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Roland HUREAUX

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 17:25

Il est patent qu’à tous les niveaux,  la démocratie a reculé au cours des dernières décennies. Non point que le jeu en soit , comme certains le disent, faussé, mais parce que les dirigeants politiques nationaux et internationaux n’ont cessé d’en restreindre le champ.

Sous la IIIe République, qui a tout de même duré 70 ans , trois lois simples tenaient lieu de constitution. Hors de ces lois, le Parlement était libre de légiférer. Pas de conseil constitutionnel pour le censurer, pas de comités chargés d’émettre des avis souvent contraignants.

Les constitutions de la IVe et de la Ve Républiques sont plus détaillées, mais, dans son était originel,  celle-ci laissait un champ large au pouvoir   législatif. Cet espace n’a cessé de se restreindre sous l’effet de deux évolutions.

La première est interne :  elle tend à élargir le bloc constitutionnel aux grands principes ( Déclaration  des droits de l’homme , préambules, voire devise de la République) que jusque là le législateur avait précisément mission d’interpréter, un   rôle qui, de plus en plus,  revient au juge, national ou international.

La constitution française de 1958 elle-même s’est au fil des ans enrichie de dispositions sur la décentralisation, les langues régionales, l’égalité de sexes,   la lutte contre les discriminations qui enserrent le travail du législateur dans un corset de plus en plus étroit.

La seconde évolution est l’extension indéfinie du droit international, lequel s’impose comme on sait au droit national. Les traités européens, surtout celui de Maastricht et le traité constitutionnel de 2005  furent  mal reçus , l’un approuvé de justesse, l’autre rejeté ;  une des taisons en est qu’au-delà de la   simple organisation de pouvoirs , seul domaine proprement  constitutionnel, ils  posaient , surtout le second,  en  matière  de droit  social,  d’environnement, de culture, de droit des étrangers, toute une série de normes qui , ainsi inscrites dans le marbre des traités, ne pouvaient  plus donner  lieu à débat législatif, non seulement  dans les parlements   nationaux mais même au Parlement européen. D’ailleurs dès le traité de Rome (1956) d’ailleurs, le libre-échange, avait été posé comme principe intangible exclu de tout débat, ce dont nous mesurons aujourd’hui les inconvénients.

Ajouter un supposé droit à l’avortement ( nous rappelons que Simone Veil s’est toujours opposée à ce qu’on le considère comme un droit)   conduirait , sur un sujet particulièrement sensible, à un nouveau rétrécissement de l’espace législatif. Il est à craindre que le juge constitutionnel ou quelque accord international aidant,  le droit des soignants à l’objection de conscience ou le délai limitant la possibilité d’avorter que Macron vient de reporter, contre l’avis des gynécologues,  de douze à quatorze mois,  ne viennent à sauter .

Les parlementaires qui veulent inscrire l’avortement dans la constitution se méfient d’ hypothétiques évolutions législatives qui viendraient à le restreindre. Ils veulent là encore rétrécir le pouvoir législatif.  Certes le fond de l’affaire est philosophique : il s’agit d’abord de donner plus de solennité à la législation en cause,  mais les députés déclarent avoir peur des excès de la démocratie qui , si l’opinion venait à tourner, tendrait à restreindre les conditions légales d’un avortement volontaire. Peur du suffrage universel… comme les réactionnaires de tous les temps .

 

A front renversé

 

Ainsi les forces politiques jouent dans cette affaire,  le savent-elles ? à front renversé . Depuis la Révolution, il était d’usage d’opposer les « libéraux » disciples de Montesquieu , qui considéraient que la démocratie devait être encadrée par de sérieux garde-fous destinés à contenir les débordements populaires et les « républicains », disciples de Rousseau,  qui considéraient que la délibération du peuple ou d’une assemblée élue en émanant directement s’imposait de toutes les façons . C’est un homme très marqué à gauche, André Laignel , qui avait exprimé en 1981 ce principe dans une formule célèbre : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaire. »

Les premiers tiennent les lois pour une axiomatique qui des sages déduiraient de quelques grands principes . Les autres ne connaissent que la volonté populaire immédiate . Les uns se passeraient de peules, les seconds de constitution. Aujourd’hui, par un curieux retournement , c’est la gauche qui veut opposer des barrages constitutionnels ou internationaux à des décisions que pourraient prendre les assemblées.  Et c’est une partie de la droite qui défend , sur le sujet de l’avortement ou sur d’autres,  le maintien d’un espace législatif à la discrétion des élus.

Inscrire dans Constitution le « droit à l’avortement » reviendrait à restreindre une fois de plus le champ législatif.  C’est par un singulier paradoxe que la gauche se fait l’avocat de telles restrictions. Ce serait accroitre à terme le mépris des citoyens pour leurs élus nationaux qui,  depuis tant d’années,  s’acharnent à restreindre leur propre pouvoir, au risque que beaucoup se demandent à quoi ils servent encore et , pour dire les choses vulgairement, pourquoi on les paye.

 

Roland HUREAUX

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 13:25

L’AFFAIRE SANTIER EST BEAUCOUP PLUS GRAVE QUE CELLES QUE L’ON REPROCHE HABITUELLEMENT AUX EVEQUES
 

La découverte des turpitudes du dénommé Santier, ci-devant évêque de Créteil,  plonge beaucoup   de Français dans la consternation.

Les évêques de France réunis à Lourdes, n’osent pas, dit-on,  évoquer ce cas difficile.

C’est dommage car il y a urgence à éclairer les esprits.

Ne rien dire, c’est laisser se répandre l’idée fausse selon laquelle on aurait là une faute de plus s’ajoutant à toutes celles que l’on a reprochées aux évêques de France - et d’ailleurs - au cours des dernières années,  y compris à Mgr Barbarin, complètement innocenté aujourd’hui. Or l’affaire Santier n’a rien à voir avec celles-ci. On leur a principalement reproché   d’avoir étouffé des affaires de mœurs plus ou moins graves touchant leur clergé.  Cela pour différentes raisons : balourdise souvent , lâcheté quelquefois et surtout confusion de l’indulgence vis-à-vis de fautes, surtout celles de gens de la même corporation avec la miséricorde . Cette confusion existe à tous les niveaux, y compris de la justice. La culture de l’excuse et l’esprit de corps y conjuguent leurs effets fâcheux.  Nous ne parlons pas des agissements des coupables directs qui, jusqu’ici, n’étaient pas   évêques.

Non , l’affaire de Créteil est d’une toute autre gravité . Pas seulement par le voyeurisme qui en serait la cause et qui n’est pas non plus la dépravation sexuelle la plus grave.  Elle l’est d’abord par la profanation du sacrement de pénitence, un de plus sacrés qui soient. Profanation et blasphème.

On ne peut que soupçonner que de telles pratiques aient été liées à des rites sataniques.

Elles ont eu lieu, autant que l’on sache avant l’ordination épiscopale de l’intéressé ( dont on peut se demander si elle était valide) . Elles posent la question de la procédure de sélection et de   nomination des évêques dont beaucoup pensent qu’elle est viciée . Comment ce monsieur a-t-il pu entrer dans l’épiscopat , c’est un mystère qui appelle une enquête sérieuse sur tous les maillons de la chaîne.

Les évêques , en tant que pasteurs chargés de dissiper le trouble d’un peuple profondément troublé et dans leur intérêt propre doivent dire haut et fort à l’opinion , qu’il ne faut pas mêler cette affaire aux   complaisances qu’on a pu leur reprocher jusqu’ici et qui sont , en tant que telles, moins graves .

On savait l’importance croissante du satanisme ans la société.  Dénoncer son infiltration dans l’Eglise est une nécessité.

 

R.H.

 

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 13:24

L’enthousiasme délirant suscité chez le président Macron par l’élection de Lula à présidence du Brésil est assez pitoyable ; le Français est allé jusqu’à le tutoyer publiquement,  une familiarité qui n’a sans doute pas plu à l’intéressé et encore moins aux Brésiliens.

Que cela laisse envisager le reprise d’ une coopération active avec le Brésil , nous ne nous en plaindrons   pas . Mais cette reprise fera suite à quatre  années de dédain ostensible de la France de gauche au pouvoir à l’égard du président sortant Bolsonaro, qualifié on se demande pourquoi par la presse française d’extrême droite alors qu’il est simplement de droite . En cinq ans ont été démantelés, parce que sa couleur politique ne plaisait pas à nos  dirigeants les acquis de deux cents ans de coopération avec un grand pays ami, émergeant come une grande puissance sur la scène mondiale.

Quand un incendie a éclaté en Amazonie pendant le sommet de Biarritz du G7 de 2019, Macron s’était fendu de déclarations empathiques pour condamner le politique soi-disant antiécologique de Bolsonaro. Rien ne dit qu’il y ait eu plus d’incendies sous sa présidence que sous celle de Lula. Le même Bolsonaro a eu la discrétion de ne pas reprendre ce genre de rhétorique quand,  l’été dernier,  des incendies ont ravagé la Gironde .

Ceux qui ont fréquenté une certaine gauche savent comment on y étiquette sommairement, selon leur couleur supposée,  les bons et les mauvais pays, comment on  y fait de la diplomatie en chambre sans rien connaître de leur réalité intérieure, ni même des vrais enjeux internationaux .  Il semble que l’on soit  généralement plus prudent à droite où, plus réaliste et moins  porté à l’idéologie, on ne s’instaure pas en tribunal du monde entier.

Ce n’est pas tant la prise de parti qui indigne les gens de ces pays ( et qui nous fait honte, à nous qui connaissons la complexité du monde) , c’est l’ignorance, souvent crasse,  de réalités de terrain. Voilà des hommes qui se préoccupent du sort des peuples mais qui ne daignent rien faire pour les connaitre de près. Hommes politiques, journalistes,   hauts fonctionnaires vivent dans leur bulle tapissée de clichés faciles et cela leur suffit. Prétendre vouloir le bien  des gens sans vraiment s’intéresser à eux , y a-t-il pire expression du mépris ?

Ces clichés sont d’ailleurs évolutifs : dans les années soixante-soixante-dix, toute la gauche mal pensante ( arrêtons de la dire bien pensante, certains le prennent à la lettre !)  soutenait au Chili Allende contre les Etats-Unis ; aujourd’hui la même gauche ( sauf Mélenchon qui, à son habitude,  la joue un peu rétro ) en tient pour les Etats-Unis contre Maduro. Il n’est pourtant pas certain   que la politique d’Allende, tirée par son aile gauche , les trotskistes du MIR,  aurait  eu de meilleurs résultats que celle de Maduro. Pourquoi cette mutation, quasi génétique,  qui dépasse le seul cas de la France   ? Mystère.

Autre paradoxe  : tout le monde loue à droite et à gauche que le général de Gaulle ait reconnu en 1964 la Chine de Pékin malgré la différence de régimes. Mais ce réalisme semble passé de mode. Appliqué aux réalités d’aujourd’hui il est blâmé.

Preuve de l’ignorance de ces gens là : il s’étonnent depuis quelques jours que Lula , qu’ils croyaient de leur bord n’épouse pas dans son intégralité le logiciel de la gauche bobo ; Lula a en particulier sur la guerre d’Ukraine et sur bien d’autres sujets , des positions qui sont plus proches de celles de Bolsonaro que des leurs . Comme toute l’Amérique latine, ils ont refusé de condamner la Russie et de la sanctionner. Sur d’autres sujets , leurs politiques n’ont pas été très différentes. Il n’y a , semble-t-il, pas trente-six manières de gérer un grand pays comme le Brésil.   Au Sud du Rio Grande , les divergences intérieures  s’effacent généralement devant l’hostilité au yankee.

Ce n’est qu’avec la France que Bolsonaro a eu  ce genre de problèmes – et je ne crois pas d’ailleurs que ça l’ait tant préoccupé  ; en Amérique latine, en Afrique,  en Asie, au sein des BRICS , il ne serait  venu à personne l’idée de boycotter le président du Brésil  à cause de sa couleur politique supposée.   Ces pays ont une diplomatie mûre.

Une prise de parti tout aussi indécente avait eu lieu lors de  l’élection de Trump. Il était alors de bon ton en France d’avoir  la haine de Trump dans les cercles de gauche – et même de droite . L’ambassadeur de France à Washington , un certain Gérard Arrau, apprenant son élection en 2017 avait cru bon de faire un tweet pointant cette élection comme une catastrophe. Arrivé au sommet de la hiérarchie du Quai d’Orsay,  l’intéressé aurait dû en connaitre  les usages. Or il ne fut pas sanctionné pour ce grave écart, tant il collait à l’esprit des équipes Macron.

 

Même en Europe

 

Nos partenaires européens ne trouvent pas non  plus  grâce, quand ils votent mal, auprès de ces diplomates en peau de lapin. Le même sectarisme sommaire,  appliqué à des réalités étagères qui ne nous regardent pas   vient de trouver un nouveau terrain avec l’accession à la tête du gouvernement italien de Giorgia Melloni, issue d’un parti postfasciste et quelque peu eurocritque (jusqu’où ? On le verra bien). Le président de la République et la première ministre français , son double, ont déclaré mettre le nouveau gouvernement italien sous surveillance. Injure à la démocratie puisque c’est à une large majorité que les partis qui le soutiennent a remporté la  victoire ; injure à l’Italie , dont Melloni a rappelé qu’elle était une grande puissance méritant un peu plus d’égards et dont les experts savent ( mais Macron et son entourage apparemment pas ! ) , la susceptibilité historique vis-à-vis de la France, sans doute depuis les guerres d’Italie du XVe siècle qu’il nous convient de manager . Que dirions nous si un gouvernement italien déclarait mettre un nouveau président français sous observation ? Avec un gouvernement à ses yeux plus acceptable , le même Macron avait déjà commis une grave erreur en voulant régler les problèmes de la Lybie, ex-colonie italienne,  dans le dos des Italiens : ce fut naturellement un échec.

Même préventions de   Macron à l’égard de la Pologne qui le tort de ne pas avoir légalisé l’avortement ni le mariage homosexuel. Comme si ça la regardait !  Le président français poursuit depuis son élection de sa vindicte ce pays, vieil ami de France,  et s’étonne d’y avoir une mauvaise image[1].

Juger par quelques clichés sommaires et sur fond de manichéisme gauche droite , pro-ou anti Atlantique, dispense d’être compétent et permet aux ignorants de trancher à l’emporte pièce de ce qui se passe dans des pays dont ils ne savent rien – et, pire, ne veulent rien savoir.  Avec un acharnement unique en Europe.

Les mêmes toujours prompts à saluer l’avènement de la démocratie quand quelqu’un de leur bord est élu quelque part, ne se sont naturellet pas émus des fraudes gigantesques qui ont permis la défaite de Trump à l’élection de 2021. Pas davantage ont-ils remarqué que le président mexicain , Lopez Obrador , pourtant  de gauche, avait été le dernier à reconnaitre la défaite de Trump. Sans doute savait-il mieux que nos exaltés à quoi s’en tenir.  Et de toutes les façons,  qu’un président états-unien de droite ait une bonne relation avec un président mexicain de gauche  ( comme jadis Mitterrand et Reagan) , était en dehors de leurs catégories de pensée. 

Une telle approche des problèmes diplomatiques, dans laquelle se complait plus que d’autres Macron, n’est pas seulement la marque du sectarisme idéologique ou de l’inexpérience diplomatique , elle est aussi le signe , nos interlocuteurs en sont conscients , d’une attitude éminemment adolescente. Des idées sommaires, des partis pris manichéens, le placage sur autrui de schémas qui ne valent que pour nous,  l’incapacité  à prendre la mesure de l’altérité , autant de signes bien connus d’un comportement adolescent.

Elle a certes des précédents dans la mentalité française ; mais elle atteint son comble avec l’actuel président.

Non seulement elle nous déconsidère , nous fâche avec des partenaires essentiels , mais elle est dangereuse car la diplomatie traite , à son niveau le plus élevé, de la question de la guerre et de la paix.  Elle est faite pour les grandes personnes.

 

Roland HUREAUX 

 

[1] Le président de la Conférence épiscopale polonaise, Mgr Gadecki,  a diagnostiqué chez Macron un cas de possession démoniaque. !

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 13:21

LA QUESTION FRANCO-ALLEMANDE EST DE RETOUR

Il n’y a jamais eu de « couple franco-allemand »

 

Une nouvelle fois , la question franco-allemande est à l’ordre du jour .

Le report sine die du conseil des ministres franco-allemand qui devait se tenir le 26 octobre à Fontainebleau reflète l’exaspération des deux partenaires, singulièrement de la France. Macron pour qui l’Europe était tout et la relation franco-allemande son préalable obligé semble ne plus y croire.

Même Nicolas Beytout, patron de L’Opinion, « européen » et libéral s’il en est , a proposé de rompre avec une Allemagne qui ne montre plus aucune solidarité européenne :

« Puisqu’il ne faut plus aujourd’hui attendre grand-chose des Allemands, n’est-il pas temps de faire turbuler le système en cassant, avec ou sans les autres pays européens, le système fou des prix du gaz et de l’électricité ? » [1]

Le marché unique de l’énergie : une des réalisations les plus calamiteuses de l’Union européenne. Mais aussi un « acquis communautaire » dont la remise en cause toucherait tout l’édifice de Bruxelles. Elle avait été promue par le chancelier Kohl afin de faire baisser, par la concurrence, le prix de l’énergie : il serait étonné de voir qu’il a conduit aujourd’hui à son contraire !  

Alors que la France avait , mieux que d’autres , dès les années 1970, anticipé l’avenir par un admirable programme de centrales nucléaires,  le marché unique européen la prive de cet avantage, ses prix intérieurs se voyant tirés vers le haut par les pénuries allemandes et ceux de l’électricité par ceux du gaz, au détriment de la capacité des couches populaires à se chauffer l’hiver ou à circuler et des ses industries à rester compétitives.

 

Le « couple franco-allemand » n’a jamais existé

 

Mais la crise actuelle a le mérite de mettre au jour une première illusion : le « couple franco-allemand » n’a jamais existé.  Jamais les Allemands n’ont accepté cette expression , d’abord pour une question de vocabulaire  : couple évoque en allemand copuler, ce qui les dégoûte , mais aussi pour une question de fond :  dès le départ de l’entreprise, nos voisins d’outre-Rhin n’ont jamais voulu s’enfermer dans une relation exclusive , ni même privilégiée avec la France. Et ils ne s’en sont jamais cachés !

Cela n’a pas empêché que,  pendant   trente ou quarante ans nos journalistes et nos hommes politiques,  répètent  en boucle, comme des perroquets , le « couple franco-allemand »,  « le couple franco-allemand » et aujourd’hui plus que jamais.  Et les plus ignorants sont les européistes patentés : quand on est « européen » ( au sens de Bruxelles) , a-t-on encore besoin de connaitre les Allemands, les Italiens etc. ?  Paradoxalement, ceux qui passent pour euro-critiques   sont généralement mieux informés de la psychologie de nos voisins . Par-delà les mots,  la France s’inscrit dans une relation sentimentale, pour ne pas dire névrotique ,  à sens unique où , comme une femme enamourée  (ou un homme) , elle demande avec insistance des faveurs qu’elle ne reçoit pas mais il suffit d’un clignement d’oeil pour lui en donner l’illusion.   

De fait , ce n’est pas de maintenant que les Allemands donnent la priorité aux intérêts allemands sur les partenariats européens ; on pourrait remonter loin  et voir que la  France a tendu au moins à deux reprises la main à une Allemagne en difficulté : après les changements de parité de 1969, en concédant  aux produits agricoles d’outre-Rhin  des « montants compensatoires,   sorte de droits de douane à l’envers  qui ont sauvé une  agriculture  allemande en difficulté ;  plus tard en acceptant de partager le fardeau de la politique de rigueur instaurée par l’Allemagne après la réunification pour éponger son surplus de  marks  venus de l’est (2012), bridant ainsi  tout au long des années 1990 la croissance française pour les intérêts  de Berlin  . Inutile de dire que rien de semblable n’a été proposé à la France qui pâtit depuis plus de vingt ans d’un euro déséquilibré. Au contraire le chancelier Schröder a lancé en 2000 le plan Hartz , destiné, par la régression sociale ,  à doper la compétitivité allemande à l’entrée dans l’euro. Alors que les Français croyaient que Bruxelles l’interdisait, ils ont instauré une TVA sociale partielle. Cette politique folle a d’emblée déséquilibré la balance franco-allemande à notre détriment. Quand l’euro aura disparu, ses tenants pourront remercier l’Allemagne de l’avoir sapé dès le départ.

Comme l’ont montré des études allemandes, l’euro été beaucoup plus favorable à l’économie allemande qu’à l’économie française[2].  Les deux économies voguaient de conserve depuis 50 ans ,  la France représentant les 2/3 de la population et du PIB   allemands et 50 % de son industrie . L’écart n’a commencé à s’ élargir qu’avec l’entrée dans l’euro.  Favorisée par l’euro, sous-évalué pour elle, surévalué pour nous , l’économie allemande est à présent défavorisée par la crise énergique : faut-il que nous volions à son secours en lui vendant du gaz comme nous avons déjà commencé à la faire  ?

Malgré ses handicaps, la France a cru bon d’en rajouter en promouvant aux dépens de ses intérêts le plan de relance européen de 2021 . Voulant , pour des raisons idéologiques, que le premier emprunt européen qu’il comporte voie le jour, Macron a fait de la France le premier contributeur net : pour une cotisation de 70 milliards, elle en recevra 40 !    

La gestion de la crise énergétique est le premier sujet du contentieux franco-allemand : en subventionnant l’industrie allemande à hauteur de 200 milliards sur deux ans  (  venant après une première aide de 80 milliards)  , le gouvernement allemand , qui seul a les moyens de ces injections massives d’argent public,  permet  à celle-ci de pomper l’énergie encore disponible sur le marché européen, au détriment de ses partenaires.    

Pourtant l’attentat terroriste du 26 septembre 2022 contre le gazoduc Nord Stream sous la Baltique aurait dû instruire les Allemands que la Russie n’est pas leur seul ennemi et les appeler à plus de solidarité européenne ; mais non ! Curieusement, l’Allemagne, menacée directement par cet attentat,   ravale la rancune   qu’elle pourrait avoir vis-à-vis de ses    auteurs anglo-saxons et préfère se rattraper en écrasant ses partenaires européens ! Cet attentat qui touche une Allemagne encore hésitante sur l’application des sanctions antirusses,  la contraint à les prendre et   porte , ce faisant , un coup très grave à sa puissance industrielle.

 

L’Europe de la défense non plus

 

La France et l’Allemagne ont un autre sujet de contentieux : les affaires militaires.

Il nous permet de découvrir que,  tout comme le « couple franco-allemand », l’ « Europe de la défense » dont se gargarisent les Français n’existe pas et n’a jamais existé. Elle est , elle aussi,  un fantasme   franco-français auquel n’adhère aucun de ses partenaires européens lesquels considèrent , de manière réaliste,  que le cadre de la défense européenne est l‘OTAN et qu’il est dès lors    normal que les armées européennes soient soumises au commandement américain . Que l’Allemagne, malgré l’ attentat de la Baltique partage le même point de vue est assez ahurissant : faut-il y voir l’effet de la médiocrité du nouveau chancelier Olaf Scholz ou du fait que la classe politique allemande est tenue avec une laisse particulièrement courte de Washington ? La nomination d’un homme de Goldman Sachs aux finances de ce pays est significative. Cette dépendance est particulièrement le fait des Verts qui avaient inspiré, sinon décidé,  la dénucléarisation du pays et donc son affaiblissement, caché un temps par les achats de gaz russe à bon marché. Elle apparait aujourd’hui en pleine lumière.  Les Allemands avaient déjà montré leur servilité géopolitique lors de la guerre de Yougoslavie ( 1999) sur laquelle nous reviendrons.

L’Allemagne avait néanmoins fait mine de se raccrocher au train d’Europe de la défense ( une seule locomotive et un seul passager aujourd’hui ! ) avec l’arrière pensée de remonter son déficit en matière d’industrie de défense par des coopérations où elle soutirerait ce qui reste de technique avancée française en matière de chars, de satellites et surtout d’ avions de combat, cela pour des raisons à la fois industrielles et de puissance. Leur autre arrière pensée est de se rapprocher du statut nucléaire , la presse allemande discutant sérieusement pour savoir si le pays doit récupérer la capacité française ou la doubler. L’Allemagne qui avait une ( trop) puissante industrie de défense en 1940 , s’est vue punie en 1945 par sa quasi-disparition. Elle ne rêve depuis lors que de la reconstituer.   

L’annonce récente que l’Allemagne achèterait 100 milliards d’armement dans les toutes prochaines années et essentiellement du matériel américain a fait l’effet d’une douche froide auprès de tous ceux qui n’avaient pas compris le double jeu allemand. Disons-le crument :  l’Allemagne veut mettre la main sur certaines de nos industries de défense et n’a que faire de la défense européenne. Mettre la main, ce peut être récupérer , dans le cadre d’une coopération bilatérale, 50 % de telle ou elle entreprise française : Nexter ( ex-GIAT) , ce qui est déjà fait,  Dassault ( dont le Rafale est toujours en avance sur le F 35 américain) , et même pourquoi pas   Naval Group  ( ex-DCN)[3] . Nous savons par le précédent d’Airbus que quand l’Allemagne prend un partenariat de 50 -50 %, elle s’arrange pour que ce soit très vite un 60-40 % à son bénéfice : en Chine tout le monde croit aujourd’hui que l’Airbus est une réalisation allemande !  

Il y a quelques jours, il a même pris à Berlin de vouloir contrôler les exportations françaises d’armement [4].

Entre 1925 et 1930,  , la France et l’Allemagne avaient connu une lune de miel pacifiste.  A ceux de ses compatriotes qui le lui reprochaient, le chancelier allemand Gustav Stresemann disait : « Je finasse »  ( Ich finassiere), quand les Français croyaient qu’il pavait sincèrement  les sentiers de la paix avec son partenaire    Aristide Briand. (1926-29).   Une attitude que nous ne devons pas être étonnés de retrouver aujourd’hui .

En augmentant sensiblement son budget militaire, l’Allemagne veut tirer les dividendes de sa supériorité économique développée grâce à l’euro .  Elle se montre en même temps le bon élève de la classe au sein de l’OTAN où l’Amérique ne cesse d’exiger un relèvement des budgets de défense des pays d’Europe occidentale.

Il est fâcheux que la reconquête silencieuse de la suprématie, diplomatique et militaire  de l’Allemagne ait reçu au vu et au su de la terre entière l’aval du gouvernement français actuel : le président  Macron a laissé  entendre que la bombe nucléaire française pourrait être européanisée, ce que les Allemands ont compris  « germanisée » ; le partage  ridicule de la présidence française du Conseil de sécurité  au cours de l’année dernière  n’est certes qu’un symbole mais il a été vu , sur cette scène privilégiée, par le reste du monde , comme  le signe de l’ assujettissement volontaire de la France à l’Allemagne ; étonnants signaux  de faiblesse , d’autant  plus consternants que personne ne les avait demandés à M. Macron et que , comme la suite le l’a prouvé, il n’en a rien retiré.

La nouvelle hégémonie allemande a trouvé son accomplissement militaire dans la guerre de Yougoslavie ( 1999),  règlement de compte historique contre la Serbie, alliée fidèle de la France et qui avait été le grand obstacle à l’expansion du germanisme dans l’Europe du Sud. Elle a trouvé son accomplissement constitutionnel avec la décision du Tribunal de Karlsruhe  (2009) déclarant que les normes européennes n’entreraient en vigueur en Allemagne que si elles ne portaient pas atteinte droits fondamentaux protégés par la Constitution[5], une entorse tant aux traités européens qu’au droit international que l’Allemagne, à la différence de la France, a cru pouvoir s’autoriser.  Elle a enfin trouvé son accomplissement diplomatique dans le traité d’Aix-la-Chapelle de 2019 ,  initiative de Macron, supposé actualiser le traité de l’Elysée de 1963 et renforcer la coopération bilatérale et , en réalité, la subordination de la France, traité qui, à ce jour,  n’a pas été ratifié par le Parlement français, ce qui vaut peut-être mieux.

L’unilatéralisme brutal de l’Allemagne qu’on avait vu à l’œuvre avec le plan Hartz s’est renouvelé quand en 2015 Angela Merkel décida   d’accueillir deux millions de réfugiés proche-orientaux envoyés par Erdogan[6].

L’irritation des dirigeants français et d’une partie de la classe dirigeante face au comportement allemand récent n’aurait pas lieu d’être si elle avait   compris toutes les ambiguïtés du prétendu partenariat franco-allemand . Quelle naïveté !

Que faire dès lors ?

 

Défendre les intérêts français

 

Au lieu de récriminer contre les Allemands et d’accumuler les rancœurs, il faut faire comme eux : défendre nos intérêts à tous les niveaux , particulièrement là où ils sont les plus menacés, au niveau stratégique.

D’abord en matière d’énergie. Comme nous n’avons pas les moyens de soustraire nos industries à la hausse des prix de l’énergie par des subventions massives, il nous faut mettre fin à toutes aberrations qu’a entrainées, tout le monde en est conscient, le marché unique européen . Cela veut dire que la France s’exonère sans délai des règles du marché européen de l’électricité , en particulier du prix unique européen et de l’alignement des prix de l’électricité sur celui du gaz. L’Espagne et le Portugal l’ont obtenu ; pourquoi pas nous ? La France a un bel avantage en matière nucléaire ; il est aujourd’hui en partie perdu du fait d’une incroyable négligence dans l’entretien qui a mis hors service 24 réacteurs sur 56 .  Cette négligence s’explique par le climat anti-nucléaire qui règne depuis 2012   du fait de la pression de Bruxelles ( et par derrière de Berlin) et des Verts et qui a conduit à un plan de démantèlement de nos centrales à l’horizon 2050, en vue de leur remplacement … par des éoliennes.  Dans l’immédiat,  il n’est pas d’autre choix que de réparer vite nos réacteurs , ce qui est possible à condition de recourir à la main d’œuvre étrangère ( car la compétence de nos techniciens s’est perdue !) .  Il faut supprimer l’absurde système qui oblige EDF à vendre à perte une partie de sa production à des entités artificielles purement financières, au nom de la libre concurrence . Avec l’allongement de durée de vie des centrales et donc des amortissements , une EDF reconstituée pourra   vite rétablir ses comptes . Fessenheim qui à lui seul représentait 30 % de nos exportations électriques doit être réouverte . Il faut dire à cette occasion très clairement à l’Allemagne que, écologie ou pas, elle doit cesser de faire un travail de sape sournois à l’ égard de l’ énergie nucléaire française dont elle a longtemps profité.

Toujours l’énergie : il faudra bien un jour mettre le holà à l’escalade écologique folle, poussée par le Forum de Davos, le GIEC et la commission européenne, tendant à promouvoir la voiture électrique, à faire disparaitre les carburants fossiles et à couvrir l’Europe d’éoliennes. Le Plan vert pour l’Europe qu’elle a inspiré, adopté le 22 juin 2022, est une catastrophe industrielle pour le continent.

En matière de défense, la maison Dassault ne saurait être que soulagée si l’Allemagne renonce à l’avion du futur, projet dans lequel l’entreprise ne s’était engagée qu’à recoulons . Le Rafale est le meilleur avion de chasse du monde. Seule la pression politique américaine force , contre toute rationalité technique,   la plupart de nos partenaires à lui préférer le F 35.  Dassault doit garder ses secrets maison et préparer lui-même le successeur du Rafale, une entreprise de 20-25 ans qui est tout à fait dans ses capacités. La France doit veiller à garder le contrôle des entreprises en coopération , déjà évoquées,   et, pour reconquérir son autonomie ,   être prête à substituer des productions nationales aux pièces détachées importées qui nous placent sous dépendance extérieure, y compris allemande.

Deux pays qui défendent leurs intérêts, ce   ne sont pas, contrairement à ce que certains pensent,    les prodromes d’une guerre, c’est au contraire l’assurance de reprendre une coopération saine sur une base réaliste, un langage que les Allemands ne peuvent que comprendre. Qui dit intérêts suppose que ,  à la différence d’ idéaux fumeux,  ils ne sont pas illimités ; cela implique que ces intérêts sont négociables. C’est là la vraie coopération dans le respect réciproque.

La France doit en outre , dans la discrétion mais avec une inébranlable détermination conserver ses privilèges : sa place de membre permanent du Conseil de sécurité, sa force de dissuasion, son outre-mer.  Elle aurait pour ce faire un allié naturel : la Russie qui,  faute de pouvoir nous appuyer à court terme, doit pouvoir le faire à long terme.

Cette coopération saine fondée sur les intérêts toujours négociables est exposée à deux risques :

D’abord l’attitude des élites françaises, principalement industrielles : Villepin s’en est fait récemment l’écho en disant : il faut à tout prix sauver le « couple le franco-allemand » . Voilà bien un bon élève de Chirac !  C’était bien la peine de prendre avec emphase des postures gaulliennes à l’ONU en 2003 pour parler aujourd’hui comme Laval.  Une telle attitude signifie in fine que la France accepte de faire des concessions sans contrepartie , comme elle l’a fait si souvent depuis 30 ans. Il n’y a pas d’autre raison au fait que les rapports entre les deux pays se soient progressivement dégradés.  Hélas, cette attitude qui tend à recoller les morceaux à court terme est désastreuse à long terme car elle amplifie les déséquilibres et accumule les rancœurs   de part et d’autre . Ceux qui se réclament du traité franco-allemand De Gaulle-Adenauer de 1963 pour justifier cette attitude,  ne  se rendent pas compte qu’ils sont à l’opposé de l’idée que se faisait le général de la coopération franco-allemande laquelle, dans son esprit, ne pouvait être qu’égalitaire.

Cette attitude de la classe dirigeante est la principale faiblesse de la France dans son face à face avec l’Allemagne : pas l’économie, pas la finance , la trahison. 

L’autre risque est l’attitude des Etats-Unis. N’oublions pas ce que disait De Gaulle :  dans toute fédération, il faut un fédérateur ; pour l’Union européenne, il est depuis l’origine, à Washington. Contrairement à que les Français pensent, ce n’est pas de Bruxelles que vient la contrainte   de rester dans l’Union européenne, c’est de Washington.  C’est Washington qui , après avoir fait entrer de force la Grèce dans la zone euro,  a recollé   les morceaux lors des crises grecques successives, obligeant l’Allemagne à des concessions contraires à son souci de rigueur budgétaire  ; ce sont les Etats-Unis qui ont fait avaler à Berlin la couleuvre du  quantitative easing dans la gestion de l’euro, seule alternative à son démantèlement    mais porteur d’un risque d’inflation considérable, nous ne le voyons que trop aujourd’hui . La question monétaire est, pour cette raison, la seule qui ait échappé au contrôle de l’Allemagne depuis la création de l’euro . Elle a été tenue, contre son opinion publique, à accepter la gestion plus laxiste des pays latins ( ou grec ), alors que , là encore, le but de l’euro était la stabilité des prix.  Ce sont encore les Etats-Unis qui font pression pour empêcher l’édifice européen de se disloquer,  bien qu’il fasse eau de toutes part . Ce sont eux qui ont mis eu fil de ans presque tous les gouvernements européens , y compris le Français et l’Allemand, à leur botte .  Si la France prenait trop nettement ses distances avec l’Allemagne, ce sont les Etats-Unis qui tenteront par tous les moyens de la faire rentrer dans le rang . Il faudra résister.

Il n’y a pas d’Europe indépendante si elle n’est pas unie . Mais il n’est   de véritable union que si chacun   défend   ses intérêts.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] L’Opinion,  20 octobre 2022

[2] Depuis 2019, elle a gagné 2000 milliards ; nous en avons perdu 3600 . Centrum für europäische politik, Fribourg en Brisgau, 2017.

[3] Seuls les intérêts personnels d’Alexis Kohler, principal conseiller de Macron, et de sa famille ont empêché la cession de Naval group à une entreprise allemande ou italienne. Felix culpa ! 

[4] La Tribune, 4 octobre 2022

[5] Les Allemands en ont une interprétation large. Par exemple, une politique inflationniste qui porte atteinte , selon eux, au droit de la propriété.

[6] Les réfugiés ont dû verser 5000 euros environ à la Mafia turque , proche des services secrets de la Turquie, pour traverser les Balkans à pied, alors que Merkel aurait pu offrir à chacun un billet d’avion Ankara-Berlin à 150 €.

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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 14:36

FAUT-IL VRAIMENT ENVIER LES ANGLAIS  ?

 

A la suite du décès de la reine Elisabeth II, la passation de pouvoir sans bavure à son fils Charles III , le protocole strict qui l’ accompagne et le faste qui accompagnera sans nul doute les obsèques de la reine et le couronnement du nouveau roi, font des envieux en France.

On entend de tous côtés vanter l’excellence des   institutions britanniques.  Certains vont jusqu’à regretter que les Français aient coupé la tête au roi, oubliant que les Anglais l’avaient fait avant nous.

Bref,  tout irait mieux chez eux à cause de leur attachement aux traditions.

On comprend certes qu’avec une présidence aussi désastreuse que l’actuelle, la France lorgne vers la mangeoire du voisin.

Mais on ne saurait oublier dans quel profond déclin est tombé aussi notre voisin d’outre Manche , sans que d’ailleurs la défunte reine y soit pour quelque chose - en dehors des frasques de certains membres de sa famille dont elle se serait bien passée mais qui sont à l’image du temps.

Certes,  Paris n’a rien à envier à l’alignement sans nuances de Londres sur la politique belliciste de Washington. Les Anglais ont cependant l’excuse d’une longue tradition de complicité anglo-saxonne que nous n’avons pas. Où est le temps où la France et le Royaume-Uni pouvaient ensemble entreprendre une expédition militaire au Proche-Orient, nous pensons à la guerre de Suez (1956),  contre la volonté des Américains.  Elle ne fut pas un succès , mais au moins l’Europe n’était-elle pas alors réduite au rang de carpette ?

Sur le plan des institutions, dans ce merveilleux système , le vrai pouvoir est entre les mains du premier ministre. L’appauvrissement du vivier politique britannique a fait que le seul choix possible lors de la récente crise ait été celui de Liz Truss, une femme qui inquiète beaucoup de ses compatriotes pour son manque de mesure, inquiétude bien justifiée après sa récente déclaration selon laquelle « elle était prête à engager une guerre nucléaire , même si elle devait entrainer la disparition de l’humanité ». Boris Johnson était très antirusse mais à côté de celle-là, il nous rassurait presque. Les raisons officielles de son départ sont si futiles que nous en soupçonnons d’autres qui, manifestement, dans cette grande démocratie, n’ont pas été expliquées au public.

Il se peut que l’économie britannique aille mieux que là notre mais n’est-ce pas un peu grâce au Brexit qui a rendu à la Grande-Bretagne la maitrise de sa politique économique ?

Qui sait que Londres et la plupart des grande villes britanniques ont des maires issus de l’immigration pakistanaise ?  Visiblement le grand remplacement a pris de l’avance outre-Manche.

Pour le reste , la déliquescence sociale et morale du pays y semble encore plus avancée. Une grève de factures d’ électricité , que les Français n’ont pas encore osée, est en cours.

Il y a encore chez nous des familles qui refusent le déclin et qui le manifestent de différentes manières : choix de carrières de service comme les carrières militaires,  de préférence au business, attachement à   la tradition catholique , familles nombreuses. Malgré le caractère élitiste de la société anglaise, il n’est pas sûr que ce noyau d’où pourrait partir un possible renouveau existe encore au Royaume-Uni.

Il est des dévots pour se féliciter que dans ce pays , la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’existe pas. Mais le discrédit de l’Eglise d’Angleterre, que l’esprit du temps a contrainte d’ordonner des femmes et des homosexuels affichés   est grave : nous sommes loin de ce que fut jadis   l’esprit de la High Church. Dans cet Angleterre très chrétienne, les cliniques d’avortement font de la publicité dans les journaux ! Nous avons un peu plus de décence.

La liberté de la presse dont l’Angleterre était si fière s’est rétrécie chez eux comme chez nous par la poussée de la pensée unique,     exacerbée par la guerre d’Ukraine. La BBC n’est plus qu’une machine de propagande woke.

Nous ne disons pas cela pour faire tache en un jour qui est d’abord de deuil, mais pour que les Français ne se fassent pas trop d’illusions sur leur voisin.

Charles III aura fort à faire . Il est , dit-on, un fanatique de la lutte contre le réchauffement climatique.  La lutte pour enrayer le déclin britannique est une autre paire de manches.

 

Roland HUREAUX

12/09/2022

 

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 13:17

Pour asseoir la légitimité d’un homme ou d’un régime, plus  décisif  que les considérations économiques et sociales, est le succès ou l’insuccès de la politique étrangère, particulièrement quand elle va jusqu’à la guerre. La victoire a toujours été un signe de légitimité .

Les pays d’Europe occidentale se sont aventurés loin dans le soutien à l’Ukraine confrontée depuis le mois de février 2022 à l’entrée de l’armée russe sur son territoire . Ils ont suivi aveuglément l’impulsion donnée par les Etats-Unis.  Non seulement les gouvernements mais aussi une partie des populations ont été entrainés dans une véritable hystérie antirusse sans précédent , où le président français n’a pas été en reste.  

Tous les gouvernements européens importants ont envoyé des  armes à l’armée ukrainienne, mais la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen s’est surpassée. Contre toute raison car ces armes coûtent cher et l’espoir que l’Ukraine gagne la guerre était  proche de zéro. Une grande partie est confisquée par les mafias ukrainiennes  et reviendront à l’Ouest par le marché noir. Des conseillers militaires engagés dans les combats,  issus de principaux pays l’OTAN,  étaient  aux côtés des forces ukrainiennes depuis dès avant le conflit.

Il résulte de tout cela que la plupart des pays de l’OTAN , la Turquie et la Hongrie faisant exception, se sont engagés à fond dans la guerre d’Ukraine, même s’ils n’étaient pas officiellement belligérants.

 

Une défaite inéluctable

 

Or la défaite va venir. Quand ? Dans un mois, dans deux mois , dans six mois, elle sera patente aux yeux de l’opinion occidentale, la même à qui on a tenté de faire gober que la Russie allait perdre et  que Zelenski préparait une contre-offensive victorieuse.  D’ores et déjà l’armée ukrainienne est en déliquescence.

Les Etats-Unis ont réussi à cacher la défaite qu’ils ont déjà subie en Syrie, pas celle d’ Afghanistan que l’armée américaine a abandonné piteusement.

Mais l’Afghanistan est loin, l’Ukraine est proche.

Il est aujourd’hui inéluctable que l’armée ukrainienne soit anéantie . Poutine aura gagné la guerre d’Ukraine.

Certes les faucons de l’Occident : le secrétaire d’Etat Victoria Nuland qui est à l’origine des  problèmes de Ukraine, Volodymyr Zelenski et d’autres peuvent , sous  l’effet de l’excitation idéologique,  refuser de perdre et se livrer à des manœuvres désespérées qui pourraient conduire à l’Apocalypse.  Que le département d’Erat laisse bombarder la centrale nucléaire de Zaporijia ; qu’on ait osé assassiner la jeune Darya Douguina, fille d’un proche de Poutine,  sont les signes d’un inquiétant jusqu’au boutisme. Que Liz Truss qui doit devenir premier ministre du Royaume-Uni à la rentrée,  se dise prêtre à utiliser l’arme nucléaire, même ce cela signifie une « annihilation totale » , n’a rien de rassurant. Mais nous nous plaçons dans l’hypothèse ou, devant l’Apocalypse, la raison finira par l’emporter.

Les ébranlements majeurs des régimes politiques, au moins en France : 1815, 1870, 1940 se sont produits sous l’effet d’une défaite.

 

Décrédibilisation

 

Les dirigeants européens qui se sont engagés inconsidérément dans la guerre d’Ukraine jusqu’à mentir à leur peuple, les médias qui les ont accompagnés dans cet engagement , ne pourront que se trouver   gravement décrédibilisés face à leurs populations. Ils le sont déjà,  dira-t-on. Peut-être mais c’est en raison de leur obéissance aveugle à un commandement extérieur , celui de Washington, qui a mené de bout en bout   toute cette aventure.

Nul ne sait quelles seront exactement les répercussions de la défaite de l’OTAN sur les gouvernements qui la composent.  En  l’espace de deux mois, sont tombés les gouvernements du Royaume-Uni, d’Italie, de Bulgarie, de Lituanie sans qu’on en sache les raisons exactes . On connait la fragilité de ceux de la France et de l’Allemagne. On s’attend à la défaite des démocrates aux élections législatives américaine en fin d’année.

La révélation de l’ échec d l’OTAN coïncidera avec le début des graves difficultés économiques résultant entre autres des sanctions   imposées à la Russie.

 

L’effet des sanctions  sur l’économie de l’Europe occidentale

 

Quand ces sanctions se traduiront pour les Européens par la baise du  niveau de vie ou l’incapacité à se chauffer l’hiver prochain,  voire de se déplacer, les peuples ne pourront pas ne pas dire :  « tout ce branle-bas pour rien ! ; c’est pour finalement échouer qu’on nous a imposé des restrictions si considérables ! Macron a beau préparer l’opinion pour ces vaches maigres, leur annonçant avec emphase la fin de l’abondance ( sauf  pour les très riches qui ont eu jusqu’ici toutes ses faveurs) , sa crédibilité sera proche de zéro quand la situation s‘aggravera. Il a beau se poser en résistant de la liberté face au totalitarisme, comme s’il n’était jamais sorti de la guerre froide, les populations vont s’interroger sur la différence abyssale entre le régime de Poutine et ce qu’était le communisme, sur la gigantesque corruption qui règne en Ukraine, sur les provocations américaines et européennes qui ont, depuis 2014,  favorisé le conflit. Il y a peu de chances qu’ils s’acceptent les yeux fermés les restrictions prêchées par des gens qui auront perdu toute crédibilité. 

Les Etats-Unis ne seront pas épargnés. Il ne faut pas exclure que l’aventure ukrainienne et les sanctions qu’ils nous ont imposé de prendre aient eu pour but secret d’affaiblir l’Europe coocdnetale, singulièrement l’Allemagne, de la domestiquer un peu plus et de continuer comme avant car ils ont , eux, du gaz et du pétrole en abondance.  Ont-ils cependant envisagé dans leurs calculs le gigantesque affaiblissement du dollar, que les Russes proposent à leurs soutiens de remplacer par le rouble ? Derrière le rôle du dollar, c’est toute la puissance américaine qui est en cause.

L’ébranlement ne portera pas seulement sur l ’hégémonie politique de L’Occident mais aussi sur toute une vision du monde portée par la majorité démocrate américaine ( avec tous les lobbies qui l’ont soutenu des Gafam à Hollywood, de l’Etat profond américain à Black lives matter, des LGBT aux ultra féministes ,avec l’appui massif de la presse,  eux-mêmes relayés en Europe par la plupart des gouvernements spécialement celui de Macron ) , portée aussi par le  Forum de Davos, par des  milliardaires comme Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos , Warren Buffet ou  George Soros,  par le GIEC . Les milieux LGBT , qui sont les plus engagés dans le soutien à l’Ukraine, dont ils voudraient faire une réserve de bébés à GPA, l’ont compris, les gens du Forum de Davos ( les milliardaires du monde ) aussi : le dernier forum  s’est tenu  dans un climat assombri par la crainte de la défaite de l’OTAN en Ukraine dont les participants  ont bien compris  bien qu’elle sera la leur.

Il est douteux que la Russie veuille poursuivre son avantage, comme on le dit pour nous faire peur, en envahissant les pays baltes, la Pologne, la Roumanie  : Poutine n’est pas assez fou pour cela. Mais son influence invisible va s’exercer bien plus qu’avant sur la culture dominante de l’Europe de Ouest ; comme l’a montré Hegel, le rapport des civilisations est tributaire de leurs  rapports de forces militaires.  L’influence subliminale des vainqueurs n’a pas besoin de domination politique pour s’exercer.  Il est clair que , même si aucune de ses institutions n’est remise ne cause ( ce qui reste à voir), les manières de pensée de l’Europe occidentale seront infléchis. L’idée d’une marche en avent inexorable vers une société libertaire ( voir le  projet de Macron sur l’euthanasie)  ou libre-échangiste ou vers moins d’Etat seront remis en cause.

Face aux évènements immenses qui sont en train de se produire   dans l’espace américain et eurasiatique, nous sommes comme les riverains d’un océan  en attente d’un  tsunami. Parmi les hommes et les valeurs aujourd’hui en place, on ne se sait pas encore qui restera debout après son passage. C’est dans ce contexte qu’il convient d’être,  comme le dit l’Ecriture,  le rocher inébranlable, la pierre à même de résister à la vague attendue et sur laquelle se construira le monde nouveau.   

 

 Roland HUREAUX  -  28/8/2022

 

 

 

 

 

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 13:13

UNE GRAVE CRISE ECONOMIQUE ATTEND LA FRANCE. PAS D’AUTRE ISSUE QUE DE ROMPRE AVEC TOUT CE QUI L’ ENTRAVE , CE QUE MACRON NE FERA PAS

 

Personne ne doute que la fin de l’année 2022 soit pleine de sombres menaces pour la France et l’Europe.

Sur le plan strictement économique, deux menaces immédiates  : le glissement vers une inflation de plus en plus forte , la pénurie d’énergie et , par là,  une hausse des prix , voire des goulots d’étranglement qui entraineront l’ensemble de l’économie .

Que va faire Macron ?

Il nous prépare au pire en annonçant, d’un air pénitentiel, la fin de l’abondance : « vous avez assez joui, maintenant vient le temps de se serrer la ceinture », semble-t-il dire,  alors que la crise économique qui frappe l’Europe occidentale  résulte  , non    d’obstacles techniques ou de  pénuries réelles mais de décisions prises dans la sphère occidentale et que  Macron a toutes soutenues : confinement au-delà du raisonnable, politique de décroissance préconisée à Davos sous le prétexte climatique,  sanctions contre la Russie à quoi on peut ajouter le maintien à tout prix  de l’euro. La raréfaction des carburants fossiles ne résulte d’aucune pénurie absolue mais de l’arrêt de la prospection depuis trois ans en raison des bas prix des hydrocarbures et des théories malthusiennes de Davos , facteurs que  la spéculation n’a pas manqué d’exploiter.

Dès lors la sitation est claire : si Macron ne remet en question aucune de ces contraintes, toutes plus ou moins internationales mais appliquées avec la plus extrême rigueur en France, les choses ne pourront que s’aggraver sans qu’on sache jusqu’où.

Il n’est même pas sûr que dans ce cas les peuples réagiront : la baisse du pouvoir d’achat, assorti d’une propagande disant qu’elle est une inexorable  fatalité,  se traduit trop souvent par la résignation et l’abattement . Ce n’est pas ce qu’il faut souhaiter. Pour qu’il en aille autrement, il faut que nos contemporains comprennent que rien de cela n’était   fatal.

L’autre option est que France rompe avec les contraintes internationales, au moins une partie d’entre elles, qui empêchent tout retour à la normale.

Ces contraintes : on peut en compter d’abord trois principales :

  • Les contraintes de l’OTAN qui nous imposent de nous priver du gaz et du pétrole russes. Il faut , sinon lever toutes les sanctions, ce qui reviendrait à un virage géopolitique de première grandeur que personne n’est prêt à prendre dans l’immédiat , au moins  les appliquer mollement ou pas du tout.   Déjà , dans l’Europe du Sud, on commence à contourner les sanctions en passant par des pays tiers.  L’Allemagne, loin de nous en vouloir, profiterait du retrait français pour se retirer elle aussi.  Tiraillée entre différentes forces politiques, elle n’a pas encore fait le choix : soit appliquer les sanctions relatives au gaz , lesquelles seraient la fin de la puissance  économique allemande, soit ne pas les appliquer, ce qui lèverait une lourde hypothèque mais ne pourrait que  provoquer une crise avec les Etats-Unis.  L’alliance franco-allemande serait dès lors plus nécessaire que jamais.

 

  • Les contraintes de l’Europe de Bruxelles. La plus difficile est l’organisation du marché européen de l’électricité : elle est un désastre.  EDF est le producteur d’ électricité, grâce à son parc nucléaire, le plus compétitif d’Europe. La règlementation européenne l’a obligée à se scinder en plusieurs entités, ce qui n’est pas le plus grave, mais aussi à vendre des quantités considérables à prix coûtant , donc sans bénéfice pour elle, à des entreprises  purement  spéculatives qui n’ont  nullement participé aux investissements colossaux qui se trouvent en amont,  et à appliquer une prix de l’électricité élevé impacté par les insuffisances de   nos partenaires. Autrement dit,  l’avance qu’a prise la France en faisaint l’effort que l’on sait en matière nucléaire   ne profitera pas au consommateur français : son bénéfice sera partagé avec nos partenaires européens. Il est clair que la France a intérêt, pour permettre à sa population de se chauffer cet hiver, à se retirer de ce marché européen de l’électricité, faussement libéral ,  organisé par Bruxelles, sous l’influence de Berlin, pour la priver de son avantage structurel. De même, il faut , quoi qu’en pensent les Allemands relancer Fessenheim.

 

Ces deux ruptures seraient déjà considérables. Il en est une troisième qui le serait encore davantage  : la rupture avec l’euro ou plutôt ( car sans la France, l’euro n’est rien) la rupture de l’euro.

Dans l’analphabétisme économique qui règne aujourd’hui, bien peu comprennent, spécialement en France  ( en Grande-Bretagne, tout le monde l’a compris dès le début ),  combien la monnaie unique est destructrice pour l’économie française ;  destructrice pour  l’industrie : les géants du CAC 40 préfèrent investir à l’étranger , les PME délocalisent ou ferment , spécialement en milieu rural ; destructrice pour l’agriculture dont  les coûts sont devenus supérieurs à ceux de l’Allemagne ;  les éleveurs se suicident, les fermes disparaissent .  Exprimés en euros,  les coûts des produits allemands , hollandais ou finlandais sont en moyenne plus bas  de 25 %. Il en résulte un déficit chronique de la balance des paiements française et une perte d’emploi corrélative, qui ne pourront pas durer éternellement.  Seul le démantèlement de l’euro et un nouveau franc – ou euro-France, dont la valeur serait moindre que celle de l’euro actuel permettrait de rétablir notre compétitivité et donc notre croissance.

Les sanctions, l’énergie, l’euro sont l’essentiel . Il aurait fallu parler aussi de l’obéissance aveugle au GIEC, relayé par Davos et Bruxelles qui prévoit , pour lutter contre un réchauffement climatique hypothétique, le démantèlement de l’essentiel de notre industrie automobile, en particulier l’arrêt des véhicules au gazole pour lesquels nous étions très  compétitifs et qui contribuaient   à défendre le niveau de vie populaire. Rappelons-nous la relation entre la hausse du gazole et le mouvement des Gilets jaunes : il semble que les dirigeants français n’en aient rien appris.

Ne nous attardons pas sur  l’obéissance aveugle à l’OMS en matière de santé qui n’est pas pour le moment à l’ordre du jour.

L’important est que sur ces sujets : sanctions, énergie , industrie, il n’y a aucune solution sérieuse pour la France que est de rompre avec la dépendance à l’OTAN,  à Bruxelles , à Francfort . La rupture n’a pas besoin d’être complète ni définitive : on peut parler de suspendre certains de nos engagements pour motif d ’urgence : « l’urgence couvre tout » dit-on. Il est possible de rester dans l’Alliance atlantique en en quittant le dispositif intégré comme l’avait fait le général de Gaulle. Il est possible de suspendre notre participation au marché européen de l’électricité  tout en continuant certaines politiques communes.

Emmanuel Macron n’est capable, on le sait, d’aucune de ces ruptures.  Seuls les grands hommes savent rompre : le général de Gaulle avec l’Algérie , Mitterrand avec le tabou communiste, Chirac ( au moins sur l’affaire d’Irak ) avec l’ordre occidental . Lui n’en est pas capable.

Il ne faut pas non plus rêver de grand soir.

La France risque de continuer de s’enfoncer dans le marécage. Jusqu’à quand ?

 

Roland HUREAUX

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:46

LES   DEUX PETAIN

 

Les polémiques récurrentes sur le rôle de Pétain dans les drames de la Seconde guerre mondiale, en particulier la déportation de 74 150 juifs de France ( dont 11 000 enfants) sont depuis quarante ans, largement obscurcies par le brouillard idéologique.

De fait , il y a deux Pétain : pas celui de Verdun et celui de Vichy comme on l’a longtemps dit , mais celui de l’histoire avec ses complexités qui étaient d’abord celles de la situation, celui de l’idéologie post-soixante-huitarde portée aux condamnations sans appel .

Pout savoir comment fut perçu le Pétain de l’histoire, il faut revenir à la génération qui l’a connu :  sur le plan historique , le débat était, dans les années cinquante,  encore  ouvert . Les opinions pouvaient se partager sur les sujets critiques : l’armistice fit-il globalement positif ou négatif ?  Quel était le pouvoir réel de Pétain,  déjà avancé en âge,   sur les évènements ? Henri Amouroux et Robert Aron , plutôt indulgents pour lui,  étaient les auteurs de référence . Les travaux d’Albert Bayet, plus critiques , passèrent inaperçus.

Dans les repas de famille , s’affrontaient sans exclusives sommaires ceux qui avaient cru en Pétain et ceux qui avaient été enthousiasmés par l’épopée du général   de Gaulle. Pas de bagarre ,  pas d’affaire Dreyfus , pas de pro et antivaccin ou Poutine. Les uns disaient qu’il ne fallait pas accabler ce vieillard auquel on prêtait , à tort ou à raison, le mérite d’  avoir amorti le choc de l’occupation, les autres chantaient la gloire de la Résistance. Le mythe de l’épée et du bouclier faisait florès ; les uns et les autres se mettaient assez vite d’accord pour être plus indulgents pour Pétain que pour Laval. Les communistes étaient sans doute hostiles à Vichy mais au nom d’un anticapitalisme qui touchait au moins autant le camp libéral. La question des Juifs n’était pas encore à l’ordre du jour : on confondait les prisonniers de guerre, les déportés politiques en camp de concentration , principalement les résistants, et les déportés raciaux. Les anciens su STO , obtinrent même d’être reconnus, de manière abusive,  comme    «  déportés du travail ».

Antoine Pinay, qui avait été membre du Conseil national de Vichy,  a pu se révéler en 1952 un président du Conseil populaire. Un résistant de la première heure comme le colonel Rémy a pu alors prendre la défense de la mémoire de Pétain. 

De Gaulle revenu au pouvoir en 1958 pouvait, sans créer de scandale , envisager, pour apaiser les esprits, de transférer les centres du maréchal dégradé à Douaumont. L’extrémisme stupide des partisans de Pétain, Me Isorni ( lui-même ancien résistant) en tête, exigeant que l’on révise      en même temps   le procès de1945,  empêcha que cela se fasse. Aujourd’hui, ce transfert serait inconcevable.

Et puis, est venu mai 68.  Tout a changé . Le débat est alors devenu entièrement idéologique.  

La nouvelle extrême-gauche se définit par l’antifascisme – dans lequel elle mêlait aussi bien l’hostilité à Pétain qu’à De Gaulle ou à tout pouvoir « bourgeois » .  Mais Pétain fut une cible de choix .

Ce mouvement avait un antécédent : dès les années trente,  les philosophes de l’école de Francfort ( Adorno, Horkheimer, Reich, Marcuse et d’autres)  avaient répandu l’idée que le socialisme national (nazisme) s’enracinait dans la « personnalité autoritaire » de la vieille société allemande, autrement dit dans la morale traditionnelle. C’est à la destruction de cette morale que s’attachèrent, non seulement les membres de cette école, mais , plus tard, les philosophes français dont l’œuvre fut qualifiée outre-Atlantique de French théorie ( Foucault, Deleuze, Derrida, Bourdieu ) prétendirent poursuivre le travail . Les uns et les autres firent une partie de leur carrière aux Etats-Unis.

La théorie d’Adorno ne fut jamais sérieusement vérifiée. Des auteurs comme Boris Souveraine ou Hannah Arendt[1] ont pensé au contraire que le vivier du socialisme national avait été la masse des déracinés de la société industrielle privés de repères . La théorie de l’école de Francfort contredisait le sentiment immédiat des peuples qui, en Allemagne, en Italie et même en partie en France, en réaction contre les régimes autoritaires,  se jetèrent à la fin de la guerre dans les bras de la démocratie chrétienne, proche de l’Eglise catholique.

Cette théorie n’en constitua pas moins la base de l’immense mouvement de mise en cause de la morale traditionnelle dans tout l’Occident après la guerre ; un mouvement qui commença dès les années cinquante aux Etats-Unis avec le frauduleux rapport Kinsey   financé par le Fondation Rockefeller.

Pour le mouvement libertaire, il était difficile d’invoquer Hitler et Mussolini, tous deux étrangers à toute préoccupation religieuse ou morale : la haine du christianisme du premier était presque aussi vive que sa haine du judaïsme ; le second avait un solide passé anticlérical.   Pétain   à la fois complice des dictatures « fascistes » et   qui s’était appuyé ostensiblement sur une Eglise de France complaisante,  représentait , lui,  une cible idéale . On le créditait d’avoir voulu restaurer en France l’ « ordre moral » à la manière de Mac Mahon. De fait , le tableau est plus nuancé :  la loi de 1921 punissant sévèrement l’avortement et les débuts de la politique familiale datent de la IIIe République.   Beaucoup de résistants étaient catholiques et les mouvements de résistance avaient aussi une préoccupation morale. Mais l’idéologie ne donne pas dans la nuance :  Pétain était le chaînon manquant permettant au nom de l’antifascisme de subvertir la morale occidentale. Même si Vichy avait   cherché à asseoir sa légitimité par la rhétorique morale, il fallait cependant retoucher quelque peu le portrait du vieux maréchal libertin et agnostique   pour en faire une image de la vertu .

Toutes les idéologies conduisent au manichéisme. L’idéologie libérale-libertaire aussi.  Pétain devint une bête noire de choix, le repoussoir absolu. Seul Franco pouvait rivaliser avec lui dans la conjonction fantasmée du fascisme et du moralisme catholique.

Dans la démarche idéologique, toute parole d’indulgence, tout essai de compréhension de l’ infâme devient un crime .

Assurément le maréchal Pétain porte une lourde responsabilité dans les évènements de ces années. Mais pas celle que l’on croit.  Tenu pour un « maréchal républicain »,  parrain  occulte de l’armée française tout au long des années trente, il imposa de manière dogmatique une doctrine purement défensive, celle de la ligne Maginot et, pour l’appliquer,  un commandement médiocre , ce qui en fait un des grands responsables de la défaite de 1940. Cette défaite fut alors la faute originelle de la France , celle dont il faut faire avant tout repentance. Elle entrainait tout le reste : l’assujettissement à l’Allemagne, l’immense transfert de ressources y compris humaines vers celle-ci, l’application de la Convention de La Haye de 1907 sur le droit de la guerre qui donne les pleins pouvoirs   à l’occupant sur les territoires occupés,   soit toute la France métropolitaine à partir de novembre 1942. Mais dès lors que Pétain était devenu le repoussoir absolu de la philosophie dominante, tout ce qui pouvait l’accabler était bienvenu.

Dans le milieu anglosaxon, cette tendance se confondit avec le French bashing, la volonté d’humilier au maximum la France . Contre le général de Gaulle qui lui avait rendu, tout au long des années soixante, à la fois la fierté et une insupportable indépendance, Pétain fut appelé à la rescousse.  Cette volonté de salir la France en lui rappelant de manière obsessionnelle ses compromissions n‘a cessé de s’ aggraver,   conduisant certains dirigeants américains à la suite de la guerre d’Irak ( 2003 ),   à vouloir la faire disparaitre comme puissance.  C’est dans ce contexte que s’insère le célèbre livre de Robert Paxton sur Le régime de Vichy (1972) , particulièrement accablant pour notre pays   bien que d’une valeur historique contestable. Les historiens israéliens, Alain Michel et Simon Epstein furent bien plus ouverts à la singularité du cas Pétain.  

Il y a en définitive deux Pétain, le réel, qui mérite une approche sans indulgence mais aussi sans préjugés , avec toute le sens de la complexité que ne doit jamais perdre de vue un véritable historien et celui de l’idéologie libérale-libertaire qui règne aujourd’hui sur de larges secteurs d’opinion nationale et internationale et qui ne peut être que manichéenne.

Pétain ne mérite, pour les raisons que nous avons dites, aucune bienveillance . Mais il est temps que l’examen de son cas sorte des simplifications de l’idéologie pour redevenir une vraie question historique.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Emmanuel Todd a une position proche : pour lui,  l’essor des idéologies, dont le socialisme national, fait suite à la crise du fait religieux.

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:44

De récentes affaires ont tendu les relations entre la papauté et une partie des   catholiques français  : le motu proprio Traditionis custodes  du 16 juillet 2021  et ses suites, dont l’objectif avoué est de faire disparaitre  l’usage du latin dans l’Eglise, l’interdiction de six ordinations dans le diocèse de Toulon, interférence du pouvoir romain sans précédent, même aux pires époques de centralisme, l’ inspection de l’archevêque de Strasbourg ( sans consulter l’Etat alors que l’Alsace est en régime concordataire) . Ajoutons l’indifférence dans laquelle a été reçu en France le mouvement synodal voulu par le pape François : les réunions n’ont attiré que quelques vieilles personnes habituées des sacristies ; pas de jeunes : un échec.

Tout se passe comme si le pape jetait sur les églises d’Europe et singulièrement celle de France un regard décalé d’au moins trente ans.  Pour lui, des structures et des habitudes vieillies ont persisté malgré le concile Vatican II ; il est temps de réaliser le véritable aggiornamento souhaité en son temps par le pape Jean XXIII.  Le tempo auquel se réfère ainsi le pape est sans doute celui de l’Eglise d’Argentine, en retard, comme beaucoup d’Eglises d’Amérique latine,  sur le mouvement général de la catholicité.

Cette vision , si elle est bien celle de Rome, comme cela semble être le cas, est un contre-sens.

 

Le grand chambardement a déjà eu lieu

 

Le bouleversement   des habitudes que le pape François souhaite susciter dans l’Eglise de France a déjà eu lieu entre 1965 et 1975. Il s’est traduit par l’abandon de plus de 2000 prêtres, une chute rapide des ordinations, jusqu’à l’étiage inchangé depuis 1975 au niveau   de 100/150 nouveaux prêtres par an , ce qui n’est pas rien, par des bouleversements liturgiques hasardeux et l’éloignement de l’Eglise d’une partie croissante de la population . C’est à ce moment là que se sont multipliés les faits de pédomanie : il s’agit d’ un moment de l’histoire de l’Eglise et non d’une constante : le mot d’ordre, plus soixante-huitard que  conciliaire , était pour les prêtres et les laïcs de se « réaliser ».  

Ce traumatisme a été aggravé par la dureté avec laquelle les évêques de France ont   appliqué la réforme liturgique, confondant la permission avec l’ obligation de dire la messe en français,  qui s’est traduite par le schisme de Mgr Lefèbvre – qui avait pourtant voté presque toutes les motions du concile.

C’est pourquoi  l’élection de Jean Paul II fut si bien accueillie dans notre pays  : poursuivant et même amplifiant l’engagement du Saint-Siège dans la défense des droits de l’homme, le pape polonais mit fin à un certain nombre d’extravagances théologiques et liturgiques qui avaient marqué l’après-concile, restaurant en particulier la rigueur dogmatique traditionnelle de l’Eglise par un catéchisme devenu une référence . Son successeur Benoît XVI reconnut officiellement une diversité liturgique à même de faire cohabiter de manière bien plus pacifique qu’on ne l’a dit les rites latin et français .

L’expérience « progressiste » des années soixante et soixante-dix s’est également essoufflée parce que les individus et les familles qui ont fait ce choix ont généralement perdu la foi et n’ont suscité pratiquement aucune vocation   sacerdotale. 

On peut dire aujourd’hui qu’environ les deux tiers des séminaristes français sont issus de la mouvance traditionaliste , même quand ils font le choix de séminaires diocésains pour éviter les problèmes de débouché, et le restant  d’une société laïcisée peu concernée par les questions internes à l’Eglise.

C’est dire que les orientations du pape François sont apparues comme singulièrement déphasées par rapport à    l’histoire réelle de l’Eglise de France.

Ces orientations ont redonné un semblant de vie aux   tendances « progressistes » qui subsistaient mais de manière totalement artificielle . Le fait qu’elles contrôlent l’essentiel de la presse catholique ou certaines instances bureaucratiques d’Église ( le secrétariat de la Conférence des évêques de France par exemple) fait croire qu’elles vivent encore. Mais cette vie n’est que d’apparence.  L’Eglise dite conciliaire ne suscite qu’indifférence chez les jeunes.

A l’inverse , les jeunes sont nombreux pour suivre la liturgie latine là où elle a été maintenue ou restaurée . Dans une commission du Vatican, un cardinal éberlué par ce fait a supposé que ces jeunes étaient atteints d’une maladie mentale !

 

Un retour en arrière idéologique

 

Ce qui reste de « progressistes », plus dans le sommet de l’Eglise que sur le terrain,  sentent bien que la situation leur échappe.  Comme tous les idéologues confrontés à une contestation, de la même manière que dans la vie civile, ils se crispent pour préserver leur dogme – celui d’une évolution linéaire de l’Eglise dans le sens du « progrès » , et sont tentés de l’imposer   à toute force par l’autoritarisme.  Au vu de dernières décisions, le Vatican se prête assez clairement à ce jeu. Singulier paradoxe en effet d’une institution qui prône partout la décentralisation et la démocratisation ( dite synodalité) en même temps qu’elle se fait   plus autoritaire et interventionniste que jamais.

Cet autoritarisme est désastreux : il amène une méfiance a priori pour les prêtres ou les communautés religieuses les plus remplis d’ardeur missionnaire, lesquels , sans être des intégristes, tournent rarement le dos à la tradition. Il s’ensuit des persécutions mesquines de style bureaucratique.   Comme animée d’une pulsion suicidaire, l’Eglise de France suspend ou relègue au placard,  pousse parfois aux extrémités,  ses meilleurs éléments, dissout des communautés dynamiques.   

Un jeu complètement artificiel . On cherche en effet en vain les percées intellectuelles qu’aurait permises le prétendu progressisme ; il se résume à quatre ou cinq questions touchantes toutes , de manière obsessionnelle,  à la sexualité,  les mêmes depuis soixante ans :  le mariage des prêtres,  l’ordination des femmes, la réhabilitation de l’homosexualité, les divorcés remariés. Comment s’étonner que la jeune génération à la recherche d’un absolu qui tranche avec la confusion du temps, trouve lassantes ces ritournelles soixante-huitardes dépassées ?

 

Tradition et avenir

 

Je n’y ai longtemps pas cru, pourtant les faits récents montrent que le retour à la foi , s’il a lieu , se fera probablement sous l’inspiration traditionaliste  (  ce qui ne veut pas dire schismatique) . Les tentatives d’étouffer cette tendance ne sont que des combats d’arrière-garde.  

Le modernisme des années soixante et soixante-dix a été aussi stérile en matière liturgique que théologique. L’autorisation du culte en français par le Concile a donné naissance à une masse de cantiques médiocres, généralement triomphalistes. Paradoxe en effet : alors que ce sont généralement les ultra-conciliaires   qui dénoncent le triomphalisme d’autrefois ,  c’est dans le nouveau cadre que se sont multipliées des liturgies voulues « festives », donnant l’impression que la communauté se célèbre elle-même ( un reproche qu’on pouvait déjà faire aux cantates de Bach ! ).  Une autocélébration ennuyeuse : voilà où mène le sacrifice de la sacralité à la dimension « communautaire ».  Rien à voir avec l’immense monument du grégorien , tourné vers la seule transcendance , totalement empreint de l’humilité monastique, un héritage aussi précieux que les cathédrales romanes et gothiques[1].    

La conviction que l’usage du rite ancien,  pas seulement par les lefèvristes, est une relique du passé qui s’effacera au moyen de quelques coups de crosse, fait penser à celles des assemblés de la Révolution française, dont la majorité de membres , imprégnée de la philosophie de lumières,  pensait que la religion catholique était une survivance dont quelques lois viendraient vite à bout.  Parmi ces lois, la Constitution civile du clergé qui leur parut anodine mais qui violait les droits historiques de l’Eglise de France. Ils durent déchanter : la question religieuse entraina la guerre civile , puis , après maintes tribulations, la réhabilitation du catholicisme sous la forme du Concordat de 1801 et, on l’oublie,  le retour d’une partie de la population à une foi plus ardente qu’avant, d’où émana au XIXe siècle une floraison sans précédent de   saints français.

 

Roland HUREAUX

 

13/8/2022

 

 

 

[1] Nous n’établissons pas pour autant de relation entre l’attrition du latin et l’étrange incendie de Notre-Dame.

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:42

Les Français ont longtemps été fascinés par les Scandinaves , spécialement par le « modèle suédois », peu différent de celui des autres pays nordiques.

Il est vrai que ces pays ont bien su mener leur barque sur le plan économique. Peu peuplés, il leur suffisait de quelques spécialités technologiques pointues pour équilibrer leur commerce international et financer un système social développé.

La propagande a fait le reste ; jamais un Suédois ne dit du mal de son pays ; alors qu’à l’inverse les Français ne cessent de dénigrer le leur.

Le modèle suédois était unique dans les années soixante-dix :  transferts sociaux élevés, souci d’ assurer le développement optimum de l’enfant et surtout liberté sexuelle faisaient rêver .

Pourtant, dès 1971, l’essayiste britannique Roland Huntford[1]   mettait n’en garde contre un « nouveau totalitarisme », une société étouffante d’où , sans que la police ait besoin d’intervenir, un pesant conformisme social-démocrate régnait en maitre.  Le souci hygiénique , issu du moralisme protestant, donnait aux services sociaux un droit d’intervention large dans la vie des familles, jusqu’ aux abus que l’ont trouve évoqués dans les romans de Stieg Larsson . Un enfant pleure trop fort, les voisins vous dénoncent et l’enfant est placé.

Aujourd’hui, ce modèle fascine moins parce que la société française l’a largement rattrapé :  l’évolution des mœurs,  le poids de l’Etat, un nouveau moralisme oppressif de type woke  se conjuguent pour nous mettre au même niveau que la Suède.

Dans cette période bénie où s’affirmait une singularité suédoise , ce pays a témoigné   d’autres qualités ; la première est l’ indépendance fondée sur une neutralité qui dure depuis   1815. C’est grâce à elle qu’il   n’a  participé à aucune des guerres mondiales . Durant la guerre froide,  le premier ministre Olaf Palme se mit,  non sans brio,  à l’écart de l’Est comme de l’Ouest – il se peut qu’il en soit mort 

La neutralité de la Finlande fut une acquisition récente. Intégrée à   la Russie jusqu’en 1917, elle sut repousser son puissant voisin en 1940,  non sans recourir à l’aide allemande puis occidentale. Sa bravoure permit à la Finlande de trouver un statut original de neutralité : Staline consentit à ce qu’elle reste un Etat démocratique à condition qu’elle ne rentre pas dans l’OTAN , une solution qui ne fut pas permise à la Pologne ni aux autres pays de l’Europe centrale et orientale sous occupation soviétique , une solution qui fut envisagée plus récemment pour l’Ukraine et qui aurait évité la guerre ,  que , cette fois, le jusqu’au boutisme américain a empêché d’aboutir.

La neutralité était aussi un facteur de prestige. A cause d’elle,  ces pays ont pu donner de hauts fonctionnaires internationaux de grande classe comme les Suédois Dag Hammarskjöld ou Hans Blix.

Mais aujourd’hui tout change : la Suède et la Finlande , pris dans l’hystérie occidentale antirusse répandue par toutes les techniques d’influence développées à Washington , veulent à toutes forces jeter aux orties leur neutralité , comme d’autres leur virginité et adhérer à l’OTAN ; seul le veto d’Erdogan freine pour le moment cette adhésion.

Quel singulier paradoxe !  La Suède n’a pas eu peur quand , à ses portes, Staline massacrait des dizaines de millions de gens, quand , au plus fort de la guerre froide, l’ immense arsenal nucléaire soviétique se déployait dans son périmètre proche , appuyant une doctrine, le communisme,  qui ambitionnait ouvertement de conquérir le monde . Même chose pour la Finlande.

Et maintenant , voici que ces pays sont paniqués par  la  Russie de Poutine, qui n’a rien  de comparable à ce que fut  jamais l‘Union  soviétique , une Russie où seuls quelques empoisonnements  , plus ou  moins ratés,  sont reprochés au régime , un régime qui n’a aucune idéologie à exporter sauf la religion orthodoxe sans prétention à la conquête du monde,  où  Poutine a dit expressément qu’il était prêt  à vivre en paix avec tous ses voisins , ce qui valait autant pour  la Finlande que pour l’Ukraine,  à  condition qu’ils n’adhèrent pas à une alliance ouvertement hostile à la Russie.

Qui peut penser que la sécurité de ces pays serait améliorée par une telle adhésion ?  C’est clairement le contraire. Jusque là neutres, il se placent dans une position d’antagonisme ouvert vis-à-vis d’un proche voisin   ; le cas ukrainien montre clairement que les Etats-Unis ne sont pas prêts à risquer un affrontement direct  pour de petit pays d’Europe septentrionale ou orientale, qu’ils soient hors de l’ OTAN – et même dans l’OTAN. Le général de Gaulle avait en 1966 dit combien l’engagement américain en Europe était problématique dès lors que des représailles étaient possibles sur le territoire des Etats-Unis . Cela valait dans les années soixante où les Etats-Unis étaient les plus avancés . Cela vaut encore plus aujourd’hui où il n’est pas certain que la force militaire de la Russie ne surclasse pas celle de l’OTAN

Non décidément les nordiques ne sont pas si intelligents qu’on croit.

Roland HUREAUX 

14/8/2022

 

 

 

 

 

[1] Roland Huntford, Le Nouveau totalitarisme , 1971.

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