel empire musulman qui se constitua  au VIIe siècle.  Les sunnites tiennent pour son beau-père Abou Bekr et la suite des premiers khalifes ; les chiites pour son gendre Ali et ses successeurs.  Des différences dans l’organisation sociale existent aussi : les mollahs ont plus d’importance dans l’islam chiite mais cela peut s’expliquer par le fait que l’arabe, langue du Coran, langue étrangère pour les Iraniens, nécessite des docteurs à même de le comprendre, alors que dans le monde arabe, il est plus facile au peuple d’avoir un accès direct au texte sacré, écrit dans une langue proche de la sienne. 

 

La guerre Iran-Irak et ses suites

 

Revenons cependant aux conflits récents : le plus terrible a sans doute été la  guerre Iran-Irak de 1980-1988, où l’Irak a vaincu grâce à l’appui des puissances occidentales. Elle opposait le régime irakien de Saddam Hussein, sunnite, à celui des ayatollahs iraniens, chiites.  Or la population de l’Irak est composée de 60 % de chiites qui n’ont pas renâclé à l’effort de guerre. De même les sunnites d’Iran, moins nombreux, ont suivi leur gouvernement. La contrainte de fer à laquelle les uns et les autres étaient soumis n’explique pas tout :   les premiers se sont comportés en arabes, les seconds en perses, laissant de côté les considérations religieuses.

La déliquescence de l’Irak après la guerre de 2003 a fait ressurgir le clivage entre les sunnites du nord (séparés des Kurdes, également sunnites mais absolument pas solidaires des Arabes sunnites) et les chiites du centre et du sud. En imposant la règle de la majorité, les Américains ont amené au pouvoir un gouvernement   chiite : ils sont ainsi les premiers responsables de la constitution d’un « arc chiite » :  Iran, Irak, Syrie, Liban (dominé militairement par le Hezbollah chiite), ressenti comme une menace par l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël, voire la Turquie.  Si Daech qui est apparu en 2014 au nord de la Mésopotamie est exclusivement sunnite, la coalition qui vient de le déloger de Mossoul comportait, outre les Occidentaux, l’armée irakienne, aujourd’hui dominée par les chiites, des Kurdes et des Arabes sunnites.

 

Yémen, Liban, Syrie

 

Au Yémen, le mouvement  houthi qui s’appuie sur l’Iran représente une branche particulière du chiisme, mais dans sa lutte contre un gouvernent sunnite soutenu par l’Arabie saoudite, il s’est allié aux milices de l‘ancien président sunnite Ali Abdallah Saleh qui veut revenir au pouvoir.   

Au Liban, le chaos de la guerre civile a permis l’émergence d’une milice dominante, le Hezbollah, chiite, mais elle est alliée à d’autres forces comme les chrétiens fidèles au général Aoun, actuel président de la République.

C’est en Syrie que le clivage sunnite /chiite induit en erreur beaucoup d’observateurs. 75 % de la population est sunnite. Or il s’en faut de beaucoup que les milices sunnites qui luttent contre le gouvernement Assad aient leur soutien. Il ne suffit pas en effet d’être sunnite pour accepter le régime étouffant et rétrograde que veut imposer l’Etat islamique, surtout dans un pays où les femmes ont toujours  été plus libres que dans le reste du monde arabe.   Une partie des sunnites soutient un gouvernement où ils sont largement représentés.   De vrais chiites, il n’y en a que très peu en Syrie.   Assad se rattache aux    alaouites qui   sont une espèce de secte gnostique à l’intérieur de l’islâm, plus proche à certains égards du christianisme que de   l’islam chiite. Sa femme est sunnite, il va régulièrement à la grande mosquée de Damas, sunnite.  L’alliance d’Assad avec le régime iranien est tout entière politique et non confessionnelle.

Et si l’on élargit le spectre, on voit sans peine que l’Algérie, entièrement   sunnite, soutient le gouvernement syrien. L’Iran chiite soutient le Hamas sunnite. L’Egypte sunnite (pour la partie musulmane) soutient ouvertement les forces gouvernementales sunnites au Yémen, mais aussi,  discrètement, la Syrie   etc.

 

L’Arabie saoudite face à l’Iran : d’abord une rivalité de puissances

 

Reste la grande question de l’affrontement Arabie saoudite-Iran, où certains voient celui d’une puissance sunnite et d’une puissance chiite ; Israël qui considère l’Iran comme une menace (pas parce qu’il est chiite, car l’Iran   était son allié au temps du shah et dans la guerre de 1980) à sa sécurité en raison de ses projets nucléaires et surtout à son hégémonie régionale, a conclu une alliance étroite avec l’Arabie saoudite, appuyée sur les Etats-Unis. Les émirats du Golfe, dont la cohésion est menacée par de fortes minorités, voire des majorités chiites exclues du pouvoir, sont pris entre deux feux, le Qatar venant d’essuyer des remontrances sévères de Ryad au sujet des liens qu’il avait gardés avec l’Iran. Mais supposons que l’Iran ait été sunnite : qui peut douter que deux puissances militaires comme l’Iran et l‘Arabie, situées de part et d’autre du Golfe persique dont on connait l’importance stratégique et la richesse en hydrocarbures ne soient pas de toutes façons en positon de rivalité ? Un peu comme le sont le Maroc et l’Algérie, tous deux sunnites. Il est peut-être plus décisif de savoir que les Iraniens sont des indo-européens et les Arabes des sémites. L’Arabie est elle-même menacée par une minorité chiite importante dans la région pétrolifère. La principauté d’Oman, qui n’est ni sunnite, ni chiite mais ibadite, se tient prudemment à l’écart de ces conflits.

La rivalité entre sunnites et chiites ne saurait être considéré comme une clef d’explication majeure des problèmes du Proche-Orient. C’est à dessein que les réseaux néo-conservateurs américains ont excité cette rivalité, depuis plus de   30 ans, en vue d’affaiblir certains Etats comme l’Irak ou la Syrie. Le grand dessein qu’ils avaient élaboré pour le Proche-Orient prévoyait le démantèlement des Etats arabes (hors les monarchies) au bénéfice d’entités ethniques et religieuses.

La rivalité entre les deux grandes branches de l’islam n’est qu’un des facteurs   qui expliquent la permanence des confits, le principal demeurant la rivalité de puissances, Etats-Unis et maintenant Russie.

 

Roland HUREAUX

 

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 21:18

 

https://www.causeur.fr/emmanuel-macron-liberalisme-discrimination-positive-145763

 

Macron qui s’est complu dans ses premières déclarations publiques, comme son discours au Congrès de Versailles,  à dénoncer les « démocraties illibérales »,  est-il lui-même un libéral ?

 

Il avait  suffi qu’il  débute sa campagne présidentielle avec une réputation de libéral pour prendre plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents : il a ainsi d’emblée conquis 10 % de voix de droite sans beaucoup perdre sur sa gauche grâce à ses connivences   libertaires.

D’être issu de l‘aile droite du parti socialiste n’aurait pas suffi. La loi Macron de 2015 avait pour but d’ancrer cette réputation libérale, notamment auprès du patronat. Les réticences qu’elle a rencontrées au parti socialiste – au point de nécessiter le passage en force par le 49-3, n’ont fait que conforter l’image   du jeune ministre.

Des yeux avertis auraient cependant aperçu dans son programme les risques que Macron faisait courir au vrai libéralisme : il y était prévu par exemple de livrer au public le nom des entreprises qui ne feraient   pas assez d’efforts en faveur de la parité ; "Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale" ; ira-t-on comme le propose un rapport parlementaire jusqu’à rendre obligatoires des cycles de formation à la non-discrimination ? En tous cas, des emplois « francs » (à définir) seront créés dans les « quartiers » (entendons les banlieues peuplées d’immigrés).

Quels critères dans un tel environnement pour choisir les bénéficiaires des "accélérateurs d’associations » (c'est-à-dire en bon français des aides supplémentaires à la vie associative) :   leur "correction politique" évidemment. Seul espoir : que les difficultés budgétaires rendent vaine cette promesse.

En outre Macron promettait aux salariés quittant    volontairement   leur entreprise de bénéficier    de l’assurance chômage, ce qui risque de ruiner sérieusement l’autorité des patrons.

Les premières mesures prises vont dans le sens de la discrimination positive : les classes de 10 élèves seront réservées aux zones d’enseignement prioritaires, comme si la méthode globale n’avait pas fait des dégâts à l’apprentissage de   de la lecture hors de ces zones.

 

Une disposition inquiétante du projet de loi travail

 

Plus inquiétante est une disposition envisagée dans le projet de loi travail relative aux indemnités de licenciement. Le projet prévoit, et c’est raisonnable, que les indemnités que pourront fixer les tribunaux en cas de licenciement abusif seront plafonnées. Mais il prévoit aussi, ce qui est beaucoup plus contestable, que ce plafond    ne s’appliquera pas en cas de discrimination.

Quelle discrimination ? On le devine : les femmes, les homosexuels, les non-Blancs, les musulmans etc. La conséquence immédiate sera que, en cas de licencient collectif, les premiers touchés seront ceux qu’Anne Lauvergeon appelait les « mâles blancs ». Au motif de lutter contre la discrimination, on instaure   la discrimination.  

L’effet de cette loi sera d’aggraver la division du peuple en communautés et catégories. Loin d’alléger l’atmosphère au nom d’une saine égalité républicaine, elle approfondira les clivages communautaires - et naturellement les rancœurs qui vont avec, dont on devine les conséquences électorales.

Ainsi, cette loi prétendue libérale, sur ce sujet au moins, est tous sauf libérale.

Déjà la   loi El Khomri, faux nez d’une loi Macron bis, ouvrait la porte entre les lignes (sauf empêchement technique) à la pratique religieuse en entreprise, avec là aussi des risques de tension. 

Appliquée telle quelle, une telle loi ne fera que développer les frustrations d’une partie de la population. Macron a été   porteur, non seulement d’un parfum de libéralisme mais de « politiquement correct » renforcé : ouverture à l’immigration, intégrisme écologique, antiracisme, discrimination positive à   tous les étages etc. Il a ainsi obtenu la sympathie de la presse et le vote des musulmans. 

Macron s’est ainsi montré le bon élève de la fondation Terra Nova qui prévoyait la formation d’un nouveau bloc de gauche s’appuyant sur les minorités, raciales, religieuses et sexuelles, comme le parti démocrate américain. 

Il se peut d’ailleurs que ces excès de l’anti-discrimination, qui déjà prospéraient sous Sarkozy[1], datent : l’exaspération des Français aurait dû conduire à les tempérer. Sur ce chapitre, le nouveau président est resté un bon élève de Sciences Po années 2000 façon Richard Descoings. Au moment où de nombreux intellectuels remettent en cause ces pratiques qui, dans les prétoires, tendent de plus en plus à limiter la liberté d’expression, Macron en rajoute une couche.

Les décisions du nouveau président ne sont pas le seul sujet d’inquiétude :   l’atmosphère que son élection a créée l’est tout autant.  Paris Première et Europe 1  n’ont pas attendu pour licencier la  non-conformiste Natacha Polony, Jean-Claude Brighelli a été exclu du Point, Olivier Delahousse de BFM TV : sus à la dissidence ! Eric Zemmour, lui,  a été condamné d’une manière particulièrement lourde par la 17e chambre   correctionnelle pour des propos sur l’immigration qui devraient être ouverts au libre débat. Plusieurs autres affaires mettant en cause  des  personnalités moins connues laissent craindre un  durcissement de la justice  favorisé par la   servilité d’une partie de la magistrature à l’ égard de l’ esprit du temps.

L’autoritarisme de Macron s’ est exprimé au travers de son  goût du décorum, de l’écrasement du  premier ministre par le Congrès de Versailles , du projet de loi anti-terroriste où beaucoup voient la pérennisation de l’état d ’urgence,  du  recours systématique  aux ordonnances. Mais ce n’est là que la surface des choses . Par derrière, on voit poindre une dictature du politiquement correct qui pourrait rendre la France un peu plus étouffante.

Rappelons enfin que le libéralisme saurait se réduire à  la réforme du Code du travail : il implique aussi une baisse de prélèvements obligatoires. Or de cela, il n’est nullement question :  le quinquennat commence au contraire par l’annonce de  hausses d’  impôts et des   dépenses nouvelles.

Les Français, ne tarderont pas à s’en apercevoir : Macron est tout le contraire  d’un libéral.

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Nicolas Sarkozy avait donné une grande publicité à la nomination d’un préfet d’origine maghrébine, oubliant qu’il y en avait eu une bonne dizaine pendant et après la guerre d’ Algérie.

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 21:16

 

Le grave différend qui a opposé le président Macron au général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, pourrait sans doute être ramené à une question de chiffres, ce qui serait après tout normal s’agissant d’un président issu de la I’ Inspection des Finances. Mais une telle approche serait bien réductrice.

Question de chiffres : Macron avait promis dans son programme électoral de remonter le budget de   la défense à 2 % de PIB. Une promesse qu’avaient d’ailleurs faite aussi Marine le Pen et François Fillon.  Comment Macron, adepte inconditionnel de l’OTAN, aurait-il pu proposer autre chose que le minimum que cette organisation a fixé   et qui a été rappelé récemment par le président Trump.    Mais 2%, c’est beaucoup., environ 44 milliards ; à un budget actuel de 32 milliards, il faudrait donc en ajouter 12.

Autre chiffre : le déficit autorisé par l’Union européenne : 3 % du même PIB, soit 66 milliards qui sont déjà une tolérance, assortie de la promesse française de le ramener à zéro, jamais respectée par le gouvernement Hollande (dont Macron était le ministre des finances). Ce n‘est pas en effet en accumulant des déficits (et donc avec un supplément d’endettement de 3 % l’an) que l’on réduira une dette qui atteint aujourd’hui les 100 % du PIB. Il reste que Macron, qui a voulu entrer en fanfare sur la scène européenne, et pour qui les consignes de Bruxelles, comme celles de Berlin sont sacrées, veut à tout prix, pour assurer sa crédibilité, redescendre à ce niveau. Il lui manque pour cela 8 milliards. L’habitude     de Bercy dans ce cas-là est de ponctionner les ministères régaliens, à commencer par la défense à qui, au lieu d’accorder 12 milliards, on demande 850 millions.

Cette logique n’explique pas seule que le mécontentement des armées justement exprimé par leur chef-d ’état-major en commission de la défense soit devenue une affaire d’Etat.

On est même surpris du degré de mépris dont Macron fait l’objet sur la toile dans des textes anonymes issus de la communauté militaire. Sarkozy et Hollande que les militaires n’aimaient pas beaucoup n’ont jamais essuyé pareille hostilité, surtout moins de trois mois après leur prise de fonction.

On peut faire la part des maladresses du nouveau président, de son absence de sensibilité militaire :  même s’il fanfaronne ici ou là au milieu des troupes, il est le premier président à n’avoir pas fait de service militaire.

Il faut cependant aller plus profond. La personnalité de Macron rebute bien des gens, surtout dans les armées. Sans doute sa vie privée n’appartient-elle qu’à lui. Mais pour exercer l’autorité, il faut donner le sentiment d’une personnalité accomplie. Or Jacques Lacan nous l’a enseigné, c’est la résolution du complexe d’Œdipe qui ouvre douloureusement le sujet au monde réel.  Nous ne dirons pas que Macron ne l’a pas accomplie. Mais en politique, seules les apparences   comptent : son curieux mariage avec une femme qui pourrait être sa mère ne plaide pas en sa faveur.   Un certain air de légèreté non plus.

Depuis la République romaine et sans doute avant, le chef militaire, confronté chaque jour à la mort, réalité ultime, est un homme grave. C’est cette gravitas, signe d’une maturité accomplie, que les militaires attendent du chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées. Le moins qu’on puisse dire est que le nouveau président a, en la matière, des progrès à faire. Beaucoup, dans le grand public, ont été par exemple choqués par sa visite à Oradour-sur-Glane où il multipliait de tous côtés les poignées de main à la Chirac semblant confondre ce lieu de mémoire tragique avec un comice agricole.

Mais il y a plus : sur presque tous les sujets, Emmanuel Macron a fait campagne sur les marqueurs idéologiques qui    depuis quinze ans définissent ce qui est politiquement correct :  Europe, libre-échange, dépassement de la nation (la France étant accusée par lui de crime), dépassement des considérations   culturelles et ethniques par l’ouverture à l’immigration, antiracisme, non-discrimination, théorie du genre, vaccins à tout va etc. Sur aucun sujet Macron n’a pris la moindre distance par rapport à la doxa dominante ;   il s’est bien gardé de désavouer non plus celles qui ravagent des secteurs comme l’éducation nationale (méthode globale)[1] ou la justice (culture de l’excuse). Non parce que cela plaisait à ses électeurs, bien au contraire. Mais parce que cela plaisait à ces prescripteurs essentiels que sont les gens de médias, largement intoxiqués à l’idéologie.

Presque tous les ministères ont aujourd’hui leur idéologie, qui généralement suscite l’ire de populations pas toujours conscientes de ce qui leur arrive : l’intérieur veut à toutes forces supprimer 30 000 petites communes, l’équipement veut interdire toute construction hors des périmètres déjà construits, quelles que soient les traditions locales, la santé veut fonctionnariser la médecine libérale etc. Le ministère de la défense n’est pas entièrement exempt de telles idéologies (qui ne sont généralement pas beaucoup plus que des idées simplistes), mais seulement en manière d’organisation, où les civils ont leur mot à dire : ainsi les bases de défense, répondant à la culture du regroupement [2], ont mis plus de désordre qu’elles n’ont fait d’économies. Mais dans l’ensemble le ministère de la défense demeure relativement préservé de l’idéologie. La raison : les engagements opérationnels multiples dans lesquels nos armées sont impliquées permettent un retour d’expérience constant, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des administrations civiles. « Quand le canon tonne, les cons se taisent » dit un vieux dicton militaire. Et aussi les idéologues, l’idéologie ayant pour caractère de faire perdre le sens du réel, éminemment nécessaire au combat.  

Il semble que l’idéologie et le déficit œdipien aillent ensemble.  C’est l’immaturité qui explique le succès des idéologies, particulièrement dans une classe intellectuelle ou médiatique plus à l’abri que le peuple du contact direct avec le réel, parfois si dur. Sur ce chapitre, Emmanuel Macron est bien un enfant du siècle.

                                                                 Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] On peut cependant mettre au crédit du nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanque de sembler s’affranchir de la doxa égalitariste   de la rue de Grenelle en ouvrant la porte aux redoublements, aux classes bilingues et au latin, ou encore en revenant sur le réforme des rythmes scolaires. Pour le moment, il est bien l seul.  

[2] Traditionnellement les régiments, devant être toujours prêts à partir en campagne, avaient chacun sa propre intendance. On a cru pertinent de regrouper dans des centres appelés « bases de défense » la logistique de plusieurs    régiments, privant les chefs de corps de leur autonomie et entrainant une prolifération des procédures bureautiques, sans même diminuer les coûts comme c’était l’objectif ;

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 21:12

MACRON, COMME BONAPARTE, S’EST   APPUYE  SUR L’OLIGARCHIE POUR  REUSSIR

 

La fulgurante ascension d’Emmanuel Macron, énarque  de 38 ans passé en quelques semaines du rang de ministre socialiste à celui de chef de l’Etat a défié tout ce qu’on croyait être les usages établis. Court-circuités les passages tenus jusque-là pour obligés du cursus honorum : élu local, député ou sénateur, président de commission. A peine a-t-il été, par le choix de Hollande, quelques mois ministre, un ministre assez classique au demeurant. 

S’il est une leçon à tirer d’un tel parcours, c’est que pour arriver aux plus hauts sommets de l’Etat, il vaut mieux s’appuyer sur la classe dirigeante que sur le peuple, comme ont tenté de le faire, chacun à sa manière, Le Pen et Mélenchon. En France, n’est pas Trump qui veut.

Macron ne s’est pas risqué dans cette entreprise sans s’être assuré du soutien de presque tout ce qui dirige la France, voire le monde. Son premier dîner de levée de fonds à Londres, fin 2016, était présidé par un associé de Goldman Sachs. Parmi ses soutiens, les principales fortunes françaises et les étoiles des médias, le club de Bilderberg (sauf peut-être son président Henri de Castries réputé filloniste) et le Siècle   en son entier.   Bref, la classe dirigeante, la vraie : les grandes fortunes, de préférence immatérielles (mode, numérique, banque), s’affichant de gauche  de gauche, ou en tous les cas donnant à la gauche des gages et contrôlant un ou plusieurs médias ; pas ces ploucs de patrons de PME encartés à LR !   C’est en s’appuyant sur l’oligarchie internationale   et nationale (dans quel ordre faut-il les mettre ?) qu’il a réussi son coup. Comme dit Gilles-William Goldnadel : « Chapeau l’artiste ! »,

Les marxistes n’en seront bien évidemment pas étonnés. Sinon qu’ils auront à se pencher sur un cas sans doute extrême de ce qu’ils appelaient l’aliénation : l’emballement d’une partie de la gauche pour le candidat de l’oligarchie, au motif qu’il se présente comme « nouveau », voire « ni gauche ni droite ».

 

Comme Bonaparte

 

N’est-ce pas en cela que Macron    rejoint Bonaparte ? Au 18 brumaire, le jeune général corse était le champion  de tout ce qui avait profité de la Révolution    et voulait consolider ses acquis, contre les forces populaires qui auraient pu les remettre en cause.   Et la politique qu’il mena (stabilisation de la monnaie, création de la Banque de France, Code civil, Code pénal) fut d’abord au service de la bourgeoisie émergente et de l’aristocratie ralliée.

D’autres l‘ont imité : Louis-Philippe, Napoléon III, Thiers, Pétain, Chirac accédèrent aussi au pouvoir suprême en s’appuyant sur les classes dirigeantes. Mais ils ne se réclamaient pas, comme Macron, de la gauche !  A la rigueur peut-on inscrire dans la même série le De Gaulle de 1958 - pas celui de 1940 -, même si les hommes d’argent ne l’acceptèrent jamais vraiment.

François Mitterrand, lui, joua un jeu plus subtil : formellement élu de l’Union de la gauche et donc des classes populaires, appuyé sur le parti communiste, il n’en avait pas moins dans sa manche la plupart des grandes fortunes françaises, les Bettencourt, les Seydoux, les Riboud,  Marcel Dassault lui-même   ou des hommes d’influence : Ambroise Roux, Robert Hersant qui tous figuraient parmi ses proches.  A l’échelon international, il était discrètement soutenu par Reagan.

Malgré quelques appuis ponctuels et un programme très avantageux pour eux, François Fillon, n’a pas vraiment réussi à séduire   les hommes de l’oligarchie.

La puissance politique des grandes fortunes s’est accrue du fait de la mondialisation qui leur  assure un contrôle presque total de la trame serrée des réseaux de pouvoir à l‘échelle internationale.    Qu’un Donald Trump soit passé au travers de mailles du filet en s’appuyant, au moins en partie, sur le peuple américain contre l’oligarchie, explique ses difficultés actuelles : des pans entiers de l’establishment   ne lui pardonnent pas ce qu’ils tiennent pour une usurpation.

 

Le bon sens en moins

 

Il ne faudrait cependant pas pousser trop loin la comparaison avec Bonaparte. La fougue, la jeunesse, une certaine audace, oui. Mais le génie de Bonaparte – hors de ses aventures militaires dont la responsabilité est débattue -,   fut d’avoir été un homme d’un bon sens supérieur. Les institutions fortes qu’il mit en place rapidement, en sus de la Banque de France et du nouvel ordre juridique déjà cités : les préfets, les lycées, l’Université, étaient marqués du coin de la raison et du sens des réalités. Comme tous les vrais chefs, Bonaparte sut faire prévaloir le bon sens sur les idéologies, qu’elles aient été   jacobine ou réactionnaire.

Emmanuel Macron, au contraire, a, au long de sa campagne, enfourché tous les poncifs de l’idéologie technocratique et mondialiste, la même qui provoque depuis des années l’exaspération des Français : Europe supranationale, libéralisation à tout va, ouverture à l’immigration, lutte obsessionnelle contre les discriminations, remise en cause du cadre communal etc. Il ne réussira que s’il se décide à aller à l’encontre de tout ce que l’a porté pendant la campagne.

Cette différence est à l’image de la manière dont les classes dominantes ont évolué : au XIXe siècle elles étaient certes libérales mais sans dogmatisme, attachées à l’héritage de la Révolution mais sans rupture avec   la tradition et sans utopie, à la fois patriotes et   pragmatiques.  La bourgeoisie d’alors était nationale ; celle d’aujourd’hui est transnationale, tournant souvent le dos à la France   au bénéfice du grand large :  le  libre-échange mondial, l’Europe. La bourgeoisie d’aujourd’hui    est devenue idéologue, le carcan de l’idéologie lui permettant de mieux affirmer sa domination   sur les populations, notamment pas des médias devenus monocolores, mais ses représentants attitrés, Macron pourrait en être assez vite un exemple, n’échappent pas au discrédit qui frappent   toutes les idéologies et au rejet populaire qui s’ensuit, d’autant que c’est dans l’espace national que se fonde encore la légitimité.

Il vaut mieux s’appuyer   sur l’oligarchie pour accéder au pouvoir, mais il faut savoir le jour venu se débarrasser des idéologies et donner des gages au peuple, dans le cadre national, sinon l’illusion se dissipe vite.

 

Roland HUREAUX

 

  

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 21:09

 

LES   ENGAGEMENTS DE CAMPAGNE CONTRADICTOIRES DE TRUMP RENDENT PEU LISIBLE SA POLITIQUE AU PROCHE-ORIENT

 

L’apparence chaotique de la diplomatie de Donald Trump peut s’expliquer par l’opposition résolue de la quasi-totalité de l’oligarchie états-unienne à son projet diplomatique tel qu’il l’avait exposé  dans sa campagne électorale : fin des guerres du Proche-Orient inspirées par le régime change, sans autre but apparent que de défendre les droits de l’homme ou d’établir la démocratie dans le monde arabe , priorité à la lutte contre le terrorisme islamique, recherche d’un accommodement avec la Russie de Poutine.

 

L’isolement intérieur de Trump

 

Ces ambitions se heurtent à l’hystérie antirusse d’une partie du pays, spécialement des cercles washingtoniens.  Elles se heurtent aussi au rejet systématique de la personnalité du nouveau président  par la plupart des grandes forces qui  comptent dans le pays  : la quasi-totalité des médias , notamment ceux de la côte Est  , New York Times,  Washington Post, CBS     ( seule exception  notable:  Fox News) , de la plupart des services de  renseignement  (une vingtaine au total),  du département d’Etat , d’une partie de l’armée et de la justice , des membres du Congrès, même républicains, d’un large segment  de l’oligarchie économique ( spécialement le monde de la communication : Hollywood, Gafsa). Face à une si formidable opposition, Trump est obligé de donner des gages en enfourchant les bottes de son prédécesseur, ainsi qu’il l’a fait en bombardant le 7 avril dernier l’aéroport syrien d'Al-Chaayrate après la supposée attaque chimique de de Khan Cheikhoun. Des gages qui contredisent ses promesses électorales. De même, il caresse le Pentagone et l’appareil militaro-industriel par la perspective   d’une augmentation des crédits.

Accusé par ses ennemis d’avoir été élu grâce à l’intervention des réseaux russes, il n’a pu   rencontrer Poutine en tête à tête qu’en marge du G20, le 7 juillet, sept mois après son élection.

Une autre explication à ce manque de lisibilité est le tempérament de Trump lui-même, qui, dans le plus pur style Far West, pense qu’il sera d’autant mieux respecté dans le monde qu’il sera, comme Nixon et Reagan avaient essayé de l’être, imprévisible.

 

La promesse de désengagement se heurte à la volonté de soutenir Israël 

 

Mais nous pensons qu’il y a une troisième raison à son attitude, encore plus décisive : le fait qu’il n’a pas été élu sur une ligne mais sur deux qui   s’avèrent en partie contradictoires.

Le premier est celle que nous indiquions, la priorité à la défense des intérêts des Etats-Unis sur les aventures idéologiques, le pragmatisme face à la Russie, que l’on peut compléter par son hostilité au libre-échange, à l’immigration, son scepticisme vis-à-vis de l’Union européenne et même, par moments, de l’OTAN.   

Mais il y a une seconde thématique qu’il n’a cessé de brandir : le soutien inconditionnel à Israël, allant jusque reprocher à Obama d’avoir été trop timide dans ce soutien. Une des conséquences de cette thématique est la menace de remettre  en cause de l’accord de Washington, conclu au nez et à la barbe de   l’allié israélien avec l’Iran par Obama le 14 juillet 2015.

De fait, chacune des deux   thématiques de Trump se voulait en opposition frontale aux positions prises par Obama. Obama avait été interventionniste – jusqu’ à déclencher, tout Prix Nobel qu’il soit, quatre guerres au Proche-Orient et en Ukraine, Trump ne le serait pas, n’hésitant pas non plus à critiquer le prédécesseur républicain d’Obama, George W. Bush pour la seconde guerre d’Irak. Obama, dont les mauvaises relations avec Netanyahou étaient notoires avait pris quelques distances (toutes relatives) avec Israël ; lui, Trump, s’en rapprocherait.

Rapprochement assez logique si on considère   que dans l’environnement extrêmement hostile dans lequel il se débat, Trump n’a pas besoin d’ajouter encore l’hostilité de l’AIPAC, le puissant groupe de pression pro-israélien de Washington.  Rapprochement symbolisé par le rôle important joué dans son entourage par son gendre Jared Kushner, mari d’Ivanka, à la fois juif pratiquant et sioniste.

La question est de savoir si ces deux lignes sont compatibles.

Le soutien inconditionnel à Israël, conduit Trump à épouser son hostilité radicale à l’Iran, voire la volonté de Netanyahou de régler son compte à ce pays, peut-être au prix d’une guerre, au minimum par un isolement renforcé.

Trump ira-t-il jusqu’ à dénoncer l’accord de Washington ? Il n’en semble pas loin.

En tous les cas, à partir du    postulat d’un soutien inconditionnel à Israël, on revient facilement à la logique des interventions militaires au Moyen-Orient telles que ses prédécesseurs les avaient menées.  

Ces interventions ont eu pour cible principale les régimes arabes de type nassérien ou baasiste, qui s’étaient assigné depuis 1945 l’objectif d’échapper aux logiques tribales ou étroitement religieuses, et de construire des Etats, de modèle français au civil, de modèle soviétique pour ce qui est de l’armée, du parti unique et   des services secrets.   Des Etats, Irak, Syrie, Libye et même Egypte, sur lesquels il y aurait beaucoup à dire quant aux droits de l’homme mais qui garantissaient une certaine tolérance religieuse, en particulier des chrétiens, et valaient mieux en tous les cas que le chaos qui règne aujourd’hui.   Ces Etats rencontraient l’hostilité non seulement des néo-conservateurs américains avides de démocratiser le Proche-Orient mais aussi des dirigeants   israéliens, qui pensaient, à tort ou à raison, que leur existence menaçait la sécurité de l’Etat hébreu.

D’autre part, les Etats-Unis, comme Israël et l’Arabie saoudite, sont préoccupés par l’« arc chiite », qui va du Liban, aujourd’hui dominé militairement par le Hezbollah[1]  à l’Iran en passant par la Syrie de Bachar el Assad (les alaouites dont ce dernier fait partie ne sont pas exactement des chiites et le gouvernement syrien a aussi des appuis parmi les sunnites), mais il est allié de l’Iran auquel il doit sa survie. Paradoxe : au sein de cet arc, se situe le gouvernement irakien qui a été mis en place par Washington et qui est son allié dans la lutte contre Daech, en particulier à Mossoul. Si les Etats-Unis veulent soutenir Israël, s’ils ne veulent pas que les chiites   contrôlent   tout l’Irak et que le gouvernement de Syrie et la Russie ne soient pas les seuls à combattre Daech, ils doivent continuer d’intervenir dans ces pays.

 

Le rôle de l’Arabie saoudite

 

Le meilleur allié d’Israël dans la région est l’Arabie saoudite. Le récent voyage de Trump à Ryad lui a permis de réitérer   le soutien des Etats-Unis mais avec une contrepartie : la cessation de tout soutien de la monarchie wahabite au terroriste islamiste, et une victime :  le Qatar : l’émirat aussi   était un allié d’Israël   mais il s’était rapproché du Hamas et de l’Iran, ayant intérêt à cogérer avec celui-ci l’immense nappe de gaz que les deux pays se partagent.

De même, les Etats-Unis ne peuvent que continuer à appuyer l’Arabie dans la guerre qu’elle fait    à l’Iran au Yémen par milices interposées.

On le voit : dès lors qu’il a fait de l’appui total à Israël un principe de base, il reste peu de marge de manoeuvre à Trump pour mener au Proche-Orient une diplomatie très différente de celle de son prédécesseur.

Les conséquences de cet engrenage se font nécessairement   sentir sur les relations avec la Russie. Poutine soutiendra jusqu’au bout le gouvernement de Bachar el Assad et prend mal que les Etats-Unis, en violation du droit international et en soutenant au besoin Daech, comme récemment à Deir-es-Zor[2], empêchent Assad de reconquérir tout le territoire syrien et peut-être même planifient encore son renversement.

D’autre part, il est douteux que la Russie, ni même la Chine acceptent que les forces israéliennes ou saoudiennes pénètrent en Iran. La Russie a fourni à celui-ci les redoutables fusées antimissiles S 300 et les S 400 russes, les meilleures fusées antiaériennes qui soient, ont toute la région à leur portée. 

Il est clair que si Trump veut rompre avec la politique belliciste d’Obama, il devra faire, sinon des choix tranchés qui ne sont pas dans les habitudes des diplomates, du moins passer des compromis avec tous les acteurs de la région. 

 

Roland HUREAUX

 

 

[1] Stratégie du chaos ou pas, le désordre qui a régné pendant 15 ans au Liban a permis l’émergence de cette milice plus aguerrie que les autres et qui constitue une menace pour Israël.

[2] Le 17 octobre 2016, à Deir-es-Zor, dans l’Est de la Syrie, l’aviation américaine est intervenue pour soutenir Daech qui était sur le point d’être chassé de la ville par les troupes gouvernementales.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 17:27

L’ « AGGIORNAMENTO » DE MACRON SUR LA SYRIE N’EST PAS SI RASSURANT QU ’ON DIT

 

https://www.causeur.fr/syrie-macron-trump-attaque-chimique-145407

 

On ne saurait entendre sans inquiétude le nouveau président français   se comparer à Jupiter quand on sait que   Jupiter était maitre de la foudre et qu’il l’est, lui, du feu nucléaire.

Beaucoup d’observateurs se sont cependant trouvés rassurés par ses déclarations du 21 juin au Figaro et à sept autres journaux européens où il dit sur le Proche-Orient : « Je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! ». Il déclare en outre donner la priorité   à « la lutte absolue contre tous les groupes terroristes ,  car ce sont eux, nos ennemis » et parce que « c’est dans cette région qu’ont été fomentés les attentats terroristes et que se nourrit l’un des foyers du terrorisme islamiste. »

En admettant que la paix en Syrie ne signifie pas nécessairement le départ de Bachar el-Assad, le nouveau président ouvrait la porte au processus de paix. Sachant que les Russes se lâcheront jamais le chef d’état syrien, au moins sous le pression des Occidentaux, la porte était fermée à toute négociation sérieuse aussi longtemps que ceux-ci faisaient de son départ le préalable à la paix. Cette  position de fermeture avait été celle de Hollande et Fabius et aussi  du  candidat Macron lors d’une visite qu’il avait faite au Liban  pendant sa campagne.

On ne saurait cependant se tenir pour pleinement rassuré par les prises de position les plus récentes du nouveau président.

 

Pas totalement rassurant

 

D’abord parce que le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian ne semble pas être allé aussi loin dans ce que la presse a appelé l’ « aggiornamento » français.  Or il n’est pas un personnage négligeable : ancien ministre de la   défense où il s’est fait connaitre – en bien – par les cercles transatlantiques qui gouvernent l’Occident, il a été jugé après l’élection de Macron plus propre que d’autres à occuper le poste difficile de ministre des affaires étrangères car plus compatible avec les engagements atlantiques pris par la France depuis Sarkozy.  Compte tenu des exigences de compétence et d’alignement, Macron avait-il vraiment la possibilité de nommer   quelqu’un d’autre ?

Peu après sa prise de position sur la Syrie, Macron a fait l’objet d’un rappel à l’ordre  sous la forme d’une tribune publiée dans Libération du 3 juillet par 100 intellectuels (ou soi-disant tels) de gauche, relais zélés du militarisme nord-américain, pions infatigables et mobilisables à merci de la croisade anti-Assad.  On peut supposer que derrière cette prise de position voyante mais marginale, d’autres rappels   à l’ordre ont eu lieu de la part de tous ceux qui, en France et à l’étranger, ont soutenu Macron pendant sa campagne et dont aucun ne partage son nouveau point de vue sur la Syrie.

Est-ce pour cela que l'Elysée s’est cru obligé de publier le 5 juillet un communiqué pour  assurer l'opposition syrienne du soutien de la France [1] ?   L’opposition syrienne ?  Sur le terrain, des forces « démocratiques » ayant nom Al Qaida (aujourd’hui Fatah al-Cham) et   une série d’autres mouvements islamistes, ce qui relativise singulièrement « la priorité à la lutte contre tous les groupes terroristes ».

Entre temps, Macron a invité Trump à assister au défilé du 14 juillet, invitation à laquelle il n’y a rien à redire, s’agissant de célébrer le 100e anniversaire de l’entrée des Etats-Unis dans la guerre contre l’Allemagne aux côtés de la France. Certains se sont alors réjouis de voir    la France marcher la main dans la main avec l ’Amérique. Mais il s’agit de savoir quelle Amérique.

 

Une intervention militaire américano-française en Syrie ?

Peu rassurante en effet   est   la déclaration conjointe du 27 juin de Trump et Macron qui se sont dits prêts à riposter de manière coordonnée à toute nouvelle attaque chimique du régime syrien, après que les Américains aient accusé Damas de mener des préparatifs en ce sens.

En s’associant à    cette déclaration, Macron    suppose   acquis le fait   que les précédentes attaches chimiques étaient le fait d’Assad, ce qui est très contestable, à moins de  croire qu’il est complètement fou , ce qu’il n’est pas , autant que l’idée qu’il pourrait préparer de nouvelles attaques.

Cette allégation est en effet absurde car on ne voit pas quel intérêt auraient le président syrien, ni son armée, à faire usage de telles armes, de peu d’effet sur le terrain, mais qui peuvent provoquer une intervention américaine. Dans un cas au moins, l’attaque de la Ghouta en août 2013, des experts au-dessus de tout soupçon[2] ont démontré que ce n’était pas l’armée gouvernementale mais Al Nora (autre nom d’Al Qaida) qui était à l’origine de cette attaque : une attaque classique sous faux pavillon en vue de déclencher des représailles 

Tout laisse penser qu’il en a été de même dans l’attaque du 4 avril près de Khan Cheikhoun qui aurait fait 88 victimes (dont 30 enfants que les propagandistes ne manquent jamais de placer au mauvais endroit !) et qui a amené Trump à   bombarder en représailles la base d'Al-Chaayrate   près de Homs, première intervention armée ouverte de Washington contre le régime de Damas. On peut en dire autant d’au moins une des deux attaques chimiques qui ont eu lieu près d’Alep.

Il est intéressant de   rappeler le scénario de 2013 :

Le 5 juin 2013, Obama avertit solennellement le gouvernement syrien que toute attaque chimique entrainera des représailles américaines.

Le 21 août , une attaque chimique a lieu  dans le faubourg de la Ghouta près de Damas.  Il fait, selon les sources, 280 à 1720 victimes, surtout civiles.

L’ensemble des médias et des gouvernements occidentaux  tend immédiatement  un doigt accusateur  vers  Assad présenté sans examen comme  l’auteur de cette attaque . Hollande  et Fabius pressent Obama  d’intervenir militairement (ce qui est  peut-être à mettre en rapport avec l’accusation de l’ ambassadeur de Syrie aux Nations-Unies  selon lequel  la coopération militaire  française aurait apporté un  appui  technique à   cette opération).

Finalement   Obama   décide de ne pas intervenir et , pour sortir de la crise, saisit au bond    la proposition   russe de placer  sous  contrôle international puis de détruire les armes chimiques des forces gouvernementales. Le   Parlement britannique, méfiant sur la version officielle, refusa, quant à lui,  d’autoriser une intervention britannique. 

Le même scénario pourrait  se reproduire cet été. L’avertissement  américano-français à Assad, qu’aucune crainte raisonnable ne justifie , ouvre la porte à toutes les initiatives sous faux pavillon : soit  celles  de tel ou tel   service  secret américain , notamment ceux que Trump a tant de mal à contrôler ,   soit ceux de pays comme la Turquie , soit les groupes djihadistes qui continuent  de grouiller en Syrie.   

Ou bien Trump et Macron  croient vraiment   qu’Assad prépare une attaque chimique et ils sont  gravement désinformés,  ou bien ils mijotent  un sale coup ( dirty trick) qui pourrait mettre en péril la paix mondiale.

Qu’un haut  responsable du Pentagone ait affirmé contre toute vraisemblance qu’Assad préparait  une telle attaque  laisse en effet  penser qu’une  opération psychologique de grande ampleur est en gestation, et par là même une intervention sur le terrain. On n’est pas rassuré de voir Macron s’impliquer dans  une telle  affaire. 

Obama,  qui savait, comme Hollande ,    qu’Assad n’était pour rien dans l’attaque de la Ghouta, avait  renoncé à mettre  sa menace à exécution   . Mais Trump qui le lui a vivement reproché (et voulu démontrer en ripostant le 7 avril sur la base d’Al-Chaayrate à une attaque analogue qu’il était d’une autre trempe),    pourra difficilement  reculer devant des représailles  si  une nouvelle attaque chimique est attribuée à Assad.  

Si l’intervention américaine est  de quelque ampleur , les Russes ne pourront pas rester inactifs et un engrenage fatal serait ainsi enclenché. On ne peut que  regretter  que  Macron ait d’avance apporté sa caution à  une possible attaque de la Syrie par les forces de l’OTAN.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] Macron venait de rencontrer Riyad Hijab, coordinateur du fantomatique Haut comité syrien pour les négociations (HCN). 

[2] On se réfère entre autres au  rapport rédigé par Richard Lloyd, ancien inspecteur de l'ONU spécialiste des missiles, et Theodore Postol, professeur au MIT, qui  affirment  que les attaques chimiques ont tout simplement été lancées depuis une zone tenue par les rebelles syriens. Pour étayer leurs propos, les deux experts américains ont étudié des "centaines" de photos et des vidéos d'ogive, de restes de roquettes, d'impacts sur le sol, et de barils contenant le gaz sarin, publiées sur Internet. Un  rapport de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW) basé à La Haye, jamais rendu public, va dans le même sens. 

 

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:23

 

Le concert d’éloges qu’a suscité le décès de Simone Veil recouvre bien des ambiguïtés.

D’abord le fait que, surtout de la part de la presse, c’est moins la personne que l’on célèbre que l’avènement du supposé droit à l’avortement. On fait ainsi de l’ancien ministre de la santé une icône de libéralisation des mœurs. Rien dans ses déclarations ne le laisse supposer. La loi Veil visait à encadrer et même réduire le nombre des avortements clandestins. La propagande féministe avait alors répandu le chiffre absurde d’un million par an – alors que la vérité était plus proche de 50 000, ce qui n’était déjà pas rien[1]. Simone Veil avait-elle été dupe de cette propagande ?  Probablement pas, mais tout laisse penser qu’elle voulait faire une loi d’encadrement et de contrôle plus que d’émancipation.

On ne l’a pas assez relevé : Simone Veil venait clairement de la droite. Elle était issue, comme Marie-France Garaud, de l’écurie de Jean Foyer, grand détecteur de talents et qui deviendrait un des adversaires les plus résolus de la loi de 1974. Il réussit néanmoins à y faire inscrire à l’article 1 que « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. », le reste de la loi ne venant qu’à titre d’exception : « il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi.» 

Simone Veil ne s’était pas engagée dans cette aventure sans crainte et tremblement. Elle devait dire plus tard que la loi n’aurait pas vu le jour si l’épiscopat avait manifesté haut et fort   son opposition.

 

La grande défausse

 

Une loi qui n’aurait normalement pas dû s’appeler   loi Veil. On n’a jamais relevé ce qu’il y avait d’abject dans le fait que trois personnalités de culture et, selon leurs déclarations, de foi catholique, trois hommes, Valery Giscard d’Estaing, président de la République, Jacques Chirac, premier ministre et  Jean Lecanuet, garde des sceaux, soient allés chercher une jeune magistrate d’origine juive, rescapée des camps de la mort, pour lui faire porter le chapeau d’une loi dépénalisant  (au moins en partie) l’avortement.    Sur un sujet qui touchait les droits fondamentaux et donc en premier lieu le ministère de la justice, cette loi n’aurait-elle pas dû s’appeler loi Lecanuet ? Lecanuet  icône de la démocratie chrétienne finissante, enterré dans un monastère !  Instrumentalisation et de la judéité et de la shoah à des fins politiciennes : personne n’a souligné à quel point il y avait là une forme d’antisémitisme sournois, en tous les cas de lâcheté.   D’ailleurs le piège diabolique concocté par Giscard et Chirac a fonctionné :  la bêtise crasse qui   caractérise une certaine droite l’a conduite à tomber les yeux fermés dans le panneau pour se livrer à des amalgames douteux qui ont terriblement affaibli la cause des défenseurs de la vie. 

L’intéressée était-elle obligée de tenir  ce rôle ? C’est une question ouverte.

 

Le droit de l’avortement actuel n’a plus rien à voir avec la loi Veil

 

Enfin, et c’est le plus important, il serait temps de rappeler que la loi Veil de 1974 n’a à peu près rien à voir avec la législation   de l’avortement de 2017.

Au fil des ans ont été supprimés :  le principe du respect de la vie comme norme, la nécessité de l’état de détresse, l’entretien préalable avec une assistante sociale, le délai de réflexion . Le délai légal a été relevé à 12 semaines (ce qui est tout de même différent  de  pays, comme les Etats-Unis, où il n’y a pas  de délai !  ).  Ont été instaurés en parallèle  le remboursent à 100 %   de l’acte (et plus récemment de tous les examens préalables) [2] et le délit d’entrave à l’avortement.  On n’est pas encore allé jusqu’à en faire un droit fondamental sans considération de délai, mais sous la pression de l’ONU et de l’UE, une motion dans ce sens a été votée récemment à l’Assemblée nationale.    L’objection de conscience du personnel médical est menacée et affaiblie, les pharmaciens en étant désormais exclus.  A l’instigation de Marisol Touraine, les hôpitaux sont obligés d’atteindre des quotas d’avortements et donc à y pousser les femmes hésitantes pour montrer qu’ils ne se dérobent pas à ce supposé  «service public». Le progrès du dépistage prénatal (et les actes de dépistage multipliés par la loi ) ont fait de l’avortement , en France plus qu’ailleurs, un instrument quasi-généralisé d’eugénisme, ce dont on ne mesure sans doute pas encore toutes les conséquences[3]. La science a entretemps découvert le RU 486 qui semble rendre l’acte plus anodin et qui peut être délivré par  les infirmières de lycée.

Nous ne comptons pas au nombre des dérives la suppression de l’autorisation parentale, prévue à l’origine pour les mineures, tant le rôle des parents est, en cette matière, le plus souvent négatif.

On est ainsi passé de la loi de 1974 pour laquelle l’avortement provoqué était une exception à une règle générale de protection de l’enfant à naître, assortie d’un   dispositif à finalité   dissuasive, à un régime juridique, en théorie de semi-liberté, mais en fait d’encouragement. La sociologie contemporaine, de plus en plus hostile l’enfant, fait que les institutions les plus diverses : entreprise, hôpital, lycée, services sociaux  et souvent famille se liguent pour pousser à l’avortement des femmes qui, au fond d’elles-mêmes,  voudraient garder leur enfant. Tenter de dissuader une femme d’avorter est puni par la loi, l’y pousser, en soi,  ne l’est pas[4]. On estime à 60 % le nombre d’avortements sous pression de l’environnement et peu contestent qu’une femme entourée de gens,  employeur compris, qui accueillent  favorablement l’enfant,  n’y recourt guère. Qui parle de liberté [5]?

La loi de 1974 prévoyait que des études en vue de connaitre mieux les motivations de l’acte abortif, dans un but de prévention : cette disposition est passée à la trappe lors de   la reconduction de la loi en 1978. Le sujet est  devenu  au contraire tabou. De même l’entretien préalable n’a la plupart du temps été qu’une formalité bien éloignée de l’esprit de la loi.

Ces évolutions ont été la plupart du temps votées à l’initiative du parti socialiste, la droite ne les remettant jamais en question « pour ne pas rouvrir le débat ». Elles semblent conforter l’argument des pro-vie  selon lesquels la loi Veil, sous une apparence restrictive, a ouvert la boîte de Pandore.      De même,  il n’est   pas fortuit que   le passage sans retour de la fécondité française au-dessous du seuil de renouvellement des générations date de 1975.

Il reste que Simone Veil a, au moins en privé, déploré la dénaturation de la loi qui porte son nom. Il aurait peut-être mieux valu qu’elle le dise    publiquement, comme  elle a participé brièvement en 2013 [6] à la manifestation contre la loi Taubira.

Mais on trouve dans ses déclarations de 1974 des prises de position non équivoques : « Il n’y a aucun droit à l’avortement »… « Personne n’a jamais contesté, et le ministre de la santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec »… « C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame », ou encore « si [le projet de loi] admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme ».

« Dissuader la femme ! » Avec de tels propos, Simone Veil serait aujourd’hui allée en prison.  

 

Roland HUREAUX

 

 

[1] On compte aujourd’hui environ 220 000 avortements légaux par an. Ce chiffre, un des  plus élevés d’Europe,  ne baisse pas  malgré des dizaines d’années de propagande pour la contraception. Il concerne   principalement les populations autochtones.

[2] Alors que les soins dentaires ou les lunettes ne sont remboursés qu’à hauteur de  20 %.

[3] Combien de grands artistes ou génies scientifiques n’auraient pas survécu au dépistage prénatal  , sûrement pas  Toulouse-Lautrec ?

[4] Il y a des condamnations  de ces pressions mais, à notre connaissance, seulement  en cas de violences physiques , au titre des « violences faites aux femmes ».

[5] Ces pressions sont d’autant plus déplorables que la plupart des femmes en  gardent des traces psychologiques profondes. 

[6] Sa santé  déjà compromise ne lui permettait pas de faire plus de quelques centaines de mètres, ce qui  est déjà beaucoup.. 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:21

UN GOUVERNEMENT DONT IL N’Y A RIEN A ATTENDRE

 

On cherche en vain qui, en France, pourrait attendre quelque chose de positif de l’action du   gouvernement que vient de nommer le nouveau président   élu le 7 mai 2017.

Cela pour une bonne raison : on ne trouve rien dans le programme d’Emmanuel Macron  qui ne soit  la suite ou l’aggravation de celles qui ont provoqué, au cours des  dernières années, le divorce profond des Français avec leurs élites. Hélas, ils ne s’en sont pas encore aperçus.

Comment attendre une amélioration de l’emploi d’un président qui ne veut pas toucher à l’euro sans   avoir annoncé pour autant  les sacrifices nécessaires à son maintien . Tel quel, l’euro   maintient des  prix à l’exportation trop élevés, et donc   ralentit de l’économie et accroit  le déficit commercial : quel commerçant peut espérer augmenter son chiffre d‘affaires si ses prix sont au-dessus de ceux de ses concurrents ? Si l’on ne sort pas de l’euro, il ne reste qu’un moyen de rétablir la compétitivité :  baisser les salaires, baisser les charges (et donc la couverture sociale et la dépense publique).  Rien n’indique qu’on en prenne le chemin  ni que les Français y soient prêts . Privilégiant, lui, la sincérité sur la démagogie, Fillon avait annoncé cette rigueur, qui d’ailleurs  n’est   même pas assurée   de réussir  : trop brutale, elle risque d’entrainer le pays dans une spirale déflationniste : baisse des revenus, baisse de la demande, baisse des impôts, nouveaux déficits.

Encore moins faut-il attendre du nouveau président  la baisse des dépenses publiques.  Son programme comporte  environ  100 milliards de dépenses  nouvelles[1]  .   S’y ajoutent  la   suppression de l’ISF et de la taxe d’habitation  . Tout cela financé comment ? Des économies budgétaires très vaguement annoncées et surtout   de nouveaux impôts : alourdissement sensible de l’impôt   foncier (ou inclusion d’un loyer fictif dans   l’impôt sur le revenu des propriétaires), alourdissement de l’impôt payé par les retraités, hausse de la CSG.   

Tout cela nous ramène, de fait, à la politique au fil de l’eau menée par Hollande : peu regardante sur l’augmentation des dépenses publiques, préoccupée certes des déficits (tutelle de   de Bruxelles oblige ) mais  ne  connaissant pas d’autre moyen    de les réduire que l’alourdissement de la fiscalité.  Nouveauté chez Macron : un ciblage plus systématique des classes moyennes et des retraités (qui ont, pourtant, largement voté pour lui).  Il en résultera une poursuite de la  stagnation  et  un écrasement encore plus fort  de la société. Macron président suivra les traces de Macron ministre : qui pouvait s’attendre à autre chose ?   

 

Les libéraux grugés

 

Parmi les déçus, les libéraux de tout poil (Contribuables associés, IFRAP etc.) qui avaient fait toutes sortes de plans en vue d’économies budgétaires   ou sociales, un objectif qui leur parait, avec raison, prioritaire. Il y a trente ans qu’ils espèrent être écoutés par un nouveau président, en vain. Ce sont là, (comme les retraités, les chefs d’entreprises ou, sur un autre registre, les catholiques), des gibiers à démagogues : toujours présents à l’appel dès qu’on dit libéral-libéral et toujours couillonnés !  Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que le libéralisme international qu’incarne Macron  reflète les intérêts d’une oligarchie mondiale qui se fiche comme d’une guigne de la lourdeur des prélèvements obligatoires en France, car ils  ne la   touchent  guère ; ce sont les classes moyennes qui trinquent et ils n’ont que mépris pour elles  . Ils sont même plutôt satisfaits qu’un système social lourd à la charge de celles-ci   amortisse les  effets du libéralisme international qu’ils veulent imposer.

L’autre source de déception est que le programme de Macron (comme d’ailleurs de presque tous les candidats ) porte la marque de toutes les lubies technocratiques, jamais   remises en cause, qui sont à l’origine du mécontentement des Français, sans qu’ils s’en rendent toujours compte.  Elles reflètent cet autisme des classes dirigeantes qui croient avoir raison sur tout alors même que les gens de la base mesurent bien mieux qu’elles ce qu’ont de nocives la plupart des réformes engagées  sur la base de préjugés simplistes. Rien qui laisse supposer la remise en question d’une coûteuse intercommunalité ( 400 000 emplois créés en vingt ans, qui dit mieux ? ) ,  de l’évaluation généralisée  (synonyme  de   mensonge généralisé et de démotivation ,  comme le Gosplan de jadis) , de la réforme  à tout va  des organigrammes , de la politique pénale fondée sur l’excuse, d’une politique sociale abstraite et inéquitable  qui entraine   de plus en  plus de frustrations, de  méthodes pédagogiques absurdes, d’ une complication toujours plus grande des procédures . Ce qui les complique le plus, ce sont d’ailleurs les préoccupations à la mode qui,  selon les critères du temps,  font un projet « jeune et moderne » et sur lesquelles Macron n’a pas manqué de faire de la surenchère :   Europe, environnement, non-discrimination, risque zéro. Même si ces préoccupations   ne font l’objet d’aucune loi, elles pénètreront aussi longtemps qu’elles seront  prioritaires  la jurisprudence et les pratiques  administratives, promesse d’ un   climat un peu plus oppressant.    

 

L’ignorance des vrais sujets

 

Aucune proposition sérieuse sur les questions auxquels nos contemporains sont les plus sensibles : déclin de l’éducation nationale - des classes de 12  élèves :  qui payera  et à  quoi bon si les méthodes demeurent inchangées ?-  , délinquance, système social injuste, déréliction de la « France périphérique » ,  flux migratoires hors de  contrôle  ( mais Macron, en phase avec le club Terra  Nova et quelques autres de ses protecteurs ne pense-t-il pas au fond qu’il en faut plus , pour casser l’orgueil  d’une France coupable des pires  crimes  ?)  , lourdeur de la machine  européenne : là aussi Macron en veut toujours plus.  Encore moins d’idées sur la politique familiale et l’immense problème démographique ,  ignorés avec mépris dans son programme :  il n’envisage pas,  comme on l’a dit,  la suppression des prestations familiales, c’est lui, comme ministre des finances,  qui les a supprimées en 2014 à toute une partie de la population :  que lui importent les enfants, que lui importe  l’avenir ? Comme ses amis des Gracques, il pense, n’en doutons pas,  que, sur tous ces sujets, la rationalité technocratique se heurte à l’irrationalité populaire, voire populiste, alors que la réalité  est à l’inverse : c’est le bon sens populaire qui  résiste à la déraison idéologique. On ne voit pas qui, dans le présent   gouvernement, sauf peut-être Bayrou, pourrait mettre en doute ces certitudes autistes.

Ce ne sont pas  quelques gadgets clinquants promis ici ou là  qui résoudront les vrais  problèmes de la France,  tels  la moralisation de la vie politique (curieuse promesse  d’un candidat qui n’a jamais permis qu’on l’on perce  ses mystères patrimoniaux ou familiaux ! ) : mise en œuvre, elle se traduirait par plus de contraintes   sur les élus,  meilleur moyen d’en éloigner encore davantage les bons,   l’ injection d’une dose de proportionnelle , soit plus de pouvoir aux partis auxquels les électeurs viennent pourtant d’infliger un désaveu  cinglant etc.  

Macron ne veut le bien ni de la France ni des Français. Il a été élu pour servir les intérêts d’une idéologie mondialiste, transhumaniste, transfrontière , voire transgenre. Son logiciel est à l’opposé des aspirations des Français : à l’épreuve du réel, il devra sans doute l’adapter mais comme il  est mauvais, aucune adaptation ne suffira.

A moins d’un reniement total et de ce qu’il a promis et de ce qu’il est, tout cela promet à ce président bien mal élu - et aux Français -  une immense déception.

 

Roland HUREAUX

 

[1] Sur ses 96 propositions, 27 annoncent une augmentation des dépenses, presque aucune ne tend à les réduire :  augmenter le minimum  vieillesse de 100 € par mois  , augmentation de  l'allocation adulte handicapé de 100 €  aussi,  extension  du  bénéfice de l'assurance  chômage  à ceux qui démissionnent  volontairement,  remboursement à 100 % des lunettes  et des prothèses dentaires,  plan de   5 milliards pour la santé, de 5 milliards pour l'agriculture,   grand plan d'investissement de 50 milliards , 2 % du PIB pour la défense nationale  (comme par hasard, l'objectif fixé par l'OTAN ), soit au moins 20 milliards de plus. Il est dit aussi :  "Nous augmenterons les salaires de tous les travailleurs, des ouvriers, des employés » d’un 13e mois.   Le Fonds pour l'industrie et l’innovation, prévu en sus, sera financé par la vente des participations   de l'Etat dans les industries   stratégiques, ce qui va encore affaiblir sa capacité de manœuvre.  De politique industrielle, il est à peine question chez celui qui a autorisé la cession d’Alstom à General Electric. Il maintient la retraite à 60 ans.

 

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:19

 

Les relations qui semblent s’instaurer entre le nouveau président Macron et son homologue  Poutine, quoiqu’ elles marquent un progrès par rapport au temps de Hollande, ce qui n’est pas difficile,  restent marquées du sceau de l’ambiguïté.

On pouvait craindre  le pire : la liste des soutiens de Macron ressemblait  furieusement à  un comité anti-Poutine  ; rien dans les idées du nouveau président qui laissât   espérer un changement par rapport à la ligne Hollande.     

 

Une ouverture aux effets mitigés

 

L’invitation lancée au président russe   à  venir célébrer le 300e anniversaire de la visite à Versailles du tsar Pierre le Grand a été à cet égard une  heureuse surprise -  dont la genèse exacte reste  à éclaircir. Elle a failli être gâchée par l’arrogance du nouveau président français  lors  l’entretien bilatéral où  les leçons de démocratie alternaient, dit-on,   avec les accusations touchant  les questions de l’Ukraine et de la Syrie.   Macron ne semblait pas  s’être libéré de la doxa otanienne selon laquelle  Poutine  est un  dictateur et un agresseur et  les dirigeants de l’OTAN des  démocrates et   des défenseurs du droit, un point de vue qui ne tient évidemment pas compte du fait que la grande majorité des  violations du droit international depuis 20 ans  ont été  commises par l’Occident, ni que la disqualification  judicaire de  concurrents   n’est pas le propre de la Russie.  

Mal venue  aussi ont  paru, lors de la conférence de presse conjointe les critiques  de Macron  contre  les deux médias  sous  influence russe, RT et Radio-Spoutnik, dont 98% des Français ignoraient l’existence. Ils auraient  colporté pendant la campagne des bruits sur son homosexualité…  Une rencontre de ce niveau était-elle bien le lieu  pour une  telle mise en cause ? Gage sans conséquence à la camarilla antirusse qui l’a porté au pouvoir ?

Rappelons aussi que la France participe aux prochaines manœuvres de l’OTAN aux frontières de la Russie ( imaginons que la Russie organise des manœuvres « défensives » au nord du Mexique !)  .

Il semble cependant que , malgré ces accrocs,  les points de vue des partenaires se soient  rapprochés. Qu’ils soient    tombés   d’accord pour  dire que leur ennemi commun était le terrorisme islamiste n‘est pas une révolution  : tout le monde en convient  depuis longtemps même ceux qui le soutiennent en douce.  Sur  l’Ukraine,   chacun reste sur ses positions  . Sur la    Syrie en revanche,  Macron semble avoir renoncé à faire du  retrait du président Bachar el Assad une  condition  préalable au retour à la  paix. Cette exigence maintenue par Obama et Hollande, et même, par intermittence, par Trump, constituait  non seulement une entorse  au principe de non – ingérence mais un blocage absolu au processus de  paix ,  les Russes n’étant  pas prêts  à lâcher Assad, au moins sous la  pression  occidentale.

 

Une ligne encore incertaine

 

Il reste cependant bien  des ambiguïtés dans la position de Macron  : il vient de  s’ associer à Trump pour menacer la Syrie d’une intervention militaire en cas de nouvelle utilisation  d’armes chimiques. Or  les  prétendus recours aux  armes chimiques par Assad se sont  avérés  chaque fois des  provocations de ses adversaires destinées à le discréditer . Elles visent  aussi à offrir   un alibi à  une intervention militaire,  destinée à empêcher   l’Etat syrien  de  consolider sa  position et donc à  faire obstacle au retour de  la paix.  Il y a   tout lieu d’être inquiet de cette déclaration.

Malgré les accrocs   qui ont marqué la visite de Poutine à Versailles,  les diplomates russes ne tarissent pas d’éloges à l’égard  de Macron et considèrent qu’il a réalisé une véritable ouverture. Il semble connaître bien mieux l’histoire franco-russe que ses prédécesseurs et ne pas montrer  une inféodation aussi puérile que celle de Hollande aux Américains.

Durant la campagne électorale française, les Russes avaient tout fait pour ne  pas avoir l’air de vouloir  influencer l’élection, dont leurs observateurs avaient  sans doute anticipé le résultat  .  Rien ne laisse supposer en particulier qu’ils soient derrière  la publication des « Macron leaks » , soit de 15 Giga-octets de courriels échangés dans  son équipe. Venus le vendredi précédent le second  tour et ne    contenant rien de très compromettant, ils ne pouvaient de toutes  façons avoir d’impact  sur l’élection, tout au plus servir d’avertissement  discret. 

Il s’en faut en tous les cas de beaucoup que la ligne de Macron à l’égard des problèmes diplomatiques les plus brûlants , en particulier des questions qui touchent la Russie, soit  encore claire aux yeux du public et peut-être même  dans sa tête. 

 

Roland HUREAUX

 

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