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Roland HUREAUX

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 11:05

Malgré un contexte international tourmenté : Ukraine, Arménie et surtout Proche-Orient, le  président Macron n’a pas renoncé à mettre prochainement à l‘ordre du jour   des assemblées une loi  légalisant , de quelque nom qu’on l’appelle, l’euthanasie ? Un mot dont on a déjà honte, préférant « aide  à mourir » ou « suicide assisté »  ; il reste que, quelque nom qu’on lui donne , ce dont il est question est un acte de mort donné volontairement à une personne,  consentante ou non.

Mais, dira-t-on, ce n’est qu’une loi « sociétale »  sans rapport avec ce qui se passe sur la scène internationale . Pourtant ,  dans les deux cas, on touche  la mort.  Dans la guerre comme dans le suicide   assisté ou pas, est à l’œuvre  ce que Freud appelle  l’instinct de mort.

Le premier grand programme d’euthanasie, dit Aktion T4 a été lancé en juin 1939, deux mois avant que n’éclate cet effroyable massacre que fut la seconde guerre mondiale , le 1er septembre 1939. Sans doute ne faut-il pas abuser de ce genre de rapprochement mais, dans les orages que nous traversons, il est permis d’y  penser.

La mort volontaire, s’appelle le suicide. Le projet de loi Macron  arrive à un moment où les signes d’un suicide collectif de l’Europe se multiplient.

D’abord la démographie. Le covid a causé une chute brutale de la fécondité en France qui nous éloigne du seuil de  renouvellement qui  est, on le sait,  de 2,1 enfant par femme. Il est tombé sous Hollande et Macron ( dont on  sait comment ils ont opéré des coupes  sombres    dans la politique  familiale) à 1,8 ; il serait aujourd’hui au-dessous de 1,6 ( en incluant la natalité plus forte des populations immigrées).  Cela représente une réduction de  la  population de près de  30  %   à chaque génération :  l’espérance de vie de la France est faible. Il n’en va pas différemment dans le reste de l’Europe.

Frappé de l’atmosphère déprimante dans laquelle ils sont accueillis dans la société, et marqués par la propagande intense qui, dès la petite école,  prône la décroissance, les privations, - et sans qu’on le dise explicitement, le chômage de masse, effet direct de la décroissance,   culpabilisés  par l’idée de polluer la terre  en mettant au monde des enfants , près de la moitié de nos jeunes n’en veulent pas.   Tout se passe comme si, sous prétexte de défendre la nature, l’homme était devenu un ennemi.  

L’esprit suicidaire touche aussi l’économie : la gestion de l’énergie, beaucoup plus chère , non par épuisement  des ressources mais du fait de décisions purement politiques (sanctions, marché unique de l’électricité), la défense , largement démantelée par des envois d’armes en Ukraine , sans qu’on en sache encore l’utilité et qui occasionnent d’étranges  trafics: certaines  de ces  armes ont été trouvées à Gaza.   

Il n’est que de regarder ce qui se passe dans le pays qui ont adopté l’euthanasie : Pays-Bas, Belgique, Suisse,  Canada  : beaucoup de nos correspondants témoignent  de  l’atmosphère débilitante qui y règne.   

Cette atmosphère touche  en particulier les hôpitaux où , chez nous, bien peu de soignants aspirent à ce que s’ouvre un « couloir de la  mort ». Les associations qui refusent l’euthanasie  représentent en France 80 % des soignants . Apparemment Macron est prêt à passer   outre. L’épidémie de covid a montré les difficultés de fonctionnement de l’hôpital français, naguère si performant. Au moment où tant de services sont fermés, tant de postes vacants, n’y a-t-il rien de  plus urgent que d’ouvrir des services d’euthanasie ?

Il y aura peu de demandes  dit-on. Voire ! Les pays  précités et  d’autres nous montent combien l’ouverture d’un droit à l’euthanasie   ouvre la porte à des abus : il n’est pas question  que d’adultes, en Belgique la procédure a été ouverte à des adolescents,  voire à des enfants. Il n’est pas question non plus que de souffrances physiques :   sont  aussi , de plus en plus, prises en compte les  souffrances morales. Imaginons un  adolescent  qui connait un chagrin d’amour. Ils se fera reconnaitre en état dépressif par un médecin. Cet état supposé lui donnera  « droit » au suicide assisté !  

 

Un projet purement idéologique

 

Il s’agit d’une réforme typiquement  idéologique. Qu’est-ce qu’une réforme idéologique ? Une réforme qui ne vise à apporter   aucune solution à un problème  mais  qui   a pour but de mettre en œuvre  une  idéologie. En l’occurrence celle selon laquelle l’homme  doit être entièrement maître de son destin , y compris de sa mort. Etendront-ils  cette logique  à l’humanité qui , grâce à l’arme atomique, est elle aussi aujourd’hui maîtresse de son destin ?

Une réforme qui n’est pas nécessaire, car les soins palliatifs ont fait tant de progrès que les cas où  l’euthanasie pourrait être envisagée sont devenus très rares.  Le « droit » à l’euthanasie, les exemples étrangers le montrent, y mettrait fin à ces services où tant de soignants se dévouent pour adoucir les derniers jours des patients.  Le grand public ne le sait  pas toujours car  une partie  confond l’ euthanasie active avec le refus de l’acharnement  thérapeutique , désormais encadré par la loi Léonetti, qui  n’est pas en cause ici.  

Les abus que nous venons de signaler sont une des raisons pour lesquelles les grandes puissances se sont gardé de s’engager dans cette voie : seulement cinq Etats sur cinquante aux Etats-Unis, ni la Russie, ni la  Chine, ni l’Inde, ni aucun des grands pays européens[1].

En ce domaine, comme en d’autres, la France se déclasserait en suivant le projet présidentiel relatif à la fin de vie.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Certains pays comme  l’Allemagne, sont allés jusqu’au suicide assisté mais ont refusé l’euthanasie active. Nous n’avons pas inclus le Canada, très étendu mais peu peuplé,  dans les grandes puissances.

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 10:06

C’est en vain que les conservateurs cherchent dans la laïcité de l’enseignement public les raisons de sa décadence actuelle. Pire que décadence, décomposition, déjà avancée,  qui se mesure à différents critères : baisse générale du niveau, volant croissant d’illettrisme, loi du plus fort dans les cours  de récréation (que, faute de pouvoir l’empêcher, on  appelle harcèlement,), démoralisation et recul  intellectuel du corps enseignant, désordre et indiscipline  au sein même des locaux scolaires . En aval, la baisse du niveau de nos ingénieurs  et donc de la capacité économique  du  pays ou  l’inculture de nos hommes politiques.

Il n’en a pas toujours  été ici. Le XIXe siècle avait vu l’instauration  en France d’une forte école publique : les lycées de Napoléon calqués sur les collèges jésuites ( où le son du clairon remplaçait au réveil la cloche ! ) , l’œuvre réformatrice de François Guizot,  de Victor Duruy et d’autres. Elle était complétée par une école privée solide où la classe dirigeante apprenait les humanités classiques.  

Jules Ferry ne fit que parachever un long mouvement d’alphabétisation qui commence à la fin de XVe siècle avec l’invention de l’imprimerie et qui suit une pente ascendante presque continue jusqu’à toucher  presque toute la  population dès 1870. Etape importante : l'ordonnance du 13 décembre 1698 de Louis XIV obligeant  les parents à envoyer leurs enfants jusqu'à 14 ans à l'école paroissiale, appelée aussi « petite école ». Le coût en était modique, les frères des écoles chrétiennes prenant en charge les plus pauvres.

L’alphabétisation, largement entamée sous l’Ancien Régime toucha les garçons avant les filles, le Nord avant le Sud.

La Révolution  française, en désorganisant le réseau de l’Eglise sur lequel s’appuyait le système scolaire, marqua  un recul qui ne fut  rattrapé que dans le courant du XIXe siècle. La loi Guizot  du 28 juin 1833  sur l'instruction primaire qui organisait  un système scolaire public, gratuit pour les pauvres,  marqua un pas en avant important.

Si la gratuité était à peu près acquise, seule la IIIe République instaura  l’obligation, et naturellement  la laïcité.

L’école de Jules Ferry

La laïcité signifiait la disparition de tout enseignement  ou référence religieuse au sein de  l’école publique. Le souci de Jules Ferry et de ses  proches, généralement  protestants et kantiens, était moins philosophique que politique.   L’enseignement religieux à l’ école impliquait une  tutelle de l’Eglise sur les enseignants . Or  Ils voulaient abolir cette tutelle , persuadés qu’ils étaient  l’Eglise était ennemie de la science  ( qui le leur avait fait croire ? ). Or ils ne voulaient pas que le France soit en retard sur l’Allemagne  qui venait de nous battre en 1870, laquelle,  au temps du Kulturkampf [1],  prenait son envol en matière de sciences physiques et naturelles. Pour préparer la revanche, il fallait des Français ouverts au progrès et donc, selon eux,  une école exempte  de toute tutelle ecclésiastique.

Mais le souci de Jules Ferry  fut tout autant de maintenir au sein de l’école l’enseignement  moral issu du  christianisme, exempt de toute considération métaphysique :  la  morale chrétienne laïcisée dit Jean-Paul Sartre. Le but en était de développer les vertus familiales, le sens du labeur, les  capacités professionnelles et éventuellement militaires du peuple par  une meilleure instruction et le développement  des qualités  pratiques, à  commencer par le sens de la discipline.

La laïcité de Jules Ferry ne devait heurter aucune conviction religieuse : On connait sa célèbre lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883 :

« Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment : car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. »

L’école laïque  était  ainsi fondée sur une morale laïque, autre nom de la morale naturelle, où beaucoup voient, au travers  de  la loi de Moïse, le fondement   de la morale chrétienne.  La classe s’ouvrait chaque matin par la célèbre  leçon de morale, autour d’une maxime écrite au tableau.   Il y avait sans doute alors plus de morale à l’école publique qu’il n’y en a aujourd’hui en bien des écoles confessionnelles.  Ces principes furent observés sans défaut jusqu’au début des années soixante.  

Ajoutons que  l’école (instruction publique) voulait d’abord instruire, sans prétendre  regénérer l’humanité ( éducation nationale), hors la morale commune. L’école de Jules Ferry prétendait renforcer  l’action des familles et non le déconstruire.

 

La laïcité post-soixante-huitarde

Les choses ont bien changé  aujourd’hui tant  du point de vue  de l’instruction  générale que de la laïcité.

C’est à tort que certains  voient dans  la dégénérescence actuelle de l’école la continuation de la Révolution  française et de la laïcité de la IIIe République.

Il y a une deuxième laïcité qui prend naissance en mai 68 et qui n’a rien  à voir avec la laïcité de Jules Ferry. La première était fondée sur l’existence d’une morale universelle et sur le respect rigoureux de toutes les croyances religieuses. La seconde repose sur la négation de la morale et le mépris des convictions religieuses.

En mai 68, le quart d’heure de morale fut aboli, sans qu’à ma connaissance, aucune circulaire  l’ait ordonné, sous le seul effet de l’air du temps. Les idées de devoir, y compris familial, de discipline , de vertu furent  du jour au lendemain déclarées obsolètes.

Le respect d’autrui, n’étant plus enseigné comme  tel ou si peu , il  se trouva peu à peu éclaté en respects particuliers : celui des gens d’une couleur différente (l’antiracisme) , des immigrés, des femmes, des homosexuels etc. Pas celui des parents et des maîtres !  Le sens d’un autrui ( ou prochain )  respectable en tant que tel se perdit.

Parallèlement, les enseignements,  notamment  ceux de l’histoire, de  la littérature, de la philosophie cessèrent  de se soucier du respect de la conscience des élèves. Quel parent d’élève catholique n’a pas été témoin de  la souffrance d’ enfants qui devaient entendre à longueur  de cours  des critiques de l’Eglise catholique et du christianisme ?

Non seulement on cessa d’enseigner  la morale classique mais,  sous différentes  formes, en particulier la prétention à éduquer la sexualité, lui  a été délibérément substituée  une morale idéologique souvent contraire aux règles ancestrales. Une étape supplémentaire  a été franchie à la rentrée 2023 avec l’obligation  à tous les niveaux, dès la maternelle, d’une « éducation » à la   sexualité faisant une large part à l’enseignement  de la masturbation ou à la notion , pourtant non scientifique,  de genre avec ce qui  va avec,  comme la possibilité de  changer de sexe , si déstabilisatrice pour les adolescents.

La laïcité, jadis neutre,  s’inscrit désarmais dans la culture woke. Woke veut dire éveillé, en matière de  conscience  de classe, de race, de respect des diversités sexuelles, de refus de toute  forme de patriotisme. La théologie de la libération  parlait de « conscientiser » mais cela ne  s’appliquait qu’à la lutte des classes. Aujourd’hui , la subversion des repères s’applique à tout.  La nouvelle laïcité ne prétend pas respecter l’héritage  des parents mais au contraire arracher les enfants aux conditionnements familiaux et cela par des transgressions délibérées. C’est pourquoi l’enseignement est désormais obligatoire dès l’âge de trois ans. C’est pourquoi des caricatures de Mahomet sont présentées aux enfants musulmans, légitimement indignés[2].

La laïcité classique respectait tous les dogmes mais  imposait une morale tenue pour universelle,  en harmonie avec celle qui était transmise  par les familles du peuple ;  la nouvelle laïcité , ne reconnaissant pas de morale naturelle,  tient les choix moraux des familles pour des données relatives. La nouvelle laïcité ne se contente pas de la neutralité en matière de dogme mais prétend aussi être neutre en matière de morale. Critiquer l’avortement ou l’homosexualité est désormais tenu pour une   atteinte à la laïcité. Et  le meilleur moyen de s’en préserver est d’inculquer aux enfants qu’il ‘agit de choses normales.

De pair avec ces évolutions, va le déclin rapide du niveau du fait de l’indiscipline , non seulement  sociale mais aussi intellectuelle. Ce n’est pas seulement là l’effet d’un simple  relâchement  mais aussi d’idéologies qui la récusent :  se  sont propagés le principe qu’il «il est interdit d’interdire »,   l’idée que l’enfant doit  être « au centre de l’école », ce qui eut dire qu’il en sait  autant que l’enseignant, idée porteuse de  relents du surréalisme qui valorisent  la libre expression, tenue a priori pour géniale.  Ces conceptions sont fatales à l’exigence d’une orthographe correcte .  Elles se sont accompagnées    de théories pédagogiques à caractère idéologique sans fondement scientifique solide : méthode globale de lecture,  grammaire structurale, mathématiques dites  modernes,  c’est-à-dire loin du concret ,  et peut-être bientôt,  écriture inclusive. Les cours pratiques ont été  abolis : la vieille arithmétique des problèmes de robinet, les cours de couture des filles etc.

Les aumôneries , préservées aux marges de l’enseignement secondaire,  auraient pu compenser ces faiblesses  mais,  prises dans la tourmente qui a suivi le concile du Vatican Ii , elles ne pouvaient guère jouer un rôle structurant chez la minorité de jeunes qui les suivaient.  

Il faut ajouter à ces dérives le faux égalitarisme d’inspiration marxiste popularisé par Bourdieu  qui a conduit au tronc commun du secondaire  ( une idée acceptable à ses tout débuts mais qui  s’est  ensuite pervertie) , la suppression des classes de niveau , la quasi-interdiction des redoublements, le relâchement des exigences de tenue  pour soi-disant ne pas handicaper les enfants d’origine modeste . Cette idéologie égalitaire a eu  le résultat de toutes les idéologies, ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires au but poursuivi »,  l’accroissement des inégalités, au lieu de l’égalité, un ascenseur social en panne , les plus aisés  se réfugiant dans l’enseignement privé , les autres  stagnant dans une école publique devenue médiocre.  Faute de redoubler,   les moins doués    prennent l’habitude de ne rien comprendre , ce qui les prépare sans doute  à une société moderne qui bannit toute critique des logiques dominantes, y compris celles de l’éducation  nationale !

Tout cela est à mille lieues de la IIIe République. Au lieu d’une morale universelle , l’immoralisme ;  au lieu de l’ « élitisme républicain », un faux égalitarisme de la médiocrité ;  au lieu de la rigueur , le laisser aller ;  au lieu de la discipline,  la loi du plus fort dans les cours de récréation et même en classe ;  au lieu de la tolérance, le piétinement  des convictions religieuses et morales ;  au lieu du respect des maîtres , la désinvolture généralisée .

Loin d’être un effet retardé de la Revolution française, la laïcité post Mai 68  représente    l’intrusion massive des idées anglo-saxonnes de l ‘après-guerre, souvent promues par des   institutions comme la Fondation Ford ou la Fondation Rockefeller. La critique radicale de la discipline a été formulée par l’école de Francfort, née en Allemagne dans les années vingt,  exilée aux Etats-Unis en 1933,   en particulier  par Theodor Adorno    qui , campant la silhouette de la « personnalité autoritaire » ( c’est à dire morale ), y voit l’origine  du nazisme… La fondation  Rockefeller a aidé  les recherches d’Adorno ; elle a soutenu aussi   le rapport  Kinsey (1951) qui conduit à  l’idée que toute forme de contrôle de la sexualité n’est  qu’hypocrisie. Ces idées furent relayées par ce que les Américains appelèrent  la « French theory », Bourdieu, Deleuze, Derrida , Foucault,  tous « déconstructeurs »  et qui prospérèrent  dans les universités américaines à partir de 1970  sur  un  terrain   préparé par l’ école de Francfort . C’est  dans celle-ci qu’il  faut chercher les origines des idées de  Mai 68, dont on est au regret de dire qu’au  départ, elles n’avaient rien  de français.

Ces idées pénétrèrent l’école  allemande dès l’après-guerre :  l’armée américaine, inspirée  par l’école de Francfort revenue de  son exil d’outre Atlantique , prétendait extirper tout ce qui aurait pu ramener le socialisme national ,  à commencer par le principe d’autorité ou la morale sexuelle .  La France suivit trente  ans plus tard.

Est-il nécessaire de dire que ce qu’est devenue l’école publique offusquerait gravement Jules Ferry et les milliers de « hussards  noirs  de la République »  fidèles aux  principes de  la laïcité classique, dont sa morale,  pendant presque un siècle. Jacques Chirac dont les quatre  grands-parents étaient enseignants  disait d’eux qu’ils étaient des « instituteurs laïques de la  IIIe République, c’est-à-dire le contraire des instituteurs gauchistes  de la  Ve ». Nous lui laissons la responsabilité de cette appréciation qui dit quand même ce qu’elle veut dire

Il va de soi que l’égarement moral  et humain de la nouvelle école idéologique est bien plus grand que celui  de l’école laïque des origines , qui promouvait la morale naturelle , qui ne parlait certes pas de Dieu mais  qui,  par son silence et sa discrétion,  avait au moins le mérite d’en préserver le mystère. 

Le caractère totalitaire de la nouvelle école laïque  ne cesse de s’aggraver. Ceux qui voudraient  y échapper comme les parents  qui font l’école à la maison, font l’objet depuis la rentrée dernière, en même temps  qu’on fait  le forcing sur l’éducation sexuelle, de véritables persécutions  policières et financières pour les contraindre  à rentrer dans le rang. Cette nouvelle école idéologique est une prison, un véritable camp de  rééducation à quoi  nul  n’a plus le droit d’échapper.

Comme tous les régimes idéologiques, le seul espoir d’en sortir résulte de leur prévisible  échec ; échec moral, échec  pédagogique, échec humain : c’est ce à quoi ou sommes en train d’assister. Jusqu’où  ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Le Kulturkampf fut une politique lancée par Bismarck contre l’Eglise catholique à partir de 1873.

[2] Ces propos ne visent naturellement pas le malheureux Samuel Paty , au sort si tragique, mais les rédacteurs de programmes qui lui ont donné des ordres.

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 09:59

Non sans audace, Laurent Wauquiez s’est    rebellé contre la loi du 20 juillet 2023[1] visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols dont l’objectif est « zéro artificialisation des sols » (ZAN).

Artificialisation : toute modification de l’état végétal d’une parcelle, par la construction soit d’une maison, soit d’équipement publics et privés.

Cette rébellion ne maque pas de bonnes raisons.

 

Une loi absurde

 

D’abord parce que la nouvelle loi est absurde ; elle repose sur des présupposés faux, le principal étant que la France verrait ses terres agricoles et son espace naturel   menacés par la prolifération des constructions. Ce risque existe d’autant moins aujourd’hui que le nombre d’installations de jeunes agriculteurs, est en chute libre (un problème autrement plus grave que l’artificialisation) et que des dizaines de milliers d’hectares agricoles retournent à la friche. Il faut vraiment n’être jamais sorti de Paris pour imaginer, comme ceux   qui sont à l’origine de cette loi, que la France risque le trop plein de constructions. Elle est déjà parmi le grand pays celui qui a la plus faible densité de population. Les espaces verts, sans implantation humaine, y sont considérables, notamment dans le Massif central : voir l’autoroute A 89 entre Clermont-Ferrand et Brive-la-Gaillarde : 180 km sans aucune présence humaine.  

Ensuite, au point où en est la population française, les anticipations de croissance sont limitées. La surface « artificialisée » ne pourra s’accroitre qu’à la marge.

Il faut le rappeler à ceux qui craignent le « mitage » (belle expression qui assimile l’homme un insecte nuisible), c’est-à-dire les constructions isolées ? Il ne faut certes pas revenir aux excès passés mais rien ne justifie pas la rigueur actuelle, une rigueur qui ne cesse de se renforcer, au fur et à mesure que diminue le risque.   

 

Des consignes qui viennent de haut

 

Derrière ce souci de préserver l’espace, la volonté des instances internationales comme le Forum de Davos ou le GIEC de limiter la place de l’homme dans la nature en ne permettant pas les constructions hors des seules métropoles et si possible en hauteur. Plus l’agglomération sera petite, plus la nouvelle loi s’appliquera avec rigueur, ce qui laisse entendre que la dispersion de l’habitat, une réalité historique millénaire de notre pays n’appelle que des regrets et, faute de pouvoir être abolie, doit être arrêtée.

Le dossier doit aussi mentionner au passage le rappel de certaine autoroutes inutiles. Toulouse -Castres est aujourd’hui contestée à tort ou à raison mais quelle est la fréquentation de Pau-Langon ?

Si cette loi est appliquée, les conséquences en seront dramatiques

 

Contre le monde rural

 

D’abord pour la ruralité. Thierry Coste va jusqu’à parler du « plan secret de nos élites contre le monde rural ».[2] Les villages seront désormais gelés à leur population actuelle ; pas un pavillon ne pourra être construit à leur périphérie. Cette position se conjugue avec le gel des dotations pour les communes petites et moyennes, toute augmentation étant réservée aux structures intercommunales destinées, sans qu’on l’avoue, à prendre un jour entièrement la place des communes.

Ce blocage apparait particulièrement désespérant pour les jeunes ménages,  « Entre la fin du prêt à taux zéro et la zéro artificialisation nette des sols, on a tué le pavillon individuel » (Robin Rivaton). Ajoutons la forte hausse des taux.  Ce que beaucoup de leur grands-parents et parents ont fait : s’installer    dans une maison à eux pour y fonder une famille est un rêve qui leur est désormais interdit. Toute une génération sera privée d’habitat individuel. C’est là un changement majeur[3] .

Ne nous étonnons, pas que le vote de cette loi coïncide avec une nouvelle chute drastique de la fécondité qui ramène celle de la France très en dessous du seuil de reproduction des générations. Cela en conformité avec les consignes du Forum de Davos pour lequel, la maison individuelle, l’individualisme, la classe moyenne et sans doute l’esprit de liberté que tout cela implique sont à combattre. Une antienne répétée non seulement par les milliardaires qui règnent là-haut mais aussi par des ministres écologistes français, comme Emmanuelle Wargon pour qui le pavillon individuel est un « non-sens écologique ».

Orientation catastrophique enfin pour l’emploi en milieu rural (au sens large, incluant petites et moyennes villes). Il suppose une adéquation    qui se fait automatiquement dans les grandes villes entre les emplois, la main d’œuvre et les logements. Le développement, des emplois en milieu rural, si nécessaire après tant de délocalisations   sera entravé par l’impossibilité de loger les jeunes salariés. Autre moyen de concentrer le développement économique, s’il y en reste, dans les grandes villes.

Même si la lutte contre l’ «artificialisation» des sols est une mauvaise cause, le ministre de l’Environnement est fondé à dire que si Laurent Wauquiez veut se présenter à l’élection présidentielle, il doit respecter la loi.  

 

Une crise du système représentatif

 

Par derrière cette contradiction, comment ne pas voir une crise de la démocratie représentative.

D’autres lois que la base conteste ont été votées par le Parlement. D’abord la loi sur l’eau qui prévoit de créer dans chaque département un établissement unique chargé de gérer l’eau de toutes les communes, alors même que la situation actuelle : une gestion décentralisée entre les communes ou les établissements intercommunaux ne présente aucun inconvénient et que personne sur le terrain ne demande qu’elle change.  Ses conséquences sont prévisibles : une gestion plus loin   du terrain, le recrutement de centaines voire de milliers de fonctionnaires nouveaux pour faire marcher la nouvelle machine, un prix de l’eau au consommateur beaucoup   plus élevé (alors qu’on se préoccupe, dit-on, de maintenir le niveau de vie).   La loi n’est pas encore appliquée mais elle est refusée par la quasi-totalité des maires.

Sur le même registre, presque tout l’édifice intercommunal, création technocratique s’il en est, suscite pourtant des murmures.  Les grandes communautés de communes sont devenues des machines bureaucratiques couteuses qui ne donnait satisfaction à personne. Peu de maires de base qui ne dise que les choses marchaient aussi bien et à moindre coût au temps où il n’y avait que des syndicats de communes (SIVOM ou SIVU) .

La réforme de 1992 (loi Joxe) qui a mis fin à l’ancien système ne visait à résoudre aucun problème car il n’y en avait pas : elle avait un but idéologue : mettre en place une structure dans laquelle, malgré elles, les communes se fondraient progressivement par le transfert progressif de compétences.

 

Conformisme et passivité

 

La plupart des lois qui ont été votées et dont les maires ne veulent pas, n’auraient pas dû l’être, particulièrement par le Sénat, supposé représenter les collectivités locales.  

Que l’assemblée soit de gauche ou de droite, toute une technocratie nationale et européenne, s’évertue à faire adopter par les parlementaires des lois élaborées selon leurs propres schémas de pensée, lesquels suivent souvent, des principes d’origine internationale (pas seulement la commission européenne, qui la plupart du temps exécute de directives venues d’ailleurs : Davos, GIEC, OMC, OMS etc.).

Que ces manœuvres réussissent si bien, est l’effet des consignes des partis dont les dirigeants sont en symbiose avec la haute technocratie ; elle est aussi l’effet de la passivité coupable de la plupart des parlementaires.

Les dernières sénatoriales   ont montré comment le processus électif a favorisé presque partout le conformisme et la docilité vis-à-vis de l’appareil bureaucratique.  Ceux qui sont passés sont souvent le moins à même de répondre aux revendications unanimes de maires.   Ceux qui auraient pu   opposer quelque résistance à ces appareils ont rarement passé la barre.

Ce conformisme généralisé fait toute la valeur de la révolte de Laurent Wauquiez. Il a raison de demander au pouvoir de réviser la loi du 20 juillet 2023. Mais c’est toute la procédure législative qu’il faut revoir pour rendre sa signification à la démocratie représentative.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Cette loi fait suite à d’autres allant dans le même sens.

[2] Plon 2023

[3] Même si une partie des anciennes générations vivait en collectif.

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 09:55

 

L’inflation a deux significations.

La première, la plus connue : la hausse des prix des biens, des services et, éventuellement, des salaires. Hausse nominale, c’est à dire exprimée dans la monnaie courante qui est  en même temps une baisse du pouvoir d’achat si les revenus ne suivent pas.

La deuxième est aussi importante : l’enflement, toujours nominal, de la masse monétaire d’un pays, d’un groupe de pays ou du monde. Il est difficile d’en définir le périmètre : on distingue M1, M2, M3, selon le degré de disponibilité des actifs. Certains actifs telles les créances à court terme sont généralement considérés comme une part de la masse monétaire : bien que je l’aie prêtée, j’en ai la disposition presque immédiate. Si je l’ai placée à la banque, je la tiens à disposition aussi mais la banque peut l’utiliser en même temps en la prêtant à quelqu ‘un d’autre.

L’économie classique a toujours considéré que la dilatation de la masse monétaire entrainait la hausse des prix. Depuis environ vingt ans, les deux variables semblaient déconnectées. L’économie mondiale euphorique, notamment la Bourse, semblait vivre de création monétaire sans que les prix montent plus que les 2-3 % de routine.  Depuis quelques mois la loi économique nous a rattrapés et, au plan mondial, les prix montent de plus en plus, l’inflation  revient au premier   plan.

 

Money is credit

 

Comment se crée la monnaie ?  Là encor, selon la théorie la plus classique,  elle est la contrepartie des crédits à court terme que se consentent entre eux les agents économiques y compris les banques, les Etats, les entreprises et naturellement les particuliers. Le total consolidé de ces prêts   constitue la masse monétaire.

Qui mettre en cause dans l’inflation ? Le laxisme des banques, dit-on souvent, spécialement de la Banque fédérale américaine et de la Banque centrale européenne ? Oui et non : ce n’est pas là le début de la chaine causale. Personne n’emprunte s’il n’y est pas plus ou moins contraint (sauf pour investir mais les prêts à moyen et long terme n’entrent pas dans la masse monétaire).

Pour qu’il y ait demande de crédit, quelle qu’elle soit, il faut qu’il y ait quelque part un déséquilibre : des finances publiques, des États (défit de la balance de paiements), des entreprises, des particuliers. Le refus du crédit entraine une faillite.

 

Les facteurs de l’inflation

 

Quelles sont les principales causes de ces déséquilibres ?   A l’international, nous en voyons deux :

D’abord le déficit du budget et de la balance commerciale américains qui sont énormes  et qui ne cessent de grossir :   700 milliards de dollars, comme par hasard le montant du budget militaire américain, soit 50 % des budgets militaires du monde.

Les autres pays, jusqu’à une date récente, étaient obligés de rééquilibrer leurs balances pour rembourser les emprunts contractés en temps de déficit. Sur le court terme, un pays normal était soit déficitaire, soit excédentaire, mais sur le long terme il devrait équilibrer ses comptes.  Les Etats-Unis, eux, étaient dispensés de rembourser, le monnaie qu’ils mettaient en circulation dans le monde s’accumulait ou circulait dans les différents pays sans leur revenir. Et ça continue.

L’autre déséquilibre est créé par l’euro. Paradoxe pour un mécanisme prévu au départ pour assurer le stabilité des prix en Europe, il contribue aujourd’hui à l’ inflation, ce que Hayek appelait « la loi des effets contraires aux buts poursuivis ». Comment ?

Dans une Europe idéale, les Etats européens étant homogènes, les comptes des pays entre eux s’équilibreraient, sous réserve des variations passagères. L’Europe réelle n’est pas homogène.   L’évolution naturelle des prix et des coûts n’a donc pas tardé  à diverger  après la création de l’euro . Cette évolution différentielle des coûts entraine automatiquement des déséquilibres, dont on voit assez vite qu’ils sont sans remède en zone euro. Les pays structurellement excédentaires le sont de plus en plus, les pays structurellement déficitaires aussi.

Avant l’euro le rééquilibrage était assuré par des changements de parités monétaires, réévaluation, ou dévaluation.  Le pays qui dévalue   achète moins car il s’est appauvri mais vend plus parce que ses prix ont baissé, jusqu’au retour à l’équilibre. La dévaluation est difficile  mais nécessaire pour que les déséquilibres se résorbent périodiquement. Elle est aussi difficile pour celui qui réévalue : il s‘enrichit mais perd en compétitivité.

L’Europe a fonctionné avec ces mécanismes, point si douloureux qu’on a dit, jusque début de l’euro en 2000. Depuis,  la réévaluation et la dévaluation sont interdites. Les déficits et excédents qui se creusent à l’intérieur de la zone euro (laquelle jusqu’à une date récente était équilibrée à l’extérieur), se traduisent par des dettes et des créances qui ne cessent de grossir. Ces dettes et ces créances composent la masse monétaire.  D’autant que la Banque centrale européenne, pour éviter qu’aucune entité (Etat ou pays, voire grandes entreprises ou banques) ne fasse faillite, achète les créances en les transformant en euros qu’elle produit elle-même. C’est de la création monétaire ni plus ni moins. Sans cela l’euro se serait depuis longtemps effondré.

D’autres pays ont  leur part de responsabilité dans ces déséquilibres : la Chine longtemps excédentaire aurait dû réévaluer le yuan  pour rééquilibrer ses comptes. A quoi elle répondra sans doute que personne ne le lui avait demandé - et ce fut  en effet une grave erreur de ne pas poser cette condition quand ce pays fut admis l’OMC en 1999.  

On peut aussi mettre en cause beaucoup d’autres facteurs : le déséquilibre   des budgets par le covid, la hausse des matières premières,  mais le fait de base, c’est l’inflation de la masse monétaire au fil des ans.

 

Jusqu’où ?

 

Faut-il s’attendre à ce que la vague d’inflation s’apaise ?  Pour les Etats-Unis, c’est notre affaire, pas la leur  : the dollar is our money and your problem. Le récent sommet des Brics à Johannesburg a montré qu’ils n’étaient pas pressés de mettre les Etats-Unis à terre, ce qu’ils pourraient faire en refusant les dollars, mais ils ont, surtout la Chine, tant de réserves en dollar que ces réserves perdraient d’un coup une partie de leur valeur et ils seraient appauvris d’autant. Nul ne tient mieux un créancier qu’un gros débiteur. Pour la même raison sans doute ils n’envisagent pas de rétablir l’étalon or, or  qu’ils ont en abondance.

Mais les Chinois ne sont pas les seuls à pouvoir déséquilibrer le système monétaire américain. Les dettes internes sont encore plus colossales que les dettes externes. Les spéculateurs peuvent le faire imploser s’ils entendent dire qu’il va imploser et qu’il leur faut prendre les devants. Les marchés financiers conservent leur incertitude.

Côté européen, le sujet est plus délicat. L’accumulation des dettes des Etats, comme la France, celle des déficits extérieurs, ne pourra  pas durer indéfiniment. La déstabilisation de ce système impliquerait la fin de l ’euro que personne aujourd’hui n’envisage. Là aussi l’incertitude grande.

On a toujours distingué deux sortes d’inflation : rampante entre 3 % et 25 % par an, galopante jusqu’à 1000 % par jour et plus. Seule l’Allemagne a connu celle-ci en 1923 et en 1947. La France n’a pas connu d’inflation galopante depuis 1776, seulement rampante. Le plus probable est que les Etats européens empêcheront l’inflation galopante mais ne pourront enrayer une inflation rampante élevée.

La masse monétaire existante  est de plusieurs   centaines de milliers de milliards, peut-être   mille (la définition des contours de la dette ne permet pas d’être plus précis) pour un PIB mondial  d’environ 70 000 milliards de dollars. Une masse de 200 000 milliards serait déjà suffisante selon les ratios habituels.

 

La vitesse de circulation de la monnaie

 

La masse monétaire doit cependant  être corrigée par un autre paramètre, celui de la vitesse de circulation de la monnaie. Imaginons que ces immenses masses d’argent soient entre les mains de vieux riches et malades, sortant peu et n’ayant d’autres frais que quelques courses et les émoluments de leur gouvernante : tout se passe alors comme si cette masse n’existait pas. C’est en partie ce qui arrive  aujourd’hui. La vitesse de circulation de la monnaie reste basse mais elle peut se réactiver, à l‘occasion d’un héritage par exemple. A titre individuel sans doute mais à titre collectif ? On ne sait. Une panique monétaire peut entrainer une fuite devant la monnaie et l’inflation galopante. Dans ce cas, les avoirs bancaires seraient bloqués.

Il est déjà difficile aux Etats, l’Etat français en particulier, de réduire leur déficit, il est quasi impossible qu’ils reconstituent un excédent à même de rembourser leurs dettes. Les dettes continueront longtemps à être remboursées par d’autres dettes. Jusqu’à quand ?

Il est donc  douteux que la vague d’inflation que nous connaissons s’apaise. Aboutira-telle à un cataclysme ? Qui peut le dire ?

 

Roland HUREAUX

 

7/12/2023

 

 

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 09:52

 

Prétendre tirer la politique de l’Ecriture Sainte présente bien des dangers comme on le voit aujourd’hui au Proche-Orient.  D’autant qu’il n’est pas sûr que ceux qui ont ce genre d’ambition connaissent vraiment la dite Ecriture.

Faire quelques mises au point sur ce sujet ne signifie donc pas que l’on adhère  à cette perspective théologico-politique.

C’est aujourd’hui dans le milieu de la droite israélienne  qu’on se réfère le plus à la Bible pour justifier la politique.

Aboutir au Grand Israël est la principale ambition , ouverte ou cachée, de ceux   qui, au sein du gouvernement Netanyahou,  sont aujourd’hui à la  manœuvre.  Comment comprendre sans cela la volonté d’installer en Cisjordanie   toujours plus de colonies qui n’ont aucun intérêt économique ?  Ou même  de  vider  la  bande de Gaza de ses habitants actuels.   Cette logique  avait déjà inspiré l’assassinat du    grand Itzhak Rabin (1995), fatal au processus de paix qu’avaient amorcé les  accords d’Oslo (1995) et qui  a conduit aux problèmes actuels. 

Le programme du grand Israël (Eretz Israël), se fonde principalement sur la promesse  faite à Moïse et Josué au début du Livre de Josué  : « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous le donne comme je l’ai déclaré à Moïse. Depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. Personne, tout le temps de ta vie ne pourra te résister » (Josué 1, 3- 5).

Tant les partisans que les adversaires de cette ambition s’arrêtent généralement à cette citation.

Ils  semblent ignorer cet autre passage, au début du  Livre des Juges : « La colère de Dieu s’enflamma alors contre Israël et il dit « Puisque ce peuple a transgressé l’alliance que j’avais prescrite à ses pères et qu’il n’a pas écouté ma voix, désormais je ne chasserai plus devant lui aucune des nations que Josué a laissé subsister quand il est mort, afin de mettre par elles Israël à l’épreuve, pour voir s’il suivra ou non les chemins de Yahvé comme les ont suivis ses pères.  C’est pourquoi Yahvé a laissé subsister ces nations, il ne s’est point hâté de les chasser et ne les a pas livrées aux mains de Josué » (Juges, 2 20-23).

En d’autres termes, selon la Bible elle-même, le peuple juif devra toujours cohabiter avec d’autres peuples.

C’est ce qui s’est passé à l’arrivée des   Hébreux dans la terre promise. Après la prise de Jéricho, ils tentèrent  de s’emparer de  Jérusalem. Il n’en prirent  qu’une partie . Les conquérants s’installèrent dans la basse ville mais ceux qui les avaient  précédés , les Jébuséens, une tribu cananéenne,     continuèrent de contrôler le mont Sion, soit la haute ville jusqu’ à sa prise par le roi David en 1004 avant Jésus Christ . La ville de Jérusalem fut donc partagée pendant plusieurs   centaines d’années à la  fin du IIe millénaire avant notre ère.

Il s’en faut de beaucoup que David arrive pour autant à  contrôler tout ce qui est l’actuelle Terre sainte. Des peuples divers continuèrent à entourer le nouveau royaume hébreu :  les Philistins  de race étrangère et une série de peuples sémites cousins des Hébreux : les Moabites, les Edomites, les Ammonites etc.

Selon la Bible, le roi Salomon domina, seul de l’histoire d’Israël , ces différents peuples , sans aller toutefois  jusqu’à l’Euphrate. Mais il ne les anéantit pas  et se contenta,  à ce qu’on croit,  d’un lien de vassalité  qui ne lui survécut pas.

Ni le royaume de Juda , ni  le  royaume  d’Israël qui se partagèrent ensuite l’héritage de Salomon ne contrôlèrent, si peu que ce soit,  l’espace assigné  au Grand Israël. Cela  jusqu’à leur chute  en   721 avant JC pour le  royaume d’Israël,   en 586 avant JC pour  le royaume de Juda .  A partir  de la prise de Jérusalem  par le roi de Babylone  jusqu’à 1948 , il n’y eut plus d’Etat  juifs , hors la parenthèse des Hasmonéens  ou Machabées dont le petit royaume ne subsista de 164 à 40 avant JC  que dans  l’ombre de puissants voisins dont, à la fin, Rome. Hérode, qui n'était pas de race juive,  y mit fin.

La prophétie du livre des Juges selon laquelle le peuple juif n’occuperait jamais seul la Terre sainte,  a fortiori le grand Israël, n’a, de fait, jamais été démentie.

La cohabitation des Juifs et des non Juifs sur la terre d’Israël s’inscrit donc tout à fait dans la continuité biblique.

Netanyahou invoque aussi la fin du livre d’Isaïe qui exalte le triomphe final d’Israël autour duquel se rassembleront un jour toutes les nations de la terre :  « Car la nation et le royaume qui ne te serviront pas périront et ces nations seront exterminées  » (Isaïe , 61  12) (…) « Alors que tu étais abandonnée, haïe et délaissée (dit Yahvé), je ferai de toi un motif d’éternelle fierté , un motif de joie d’âge en âge » (Isaïe 61,15) .

Mais attention, cette vision se rapporte  à la fin des temps et  elle a un corollaire : « Ton peuple ne sera composé que de justes qui possèderont pour toujours le pays » (Isaïe 61, 21) . Que de justes ! Et n’oublions pas que ce texte suit de peu, dans le livre d’Isaïe,  le récit du Serviteur souffrant humilié, méprisé, rendu méconnaissable par les tortures , généralement tenu pour la figure du Messie à venir.  

Il n’est jusqu’à la célèbre maxime « Œil pour œil, dent pour dent » (Exode, 21, 23-24, Lévitique 24, 17-22, Deutéronome 19, 21) que l’on n’invoque pour justifier les violences du Proche-Orient

Or,  si elle n’est pas évangélique, cette maxime biblique, que  d’autres peuples anciens connaissaient aussi, prise à la lettre, représentait déjà un progrès de la civilisation. 

Ne pas infliger à l’ennemi un préjudice plus grand que celui qu’il vous a causé   est un signal de modération : nous nous battons mais nous restons fondamentalement égaux !  Le dialogue est dès lors possible.

Or il faut bien le dire : il y a peu de cas dans les conflits récents du Proche-Orient où ce principe, quoique connu de tous, ait été suivi. L’usage est plutôt « deux yeux pour un œil », « trente-deux dents pour une dent » ou pire. A Gaza, le nombre de victimes des bombardements de Gaza n’est pas loin d’atteindre  dix fois celui de l’attaque initiale du Hamas. Là aussi, c’est en vain qu’on invoque la Bible si on n’en tire pas toutes les conséquences.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 09:49

Paru dans La Nef

Il est patent qu’à tous les niveaux,  la démocratie a reculé au cours des dernières décennies. Non point que le jeu en soit , comme certains le disent, faussé, mais parce que les dirigeants politiques nationaux et internationaux n’ont cessé d’en restreindre le champ.

Sous la IIIe République, qui a tout de même duré 70 ans , trois lois simples tenaient lieu de constitution. Hors de ces lois, le Parlement était libre de légiférer. Pas de conseil constitutionnel pour le censurer, pas de comités chargés d’émettre des avis souvent contraignants.

Les constitutions de la IVe et de la Ve Républiques sont plus détaillées, mais, dans son était originel,  celle-ci laissait un champ large au pouvoir   législatif. Cet espace n’a cessé de se restreindre sous l’effet de deux évolutions.

La première est interne :  elle tend à élargir le bloc constitutionnel aux grands principes ( Déclaration  des droits de l’homme , préambules, voire devise de la République) que jusque là le législateur avait précisément mission d’interpréter, un   rôle qui, de plus en plus,  revient au juge, national ou international.

La constitution française de 1958 elle-même s’est au fil des ans enrichie de dispositions sur la décentralisation, les langues régionales, l’égalité de sexes,   la lutte contre les discriminations qui enserrent le travail du législateur dans un corset de plus en plus étroit.

La seconde évolution est l’extension indéfinie du droit international, lequel s’impose comme on sait au droit national. Les traités européens, surtout celui de Maastricht et le traité constitutionnel de 2005  furent  mal reçus , l’un approuvé de justesse, l’autre rejeté ;  une des taisons en est qu’au-delà de la   simple organisation de pouvoirs , seul domaine proprement  constitutionnel, ils  posaient , surtout le second,  en  matière  de droit  social,  d’environnement, de culture, de droit des étrangers, toute une série de normes qui , ainsi inscrites dans le marbre des traités, ne pouvaient  plus donner  lieu à débat législatif, non seulement  dans les parlements   nationaux mais même au Parlement européen. D’ailleurs, dès le traité de Rome (1956) , le libre-échange, avait été posé comme principe intangible exclu de tout débat, ce dont nous mesurons aujourd’hui les inconvénients.

Ajouter un supposé droit à l’avortement ( nous rappelons que Simone Veil s’est toujours opposée à ce qu’on le considère comme un droit)   conduirait , sur un sujet particulièrement sensible, à un nouveau rétrécissement de l’espace législatif. Il est à craindre que le juge constitutionnel ou quelque accord international aidant,  le droit des soignants à l’objection de conscience ou le délai limitant la possibilité d’avorter que Macron a récemment allongé, contre l’avis des gynécologues,  de douze à quatorze mois,  ne viennent à sauter .

Les parlementaires qui veulent inscrire l’avortement dans la constitution se méfient d’ hypothétiques évolutions législatives qui viendraient à le restreindre. Ils veulent là encore rétrécir le pouvoir législatif.  Certes le fond de l’affaire est philosophique : il s’agit d’abord de donner plus de solennité à la législation en cause, mais les députés déclarent aussi avoir peur des excès de la démocratie qui , si l’opinion venait à tourner, tendrait à restreindre les conditions légales d’un avortement volontaire. Peur du suffrage universel… comme les réactionnaires de tous les temps .

 

A front renversé

 

Ainsi les forces politiques jouent dans cette affaire,  le savent-elles ? à front renversé . Depuis la Révolution, il était d’usage d’opposer les « libéraux » disciples de Montesquieu , qui considéraient que la démocratie devait être encadrée par des  garde-fous destinés à contenir les débordements populaires et les « républicains », disciples de Rousseau,  qui considéraient que la délibération du peuple ou d’une assemblée élue en émanant directement s’imposait de toutes les façons . C’est un homme très marqué à gauche, André Laignel , qui avait exprimé en 1981 ce principe dans une formule célèbre : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaire. »

Les premiers tiennent les lois pour une axiomatique, que des sages déduiraient de quelques grands principes. Les autres ne connaissent que la volonté populaire immédiate . Les uns se passeraient de peuples, les seconds de constitution. Aujourd’hui, par un curieux retournement , c’est la gauche qui veut opposer des barrages constitutionnels ou internationaux à des décisions que pourraient prendre les assemblées.  Et c’est une partie de la droite qui défend , sur le sujet de l’avortement ou sur d’autres,  le maintien d’un espace législatif à la discrétion des élus.

Inscrire dans Constitution le « droit à l’avortement » reviendrait à restreindre une fois de plus le champ législatif.  C’est par un singulier paradoxe que la gauche se fait l’avocat de telles restrictions. Ce serait accroitre à terme le mépris des citoyens pour leurs élus nationaux qui,  depuis tant d’années,  s’acharnent à restreindre leur propre pouvoir, au risque que beaucoup se demandent à quoi ils servent encore et , pour dire les choses vulgairement, pourquoi on les paye.

 

Roland HUREAUX 

11/11/2023

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 09:36

 

Pour asseoir la légitimité d’un homme ou d’un régime, plus  décisif  que les considérations économiques et sociales, est le succès ou l’insuccès de la politique étrangère, particulièrement quand elle va jusqu’à la guerre. La victoire a toujours été un signe de légitimité .

Les pays d’Europe occidentale se sont aventurés loin dans le soutien à l’Ukraine confrontée depuis le mois de février 2022 à l’entrée de l’armée russe sur son territoire . Ils ont suivi aveuglément l’impulsion donnée par les Etats-Unis.  Non seulement les gouvernements mais aussi une partie des populations ont été entrainés dans une véritable hystérie antirusse sans précédent , où le président français n’a pas été en reste.  

Tous les gouvernements européens importants ont envoyé des  armes à l’armée ukrainienne, mais la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen s’est surpassée. Contre toute raison car ces armes coûtent cher et l’espoir que l’Ukraine gagne la guerre était  proche de zéro. Une grande partie est confisquée par les mafias ukrainiennes  et reviendront à l’Ouest par le marché noir. Des conseillers militaires engagés dans les combats,  issus de principaux pays l’OTAN,  étaient  aux côtés des forces ukrainiennes depuis dès avant le conflit.

Il résulte de tout cela que la plupart des pays de l’OTAN , la Turquie et la Hongrie faisant exception, se sont engagés à fond dans la guerre d’Ukraine, même s’ils n’étaient pas officiellement belligérants.

 

Une défaite inéluctable

 

Or la défaite va venir. Quand ? Dans un mois, dans deux mois , dans six mois, elle sera patente aux yeux de l’opinion occidentale, la même à qui on a tenté de faire gober que la Russie allait perdre et  que Zelenski préparait une contre-offensive victorieuse.  D’ores et déjà l’armée ukrainienne est en déliquescence.

Les Etats-Unis ont réussi à cacher la défaite qu’ils ont déjà subie en Syrie, pas celle d’ Afghanistan que l’armée américaine a abandonné piteusement.

Mais l’Afghanistan est loin, l’Ukraine est proche.

Il est aujourd’hui inéluctable que l’armée ukrainienne soit anéantie . Poutine aura gagné la guerre d’Ukraine.

Certes les faucons de l’Occident : le secrétaire d’Etat Victoria Nuland qui est à l’origine des  problèmes de Ukraine, Volodymyr Zelenski et d’autres peuvent , sous  l’effet de l’excitation idéologique,  refuser de perdre et se livrer à des manœuvres désespérées qui pourraient conduire à l’Apocalypse.  Que le département d’Erat laisse bombarder la centrale nucléaire de Zaporijia ; qu’on ait osé assassiner la jeune Darya Douguina, fille d’un proche de Poutine,  sont les signes d’un inquiétant jusqu’au boutisme. Que Liz Truss qui doit devenir premier ministre du Royaume-Uni à la rentrée,  se dise prêtre à utiliser l’arme nucléaire, même ce cela signifie une « annihilation totale » , n’a rien de rassurant. Mais nous nous plaçons dans l’hypothèse ou, devant l’Apocalypse, la raison finira par l’emporter.

Les ébranlements majeurs des régimes politiques, au moins en France : 1815, 1870, 1940 se sont produits sous l’effet d’une défaite.

 

Décrédibilisation

 

Les dirigeants européens qui se sont engagés inconsidérément dans la guerre d’Ukraine jusqu’à mentir à leur peuple, les médias qui les ont accompagnés dans cet engagement , ne pourront que se trouver   gravement décrédibilisés face à leurs populations. Ils le sont déjà,  dira-t-on. Peut-être mais c’est en raison de leur obéissance aveugle à un commandement extérieur , celui de Washington, qui a mené de bout en bout   toute cette aventure.

Nul ne sait quelles seront exactement les répercussions de la défaite de l’OTAN sur les gouvernements qui la composent.  En  l’espace de deux mois, sont tombés les gouvernements du Royaume-Uni, d’Italie, de Bulgarie, de Lituanie sans qu’on en sache les raisons exactes . On connait la fragilité de ceux de la France et de l’Allemagne. On s’attend à la défaite des démocrates aux élections législatives américaine en fin d’année.

La révélation de l’ échec d l’OTAN coïncidera avec le début des graves difficultés économiques résultant entre autres des sanctions   imposées à la Russie.

 

L’effet des sanctions  sur l’économie de l’Europe occidentale

 

Quand ces sanctions se traduiront pour les Européens par la baise du  niveau de vie ou l’incapacité à se chauffer l’hiver prochain,  voire de se déplacer, les peuples ne pourront pas ne pas dire :  « tout ce branle-bas pour rien ! ; c’est pour finalement échouer qu’on nous a imposé des restrictions si considérables ! Macron a beau préparer l’opinion pour ces vaches maigres, leur annonçant avec emphase la fin de l’abondance ( sauf  pour les très riches qui ont eu jusqu’ici toutes ses faveurs) , sa crédibilité sera proche de zéro quand la situation s‘aggravera. Il a beau se poser en résistant de la liberté face au totalitarisme, comme s’il n’était jamais sorti de la guerre froide, les populations vont s’interroger sur la différence abyssale entre le régime de Poutine et ce qu’était le communisme, sur la gigantesque corruption qui règne en Ukraine, sur les provocations américaines et européennes qui ont, depuis 2014,  favorisé le conflit. Il y a peu de chances qu’ils s’acceptent les yeux fermés les restrictions prêchées par des gens qui auront perdu toute crédibilité. 

Les Etats-Unis ne seront pas épargnés. Il ne faut pas exclure que l’aventure ukrainienne et les sanctions qu’ils nous ont imposé de prendre aient eu pour but secret d’affaiblir l’Europe coocdnetale, singulièrement l’Allemagne, de la domestiquer un peu plus et de continuer comme avant car ils ont , eux, du gaz et du pétrole en abondance.  Ont-ils cependant envisagé dans leurs calculs le gigantesque affaiblissement du dollar, que les Russes proposent à leurs soutiens de remplacer par le rouble ? Derrière le rôle du dollar, c’est toute la puissance américaine qui est en cause.

L’ébranlement ne portera pas seulement sur l ’hégémonie politique de L’Occident mais aussi sur toute une vision du monde portée par la majorité démocrate américaine ( avec tous les lobbies qui l’ont soutenu des Gafam à Hollywood, de l’Etat profond américain à Black lives matter, des LGBT aux ultra féministes ,avec l’appui massif de la presse,  eux-mêmes relayés en Europe par la plupart des gouvernements spécialement celui de Macron ) , portée aussi par le  Forum de Davos, par des  milliardaires comme Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos , Warren Buffet ou  George Soros,  par le GIEC . Les milieux LGBT , qui sont les plus engagés dans le soutien à l’Ukraine, dont ils voudraient faire une réserve de bébés à GPA, l’ont compris, les gens du Forum de Davos ( les milliardaires du monde ) aussi : le dernier forum  s’est tenu  dans un climat assombri par la crainte de la défaite de l’OTAN en Ukraine dont les participants  ont bien compris  bien qu’elle sera la leur.

Il est douteux que la Russie veuille poursuivre son avantage, comme on le dit pour nous faire peur, en envahissant les pays baltes, la Pologne, la Roumanie  : Poutine n’est pas assez fou pour cela. Mais son influence invisible va s’exercer bien plus qu’avant sur la culture dominante de l’Europe de Ouest ; comme l’a montré Hegel, le rapport des civilisations est tributaire de leurs  rapports de force militaire.  L’influence subliminale des vainqueurs n’a pas besoin de domination politique pour s’exercer.  Il est clair que , même si aucune de ses institutions n’est remise ne cause ( ce qui reste à voir), les manières de pensée de l’Europe occidentale seront infléchis. L’idée d’une marche en avent inexorable vers une société libertaire ( voir le  projet de Macron sur l’euthanasie)  ou libre-échangiste ou vers moins d’Etat seront remis en cause.

Face aux évènements immenses qui sont en train de se produire   dans l’espace américain et eurasiatique, nous sommes comme les riverains d’un océan  en attente d’un  tsunami. Parmi les hommes et les valeurs aujourd’hui en place, on ne se sait pas encore qui restera debout après son passage. C’est dans ce contexte qu’il convient d’être,  comme le dit l’Ecriture,  le rocher inébranlable, la pierre à même de résister à la vague attendue et sur laquelle se construira le monde nouveau.   

 

 Roland HUREAUX  -  28/8/2022

 

 

 

 

 

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26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 13:57

« ŒIL POUR ŒIL, DENT POUR DENT » : UN MOINDRE MAL

 

Après les événements terrifiants qui se sont produits en Israël le 7 octobre à l’initiative du Hamas, il était normal que l’Etat d’Israël cherche à exercer des représailles.

Ce dont on pouvait rêver est qu’Israël se contente d’appliquer le vieux précepte   biblique « Œil pour œil, dent pour dent » (Exode 21,23, Lévitique 24, 19-32).

Beaucoup de nos contemporains le tiennent pour l’expression de    la barbarie des temps anciens. A tort.  Il était certes naturel que, dans les guerres sans fin que se livraient à l’aube de l’histoire les tribus gauloises, les cités grecques, les Hébreux et leurs voisins, tout coup soit rendu, sauf à afficher une faiblesse qui pouvait menacer la survie de la tribu, impératif catégorique pour elle.   

Mais, il faut bien le dire, la tendance naturelle après une agression est de rendre deux yeux pour un œil ou trente-deux dents pour une dent, et même bien pire.

C’est dire que la maxime biblique, prise à la lettre, représentait déjà un progrès de la civilisation.  

Ne pas infliger à l’ennemi un préjudice plus grand que celui qu’il vous a causé   est un signal de modération : nous nous battons mais nous sommes fondamentalement égaux, que le meilleur gagne !  C’est cet état d’esprit    qui s’exprime entre Grecs et Troyens dans le récit de l’Iliade. A aucun moment Homère qui est grec, ni ses personnages ne tiennent les Troyens pour des animaux[1].  Ce ménagement peut seul rouvrir la porte du dialogue.  

Or il faut bien le dire : il y a peu de cas dans les conflits du Proche-Orient où le principe biblique, quoique connu de tous, ait été suivi. Et rêver qu’il en soit ainsi cette fois relève du vœu pieux. D’ailleurs, il est déjà dépassé :    Le 13 octobre, l’ONU annonçait   1400 morts du côté israélien et 1900 du côté palestinien. Pas de nouveau chiffrage depuis hors celui, invérifiable mais pas invraisemblable, de 5000 morts côté palestinien selon le Hamas (21/10).  Si l’offensive israélienne se poursuit, on s’attend à bien pire.

 

Relire la Bible

 

Ceux qui envisagent une évacuation de tout le territoire de Gaza ont en vue le grand Israël (Eretz Israël), faisant leur le programme assigné à Moïse et Josué : « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous le donne comme je l’ai déclaré à Moïse. Depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. Personne, tout le temps de ta vie ne pourra te résister » (Josué 1, 3- 5). La poursuite de la colonisation s’inscrit dans cette logique. Elle avait inspiré l’assassinat du    grand Itzhak Rabin (1995), fatal au processus de paix qui avait conduit aux accords d’Oslo (1995).  

Les mêmes radicaux semblent ignorer cet autre passage, tiré du Livre des Juges : « La colère de Dieu s’enflamma alors contre Israël et il dit "Puisque ce peuple a transgressé l’alliance que j’avais prescrite à ses pères et qu’il n’a pas écouté ma voix, désormais je ne chasserai plus devant lui aucune des nations que Josué a laissé subsister quand il est mort, afin de mettre par elles Israël à l’épreuve, pour voir s’il suivra ou non les chemins de Yahvé comme les ont suivis ses pères.  C’est pourquoi Yahvé a laissé subsister ces nations, il ne s’est point hâté de les chasser et ne les a pas livrées aux mains de Josué » (Juges, 2 20-23).

En d’autres termes, selon la Bible elle-même, le peuple juif devra toujours cohabiter avec d’autres peuples.

Le but de Netanyahou, officiellement, est seulement de détruire le Hamas et rien de plus. Mais comment y arriver sans infliger d’immenses dommages aux populations civiles ? Les chefs du mouvement islamiste sont déjà réfugiés dans d’autres pays, probablement au Qatar. Quant aux « soldats », aux exécutants, comment les distinguer de la population civile, dès lors qu’ils ne revêtent pas l’uniforme ?  Les raids aériens ne les distinguent pas.   

 

Légitimes hésitations

 

Le gouvernement israélien semble hésiter à lancer une offensive terrestre. Les soldats de Tsahal pourraient mieux choisir leurs cibles mais ils deviendraient eux-mêmes des cibles.

Même si le gouvernement israélien actuel veut aller jusqu’au bout, il est freiné par plusieurs considérations.

D’abord l’existence de 222 otages juifs, pas tous israéliens, retenus à Gaza et menacés de mort.

Ensuite le fait que Benjamin Netanyahou est très contesté par les Israéliens. Bien peu lui font encore confiance. Jamais les juifs d’Israël ne se sont sentis aussi peu en sécurité.  Que le renseignement israélien, réputé le plus efficace du monde, n’ait rien vu venir, ou que l’armée n’ait pas réagi pendant plusieurs heures ouvre la porte à bien des soupçons. Sans doute la population israélienne est-elle , depuis l’offensive terroriste du Hamas, plus remontée que jamais contre les Palestiniens mais tous ne sont pas prêts à suivre le premier ministre où qu’il aille.

Les Israéliens peuvent craindre l’opinion mondiale : si prompte à les soutenir à la suite de l’action terroriste du 7 octobre, elle peut se retourner aussi vite contre eux si les bombardements de Gaza se prolongent. L’Occident et Israël, déjà détestés dans le « Sud global » le seront un peu plus.

Les Etats-Unis soutiennent sans réserve Israël, ayant amené deux porte-avions au large, mais le président Biden appelle à la modération : « Ne vous laissez pas entrainer par votre rage », dit-il. Comme presque tous les Occidentaux et le secrétaire général des Nations-Unies.

Les chefs d’Etat de la région, comme l’a constaté Poutine en tournée, ne souhaitent pas d’escalade.  Mais les foules arabes ou musulmanes sont surchauffées. Face à des bombardements prolongés, il sera difficile aux responsables musulmans, à commencer par ceux du Hezbollah, de ne pas réagir. Les peuples pourraient pousser leurs dirigeants à la guerre. Nos banlieues ne sont pas non plus à l‘abri de nouveaux embrasements. C’est dire que la situation est pleine de risques.

                                                 

Roland HUREAUX

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[1] Expression utilisée par le général Yoav Galant, ministre de la Défense israélien.

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4 octobre 2023 3 04 /10 /octobre /2023 22:21

LIBERAL, LIBERALISME

 

Publié dans Le nouveau conservateur 

Dire qu’un homme est libéral a rarement été tenu pour une injure. Cela veut généralement dire qu’il est généreux. Au Moyen âge, les arts libéraux étaient les plus prisés. Les sept arts libéraux étaient  le trivium  , grammaire  , dialectique ,  rhétorique et le quadrivium,  arithmétique , musique , géométrie , astronomie. Ils prétendaient représenter l’universalité du savoir abstrait par rapport aux arts artisanaux, d’où le mot université.

Comment se fait-il alors que pour beaucoup de ceux qui s’autodésignent comme « souverainistes » tiennent les libéraux pour des ennemis et le libéralisme pour une tare ?  C’est ainsi que ceux qui voulaient disqualifier Éric Zemmour dans son propre camp, le qualifiaient de libéral ou ultra-libéral, sans vraie raison d’ailleurs.

Cette opposition s’inscrit dans un clivage idéologique bien précis apparu depuis environ 1950 : dès que la construction européenne a commencé, les libéraux lui étaient favorable. Il était à la mode de se dire « libéral et européen ». Ceux qui étaient eurocritiques tenaient au contraire au maintien d’un Etat régulateur, colbertiste, disait-on, et des frontières douanières entre ces états. Dans la confusion habituelle des esprits, vouloir préserver un Etat fort qui ne plierait pas devant les directives européennes et voudrait impulser l’économie, laisse encore aujourd’hui   soupçonner qu’on est peu favorable aux libertés individuelles, partisan de « la loi et de l’ordre ».

Cette confusion s’est renforcée vers 2000 quand tentèrent de se rejoindre les « républicains des deux rives », de droite et de gauche, chevènementistes ou séguinistes, communiant les uns et les autres dans le culte d’un Etat fort. Ni les uns ni les autres ne remettaient   en cause des prélèvements obligatoires représentant 60 % du PIB. D’une façon générale un Etat hypertrophié, souvent paralysé,  était confondu avec l’efficacité d’un Etat stratège qui n’a pas besoin d’être lourd.

L’image du souverainiste ronchon, attaché à l’Etat et réservé sur l’économie de marché a été évidemment répandue par les prétendus libéraux attachés à donner une image antipathique des adversaires du processus européen.

C’est ignorer ce qu’a montré le philosophe Pierre Manent : l’émergence de la démocratie libérale est inséparable de celle des Etats-nations. Ceux-ci émergent à la fin du Moyen-Age de la broussaille   féodale, d’abord sous la forme de la monarchie absolue, puis de celle de la démocratie élective, spécialement en France et en Angleterre. En Angleterre, les deux phénomènes sont même concomitants.  Il est clair que dans un Etat qui ne serait pas assez homogène sur le plan religieux, racial ou culturel, les clivages électoraux seraient des clivages ethniques, comme il arrive en Afrique . Il faut une certaine homogénéité nationale pour que les clivages nationaux prévalent, pour qu’un alsacien de gauche préfère voter pour un gascon de gauche que pour un alsacien de droite.

Le second argument commence juste à être perceptible et il s’impose déformais très fort : comme l’avait bien vu Jean-Jacques Rousseau, il faut un Etat de petite ou moyenne dimension pour que les libertés y soient préservées. Plus sa circonférence s‘agrandit, plus les libertés y régressent au bénéfice d’un système autoritaire, voire totalitaire. D’où la contradiction de ceux qui se disent « européen et libéral » car on ne peut être l’un et l’autre. Si on penche pour un Etat européen de taille continentale, cet Etat ne pourra être qu’autoritaire. A fortiori un Etat mondial, qui ressemblera plus au 1984 d’Orwell qu’à autre chose. Les évolutions récentes, en matière de restriction des libertés se voient à la censure des Gafam, de l’Union européenne et des Etats, au contrôle de la presse par des magnats partageant la même idéologie :  sous la IIIe République, la presse était diverse et libre, aujourd’hui elle est, sur tous les sujets majeurs, parfaitement monolithique.

Le clivage véritable de notre temps n’est plus celui des nationaux contre les libéraux, il est celui des défenseurs des libertés, tant celles des individus que celles des nations contre  des mondialistes qui rêvent d’un étouffement de toutes les libertés individuelles et collectives et qui se prétendent, de manière fallacieuse,  libéraux. 

Le mouvement espagnol Vox qui passe pour hostile à l’Europe supranationale, revendiquait récemment de défendre les libertés nationale, régionale et individuelle. Qu’attendent nos « souverainistes » pour dire des choses aussi intelligentes ?

La défense des libertés individuelles et de celles des nations sont aujourd’hui inséparables.

                                              

Roland HUREAUX

 

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4 octobre 2023 3 04 /10 /octobre /2023 22:17

 

 

MOURIR DANS LA DIGNITE

 

http://libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Mourir-dans-la-dignite2

 

  La question, de l’euthanasie revient à l’ordre du jour.

Comme il arrive souvent, les défenseurs des bonnes causes ne trouvent pas toujours les bons arguments.

 

Tu ne tueras pas ?

 

  Il est sans doute plus que jamais nécessaire de rappeler que la vie humaine est sacrée, que, sous aucun prétexte, on ne saurait y mettre un terme ou aider un malade à y mettre un terme volontairement. «Tu ne tueras pas » est tenu pour un absolu de l’héritage judéo-chrétien. Sous le serment d’Hippocrate,  les  futurs médecins disent à peu près la même chose.

  Mais si c'était là le seul argument des adversaires de l'euthanasie, comment se cacher les objections auxquelles il se heurte : toute l’histoire de l’Occident n’a-t-elle pas consisté, quoiqu’on dise,  à organiser des exceptions à ce principe qui en principe n’en souffre pas ?  La légitime défense,  le droit de la guerre qui en procède, la peine de mort, incontestée pendant des siècles, sont de ces exceptions. Sans doute les condamnés à mort n'étaient-ils pas innocents, mais ils n'étaient pas non plus volontaires !

 

Des limites difficiles à fixer

 

C'est pourquoi il convient de compléter cet argument par d'autres :  même si le droit a toujours admis des exceptions au précepte « Tu ne tueras pas », au moins faut-il que ces exceptions soient bornées par une limite claire.  Il est douteux que la légalisation de l’euthanasie permette de marquer une telle limite. Si le droit d’accélérer la fin de moribonds qui le demandent ( ou  paraissent le demander) était admis, comment éviter les abus dans une société où les progrès de la médecine aidant , le nombre de grands vieillards en état de dépendance ne cesse de s’accroître. La crise du COVID a déjà ouvert la porte à de tes abus sous la forme hypocrite de « sédation profonde ». Il n’est pas toujours facile de savoir ce que veulent ces personnes (dont beaucoup sont privées de la capacité juridique par la mise sous tutelle) mais la tentation est de les tenir pour encombrantes. Comment dès lors éviter que, une fois l’habitude prise d’abréger leurs jours à leur demande,  on n’en arrive vite à le faire avec un semblant de consentement ou pas de consentement du tout . Surtout si notre société s’appauvrissait au point de ne plus supporter le poids des dépenses sociales les plus lourdes. C’est ce qui arriva en Union soviétique à la fin du communisme où le taux de mortalité s’éleva très vite au milieu de la dégradation générale des systèmes de santé. L’expérience de pays comme la Belgique ou les Pays-Bas qui ont légalisé l’euthanasie n’est pas pour nous rassurer sur le risque de telles dérives. Parmi les défenseurs de la proposition de loi en cours de discussion, qui voudrait être admis dans une maison de retraite belge ?

Si la ligne rouge venait ainsi à être fréquemment transgressée, on n’ose imaginer ce que serait l’état d’esprit des malades hospitalisés, toujours aux aguets de crainte d’être « euthanasiés ». Le souci peu éclairé d’adoucir les derniers jours des grands malades plongerait au contraire ceux-ci dans une angoisse dramatique. Cette inversion des résultats est le destin, désormais bien connu,  de tous les partis pris idéologiques.

 

Lutter contre la mort est au cœur de la condition humaine

 

Mais nous pensons qu’il faut prendre aussi la question sous un autre angle. Même si la fin de vie se traduit par de grandes souffrances, toute la noblesse de la condition humaine historique n’est-elle pas dans ce combat sans espoir contre la mort ? Cela est vrai au niveau de l’espèce laquelle a traversé dans des conditions de précarité incroyable des centaines de milliers d’année, luttant avec acharnement contre la menace de l’extinction.   S’il est vrai que le commandement « Choisis la vie » (Dt 31,19) par lequel se termine le Pentateuque est, aux dires de Pierre Chaunu, le plus important de la Bible, il faut croire qu’il fut ardemment mis en œuvre tout au long de l’histoire humaine pour que celle-ci malgré les multiples menaces qui pesaient sur les hommes se prolonge jusqu’à nous.

Le confort exceptionnel dont jouissent nos contemporains (au moins la majorité d’entre eux dans les pays développés), bien qu’il ne soit que le fruit de ces luttes multiséculaires,   amortit la perception que la vie est une lutte acharnée contre la mort, que celle-ci prenne le visage de la guerre, de la famine ou de la maladie. A ces menaces de toujours, il faut sans doute ajouter celle du    désespoir, de la perte de sens individuelle ou collective. .

Il s’agit d’une une lutte sans espoir. Car à la fin, au moins en ce bas monde, c’est la mort qui gagne. Comme dit Heidegger, l’homme est dès le départ un « être pour la mort ». Même sains de corps et d’esprit,  nous sommes tous des morts en sursis, au même titre que ceux qui sont frappés d’une maladie mortelle à évolution lente. Cela n’a jamais été une raison pour ne pas combattre.

Le combat contre la mort porte sa part de souffrances : le travail,  l’ accouchement, la   lutte contre la maladie, parfois la guerre. Pourquoi ce combat ne se prolongerait-il pas dans un ultime affrontement contre la mort ? L’agonie, étymologiquement, ne signifie-t-elle pas le combat ? Combattre jusqu’au bout, n’est-ce pas en définitive cela,  « mourir dans la dignité » ?

Vouloir faire l’économie de cet ultime combat  (nous ne remettons évidemment pas en cause la légitimité et la nécessité des soins palliatifs), n’est ce pas risquer de briser le ressort par lequel notre espèce a traversé les siècles, en tous les cas mettre la mettre dans un engrenage allant à contre-sens ?

Cette perte de ressort n’est-ce pas ce dont souffrirent des civilisations déclinantes, comme l’Empire romain ou d’autres où, au moins dans les hautes classes,  le recours au suicide se banalisa ? Heureusement pour l’espèce, d’autres civilisations prirent le relais.

On dira que cette vision héroïque de l’existence humaine ne saurait s’appliquer à tous,  et aussi qu’il existe des souffrances si grandes que, devant elles, de tels propos ne tiennent pas. Notre société a certes beaucoup fait pour limiter les souffrances. Elle supporte d’autant moins celles qui restent.  La compassion pour ceux qui souffrent encore, notamment certains grands malades, est plus forte que dans les sociétés plus aguerries d’autrefois.

Nous ne supportons pas davantage la souffrance des animaux à l’égard desquels la pratique de l’euthanasie est généralisée.

Cette compassion « animale » que nous éprouvons envers nos frères inférieurs peut-elle être étendue à des moribonds qui demanderaient qu’on abrège leurs souffrances? Non,  l’homme n’est pas un   chat ou un chien. Plus important que la compassion, il y a le respect, non point seulement le respect de la vie mais le respect de cette éminente dignité qui est le propre de l’homme, le droit pour chacun, même les petits et les sans grade, de mener jusqu’au bout le combat qui fait la grandeur de leur destinée.  Éventuellement contre lui-même, contre les demandes que le désespoir ou des souffrances trop aiguës pourraient le conduire à formuler.

Si la morale chrétienne - la morale tout court - n’étaient que ce que disait Nietzsche, une pitié animale, une compassion primaire, une sorte de sensiblerie   , rien ne devrait s’opposer à l’euthanasie. Mais la morale est justement plus que cela : la reconnaissance de l’éminente noblesse de tout homme - de toute femme -, quelle que soit sa condition.  Ce n’est pas seulement la vie qui doit être respectée, c’est la personne vivante.

 

Le risque de l’acharnement thérapeutique

 

Reste à trancher la question de l’euthanasie dite passive, ou plutôt de l’acharnement thérapeutique. Bien que la distinction entre euthanasie active (donner la mort par un acte positif) et passive (laisser advenir la mort par la cessation de certains soins devenus déraisonnables) soit à peu près claire, les partisans de l’euthanasie active cherchent à mêler les deux problèmes.

 Les progrès de la médecine, s’ils ont permis le développement des soins palliatifs qui, dans la plupart des cas, permettent d’atténuer les souffrances des grands malades, ont aussi donné les moyens de prolonger   la vie par des soins sophistiqués et lourds, lors même qu’il n’y a plus d’espoir de guérison ou de retour à la conscience. Cela pose un problème nouveau. Le zèle médical aidant, la tentation de ce qu’il est convenu d’appeler l’ « acharnement thérapeutique » est grande. N’est-ce pas d’ailleurs le même esprit technicien qui inspire l’euthanasie active et l’acharnement thérapeutique ? L’homme moderne, fort de sa technique,  veut être maître absolu de la vie et de la mort.

Si, parait-il, une large majorité de nos compatriotes sont favorables à l’euthanasie, c’est surtout par crainte de l’acharnement thérapeutique.

Indépendamment de son coût qui ne saurait entrer en considération, l’acharnement thérapeutique est aujourd’hui un vrai problème de société. Nous connaissons des personnes qui se sont suicidées non point par crainte de la maladie et de la mort, mais de l’acharnement thérapeutique. Un brave homme de nos provinces nous dit une fois: « Heureusement, l’ambulance est arrivée trop tard : ma mère a pu mourir dans sa maison ». Cet homme, n’en doutons pas,  aimait beaucoup sa mère. La maison dont il parlait, ses ancêtres y avaient vécu et y étaient morts, de génération en génération, depuis trois siècles. A une époque où , en France, 80 % des gens meurent à l’hôpital, généralement dans les services dits de réanimation, ne faudrait-il pas reconnaître aux grands vieillards le droit de mourir chez eux , quitte à les y mieux soigner ? En Italie, pays de développement comparable, 80 % des décès ont lieu au contraire au domicile.  Le matin de sa mort, le pape Jean Paul II refusa une ultime hospitalisation   pour rendre son dernier soupir au Vatican: n’y a-t-il pas là un exemple à méditer ?

Cela ne veut pas dire que les soins intensifs soient illégitimes. D’autant que, ainsi que le rappelle le beau film de Pedro Almodovar Parle avec elle (2002),   le destin du comateux le plus lourd peut encore s’inscrire dans une socialité. En outre, des retours à la conscience quasi-miraculeux ont été observés. 

Mais si la césure entre euthanasie active et passive est à peu près claire, il faut bien admettre que la frontière entre soins intensifs légitimes et acharnement thérapeutique ne l’est pas toujours. Nous entrons là dans le domaine prudentiel. Les moralistes comme les médecins qui voudraient trouver une règle parfaitement logique auront du mal: en toutes choses,  la logique conduit aux excès. La vertu de prudence est, en la matière, plus que jamais nécessaire. 

La loi Léonetti légalisant la sédation lourde a paru un moment résoudre le problème . Elle a cependant montré à l’usage ses dangers . Tant l’affaire Vincent Lambert où on a pu mettre à mort un patient par inanition, dans le respect littéral de cette loi,  que le Covid où la sédation lourde de personnes âgées a servi de prétexte à leur élimination massive,  ont  montré les risques de cette loi. Il reste qu’elle vaut mieux que l’euthanasie pure et dure que le présent gouvernement voudrait faire adopter.    

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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