Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles RÉCents

Liens

12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 14:36

FAUT-IL VRAIMENT ENVIER LES ANGLAIS  ?

 

A la suite du décès de la reine Elisabeth II, la passation de pouvoir sans bavure à son fils Charles III , le protocole strict qui l’ accompagne et le faste qui accompagnera sans nul doute les obsèques de la reine et le couronnement du nouveau roi, font des envieux en France.

On entend de tous côtés vanter l’excellence des   institutions britanniques.  Certains vont jusqu’à regretter que les Français aient coupé la tête au roi, oubliant que les Anglais l’avaient fait avant nous.

Bref,  tout irait mieux chez eux à cause de leur attachement aux traditions.

On comprend certes qu’avec une présidence aussi désastreuse que l’actuelle, la France lorgne vers la mangeoire du voisin.

Mais on ne saurait oublier dans quel profond déclin est tombé aussi notre voisin d’outre Manche , sans que d’ailleurs la défunte reine y soit pour quelque chose - en dehors des frasques de certains membres de sa famille dont elle se serait bien passée mais qui sont à l’image du temps.

Certes,  Paris n’a rien à envier à l’alignement sans nuances de Londres sur la politique belliciste de Washington. Les Anglais ont cependant l’excuse d’une longue tradition de complicité anglo-saxonne que nous n’avons pas. Où est le temps où la France et le Royaume-Uni pouvaient ensemble entreprendre une expédition militaire au Proche-Orient, nous pensons à la guerre de Suez (1956),  contre la volonté des Américains.  Elle ne fut pas un succès , mais au moins l’Europe n’était-elle pas alors réduite au rang de carpette ?

Sur le plan des institutions, dans ce merveilleux système , le vrai pouvoir est entre les mains du premier ministre. L’appauvrissement du vivier politique britannique a fait que le seul choix possible lors de la récente crise ait été celui de Liz Truss, une femme qui inquiète beaucoup de ses compatriotes pour son manque de mesure, inquiétude bien justifiée après sa récente déclaration selon laquelle « elle était prête à engager une guerre nucléaire , même si elle devait entrainer la disparition de l’humanité ». Boris Johnson était très antirusse mais à côté de celle-là, il nous rassurait presque. Les raisons officielles de son départ sont si futiles que nous en soupçonnons d’autres qui, manifestement, dans cette grande démocratie, n’ont pas été expliquées au public.

Il se peut que l’économie britannique aille mieux que là notre mais n’est-ce pas un peu grâce au Brexit qui a rendu à la Grande-Bretagne la maitrise de sa politique économique ?

Qui sait que Londres et la plupart des grande villes britanniques ont des maires issus de l’immigration pakistanaise ?  Visiblement le grand remplacement a pris de l’avance outre-Manche.

Pour le reste , la déliquescence sociale et morale du pays y semble encore plus avancée. Une grève de factures d’ électricité , que les Français n’ont pas encore osée, est en cours.

Il y a encore chez nous des familles qui refusent le déclin et qui le manifestent de différentes manières : choix de carrières de service comme les carrières militaires,  de préférence au business, attachement à   la tradition catholique , familles nombreuses. Malgré le caractère élitiste de la société anglaise, il n’est pas sûr que ce noyau d’où pourrait partir un possible renouveau existe encore au Royaume-Uni.

Il est des dévots pour se féliciter que dans ce pays , la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’existe pas. Mais le discrédit de l’Eglise d’Angleterre, que l’esprit du temps a contrainte d’ordonner des femmes et des homosexuels affichés   est grave : nous sommes loin de ce que fut jadis   l’esprit de la High Church. Dans cet Angleterre très chrétienne, les cliniques d’avortement font de la publicité dans les journaux ! Nous avons un peu plus de décence.

La liberté de la presse dont l’Angleterre était si fière s’est rétrécie chez eux comme chez nous par la poussée de la pensée unique,     exacerbée par la guerre d’Ukraine. La BBC n’est plus qu’une machine de propagande woke.

Nous ne disons pas cela pour faire tache en un jour qui est d’abord de deuil, mais pour que les Français ne se fassent pas trop d’illusions sur leur voisin.

Charles III aura fort à faire . Il est , dit-on, un fanatique de la lutte contre le réchauffement climatique.  La lutte pour enrayer le déclin britannique est une autre paire de manches.

 

Roland HUREAUX

12/09/2022

 

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 13:17

Pour asseoir la légitimité d’un homme ou d’un régime, plus  décisif  que les considérations économiques et sociales, est le succès ou l’insuccès de la politique étrangère, particulièrement quand elle va jusqu’à la guerre. La victoire a toujours été un signe de légitimité .

Les pays d’Europe occidentale se sont aventurés loin dans le soutien à l’Ukraine confrontée depuis le mois de février 2022 à l’entrée de l’armée russe sur son territoire . Ils ont suivi aveuglément l’impulsion donnée par les Etats-Unis.  Non seulement les gouvernements mais aussi une partie des populations ont été entrainés dans une véritable hystérie antirusse sans précédent , où le président français n’a pas été en reste.  

Tous les gouvernements européens importants ont envoyé des  armes à l’armée ukrainienne, mais la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen s’est surpassée. Contre toute raison car ces armes coûtent cher et l’espoir que l’Ukraine gagne la guerre était  proche de zéro. Une grande partie est confisquée par les mafias ukrainiennes  et reviendront à l’Ouest par le marché noir. Des conseillers militaires engagés dans les combats,  issus de principaux pays l’OTAN,  étaient  aux côtés des forces ukrainiennes depuis dès avant le conflit.

Il résulte de tout cela que la plupart des pays de l’OTAN , la Turquie et la Hongrie faisant exception, se sont engagés à fond dans la guerre d’Ukraine, même s’ils n’étaient pas officiellement belligérants.

 

Une défaite inéluctable

 

Or la défaite va venir. Quand ? Dans un mois, dans deux mois , dans six mois, elle sera patente aux yeux de l’opinion occidentale, la même à qui on a tenté de faire gober que la Russie allait perdre et  que Zelenski préparait une contre-offensive victorieuse.  D’ores et déjà l’armée ukrainienne est en déliquescence.

Les Etats-Unis ont réussi à cacher la défaite qu’ils ont déjà subie en Syrie, pas celle d’ Afghanistan que l’armée américaine a abandonné piteusement.

Mais l’Afghanistan est loin, l’Ukraine est proche.

Il est aujourd’hui inéluctable que l’armée ukrainienne soit anéantie . Poutine aura gagné la guerre d’Ukraine.

Certes les faucons de l’Occident : le secrétaire d’Etat Victoria Nuland qui est à l’origine des  problèmes de Ukraine, Volodymyr Zelenski et d’autres peuvent , sous  l’effet de l’excitation idéologique,  refuser de perdre et se livrer à des manœuvres désespérées qui pourraient conduire à l’Apocalypse.  Que le département d’Erat laisse bombarder la centrale nucléaire de Zaporijia ; qu’on ait osé assassiner la jeune Darya Douguina, fille d’un proche de Poutine,  sont les signes d’un inquiétant jusqu’au boutisme. Que Liz Truss qui doit devenir premier ministre du Royaume-Uni à la rentrée,  se dise prêtre à utiliser l’arme nucléaire, même ce cela signifie une « annihilation totale » , n’a rien de rassurant. Mais nous nous plaçons dans l’hypothèse ou, devant l’Apocalypse, la raison finira par l’emporter.

Les ébranlements majeurs des régimes politiques, au moins en France : 1815, 1870, 1940 se sont produits sous l’effet d’une défaite.

 

Décrédibilisation

 

Les dirigeants européens qui se sont engagés inconsidérément dans la guerre d’Ukraine jusqu’à mentir à leur peuple, les médias qui les ont accompagnés dans cet engagement , ne pourront que se trouver   gravement décrédibilisés face à leurs populations. Ils le sont déjà,  dira-t-on. Peut-être mais c’est en raison de leur obéissance aveugle à un commandement extérieur , celui de Washington, qui a mené de bout en bout   toute cette aventure.

Nul ne sait quelles seront exactement les répercussions de la défaite de l’OTAN sur les gouvernements qui la composent.  En  l’espace de deux mois, sont tombés les gouvernements du Royaume-Uni, d’Italie, de Bulgarie, de Lituanie sans qu’on en sache les raisons exactes . On connait la fragilité de ceux de la France et de l’Allemagne. On s’attend à la défaite des démocrates aux élections législatives américaine en fin d’année.

La révélation de l’ échec d l’OTAN coïncidera avec le début des graves difficultés économiques résultant entre autres des sanctions   imposées à la Russie.

 

L’effet des sanctions  sur l’économie de l’Europe occidentale

 

Quand ces sanctions se traduiront pour les Européens par la baise du  niveau de vie ou l’incapacité à se chauffer l’hiver prochain,  voire de se déplacer, les peuples ne pourront pas ne pas dire :  « tout ce branle-bas pour rien ! ; c’est pour finalement échouer qu’on nous a imposé des restrictions si considérables ! Macron a beau préparer l’opinion pour ces vaches maigres, leur annonçant avec emphase la fin de l’abondance ( sauf  pour les très riches qui ont eu jusqu’ici toutes ses faveurs) , sa crédibilité sera proche de zéro quand la situation s‘aggravera. Il a beau se poser en résistant de la liberté face au totalitarisme, comme s’il n’était jamais sorti de la guerre froide, les populations vont s’interroger sur la différence abyssale entre le régime de Poutine et ce qu’était le communisme, sur la gigantesque corruption qui règne en Ukraine, sur les provocations américaines et européennes qui ont, depuis 2014,  favorisé le conflit. Il y a peu de chances qu’ils s’acceptent les yeux fermés les restrictions prêchées par des gens qui auront perdu toute crédibilité. 

Les Etats-Unis ne seront pas épargnés. Il ne faut pas exclure que l’aventure ukrainienne et les sanctions qu’ils nous ont imposé de prendre aient eu pour but secret d’affaiblir l’Europe coocdnetale, singulièrement l’Allemagne, de la domestiquer un peu plus et de continuer comme avant car ils ont , eux, du gaz et du pétrole en abondance.  Ont-ils cependant envisagé dans leurs calculs le gigantesque affaiblissement du dollar, que les Russes proposent à leurs soutiens de remplacer par le rouble ? Derrière le rôle du dollar, c’est toute la puissance américaine qui est en cause.

L’ébranlement ne portera pas seulement sur l ’hégémonie politique de L’Occident mais aussi sur toute une vision du monde portée par la majorité démocrate américaine ( avec tous les lobbies qui l’ont soutenu des Gafam à Hollywood, de l’Etat profond américain à Black lives matter, des LGBT aux ultra féministes ,avec l’appui massif de la presse,  eux-mêmes relayés en Europe par la plupart des gouvernements spécialement celui de Macron ) , portée aussi par le  Forum de Davos, par des  milliardaires comme Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos , Warren Buffet ou  George Soros,  par le GIEC . Les milieux LGBT , qui sont les plus engagés dans le soutien à l’Ukraine, dont ils voudraient faire une réserve de bébés à GPA, l’ont compris, les gens du Forum de Davos ( les milliardaires du monde ) aussi : le dernier forum  s’est tenu  dans un climat assombri par la crainte de la défaite de l’OTAN en Ukraine dont les participants  ont bien compris  bien qu’elle sera la leur.

Il est douteux que la Russie veuille poursuivre son avantage, comme on le dit pour nous faire peur, en envahissant les pays baltes, la Pologne, la Roumanie  : Poutine n’est pas assez fou pour cela. Mais son influence invisible va s’exercer bien plus qu’avant sur la culture dominante de l’Europe de Ouest ; comme l’a montré Hegel, le rapport des civilisations est tributaire de leurs  rapports de forces militaires.  L’influence subliminale des vainqueurs n’a pas besoin de domination politique pour s’exercer.  Il est clair que , même si aucune de ses institutions n’est remise ne cause ( ce qui reste à voir), les manières de pensée de l’Europe occidentale seront infléchis. L’idée d’une marche en avent inexorable vers une société libertaire ( voir le  projet de Macron sur l’euthanasie)  ou libre-échangiste ou vers moins d’Etat seront remis en cause.

Face aux évènements immenses qui sont en train de se produire   dans l’espace américain et eurasiatique, nous sommes comme les riverains d’un océan  en attente d’un  tsunami. Parmi les hommes et les valeurs aujourd’hui en place, on ne se sait pas encore qui restera debout après son passage. C’est dans ce contexte qu’il convient d’être,  comme le dit l’Ecriture,  le rocher inébranlable, la pierre à même de résister à la vague attendue et sur laquelle se construira le monde nouveau.   

 

 Roland HUREAUX  -  28/8/2022

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 13:13

UNE GRAVE CRISE ECONOMIQUE ATTEND LA FRANCE. PAS D’AUTRE ISSUE QUE DE ROMPRE AVEC TOUT CE QUI L’ ENTRAVE , CE QUE MACRON NE FERA PAS

 

Personne ne doute que la fin de l’année 2022 soit pleine de sombres menaces pour la France et l’Europe.

Sur le plan strictement économique, deux menaces immédiates  : le glissement vers une inflation de plus en plus forte , la pénurie d’énergie et , par là,  une hausse des prix , voire des goulots d’étranglement qui entraineront l’ensemble de l’économie .

Que va faire Macron ?

Il nous prépare au pire en annonçant, d’un air pénitentiel, la fin de l’abondance : « vous avez assez joui, maintenant vient le temps de se serrer la ceinture », semble-t-il dire,  alors que la crise économique qui frappe l’Europe occidentale  résulte  , non    d’obstacles techniques ou de  pénuries réelles mais de décisions prises dans la sphère occidentale et que  Macron a toutes soutenues : confinement au-delà du raisonnable, politique de décroissance préconisée à Davos sous le prétexte climatique,  sanctions contre la Russie à quoi on peut ajouter le maintien à tout prix  de l’euro. La raréfaction des carburants fossiles ne résulte d’aucune pénurie absolue mais de l’arrêt de la prospection depuis trois ans en raison des bas prix des hydrocarbures et des théories malthusiennes de Davos , facteurs que  la spéculation n’a pas manqué d’exploiter.

Dès lors la sitation est claire : si Macron ne remet en question aucune de ces contraintes, toutes plus ou moins internationales mais appliquées avec la plus extrême rigueur en France, les choses ne pourront que s’aggraver sans qu’on sache jusqu’où.

Il n’est même pas sûr que dans ce cas les peuples réagiront : la baisse du pouvoir d’achat, assorti d’une propagande disant qu’elle est une inexorable  fatalité,  se traduit trop souvent par la résignation et l’abattement . Ce n’est pas ce qu’il faut souhaiter. Pour qu’il en aille autrement, il faut que nos contemporains comprennent que rien de cela n’était   fatal.

L’autre option est que France rompe avec les contraintes internationales, au moins une partie d’entre elles, qui empêchent tout retour à la normale.

Ces contraintes : on peut en compter d’abord trois principales :

  • Les contraintes de l’OTAN qui nous imposent de nous priver du gaz et du pétrole russes. Il faut , sinon lever toutes les sanctions, ce qui reviendrait à un virage géopolitique de première grandeur que personne n’est prêt à prendre dans l’immédiat , au moins  les appliquer mollement ou pas du tout.   Déjà , dans l’Europe du Sud, on commence à contourner les sanctions en passant par des pays tiers.  L’Allemagne, loin de nous en vouloir, profiterait du retrait français pour se retirer elle aussi.  Tiraillée entre différentes forces politiques, elle n’a pas encore fait le choix : soit appliquer les sanctions relatives au gaz , lesquelles seraient la fin de la puissance  économique allemande, soit ne pas les appliquer, ce qui lèverait une lourde hypothèque mais ne pourrait que  provoquer une crise avec les Etats-Unis.  L’alliance franco-allemande serait dès lors plus nécessaire que jamais.

 

  • Les contraintes de l’Europe de Bruxelles. La plus difficile est l’organisation du marché européen de l’électricité : elle est un désastre.  EDF est le producteur d’ électricité, grâce à son parc nucléaire, le plus compétitif d’Europe. La règlementation européenne l’a obligée à se scinder en plusieurs entités, ce qui n’est pas le plus grave, mais aussi à vendre des quantités considérables à prix coûtant , donc sans bénéfice pour elle, à des entreprises  purement  spéculatives qui n’ont  nullement participé aux investissements colossaux qui se trouvent en amont,  et à appliquer une prix de l’électricité élevé impacté par les insuffisances de   nos partenaires. Autrement dit,  l’avance qu’a prise la France en faisaint l’effort que l’on sait en matière nucléaire   ne profitera pas au consommateur français : son bénéfice sera partagé avec nos partenaires européens. Il est clair que la France a intérêt, pour permettre à sa population de se chauffer cet hiver, à se retirer de ce marché européen de l’électricité, faussement libéral ,  organisé par Bruxelles, sous l’influence de Berlin, pour la priver de son avantage structurel. De même, il faut , quoi qu’en pensent les Allemands relancer Fessenheim.

 

Ces deux ruptures seraient déjà considérables. Il en est une troisième qui le serait encore davantage  : la rupture avec l’euro ou plutôt ( car sans la France, l’euro n’est rien) la rupture de l’euro.

Dans l’analphabétisme économique qui règne aujourd’hui, bien peu comprennent, spécialement en France  ( en Grande-Bretagne, tout le monde l’a compris dès le début ),  combien la monnaie unique est destructrice pour l’économie française ;  destructrice pour  l’industrie : les géants du CAC 40 préfèrent investir à l’étranger , les PME délocalisent ou ferment , spécialement en milieu rural ; destructrice pour l’agriculture dont  les coûts sont devenus supérieurs à ceux de l’Allemagne ;  les éleveurs se suicident, les fermes disparaissent .  Exprimés en euros,  les coûts des produits allemands , hollandais ou finlandais sont en moyenne plus bas  de 25 %. Il en résulte un déficit chronique de la balance des paiements française et une perte d’emploi corrélative, qui ne pourront pas durer éternellement.  Seul le démantèlement de l’euro et un nouveau franc – ou euro-France, dont la valeur serait moindre que celle de l’euro actuel permettrait de rétablir notre compétitivité et donc notre croissance.

Les sanctions, l’énergie, l’euro sont l’essentiel . Il aurait fallu parler aussi de l’obéissance aveugle au GIEC, relayé par Davos et Bruxelles qui prévoit , pour lutter contre un réchauffement climatique hypothétique, le démantèlement de l’essentiel de notre industrie automobile, en particulier l’arrêt des véhicules au gazole pour lesquels nous étions très  compétitifs et qui contribuaient   à défendre le niveau de vie populaire. Rappelons-nous la relation entre la hausse du gazole et le mouvement des Gilets jaunes : il semble que les dirigeants français n’en aient rien appris.

Ne nous attardons pas sur  l’obéissance aveugle à l’OMS en matière de santé qui n’est pas pour le moment à l’ordre du jour.

L’important est que sur ces sujets : sanctions, énergie , industrie, il n’y a aucune solution sérieuse pour la France que est de rompre avec la dépendance à l’OTAN,  à Bruxelles , à Francfort . La rupture n’a pas besoin d’être complète ni définitive : on peut parler de suspendre certains de nos engagements pour motif d ’urgence : « l’urgence couvre tout » dit-on. Il est possible de rester dans l’Alliance atlantique en en quittant le dispositif intégré comme l’avait fait le général de Gaulle. Il est possible de suspendre notre participation au marché européen de l’électricité  tout en continuant certaines politiques communes.

Emmanuel Macron n’est capable, on le sait, d’aucune de ces ruptures.  Seuls les grands hommes savent rompre : le général de Gaulle avec l’Algérie , Mitterrand avec le tabou communiste, Chirac ( au moins sur l’affaire d’Irak ) avec l’ordre occidental . Lui n’en est pas capable.

Il ne faut pas non plus rêver de grand soir.

La France risque de continuer de s’enfoncer dans le marécage. Jusqu’à quand ?

 

Roland HUREAUX

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:46

LES   DEUX PETAIN

 

Les polémiques récurrentes sur le rôle de Pétain dans les drames de la Seconde guerre mondiale, en particulier la déportation de 74 150 juifs de France ( dont 11 000 enfants) sont depuis quarante ans, largement obscurcies par le brouillard idéologique.

De fait , il y a deux Pétain : pas celui de Verdun et celui de Vichy comme on l’a longtemps dit , mais celui de l’histoire avec ses complexités qui étaient d’abord celles de la situation, celui de l’idéologie post-soixante-huitarde portée aux condamnations sans appel .

Pout savoir comment fut perçu le Pétain de l’histoire, il faut revenir à la génération qui l’a connu :  sur le plan historique , le débat était, dans les années cinquante,  encore  ouvert . Les opinions pouvaient se partager sur les sujets critiques : l’armistice fit-il globalement positif ou négatif ?  Quel était le pouvoir réel de Pétain,  déjà avancé en âge,   sur les évènements ? Henri Amouroux et Robert Aron , plutôt indulgents pour lui,  étaient les auteurs de référence . Les travaux d’Albert Bayet, plus critiques , passèrent inaperçus.

Dans les repas de famille , s’affrontaient sans exclusives sommaires ceux qui avaient cru en Pétain et ceux qui avaient été enthousiasmés par l’épopée du général   de Gaulle. Pas de bagarre ,  pas d’affaire Dreyfus , pas de pro et antivaccin ou Poutine. Les uns disaient qu’il ne fallait pas accabler ce vieillard auquel on prêtait , à tort ou à raison, le mérite d’  avoir amorti le choc de l’occupation, les autres chantaient la gloire de la Résistance. Le mythe de l’épée et du bouclier faisait florès ; les uns et les autres se mettaient assez vite d’accord pour être plus indulgents pour Pétain que pour Laval. Les communistes étaient sans doute hostiles à Vichy mais au nom d’un anticapitalisme qui touchait au moins autant le camp libéral. La question des Juifs n’était pas encore à l’ordre du jour : on confondait les prisonniers de guerre, les déportés politiques en camp de concentration , principalement les résistants, et les déportés raciaux. Les anciens su STO , obtinrent même d’être reconnus, de manière abusive,  comme    «  déportés du travail ».

Antoine Pinay, qui avait été membre du Conseil national de Vichy,  a pu se révéler en 1952 un président du Conseil populaire. Un résistant de la première heure comme le colonel Rémy a pu alors prendre la défense de la mémoire de Pétain. 

De Gaulle revenu au pouvoir en 1958 pouvait, sans créer de scandale , envisager, pour apaiser les esprits, de transférer les centres du maréchal dégradé à Douaumont. L’extrémisme stupide des partisans de Pétain, Me Isorni ( lui-même ancien résistant) en tête, exigeant que l’on révise      en même temps   le procès de1945,  empêcha que cela se fasse. Aujourd’hui, ce transfert serait inconcevable.

Et puis, est venu mai 68.  Tout a changé . Le débat est alors devenu entièrement idéologique.  

La nouvelle extrême-gauche se définit par l’antifascisme – dans lequel elle mêlait aussi bien l’hostilité à Pétain qu’à De Gaulle ou à tout pouvoir « bourgeois » .  Mais Pétain fut une cible de choix .

Ce mouvement avait un antécédent : dès les années trente,  les philosophes de l’école de Francfort ( Adorno, Horkheimer, Reich, Marcuse et d’autres)  avaient répandu l’idée que le socialisme national (nazisme) s’enracinait dans la « personnalité autoritaire » de la vieille société allemande, autrement dit dans la morale traditionnelle. C’est à la destruction de cette morale que s’attachèrent, non seulement les membres de cette école, mais , plus tard, les philosophes français dont l’œuvre fut qualifiée outre-Atlantique de French théorie ( Foucault, Deleuze, Derrida, Bourdieu ) prétendirent poursuivre le travail . Les uns et les autres firent une partie de leur carrière aux Etats-Unis.

La théorie d’Adorno ne fut jamais sérieusement vérifiée. Des auteurs comme Boris Souveraine ou Hannah Arendt[1] ont pensé au contraire que le vivier du socialisme national avait été la masse des déracinés de la société industrielle privés de repères . La théorie de l’école de Francfort contredisait le sentiment immédiat des peuples qui, en Allemagne, en Italie et même en partie en France, en réaction contre les régimes autoritaires,  se jetèrent à la fin de la guerre dans les bras de la démocratie chrétienne, proche de l’Eglise catholique.

Cette théorie n’en constitua pas moins la base de l’immense mouvement de mise en cause de la morale traditionnelle dans tout l’Occident après la guerre ; un mouvement qui commença dès les années cinquante aux Etats-Unis avec le frauduleux rapport Kinsey   financé par le Fondation Rockefeller.

Pour le mouvement libertaire, il était difficile d’invoquer Hitler et Mussolini, tous deux étrangers à toute préoccupation religieuse ou morale : la haine du christianisme du premier était presque aussi vive que sa haine du judaïsme ; le second avait un solide passé anticlérical.   Pétain   à la fois complice des dictatures « fascistes » et   qui s’était appuyé ostensiblement sur une Eglise de France complaisante,  représentait , lui,  une cible idéale . On le créditait d’avoir voulu restaurer en France l’ « ordre moral » à la manière de Mac Mahon. De fait , le tableau est plus nuancé :  la loi de 1921 punissant sévèrement l’avortement et les débuts de la politique familiale datent de la IIIe République.   Beaucoup de résistants étaient catholiques et les mouvements de résistance avaient aussi une préoccupation morale. Mais l’idéologie ne donne pas dans la nuance :  Pétain était le chaînon manquant permettant au nom de l’antifascisme de subvertir la morale occidentale. Même si Vichy avait   cherché à asseoir sa légitimité par la rhétorique morale, il fallait cependant retoucher quelque peu le portrait du vieux maréchal libertin et agnostique   pour en faire une image de la vertu .

Toutes les idéologies conduisent au manichéisme. L’idéologie libérale-libertaire aussi.  Pétain devint une bête noire de choix, le repoussoir absolu. Seul Franco pouvait rivaliser avec lui dans la conjonction fantasmée du fascisme et du moralisme catholique.

Dans la démarche idéologique, toute parole d’indulgence, tout essai de compréhension de l’ infâme devient un crime .

Assurément le maréchal Pétain porte une lourde responsabilité dans les évènements de ces années. Mais pas celle que l’on croit.  Tenu pour un « maréchal républicain »,  parrain  occulte de l’armée française tout au long des années trente, il imposa de manière dogmatique une doctrine purement défensive, celle de la ligne Maginot et, pour l’appliquer,  un commandement médiocre , ce qui en fait un des grands responsables de la défaite de 1940. Cette défaite fut alors la faute originelle de la France , celle dont il faut faire avant tout repentance. Elle entrainait tout le reste : l’assujettissement à l’Allemagne, l’immense transfert de ressources y compris humaines vers celle-ci, l’application de la Convention de La Haye de 1907 sur le droit de la guerre qui donne les pleins pouvoirs   à l’occupant sur les territoires occupés,   soit toute la France métropolitaine à partir de novembre 1942. Mais dès lors que Pétain était devenu le repoussoir absolu de la philosophie dominante, tout ce qui pouvait l’accabler était bienvenu.

Dans le milieu anglosaxon, cette tendance se confondit avec le French bashing, la volonté d’humilier au maximum la France . Contre le général de Gaulle qui lui avait rendu, tout au long des années soixante, à la fois la fierté et une insupportable indépendance, Pétain fut appelé à la rescousse.  Cette volonté de salir la France en lui rappelant de manière obsessionnelle ses compromissions n‘a cessé de s’ aggraver,   conduisant certains dirigeants américains à la suite de la guerre d’Irak ( 2003 ),   à vouloir la faire disparaitre comme puissance.  C’est dans ce contexte que s’insère le célèbre livre de Robert Paxton sur Le régime de Vichy (1972) , particulièrement accablant pour notre pays   bien que d’une valeur historique contestable. Les historiens israéliens, Alain Michel et Simon Epstein furent bien plus ouverts à la singularité du cas Pétain.  

Il y a en définitive deux Pétain, le réel, qui mérite une approche sans indulgence mais aussi sans préjugés , avec toute le sens de la complexité que ne doit jamais perdre de vue un véritable historien et celui de l’idéologie libérale-libertaire qui règne aujourd’hui sur de larges secteurs d’opinion nationale et internationale et qui ne peut être que manichéenne.

Pétain ne mérite, pour les raisons que nous avons dites, aucune bienveillance . Mais il est temps que l’examen de son cas sorte des simplifications de l’idéologie pour redevenir une vraie question historique.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Emmanuel Todd a une position proche : pour lui,  l’essor des idéologies, dont le socialisme national, fait suite à la crise du fait religieux.

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:44

De récentes affaires ont tendu les relations entre la papauté et une partie des   catholiques français  : le motu proprio Traditionis custodes  du 16 juillet 2021  et ses suites, dont l’objectif avoué est de faire disparaitre  l’usage du latin dans l’Eglise, l’interdiction de six ordinations dans le diocèse de Toulon, interférence du pouvoir romain sans précédent, même aux pires époques de centralisme, l’ inspection de l’archevêque de Strasbourg ( sans consulter l’Etat alors que l’Alsace est en régime concordataire) . Ajoutons l’indifférence dans laquelle a été reçu en France le mouvement synodal voulu par le pape François : les réunions n’ont attiré que quelques vieilles personnes habituées des sacristies ; pas de jeunes : un échec.

Tout se passe comme si le pape jetait sur les églises d’Europe et singulièrement celle de France un regard décalé d’au moins trente ans.  Pour lui, des structures et des habitudes vieillies ont persisté malgré le concile Vatican II ; il est temps de réaliser le véritable aggiornamento souhaité en son temps par le pape Jean XXIII.  Le tempo auquel se réfère ainsi le pape est sans doute celui de l’Eglise d’Argentine, en retard, comme beaucoup d’Eglises d’Amérique latine,  sur le mouvement général de la catholicité.

Cette vision , si elle est bien celle de Rome, comme cela semble être le cas, est un contre-sens.

 

Le grand chambardement a déjà eu lieu

 

Le bouleversement   des habitudes que le pape François souhaite susciter dans l’Eglise de France a déjà eu lieu entre 1965 et 1975. Il s’est traduit par l’abandon de plus de 2000 prêtres, une chute rapide des ordinations, jusqu’à l’étiage inchangé depuis 1975 au niveau   de 100/150 nouveaux prêtres par an , ce qui n’est pas rien, par des bouleversements liturgiques hasardeux et l’éloignement de l’Eglise d’une partie croissante de la population . C’est à ce moment là que se sont multipliés les faits de pédomanie : il s’agit d’ un moment de l’histoire de l’Eglise et non d’une constante : le mot d’ordre, plus soixante-huitard que  conciliaire , était pour les prêtres et les laïcs de se « réaliser ».  

Ce traumatisme a été aggravé par la dureté avec laquelle les évêques de France ont   appliqué la réforme liturgique, confondant la permission avec l’ obligation de dire la messe en français,  qui s’est traduite par le schisme de Mgr Lefèbvre – qui avait pourtant voté presque toutes les motions du concile.

C’est pourquoi  l’élection de Jean Paul II fut si bien accueillie dans notre pays  : poursuivant et même amplifiant l’engagement du Saint-Siège dans la défense des droits de l’homme, le pape polonais mit fin à un certain nombre d’extravagances théologiques et liturgiques qui avaient marqué l’après-concile, restaurant en particulier la rigueur dogmatique traditionnelle de l’Eglise par un catéchisme devenu une référence . Son successeur Benoît XVI reconnut officiellement une diversité liturgique à même de faire cohabiter de manière bien plus pacifique qu’on ne l’a dit les rites latin et français .

L’expérience « progressiste » des années soixante et soixante-dix s’est également essoufflée parce que les individus et les familles qui ont fait ce choix ont généralement perdu la foi et n’ont suscité pratiquement aucune vocation   sacerdotale. 

On peut dire aujourd’hui qu’environ les deux tiers des séminaristes français sont issus de la mouvance traditionaliste , même quand ils font le choix de séminaires diocésains pour éviter les problèmes de débouché, et le restant  d’une société laïcisée peu concernée par les questions internes à l’Eglise.

C’est dire que les orientations du pape François sont apparues comme singulièrement déphasées par rapport à    l’histoire réelle de l’Eglise de France.

Ces orientations ont redonné un semblant de vie aux   tendances « progressistes » qui subsistaient mais de manière totalement artificielle . Le fait qu’elles contrôlent l’essentiel de la presse catholique ou certaines instances bureaucratiques d’Église ( le secrétariat de la Conférence des évêques de France par exemple) fait croire qu’elles vivent encore. Mais cette vie n’est que d’apparence.  L’Eglise dite conciliaire ne suscite qu’indifférence chez les jeunes.

A l’inverse , les jeunes sont nombreux pour suivre la liturgie latine là où elle a été maintenue ou restaurée . Dans une commission du Vatican, un cardinal éberlué par ce fait a supposé que ces jeunes étaient atteints d’une maladie mentale !

 

Un retour en arrière idéologique

 

Ce qui reste de « progressistes », plus dans le sommet de l’Eglise que sur le terrain,  sentent bien que la situation leur échappe.  Comme tous les idéologues confrontés à une contestation, de la même manière que dans la vie civile, ils se crispent pour préserver leur dogme – celui d’une évolution linéaire de l’Eglise dans le sens du « progrès » , et sont tentés de l’imposer   à toute force par l’autoritarisme.  Au vu de dernières décisions, le Vatican se prête assez clairement à ce jeu. Singulier paradoxe en effet d’une institution qui prône partout la décentralisation et la démocratisation ( dite synodalité) en même temps qu’elle se fait   plus autoritaire et interventionniste que jamais.

Cet autoritarisme est désastreux : il amène une méfiance a priori pour les prêtres ou les communautés religieuses les plus remplis d’ardeur missionnaire, lesquels , sans être des intégristes, tournent rarement le dos à la tradition. Il s’ensuit des persécutions mesquines de style bureaucratique.   Comme animée d’une pulsion suicidaire, l’Eglise de France suspend ou relègue au placard,  pousse parfois aux extrémités,  ses meilleurs éléments, dissout des communautés dynamiques.   

Un jeu complètement artificiel . On cherche en effet en vain les percées intellectuelles qu’aurait permises le prétendu progressisme ; il se résume à quatre ou cinq questions touchantes toutes , de manière obsessionnelle,  à la sexualité,  les mêmes depuis soixante ans :  le mariage des prêtres,  l’ordination des femmes, la réhabilitation de l’homosexualité, les divorcés remariés. Comment s’étonner que la jeune génération à la recherche d’un absolu qui tranche avec la confusion du temps, trouve lassantes ces ritournelles soixante-huitardes dépassées ?

 

Tradition et avenir

 

Je n’y ai longtemps pas cru, pourtant les faits récents montrent que le retour à la foi , s’il a lieu , se fera probablement sous l’inspiration traditionaliste  (  ce qui ne veut pas dire schismatique) . Les tentatives d’étouffer cette tendance ne sont que des combats d’arrière-garde.  

Le modernisme des années soixante et soixante-dix a été aussi stérile en matière liturgique que théologique. L’autorisation du culte en français par le Concile a donné naissance à une masse de cantiques médiocres, généralement triomphalistes. Paradoxe en effet : alors que ce sont généralement les ultra-conciliaires   qui dénoncent le triomphalisme d’autrefois ,  c’est dans le nouveau cadre que se sont multipliées des liturgies voulues « festives », donnant l’impression que la communauté se célèbre elle-même ( un reproche qu’on pouvait déjà faire aux cantates de Bach ! ).  Une autocélébration ennuyeuse : voilà où mène le sacrifice de la sacralité à la dimension « communautaire ».  Rien à voir avec l’immense monument du grégorien , tourné vers la seule transcendance , totalement empreint de l’humilité monastique, un héritage aussi précieux que les cathédrales romanes et gothiques[1].    

La conviction que l’usage du rite ancien,  pas seulement par les lefèvristes, est une relique du passé qui s’effacera au moyen de quelques coups de crosse, fait penser à celles des assemblés de la Révolution française, dont la majorité de membres , imprégnée de la philosophie de lumières,  pensait que la religion catholique était une survivance dont quelques lois viendraient vite à bout.  Parmi ces lois, la Constitution civile du clergé qui leur parut anodine mais qui violait les droits historiques de l’Eglise de France. Ils durent déchanter : la question religieuse entraina la guerre civile , puis , après maintes tribulations, la réhabilitation du catholicisme sous la forme du Concordat de 1801 et, on l’oublie,  le retour d’une partie de la population à une foi plus ardente qu’avant, d’où émana au XIXe siècle une floraison sans précédent de   saints français.

 

Roland HUREAUX

 

13/8/2022

 

 

 

[1] Nous n’établissons pas pour autant de relation entre l’attrition du latin et l’étrange incendie de Notre-Dame.

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:42

Les Français ont longtemps été fascinés par les Scandinaves , spécialement par le « modèle suédois », peu différent de celui des autres pays nordiques.

Il est vrai que ces pays ont bien su mener leur barque sur le plan économique. Peu peuplés, il leur suffisait de quelques spécialités technologiques pointues pour équilibrer leur commerce international et financer un système social développé.

La propagande a fait le reste ; jamais un Suédois ne dit du mal de son pays ; alors qu’à l’inverse les Français ne cessent de dénigrer le leur.

Le modèle suédois était unique dans les années soixante-dix :  transferts sociaux élevés, souci d’ assurer le développement optimum de l’enfant et surtout liberté sexuelle faisaient rêver .

Pourtant, dès 1971, l’essayiste britannique Roland Huntford[1]   mettait n’en garde contre un « nouveau totalitarisme », une société étouffante d’où , sans que la police ait besoin d’intervenir, un pesant conformisme social-démocrate régnait en maitre.  Le souci hygiénique , issu du moralisme protestant, donnait aux services sociaux un droit d’intervention large dans la vie des familles, jusqu’ aux abus que l’ont trouve évoqués dans les romans de Stieg Larsson . Un enfant pleure trop fort, les voisins vous dénoncent et l’enfant est placé.

Aujourd’hui, ce modèle fascine moins parce que la société française l’a largement rattrapé :  l’évolution des mœurs,  le poids de l’Etat, un nouveau moralisme oppressif de type woke  se conjuguent pour nous mettre au même niveau que la Suède.

Dans cette période bénie où s’affirmait une singularité suédoise , ce pays a témoigné   d’autres qualités ; la première est l’ indépendance fondée sur une neutralité qui dure depuis   1815. C’est grâce à elle qu’il   n’a  participé à aucune des guerres mondiales . Durant la guerre froide,  le premier ministre Olaf Palme se mit,  non sans brio,  à l’écart de l’Est comme de l’Ouest – il se peut qu’il en soit mort 

La neutralité de la Finlande fut une acquisition récente. Intégrée à   la Russie jusqu’en 1917, elle sut repousser son puissant voisin en 1940,  non sans recourir à l’aide allemande puis occidentale. Sa bravoure permit à la Finlande de trouver un statut original de neutralité : Staline consentit à ce qu’elle reste un Etat démocratique à condition qu’elle ne rentre pas dans l’OTAN , une solution qui ne fut pas permise à la Pologne ni aux autres pays de l’Europe centrale et orientale sous occupation soviétique , une solution qui fut envisagée plus récemment pour l’Ukraine et qui aurait évité la guerre ,  que , cette fois, le jusqu’au boutisme américain a empêché d’aboutir.

La neutralité était aussi un facteur de prestige. A cause d’elle,  ces pays ont pu donner de hauts fonctionnaires internationaux de grande classe comme les Suédois Dag Hammarskjöld ou Hans Blix.

Mais aujourd’hui tout change : la Suède et la Finlande , pris dans l’hystérie occidentale antirusse répandue par toutes les techniques d’influence développées à Washington , veulent à toutes forces jeter aux orties leur neutralité , comme d’autres leur virginité et adhérer à l’OTAN ; seul le veto d’Erdogan freine pour le moment cette adhésion.

Quel singulier paradoxe !  La Suède n’a pas eu peur quand , à ses portes, Staline massacrait des dizaines de millions de gens, quand , au plus fort de la guerre froide, l’ immense arsenal nucléaire soviétique se déployait dans son périmètre proche , appuyant une doctrine, le communisme,  qui ambitionnait ouvertement de conquérir le monde . Même chose pour la Finlande.

Et maintenant , voici que ces pays sont paniqués par  la  Russie de Poutine, qui n’a rien  de comparable à ce que fut  jamais l‘Union  soviétique , une Russie où seuls quelques empoisonnements  , plus ou  moins ratés,  sont reprochés au régime , un régime qui n’a aucune idéologie à exporter sauf la religion orthodoxe sans prétention à la conquête du monde,  où  Poutine a dit expressément qu’il était prêt  à vivre en paix avec tous ses voisins , ce qui valait autant pour  la Finlande que pour l’Ukraine,  à  condition qu’ils n’adhèrent pas à une alliance ouvertement hostile à la Russie.

Qui peut penser que la sécurité de ces pays serait améliorée par une telle adhésion ?  C’est clairement le contraire. Jusque là neutres, il se placent dans une position d’antagonisme ouvert vis-à-vis d’un proche voisin   ; le cas ukrainien montre clairement que les Etats-Unis ne sont pas prêts à risquer un affrontement direct  pour de petit pays d’Europe septentrionale ou orientale, qu’ils soient hors de l’ OTAN – et même dans l’OTAN. Le général de Gaulle avait en 1966 dit combien l’engagement américain en Europe était problématique dès lors que des représailles étaient possibles sur le territoire des Etats-Unis . Cela valait dans les années soixante où les Etats-Unis étaient les plus avancés . Cela vaut encore plus aujourd’hui où il n’est pas certain que la force militaire de la Russie ne surclasse pas celle de l’OTAN

Non décidément les nordiques ne sont pas si intelligents qu’on croit.

Roland HUREAUX 

14/8/2022

 

 

 

 

 

[1] Roland Huntford, Le Nouveau totalitarisme , 1971.

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:41

Qui attendait quelque chose de la réélection de Macron ? Il y avait ceux qui voulaient un changement de président, 70 % des électeurs, et ceux qui rejetaient les principaux candidats qui se proposaient de le remplacer : Le Pen, Zemmour et Mélenchon. Mais rejeter n’est pas espérer. Qui d’ailleurs, parmi ceux qui ont permis au président d’être réélu, a  lu le pensum insipide que constitue son programme ?

Un programme sans idées

Ce programme ne nous apprend d’ailleurs pas grand-chose de ce qui va se passer dans les prochaines années.

Il ne contient aucun changement de cap : d’abord parce que Macron est un idéologue du pseudo-libéralisme woke, alliance de l’extrême gauche sociétale et d’une politique qualifiée à tort de   libérale parce qu’elle favorise les plus riches.  Son positionnement n’est pas très différent de celui de Biden et de la plupart des dirigeants de l’Europe occidentale.

Disons aussi que Macron n’a jamais fait preuve d’imagination : quand, sur les différents sujets, on croise les directives internationales (pas seulement Bruxelles, mais Davos, l’OCDE, l’OMC, le GIEC etc.) et les propositions en attente dans les tiroirs de la technocratie française, on a beaucoup de chances de trouver le programme de Macron. Avec le côté woke : testing (c’est-à-dire diagnostic) obligatoire des entreprises pour veiller à ce qu’elles ne pratiquent aucune discrimination, de sexe, de genre, de race etc., mise en fiche des auteurs de violences conjugales, mise à l’étude de l’euthanasie, extension des droits des concubins (même non pacsés), nouveau coup porté au mariage. …

Avec l’ultra écologisme des instructions de Davos : neutralité carbone de la France qui doit être le premier pays à y arriver, en 2050, ce qui signifie la continuation de la destruction de l’industrie et de la circulation automobile non électrique, la mise en chantier de 50 parcs d’éoliennes : fâcheuse volonté d’être exemplaire, exaspérante pour nos voisins, destructrice pour nos intérêts.

L’accession à la propriété en sera pas encouragée au bénéfice d’une extension illimitée du parc social : là aussi c’est l’idée de Davos qui veut détruire la petite propriété foncière et ne laisser, hors la très haute classe internationale, que des locataires. La conjugaison de la suppression, déjà faite, de la taxe d’habitation et de celle, promise, de la CVAE (contribution sur la valeur ajoutée des entreprises), laissera peu de matière imposable hors de la propreté foncière.

Le reste est la rhétorique technocratique habituelle qui ne sera sûrement pas suivie d’effets : réduire la dette à partir de 2026 (ça na coute rien de le dire), moderniser l’Etat (un objectif qui laisse de côté fâcheusement la réduction des effectifs sachant que les mauvaises modernisations sont la cause principale de la hausse des effectifs et de toute une série de dysfonctionnements qui exaspèrent fonctionnaires et citoyens ).

Parmi les rossignols qui trainent dans tous les programmes depuis vingt ans, l’instauration d’un conseiller territorial qui serait à la fois conseiller régional et conseiller départemental. Projet très difficile à mette en œuvre :  c’est la promesse de nouvelles complications, avec la certitude de ne faire aucune économie à l’arrivée. Il part de l’idée fausse qu’il faut porter remède au « mille feuilles » français, idée répétée partout alors que la mille-feuille existe ailleurs et qu’il y aurait d’autres manières, plus simples, de le réduire, par exemple en supprimant les régions, ou de le rendre moins coûteux, comme  en réduisant les indemnités et les effectifs des différentes entités.

Sur certains sujets, tout idéologue qu’il est, Macron semble revenir en arrière : plus question de GPA, pour ne pas effrayer , retour mesuré au nucléaire (6 EPR annoncés), mais il ne fait que suivre les idées de la sphère internationale, notamment Davos moins négatif sur le nucléaire depuis quelques mois, réalisme oblige.

Et on retrouve les aberrations de tous le programmes comme la promesse de pouvoir porter plainte en ligne, qui existe déjà.

Voilà quelques éléments du programme de Macron, que nous aurions pu développer davantage, mais nous n’avons pas voulu ennuyer  le lecteur.

D’autres promesses tendent à   élargir la démocratie : un grand débat national, la proportionnelle (dont on connait les dangers) …

Peu ou pas  d’idées sur des secteurs critiques comme l’éducation nationale (hors le retour aux mathématiques pour tous que le même  Macron avait supprimées), la sécurité (on ne touche pas à la justice qui est le cœur du  problème), l’immigration, le chômage, la dictature sanitaire, prête à revenir si on en croit son  grand prêtre international Bill Gates, la  vieille ritournelle  d’occuper les chômeurs à faire quelque chose, très difficile à mettre  en œuvre, rien sur l’énergie, sauf les éoliennes . Macron est en panne d’idées sur les questions les plus décisives.

En bref, la réélection de Macron ne laisse présager la solution à aucun de grands problèmes qui préoccupent les Français :  sécurité, éducation, immigration, réduction des libertés, complication administrative, stagnation économique – et a fortiori déficits, endettement, baisse du niveau de vie. Macron II, c’est la politique du chien crevé au fil d’eau.

 

De graves défis nous attendent

Alors cinq ans d’un long fleuve tranquille ? Gardons-nous de le croire. Le bref panorama que nous venons d’esquisser laisse de côté les défis le plus importants auxquels la France est déjà confrontée et le sera encore davantage.

Le reste a trait aux suites du covid :  Bill Gates en annonce une autre vague, sous deux ans, plus terrible que les précédentes. Comment le sait-il ?  Vérifiée ou pas, cette vague entrainera de nouvelles mesures de confinement, un renforcement de l’obligation vaccinale et de toutes les mesures attentatoires aux libertés. Gageons que Macron réélu vaudra être là aussi le meilleur élève de la classe de la répression sanitaire.

La question du covid débouche sur celle encore plus grave, du great reset. Klaus Schwab et ses conseillers ont concocté à Davos que les mesures prises contre le covid    devaient être tenues pour le prélude à une grande remise à plat du monde (c’est-à-dire une révolution radicale) comportant la réduction de la population et de la consommation d’énergie spécialement de l’énergie   fossile. Comment ? En interdisant rapidement le diésel qui a le défaut d’être le carburant du pauvre, celui des gilets jaunes, et à terme,  de tout  carburant autre qu’électrique.

Ce plan part de présupposés fous : une surestimation apocalyptique du réchauffement climatique, la méfiance irrationnelle du nucléaire, la haine de l’industrie dite « brune », c’est à dire de l’industrie tout court, la volonté de réduire la population mondiale. L’application de ce plan qui a déjà commencé dans les directives de Bruxelles, serait la ruine de l’Europe, le retour au niveau économique et au niveau de vie qui est celui du Maghreb. Pourquoi de l’Europe ? Parce que les autres continents ne prennent pas ces perspectives au sérieux : Russes, Chinois, Indiens et même une partie des Américains, riant in petto, regardent les pays de l’Union européenne planifier leur propre suicide, sans objecter. Les promesses qu’ils font d’accompagner ce mouvement de décroissance sont de la rhétorique parfaitement hypocrite.  

Se conjugue avec la question du Great rest, celle des sanctions suicidaires infligées à la Russie qui sont bien davantage des sanctions que les Occidentaux s’infligent à eux-mêmes.

De ces sanctions, les Américains n’ont cure. Ils pressent les Etats européens de prendre des sanctions de plus en plus dures et pendant ce temps leur commerce avec la Russie se trouve en croissance. Mais les Européens, dument manipulés par Washington sont pris d’une frénésie irrationnelle qui leur fait oublier toutes les prudences diplomatiques et les amène à faire de la surenchère. Comme le souhaite Davos, ils vont s’obliger à réduire de manière drastique leur consommation d’énergie fossile, ce qui va entrainer une hausse des prix insupportable pour la plupart des budgets populaires. Quelle signification peut avoir le programme de Macron si une moitié des Français n’a pas de quoi se chauffer à l’hiver prochain ?  

Pour y parer en partie, il faudrait réviser complètement les règles absurdes du marché européen de l’énergie pour que les Français puissent profiter de leur électricité nucléaire à bon marché. Mais ce n’est évidemment pas à l’ordre du jour.

La hausse des prix de l’énergie va aggraver l’inflation qui s’est esquissée au cours des deniers mois en raison de la multiplication des déficits et de la création monétaire dans toute l’Europe. L’inflation est euphorisante au début, destructrice à terme. Macron a, dans sa campagne, profité de cette euphorie, sans encore avoir à payer l’addition. L’explosion du déficit pourrait entrainer l’éclatement de l’euro, sans que le volontarisme de Macron en matière européenne puisse l’empêcher. A-t-il prévu cela dans sa prospective ?

Derrière la question des sanctions se trouve celle de guerre d’Ukraine. Macron a inscrit la pérennité des sanctions dans son programme sans savoir ce qu’allait devenir le conflit. Il barre ainsi la voie à toute restauration des relations entre l’Europe et la Russie.

S’il n’y a pas d’apocalypse, le devenir de la guerre ukrainienne est d’ores et déjà prévisible : les Russes vont l’emporter d’ici quelques mois, l’armée ukrainienne aura cesser d’exister. Sans qu’on sache le statut juridique qui sera donné à chacune des parties de l’Ukraine, ce sera un sévère camouflet pour l’OTAN, singulièrement ses composantes européennes, spécialement Macron qui s’est, plus que d’autres engagé dans l’extrémisme antirusse. Le président Biden sera sanctionné en perdant en novembre la majorité dans les deux chambres du Congrès. Qu’en sera-t-il de Macron, qui devrait essuyer à la fois cet échec géostratégique et les remous sociaux qui résulteront de la hausse du prix de l’énergie et de l’effondrement   du niveau de vie ?  

Face aux périls qui s’annoncent, le salut dela France serait se de retirer – ou de prendre ses distances – avec les organisations qui nous ont conduits à ces périls :

  • Prendre se distances avec l’OMS et la galaxie Gates-Fauci en matière de covid pour ne pas entrainer un nouveau choc à l’économie française sous le prétexte d’une douteuse lutte contre le covid ou la « variole du singe » ;
  • Prendre ses distances avec le Forum de Davos et la commission européenne qui appliquent servilement ses directives suicidaires ; revoir entièrement le règlement européen du marché de l’énergie ;
  • Prendre ses distances avec l’OTAN et son engagement pro-ukrainien pour se mettre en position de négocier le jour où les Russes auront gagné et que l’ordre européen sera à reconstruire sur de nouvelles bases.
  • On pourrait ajouter que la crise de la dette et l’inflation galopante qui se profilent à l’horizon ne pourront pas ne pas entrainer l’éclatement de l’euro, pas forcément décidé par la France. C’est là qu’un plan B serait nécessaire mais il s’en faut de beaucoup que l’actuel président pour qui l’euro est l’horizon indépassable de l’histoire se prépare à ces échéances.

Compte tenu du contexte international (guerre, sanctions), financier (inflation croissante), des plans délirants du Giec et de Davos et, les cinq années qui viennent ne pourront être que celles des grands orages.

Par rapport à ces perspectives le programme que s’est donné Macron apparait comme singulièrement rachitique. Ce frêle esquif résistera-t-il aux tempêtes qui s’annoncent ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:39

Poutine est-il vraiment un dictateur ?

En posant cette question, nous ne prétendons pas porter un jugement sur l’ « opération militaire spéciale » qu’il a engagée en Ukraine et qui est manifestement contraire au droit international.

Mais l’hystérie aidant, il est habituel de le considérer comme un dictateur.

Nous pourrions dire d’emblée à partir d’exemples passés, que, dès lors que la machine de propagande américaine se met en marche, tout ennemi des Etats-Unis est un dictateur, alors que leurs amis bénéficient d’une grande indulgence :   même s’il s’agit de régimes manifestement autoritaires comme les royaumes de la péninsule arabique,  on évite de les qualifier de dictatures.

A l’inverse, pendant la guerre du Kosovo, Milosevic, président de la Serbie, tenu par Washington pour un ennemi à abattre était tenu par tous pour un dictateur alors même qu’il venait de perdre les élections municipales, laissant passer les villes principales à l’opposition : vit-on jamais un dictetur perdre des élections locales ? Mort en prison, il a été blanchi après coup par la Cour pénale internationale.

Le cas de la Russie de Poutine sera examiné sous trois angles : les droits de l’homme , la liberté de la presse,  les élections.

 

Les droits de l’homme

 

Les droits de l’homme ont sans doute à faire quelques progrès en Russie,  mais considérons le chemin parcouru depuis le communisme qui vit l’arrestation arbitraire, la déportation ou le massacre de millions d’hommes et de femmes.  Aujourd’hui les détentions auxquelles on peut reconnaitre un caractère politique, se comptent sur les droits d’une main.

On dira qu’il y en a beaucoup d’autres dont on ne parle pas ; peut-être mais il y a à Moscou environ 2000 correspondants de presse occidentaux presque   tous hostiles à Poutine plus autant de journalistes russes en osmose avec eux . S’il y avait tant d’atteintes aux droits de l’homme,  pourquoi ne nous les signalent-ils pas, pourquoi ne partent pas de Moscou de dizaines , voire des centaines de pétitions pour libérer untel ou untel ?  Seule l’équivoque affaire Navalny a fait parler d’elle.

A vrai dire, il y a eu quelques disparitions ou morts mystérieuses au début de la période Poutine.  Elles ont défrayé la chronique sans qu’on en sache le fin mot. Depuis , tous ceux qui accusent Poutine d’atteintes aux droits de l’homme ressortent ces affaires comme s’il n’y en avait pas d’autres. Aucun assassinat effectif n’a été dénoncé depuis 2006.

Suivent pour la période plus récente une série d’empoisonnements… ratés. Les mêmes qui en accusent Poutine avec véhémence sont prêts à soutenir que le KGB est toujours présent ; il aurait seulement changé de nom : il est devenu le FSB, mais l’esprit reste, dit-on,  le même. Etonnant : cette machine qui a organisé le massacre de millions d’hommes et en détenait encore quelques dizaines de milliers à la chute du communisme, ne serait pas capable d’empoisonner un opposant : elle manque toujours son coup !

Le seul attentat réussi a visé très récemment un philosophe soutien de Poutine , Douguine et a tué sa fille : cette histoire tragique   nous a profondément émus. Il se trouve des esprits pervers pour l’imputer à Poutine,  alors que tout laisse penser qu’elle a été organisée par le pouvoir ukrainien !

Il faut aussi , sur ce chapitre, regarder ce qui se passe en face. Il est connu qu’Obama, prix Nobel de Paix avalisait chaque semaine une liste de personnes que la CIA devait abattre sans jugement aux quatre coins du monde. François Hollande a avoué avoir aussi ordonné d’abattre certaines personnes sans jugement.

Une vieille affaire,  celle des frégates de Taïwan,  a causé chez nous la mort d’une quinzaine de personnes impliquées, hors de tout contrôle judicaire : secret défense dit-on.  Qu’aurait-on dit si une affaire analogue s’était produite en Russie ?

Il se peut que des assassinats de ce genre aient lieu aussi en Russie, mais au dire de spécialistes, ils toucheraient seulement des islamistes : peut-être,  mais nous n’en avons aucune preuve.

S’agissant des islamistes, Poutine n’a aucune institution comparable à Guantanamo : une prison installée dans un pays voisin où toutes les  normes de droit sont abolies. Sinon, ça se saurait.

 

La liberté d’expression

 

Deuxième sujet : la liberté de la presse et d’expression  ; il est lié au précédent dans la mesure où l’assassinat de journalistes fait peur aux autres et les conduit   à s’autocensurer.

En Occident, l’autocensure de la presse est-elle moins importante ? Il ne semble certes pas que les journalistes y risquent la peine de mort mais tous peuvent craindre , s’ils sortent de la pensée unique, de perdre leur emploi et d’avoir du mal à en retrouver un, de « finir à la rue » comme on dit.

C’est encore plus vrai de l’Université , spécialement aux Etats-Unis, où un seul mot « politiquement incorrect », par exemple une plaisanterie sur les homosexuels   ou un propos qui semble favorable à Trump, peut entrainer la perte d’emploi et la marginalisation sociale. En France, le statut de la fonction publique protège, jusqu’à un certain point , les professeurs titulaires mais ne leur évitera pas le harcèlement woke .  Rien de tel en Russie où on peut dire que la liberté d’expression universitaire est aujourd’hui plus grande qu’en Occident.

Personne n’ignore que les médias occidentaux sont entièrement alignés sur une seule opinion sur tous les sujets critiques :  monnaie unique (en Europe), Covid, réchauffement climatique, droits des homosexuels, hostilité à la Russie.  Le Prix Nobel de la paix a été attribué en 2021, au patron de presse russe  Dmitri Mouratov .  Il est   un opposant déterminé à Poutine. Il dirige un groupe de presse, Novaïa Gazeta qui tire à 1 million et demi d’exemplaires. Peut-on nous dire quel organe de presse clairement en rupture avec la pensée dominante sur tous les sujets évoqués et à son représentant en France, Emmanuel Macron,  tire à 1 million et demi d’exemplaires ?  Les rares follicules hors système se contenteraient    du centième. Ceux que l’on qualifie   habituellement d’extrême droite ont pratiquement tous disparu. Où est la liberté de la presse ?

Ce ne sont pas seulement les médias qui sont sous contrôle. Ce sont aussi les citoyens, les associations,  les groupes politiques. Il est notoire que depuis quelques années, les géants des grands réseaux internet : Facebook,  Twitter, You Tube   se sont arrogé le droit de supprimer les comptes de tout citoyen, de tout organisme qui tiendrait de propos incorrects sur des sujets critiques : la pandémie et la stratégie vaccinale, les élections américaines. Il n’est pas permis de dire par exemple que la vaccination peut avoir  des effets secondaires graves ou que les démocrates ont triché à la dernière élection présidentielle. Même Donald Trump en campagne électorale s’est vu privé de tout moyen de communiquer ses idées ( sachant que les médias de masse étaient unis contre lui). Il vient de faire l’objet d’une perquisition  à  son domicile de Floride aux fondements juridiques douteux. Tout comme Mélenchon en France il y a quelques années. Que dirait-on si la même chose arrivait à Moscou ?

 

La régularité des élections

 

Venons-en aux élections. Le fait de les gagner ne fait de personne a priori un dictateur.  La popularité de Poutine dans la population russe n’est pas un mystère , elle est confirmée par les sondages internationaux. Elle s’exprime surtout en province, Moscou et Saint-Pétersbourg demeurant des citadelles de l’opposition pro-occidentale.

Poutine est populaire comme le sont les chefs d’Etat qui travaillent pour leur peuple et rien que pour lui ; c’est ce que doit faire un vrai leader , démocratique ou pas. C’est ce que font de moins en moins les chefs d’Etat occidentaux occupés les uns à construire l’Europe supranationale , les autres à diffuser dans le monde , y compris par la force, le modèle démocratique, tel qu’ils l’imaginent, voire à servir les seuls intérêts de milliardaires . Le service d’un peuple est une partition exigeante ; quand leurs dirigeants suivent une autre partition, étrangère aux intérêts nationaux, il ne faut pas s’étonner que leur popularité, à peine élus, tombe, comme chez nous,  à 20 ou 30 %.

Il y a certes dans les victoires électorales de Poutine, l’influence du tempérament russe, porté à soutenir assez largement un chef qui fait ses preuves , sur le plan national et international . Qui croit qu’il en va différemment en France ?  Selon les départements, la gauche ou la droite, bien incrustées remportent les élections depuis des dizaines d’années : la gauche dans le Sud-Ouest , la droite dans les Yvelines . Dans certaines villes,  les citoyens opposés à la majorité municipale, craignent qui d’être éloignés des marchés municipaux, qui de mettre en difficulté un parent travaillant à la mairie : ils se taisent. Sur le plan de l’ « esprit majoritaire », la France a longtemps été une marqueterie de petites Russie. Ce n’est que récemment que les choses ont bougé,  mais pas complètement. Il en va de même aux Etats-Unis. Comme nous, ils sont une fédération de territoires inscrits dans telle ou telle orientation, les élections nationales étant déterminées par les swings states, ceux qui se partagent par   moitié.

J’ai eu l’occasion de rendre visite à Mouratov dont il est question ci-dessus. Il était très remonté contre la fraude qui avait marqué le scrutin de 2008, au bénéfice de Poutine. Je lui demandai si Poutine aurait perdu les élections sans fraude. Il me répondit non, mais il aurait obtenu , dit-il,  55 % au lieu des 65 % affichés . Et qui dont aurait eu 10 % de plus ? demandai-je ; le parti communiste me répondit-il…

Il était clair que ni dans ces élections ni dans celles qui se sont produites depuis, personne n’a soupçonné Poutine d’avoir renversé le résultat des élections par une fraude massive. On ne saurait en dire autant de son homologue Biden.

Le soutien de la majorité de la population russe au chef de l’Etat n’est nullement le signe que le pouvoir s’y exerce de manière dictatoriale .

La Russie est une démocratie « en transition » mais sûrement pas une dictature ; au moment où la démocratie recule partout en Occident , les Occidentaux manquent d’argument sérieux pour qualifier Poutine de dictateur.

 

Roland HUREAUX  

Août 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:20

Jamais peut-être le monde n’a été si plein de contradictions.

La modernité ou ce qui est tenu pour tel est contradictoire.

Lors d’une récente  « journée de la femme », comme il y en a beaucoup, des « trans » (hommes ayant voulu devenir femmes) ont été agressés par des féministes. La transsexualité et la promotion de la femme sont pourtant des tendances que l’on rattache toutes deux à l’« avancée » des mœurs.  

Les « trans » veulent pousser au plus loin la théorie du genre selon laquelle les sexes sont fongibles et doivent être indifférenciés ; ayant choisi de devenir femmes, ils voudraient être admis parmi les femmes militantes pour partager leurs combats mais celles-ci ne veulent pas d’eux. C’est comme ça.

A peine élu le président Biden a autorisé les hommes « trans » à participer aux compétitions sportives de femmes, même la boxe. Les obliger à rester dans leur sexe d’origine serait selon eux ( ou elles ) discriminant mais les femmes de naissance craignent une concurrence inégale qui leur fera sans doute perdre beaucoup de médailles.

Beaucoup de ces contradictions concernent, on le voit, les rapports entre les sexes.

 

GPA et égalité

 

A l’heure de la promotion générale – et bienvenue – de la femme à travers le monde, certains milieux libertaires, partisans de la théorie du genre, poussent pour que soit autorisée la gestation pour autrui, qui seule permettrait à des homosexuels d’avoir des enfants (ou de faire comme si ) et qui conduit, on le sait, à une forme particulièrement odieuse d’esclavage. « La femme loue bien ses bras dans les usines, pourquoi ne louerait-elle pas aussi son utérus ? » n’hésitait pas à dire Pierre Berger, cet homme délicat.  La  GPA ( gestation pour autrui )  , si contraire à l’égalité , est pourtant l’aboutissement d’une  démarche de non-discrimination :  il n’y  pas de raison, dit-on,  que le mariage soit le privilège des couples homme-femme, instaurons un mariage homosexuel ; les femmes homosexuelles , voire seules, ont autant de droits que  celles qui vivent  avec un homme à avoir un enfant, d’où le droit à la  PMA (procréation médicalement assistée)  pour  femmes seules ou en couples de femmes  récemment adoptée par le  Parlement français ; dernière étape dont nous nous approchons : il n’y a pas de raison que la paternité et la maternité soient réservées aux femmes en couple, il faut que les hommes en couple y aient accès aussi, donc la GPA doit être autorisée ; ainsi trois étapes de raisonnement supposées libératrices aboutissent  à un  abaissement de la femme que dans les pires périodes d’esclavage, on n’avait pas imaginé .  

Divergences analogues sur la prostitution qui oppose les différentes écoles ultraféministes.  Pour les unes, elle est une forme d’esclavage à bannir, à l’initiative de la puissance publique.  Pour les autres, d’inspiration libertaire, elle fait partie de la liberté sexuelle, voire de la liberté du commerce et de l’industrie: l’Etat n’a pas à la réglementer. L’idée moyenne que « le plus vieux métier du monde » pourrait être simplement toléré échappe à l’un et l’autre camp : il n’y a pas de moyenne chez ces gens là. 

 

Parité politique et parité conjugale

 

Toujours le mariage homosexuel : il conduit à abolir la parité homme femme dans sa forme la plus élémentaire, le couple. Fort bien, mais pourquoi coïncide-t-il avec l’instauration sans précédent d’une rigoureuse parité dans les élections à tout niveau, dans les conseils, dans le recrutement des entreprises publiques – et aux Etats-Unis de plus en plus,  privées. Si la parité est une nécessité, pourquoi ne pas la maintenir dans un couple de parents ? « Il faut la parité pour se porter candidat au conseil général et pas pour se marier ! » nous disait Jean Lassalle.

Toujours la parité : il y avait autrefois des écoles normales d’instituteurs et des écoles normales d’institutrices,  une agrégation pour les hommes et une agrégation pour les femmes qui garantissaient pour chaque discipline la parité dans l’enseignement. Au motif de s’adapter à l’évolution des mœurs, ces écoles et leurs concours d’accès ont été rendus mixtes, déséquilibrant la profession au détriment de l’un ou l’autre sexe, généralement féminin. Alors qu’on introduit la parité là où elle n’existait pas, on la supprime là où elle existait !

Il se dit que dans les couples isosexes, si advient, n’importe comment, un enfant, l’un se fait père, l’autre mère. Pointe extrême de l’existentialisme ou chacun choisit d’être ce qu’il est hors de toute contrainte de la nature. Pourtant, l’existentialisme a ses limites :  la théorie du genre n’étend pas la liberté existentielle au désir sexuel. Celui ci est au contraire tenu pour une fatalité inexorable. Le genre masculin est librement choisi par l’individu, l’attirance homosexuelle est une contrainte qui s’impose à lui. Pour parler le langage aristotélicien l’homosexualité ou hétérosexualité sont de l’ordre de l’essence alors qu’être physiquement mâle ou femelle est de l’ordre de l’attribut, donc réformable.

La liberté sexuelle, forme de la modernité s’il en est, est à l’origine d’autres paradoxes.

 

Ouverture de la chasse

 

Qui ne voit qu’elle a transformé certains milieux, dont bien souvent le monde l’entreprise,  en terrain de chasse pour jeunes mâles prédateurs ? Ils n’ont pas besoin d’avoir recours au viol ou au harcèlement pour se mettre dans la peau du chasseur.  Dans la vieille société, cet esprit prédateur existait aussi mais il était borné par le sens de l’honneur des honnêtes femmes, alors majoritaires et les usages mondains : « ce que les hommes tiennent pour un honneur est le déshonneur des femmes » (Marguerite de Navarre). Aujourd’hui cette borne ayant largement cédé, la chasse a libre cours. « Tous les hommes sont des cochons » dit une veille chanson, et aussi la pointe du mouvement féministe, comme Me too, adepte pourtant de la même liberté sexuelle.

Il reste bien quelques hommes scrupuleux qui subordonnent leurs désirs à la liberté des personnes du sexe, voire au respect de leur vertu et dans ce cas, la séduction, si séduction il y a, reste discrète. Mais les ultraféministes ne les fréquentent guère car ils n’appartiennent pas au même monde :  adeptes des vieux codes moraux ou religieux - ou simplement courtois, ils sont exclus de la sphère de la modernité dont elles se réclament.  Dommage pour elles.

Comment ne pas voir  pourtant que la libération sexuelle ne pouvait que transformer la femme en objet ?

 

Concurrence victimaire

 

Il reste que si l’Occident a suivi cette pente, il ne l’a jamais reconnu. La femme objet est au contraire, on le sait, plus ouvertement affichée dans la religion musulmane, laquelle contredit de manière frontale les exigences du féminisme. Mais en Europe, les musulmans sont des immigrés, donc des opprimés. Entre les femmes et les adeptes de l’islam, il y a, comme on dit,  « concurrence victimaire », une concurrence rude.  Dès lors, quelle attitude prendre pour rester politiquement correct :   censurer l’islam au nom des droits des femmes ou mettre ces droits entre parenthèses pour ménager l’islam,  religion des opprimés ? Quant à Cologne, lors des fêtes du nouvel an 2016, des immigrés musulmans harcelèrent de manière organisée des centaines de femmes allemandes, les associations féministes furent très embarrassées pour condamner ces agressions, de crainte d’apporter de l’eau au moulin du racisme et de l’islamophobie. Il est intéressant d’observer que la sympathie pour l’islam prit alors, dans le discours public, le dessus sur la cause de femmes et que les militantes féminines les plus exaltées choisirent de ne pas protester. Ce choix est significatif d’une hiérarchie implicite des préoccupations occidentales que l’on observe aussi d’autres circonstances. L’islamo-gauchisme, oxymore étonnant, juxtapose une préoccupation politique et sociale issue des Lumières, par marxisme interposé, le gauchisme,  et la défense de valeurs qui, aux yeux des mêmes Lumières, apparaissent les plus rétrogrades. Quand on sait la part essentielle prise par l’UNEF lors des manifestions de mai 698, à la tonalité libertaire explicite, comment ne pas être étonné que sa vice-présidente soit aujourd’hui une jeune fille voilée ?  Et que par ailleurs le même mouvement organise des séminaires interdits aux Blancs ?

De même les défenseurs de la cause animale, si en pointe aujourd’hui, se trouvent fort embarrassés pour condamner l’abattage hallal.

Pourquoi ce privilège de l’islamophilie sur le féminisme ou la cause animale ?  Ne serait-ce pas que les islamistes sont davantage craints dans la société occidentale que les femmes ou les animaux ?  Hiérarchie des valeurs ou hiérarchie des peurs ?

Autre contradiction : la prévention légitime du sida, souvent prise en mains par les associations homosexuelles, ne se transforme-t-elle pas en propagande subliminale pour les comportements dits à risque ? Quand lors d‘une soirée télévisée consacrée à la lutte contre le sida, il y a quelques années, l’abbé Pierre avait suggéré que cette lutte pourrait commencer par le refus de la promiscuité sexuelle, il se fit copieusement huer. Tout autre que lui se serait fait lyncher.

Comment comprendre que soit institué un mariage homosexuel, tributaire d’une théorie du genre qui nie les identités sexuelles innées, au moment précis où nos sociétés redécouvrent massivement, au travers de l’écologie, la nature végétale et animale dont la reproduction sexuée est la règle, rappelons-le, depuis un milliard d’années. Toutes les « avancées » biologiques ou sexuelles, y compris les plus artificielles, peuvent être soumises à l’Assemblée nationale :  s’il est un groupe dont on est sûr qu’il les votera, c’est bien le groupe écologiste. Il m’a été rapporté qu’une « cheffe » écologiste s’était fait faire un enfant par PMA, alors que, saine de corps, elle aurait pu arriver même résultat en faisant l’amour comme tout le monde.  Une vieille dame qui avait toujours voté écologiste par amour de la nature, cessa quand elle apprit que Noël Mamère, alors maire vert de Bègles, célébrait des mariages homosexuels : "Si c'est ça le respect de la nature !" dit elle. 

 

Le temps du rock’n roll

 

Revenons au féminisme : comment comprendre que la génération qui a été par excellence celle de la libération de la femme, ait pu avoir pour danse emblématique le rock‘n roll ? Qu’est-ce en effet que cette danse sinon un symbole fort de l’inégalité de l’homme et de la femme ?  Non seulement la femme fait le plus d’efforts car elle est amenée à tourner sur elle-même presque en permanence, mais c’est l’homme qui lui dicte ses mouvements par de légères impulsions données au bon moment. La fin du  fin pour le play boy de surprise-party était de faire tourner sa partenaire très vite en ne bougeant lui-même presque pas, prenant ainsi la posture de la maîtrise facile, d’une domination d’autant plus efficace qu’elle est discrète, de l’aisance souveraine dans la position de la supériorité, telle que la décrit Bourdieu dans l’univers scolaire.  Personne à ma connaissance n’a jamais demandé que les rôles soient inversés.

Pour se situer à un autre niveau, un des plus grands tirages de la génération qui a connu l’émancipation féminine fut Gérard de Villiers et son fameux SAS. Il est sans doute inutile de s’attarder sur le rôle qui échoit la femme dans le climat de sexualité débridée qui est celui de ces romans.  

Nous avons évoqué la parité en politique. Tous ceux qui s’y sont exercé savent à quelles acrobaties conduit la règle de la parité dans l’établissement des listes.  On commence généralement par faire, non sans arbitrages sanglants, une liste d’hommes en leur conférant un numéro sur deux ; puis sont inscrites les femmes, souvent peu demandeuses, plus difficiles à trouver et   trop souvent tenues pour des figurantes.  Comme par hasard, il est rare que cet exercice favorise celles qui ont la plus forte personnalité. Chez les hommes non plus d’ailleurs. Création idéologique s’il en est, la parité forcée n’est pas seulement une atteinte au libre choix démocratique, puisqu’elle le limite, elle illustre aussi ce que Hayek appelle « la loi des effets contraires aux buts poursuivis ». Nous sommes loin d’une vraie promotion de femme qui, elle, n’aurait pas besoin d’une telle contrainte.  

Paradoxe : la même génération qui a vu l’émergence des femmes en politique a conduit une femme d’Etat aussi talentueuse que Marie-France Garaud, qui ne nous en voudra pas, pas, je l’espère, de l’évoquer, assignée chez elle pendant quarante ans.

 

Mai 68 au risque de la pédomanie

 

Dans les années soixante-dix, les tenants de la libération sexuelle ne craignirent pas d’aller jusqu’ bout de leur philosophie : on a assez reproché à Daniel Cohn-Bendit de s’être fait l’avocat de relations intimes entre adultes et enfants ; il ne faisait que suivre la logique qui était celle de son époque.

Les temps ont changé :  de plus en plus ces relations font horreur, surtout si elles sont incestueuses, et c’est légitime. Le paradoxe demeure que l’hallali contre la pédomanie (un terme que nous préférons à celui de pédophile, par respect pour la φιλία grecque, sentiment noble s’il en est) soit le fait non des tenants de la morale traditionnelle, discréditée, mais des libertaires eux-mêmes.  Choc des logiques : les derniers représentants de la pensée 68 se heurtent de front aux défenseurs des droits de l’enfant.

Paradoxe proche : notre société qui a mis en valeur comme aucune avant elle (pas même la société grecque du Ve siècle à laquelle on se réfère de manière souvent abusive) l’homosexualité, est en même temps devenue la plus sévère qui soit contre la pédomanie. Or la limite entre l’une et l’autre tient souvent à peu de choses selon la  date anniversaire du jeune, pédomanie le lundi, homosexualité  le jeudi. Il en résulte que le mot pédérastie, qui signifiait au départ l’amour érotique des enfants mais qui en était venu à désigner l’homosexualité en général, se trouve aujourd’hui banni.

 

L’abolition du handicap

 

Avec les questions de vie et de mort, nous entrons dans un autre domaine. Jamais le handicap n’avait fait l’objet d’une attention aussi grande : les handicapés reçoivent une allocation, ils ont des maisons spécialisées   qui coûtent  cher, le droit du travail les favorise, ils ont des emplois, des places de parking réservées, les bâtiments publics leur sont adaptés.  On se demande pourtant qui va bientôt bénéficier de ces avantages. La même société si attentive au handicap, pratique de plus en plus un eugénisme impitoyable, autorisant, voire prescrivant, en cas de handicap repéré, un avortement quasi-systématique.

Alors que l’avortement normal qui était limité à douze  semaines de grossesse a été porté à quatorze,  l’avortement dit thérapeutique peut se pratiquer jusqu’à la naissance. Cette possibilité a été étendue par une  loi  récente, sans qu’il y ait malformation de l’enfant, à la « détresse psycho-sociale » de la mère, motif dont on devine l’élasticité.  Un enfant qui nait dans le délai normal, et que ses parents veulent garder fera l’objet d’un luxe de moyens de réanimation sans précédent, allant parfois jusqu’à l’acharnement thérapeutique, pendant que l’autre, déjà formé lui aussi mais paraissant handicapé ou normal mais rejeté au motif de cette détresse, sera mis à mort dans les conditions les plus sordides. On peut s’interroger sur les raisons d’un tel paradoxe.  Croyant peu à l’autre monde, notre société pense qu’une vie en situation de handicap, dès lors qu’elle est la seule qui nous soit donnée, est le plus grand des malheurs ; les gens normaux   se sentent par rapport à lui, vaguement coupables et tentent de se racheter par des politiques généreuses. Mais le malheur parait si grand que la même société se fera compréhensive à l’égard des parents (souvent pressés par leur entourage, y compris hospitalier) qui abrègent une vie dont on juge par devers soi qu’elle « ne vaut pas la peine d’être vécue ». Les bien portants exorcisent ainsi leur culpabilité en faisant disparaitre les handicapés de leur vue. Le « meilleur des mondes » est à ce prix.

Nous nous sommes attardés sur les contradictions de nos contemporains touchant à la sexualité et à la vie car c ‘est là un terrain où ces contradictions sont les plus patentes, mais nous pouvons élargir la question à d’autres sujets.

 

Droit naturel et mise en scène

 

Par exemple les beaux-arts dans leur rapport au droit.   Point de théorie si décriée dans les milieux dits progressistes que celle du droit naturel, l’idée que la nature humaine implique par elle-même des règles pérennes et universelles qui s’appliquent à toutes les sociétés, par exemple l’interdiction du meurtre au sein du groupe ou celle de l’inceste.  C’est au contraire le positivisme juridique qui prévaut, l’idée que la loi positive est la norme ultime, qu’aucun principe pérenne, moral ou religieux, ne saurait lui être opposé et qu’elle est naturellement variable.

N’oublions pas la dimension scientifique du sujet : ainsi l’idée de nature humaine se trouve disqualifiée au moment où prend son essor la génétique moderne selon laquelle le génome humain est constant depuis au moins 35 000 ans.

Voyons d’abord le paradoxe qu’il y a de voir le positivisme juridique dominer au moment où sont parallèlement exaltés de droits de l’homme, que la déclaration du 26 août 1789 qualifie de « naturels et imprescriptibles ». La nature mise au rancart d’un côté, plus célébrée que jamais de l’autre ? Et  curieusement, la race n’existe pas, mais la nature humaine universelle non plus !

Ce paradoxe s’étend même aux questions esthétiques. Combien d’entre nous sont exaspérés par ces mises en scène de théâtre ou d’opéra qui habillent les personnages d’Andromaque ou de Carmen en costumes d’aujourd’hui, ou les personnages du Ring en clochards. Beaucoup ne vont plus à l’opéra par horreur de ces usages.  Mais ils ont une signification bien précise : le grand art traite de l’homme en général, les figures qui sont mises en scène se veulent éternelles, elles transcendent l’espace et le temps, elles nous touchent si directement qu’il n’est pas nécessaire de les mettre en costume d’époque.  Cela au moment où l’historicisme et le relativisme n’ont jamais été aussi à l’honneur, où jamais les émissions historiques n’ont eu autant de succès. Qui y comprendra quelque chose ?

 

Egalité et transhumanisme

 

Nous parlons de la nature humaine : l’existentialisme qui se fait si restrictif en matière d’orientation sexuelle, reprend toute sa place dans les recherches à la mode tendant à un dépassement de l’humanité par le transhumanisme, par la génération d’hommes nouveaux plus performants que ceux du passé, d’hommes « augmentés ». Il n’est pas certain que ces recherches aboutissent jamais à faire des êtres viables, mais comment ne pas être frappé de voir qu’elles fleurissent, comme le comble de l’audace libérale voire libertaire, en un temps où l’égalité est recherchée partout, voire où le socialisme national, qui fut précurseur en la matière,  est tenu, à juste titre, pour une infamie absolue ?  Le libéralisme moderne veut en outre qu’aucun homme n’ait un pouvoir excessif sur un autre. Le transhumanisme, forme supposée la plus « avancée » du libéralisme, c’est que certains hommes aient un pouvoir illimité sur d’autres, présents ou à venir.

On terminera pour l’anecdote par la surpression de toute mention locale dans les plaques d’immatriculation des véhicules. Elles facilitaient l’identification de ces derniers, leur suppression va la rendre plus difficile, cela à l’heure où se met en place une surveillance électronique généralisée. Il se peut cependant que l’extension sans limites de la surveillance des individus rende inutile toute attache géographique.

D’autres paradoxes propres à la modernité pourraient être aisément relevés.  Nous disons modernité car il ne nous semble pas que les sociétés du passé étaient si fertiles en étonnantes contradictions. Pourquoi donc ?

 

L’idéologie jusqu’à l’absurde

 

Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le fait que les attitudes supposées modernes que nous avons évoquées sont toutes rattachées à une idéologie.  Une idéologie, c’est l’envahissement de la pensée politique par une préoccupation unique ou quasi-unique.  Pour les ultra-féministes, la préoccupation de l’égalité des femmes est devenue un absolu au point de tenir toute différence pour une injustice et de prôner l’identité et la fongibilité des sexes. Il en est de même pour les militants homosexuels adeptes de la théorie du genre.  La culpabilisation de l’Occident amène les antiracistes et autres « décoloniaux » à occulter toute préoccupation de la condition de la femme dans les anciens pays colonisés.  Pour certains, le handicap mérite une attention sans mesure ; pour d’autres, et quelquefois les mêmes, la possibilité d’avorter sur demande ne saurait être limitée etc.

Là où le politique ordinaire arbitre en permanence entre des préoccupations concurrentes et par là même, à un moment ou à un autre, les limite, l’idéologue s’attache à une ou deux logiques et les pousse jusqu’aux extrémités, soit, bien souvent,  jusqu’à l’absurde.

Il y a en tous les cas un lien entre la multiplication des contradictions idéologiques et l’affaiblissement de la fonction politique qui a précisément le rôle d’arbitrer entre ces logiques avant quelles ne viennent à s’affronter ou s’entre-détruire.

Nous sommes dans un monde profondément idéologique. Pour des raisons qu’il conviendrait d’approfondir – mais c’est un autre sujet – il n’est pas aujourd’hui de politique publique qui ne soit marquée par une forme ou une autre d’idéologie.  Poussées jusqu’au bout sans que la sagesse ancestrale, le sens de la mesure ou la prise en considération de logiques concurrentes ne vienne à les tempérer, elles se contredisent et s’entrechoquent, donnant parfois au paysage politique un air d’absurdité.  Comment s’en étonner ?

 

Roland HUREAUX

 

2020

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:17

Macron serait le propagandiste de Poutine qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il a dénoncé la « lâcheté »  des pays  africains qui n’ont pas voulu condamner l’entrée de la Russie en Ukraine,  suscitant un tollé . Etonant aveuglement d’un homme qui n’imagine pas qu’il puisse y avoir d’autres points de vue sur le monde que celui de membres d’ OTAN, et qui , tout en dénonçant outre-mesure les méfaits du colonialisme , tance les anciennes colonies avec une arrogance dont le colonisateur n’a jamais fait preuve. L’idéologie rétrécit l’esprit, on en a là  encore la preuve.

Dans tous les pays où il est passé , Macron  a condamné avec véhémence la Russie, dont on sait qu’elle avance ses  pions dans tous les pays que les maladresses et l’esprit d’abandon des Français ont ouverts  à d’autres influences :  Centrafrique, Mali  notamment.

Jusqu’à quel  point la dernière tournée africaine  et ces sorties malencontreuses, répondent-elles   à une commande du département d’ Etat qui pense que la  France reste le  partenaire le plus à  même de faire rentrer  les Africains dans l’espace otanesque ?

Mais la parole de la France , et singulièrement la sienne,  sont si discréditées sur  ce  continent  qu’en attaquent si vivement Poutine, il le reconnait implicitement comme un acteur désormais important de la politique de cette région , ce qu’il n’était pas au départ.

Et comme ces attaques viennent de lui qui a multiplié les maladresses , les signes de mépris, les repentances déplacées, pour ne pas dire les frasques, dans un continent où on aime les forts , elles risquent d’être , pour la France et pour l’OTAN , contre-productives.

Pour qui connait le tempérament africain , il y a rarement eu des hommes qui se soient trouvés  autant aux antipodes psychologiques, de leur sensibilité qu’Emmanuel Macron ; nous qui  aimons  l’Afrique et les Africains ne voyons jamais  sans appréhension le président français entreprendre un voyage sur ce continent : il arrivera chaque fois à y faire détester un peu plus la France !

Sa dernière tournée couvrait le Cameroun, le Bénin la Guinée-Bissau , ancienne clonie portugaise , rappelons-le .

Il était juste qu’un président français – mais pas lui, se rende au Cameroun, belle terre   francophone, dont les liens avec la France , pas seulement au travers de Yannick Noah sont nombreux,  modèle de stabilité grâce au président Biya , injustement délaissé par notre diplomatie.  

Mais pourquoi ? Pour leur faire la leçon sur la Russie ?  Bien inutile, Biya connait la géopolitique au moins aussi  bien que lui. Pour évoquer les  violences qui ont eu lieu au moment de l’indépendance, sur le mode habituel de la repentance ? Est-ce bien utile ?  Macron propose qu’une commission d’historiens se penche dessus. Rien à dire s’il  n’invoquait les précédents calamiteux de l’Algérie et du Rwanda , beaucoup plus tragiques : des commissions entièrement orientées pour conclure à la culpabilité de la France, particulièrement au Rwanda où elle n’a rien à se reprocher, des actes de résipiscence qui cautionnent les attaques les plus extrémistes contre la France , de nouvelles repentances où la France apparait , aux yeux  des pays africains,  dans  une position humiliée , ce qu’il en faut jamais faire, ni là ,ni ailleurs.

Pour restaurer les liens franco-africains plus nécessaires que jamais face à l’offensive chinoise, Macron n’a qu’une chose à faire : ne plus y aller et ne plus s’en  occuper.

 

Roland HUREAUX

Août 2022

Partager cet article
Repost0